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Fulcran Vigouroux

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Letouzey et Ané, (Volume IV,p.1-2-367-368).

Tome 3.2.cJOËL-KURZENIECKI

Tome 4.1.bLOTUS-MARC

meut en possession de ce qu’il gagnerait. Voir Jacob, t. iii, col. 1063, et Brebis, t. i, col. 1917-1918. La manière ingénieuse dont Jacob traita dès lors les troupeaux de Laban fit peu à peu passer la richesse de son côté. Laban et ses fils s’en émurent; Jacob donna à entendre qu’il y avait là un juste retour des choses et une marque de la faveur divine envers celui qui avait été traité avec si peu de loyauté. Puis, jugeant qu’il ne pouvait rester davantage chez Laban, auprès duquel il avait vécu quatorze ans pour obtenir ses épouses, puis six nouvelles années pour répondre au désir de son beau-père, il se disposa à retourner en Chanaan. Lia et Rachel approuvèrent sa résolution et lui dirent: «Y a-t-il encore pour nous une part et un héritage dans la maison de notre père? Ne nous a-t-il pas traitées comme des étrangères, en nous vendant et ensuite en mangeant le prix que nous avions rapporté?» Elles connaissaient par expérience la cupidité de leur père; elles la constataient en remarquant qu’il avait tout reçu sans rien leur donner. Jacob profita du moment où Laban était allé tondre ses brebis, pour partir avec sa famille et ses troupeaux. Gen., xxx, 25-xxxi, 21.

Trois jours après, Laban, informé de ce départ, se mit à la poursuite de Jacob, qu’il atteignit au bout de sept jours, près de la montagne de Galaad. Il était doublement mécontent, et de ce départ inopiné, et de la disparition de ses teraphim, espèces d’idoles domestiques qui lui servaient d’amulettes. Voir Idole, t. lii, col. 822, et Théraphim. Rachel les lui avait emportées sans rien dire à personne. Laban attachait grand prix à la possession de ces objets, qui semblent avoir eu pour lui une signification plutôt superstitieuse qu’idolâtrique. Comme il était animé de sentiments assez malveillants à l’égard de Jacob et avait amené avec lui ses frères et leurs gens, Dieu se montra à lui en songe pour lui signifier de ne tenir à son gendre aucun propos désobligeant. Laban n’en manifesta pas moins son dépit, parla de son amour pour ses fils et ses filles et des fêtes par lesquelles il eût été heureux de les saluer au départ. Puis il ajouta: «Ma main est assez forte pour te maltraiter; mais le Dieu de votre père m’a dit hier: Garde-toi

d’adresser à Jacob de dures paroles.» Cette expression, «le Dieu de votre père,» indique que, comme Jacob, Lia et Rachel servaient le Dieu d’Abraham. et d’isaac. Laban se mit ensuite à faire grand éclat à propos de ses théraphim; Jacob, qui ne savait rien, lui dit de les chercher dans toutes les tentes et Rachel usa d’un subterfuge pour empêcher son père de les trouver dans la sienne. Voir Rachel. Jacob, que cette scène avait irrité, querella son beau-père au sujet de ses perquisitions, de sa poursuite hostile, de la manière dont il l’avait traité quand il était à son service. Laban fut réduit au silence. Pour tout conclure, il demanda à son gendre de faire alliance avec lui, afin que leur séparation fût amicale. «Que Jéhovah, dit-il, veille sur toi et sur moi… Que le Dieu d’Abraham, le Dieu de Nachor, le Dieu de leur père soit juge entre nous!» Il faut conclure de ces formules que Laban était un adorateur du vrai Dieu, bien qu’à son culte il mêlât des pratiques superstitieuses. Jacob dressa une pierre comme monument de l’alliance contractée; Laban fit apporter un monceau de pierres par ses frères, et sur elles on prit un repas en commun, On donna au monument le nom de Gal’êd, ou Galaad, «monceau témoin.» Voir Galaad, t. iii, col. 45. Un sacrifice fut ensuite oftert sûr la montagne, le serment d’alliance fut mis sous la sauvegarde du Dieu d’isaac, et, le lendemain matin, après avoir baisé et béni ses fils et ses filles, c’est-à-dire Jacob, ses femmes et leurs enfants, Laban reprit le chemin de son pays: Gen., xxxi, 22-55. — Laban paraît avoir été dominé par une cupidité excessive, qui le portait à ne tenir aucun compte de la parole donnée, quand son intérêt était en jeu. Il manqua odieusem*nt à sa promesse envers Jacob, quand celui-ci l’eut servi fidèlement durant sept ans. Josèphe. Ant. jud., i, xix, 9, l’accuse même d’autres méfaits: «Voyant que Dieu l’aidait en ce qu’il entreprenait, il lui promettait de lui donner tantôt ce qui naîtrait de blanc, tantôt ce qui naîtrait de noir. Quand augmentaient les animaux qui devaient appartenir à Jacob, au lieu de tenir sa parole dans le présent, Laban promettait de les lui abandonner, l’année suivante; jaloux de l’accroissem*nt de ses biens, il promettait, quand il comptait que le produit serait médiocre, puis trompait, quand ce produit était sous ses yeux.» Il faut avouer que ces accusations ne font que détailler le reproche que Jacob adresse lui-même à son beau-père: «Dix fois tu as changé mon salaire, et si je n’eusse pas eu pour moi le Dieu de mon père, … actuellement tu m’aurais renvoyé les mains vides.» Gen., xxxi, 41, 42. La Sainte Écriture ne dit plus rien de Laban, à partir de sa dernière entrevue avec Jacob à Galaad.

H. Lesêtre.

2. LABAN (Septante: Λοβόν), localité située sur la route que suivirent les Israélites en se rendant dans la Terre Promise. Deut., i, 1. L’écrivain sacré la nomme entre Tophel et Haséroth, «dans le désert, dans laplaine, vis-à-vis de la mer Rouge.» C’est probablement le campement qui est appelé Lebna dans les Nombres, xxxm, 20-21. Voir Lebna.

LABANA (hébreu: Libnâh; Septante: Λεβνά), ville de la tribu de Juda. Jos., xv, 42. La Vulgate l’appelle ordinairement Lebna. Voir Lebna 2.

LABANATH (hébreu: Libnât; Septante: Λαβανάθ), dans la tribu d’Aser. Jos., xix, 26. La Vulgate, à la suite des Septante, fait de Labanath une ville différente de Sihor, mais, d’après le texte hébreu, Sihor-Labanathn’était qu’une seule et même ville. Voir Sihor-Labanath.

LABORDE (Léon-Emmanuel-Simon-Joseph, comte de), érudit français, né à Paris le 12 juin 1807, mort à Beauregard (Eure) le 25 mars 1869. Après de sérieuses études à l’Université de Goettingue, il fit un voyage en Orient et parcourut l’Asie Mineure, la Syrie, l’Égypte et l’Arabie Pétrée. À son retour, il fut attaché d’ambassade; mais en 1836 il renonça à la diplomatie pour se livrer entièrement aux études, et en 1842, il était élu membre de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Trois ans plus tard, il était nommé conservateur des Antiques au Musée du Louvre; enfin, le 4 mars 1857, il devint directeur général des Archives. Le comte de Laborde a publié de nombreux ouvrages, mais nous n’avons à mentionner que les suivants: Voyage en Arabie Pétrée, in-fol., Paris, 1830-1833; Voyage en Orient, publié en fascicules, in-f», Paris, de 1837 à 1864; et surtout le Commentaire géographique sur l’Exode et les Nombres, in-f°, Paris, 1842. — Voir Revue des questions historiques, 1869, t. vii, p. 292; Polybillion, 1869, t. iii, p. 233; Annuaire Bulletin de la Société de l’histoire de France, 1869, t. vii, p. 117.

B. Heurtebize.

LABOURAGE (hébreu: ḥârîš; Septante: ἀροτρίασις), travail qui consiste à ameublir le sol, à l’aide d’instruments (fig. 1), avant d’y jeter la sem*nce. Les verbes qui désignent ce travail sont les suivantes: gûb, ḥâraš, pâṭaḥ, «ouvrir» la terre avec la charrue; ἀροτριάω, arare. La terre qu’on laboure s’appelle yâgêb, Jer., xxxix, 10 (Vulgate, faussem*nt, cisternæ); ἀρός, γεώργιον, I Cor., iii, 9, agricultura. Le labourage ne constitue que le travail préliminaire de la culture de la terre. Sur l’ensemble du travail agricole, voir Agriculture chez les Hébreux, avec les figures, t. i, col. 276-286. Sur les instruments employés pour le labourage, voir Charrue, avec les figures, t. iii, col. 602-605; Herse, t. iii, col. 655; Houe, t. iii, col. 766-767. — Le labourage était rigoureusem*nt interdit le jour du sabbat. Exod., xxxiv, 21. — La Palestine était un pays fertile; le labourage y était facile dans les grandes plaines, mais plus malaisé dans les régions montagneuses. On se servait, pour labourer, de bœufs, Jud., xiv, 18; Job, i, 14, et quelquefois d’ânes. Is., xxx, 24. Élisée labourait avec douze paires de bœufs et conduisait lui-même la douzième paire. III Reg., xix, 19. Le champ qu’il cultivait de la sorte et dans lequel il pouvait faire manœuvrer un pareil attelage, était situé à Abelméhula, dans la vallée du Jourdain, au sud-est de la tribu d’Issachar. Voir Abelméhula, t. i, col. 33, et carte d’Issachar, t. iii, col. 1008. Les grasses terres d’alluvions ne pouvaient être remuées que par une puissante charrue. Les terrains trop rocheux étaient rebelles au labour. Am., vi, 13. Certains animaux, comme l’aurochs, étaient trop sauvages et trop dangereux pour qu’il fût possible de les employer au labourage. Job, xxxix, 10. Voir Aurochs, t. i, col. 1260. La loi, qui défend souvent de mêler ensemble des choses différentes, interdisait de labourer avec un bœuf et un âne attelés ensemble. Deut., xxii, 10. Sur les motifs de cette prohibition, voir Âne, t. i, col. 572. Les Israélites peu aisés n’avaient souvent à leur disposition qu’un bœuf et un âne, et ils auraient été tentés de les atteler ensemble à la même charrue.



1. — Labourage en Égypte. D’après Wilkinson, Manners and Customs of the anc. Egyptians, 1878, t. ii, fig. 165, p. 391.

C’est ce que font aujourd’hui sans scrupule les laboureurs syriens. Voir t. ii, fig. 215, col. 605. — Dans les temps de grande et persistante sécheresse, le labourage devenait impossible et la famine en était la conséquence. Gen., xlv, 6. L’Ecclésiastique, vii, 16, recommande la culture de la terre: «Ne dédaigne pas les pénibles labeurs, et le travail des champs (γεωργία, rusticatio) institué par le Très-Haut.» Cf. Gen., ii, 15. — Les prophètes annoncent que Sion sera labourée comme un champ, Jer., xxvi, 18; Mich., iii, 12, et par là ils-veulent montrer combien sa ruine sera complète. — Au point de vue spirituel, l’âme du chrétien est une terre que Dieu laboure, γεώργιον agricultura. I Cor., iii, 9.

H. Lesêtre.


LABOUREUR (hébreu: ʾikhâr, yogbîm; Septante: γεωργός, ἄγροιϰος; Vulgate: arator, agricola), celui qui laboure la terre. — Voir Agriculture, t. i, fig. 45, col. 277; lig. 46, col. 283; sur ceux qui, d’une manière générale, s’adonnent aux travaux agricoles, voir Cultivateur, t. ii, col. 1158. — 1° Les laboureurs proprement dits sont des gens du peuple qui travaillent soit pour leur compte, soit pour le service d’un autre. Tels sont le paresseux qui ne veut pas labourer sous prétexte que le temps est mauvais, Prov., xx, 4, et l’esclave qui, après avoir labouré, a encore à servir son maître. Luc, xvii, 7. Les faux prophètes, convaincus de mensonge et menacés du châtiment, veulent se faire passer pour de simples laboureurs, des esclaves achetés pour cultiver la terre. Zach., xiii, 5. Il fallait qu’une calamité fût bien grande pour que les laboureurs eux-mêmes fussent appelés à prendre part à un deuil public. Am., v, 16. — Les grands propriétaires du sol avaient des laboureurs pour cultiver leurs terres. Samuel, en énumérant devant le peuple les charges qu’un roi fera peser sur lui, ne manque pas de dire qu’il prendra des fils du peuple pour labourer ses terres. I Reg., viii, 12. C’est ce qui se réalisa. L’historien sacré le signale à propos de David, I Par., xxvii, 26, et d’Ozias, II Par., xxvi, 10, qui avaient des laboureurs enrôlés pour la culture de leurs domaines. Quand les Chaldéens envahirent le royaume de Juda, ils détruisirent le laboureur et ses bœufs, Jer., li, 23, et furent ensuite obligés de laisser aux plus misérables du pays le soin de cultiver les champs et les vignes. IV Reg., xxv, 12; Jer., lii, 16. Les prophètes promirent qu’après la captivité les laboureurs reprendraient leurs travaux. Jer., xxxi, 24; Ezech., xxxvi, 9. À l’époque évangélique, on prenait à gage des cultivateurs, γεωργοί, agricolæ, pour les envoyer travailler dans les vignes et dans les champs. Matth., xxi, 33-41; Marc, xii, 1, 2. — 2° La Sainte Écriture fait encore quelques remarques sur la vie des laboureurs. Ils ne sont pas toute l’année à labourer, Is., xxviii, 24, mais ils ont soin de le faire au temps voulu s’ils veulent obtenir une récolte. II Tim., 11, 6. Leur travail accompli, ils attendent la pluie bienfaisante, Jacob., v, 7, et vivent dans l’espérance. I Cor., ix, 10. Ils sont consternés quand la pluie tarde à tomber, Jer., xiv, 1, ou quand les sauterelles s’abattent sur les moissons. Joël, i, 11. Pour marquer l’abondance extraordinaire des récoltes, Amos, ix, 13, dit que le laboureur talonnera le moissonneur. La moisson était habituellement terminée à la Pentecôte, vers la fin de mai; les semailles se faisaient avant la première pluie qui tombait vers la fin d’octobre. Le labourage précédait les semailles de quelques semaines. Pour se heurter au laboureur, il fallait donc que le moissonneur eûtà prolonger son travail près de quatre mois plus longtemps que de coutume. Leprophète parle d’ailleurs ici d’une récolte figurative. Le laboureur n’a ni le temps ni le goût de s’occuper d’autre chose que de son œuvre agricole. «Celui qui mène la charrue et est fier de manier l’aiguillon, excite les bœufs de la pointe, s’occupe de leurs travaux et ne parle que des petit* des taureaux. Il met tout son cœur à retourner les sillons et ne songe qu’à engraisser les vaches.» Eccli., xxxviii, 26, 27., 3° Dans le sens métaphorique, les laboureurs qui «labourent le dos» et y tracent de longs sillons sont les persécuteurs du juste. Ps. cxxix (cxxviii), 3,. Labourer l’iniquité ou le mal, Job, iv, 8; Ose., x, 3 (hébreu), c’est avoir une conduite impie qui donnera ensuite une récolte de péchés et de malheurs. Sur l’expression: «Juda labourera, Jacob hersera,» Ose., x, 11, voir Herse, t. iii, col. 655. Isaïe, lxi, 5, dit qu’après la venue du Messie les fils des étrangers seront les laboureurs et les vignerons d’Israël, c’est-à-dire que les peuples, autrefois ennemis et persécuteurs d’Israël, se feront les serviteurs de l’Église et travailleront dans un champ spirituel. Il est recommandé de venir à la sagesse comme le laboureur et le semeur, Eccli., vi, 19, par conséquent en se donnant de la peine pour la posséder et en obtenir les fruits. — Enfin, Notre-Seigneur dit qu’il est lui-

même la vigne, et son Père le cultivateur, γεωργός, agricola. Joa., xv, 1. Voir Vigneron.

H. Lesêtre.

LAC (grec: λίμνη), grand amas d’eau enclavé dans les terres. La langue hébraïque n’a pas de mot spécial pour désigner un lac proprement dit: elle appelle yâm, «mer,» le lac de Génésareth, Num., xxxiv, 11; Jos., xiii, 27, de même que le lac Asphaltite, λίμνη Ἀσφαλτῖτις, Josèphe, Ant. jud., i, IX, etc., qu’elle désigne sous le nom de «mer de sel», mare salis, Gen., xiv, 3, etc., de «mer de l’Arabah», mare solitudinis, Deut., iv, 49, etc. Pour d’autres appellations, voir Morte (Mer). Le lac Mérom est appelé «eaux de Mérom», mê Mêrôm, aquæ Meromi. Jos., xi, 5, 7. Pour les étangs, voir Étang, t. ii, col. 1996. Voir aussi Piscine. — Dans le Nouveau Testament, les écrivains sacrés, habitués à parler dans leur enfance une langue sémitique, donnent aussi au lac de Tibériade, à l’exception de saint Luc, le nom de θαλάσσα, «mer,» mare Galileæ. Matth., iv, 18; Marc, i, 16; etc., mare Tiberiadis, Joa., vi, 16; xxi, 1, etc. Le troisième Évangéliste est le seul qui, grâce à sa connaissance plus exacte de la langue grecque, l’ait désigné par le mot propre de λίμνη, «lac.» Luc, v, 1, 2; viii, 22-23. La Vulgate porte: stagnum, «lac, étang,» dans tous ces passages. Pline emploie le terme lacus pour désigner le lac de Génésareth: lacus quem plures Genesaram vocant, H. N., V, xv, 2, comme pour la mer Morte: Asphaltites lacus, H. N., II, cvi, 4; V, xv, 2; VII, xiii, 3. — Saint Jean, dans l’Apocalypse, se sert métaphoriquement du mot λίμνη pour désigner l’enfer qu’il appelle λίμνη τοῦ πυρός. La Vulgate traduit: stagnum ignis, qu’on a coutume de rendre par «étang de feu», quoiqu’il fallût dire, d’après l’original, «lac de feu.» Apoc. xix, 20; xx, 10 (Vulgate, 9), 14-15; xxi, 8. Voir Enfer, t. ii, col. 1796. — Saint Jérôme a aussi employé le mot stagnum, Lev., xi, 9, pour traduire l’hébreu yâni, «mer,» transformant ainsi en poissons de lac ou d'étang les poissons de mer. — Le second livre des Machabées, xii, 16, mentionne le lac ou plutôt l'étang de Casphin (λίμνη; Vulgate, stagnum). C’est probablement le marais qui est au sud-ouest de Kisphin. Voir Casphin, t. ii, col. 331-332.

Le mot lacus se lit plusieurs lois dans notre Vulgate latine, mais il y est employé le plus souvent — 1° dans le sens de «fosse», Ps. vii, 16; xxvii (xxviii), 1, etc. (hébreu: bôr; Septante: λάϰϰος). Voir Fosse, t. ii, col. 2329. — 2° Il a la signification de «pressoir» dans Marc, xii, 1 (ὑπολήνιν); Apoc, xiv, 19, 20, ληνός, parce que le pressoir formait un creux ou fosse. — 3° Mais il désigne aussi un amas d’eau (hébreu: miqvêh), Exod., vii, 19; un réservoir d’eau (hébreu: miqvâh), Is., xxii, 11; une citerne ou une piscine, I Mach., ix, 33 (grec: λάϰϰος). Voir Asphar, t. 1, col. 1123. — Pour lacus Asan, traduction, dans la Vulgate, de l’hébreu Kôr ʿAšân, voir Asan, t. i, col. 1035.

F. Vigouroux.

LACÉDÉMONIENS (grec: Λαϰεδαίμονιοι, Σπαρτιάται; Vulgate: Lacedæmones, Spartiatæ, Spartiani), habitants du principal État du Péloponnèse (fig. 2). On les appelait aussi Spartiates et c’est le nom qui leur est partout donné dans les livres des Machabées, excepté II Mach., v, 9, où ils sont appelés Lacédémoniens. La Bible mentionne les relations des Juifs et des Lacédémoniens à l'époque des Machabées.

1° Onias Ier, qui exerça les fonctions de grand-prêtre de 323 à 300 avant Jésus-Christ, écrivit au roi Arius ou Aréus Ier de Sparte (voir Arius, t. 1, col. 965) et reçut en réponse une lettre dans laquelle ce prince déclarait avoir trouvé dans un écrit relatif aux Spartiates et aux Juifs l’affirmation que ces deux peuples étaient frères et descendaient d’Abraham. Il en concluait que les Juifs feraient bien de lui écrire «sur leur prospérité», c’est-à-dire de le tenir au courant de leurs affaires. Lui-même leur déclarait que les troupeaux et les biens des deux peuples seraient communs. Un envoyé du roi était chargé de développer ces propositions. I Mach., xii, 19-23; Josèphe, Ant. jud., XII, iv, 10. Arius régna à Sparte de 309 à 265 avant Jésus-Christ, l'échange de ces lettres eut donc lieu entre 309 et 300. À ce moment-là les Spartiates étaient opprimés par les rois de Macédoine, il était donc naturel qu’ils cherchassent un appui auprès des Juifs qui dépendaient alors des Ptolémées.

[Image à insérer]2. — Tétradrachme d’argent de Lacédémone.Tête casquée de Pallas, à droite. — ʀ. Hercule nu, assis, à gauche, sur un rocher recouvert d’une peau de lion; la main droiteappuyée sur la massue: il est accosté des lettres ΛA(ϰεδαίμονιοι).

2° Le grand-prêtre Jonathas chercha à son tour l’amitié des Spartiates. Il écrivit en son nom, au nom des anciens, des prêtres et de tout le peuple une lettre adressée à la nation Spartiate. Il y rappelait la lettre d’Arius à Onias, dont il donnait une copie. Onias avait reçu avec honneur l’envoyé d’Arius et les lettres où il était question d’alliance et d’amitié. Sans doute les Juifs n’avaient pas besoin de cela, car ils avaient pour consolation les Saints Livres. Néanmoins ils avaient voulu envoyer une députation vers Sparte, pour renouveler la fraternité et l’amitié entre les deux nations, car il s'était déjà écoulé un temps assez long depuis la venue des ambassadeurs d’Arius. Ils n’avaient du reste pas oublié les Spartiates et s'étaientsouvenus d’eux dans les sacrifices, comme il convient de le faire à l'égard de frères. Ils se réjouissent de leur gloire. Pour eux, ils avaient traversé de nombreuses tribulations et des guerres, mais ils, n’avaient pas vouluêtre à charge à leurs amis et alliés. Dieu les avait secourus et sauvés. Jonathas envoyait à Sparte Numénius, fils d’Antiochus, et Antipater, fils de Jason, qui après avoir porté dans cette ville les lettres relatives au renouvellement de l’amitié et de l’alliance, devaient se rendre à Rome dans le même dessein. I Mach., xii, 2, 5-18.

La plupart des commentateurs croient que l’opinion énoncée dans ces deux passages, à savoir l’origine commune des Spartiates et des Juifs, n’est pas soutenable. Cf. B. Haneberg, Histoire de la révélation biblique, trad. franc., in-8°, Paris, 1856, t. ii, p. 107. Quoi qu’il en soit, cela n’importe pas à la véracité de la Bible. L'écrivain sacré rapporte simplement les deux documents, il en constate l’existence sans garantir l’exactitude des opinions qu’ils expriment. F. Vigouroux, Les Livres Saints et la critique rationaliste, 5e édit., in-12, Paris, 1902, t. iv, p. 625. M. Vigouroux croit qu’il pouvait exister en réalité un lien de parenté, sinon entre la nation Spartiate, au moins entre quelques Spartiates et les Juifs. Il en donne pour preuve le fait que Jason se réfugia à Lacédémone pour y trouver un asile, à cause de sa parenté. II Mach., v. 9. Cf. F. Vigouroux, Manuel biblique, il' édit., t. ii, p. 227. Cf. Les Livres Saints, p. 626, n. 4. En fait, dans ce passage l’auteur rapporte le motif qui détermina Jasonsans en garantir le bien fondé. Cf. R. Cornely, Introd. in libros sacros, in-4°, Paris, 1885-1887, t. ii, part. 1, p. 462. E. Stillingfleet, Origines sacræ, in-4°, Londres, 1662, iii, 4, 15, suppose que les Juifs regardaient les Spartiates comme représentant les Pélasges qu’ils supposaient descendre de Péleg (Vulgate, Phaleg), fils d’Héber. Gen. x, 25; xi, 16. Cf. H. Ewald, Geschichte des Volkes Isræl, 3e édit., in-8°, 1868, t. IV, p. 277, note. On trouvait unetradition analogue à Pergame, dont les habitants faisaient remonter leur amitié avec les Juifs jusqu’au temps d’Abraham. Josèphe, Ant. jud., XIV, x, 22. Il est du reste très probable qu’il y avait une colonie juive à Sparte, car cette ville est nommée parmi celles à qui leconsul Lucius envoya une copie de la lettre qu’il adressait à Ptolémée, à tous les rois et à toutes les cités chez qui se trouvaient des communautés israélites, afin qu’ils les respectassent comme appartenant à un peuple alliédes Romains. I Mach., xv, 23, La croyance à la parentédes deux nations persistait encore au temps de Josèphe. Voir Bell. jud., i, xxvi, 1. Cf. G. Wernsdorff, Commentatio de Fide Librorum Maccabæorum qua Frœhlichii Annales Syriæ eorumque Prelogomena ex instituto examinantur, in-4°, Breslau, 1747, § 94, p. 145.

3° Que les Juifs aient été ou non liés aux Spartiates par les liens du sang, cela n’a rien à faire avec l’authenticité des lettres elles-mêmes. Aussi la réalité de l’alliance est-elle admise par l’immense majorité des historiens, bien qu’elle ne nous soit pas connue par d’autres documents. H. Palmer, De Epistolarum, quas Spartiani atque Judei invicem sibi misisse dic*ntur, veritate, in-4o, Darmstadt, 1828, p. 21, pense, et c’est l’opinion que nous avons adoptée, que l’alliance remontait à l’an 302 avant Jésus-Christ. À cette époque Démétrius Poliorcète, roi de Macédoine, après avoir conquisle Péloponnèse, marchait au secours de son père Antigone contre Cassandre, Lysimaque, Ptolémée et Séleucus, confédérés contre lui. Les Spartiates cherchaient à augmenter le nombre des ennemis d’Antigone et de Démétrius. Arius Ier était alors, comme nous l’avons dit plus haut, roi de Sparte, et Onias Ier, fils de Jaddus, grand-prêtre. Comme les noms d’Arius et d’Onias reparaissent simultanément dans l’histoire, d’autres commentateurs ont placé ces lettres à d’autres dates. H. Ewald, Geschichte, t. iv, p. 276, suppose que la lettre d’Arius Ier fut adressée à Onias II durant sa minorité, entre 290 et 265, alors que les Juifs étaient en guerre avec Démétrius. Cette hypothèse est très peu vraisemblable, car les grands-prêtres en exercice étaient alors Éléazar et Marnasse, oncles d’Onias II, et c’est avec eux qu’eût été échangée la correspondance. On pourrait aussi songer àArius II et à Onias II qui furent contemporains pendant quelques années, 264 à 243, mais ce roi était un enfant qui mourut à 8 ans. Plutarque, Agis, 3; Pausanias, III, VI, 6. Josèphe, Ant. jud., XII, IV, 10, croit que la lettre a été adressée à Onias III, au temps d’Antiochus IV, entre 175 à 164, mais à cette époque, il n’y avait pas à Sparte de roi du nom d’Arius. Voir Aftius, t. i, col. 965. E. Schürer, Geschichte des Jüdischen Volkes im Zeitalter Jesu-Christi, in-8°, Leipzig, 1890, t. i, p. 186, n. 32.

4° L’auteur du Ier livre des Machabées ne cite pas textuellement les documents qu’il rapporte, il se sert évidemment d’une traduction grecque, faite elle-même sur une traduction hébraïque de l’original. C’est pourcela qu’on y trouve des mots qui n’appartiennent pas à la langue dorienne: εἰρήνη, ϰτήνη, xii, 22-25; ἀδέλφοι, xiv, 20. Il n’y a pas lieu de tenir plus de compte de l’absence du nom du second roi de Sparte que de l’absence du nom du second consul dans la lettre de Lucius. I Mach., xiv, 16. C’est qu’Arius était le personnage important. L’autre roi de Sparte, soit Archidamus IV, soit Eudamidas II, n’eut qu’un rôle effacé. Au temps où fut écrite la lettre de Jonathas, il n’y avait plus de roi à Sparte, le dernier roi de la famille des Agides avait été Agésipolis III en 221. Après lui, on avait vu à Sparte des tyrans, dont le dernier, Nabis, avait péri en 192. Tite-Live, xxxv, 35. La cité était gouvernée par les Éphores et par le sénat. Antigone avait rétabli ces magistrats et le sénat, supprimés par Cléomène. Polybe, IV, xxxv, 5. Après la conquête romaine, la ville de Sparte avait gardé son indépendance et avait reçu des Romains le titre de Civitas fœderata. Strabon, VIII, v, 5; cf. J. Marquardt, Manuel des Antiquités romaines de Th. Mommsen et J. Marquardt, trad. franc., t. IX, Organisation de l’Empire romain, in-8o, Paris, 1892, t. ii, p. 224. Elle pouvait encore être de quelque utilité aux Juifs. On ne peut donc rien alléguer de sérieux contre cette correspondance. G. Wernsdorff, qui a le plus attaqué les livres des Machabées, le reconnaît. «Dans la lettre de Jonathas, dit-il, je ne trouve rien qui n’ait pu être écrit par un grand-prêtre juif. Elle paraît certainement écrite par un homme pieux, grave, prudent et assez versé dans les affaires civiles. J’y remarque des mots bien enchaînés et des pensées justes. Je n’y trouve rien qui puisse être reprisà bon droit, si ce n’est qu’il y parle trop souvent de l’ancienne alliance entre Arius et Onias et de la parenté supposée entre les deux nations. Mais il était homme et il put être trompé.» G. Wernsdorff, Comment., § 96 et111, p. 148, 169-170. W. Grimm, Kungefasstes exegetisches Handbuch zu den Apocryphen des Alten Testaments, in-8°, Leipzig, part, iii, 1853, p. 211; C. F. Keil, Commentar über die Bücher der Makkabäer, in-8°, Leipzig, 1875, p. 201-206, défendent l’authenticité de tous les documents.

5° Les deux lettres paraissent citées plus complètement dans Josèphe. Celle d’Arius, d’après lui, était écrite en caractères carrés et portait un sceau représentant un aigle porté sur un dragon. Elle fut apportée à Onias par un certain Demotélès. Ant. jud., XII, IV, 10; cf. XIII, v, 8. La lettre de Jonathas portait en titre: «Le grand-prêtre Jonathas, le sénat et la communauté des Juifs aux éphores des Lacédémoniens, au sénat et au peuple, leurs frères, salut.» Ant. jud., XIII, V, 8. A cette époque, en effet, les premiers magistrats de Sparte étaient les éphores. Il ajoute que les ambassadeurs juifsfurent reçus avec bienveillance et que les Spartiates votèrent un décret d’amitié et d’alliance. Lacédémone fut au nombre des villes qui eurent part aux générosités d’Hérode le Grand. Josèphe, Bell. jud., i, xxi, 11.

6° Mentionnons seulement à titre de curiosité l’opinion qui suppose que le mot Sparte est une transcription erronée pour Sepharad, Separatim ou Sefaradim, et qui place en Lycie le peuple dont il est question dans les Machabées. Hitzig, dans la Zeitschrift des deutschen morgenland. Gesellschafts, t. ix, 1855, p. 731-737; Id. Geschichte des Volkes Israël, in-8o, Leipzig, 1869, t. ii, p. 345-349, et celle de Frankel, Monatschrift fur Geschichte und Wissenschaft des Judenthums, 1853, p. 456, qui fait du mot Spartiate la désignation d’une colonie juive à Nisibe en Arménie. Il n’est pas admissible qu’une colonie juive eût besoin de rappeler sa parenté avec les Israélites de Palestine, et les détails concordent si bienavec la constitution de Sparte qu’il est inutile de chercher ailleurs.

E. Beurlier.

1. LA CERDA (Gonzalve de), prêtre de l’ordre d’Alcantara et secrétaire de Philippe II, vivait dans le cours du xvie siècle. Il a composé Commentaria in Epistolas D. Pauli ad Romanos, in-fol., Lisbonne, 1583. — Voir N. Antonio, Bibliotheca Hispana nova, t. i, p. 553; Dupin, Table des auteurs ecclésiastiques du xvie siècle, p. 1242.

B. Heurtebize.

2. LA CERDA Joseph, bénédictin, né à Madrid, mort à Badajoz le 12 juin 1645. Profès du monastère de Saint-Martin de Madrid, il fut professeur de théologie à Salamanque et successivement évêque d’Almeria et de Badajoz. On lui doit un commentaire sur le livre de Judith, In sacram Judith Historiam commentarius litteralis et moralis, 2 in-fol., Almeria, 1641. — Voir N. Antonio, Bibliotheca Hispana nova, t. i, p. 803; Ziegelbauer, Historia rei literariæ ordinis sancti Benedicti, t. iv, p. 29, 179.

B. Heurtebize.

LACET, ou LACS, lien de corde disposé pour prendre une proie sans qu’elle s’y attende et la retenir comme dans un piège. Plusieurs mots hébreux servent à désigner le lacet, toujours d’ailleurs dans un sens figuré: — 1° Ḥébél, σχοινία, funes, le piège de corde que l’on tend pour s’emparer d’un ennemi. Ps. cxix (cxviii), 61; cxl (cxxxtx), 6. Ce piège saisit par le talon. Job, xviii, 9. Le même nom est donné aux lacs de la mort qui surprend sa proie, II Reg., xxii, 6; Ps. xvii (xviii),

5(hébreu), et à ceux du šeʾôl qui la détient. Ps. xvii (xviii), 6; cxvi (cxiv), 3 (hébreu). Voir Corde, t. ii, col. 964. — 2° Malkodéṭ, de lâkad, «prendre au piège,» σχοινίoν, pedica, le lacet caché sur le sol pour prendre le passant par le pied. Job, xviii, 10. Cf. Is., viii, 15; xxviii, 13. Les nations tombent dans la fosse qu’elles ont creusée et leur pied est pris au lacet, nilkedâh, συνέληφθή,comprehensus est. Ps. ix, 16. — 3° Môqêš, le lacet servant à prendre un gros animal. Job, XL, 19 (24). L’oiseau ne peut se prendre au filet s’il n’y a pas de môqêš, ἐξευτής, auceps. Am., iii, 5. Le môqêš n’est pas l’oiseleur, comme traduisent les versions, mais le lacet invisible qui metle filet en mouvement. Voir Filet, t. ii, col. 2245. Lemoqês est l’image des embûches que le méchant dresse contre le serviteur de Dieu. Ps. lxiv (lxih), 6; cxl (cxxxix), 6. — 4° Sammim, le lacet qui accompagne le piège. Job, xviii, 9. À la place de ce mot, les versionsont lu èemêyim, διψῶντες, sitis. — 5° C’est avec le lacet, laqueus, qu’on suspend au gibet. Gen., XL, 19, 22; xli, 13; Num., xxv, 4; Jos., viii, 29; x, 26; I Reg., xxxi, 10; Esth., vii, 10; ix, 13, 14; I Mach., i, 64, etc. Judas se pendit de la sorte. Matth., xxvii, 5; Act., i, 18. — 6° Les lacets du diable sont ses tentations de toute nature. I Tim., iii, 7; vi, 9; II Tim., ii, 26.

H. Lesêtre.

LA CHETARDYE (Joachim Trotti de), né le 23 novembre 1636, au château de la Chetardye, sur la paroisse d’Exideuil (Charente), autrefois du diocèse de Limoges, mort à Paris, le 9 juin 1714. Sa famille était originaire d’Italie. Admis au séminaire de Saint-Sulpice en 1657 et dans la Société des prêtres de ce nom en 1663, il alla d’abord enseigner la morale au séminaire du Puy, oùl’évêque le chargea du soin des conférences ecclésiastiques, dont M. de la Chetardye rédigea ensuite et fit imprimer les résultats. En 1679, sur le désir de l’archevêque de Bourges qui venait de confier son séminaire aux prêtres de Saint-Sulpice, il fut adjoint aux nouveaux directeurs et chargé de desservir la paroisse de Moutier-Moyen qui était unie au séminaire. Celle de Saint-Sulpice, à Paris, l’eut pour pasteur depuis le 13 février 1696 jusqu’à sa mort; et il s’y appliqua surtout au soin des congrégations religieuses, des pauvres et des enfants, pour lesquels il multiplia les écoles gratuites jusqu’au chiffre de 28. En même temps, il était supérieur de plusieurscouvents de religieuses. De concert avec Fénelon et M. Tronson, il négocia et obtint, en 1696, de Mme Guyon, un désaveu formel des erreurs contenuesdans ses écrits, et fut même appelé à la diriger pendant sa détention à Vaugirard. Il dirigea aussi la princesse de Condé et la princesse de Conti qui habitaient sur sa paroisse; et, à partir de 1709, Mme de Maintenon, après la mort de Godet des Marais, évêque de Chartres. M. Leschassier, supérieur de Saint-Sulpice, écrivait le 21 avril 1702: «Le jour de Pâques, M. de la Chetardye fut nommé à l’évêché de Poitiers par le roi. Il écrivit aussitôtà Sa Majesté pour le prier d’agréer ses excuses. Sa lettre a été bien reçue, et Sa Majesté en a été si édifiée qu’il l’a fait voir à plusieurs courtisans. M. le Prince, Mmes les princesses de Condé et de Conti sont venus le

voir pour témoigner de la joie qu’ils avaient de sa nomination et de son refus. Ses paroissiens en sont charmés.» On a de lui: Explication de l’Apocalypse par l’histoire ecclésiastique, Bourges, 1691, in-8o; réimprimée à Paris, de format in-4°, en 1701, 1702 et 1707, sous ce titre: L’Apocalypse expliquée par l’Histoire ecclésiastique, avec les Vies de quelques Empereurs romains, auteurs de la dernière persécution dont il est parlé dans cette explication de l’Apocalypse. Cf. Journal des Savants, année 1695, in-4°, p. 129, 130, et année 1701, p. 353, 354; Mémoires de Trévoux, novembre 1702, p. 63-78, et décembre 1707, p. 2022-2031; Bible de Vence, Préface (par Rondet) sur l’Apocalypse, art. vi, — Le système de M. de la Chetardye a été complété et perfectionné dans l’ouvrage suivant: Histoire générale de l’Église chrétienne, depuis sa naissance jusqu’à son dernier état triomphant dans le ciel; ouvrage traduit de l’anglois de Mgr Pastorini (Charles Walmesley), par un religieux bénédictin de la congrégation de Saint-Maur (Jacques Wilson); Rouen et Paris, 1777, 3 in-12. Enfin, l’ouvrage de M. de la Chetardye a servi de base, concurremment avec celui d’Holzhauser sur le même sujet, au travail de l’abbé Lafont-Sentenac intitulé: Le plan de l’Apocalypse et la signification des prophéties qu’elle contient, pour avertir les hommes des événements qui, de nos jours à la fin des temps, doivent intéresser l’Église et le monde, in-8o, Paris, 1872. — M. de la Chetardye a encore composé des Homélies sur les Évangiles des dimanches de l’année, qui, imprimées séparément de format in-4o, aussitôt qu’elles étaient prononcées, de 1706 à 1713, ont été réunies en 3 vol. in-8o, à Avignon en 1848, et à Paris en 1854. Cf. Bertrand, Bibliothèque Sulpicienne, 3 in-8o, Paris, 1900, t. i, p. 170-207.

L. Bertrand.

LÂCHETÉ, vice opposé au courage et à l’énergie de la volonté. Dans le sens de manque de courage, la lâcheté n’a pas de nom spécial en hébreu; dans celui de manque d’énergie, de nonchalance, elle est désignée dans l’Écriture par le mot remîyâh qui signifie aussi «fraude», et qui n’est employé dans l’acception particulière de lâcheté, que comme complément d’un substantif, ce qui équivaut à un qualificatif: néféš remîyâh, littéralement «âme de lâcheté» pour «homme lâche, nonchalant». Prov., xix, 15 (Septante: ἀεργός; Vulgate: anima dissoluta). Les conséquences de cette espèce de lâcheté, indiquées dans l’Écriture, sont le dénuement et la faim qui en découle. Prov., x, 4; xix, 15; cf. xxxi, 27. Le lâche est prêt à subir toutes les servitudes, Prov., xii, 24; il ne sait faire aucun effort pour obtenir le moindre résultat, même lorsqu’il lui est imposé, comme ces sept tribus d’Israël auxquelles Josué reproche de n’avoir pas encore occupé la terre de Chanaan. Jos., xvii, 3. La Vulgate emploie ici le mot ignavia, mais le texte hébreu a seulement miṭrappîm, «négligents.» La lâcheté est surtout répréhensible, quand il s’agit du service de Dieu. C’est pourquoi Jérémie voue à la malédiction celui qui fait lâchement 1’«œuvre de Dieu». Jer., xlviii, 10. Dans ce dernier passage, où il s’agit de la destruction de Moab, la nonchalance, remîyâh, touche de près à la lâcheté, produite par la peur, qui fait fuir le danger, par la crainte de la mort. Parce que la mort inspire à l’homme une crainte instinctive, c’est le fait du lâche de fuir, quand il se trouve en danger, par exemple au combat, tandis que l’homme courageux affronte le danger jusqu’à mourir. L’Écriture appelle simplement le lâche «un homme peureux et craintif», ʾîš hay-yârê’ ve-rak, Deut., xx, 8; yârê’veḥârêd, Jud., vii, 3 (Vulgate: fermidolosus et corde pavido, formidolosus et timidus). Dans ces passages, le lâche est invité à ne pas se battre et à quitter l’armée. Mais si Dieu ne voulait point de lâches parmi les combattants israélites, il n’en désapprouvait pas moins ceux qui manquent de courage. Le texte sacré blâme tous ceux qui sont sans courage et sans confiance en Dieu; les Israélites tremblant devant les Égyptiens, malgré la merveilleuse assistance de Dieu, Exod., xiv, 10-12, et regrettant l’Égypte, en face des difficultés de la conquête de Chanaan, Num.» xiii, 27-34; xiv, 1-3; cf. Deut., i, 27-28; Saül tremblant de peur en face des Philistins, -I Reg., xxviii, 4-5; les Apôtres s’endormant et abandonnant Jésus au jardin des Olives, Matth., xxvi, 56; Marc, xiv, 50; Pierre le reniant, Matlh., xxvi, 69-75; Marc., xiv, 66-72, Luc, XXII, 56-59; Joa., xviii, 17-27; Pilate le livrant malgré la conviction <le son innocence. Matth., xxvii, 24. — D’après la traduction de la Vulgate, l'élégie de David sur la mort d’Abner commence par ces mots: «Ce n’est pas comme meurent les lâches (ignavi) qu’est mort Abner.» II Reg., iii, 33. Cette traduction est difficile à justifier. Abner, ayant été tué par trahison, n’avait succombé ni en hrave ni en lâche. Le mot que saint Jérôme a rendu par ignavi est en hébreu nâbdl, qui signifie «insensé». Les Septante l’ont pris à tort pour un nom propre et y ont vu une allusion à la mort de Nabal, l'époux d’Abigaïl. I Reg., xxv, 38. La paraphrase chaldaïque a pris nâbdl dans le sens d’impie (et. Ps. xiv xlii, li), et l'on traduit généralement aujourd’hui l’hébreu: «Abner devait-il mourir comme un criminel,» que l’on met à mort pour lui faire expier ses crimes?

P. Renard.

LACHIS (hébreu: Lâkiš, Jos., x, 3, 5, 23, etc.; avec local, Lâkišâh, Jos., x, 31; IV Reg., xiv, 19; xviii, 14; II Par., xxv, 27; Septante: Λαχίς), ville importante de la tribu de Juda, dont le véritable site a été retrouvé de nos jours. Jos., x, 3; xv, 39, etc. Les documents cunéiformes nous en ont conservé la représentation (fig. 4) et le nom. On lit *~r~"i JH1 "ïîn’l, La-ki-su, sur un bas-relief de Ninive relatif à Sennachérib; La-ki-si, La-ki-sa, sur les tablettes de Tell el-Amarna. Cf. F. Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, 6e édit., Paris, 1896, t. iv, p. 41; E. Schrader, Die Keilimchriften und das Alte Testament, Giessen, 1833, p.287; II. Winckler, Die Thontafeln, von Tell el-Amarna, Berlin, 1896, p. 306, 310, 338, 340, lettres 180, 181, 217, 218.

I. Situation. — Lachis appartenait au midi de la Palestine, Jos., x, 3, 5, 23; xii, 11, au deuxième groupe des villes de «la plaine» ou de la Séphélah, d’après l'énumération du livre de Josué, xv, 37-41. Eusèbe et saint Jerôme, Onomastica sacra, Gœttingue, 1870, p. 135, 274, la mentionnent comme étant encore de leur temps un village, x<a|U|, situé à sept milles (un peu plus de 10 kilomètres) d'Éleuthéropolis (aujourd’hui Beit Djibrîn), en allant vers le Daroma ou le sud. Dans cette direction, mais vers le sud-ouest et à une distance un peu

[Image à insérer]

3. — Colline de Tell el-Hésy. D’après une photographie.

plus éloignée, on trouve un site dont le nom UmmLâqhou Lâkîs rappelle celui de l’ancienne cité chananéenne. Aussi jusqu'à ces dernières années, y voyait-on l’emplacement de cette ville. Cf. V. Guérin, Judée, t. ii, p. 299303. Cependant Robinson, Biblical researches in Palestine, Londres, 1856, t. H, p. 47, remarquait justement que les restes observés en cet endroit ne sont certainement pas ceux d’une antique place forte qui fût capable de résister, pour un temps du moins, aux assauts d’une armée assyrienne. Dès 1878, Conder signalait à 4 ou 5 kilomètres au sud-est une colline, nommée Tell elHésy, dont le nom et la position stratégique le frappèrent. Cf. Palestine Exploration fund, Quarterly Statement, Londres, 1878, p. 20. Le rapprochement onomastique qu’il voulut faire entre Lâkîs et el-Hésy est inadmissible, mais son coup d'œil ne l’avait pas trompé dans les autres observations. En apparence rien ne distinguait le tell de tant d’autres monticules naturels ou artificiels de la Palestine, mais sa situation à proximité des confins de l’Égypte et de la Syrie, dans cette plaine des Philistins qui, de tout temps, a servi de passage aux M

LACHIS

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armées venues de l’Assyrie ou de l’Egypte, les sourcesqui alimentent à ses pieds un ruisseau abondant, faisaientsoupçonner une place importante autrefois. Des fouiïlesseules pouvaient confirmer ces conjectures, qui cependants’accréditèrent encore par un rapide examen d’ÏTmm.LâkU, où l’on ne découvrit que des ruines de date récenteet de minime importance. Cf. Pal. Explor. Fund, Quart. St., 1890, p. 161. En 1890, un habile explorateur, M. Flinders Pétrie, pratiqua des tranchées, des intersectionsdans les flancs de Tell el-Hésy, et y fit d’intéressantesdécouvertes, qui sont consignées dans le Pal. Expl.

peu près sec en été. Voir fig. 5. Depuis que la villeest bâtie, il a entamé la face orientale du monticule, dont la pente escarpée descend assez brusquement surses bords. Le tertre, aux contours plus ou moins arrondisau sud et au nord, est pénétré par une légère dépressionà l’est et au sud-ouest. De ce dernier côté est unecrête faite d’une hauteur naturelle et d’un rempart artificiel, qui dépasse de près de 3 mètres le sommet dela colline. Cette crête continue sa ligne courbe vers l’est.Le point le plus important du tell est celui de la cité, au nord-est. En dehors de ce coin où sont accumulées

.W.StBsGiïiwvre 3aa.

5. — Carte de Lactis et de ses environs. D’après Bliss, À Mound of many Citiee, pi. i.

Fund, Quart. St., 1890, p. 459-166, 219-246, et dans sonouvrage intitulé Tell el-tîesy (Lachish), in-4o, Londres, 1891. Mais il n’avait eu que le temps de creuser quelquespieds. Après lui, M. Bliss put opérer des fouilles pluscomplètes et arracher au monticule de précieux secretsarchéologiques. Cf. Pal. Expl. Fund, Quart. St., 1891, p. 282-298; 1892, p. 36-38, 95115, 192-196; 1893, p. 9-20, 103-119; et F. J. Bliss, À Mound of many Cities, in-8o, Londres, 1898. C’est le résultat de ces travaux que nousdonnons ici dans un simple aperçu.

II. Description. — La colline de Tell el-Hésy (voir fig. 3), appelée aussi Tell el-Hélu, «la douce colline,» à causedu voisinage de sources d’eau douce, s’élève à 103 mètresau-dessus du niveau de la mer, et à 36 mètres au-dessusde l’ouadi de même nom, qui la longe à l’est puis sedirige an nord et à l’ouest en faisant de nombreux zigzags.Torrent en hiver, Youadi el-Hésy, qu rejoignenten cet endroit Youadi Dji*zâir et Youadi Muleihah, est à

les ruines dont nous allons parler, le plateau n’a qu’unelégère profondeur de terre: après 50 centimètres en certainesparties, de 1 à 3 mètres dans d’autres, on arriveà une couche d’argile restée intacte. Ce fut peut-être làla première assiette de la ville; on y a trouvé de trèsanciennes poteries. Un grand pan de murailles au nord/est un reste de vieilles fortifications.

L’enceinte irrégulière de la cité est parfaitement marquéeau nord, à l’ouest et au midi. Trois murs à peuprès parallèles au nord, mais à un niveau différent, représententtrois époques différentes, peut-être celle despremiers Chananéens, celle de Roboam et celle de Manassé.Le coin nord-ouest semble avoir été prolongé leplus possible pour renfermer un puits, dont on voit lesvestiges. C’est dans une partie de cet espace qu’ont étéretrouvés les restes d’au moins huit villes superposées, dont l’âge a été déterminé par les objets découverts dansles diverses couches. Celte accumulation de ruines,

fruit des ravages de douze siocles au moins, s’expliquefacilement d’après la manière de bâtir en Orient, etprincipalement dans cette contrée de la Palestine. Dèsles temps les plus anciens, les constructions étaientfaites de briques séchées au soleil, de blocs d’argilemêlée de paille hachée. Qu’une guerre ou les élémentsde la nature viennent à renverser les premiers édifices, le sol s’exhaussera des débris épars, et pour peu que lesite reste un certain temps abandonné, lèvent et la pluieauront bientôt fait de niveler le terrain. Les nouveauxhabitants, ne trouvant pas de matériaux à utiliser commedans les villes bâties en pierre, élèveront leurs demeuresde même façon que leurs devanciers, mais à un niveausupérieur. Une nouvelle civilisation s'établira sur lesruines de la première, quelque catastrophe l’enfermeraplus tard dans un tombeau, et c’est ainsi que se formemais dont la nature et l’usage ne sont pas bien connus.Fragments de poterie peinte.

troisième ville, à 13 m. 70: série de chambres à l’appui du mur septentrional. C’est là qu’a été découverte lapièce la plus importante, une tablette avec inscription, cunéiforme, dont nous parlons plus loin; avec cela, différents objets en bronze, pointes de lances, poinçons, épingles à cheveux, aiguilles, couteaux, etc. —Au-dessusde cette cité s'étend un lit de cendres, qui se trouveainsi à peu près au milieu de la colline. Des couchesalternées de poussière noire et blanche, de charbon etde chaux, rayent la face du monticule sur une épaisseurqui varie de 1 à 2 mètres. Des os et des débris de poterie se rencontrent dans cet amas mystérieux.

quatrième ville. — Cité int'. iv, à Il m. 27: mursbâtis sur le lit de cendres; petite idole de bronze avec

6. — Tablette de Lachis. D’après la Revue biblique, 1894, p. 433.

ront par couches successives les pages de l’histoire; ainsile sol s’est élevé de 18 mètres à Tell el-Hésy. L’Egyptenous offre plus d’un exemple de ces monticules produitsou accrus par la démolition de maisons en brique, à Damanhur, à Tanis et ailleurs. M. Bliss ne reconnaît quehuit villes bien caractérisées, mais il croit pouvoir endistinguer jusqu'à onze. Il suit, en les décrivant, l’ordrechronologique, c’est-à-dire en allant de bas en haut.Nous donnons dans un simple tableau le résumé de sesdécouvertes, en maintenant ses propres distinctions:

première ville. — Cité inf. i, à 19 m. 80 au-dessousdu sommet de la colline; elle renferme, au coin nordest, une tour d’angle avec deux chambres, mais n’a révélé aucun objet caractéristique. — Cité i, à 16 m. 75, dans le quartier sud-est du tell: on y a découvert desobjets en cuivre et en bronze, pointes de lances, hermineltes, etc., une figurine en bronze, et de nombreux débris d’une poterie que les explorateurs appellent «amorrhéenne».

deuxième ville. — Cité inf. ii, à 16 mètres environ: chambres bâties avec de l’argile brun foncé mélangéed’un peu de paille. — Cité ii, à 14 m. 60: chambres bâtiesavec de l’argile jaune rougeâtre, pleine de paille. On ya trouvé un fourneau circulaire, avec scories et cendres,

collier d’or, chèvre de bronze avec chevreaux, figurineen terre; pressoir à vin avec plusieurs cuves, pavé cimenté, çà et là. — Cité iv, à 9 m. 75: ruines d’un largeédifice, avec chambres symétriques. Dans les deux ontété trouvés des objets importants, scarabées, cylindres, petites pointes de lances, couteaux, aiguillas, etc. Poteries phéniciennes, dont un fragment avec trois lettresphéniciennes.

cinquième ville, à 6 m. 70: grandes constructions, représentées par des pierres placées à distance â peu préségale et servant de bases à des piliers ou à des colonnes.

sixième ville, à 5 m. 50: large muraille d’enceinteau nord, retrouvée par Flinders Pétrie, constructions àl’est, fosses circulaires et fours. Entre cette cité et lasuivante, le sol est argileux, d’un gris verdàtre et trèsrésistant; on y a découvert un fragment de poterie avecinscription phénicienne.

septième ville, à 2 m. 40: traces d’un violent incendie; au côté est, curieuse stratification de sable fin, jaune clair; pavement couvert de sable. On y remarquedes fosses qui servaient de greniers ou de magasins; ony a retrouvé des grains de froment et d’orge, du sésamebrûlé, des grains de raisin. À la partie nord, maisonsdont les fondements sont encore nettement tracés.

huitième ville, à 1 m. 50, dans un état de destruction pitoyable. Elle renferme une douzaine de tanmirsou «fours» de forme circulaire, qui attestent que lesanciens habitants, 400 ans avant notre ère, faisaientleur pain de la même manière que les Syriens et Arabes d’aujourd’hui. Les pierres à bâtir sont brutes, quelques-unes seulement, de forme carrée, indiquent uncertain travail. Jarres et nombreuses poteries.

La chronologie du tell peut être approximativementétablie d’après les objets trouvés in situ, que l’on ramène aux quatre classes suivantes:

1° Objets avec inscriptions. — 1. En premier lieuvient la tablette cunéiforme, découverte dans la troisième ville. Voir fig. 6. Par sa forme et ses dimensions, elle ressemble à celles de Tell el-Amarna; l'écriture et les formules employées sont celles desscribes du sud de Chanaan dans les lettres adresséesaux rois d’Egypte. Zimrida était gouverneur de Lachissous le règne d’Amenhotep IV, Khu-n-Aten, de laXVIII 8 dynastie. On peut donc la l’aire remonter à environ1450 ans avant notre ère. — 2. Nous avons en secondlieu deux inscriptions phéniciennes. Sur un fragmentde poterie, mis à jour vers le sommet de la IVe cité, onlit: ïbs, de bâla «absorber.» M. Sayce ne croit pasl'écriture plus ancienne que le XIe siècle. Sur un autre(vie cité), M. Clermont-Ganneau lit "jDnb, le-hassêk, «adlibandum,» ce qui indique un «vase à libation», Cf.1er., XLIV, 19, 25. Palestine Exploitation Fund, Quart.St., 1892, p. 126-128. Quelle que soit la différence delecture (cf. Pal. Expl. Fund, Quart. St., 1891, p. 70, 158, 240, 250, 311), les archéologues lui assignent commedate 700 ou 800 av. J.-C.

2° Scarabées et cylindres. — 1. Aux cités H et m appartiennent deux scarabées portant le nom A' Amen liaet pouvant remonter à la XVIIIe ou peut-être la XIXe dynastie égyptienne (fig. 7-8). À la cité inf. iv: un avec lecartouche de la reine TU, mère d’Amenhotep IV, XVIIIe dynastie (fig. 9); un autre avec le nom d’Osi7 8 9 10

7-8. — Scarabées portant le nom de Âmen-Ra.

9. — Scarabée portant te nom de la reine TH.

10. — Scarabée portant le nom de Ah^Hotep.

D’après Bliss, À Mound of many Cities, fig. 116, 117, 119 et 123.

TiSfUm-nefer; d’autres sont des copies de modèleségyptiens. Cité ]v: un porte le nom de Ah-Hotep, quifut celui de la femme d’Amenhotep I er, de la XVIIIe dynastie (fig. 10). — 2. Les cylindres, trouvés dans lescités inf. IV et iv, sont assignés à une période qui va de1400 à 1000 avant l'ère chrétienne.

III. Objets en métal. — 1° Le bronze a été trouvé danstoute l'épaisseur du monticule. Les objets les plus caractéristiques sont les plus anciens, mais comme ils dilfèrent, au point de vue de la forme, des instruments etdes armes rencontrés en Egypte et ailleurs, ils ne peuvent par eux-mêmes conduire à des dates précises. —2° Le fer se révèle depuis le sommet de la colline jusqu’au sommet de la cité iv, où il cesse, ce qui peutmener jusque vers l’an 1100.

IV. Poteries. — Les poteries offrent non seulementun nombre considérable d'échantillons, mais des typesspéciaux en rapport avec les groupes de villes. Bans lespremières couches apparaissent les poteries dites «amorrhéennes», qui diffèrent de celles trouvées enEgypte et en Syrie. Le type phénicien commence avec

les cités il et iii, devient prédominant dans les citésIV inf. et IV, et diminue progressivement dans les parties supérieures. De la cité v à la vine, le terrain estcaractérisé par le style juif, c’est-à-dire une grossièreimitation de l’ancien type phénicien. Enfin, dans lesdeux dernières villes, vne et viii=, on rencontre la poterie grecque, avec le poli et les couleurs rouge et noir, tait important qui paraît dater ces assises de 5C0 à 400avant l'ère chrétienne. Voir de nombreux dessins dansFlinders Pétrie, Tell el-Hesy, pi. v, vi, vii, viii, ix, et dansBliss, À Mound of many Cities, pi. 3, 4, p. 118, 119, 120.

De toutes ces données, M. Eliss tire les conclusionssuivantes au point de vue chronologique, en assignantà chaque ville une date évidemment approximative: Cité inf. r, 1700; cité i, 1600; cité inf. ii, 1550; cité H, 1500; cité iii, 1450; cité iv inf., 1400; cité iv, 1300; cité v, 1000; cité vi, 800; cité vii, 500; cité viii, 400 av.J.-C. L’absence de monnaies et de restes des époquesséleucide et romaine montre que Tell el-Hésy fut abandonné après 400.

III. Histoire. — 1° Les ruines de Tell el-Hésy répondent parlaitement à l’histoire de Lachis. Cette ville futdés les origines une place importante du sud de Chanaan. Vassale de l’Egypte sous les rois de la XVIIIe dynastie, elle payait un tribut en nature, et deux de sesgouverneurs, Zimrida et Jabni-ilu, nous sont connuspar les tablettes de Tell el-Amarna. Ct. H. Winckler, Die Thontafeln von Tell el-Amarna, p. 306, 310, 338, 340. Le premier, nous l’avons vii, est également mentionné sur la tablette cunéiforme trouvée à Tell el-Hésy, et dont nous donnons la traduction d’après le P. V.Scheil, dans la Revue biblique, Paris, 1894, p. 435: «Auchef… j’ai dit: à tes pieds je me prosterne. Sache queDaian Addi et Zimrida se sont réunis et que Daian Addia dit à Zimrida: Pisyaram envoie vers moi et me fait présenter deux chevaux (?), 3 glaives et 3 poignards. Si doncj’envahis le pays du roi et si tu m’aides à m’en emparer, je te rendrai plus tard la principauté dont il (t') avaitdonné le principat. J’ai dit: envoie donc (des troupes)au-devant de moi et… j’ai dépêché Rabil… Tienscompte de ces avis.» Il s’agit ici sans doute d’une deces tentatives d'émancipation si fréquentes parmi lesgouverneurs de provinces. Le déchiffrement du P. Scheildiffère assez sensiblement de celui de Sayce, publié dansle Pal. Expl. Fund, Qu. St., 1893, p. 27, et dans Bliss, A Mound of many Ciliés, p. 185.

2° Lorsque Josué envahit la Palestine, Lachis avaitpour roi Japhia, qui s’unit à ceux de Jérusalem, d’IIcbron, de Jérimoth et d'Églon, pour marcher contreGabaon et la punir de son alliance avec les Israélites^Vaincu comme les autres confédérés, il vint se cacherdans la caverne de Macéda, fut pris, mis à mort et suspendu à un gibet. Jos., x, 3, 5, 23. Sa ville tomba ensuite entre les mains du conquérant. Jos., x, 31-33; xii, 11. Elle fit partie du territoire assigné à Juda, Jos., xv, 39. Plus tard, Roboam, roi de Juda, répara ou augmenta ses fortifications, HPar., xi, 9, et Amasias, chasséde Jérusalem par une conspiration, vint s’y réfugier, mais ne put échapper à la mort. IV Reg., xtv, 19; II Par. vxxv, 27. Le prophète Michée, i, 13, la presse de fuir devant l’invasion: «Attache les coursiers au char, peupledéLachis,» s'écrie-t-il (d’après l’hébreu). La suite duVerset semblerait placer là «le début du péché pour lafille de Sion», et faire de cette ville comme l’instigatrice des péchés d’Israël. Qu’elle ait été adonnée à l’idolâtrie, les touilles l’ont prouvé, mais on ne comprendguère l’influence qu’elle a pu avoir sous ce rapport surJérusalem, à moins que celle-ci ne lui ait empruntéquelque pratique idolâtrique.

3° L’importance de Lachis ressort encore de la campagne de Sennachérib contre Juda. C’est là que le monarque assyrien vint s'établir avant de diriger ses troupesvers Jérusalem. C'était pour lui une excellente base

d’opération contre l’armée égyptienne d’un côté, et, del’autre, contre les places fortes du midi de la Palestine.Il fit représenter lui-même sur les monuments del’époque le siège de cette ville. Voir fig. 5, col. 15-16, d’après Layard, M onuments of Ninevek, 2e série, pi. 21.L’image est d’une parfaite exactitude au point de vuetopographique et correspond à la vue de la cité prisedu sud. Cf. Flinders Pétrie, Tell el-Sesy, p. 37-38. C’estlà qu’Ézéchias effrayé envoya des ambassadeurs au roide Ninive et lui remit le tribut demandé. IV Reg., xviii, 14-16. Sennachérib fit plus tard reproduire cette scèneet la reddition de Lachis à Ninive sur un bas-relief quinous a été conservé. Voir fig. Il et 12. Le roi est assis surson trône, en un lieu planté d’arbres; des Juifs s’avancentvers lui, les mains suppliantes. Au-dessus du tableau onlit l’inscription cunéiforme suivante: «Sennachérib, roi des nations, roi d’Assyrie, sur un trône élevé estassis, et les dépouilles de Lachis devant lui viennent.» Cf. G. Smith, History of Sennachérib, 1878, p. 69; F. Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, t. iv, p. 41. Le monarque assyrien ne se contenta pas dece tribut de guerre, et exigea la reddition de Jérusalem.Informé des préparatifs de résistance que faisait la ville, il envoya de Lachis trois de ses principaux officiers, sontartan, son rab-saris et son rab-êaqêk, avec une escorteimposante, espérant ainsi intimider Ézéchias et l’obligerà se rendre sans coup férir. IV Reg., xviii, 17; II Par., xxxii, 9; Is., xxxvi, 2. Confiant en Dieu et fortifié par laparole prophétique d’Isaïe, le roi de Juda repoussa avecfermeté les demandes de Sennachérib, qui, du reste, avait déjà quitté Lachis, pour commencer son mouvementen arrière, lorsque ses envoyés revinrent. IV Reg., xix, 8; Is., xxxvii, 8. Lorsque plus tard Nabuchodonosor, roi de Babylone, détruisit le royaume de Juda, Lachisfut au nombre des places fortes qui tombèrent sous sescoups. Elle fut de nouveau habitée par les Juifs au retourde la captivité; II Esd., xi, 30. Mais elle ne retrouvajamais son antique puissance. Il n’en est plus questiondans la Bible à partir de ce moment.

A, Legendre.

    1. LACHMANN Karl##

LACHMANN Karl, philologue allemand protestant, né à Brunswick le 4 mars 1793, mort à Berlin le 13 mars1851. Il étudia à Leipzig et à Gœttingue où, au lieu desuivre les cours de théologie qu’il négligea complètement, il s’adonna exclusivement à l’étude de la philologie. En1816 il devint professeur au gymnase Friedrich-Werder, puis à l’Université de Berlin, plus tard à Kœnigsberg.En 1825 il revint à Berlin, où dès 1827 il fut nomméprofesseur ordinaire. Deux ans plus tard on lui confiala section latine du séminaire philologique et en 1830il devint membre de l’Académie des sciences à Berlin.

En dehors de ses travaux sur les classiques allemands, il étudia avec le plus grand soin le texte du NouveauTestament. Il exposa les principes de sa critique: Rechenschaft ûber seine Ausgabe des Neuen Testaments, dans les Theologische Studien und Kritiken, 1830, p. 819-845. Ce traité rend compte de la nouvelleédition du texte sacré qu’il venait de terminer et qu’ilédita peu après sous le titre Novum Testamentumgrsece, in-12, Berlin, 1831. Cette édition comprend larecension du texte (sans indication des sources) avecdes notes marginales citant différentes leçons et unetable des variantes du textus receptus. — Dans cet ouvrageet dans le mémoire qui le précéda Lachmannentre dans une voie toute nouvelle de la critiquedu texte. Comme point de départ les critiques avantLachmann avaient pris le textus receptus et cherché àl’amender. Lachmann remonta aux manuscrits les plusanciens) aux traductions et citations des Pères. Les ancienscritiques considéraient comme leur tâche de nerestituer la leçon originale que pour les passages enlitige et avaient recours, à défaut de témoignages extrinsèques, avec une chance très douteuse, à des arguments

purement subjectifs. Comme il s’agissait des ÉcrituresSaintes, Lachmann remit dans la mesure du possible àl’arrière-plan son propre jugement, il n’eut pas la prétentionde restituer dans chaque cas particulier la véritableleçon. Il ne se mit pas même en quête de la plusancienne, mais se contenta des plus anciennes entrecelles qui étaient le plus répandues, guidé par cette penséequ’un texte de ce genre se rapprocherait plus sûrementdu texte primitif que celui des «recepta corrigés» etque ce serait le meilleur point de départ pour atteindrepar des opérations critiques ultérieures le texte primitiflui-même. Jusqu’alors lès critiques se servaient indistinctementd’anciens et de nouveaux manuscrits. Lachmannabandonna ces complications en majeure partie inutiles etsans valeur pour la pratique et ne choisit qu’un nombrerestreint d’anciens témoins pour découvrir la piste cherchée.Quelques règles, peu nombreuses et d’autant plussimples, devaient régulariser la marche dans ses opérations.Son premier axiome était que, entre les leçonsexistantes, il fallait toujours donner la préférence àcelle quj se trouverait dans les documents les plus anciensarrivés jusqu’à nous. Lachmann fonda ses principessur la doctrine de Richard Bentley (mort en 1742)et sur celle de saint Jérôme. Le fameux critique anglaisavait depuis de longues années l’intention d’éditer unerecension du Nouveau Testament grec, concordant avecles manuscrits grecs les plus anciensetceux de la Vulgate, conjointement avec une recension nouvelle de la Vulgateelle-même. Après de nombreux travaux préparatoiresen ce sens il publia en 1720 ses Proposais for printinga new Edition of the Greek Testament and S* Hierom’sLatin Version, dans lesquels il explique le plan et l’importancede l’édition projetée. Malheureusem*nt cetteédition ne put être publiée, à cause des attaques d’uncertain nombre de théologiens anglais. Voir l’écrit deBentley, imprimé dans Tischendorf, Novum Testamentum, edit. vii, Proleg., p. 87-96. Lachmann s’en tient àsaint Jérôme, parce que celui-ci pour la rédaction de laVulgate avait puisé dans les anciens, sans s’occuper desmanuscrits grecs de date plus récente et parce que la concordanced’un manuscrit avec les anciennes traductionslui était un garant de leur authenticité, et le témoignageharmonisant avec les anciens manuscrits grecs et les anciennestraductions, Un critérium certain pour la justessed’une leçon. Lachmann dit des axiomes critiques desaintJérôme, qu’ils sont «très raisonnables» et «excellents» et qu’ils seront «toujours la règle qu’on devra suivre pourdéterminer le texte du Nouveau Testament» (p. 823).Encouragé par l’approbation donnée à ses idées et principes, Lachmann se mit en devoir de publier une éditionplus considérable. Soutenu dans ses travaux parPhilippe Buttmann, fils du célèbre grammairien grec, il édita le Nouveau Testament avec des prolégomènesdétaillés, avec indication des sources et le texte de laVulgate, sous le titre: Novum Testamentum grs.ce etlatine, in-8°, Berlin, 1. 1, 1842; t. ii, 1850. Le texte grec n’aguère subi de modification et reste semblable à celui de lapetite édition, réimprimée à plusieurs reprises (1837, 1846). La grande édition de Lachmann est une preuve deplus de la valeur de son système; mais son appareil critiqueest assez médiocre, le nombre des témoins qu’ilproduit est trop restreint. Le Vaticanus, YEphrsenii rescriptus, le Claromontanus, VAmiatinus et d’autres, bienque très importants, ne lui étaient accessibles que pardes collations imparfaites, souvent fautives ou douteuses.Lachmann méconnut la nécessité d’une basegénéalogique construite par Griesbach pour la critiquedu Nouveau Testament. Il a été dépassé depuis parTischendorf, Tregelles et autres, mais il eut le mérited’inaugurer une époque nouvelle dans’l’histoire desétudes néo-testamentaires. Voir Scherer, dans Allgemeinedeutsche Biographie, t. xvii, p. 471-81; Hundhausen, dans le Kirchenlexicon, 2e édit., Fribourg, 1883-1901, t. ii, p. [620-623; M. Hertz, Karl Lachmann, Berlin, 1851; Jakob Grimm, Rede auf Lachmann, Kleine Schriften, t. i, col. 145; G. Heinrichs, Lachmanniana, dans Anzeiger für deutsches Allerthum, t. vi, p. 354; t. v, p. 289; Westcottand Hort, The New Testament in the original greek, Cambridge, 1881, t. H, p. 13; Tischendorf, Nov. Test. græc., edit. vn a min., p. 102-112.

E. Michels.

LACHMI (hébreu: Lahmî; Septante: Aaxi «’)> frère de Goliath. I Par., xx, 5. La Vulgate a traduit «Bethléhémite». Pour l’explication de ce passage, voir Adéodat, t. i, col. 215.

LADANUM (hébreu: lôt; Septante: (jraxrr,; Vulgate: stacte, Gen., xxxvii, 25; xliii, 11), substance résineuse aromatique.

I. Description. — Le Ladanum est une oléorésinegluante et aromatique produite par exsudation des feuilles de diverses espèces de cistes. Le genre Qistus de Linné, qui a donné son nom à la famille des Cistacées, se compose d’arbrisseaux de petite taille, répandus dans les lieux incultes de toute la région méditerranéenne. Les feuilles persistantes, opposées et sans stipules, sont le siège principal d’une sécrétion si abondante, pendant la saison chaude, que la surface du limbe en devient visqueuse, et que l’air ambiant est tout imprégné de vapeurs balsamiques. Les fleurs sont formées de cinq pétales réguliers, larges, tordus dans le boulon et très caducs, d’étamines nombreuses, et d’un ovaire simple qui devient à la maturité une capsule polysperme, à déhiscence valvaire. — L’espèce que Linné a nommée Cistus ladaniferus, très abondante dans la péninsule Ibérique, ne dépasse pas la Sicile vers l’Orient, mais plusieurs autres, qui sécrètent la même résine, habitent l’Asie Mineure et spécialement les iles de Crète et de Chypre.

13. — Cistus salviifolius. — Dessin d’après nature. Hameau cueilli à Bethlêhem par le Frère Jouannet-Marie, des Écoles chrétiennes (avril 1890).

Les plus remarquables sont le Cistus villosus, qui se distingue de ses congénères à fleurs roses par lalongueur du style égalant au moins les étamines, etparmi les espèces à fleurs blanches, le Cistus laurifolius à trois sépales caducs, le Cistus monspeliensis dont les feuilles sont longues et étroites, tandis que celles du Cistus salviifolius (fig. 13) ont un limbe court et fortementrugueux à la surface.

F. Hy.

II. Exégèse. — Les marchands ismaélites auxquelsJoseph fut vendu par ses frères, allaient de Galaad enEgypte pour y porter des aromates et en particulier dulot. Gen., xxxvii, 25, Jacob chargeant ses fils de présents pour le premier ministre d’Egypte, leur remet entre autres produits du pays du lot. Gen., xliii, 15 (hébreu). On reconnaît généralement dans ce nom le ladanum. Le mot lôt est apparenté avec les noms des langues sémitiques et indo-européennes qni désignent certainement le ladanum ou la résine odorante des Cistus: il suffit decomparer l’arabe lâdlian, le sabéen ladan, l’assyrien ladunu, le persan lâd, le grec tSov, ou X^Savov, ou XâSavov, et le latin ladanum ou labdanum. D’après les textesde la Genèse que nous venons de citer, le ladanum estdonné comme un produit de Galaad et de Palestine, importéen Egypte. Il ne paraît pas avoir été recueilli, dumoins en quantité suffisante, dans la vallée du Nil, où cependanton l’employait fréquemment dans les embaumements.Fr. Wônig, Die Pflanzen im alten Aegypten, in-8o, Leipzig, 1886, p. 386. Il venait en Egypte par terrede la Palestine, de l’Arabie, de la Syrie, et doit êtrecompris dans l’expression générale qui revient souventdans les textes, «les parfums de Syrie.» Mais le nomsous lequel il était connu dans la vallée du Nil n’a pasencore été trouvé. Il pouvait venir aussi par mer de i’ilede Chypre. Le ladanum d’Arabie, Hérodote, iii, 112; Pline, Hist. nal., xii, 37, celui de Chypre et de Syrie, Pline, xxvi, 30, sont en effet les espèces les plus renomméeschez les anciens. Le ladunu est mentionné dansles tributs que Teglathphalasar tirait de Damas. E. Schrader, Die Keïlinschriften und das Alte Testament, in-8o, Giessen, 1883, p. 151. Les Cistus, soit le villosits, soit lesalviifolius, sont encore très abondants sur les collinesde Palestine.

Comme cette résine exsudait des feuilles du Cistuspendant les grandes chaleurs, on la recueillait, ditPline, xii, 37; xxvi, 30, en peignant la barbe et le poildes chèvres qui en broutant en étaient bientôt touteschargées. Dans son Voyage au Levant, Amsterdam, 3 in-12, 1727, t. i, p. 329, J. Thévenot nous décrit lemême procédé: «Il y a aussi en ces quartiers plusieursbergers qui gardent des chèvres et les montagnes ysont pleines d’une certaine herbe, que Mathiole appelleLedum, et les Grecs d’aujourd’hui Kissaros; quandles chèvres paissent de cette herbe, il s’attache à leurbarbe une certaine rosée visqueuse et gluante, qui setrouve sur cette herbe, cette rosée se congelant en uneespèce de gomme, qui a fort bonne odeur, qui s’appelleLadanum et pour la recueillir, il faut couper (ouplutôt peigner) la barbe aux chèvres.»

On obtient plus communément cette résine en promenantsur ces arbrisseaux des fouets ou lanières de cuir.Pline, H. N., xxvi, 30, indique ce procédé que Tournefort, Relation d’un voyage au Levant, 2 in-4o, Paris, 1^07>tri, p. 74-75, nous expose en détail tel qu’il le vit pratiquerdans l’Ile de Candie: «Tirant du côté de la mer, nous nous trouvâmes sur des collines sèches et sablonneuses, couvertes de ces petit* arbrisseaux qui fournissentle ladanum. C’était dans la plus grande chaleurdu jour, et il ne faisait pas de vent. Cette dispositiondu temps est nécessaire pour amasser le ladanum. Septou huit paysans roulaient leurs fouets sur ces plantes: à force de les secouer et de les frotter sur les feuillesde cet arbuste, leurs courroies se chargeaient d’uneespèce de glu odoriférante, attachée sur les feuilles; c’estune partie du suc nourricier de la plante, lequel trans-

sude au travers de la tissure de ces feuilles comme unesueur grasse, dont les gouttes sont luisantes, et aussiclaires que la térébenthine. Lorsque les fouets sont bienchargés de cette graisse on en ratisse les courroies avecun couteau, et l’on met en pains ce que l’on en détache: c’est ce que nous recevons sous le nom de ladanum.Un homme qui travaille avec application en amasse parjour environ une oque (trois livres deux onces) et mêmedavantage, lesquelles se vendent un écu sur le lieu.Cette récolte n’est rude que parce qu’il faut la faire dansla plus grande chaleur du jour et dans le calme. Cela, n’empêche pas qu’il n’y ait des ordures dans le ladanumle plus pur, parce les vents des jours précédents ontje té de la poussière sur ces arbrisseaux.» Cf. Celsius, Hierobotanicon, in-8°, Amsterdam, 1748, t. i, p. 280-288; E. F.K. Rosenmuller, Handbuch der biblischen Alterthumskunde, in-8°, Leipzig, 1830, t. iv, 1° part., p. 156-159; Trislram, The Nalural history of the Bible, in-12, Londres, 1889, p. 458-460. — Comme les Septante traduisentpar o-raxT-f, le lot hébraïque, ou ladanum, ilpourrait être question de cette gomme aromatique dansEccli., xxiv, 21 où on lit uTaxT-rj (Vulgate, gutta); maison ne saurait l’affirmer, parce qu’ils traduisent plus souventpar le même mot l’hébreu nalaf, le styrax; et malheureusem*ntce passage de l’Ecclésiastique n’est pasdu nombre des parties retrouvées en hébreu.

E. Levesque.

    1. LADVOCAT Jean-Baptiste##

LADVOCAT Jean-Baptiste, érudit et hébraïsantfrançais, né à Vaucouleurs le 3 janvier 1709, mort àParis le 29 décembre 1765. Il commença ses études aucollège des jésuites de Pont-à-Mousson et alla les terminerà Paris. Il entra ensuite dans la Société de Sorbonne.Docteur en théologie, il fut d’abord curé de Domrémy.En 1740, il obtint une chaire à la Sorbonne, en devintbibliothécaire et en 1751 fut choisi comme professeurd’hébreu. Parmi ses nombreux ouvrages nous avons àmentionner: Dissertation historique et critique sur lenaufrage de saint Paul, in-12, Paris, 1752: l’apôtren’aurait pas fait naufrage sur les côtes de l’île de Malte, mais à Meléda près de Raguse; Gramntaire hébraïque, in-8°, Paris, 1755, ouvrage qui eut de nombreuses éditions; Jugement et observations sur les traductions desPsaumes de M. Pluche et de M. Gralien et en particuliersur celle des RR. Pères capucins et de M. Laugeois, à l’usage des écoles de Sorbonne, in-12, Paris, 1753: ilréfute le système de l’abbé Villefore et des capucins quil’avaient adopté. On lui répondit par l’écrit suivant: Appel du jugement rendu par M. Ladvoçat dans lacause où il s’est constitué juge des quatre traductionsdes Psaumes, par M. de Saint-Paul, in-12, Paris, 1763; Notice d’un manuscrit original apporté à Pansen 1764, dans le Journal des Savants, août 1765, p. 540: il s’agit d’un manuscrit du Pentateuque; Lettre dans laquelle l’auteur examine si les textesoriginaux; de l’Écriture sont corrompus et si laVulgate leur est préférable, in-8°, Amsterdam, 1766: les fautes du texte hébreu n’en détruisent ni l’authenticité, ni l’intégrité; Interprétation historique et critiquedu Ps% lxmii: Exsurgat Deus, in-12, La Haye, 1767. —"Voir Éloge historique de l’abbé Ladvoçat, dans l’Annéelittéraire, t. n; Picot, Mémoires pour servir à l’histoireecclésiastique pendant le xyiii> siècle, t. iv (1855), p. 449; Quérard, La France littéraire, t. iv, p. 386.

B. Heurtebize.

LAEL (hébreu: Ld’êl, «(appartenant] à Dieu;» Septante: Aori)).; À lexandrinus: a.r{k), père d’Éliasaph quifut le chef de la famille de Lévites descendant de Gersondu temps de Moïse. Num., iii, 24.

LA FAYE (Antoine de), théologien protestant, né àChâteaudun, mort à Genève vers 1618. Il fut professeurau collège de Genève, puis enseigna la philosophie àl’université de cette ville, dont il devint recteur en 1580.

Vers cette date, il fut nommé pasteur et quatre ans pluslard professeur de théologie. Il composa la préface dela traduction française de la Bible à laquelle il avaittravaillé avec d’autres pasteurs de Genève et qui futpubliée en 1588 après avoir été revue par Théodore deBèze. Il accompagna ce célèbre réformateur au synodede Montbéliard. Parmi les nombreux écrits d’Antoine deLa Faye nous mentionnerons: De vernaculis Biblioruminterpretationibus et sacris vernacula lingua peragendis, in-4°, Genève, 1572; Commentarii in Èpistolamad Romanos, in-8°, Genève, 1608; Commentarii inEcclesiasten, in-8°, Genève, 1609; Commentarii inPsalmos xlix et lxxxvii, in-8°, Genève, 1609; Commentariiin priorem Epistolam ad Timotheum, in-8°, Genève, 1609. — Voir Lelong, Riblioth. sacra, p. 348, 722; Walch, Biblioth. theologiea, t. iv (1765), p. 522, 685.

B. Heurtebize.

    1. LAGARDE##

LAGARDE (Paul Anton de), orientaliste protestantallemand, né le 2 novembre 1827 à Berlin, mort à Gœttinguele 22 décembre 1891. Son vrai nom était Bôtticher; il emprunta à sa mère celui de Lagarde à partir de 1854.11 étudia à Berlin et à Halle la théologie, la philosophieet les langues orientales et se livra ensuite à des étudesscientifiques à Londres et à Paris, en 1853-1854. Aprèsavoir enseigné dans diverses écoles, il devint en 1869, àGœtlingue, le successeur d’Ewald comme professeur delangues orientales et il conserva cette chaire jusqu’à samort. Ses publications sont innombrables. Voici cellesqui se rapportent à l’exégèse: Epistolse Novi Testamenticoptice, Halle, 1852; Didascalia Aposlolorum (en syriaque, fruit du voyage à Paris et à Londres), in-8°, Leipzig, 1854; Analecta syriaca, Leipzig, 1858; HippolytïRomani qux feruntur omnia grsece, Leipzig, 1853; Libri Veteris Testamenti apocryphi syriace, Leipzig, 1861; Constitutiones Apostolorum, Leipzig, 1862; Anmerkungen zur griechischen Vebersetzung der Proverbien, Leipzig, 1863; Die vier Evangelien arabisch, Leipzig, 1864; Gesammelte Abhandlungen, Leipzig, 1866; Materialien zur Kritik und Geschichte des Pentateuchs, Leipzig, 1867; Hieronymi Qusestiones hebraicsein libro Geneseos, Leipzig, 1868; Onomastica sacra (desaint Jérôme et d’Eusèbe etc.), Gœttingue, 1870; 2e édit., 1887; Der Pentaleuch koptisch, Leipzig, 1871; Prophétiechaldaice, Leipzig, 1872; Hagiographi chaldaice, Leipzig, 1873; Psalterium juxta Hebrseos Hieronymi, Leipzig, 1874; Ankûndigung einer neuen Ausgabeder griechischen Vebersetzung des alten Testaments, Gœttingue, 1881; Orientalia, 2 in-4° Gœttingue, 18791880; Prsetermissorum libri duo (écrits divers en syriaque), Gœttingue, 1879; Psalmi 1-49 arabice, Gœttingue, 1875; Psolterii versio memphitica, Gœttingue, 1875; Psalterium, Job, Proverbia arabice, Gœttingue, 1876; Semitica, 2 in-4° Gœttingue, 1878; Symmicta, 2 in-8° Gœttingue, 1877-1880; Veteris Testamenti abOrigene recensiti fragmenta apud Sijros servata quinque.Prxmittitur Epiphanii de mensuris et ponderibusliber, nunc primum integer et ipse syriacus, Gœttingue, 1880; ^5fypftaca, Gœttingue, 1883; 2e édit., 1896; .Catenx in Evangelia xgyptiacx qux supersunl, in-4°Gœttingue, 1886; Librorum Veteris Testamenti canonicorumpars I, grsece édita, Gœttingue, 1883; Probe einerneuen Ausgabe der lateinischen Vebersetzungen desalten Testaments, Gœttingue, 1885; Novm PsalteHigrseci editionis spécimen, in-4° Gœttingue, 1887; Ueber*sicht uber die im Aramâischen, Arabischen und Hebrâisclienûbliche Bildung der Nomina, in-4° Gœttingue, 1889; Nachtrâge zu der Uebersicht, in-4°, Gœttingue, 1891; Septuaginta-Studien, in-4° Berlin, 1892; PsalteHigrseci quinquagena prima (publié après la mortde P. de Lagarde, par A. Rahlfs), in-4° Gœttingue, 1892; Bibliothecse syriacse collectx qusé ad pkilologiam sacrumpertinent (contient VEvangeliarium Hierosolymitanum), in-4% Gœttingue, 1892; Altes und Neues ùber

das Weihnachtsfest, extrait des Mittheilungen (18841890), Gcsttingue, 1891. — Voir R. Gottheil, Bibliography of the Works of P. A. de Lagarde, dans les Proceedings of the American Oriental Society, "1892; Annade Lagarde, Paul de Lagarde, Erinnerungen aus seinemLeben, Gœttingue, 1894. F. Vigouroux.

    1. LAGIDES##

LAGIDES, nom donné à la dynastie égyptienne desPtoléniëes. Voir Ptolémée.

LA HAYE (Jean de), né à Paris, le 20 mars 1593, d’une famille qui, au dire du bibliographe Jean deSaint-Antoine, portait le nom de Sapin, se rendit danssa jeunesse en Andalousie. Il y prit l’habit des FrèresMineurs de la réforme de saint Pierre d’Alcantara, dans laprovince dite de Saint-Gabriel, et y prononça ses vœux, dans le couvent de Séville, le 9 janvier 16l3, entre lesmains du B. Jean de Prado, plus tard martyr. La province de Saint-Didace ayant été ensuite formée d’unepartie de celle de Saint-Gabriel, il appartint à celle-là, et y enseigna pendant sept ans la philosophie et la théologie. Après ce temps, Anne d’Autriche, se rendant enFrance pour devenir la femme de Louis XIII, voulutêtre accompagnée du Père de La Haye, qu’elle lit sonprédicateur, et qui devint ensuite celui du roi son époux.Dans la capitale de la France, î>ù il mourut le 15 octobre 1661, il acquit une immense réputation de savoir, etpublia une quarantaine de volumes, parmi lesquels nousavons à signaler: 1. Sancti Francisci Assisiatis, Minorum Patriarchse, nec non sancti Antonii Paduani opéraomnia postillis illustrata, în-f°, Paris, 1653. Nous nesignalons cet ouvrage que parce que le P. de La Haye ya édité divers commentaires mystiques de saint Antoinede Padoue sur certains livres de la Sainte Écriture. —

2. Apocalypsis B. Joannis elaborata ab irrefragabilidoctore nostro B. Alexandro de Aies, additis illustrationibus, indicibus, ac vita authoris, in-f», Paris, 1647. —

3. Commentarii littérales et conceptuales in Genesim, sive Arbor vitse concionatorum, 4 in-f», Paris, 1636; 2 8 édit., Paris, 1647; 3e édit., Paris, 1651. Dans une penséepoétique, l’auteur trouve que le livre de la Genèse estla racine de son arbre de vie; l’exposition littérale en estle tronc; la variété des versions en forme les brancheset les feuilles; leur concordance en est la fleur, et lefruit est dans son interprétation appuyée sur celle detrès nombreux Pères de l'Église. — 4. Commentariilittérales et conceptuales in Exodum, vel Concionatorum virga, percutiens peccatores, 3 in-f», Paris, 1641.— 5. Commentarii littérales, et conceptuales in Apocalypsim B. Joannis Evangelistx, omni lectionumgrsecse, arabicse, syriacse, etc. varietate, earumqueconcôrdia, innumeris animi conceptibus plus quamseptingentorum Patrum authoritate confirmatis etconcatenatis illustrati, 3 in-f», Paris, 1648. — 6. BibliaMagna commentariorum litteralium Joannis Gagnai, doctoris Parisiensis, Gulielmi Estii, doctoris Duacensis, Emmanuelis Sa, Joannis Menochii et Jacobi Tirini, S. J., erudite et intègre Sacra/m Scripturam exponentium, prolegomenis, chronico sacro, indicibus locupletissimis illustrata, 5 in-f», Paris, 1643. — 7. BibliaMaxima versionum ex linguis orientalibus, pluribussacris mss. codicibus, innumeris fere SS. et veteribusPatribus et interpretibùs orthodoxis collectarum, earumque concôrdia cum Vulgata, et ejus expositionelitterali, cum annotationibus Nicolai de Lyra, minorilx Joannis Gagnsei, doctoris Parisiensis, GulielmiEstii, doctoris Lovaniensis, Jo. Menochii, ac Jacobi Tirini, S. J., additis amplissimU prolegomenis, universaquee possunt agitari circa S. Scripturse ma/estatem, antiquitatem, autoritatem, obscuritatem, sensuum diyersitatem, indicem, canonem, versionum originem, antilogiam, etc., decidentibus. Non omissis chronicosacro, tractatu de ponderibus, mensuris, nwnetis, idiomes. DE LA BIBLE.

tismis linguarum, amplissimis indicibus, 19 in-f», Paris, 1660, dédiés au cardinal Mazarin. Dans son livre surles Études monastiques, chap. ir, § 2, dom Mabillonexprime, pour la Biblia Magna, plus d’estime que pourla Biblia Maxima. P. Apolinaire.

    1. LAHÉLA##

LAHÉLA, nom donné par la Vulgate, dans I Par., v, 26, à la ville qu’elle appelle plus exactement Hala, IV Reg., xvii, 6; xviii, 11. La est une préposition qui aété prise ici à tort comme formant partie intégrante dunom. Voir Hala, t. iii, col. 400-401.

    1. LAHEM##

LAHEM, nom d’une localité, d’après la Vulgate.I Par., iv, 22. Le texte original de ce verset fort obscurporte: «Et Yoqîm et les hommes de Kôzêba' et Yô'âset Sâràf qui dominèrent sur Mo'âb et sur YâsubiLâhém,» ce que la Vulgate a traduit, en rendant enpartie les noms propres par des noms communs: «Etcelui qui a fait arrêter le soleil et les hommes duMensonge et le Sûr (Securus) et l’Incendiaire (Incendens)qui furent princes dans Moab et qui retournèrent àLahem.» Voir Incendiaire, t. iii, col. 864. D’aprèsquelques-uns, YâSubi Lâheni ou Léhem serait un nomd’homme, comme Yôqîm, etc., mais d’après le plusgrand nombre, c’est une localité, ville ou région, commeMoab. La situation en est d’ailleurs inconnue. On peutdire seulement qu’il faut la chercher dans la plaine desPhilistins (Séphéla) ou dans son voisinage, si ce n’estpas simplement une corruption du nom de Bethléhem.

LA H U ERG À (Cyprien de). Voir Huerga, t. ii, col. 768.

    1. LAINE##

LAINE (hébreu: gêz, sémér; Septante: £ptov; Vulgate: lana), poils qui recouvrent le corps de certainsanimaux, particulièrement de la race ovine. La laine secompose de filaments longs et plus ou moins contournésen spirale; elle est naturellement imprégnée d’une matière oléagineuse qui la rend souple et élastique. La laiaese distingue par là du poil des chèvres, des chameaux, etc., du crin des chevaux, des soies du porc, du pelage desfauves, etc. La laine a été utilisée de toute antiquité; onla tondait sur le dos de l’animal et après un nettoyageet un dégraissage sommaire, on la cardait, on la filaitet on la tissait pour en faire des couvertures, des manteaux, des vêtements, etc. Dans la Sainte Écriture, il estquestion de la laine sous trois aspects différents.

1° Laine à l'état de toison. — La toison est la laine del’animal accompagnée de la peau à laquelle elle adhère, ou déjà détachée de cette peau par la tonte. La tonte desbrebis était une des opérations importantes de la vieagricole. Gen., xxxi, 19; xxxviii, 13; I Reg., xxv, 2; IIReg., xiii, 23, etc. Voir Tonte. C’est en se servant d’unetoison que Gédéon obtint le signe miraculeux qu’il réclamait avant de partir en guerre contre les Madianites. Jud., vi, 37-40. Voir Gédéon, t. iii, col. 147. Dans la premièreépreuve, il n'était point extraordinaire que la toison fûtcouverte d’une rosée abondante, mais il l'était que cetterosée ne se fût pas écoulée en partie sur le sol pourl’arroser, d’autant plus que la laine, toujours un peugrasse, n’absorbe pas l’humidité. La seconde épreuve futpluVsignificative encore; le sol seul était détrempé, bienj^ue protégé par la toison contre le rayonnement nocturne, et la toison était restée sèche, bien qu’exposée comme laveille à ce rayonnement. Job, xxxi, 20, réchauffait lesreins des indigents avec les toisons de ses brebis qu’illeur donnait. Dans le tribut de cent mille agneaux et centmille béliers que Mésa, roi de Moab, paya à Joram, roid’Israël, il est bien spécifié que les animaux étaientamenés «avec leur laine». IV Reg., iii, 4. La Loi prescrivait de consacrer au Seigneur les prémices de lalaine. Deut., xviii, 4. La quantité de laine à offrir enprémices n'était pas déterminée; suivant les docteurs

IV. -2

juifs, elle variait d’un trentième à un soixantième. VoirReland, Antiquitates sacrée, Utrecht, 1741, p. 203. Lalaine apportée à Damas par les pasteurs du désert étaitde là dirigée sur les marchés de Tyr. Les Tyriens la teignaient et la travaillaient. Le texte hébreu appelle cettelaine sémér sahar. Ezech., xxvii, 18. Le mot sal.iar signifie probablement «blanchâtre», d’un blanc un peurougeàtre, comme la couleur du sol du Sahara. Buhl, Gesenius' Handworterbuch, Leipzig, 1899, p. 700. LesSeptante traduisent: ëpia èx Mouron. La laine de Miletétait célèbre chez les anciens. Pline, E. N., viii, 73; Virgile, Géorgie., iii, 306; iv, 334; Tertullien, De cultufeminarum, i, 1, t. i, col. 1305. Il se pourrait cependantque, dans le texte des Septante, McXiqtoç ait été transcritfautivement au lieu de p)Xw"ri), «peau de mouton,» quidevient mêlât dans l’hébreu rabbinique. Buxtorf, Lexiconchald. talmud., Bâle, 1640, p. 1215. Le mot iMr)Xo>T7| estle nom que les Septante donnent par deux fois au manteau d'Élie. III Reg., XIX, 13; IV Reg., ii, 13. Aquila etThéodotion ont tait de sahar un nom propre, Soor, désignant quelque région du désert arabique dont la laineétait plus renommée. La Vulgate traduit par «lained’excellente couleur», et le Syriaque par «laine blanche».Les Égyptiens recueillaient la laine des troupeaux qu’ilsélevaient, Hérodote, ii, 42; iii, 81; Diodore, i, 36; maiscette laine était de qualité inférieure. Pline, H. N., "VIII, lxxiii, 3. Les meilleures laines provenaient d’Arabie.Pline, H. N., viii, 72. Parfois on enveloppait les agneauxde couvertures ou de peaux, afin de rendre leur laineplus parfaite. Pline, H. N., VIII, lxxii, 3; Varron, Dere rustic, II, ii, 18; xi, 7; Horace, Od., I, vi, 10. —La couleur de la laine a donné lieu à quelques comparaisons. Par l’effet du pardon divin, les péchés, rougescomme la pourpre, deviennent blancs comme la laine, c’est-à-dire sont effacés. Is., i, 18. Certains personnages, dans les visions prophétiques, ont les cheveux blancscomme la laine. Dan., vii, 9; Apoc, i, 14. En Orient, oùla neigeât rare, on peut dire que Dieu «donne la neigecomme de la laine», Ps. cxlvii, 16, les flocons de neigeressemblant beaucoup à ceux de la laine, et cette dernière servant de terme de comparaison pour décrire unphénomène plus rare.

2° Les étoffes de laine. — La laine était filée pour êtreensuite tissée et servir à la fabrication des étoffes. Prov., xxxi, 13. Même à Rome, dans les maisons riches, lesfemmes tissaient elles-mêmes la laine. Plaute, Merc, V, ii, 46; Vitruve, vi, 10; Tite Live, i, 57; Ovide, Fast., n, 74. On teignait parfois la laine en cramoisi ou enpourpre. Dans l'Épître aux Hébreux, ix, 19, il est dit queMoïse, après avoir lu la Loi au peuple, l’aspergea avecl’eau et «la laine cramoisie», c’est-à-dire avec desbranches d’hysope liées par un ruban de laine cramoisie.Il n’est pas question de ce détail dans l’Exode, xxiv, 8, mais il est parlé du ruban cramoisi à l’occasion d’autresaspersions. Lev., xiv, 4, 6, 49, etc. On faisait des vêtements de laine. Ose., ii, 5, 9; Ezech., xxxiv, 3. L’usagede ces sortes de vêtements remontait très haut, puisquedéjà le Lévitique, xiii, 47, s’occupe de la lèpre des vêtements de laine, c’est-à-dire d’une moisissure particulièrequi peut les ronger, et il prescrit les précautions à prendreen pareil cas. Voir LÈPREj iv. Isaïe, Li, 8, dit qu’Israëlinfidèle sera rongé par le châtiment comme le vêtementde laine par la moisissure.

3° Les étoffes mélangées de laine et de lin. — La Loidéfendait expressément aux Israélites de porter des vêtements en tissus mélangés de laine et de lin. Lev., xix, 19; Deut., xxil, 11. Ces sortes d'étoffes s’appelaientSa’atnêz. Ce mot, comme la chose qu’il désigne, est certainement d’origine égyptienne, puisque l'étoffe en question se trouve mentionnée dès l'époque de Moïse et queson nom n’est point hébraïque. On l’explique par lesdeux mots coptes sascht, «"tissu,» et nous, «faux.» Cf.Buhl, Gesenius' Eandwbrlerbuch, p. 865. Septante:

xi'ëôrjXoç, «falsifié;» Vulgate: ex duobus textum. Lestraducteurs grecs qui connaissaient bien la chose et lesens de son nom égyptien, marquent le vrai sens de cenom. La Sainte Écriture n’indique nulle part la raisonpour laquelle l’usage des étoffés tissées de laine et de lin.était interdit. Il y avait là, sans doute, une leçon destinée à rappeler continuellement au peuple choisi qu’ilne devait exister aucun mélange entre lui et les nationsidolâtres. Ci. De Hummelauer, In Exod. et Levit.', Paris, 1897, p. 492. Ézéchiel, xuv, 17, dans sa description duservice du Temple, dit que les prêtres seront vêtus delin et ne porteront rien qui soit en laine. Cependant Josèphe, Ant. jud, , IV, viii, 11, dit formellement, dans sonrésumé de la Loi: «Que personne d’entre vous ne portede vêtement tissu de laine et de lin; car cela n’est établique pour lesprêtres.» Le texte sacré ne fait pas mention de l’usage du Sa’atnêz par les prêtres. Cf. Exod., xxxix, 1-30. Mais la tradition des Juifs note expressément que la laine entrait avec le lin dans la confectionde ce qu’on appelait les «vêtements d’or» du grandprêtre ou de leurs accessoires: la tunique, l'éphod, lepectoral et les attaches de la lame d’or. La ceinture dugrand-prêtre et celle des simples prêtres était égalementformée de ce tissu. Il est probable que les parties colorées que le texte sacré mentionne dans ces divers ornements, étaient' obtenues au moyen de laines teintes enhyacinthe, en cramoisi ou en pourpre. D’ailleurs, lesprêtres ne sortaient jamais du Temple avec ces ornements, et, dans la vie privée, ils étaient soumis, commeles autres Israélites, à la prescription du Lévitique, xix, 19. Cf. Reland, Antiquitates sacrse, p. 77, 78, 95; Iken, Antiquitates hebraicx, Brème, 1741, p. 113.

H. Lesêtre.

LAIS (hébreu: Lavé), nom d’un Israélite et d’uneville de Palestine.

1. LAÏS (Septante: 'AjiJç, I Reg., xxv, 44; SeXXîjç.II Reg., iii, 15), père de Phaltiel à qui Saiil donna pourfemme sa fille Michol qu’il avait fait épouser auparavantpar David. I Reg., xxv, 44; Il Reg., iii, 15.

2. LAÏS (hébreu: LaïS, Jud., xviii, 14, 27, 29; avec lehé local: Làyesâh, Jud., xviii, 7) nom primitif de laville de Dan. Voir Dan 3, t. ii, col. 1200.

    1. LAISA##

LAISA (hébreu: LayeSâh; Septante: Aaë<râ dansIsaïe, et 'EXeomtoï dans I Mach.), localité mentionnée deuxfois dans l'Écriture. Is., x, 30, et I Mach., ix, 5. — 1° Leprophète, décrivant la marche de Sennachérib sur Jérusalem, s'écrie: «Fais retentir ta voix, fille de Gallim tPrends garde, Laïsa! Malheur à toi, Anatoth!» Quelquescommentateurs ont cru que Laïsa n’est pas autre queLaïs-Dan, avec le hé local, et suppose que les crispoussés par les habitants de Gallim devaient être si fortsqu’on les entendrait à Dan, à l’extrémité septentrionale de la Palestine. Mais cette opinion n’est pas soutenable. Les deux villes entre lesquelles est nomméeLaïsa, c’est-à-dire Gallim et Anatoth, se trouvaient dansle voisinage de Jérusalem. Voir Gallim 2, t. iii, col. 98, et Anatoth 3, t. ï, col. 550. Laïsa était donc probablement située, comme ces deux localités, dans la tribu deBenjamin, mais le site n’en a pas été retrouvé. On apensé cependant à l’identifier avec El-Isaniyét, un peuau sud d’Anathoth. Cf. J. P. von Kasteren, Aus der Umgegend von Jérusalem, dans la Zeitschrit des Deut.Pal. Vercius, Leipzig, t. xiii, 1890, p. 101.

2° La Vulgate, I Mach., ix, 5, appelle Laïsa l’endroitoù campait Judas Machabée avant la funeste bataille oùil perdit la vie en combattant contre Bacchide. On peutconclure de là que le traducteur latin identifiait cettelocalité avec la Laïsa d’Isaïe, x, 30. Cependant cette identification n’est pas certaine. Le texte grec porte 'EXeairà{Alexandrinw: 'AXaaà) et plusieurs pensent qu’il s’agit

de P’ASaaà (Vulgate: Adarsa et Adazer) où JudasMachabée remporta sur Nicanor une éclatante victoire.

I Mach., vii, 40, 45. Voir Adarsa, t. i, col. 213. Cetteexplication s’appuie sur la facilité de confondre en grecAAASA et AAASA et sur le témoignage de Josèphequi, Bell, jud., i, i, 6, dit que Judas Machabée périt àAdasa, mais le récit de Josèphe ne mérite aucune confiance, car il place la mort de Judas sous Antiochus VEupator (164-162 av. J.-C), tandis que cet événementeut lieu en 161 avant J.-C, sous Démétrius I er Soter, quis'était emparé du trône de son cousin en 162. Voir C. L.W. Grimm, Dos erste Buch der Maccab&er, 1853, p. 134. La situation de Bérée, où campaient les généraux syriens Bacchide et Alcime pendant que Judas Machabée se trouvait à Laïsà, est également inconnue. VoirBérée 1, t. i, col. 1606. De la sorte, il est impossible dedéterminer avec certitude l’endroit où campait Judas.On peut dire seulement qu’il était à l’ouest de Jérusalem, puisque I Mach., ix, 15, raconte que le généraljuif poursuivit les Syriens jusque dans le voisinage dela montagne d’Azot. Mais l’identification de cet Azotavec l’ancienne ville philistine est elle-même contestée.

II existe à l’est et près de Béthoron-le-Bas des ruinesappelées ll’asa. Conder croit y reconnaître ]"A>auâ dutexte grec. Voir Survey of Western, Palestine Memoirs, t. iii, 1883, p. 36, 115. Ce même explorateur propose dereconnaître le mont d’Azot dans la colline du villagemoderne de Bir ez-Zeit, près de Djiméh, l’ancienneGophna, à 16 kilomètres au nord-est i’Ilasa. Memoirs, t. H, 1882, p. 293-294. Bir ez-Zeit est ainsi identifié avecla B-fjO^J) nommée par Josèphe, au lieu de Béthoron, dans ses Antiquités judaïques, XII, XI, 1. Cl. R. Conder, Judas Maccabœus, in-12, Londres, 1879, p. 155158. Fi Vigouroux.

    1. LAISNÉ##

LAISNÉ, sieur de la Marguerite, mort en 1678, écrivain français, conseiller-clerc au Parlement, a publié unCommentaire sur Isaïe avec une méthode pour bienentendre et lire les prophètes, in-4o, Paris, 1654. — VoirDupin, Table des auteurs ecclésiastiques du XVIIe siècle, col. 2371. B. Heurtêbize.

LAIT (hébreu: frâMô; Septante:-fàXa; Vulgate: lac), liquide sécrété par les glandes mammaires, chez lafemme et les femelles des mammifères, et destiné à lanourriture des enfants et des petit* des animaux. Le laitest d’un blanc opaque, d’où le nom de lében, «blanc,» que lui donnent les Arabes. Il est composé d’eau, tenanten dissolution ou à l'état d'émulsion du lactose ou sucrede lait, du beurre, de la caséine et certains sels quientrent comme éléments dans la constitution des os etdes tissus vivants. C’est donc un aliment complet, quisuffit à lui seul à la nourriture et au développement del’enfant durant les premières années. Par certains procédés, on dégage du lait le beurre, voir Beurre, t. i, col. 1767-1769, et la caséine ou caillé, voir Fromage, t. ii, col. 2406-2408. Les peuples pasteurs et les peuplesagricoles ont toujours fait grand usage du lait. Il constituait pour eux un aliment abondant, agréable, aisé àrecueillir, utilisable sans aucune préparation, nutritif àtous les âges de la vie et de facile digestion, même dansla vieillesse et dans la maladie. Aussi la Sainte Écriturele suppose-t-elle habituellement employé chez les Israélites qui, tant en Egypte et au désert qu’en Palestine, élevaient les troupeaux en si grand nombre.

I. Les usages du lait. — 1° On servait le lait parmi lestnets qu’on offrait à un hôte. Abraham présente du laità ses trois visiteurs. Gen., xviii, 8. À Sisara, qui lui demande de l’eau, Jahel offre du lait contenu dans uneoutre, afin de mieux gagner sa confiance. Jud., iv, 19; y, 25. Josèphe, Ant. jud., V, v, 4, prétend que c'était<du lait aigre, SiaçOopoç; ce détail est étranger au textesacré. Voir Jahel, t. iii, col. 11Q6. Parmi les. biens que

Dieu a départis à son peuple, Moïse mentionne le laitdes vaches et des brebis. Deut., xxxii, 14. Celui deschèvres était également utilisé. Prov., xxvii, 27. En général, chez les anciens, le lait des brebis et des chèvresétait plus en usage que celui des vaches. Varron, De rerustic, ii, 11. Le lait comptait parmi les aliments quotidiens, Eccli., xxxix, 31, et le pasteur vivait naturellement du lait de son troupeau. I Cor., rx, 7. Dans sa description des ravages qu’exerceront en Palestine lesÉgyptiens et les Assyriens, Isaïe, vii, 21-22, dit qu’en cesjours chacun entretiendra une vache et deux brebis etqu’il y aura une telle abondance de lait qu’il deviendra, avec le miel, la base de la nourriture de tous ceux quiseront restés dans le pays. Saint Jérôme, In 1$., iii, 8, t. xxiv, col. 113, explique ce passage en disant que, surcette terre dévastée, le blé fera défaut, que les champsnon cultivés deviendront des pâturages et que les quelques habitants laissés dans le pays n’auront plus pourse nourrir que le lait et le miel, mais l’auront à satiété.Cette abondance est donc ici une marque de désolation.— 2° Par trois fois, Exod., xxiii, 19; xxxiv, 26; Deut., xiv, 21, la Loi défend de cuire le chevreau dans le laitde sa mère. Il est question du chevreau, plutôt que del’agneau, parce que c’est le premier de ces animaux quiservait le plus habituellement de nourriture. Voir Chevreau, t. ii, col. 696. Cette défense suppose que le chevreau cuit dans le lait constituait un mets particulièrement délicat, dont les Israélites étaient exposés à faireusage à l’exemple soit de leurs ancêtres, soit de leursvoisins. Or, on ne trouve mention de cet apprêt culinairechez aucun peuple ancien, pas plus en Egypte que chezles Asiatiques: Chananéens, Phéniciens, Babyloniens ouAssyriens. Aben Ezra paraît avoir été seul à l’attribueraux Arabes. Mais son témoignage si tardif est très suspect, et, si le chevreau cuit dans le lait avait un tel attrait, ontrouverait encore aujourd’hui, au moins en Orient, despeuples qui le prépareraient ainsi. Or, il n’en est rien, et nulle part la viande cuite dans du lait ne semble avoirtenté le goût de personne. La plupart des commentateurss’en sont tenus, sur ces textes, à la traduction des Septante et de la Vulgate. Mais le mot que les versions ontlu hdlâb, «lait,» peut aussi bien se lire hèléb, «graisse,» et cuire un chevreau, dont la chair esttendre et maigre, dans la graisse de chèvre, est uneopération culinaire plus naturelle et d’un meilleur résultat que la précédente. Elle est aussi plus conformeaux habitudes des Arabes. Ceux-ci cuisent volontiers unchevreau ou un agneau tout entier dans un chaudroncouvert, après avoir farci l’animal de graisse de moutonet de différents condiments. Quelquefois, ils font aussibouillir des boulettes de viande et de blé, qu’ils serventensuite avec du lait aigre; mais ils ne font pas cuire deviande dans du lait. Cf. de la Roque, Voyage dans laPalestine, Amsterdam, 1718, p. 198-200. Il est donc probable que la prohibition de la Loi visait le chevreau cuit, non dans le lait, mais «dans la graisse de sa mère».Cf. Fr. von Hummelauer, In Exod. et Levit., Paris, 1897, p. 244. Il est à remarquer qu’au Psaume cxviii(cxix), 70, où le texte massorétique lit: «Leur cœur estinsensible comme la graisse,» hèléb, les versions ont luhâldb, «comme le lait, ï alors que, si la graisse estparfois le symbole de l’inintelligence, voir Graisse, t 1. iii, col. 292, jamais le lait n’est mentionné pour servirde terme à une pareille comparaison. Quel que soit lesens adopté, l’intention de la Loi est la même. Il yaurait une sorte de cruauté, une méconnaissance dessentiments naturels les plus doux et les plus délicats, àse servir, pour cuire le chevreau, de quelque chose quiprovient de sa mère. — 3° Sur l’allaitement des enfants, voir Enfant, 5°, t. ii, col. 1786-1787. Sur celle quiallaite l’entant, voir Nourrice. La Sainte Écriture mentionne aussi les animaux qui allaitent leurs petit*, lesânesses, Gen., xxxii, 15; les brebis et les vaches, Gen.,

xxxm, 13; I Reg., vi, 7, 10; Is., XL, 11, et les cétacés.Lam., iv, 3. Voir Cachalot, t. ii, col. 6.

II. Lk lait dans les comparaisons bibliques. — 1° Araison de ses riches qualités nutritives, le lait est, conjointementavec le miel, la caractéristique d’un paysfertile. Telle était la terre de Gessen, paç opposition audésert. Num., xvi, 13, 14. Une vingtaine de fois, lesauteurs sacrés donnent au pays de Chanaan le’nom de «terre où coulent le lait et le miel». Exod., iii, 8, 17; xiii, 5; xxxiii, 3; Lev., xx, 24; Num., xiii, 28; xiv, 8; Deut., vi, 3; xi, 9; xxvi, 9, 15; xxvii; 3; xxxi, 20; Jos., v, 6; Eccli., xlvi, 10; Jer., XI, 5; xxxii, 22; Bar., i, 20; Ezech., xx, 6, 15. Le lait et le miel étaient des produitsnaturels qu’on se procurait sans peine; ainsi la terre deChanaan produisait comme d’elle-même ce qui était nécessaireaux Israélites. Le lait et le miel étaient des alimentsagréables. Voir Miel. Les Arabes les prennentmême à l’état de mélange. «Un des principaux régalsqu’ils aient pour leur déjeuner, c’est de la crème ou dubeurre Irais, mêlé dans un plat de miel. Cela ne paraitpas s’accommoder fort bien ensemble; mais l’expérienceapprend que ce mélange n’est pas mauvais, ni d’un goûtdésagréable, pour peu qu’on y soit accoutumé.» De laRoque, Voyage dans laPalestine, 1718, p. 197. Juda «a lesdents blanches de lait» (d’après l’hébreu), Gen., xlix, 12, parce que son sol aura de riches pâturages où abonderontles troupeaux et le lait. «Les fils de l’Orient mangeront lelait des Ammonites,» Ezech., xxv, 4, c’est-à-dire s’emparerontde toutes leurs richesses. — 2° La couleur du laitdonne lieu à deux comparaisons. Les yeux de l’Épousesont «comme des colombes se baignant dans le lait», Cant., v, 12, et les princes de Jérusalem sont «plusblancs que le lait». Lam., iv, 7. Ces expressions se rapportentau teint clair des personnes qui ne vivent pashabituellement en plein air, comme les travailleurs deschamps, et qui n’ont pas la figure hâléc par le soleil.

— 3° Le lait désigne encore certains biens d’un ordresupérieur": les charmes de l’Épouse, Cant., iv, ll; v, 1, , et les biens spirituels promis à tous les peuples par leMessie: «Venez, achetez du vin et du lait, sans argent, sans rien payer.» Is., lv, 1. Dans un autre passage, lemême prophète invite les nations à accourir auprès deJérusalem régénérée et à se rassasier à «là mamelle deses consolations». Le mot zîz, employé dans ce seulpassage, Is., lxvi, 11, désigne en effet l’extrémité de lamamelle, Septante: |iaar<Sç; Vulgate: ut sugeatis, «afinde traire.» Ce qui sort de cette mamelle, c’est le laitdes consolations. — 4° Dans le Nouveau Testament, lelait est le symbole de la doctrine spirituelle, simple etélémentaire, telle qu’on la présente aux néophytes, quine sont encore que des enfants dans la loi. I Cor., iii, 2;

Heb., v, 12, 13; I Pet., ii, 2.

H. Lesêtre.

    1. LAITUE##

LAITUE, plante herbacée de la tribu des chicoracées.La Vulgate rend par lactucse agrestes, «laitues sauvages,» Exod., xii, 8; Num., ix, 11, le mot hébreu merôrîm, quidésigne des herbes amères. Voir Herbes amères, t. iii, col. 601-602.

    1. LAMBERT François##

LAMBERT François, connu aussi sous [le nom deJean Serranus, théologien protestant français, né en1487 à Avignon, mort à Marbourg, le 18 août 1530. Sonpère, qui était catholique, était secrétaire de légationdu pape. Lui-même fut élevé dans la religion catholiqueet il se crut même la vocation sacerdotale.Entré de bonne heure chez les cordeliers, il futordonné prêtre, mais il ne tarda pas à être dégoûtéde la vie monacale. Il prêcha néanmoins pendantquelques années, et non sans succès. Mais, ayant songéà se faire chartreux, il rencontra chez ses supérieursune opposition et une défiance qui lui inspirèrent dudépit, et bientôt après, en 1522, il abandonna le couventdes cordeliers. Il se rendit alors à Lausanne, puis à

Fribourg, à Berne, à Zurich, à Bâle, à Eisenach, et arrivaenfin à Wittenberg au printemps de 1523. Dans lecours de ces voyages, il s’entretint d’abord, à Zurich, avec Zwingle, qui commença à modifier assez profondémentses idées religieuses pour qu’il entreprit dès lorsde prêcher la Réforme, sous le pseudonyme de JeanSerranus. À Wittenberg, il vit Luther, qui le gagnatout à fait auxidées nouvelles. Il épousa cette mêmeannée la fille d’un boulanger d’Hertzberg. Comme sesleçons sur l’Évangile de saint Luc ne lui fournissaientpas de quoi vivre, il partit pour Metz, qu’il quitta aubout de peu de jours pour se rendre à Strasbourg, oùil fit encore des cours de théologie. Il retourna à Wittenbergen 1626; mais il quitta bientôt cette ville, appeléà Hombourg par Philippe, landgrave de Hesse, qui avaitbesoin de son assistance pour introduire, le luthéranismedans ses États. Ce prince ferma les monastères ets’empara de leurs revenus, avec lesquels il fonda à Marbourgune académie dont Lambert fut le premier professeurde théologie. Il mourut de la peste dans cetteville. Parmi ses ouvrages, qui sont nombreux, nous-nouscontenterons de citer: Commentarius in EvangeliumLucx, in-8°, Wittenberg, 1523; in-8°, Nuremberget Strasbourg, 1525; in-8°, Francfort, 1693. — InCantica canticorum Salomonis libellum quidem sensibusaltissimis, in quo sublimia sacri conjugii mysteria, quse in Christo et Ecclesia sunt, pertractantur, in-8°, Strasbourg, 1524; in-8°, Nuremberg, 1525. — Commentariiin Oseàm, in-8°, Strasbourg, 1525; in-8°, Nuremberg, 1525. — In Johelem prophetam commentarii, in-8°, Strasbourg, 1525. — In Amos, Abdiam et Joramprophetas commentarii. Ailegorise in Jonam, in-8°, Strasbourg, 1525; in-8°, Nuremberg, 1525. —Commentarii in Micheam, Naum et Abacuc, Strasbourg, 1525; Nuremberg, 1525. — Commentarii inSophoniam, Aggeum, Zachariam et Malachiam, in-8°, Strasbourg, 1526. — Exegeseos in Apocalypsim lïbrivu, in-8°, Marbourg, 1528; in-8°, Bâle, 1539. — Commentariiin quatuor libros Regum et in Acta Apostolorwm, in-8°, Strasbourg, 1526; in-8°, Francfort, 1539.

    1. LAMBETH##

LAMBETH (LES ÉVANGILES DE), BookofMac-Durnan, manuscrit des Évangiles selon la Vulgate, datantdu x» siècle, et appartenant aujourd’hui à la bibliothèquedu palais archiépiscopal deLambeth. 216 feuillets; dimensions: m 16 X O m ll; colonne unique de 20 à25 lignes. Jolie écriture irlandaise, peintures grossières.On lit au ꝟ. 3 v°: Mseielbrithus Mac-Dumain istum.textum per triquadrum Deo digne dogmatizat. AstJEtheUtanus Anglosaxona rex et rector Doruvernensimetropoli dat per eevum. Le roi ou demi-roi (halfking) Ethelstan mourut en 962. On trouve des fac-similésdans Westwood, Palœogr. sacra, Londres, 1843, pi. xiii-xv, et Anglo-Saxon and IrishManuscr., pi. xii.

F. Prat.

    1. LAMBRIS##

LAMBRIS (hébreu: siffûn; Septante: <ç Aïvo>i.<x.; Vulgate: laquear), revêtement des plafonds et des mursintérieurs d’une salle, ordinairement à l’aide de planchesplus ou moins ouvragées. La Sainte Écriture mentionnele lambrissage de certains édifices avec des panneauxde cèdre ou de cyprès. Voir Cèdre, t. ii, col. 378; Cyprès, col. 1174. — 1° Les murs intérieurs du Templede Salomon furent lambrissés de cèdre (ixoio<rtâQ).rioi, operuit), de telle sorte que la pierre n’apparaissait nullepart, et ces lambris étaient ornés de sculptures représentantdes coloquintes et des fleurs épanouies. III Reg., vi, 15, 18. Cf. Josèphe, Ant. jud., VIII, iii, 2. Il y eutaussi des parties lambrissées en cyprès, avec des ornementsd’or et des sculptures. II Par., ii, 57. On employale bois de cèdre dans la construction du second Temple, I Esd., iii, 7; mais le texte sacré ne dit pas si l’on s’enservit pour faire des lambris; tout au moins, les plafondsdevaient être construits en poutres de ce bois. 41

LAMBRIS — LAME D’OR

42

Dans le Temple d’Hérode, les plafonds étaient lambrissés en bois et sculptés en haut relief. Josèphe, Ant.jud., XV, XI, 5. — 2° Les palais de Salomon furent égaJement parés de lambris de cèdre ou de cyprès. Le portique du trône, où se rendait la justice, était lambrisséde cèdre du haut en bas. III Reg., vii, 7. Ce mêmegenre de décoration fut adopté pour le palais du roiet celui de la reine. III Reg., vii, 8-12. L'Épouse duCantique, i, 16 (17), fait allusion à des lambris de cyprès, dans le palais où elle habite. Le roi Joachaz fit lamirisser sa maison en bois de cèdre. Jer., xxil, 14. AJBabylone, on avait aussi adopté cet usage de revêtirl’intérieur des palais de bois précieux. Les rois se vantent, dans leurs inscriptions, d’avoir fait apporter dansleur capitale des bois de cèdre, de pin et de chêne tirésde l’Amanus et du Liban. Cf. Rabelon, Archéologieorientale, Paris, 1888, p. 72-73; F. Vigouroux, La Bibleet les découvertes modernes, 6e édit., t. iii, p. 288-291.Ils durent en utiliser une partie à faire des lambris, carSophonie, ii, 14 (hébreu), annonce à Babylone que seslambris de cèdre, 'arzdh, seront arrachés. — 3° L’usagedes lambris passa des palais aux maisons des particuliersplus aisés. Dès le retour de la captivité, les grands deJérusalem restaurèrent leurs maisons et les firent lambrisser, ce qui leur attira cette apostrophe d’Aggée, i, 4: «Est-ce le temps d’habiter vos demeures lambrissées{sefûnim, xotXôora9[j.ot, laqueatœ), quand le Temple estdétruit?» Cf. Pline, H. N., xxxiii, 18; xxxv, XL, 1, 2.

H. Lesêtre.

LAMECH (hébreu: Lémék; à la pause: Lâmék; Septante: Aâu.ex), norn de deux patriarches antédiluviens.L'étymologie de ce nom est inconnue et les explicationsqu’on a essayé d’en donner ne sont pas satisfaisantes.

1. LAMECH, le cinquième descendant de Caïn, filsde Mathusaël et père de Jabel, de Jubal, de Tubalcaïnet de Noéma. Gen., iv, 18, 22. Il est, avec Hénoch, leseul Caïnite sur lequel la Genèse donne quelques détailsbiographiques. Elle nous apprend qu’il eut deuxfemmes, Ada et Sella, peut-être pour indiquer qu’il futle premier qui pratiqua la polygamie. C’est à ellesqu’il adressa les vers suivants qui sont le plus ancienmorceau poétique contenu dans la Bible:

Ada et Sella, écoutez ma voix,

Femmes de Lamech, prêtez l’oreille à mes paroles:

J’ai tué un homme pour ma blessure

Et un jeune homme pour ma meurtrissure.

Sept fois sera vengé Caïn

Et Lamech soixante-dix-s.ept fois. Gen., iv, 23-24.

A quels faits ces vers font-ils allusion? II estimpossible de le dire, mais plus ils sont obscurs, pluson a fait d’hypothèses à leur sujet parmi les Juifs etparmi les chrétiens. Saint Jean Chrysostome, Boni, xx. In Gen., 2, t. un, col. 168; Exp. in Ps. vi, 2, t. lv, col. 73, voit en lui un meurtrier repentant qui obtientle pardon de son crime. Cf. S. Basile, Epist., cclx, 2-5, t. xxxii, col. 936-964; Théodoret, Quxst. in Gen., q. xi.iv, t. lxxx, col. 145; Cornélius a Lapide, In Gen., iv, 23, dans Migne, Curs. compl. Script. Sacr., t. v, col. 300.D’après une tradition rapportée par saint Jérôme, Epist. xxxvi, ad Damas., 4, t. xxii, col. 455, Lamechaurait tué accidentellement Caïn, le prenant, ajouteJarchi, pour une bête fauve, lorsqu’il était à la chasse.Que Lamech ait été le meurtrier de Caïn, c’est ce quesemblent dire en effet les mots: «sept fois sera vengéCaïn,» qui rappellent les paroles de Dieu au meurtrierd’Abel. Gen., iv, 15. Beaucoup de commentateurs modernes, à la suite de Herder, Histoire de la poésie desBébrettx, traduct. Carlowitz, dial. x, 1855, p. 241, croientque le patriarche, mis en possession, par les inventionsmétallurgiques de son fils Tubalcaïn, d’armes inconnuesavant lui, brave dans ce chant tous ses ennemis, parce

qu’ils seront incapables de résister aux coups des épéesforgées par les siens, et ils donnent à ces vers le nom de<r chant du glaive». Cette opinion, quoiqu’elle aittrouvé grande faveur, ne s’appuie sur rien de précisdans le texte. Il n’est pas dit, Gen., IV, 22, que Tubalcaïn ait forgé des armes et Lamech ne parle pointd'épée. H. Gunkel, Genesis, in-8°, Gœttingue, 1901, p. 47.Le seul point qui ressorte clairement de ses paroles, c’est que le sang versé doit être vengé. Dans ces tempsprimitifs, la loi de la vengeance du sang étant le seulmoyen d’empêcher les meurtres. Voir Goël, ii, zv, t. ii, col. 261. Lamech était le chef de la tribu des Caïnites; il semble avoir été célèbre par sa force, ses fils lerendirent plus célèbre encore par leurs inventions etson nom resta populaire, quoique enveloppé d’obscurité, grâce à tous ces souvenirs et au vieux chant qu’onse transmit d'âge en âge. Ce chant est adressé à ses deuxfemmes. On trouve, chez les Arabes, plusieurs poèmesqui sont pareillement adressés aux femmes du poète.Avec Lamech et ses fils finit l’histoire des descendantsde Caïn. «Combien cette conclusion de l’histoire primitive des Caïnites est significative! Un chant demeurtre couronnant une histoire inaugurée par unmeurtre!» H. J. Crelier, La Genèse, 1888, p. 75. —VoirHase, De oraculo Lamechi, Brème, 1712; Schrôder, DeLamecho homicida, Marbourg, 1721.

F. Vigouroux.

2. LAMECH, le septième descendant de Set ii, dansla généalogie de Gen., v, 25-31. Il était fils de Mathusala et devint le père de Noé. Gen., v, 25, 30; I Par., i, 3; Luc, iii, 36-37. Il était âgé de 182 ans quand ilengendra Noé et mourut à l'âge de 777 ans, c’est-à-dire595 ans après, d’après les chiffres du texte hébreu. S’ilfallait en croire certains exégètes rationalistes, le pèrede Noé serait le même que Lamech, père de Jabel, deJubal et de Tubalcaïn. Comme ce nom, ainsi que celuid’Hénoch, se trouve tout à la fois dans la généalogiecaïnite et dans la généalogie séthite, Philippe Buttmann(1764-1829), le premier, soutint en 1828, Mythologus odergesammelte Abhandlungen ûber die Sagen der Alterihums, 2 in-8°, Berlin, 1828, t. i, p. 152-179, que lesdeux généalogies n’en formaient primitivement qu’une.Mais de la présence fortuite de deux noms semblablesdans les deux listes à des places différentes, on n’a pasle droit de conclure à leur identité. On rencontre desnoms qui sont pareils dans les généalogies de tous lespays. Ici, les différences sont nombreuses entre lesdeux tables généalogiques. Nous avons dix générationsdans la descendance de Seth; il n’y en a que huit danscelle de Caïn. Les détails historiques donnés sur les deuxHénoch et sur les deux Lamech sont complètement différents; l’ordre des noms n’est pas le même; la généalogieséthite seule marque la durée de la vie des patriarches.Voir F. Vigouroux, Les Livres Saints et la critique rationaliste, 5e édit., 1902, t. iv, p. 218-221; Fr. von Hummelauer, Comm.in Gènes., 1895, p. 184-189; Fr. Lenormant, Les origines de l’histoire, 1880, 1. 1, p. 176-181; K. Budde, Die biblische Urgeschichte, in-8°, Giessen, 1883, p. 89-182.

3, LAMECH, livre apocryphe. Voir Apocryphes, 7, 1. 1, col, 771.

    1. LAMED##

LAMED, nom de la douzième lettre de l’alphabethébreu. Ce mot signifie aiguillon de bœuf, commemalmàd. Jud., iii, 31. Sa forme, dans l'écriture phénicienne, est considérée comme représentant grossièrement un aiguillon: 7, £.

    1. LAME D’OR##

LAME D’OR (hébreu: sîs; Septante: ité-ra).ov; Vulgate: lamina), ornement d’or que le grand-prêtre portait sur le front, en avant de la tiare. Voir t. iii, fig. 64, col. 296. — 1° Le mot sîs a ordinairement le sens det feuille» ou de d pétale», Is., XL. 6-8; Job, xiv, 2; Ps. 43

LAME D’OR — LAMENTATIONS

Cil (Cin), 15, et quelquefois celui de fleurs formant couronne ou guirlande. III Reg., vi, 18, 29, 32, 35 (Vulgate: eminentes, protninentes); Is., xxviii, 1. La lamed’or est appelée sîs, «teuille,» moins à cause de saforme, que de sa faible épaisseur et de la place qu’elleoccupait sur la tête du grand-prêtre, auquel elleservait comme de diadème ou de couronne. Sur cettelame d’or pur étaient gravés, comme sur un cachet, par conséquent en creux, les deux mots: qodéê laYehôvâh, à"fîa<ru.a xupfou, sanctum Domino, , «saintetéà Jéhovah,» ou «consacré de Jéhovah», comme traduisent les Septante. Cette lame était attachée sur ledevant de la tiare par des cordons couleur d’hyacinthe.Quand le grand-prêtre se présentait devant Jéhovah, chargé des iniquités d’Israël, Jéhovah, à la vue de cettelame d’or, se montrait propice. Exod., xxviii, 36-38; xxxix, 29-30. Ailleurs, la lame d’or est appelée nèzérhag-qôdéS, «diadème de sainteté,» x’o iclîaXov xà «y(a<in «, lamina sancta, Exod., xxix, 6, et sis hazzàhdb nèzérhaq~qodés, to Tté-raXov ta ^pù^oOv to xaOrçyiaa^évov aytov, lamina aurea cùnsecrata in sànctificatione. Lev., viii, 9. Dans ce dernier passage, le diadème, nèzér, est clairement identifié avec la lame, sis. Il y a une évidente allusion à la lame d’or du grand-prêtre dans ce verset duPsaume cxxxi (cxxxii), 18, où Dieu dit du Messie futur: 'alâî yâsîs nizerô, «sur lui brillera» ou «fleurirason diadème», l% y aùtov èSavGJjirsîTÔ ôtylaonû (iou, superipsutn efflorebit sanctificatio mea. Le fils de Sirachparle avec admiration de la lame d’or: «La couronned’or qui était sur sa mitre portait l’empreinte du cachetde la sainteté, ornement d’honneur, ouvrage de puissance, délices des yeux, parure magnifique; il n’y en apas eu de semblable et il n’y en aura jamais.» Eccli., xlv, 14, 15. Cf. Sap., xviii, 24. — 2° Josèphe, Ant. jud., III, vii, 7, donne du diadème d’or une description trèsdétaillée. Il était composé de trois rangs et orné defleurs d’or dont la forme rappelait celle des fleurs de lajusquiame. Il entourait toute la partie postérieure de latête, tandis que le front était recouvert par la lame d’or, «qui porte gravé en caractères sacrés le nom de Dieu.» LTÎistorien juif dit ailleurs, Bell, jud., V, v, 7, que, surla tiare, le grand-prêtre avait «une autre couronned’or, sur laquelle étaient gravées les lettres sacrées, àsavoir les quatre consonnes». Il désigne sous ce nomle tetràgrammaton, mais sans vouloir prétendre, sansdoute, que de son temps il n’y eût plus sur la lamed’or que le nom de Jéhovah. Il atteste d’ailleurs que lalame d’or, gravée par l’ordre de Moïse, fut conservéejusqu'à l'époque où il vivait lui-même. Ant. jud., VIII, m, 8. Ce qu’il dit du diadème, qui entourait la partiepostérieure de la tête et se reliait à la lame d’or, correspond vraisemblablement à une réalité qu’il avait euesous les yeux. Si cette addition a été vraiment faite parJes grands-prêtres de la dernière époque, elle ne s’appuiesur aucune prescription de la Loi. Munk, Palestine, Paris, 1881, p. 177, pense que cette couronne d’or fut probablement adoptée par les grands-prêtres de la race royaledes Machabées. Les docteurs juifs disent que la lamed’or n’avait que deux doigts de largeur et qu’elle allaitd’une tempe à l’autre. Cf. Gem. Succa, 5, 1; Joma, 39, 1; 41, 3; Jer. Megilla, 71, 4; Braun, De vestitu sacerdot.hebrmor., Leyde, 1680, p. 630-644; Reland, Antiquitatessacrée, Utrecht, 1741, p. 78; Bè'hr, Symbolik desmosaischen Cultus, Heidelberg, 1839, t. ii, p. 112-115. —3° La signification mystérieuse de la lame d’or est indiquée par le texte sacré. Exod., xxviii, 38: «Aaron portera l’iniquité des choses saintes qu’auront sanctifiéesles enfants d’Israël dans tous les dons de leurs sanctifications,» c’est-à-dire les fautes que les enfants d’Israëlauront commises dans l’exercice du culte de Jéhovah, fautes qui pourraient empêcher leu’rs prières d'êtreexaucées. Pour bien marquer qu’il ne s’agit ici que desmanquements liturgiques, le texte sacré répète trois fois

le mot qui exprime la sainteté. Dieu se montre miséricordieux en apercevant sur le front d' Aaron la marquede cette sainteté qu’il exige dans son culte. Cette marquesur le front est un signe auquel Dieu reconnaît ceuiqui lui appartiennent. Ezech., ix, 4; voir Front, t. ii, col. 2410. Comme le mot siè signifie également «ce quibrille, ce qui est éclatant», la lame d’or est faite pourbriller aux yeux de Dieu, comme pour frapper les regardsdes hommes. Les mots qodéS la-Yehovâh peuvent être interprétés de différentes manières: «la sainteté convientà Jéhovah,» il ne veut devant lui que ceux qui sontsaints; ou: «la sainteté appartient à Jéhovah,» lui seulest saint; ou: «sainteté pour Jéhovah,» c’est-à-direconsacré à Jéhovah, en pariant du grand-prêtre; ou: «la sainteté vient de Jéhovah,» c’est lui qui sanctifieses adorateurs. Le sens le plus probable est: «saintetépour Jéhovah,» ces mots signifiant que la sainteté estexigée dans les rapports de l’homme avec Jéhovah, etque celui-là en est le médiateur qui porte ces deux motsécrits sur le front. Cf. Bâhr, Symbolik, t. ii, p. 142-146.

H. Lesêtre.

LAMENTATIONS. — I. Nom et but du livre. —Les Lamentations portent dans le texte hébreu le nom de'Êkâh, qui signifie «comment»; c’est le mot par lequelelles commencent. Lam., i, l; ii, l; iv, 1. L’usage de désignerun livre par le premier mot n’est pas propre aux Lamentations; on sait que quatre livres du Pentateuque, la Genèse, l’Exode, le Lévitique, le Deutéronome, sont désignés en hébreu par le premier mot de chacun d’eux. Lemot 'êkâh paraît avoir été un terme consacré pour ledébut d’une élégie. Cf. II Reg., i, 19, 25, 27 (formeabrégée: 'ék). En s’appuyant sur le contenu du livre, lesrabbins, cf. tr. Baba Bathra, 14 b, ont donné aux Lamentations le nom de Qinôf, «Lamentations.» Ce mot setrouve dans d’autres passages de la Bible; cf. II Reg., i, 17; II Par., xxxv, 25; Jer., vii, 29; ix, 10, 20 (hébreu, 9, 19); Ezech., ii, 9; xix, 1, 14; xxvi, 17; xxvii, 2, 32; xxviii, 11 (hébreu, 12); xxxii, 2, 16; Am., v, 1; viii, 10.— Les Septante adoptèrent le mot grec équivalent à celui des rabbins, ©pî|vo[. Cette même dénomination a étéadoptée par la Vulgate latine: Threni, id est, Lamentationes Jereniise prophetœ. La Peschito porte un titreanalogue: 'Ûlyto', «hurlements» (ululatus). — D’aprèsun vieil usage on composait des élégies sur la mort depersonnes aimées. Cf. II Reg., i, 18 b -27 (élégie de Davidsur la mort de Saül et de Jonathas). Cette coutume futétendue aux malheurs publics. Cf. Jer., vii, 29; ix, 2, 19; Ezech., xix, 1; xxvi, 17; xxvii, 2; Am., v, 1. Ce fut àl’occasion de la ruine de Jérusalem et du temple que Jérémie fit entendre ses Lamentations, bien que saintJérôme, In Zach., xii, 11, t. xxv, col. 1515, supposequ’elles lurent composées à l’occasion de la mort de Josias, dont il est fait mention dans II Par., xxxv, 25.

IL Division et analyse du livre. — Toutes les Lamentations ont pour objet la ruine de Jérusalem par lesChaldéens. Le livre contient cinq élégies ou lamentationsselon le nombre des chapitres. — 1° La première décritla désolation de Jérusalem; la ville est déserte et solitaire; elle est comme une veuve, i, 1; abandonnée de sesamis et assaillie par ses ennemis, elle a perdu toute sasplendeur passée, et gémit dans la tristesse et la misère, ꝟ. 2-11; dans une touchante prosopopée, la ville elle-mêmedécrit sa triste situation et se lamente sur les malheursque ses péchés lui ont attirés, t- 12-22. — 2° Le secondpoème décrit la ruine du royaume de Juda, et en particulier de la ville de Jérusalem; le prophète commencepar tracer un saisissant tableau de la colère et du jugement de Dieu, ii, 1-12; la désolation de Jérusalem dépasse tout ce qu’on peut imaginer, ꝟ. 13; les prophètesont fermé les yeux sur ses égarements, les passants etses ennemis en ont fait l’objef de leurs railleries, ꝟ. 1416; c’est Dieu qui est l’auteur de tous ces malheurs, c’estdonc vers lui que la ville doit se tourner pour implorer 45

LAMENTATIONS

son secours, ꝟ. 17-19; supplication de la ville à Dieu, ꝟ. 20-22. — 3° Le troisième poème roule spécialementsur les malheurs personnels du prophète; tableau deses souffrances et de ses misères, iii, 1-18; le souvenirdes miséricordes de Dieu tait renaître l’espoir dans soncœur, ꝟ. 19-39; le prophète reconnaît les justes jugements de Dieu, qui a voulu punir les péchés du peuple, ꝟ. 40-54; il s’adresse à Dieu et invoque son secours, espérant qu’il le vengera de ses ennemis, ꝟ. 55-66. —4° La quatrième élégie montre que la cause de ces malheurs, ce sont les péchés du peuple; les habitants de Sionsont tombés dans la misère parce que leur péché étaitplus grand que celui de Sodome, iv, 1-11; Jérusalem aété livrée à ses ennemis parce que ses prophètes et sesprêtres ont versé le sang des justes, ꝟ. 12-16; et aussiparce que le peuple, trompé par ses chefs, a mis sa confiance dans le vain secours des hommes, ꝟ. 17-20; toutefois Dieu punira les ennemis de Sion et mettra fin àses malheurs, t. 21-22. — 5° La cinquième élégie est uneardente prière du prophète; c’est pourquoi elle portedans la Vulgate le titre de: «Prière de Jérémie le prophète.» Le prophète énumère tous les maux que souffre le peuple juit depuis la prise de Jérusalem, y, 1-18; il supplie Dieu d’y mettre fin et de rétablir le peupledans son ancienne splendeur, ꝟ. 19-21, il termine pourtant par une pensée de découragement, y. 22.

III. Unité d’auteur. — L’unité du livre a été contestéeou niée par un certain nombre de critiques. Theniussoutint que les chapitres II et IV sont de Jérémie, maisque les chapitres i, iii, v appartiennent à des auteurs différents. Dans Kurzgef. exegetisch. Handbuch zum altenTestament, xvi, Leipzig, 1855, p. 117. — Pour Kuenen, Einleitung in die Bâcher des A. Test., Fribourg-en-Brisgau, 1887-1894, § 147.9, les chapitres ii, iii, v sont, sousle rapport de la poésie, bien supérieurs aux chapitres i, iv; il en conclut que ce n’est pas le même auteur quiparle dans tout le livre. Budde, dans Zeitschrift furdie Alttest. Wissenschaft, 1882, p. 45, pense que lechapitre v n’est que le couronnement des chapitres i, II, IV et n’attribue à un auteur différent que le chapitre m.Stade, Geschichte des Volkes Israël, Berlin, 1888-1889, t. i, p. 701, est du même avis. Lbhr, dans Zeitschriftfur die Alttest. Wissenschaft, 1894, p. 31, attribue leschapitres II, iv à un auteur écrivant vers l’an 570 avantJ.-C, les chapitres i, v à un second auteur écrivant versl’an 530 avant J.-C, et le chapitre m à un troisième auteur écrivant à la même époque ou peu de temps après.Cf. Driver, Introduction, p. 464-465. — L’unité d’auteurest prouvée:

1° Par l’unité de plan. — «Cette analyse succincte faitvoir clairement que ces poèmes sont écrits d’après unplan très clairement conçu et exécuté avec une véritablescience. L’idée se développe avec unité, et il est impossile de partager l’opinion de Thenius et de ceux qui, après lui, veulent voir dans cette œuvre les traces demains différentes. Il n’y a qu’un seul auteur à pouvoirconcevoir ce plan et à l’exécuter avec tant de vigueur etd'émotion.» Trochon, Jérémie, in-8°, Paris, 1878, p. 340.

2° Par le vocabulaire. — On trouve des-expressionscommunes à différents poèmes ou chapitres; les principales sont: 'ônï, «affliction,» i, 3, 7, 9; iii, 1, 19; mô'êd, «solennité,» i, 4, 15; ii, 6, 7, 22; Sàmam, «dévaster,» i, 4, 13, 16; iii, 11; yâgâh, «affliger,» i, 4, 5, 12; iii, 32, 33; sûr, «ennemi,» i, 5, 7, 10; IV, 12; màrûd, «pleur,» i, 7; iii, 19; mahâmudîm, «désirs,» «choses désirables, i> i, 7, 10, 11; ii, 4; nibat, «regarder,» i, 11, 12; iii, 63; iv, 16, v, 1; dâvdh, «languissant,» i, 13; v, 17; 'âdôn, «Seigneur» (seul, sans apposition), i, 14, 15; ii, 1, 2, 5, 7, 18, 19, 20 b; iii, 31, 36, 37, 38; mê'ay hômarmârû, «mes entrailles sont troublées,» i, 20; ii, 11; 'âlal, «faire,» i, 22; ii, 20; iii, 51; lô' hdmal, «il n’a pas épargné,» ii, 2, 17, 21; iii, 43; zànah, «rejeter,» ii, 7; iii, 17, 31; gillàh 'al, «. dévoiler» (l’iniquité, le péché), ii, 14; iv, 22; Se pour'âsér, a qui,» ii, 15, 16; iv, 9; v, 18; pdsahpi 'al, «ouvrir la bouche sur,» ii, 16; iii, 46; fùgdh, «cessation, in, 18; iii, 49; ro’S kôlbûsôf, «tête [= coin] de toutes lesrues,» ii, 19; iv, 1; negînâh, s modulation,» «chant,» m, 14; v, 14. Driver, Introduction, p. 463, 464.

IV. Authenticité du livre. — Les premières attaques contre l’authenticité des Lamentations commencèrent en 1712. Herman von der Hardt, dans un programme publié â Helmstadt, attribua les Lamentationsà Daniel, à ses trois compagnons Sidrach, Misach etAbdénago et au roi Joakim; chacun aurait écrit un descinq chapitres. Enl819, un auteur anonyme attaqua aussil’authenticité des Lamentations dans la TheologischeQuartalschrift de Tubingue, p. 69. J. Ch. W. Augusti, Einleitung in’s Alte Testament, Leipzig, 1806, 1827, p. 227, Conz et Kalkar, dans Knabenbauer, p. 367, marchèrent dans la même voie. Ewald, Poetische Bûcherdes Alten Bundes, 2e édit., 1854, t. i, 2e partie, p. 326; Geschichte Israël, 3e édit., 1864, t. IV, p. 25-26, attribuales Lamentations à un des disciples de Jérémie. Bunsen, Gott in der Geschichte, 1857-1858, t. i, p. 426; Nâgelsbach, dans le Bibelwerk de Lange, 1868, et Nœldeke, Histoire littéraire de l’Ancien Testament, trad. Derembourg et Soury, Paris, 1873, p. 209, soutinrent la mêmethèse. Enfin Schrader, Vatke, Reuss et Wellhausen sesont ralliés à la même opinion. Cf. Trochon, Jérémie, p. 334-335; Knabenbauer, In Danielem, in-8°, Paris, 1891, p. 367, 368.

I. preuves de l’authenticité. — 1° Externes. —La tradition, sous ses formes multiples, est unanime âattribuer les Lamentations au prophète Jérémie: —1. La croyance des Hébreux nous est attestée par lesmots placés en tête du livre dans les Septante et la Vulgate: «Lorsque Israël eut été mené en captivité et queJérusalem fut demeurée déserte, le prophète Jérémie, fondant en larmes, s’assit et fit ces Lamentations surJérusalem, soupirant dans l’amertume de son cœur etdisant avec de grands cris.» Ce titre manque, il est vrai, dans le texte hébreu, mais il exprime une croyancegénérale; quelques auteurs pensent même que ce passage a été traduit de l’hébreu, qu’il se trouvait originairement dans quelque manuscrit hébreu, et qu’il adisparu dans la suite; de plus, à l’origine, les Lamentations étaient unies au livre de Jérémie dans le textegrec. Cf. Knabenbauer, In Daniel., p. 368, 369. — 2. LeTargum de Jonathan fait précéder les Lamentations deces mots: «Jérémie prophète et grand-prêtre a dit.» —

3. Le Talmud, Baba Bathra, 15% dit: «Jérémie a écritson livre, le livre des Rois et les Lamentations.» —

4. L’historien Josèphe dit aussi, Ant. jud., X, v, 1: «Jérémie le prophète composa une élégie (un chant delamentations), (iiXo; 8pï)Vï]Ttxciv, sur lui (Josias);» ilfaut reconnaître cependant qu’il n’y a là qu’une vagueallusion. — 5. La tradition chrétienne nous est attestéepar les Pères. Origène, dans Eusèbe, H. E., vi, 25, t. xx, col. 580, 581, où il parle d’après la tradition juive: «Comme les Hébreux nous l’ont transmis;» In Ps. I, t. xii, col. 1085, 1086; S. Épiphane, Hier., viii, 6, t. xli, col. 213; S. Jérôme, Prologus galeatus; In Zach., 511, 11, t. xxv, col. 1515.

/ 2° Internes. —1. Citations de l’Ancien Testament. Onsait que Jérémie dans ses prophéties se plaît à citer leLévitique et le Deutéronome; on constate cette mêmetendance dans les Lamentations; cf. Lam., i, 3; et Deut., xxvin, 65; Lam., i, 5, et Deut., xxviii, 44; Lam., i, 7, et Lev., xxvi, 34; Lam., i, 10, et Deut., xxiii, 3; Lam., i, 20, et Deut., xxxii, 25; Lam., ii, 8, et Deut., xxviii, 52; Lam., ii, 17, et Lev., xxvi, 14, 18, 24; Deut., xxviii, 15; Lam., ii, 20, et Lev., xxvi, 29; Deut., xxviii, 57; Lam., iv, 10, et Deut., xxviii, 53; Lam., iv, 11, et Deut., xxxii, 22; Lam., iv, 12, et Deut., xxviii, 52; Lam., iv, 16, et Deut., xxviii, 50; Lam., iv, 19, et Deut., xxviii, 49;

Lam„ v, 11, et Deut., xxvtii, 30°. — 2. Identité de penséesentre le livre de Jérémie et les Lamentations; cf. Lam., i, 17°, et Jer., iv, 31 b; Lam., iv, 2 b, et Jer., Xxiii, 4, 6; Lam., iv, 6°, et Jer., xxiii, 14e; Lam., iv, 12, et Jer., xxi, 13 b; Lam., y, 6, et Jer., ii, 18; Lam.. v, 7, et Jer., xvi, 11; Lam., v, 14°, 15, et Jer., xvi, 9; xxv, 10; Lam., v, 16°, et Jer., xiii, I8 b; Lam., v, 21°, et Jer., xxxi, 18e. — 3. Même sensibilité. L’auteur desLamentations fait paraître la même sensibilité queJérémie en présence des malheurs de la nation; cf. Jer., xiv, xv. — 4. Mêmes causes aux malheurs de la nation; l’auteur des Lamentations assigne aux calamités dupeuple juif les mêmes causes que Jérémie: — a) Lespéchés de la nation; cf. Lam., i, 5, 8, 14, 18; iii, 42; iv, 6, 22; v, 7, 16, et Jer., xiv, 7; xvi, 10-12; xvii, 1-3; — b) Les fautes des prophètes et des prêtres; cf. Lam., ii, 14; iv, 13-15. et Jer., ii, 8; v, 32; xiv, 13; Xxm, 10-40; xxvii; — c) La vaine confiance du peupledans les alliés; cf. Lam., i, 2, 19; iv, 17, et Jer., H, 18, 36; xxx, 14; xxvii, 5-10. — 5. Similitude d’images: «la"vierge fille de Sion opprimée,» Lam., 1, 15 b; ii, 13, etJer., viii, 21, 22; xiv, 17 b; «larmes coulant des yeux» du prophète, Lam., i, 16*; ii, 11°, 18*; iii, 48, 49, et Jer., IX, 1, 18 b; xiii, 17 b; xiv, 17°; «les terreurs l’entourent,» Lam., ii, 22°, et Jer., vi, 25 b; xx, 10°; «l’appel à la justicedu juge,» Lam., iii, 64-66, et Jer., xi, 20; xx, 12; «désolation des nations qui se sont réjouies de la chutede Jérusalem,» Lam., iv, 21, et Jer., xlix, 12; «leschaînes au cou,» Lam., i, 14, et Jer., xxvii, 2. —6. Identitéde sentiments: «véhémence de la douleur,» Lam, , 1, 20; ii, 11; iii, 1-20, et Jer., iv, 19; ix, l, 10; xv, 18; xx, 18; «que Dieu exerce sa vengeancesur les nations,» Lam., i, 22, et Jer., x, 25; xvii, 18; xviii, 23; «la prière n’estpas exaucée,» Lam., iii, 8, et Jer., vii, 16; xi, 14; xiv, 11; «tu (Dieu) nous as rejetés,» Lam., v, 22, et Jer., xiv, 19°. — 7. Vocabulaire. On remarque beaucoup d’expressions^ identiques ou presque identiques: «elle apleuré beaucoup,» Lam., i, 2°; «elle pleurera beaucoup,» Jer., xiii, 17 b; tous ses amis «l’ont méprisée», Lam., i, 2 b; tes amants «t’ont méprisée», Jer., iv, 30 b; ils ont vu son «ignominie», Lam., i, 8 b; ton «ignominie» a apparu, Jer., xiii, 26 b; «j’ai appelé mes amiset ils m’ont trompée,» Lam., i, 19°; «tous tes amantst’ont oubliée,» Jer., xxx, 14°; «je suis devenu la risée,» Lam., iii, 14°, et Jer., xx, 7e; il m’a enivré «d’absinthe», Lam., III, 15°; je nourrirai ce peuple «d’absinthe», Jer., ix, 15 b; souviens-toi… de «l’absinthe et du fiel», Lam., iii, 19; je les nourrirai «d’absinthe» et lesabreuverai de «fiel», Jer., xxiii, 15; «une frayeur, unpiège,» Lam., iii, 47; «la frayeur, … et le piège,» Jer., xlviii, 43; ils m’ont pris «à la chasse», Lam., iii, 52; j’enverrai de nombreux «chasseurs et ils les chasseront», Jer., xvi, lô 1°; «le calice,» Lam., iv, 21 b; prends «le calice», Jer., xxv, 15; boire «le calice», Jer., xlix, 12. — 8. Répétitions. On sait que les Prophétiesde Jérémie se distinguent par des répétitions desmêmes pensées et parfois des mêmes mots; ce phénomènese produit aussi dans les Lamentations: «il n’ya pas de consolateur,» Lam., i, 2 b, 9 b, 17°, 21°; sûbnéfès, «convertir l’âme,» Lam., i, 11, 16, 19; «vois.Seigneur,» Lam., i, 9 «, 11e, 20°; ii, 20°; «la colèrede la fureur,» Lam., i, 12 h; ii, 3°; «la fureur, lacolère de l’indignation,» Lam., iv, 11°; «la contrition dela fille de mon peuple, s Lam., ii, 11 1°; iii, 48; iv, 10 b; «tous tes ennemis ont ouvert la bouche contre,» Lam., H, 16° (toi); iii, 46 (nous); cf. aussi i, 16°; ii, i&>; iii, 48°; ii, 20 b, et iv, 10°; ii, 2°, 17 b, et iii, 43 b (& pas épargner» ). Cf. Flôckner, Ueber den Verfasser der Klagelieder, dans Theologische Quartalschrift de Tûbingue, 1877, p. 187-280; Knabenbauer, In Dan., p. 370-372; Driver, Introduction, p. 462.

II. objections. — Elles sont de plusieurs sortes. —1° Littéraires. — On prétend en général que le point

de vue de l’auteur des Lamentations est tout à fait différentde celui de Jérémie; on dit même qu’il y a contradictionentre les idées de l’un et celles de l’autre. Ainsi: 1. Dans xxxi, 29, 30, Jérémie dit: «En ces jours on nedira plus: Les pères ont mangé le raisin vert, et lesdents des Sis ont été agacées. Mais chacun mourra dansson iniquité, et celui qui mangera le raisin vert auralui-même les dents agacées.» Au contraire, l’auteur desLamentations dit, v, 7: «Nos pères ont péché, et ils nesont plus; et nous, nous avons porté leurs iniquités.»

— Mais il n’y a aucune contradiction entre ces deuxpassages; le prophète énonce une espèce de maxime; letexte des Lamentations n’est pas en opposition aveccelui de la Prophétie, car les enfants, qui portent lesiniquités de leurs pères, sont eux-mêmes pécheurs, comme on le voit, ꝟ. 16 b: «Malheur à nous parce quenous avons péché.» En portant les iniquités de leurspères, ils portent aussi les leurs propres, selon Jér., xxxi, 30. Le langage de Lam., v, 7, n’est donc pasexclusif, mais compréhensif, c’est-à-dire qu’il dit d’unemanière générale que tout le monde est coupable, commeExod., xx, 5; Jer., xvi, 11-13. — 2. On soutient aussique Lam., i, 21, 22; iii, 59-66, ne peut pas convenir àJérémie; le prophète était persuadé que les Chaldéensexécutaient les desseins de Dieu sur Juda. Commentdonc peut-il dans les Lamentations demander leur châtiment?— Mais ces deux points de vue peuvent se concilier.Quoique le prophète fût convaincu que les Chaldéensexécutaient les desseins de Dieu, il a pu cependantdemander leur châtiment, car les Chaldéens étaient euxaussi coupables et avaient gravement péché. — 3. Onprétend également que Lam., ii, 9°: «Il n’y a pas deloi, et ses prophètes (de la fille de Sion) n’ont pas reçude visions du Seigneur,» est déplacé dans la bouche deJérémie et ne peut convenir qu’à quelqu’un qui n’étaitpas lui-même prophète. — Mais on peut s’expliquercette manière de parler. Après la ruine du Temple, leslois n’étaient plus observées; c’est ce que veut direl’auteur des Lamentations lorsqu’il affirme qu’il n’y aplus de loi; quand il ajoute que les prophètes ne reçoiventplus de visions, il faut entendre cela de visionsconsolantes et de bon augure, qui étaient un signe del’amour de Dieu; après la prise de Jérusalem, le Seigneurn’enverra plus des messages de consolation etd’espérance; le cycle de ces messages est désormaisfermé. — 4. On ajoute que Lam., iv, 17, est impossibledans la bouche de Jérémie; dans ce passage l’auteur seplace parmi ceux qui attendent le secours de la part desÉgyptiens; or Jérémie ne compte jamais sur le secoursdes Égyptiens, mais au contraire il fait tout son possiblepour tirer le peuple de cette illusion, Jer., xxxvii, 5-10; si donc Jérémie était l’auteur des Lamentations, il auraitécrit, IV, 17, «eux» et «leur», au lieu de «nous» et «nôtre». — On peut répondre qu’il n’y a là qu’unesimple fiction ou figure de langage; l’auteur ne se metpas au nombre de ceux qui attendent la délivrance del’Egypte, mais il traduit les impressions et les espérancesdes Israélites; il n’est qu’un écho, un rapporteur, pour ainsi dire; il les lait parler par sa bouche, et c’estpourquoi il emploie la première personne. — 5. Enfinon affirme que Jérémie ne peut pas parler, Lam., IV, 20, en termes si élogieux de Sédécias, après ce qu’il enavait dit dans Jer., xxiv, 8-10. — Mais rien ne prouveque les mots: «le souffle de notre bouche, le ChristSeigneur (l’oint de Jéhovah),» dans Lam., iv, 20°, désignentle roi Sédécias; quelques auteurs pensent qu’ils’agit de Josias; d’autres croient qu’il est question duroi théocratique en général, du roi modèle; enfin d’autreset en plus grand nombre appliquent ces paroles auMessie lui-même.

2° Objection tirée de l’ordre alphabétique. — Jérémie, dit-on, dans ses Prophéties, suit toujours unemarche vive, naturelle et spontanée; c’est là comme la

caractéristique de son style; au contraire, en employantl’ordre alphabétique; i-iv, l’auteur des Lamentations sesoumet à une disciplina rigoureuse; on ne reconnaîtplus l’allure franche et libre de Jérémie. — On peutrépondre en premier lieu avec Ed. Riehm: dans la2e édit. de Hnpfeld, Die Psalmen, 4 in-8°, Gotha, 18671871, t. i, p. 31: «Dans la poésie lyrique, l’emploi decette forme artificielle est justifié naturellement et intrinsèquement quand une idée unique remplit l'âme dupoète: il revêt cette idée de lormes différentes, et encompose ainsi une élégie.» En second lieu: «D’ailleursle poète est libre d’employer la forme qui lui convientet le critique n’a pas le droit de lui reprocher le choixde son instrument.» Trochon, Jérémie, p. 338.

3° Objection tirée de la variation de l’ordre alphabé~tique. — Cette objection vise autant l’unité que l’authenticité des Lamentations. Dans le premier poème, i, l’ordrede l’alphabet hébreu, dont chaque lettre est le commencement d’un verset, est régulier, tandis que dans, ii, iii, iv, l’ordre de deux lettres est renversé; la lettre phéprécède toujours la lettre aïn; ainsi: ii, 16 (phé), 17 (aïn); iii, 46, 47, 48 (phé), 49, 50, 51 (aïn); iv, 16 (phé), 17 (aïn); on en conclut que ces poèmes nesont pas du même auteur. — L’interversion des lettresde l’alphabet ne prouve pas qu’on ait affaire à desauteurs différents; cette interversion peut s’expliquer etde tait on l’a expliquée de diverses manières: 1° Grotiuspensa que les Chaldéens avaient dans leur alphabet unautre ordre que les Hébreux; dans Lam., i, Jérémieparlerait comme un Hébreu, et dans ii, iii, iv, commesujet des Chaldéens; mais cette raison n’est pas sérieuse. — 2° Houbigant et Kennicott attribuèrent cetteinterversion à la négligence des copistes; il est vraiqu’un certain nombre de manuscrits, ci. De Rossi, Variéelectïones V. Test., t. iii, p. 242, et la Peschito conserventl’ordre naturel; toutefois cette hypothèse ne paraît pasprobable, car cette interversion est suivie: 1. Par lesSeptante; la version grecque observe l’ordre natureldes lettres aïn, phé, mais pour les versets, elle suitl’ordre du texte hébreu. — 2. Par la "Vulgate latine. —3. Elle est exigée par le contexte: ainsi ii, 16, continuenaturellement ii, 15; cet ordre serait brisé si l’on mettait le ꝟ. 17 avant le ꝟ. 16; de plus le il. 17 sert de transition au il. 18; de même dans iii, le% 46 suit naturellement le il. 45, et le ꝟ. 48 sert de transition au ꝟ. 49; pareillement dans iv, le ꝟ. 16 suit le ꝟ. 15 et le jl. 17prépare le ꝟ. 18. — 3° J. D.Michaëlis, Bibliotheca orientons, t. XX, p. 34, et notes à R. Lowth, De sacra poesiHebrSBorum, prælect. xxii, 2e édit., 1770, p. 453-455, Tegarde comme probable que la lettre phé, ayant unedouble prononciation, une dure, p, l’autre douce, f, selon qu’elle est dagueschée ou non, occupait différentes places dans l’alphabet hébreu. — 4° L’opinion laplus probable est que les poètes hébreux jouissaientd’une certaine liberté dans l’arrangement des lettres del’alphabet; cf Pareau cité par Rosenmùller, In Jer., t, ii, 1826, p. 464; de cette liberté on constate bien desexemples dans la Bible; ainsi: Ps. ix (hébreu) manquedu daleth, et, au ꝟ. 20, au lieu du caph il a qoph; Ps. xxv (hébreu), manquent beth et vav; qoph est omis; resch se trouve, deux (ois, il. 18, 19; après thav, le ꝟ. 22commence par pé; Ps. xxxiv (hébreu), vav manque, etaprès thav, le ꝟ. 23 commence par pé; Ps. xxxviii(hébreu), t. 25, aïn est remplacé par tsadé, qui est répétéà sa place naturelle, ꝟ. 32, après pé; Ps. cxlv (hébreu), manque nun; Prov., xxxi, 24, 25 (texte grec), suit l’interversion des Lamentations: il met <rr6|j.a, «bouche» (hébreupi), avant a-/y v > " puissance» (hébreu, 'ôz). Cf. Trochon, Jérémie, p. 338, 339; Knabenbauer, In Dan., 365, 366.

4° Objection tirée de ce que l’auteur des Lamentations"connaîtrait Ézéchiel. — À cet effet on cite: Lam., ii, 4: kôl mahâmmadê 'âin, «tout ce qui est beau à voir;» ci. Ezech., xxiv, 16, 21, 25; mais cette expression se

trouve aussi dans III Reg., xx, 6; Lam., ii, 14: hâzâhsâve', «voir la vanité,» cf. Ezech., xiii, 6, 9, 23; xxi, 34; xxii, 28 (cf. aussi, avec légère variante, xii, 24: hâzôn Sâve', «vision vaine;» XIII, 7: mahâzêh sâve', «vision vaine» ); ces deux mots réunis ne se trouvent, il est vrai, que dans Lam. et Ezech., mais, séparés, ilsse trouvent dans Jérémie, xxiii, 16 (/.làzôn); ii, 30; iv t30; vi, 29; xviii, 15; xlvi, 11 (Sâve' avec le préfixe la); de plus, Jer., xiv, 14, nous fournit une locution équivalente: hâzôn séqér, «vision mensongère;» Lam.,

11, 14: tâfêl, «insanité, folie,» cf. Ezech., xiii, 10, 11, 14, 15; xxii, 28; mais ce mot se trouve aussi dans Job, vi, 6; Jer., xxiii, 13, a la même racine (iflâh; cf. aussiJob, i, 22; xxiv, 12; Lam., ii, 15: kelilat yofî, «parfaite en beauté,» cf. Ezech., xvi, 14, légère variante: yôfi kâlîl, «beauté parfaite;» xxvii, 3, 4, 11; xxviii,

12, même variante que Xvi, 14: kelîl yôfî, «parfaitebeauté;» mais cette expression se trouve aussi, avecune très légère variante, dans Ps. L, 2, appliquée àSion, comme dans Lam., tandis qu'Ézéchiel l’appliqueà Tyr et à son roi; Lam., iv, 11: killâh Yehôvâh 'éthâmâf, «Jéhovah a accompli [sa] fureur,» cf. Ezech., v, 13 avec variante; vi, 12; xiii, 15; cf. aussi xx, 8, 21, avec 'af; cette locution est très rare dans la Bible. —Au surplus: «Quand bien même il y aurait des empruntsfaits par l’auteur des Lamentations à Ézéchiel, en quoicela empêcherait-il Jérémie d’en être l’auteur? Pourquoi, ajoute Keil, quelques-unes des prophéties d'Ézéchiel n’auraient-elles pas été Connues de Jérémie? Lesrapports entre les exilés à Babylone et les habitants deJérusalem et de la Judée étaient assez fréquents pourque les prophéties d'Ézéchiel aient pu être connues àJérusalem, bien avant la prise de cette ville.» Trochon, Jérémie, p. 337.

5° Objections lexicographiques. — On prétend que lesLamentations contiennent un certain nombre de motsinconnus à Jérémie. Ces mots, relevés par Nâgelsbach, sont, outre quelques-uns que nous avons déjà signalés, m, 2°, col. 45, les suivants: Lam., i, 1: rabbâfî, «pleine;» mais ce mot se trouve aussi dans Jer., Ll,

13, sous la forme abrégée rabbâf, Lam., i, 2: léhî, «joue;» mais ce mot, dit Driver, Introduction, p. 463, peut être un simple accident, ainsi que Sêbét, «verge,» Lam., iii, 1, et sippôr, «oiseau,» Lam., iii, 52; Lam., i, 4: sâbêl, «pleurant;» on trouve le susbtantif sêbél, «pleur,» dans Jer., VI, 26; xvi, 7; Lam., i, 7; iii, 19: mdrûd, «pleur;» ce mot ne se trouve que dans Lam.; Lam., i, 7: mahâmûdim, «choses désirables;» on lit leverbe hdmad, «. désirer,» dans Jer., iii, 19; xii, 10; xxv, 34; Lam. i, 8: hêttë, «péché;» le verbe hâta', «pécher,» est dans Jer., xxxii, 35 (forme régulière); Lam., i, 9: tumâ'h, «impureté;» tdmê', «se souiller, souillés,» est dans Jer., ii, 7, 23; vii, 30; xix, 13; xxxii, 34; Lam., i, 9: pélâh, «chose admirable;» Jer., xxi, 2; xxxii, 17, 27, emploie le verbe pâlâ', «être admirable.» Cf. Lohr, dans Zeitschrift fur die Alttest. Wissenschaft, 1894, p. 31; Driver, Introduction, p. 463, 464; Knabenbauer, In Dan., p. 372, 373.

Y. Époque de lu. composition. — 1° H. Ewald, Geschichte des Volkes Israël, l re édit., Gœttingue, 1843-1852, t.lV;-p. 25, soutient que les Lamentations turent composées en Egypte, à l'époque où Jérémie y résidait. Il s’appuie sur Lam., i, 3. Mais ce passage ne prouve nullementla thèse qu’il soutient, car il peut très bien se rapporterau temps visé dans Jer., xli, 17, 18, et dont il est question dans Lam., v, 6, 9. — 2° Tout porte à croire queles Lamentations furent écrites peu de temps après laprise et la destruction de Jérusalem. En effet: 1. La vivacité des descriptions, la véhémence de la tristesse etde la douleur du prophète indiquent que la terriblecatastrophe était encore récente. — 2. La famine est décrite comme étant très grande, Lam., i, 11, 19; ii, 19, 20; iv, 3-5, ce qui convient au temps de détresse et de 5.1

LAMENTATIONS

m

désolation qui suivit immédiatement la ruine de Jérusalem.L’époque de la composition peut être, jusqu’à uncertain point, déterminée en comparant Lam., i, 3: v, 6, et Jer., xli, 1; lii, 6, 12; IV Reg., xxv, 8. Cf. Bleek, Eirileitung in das Alte Testament, 1878, p. 503; Trochon, Jérémie, p. 340; Knabenbauer, In Dan., p. 374, 375.

VI. Canonicité. — On n’a jamais soulevé de contestationsur la canonicité des Lamentations. Ce livre a toujoursfait partie du canon juif, et du canon chrétien.Voir Canon, t. ii, col. 137-162. Cf. Eaulen, Einleitung, 3e édit., p. 372.

VII. Texte. — Le texte original est l’hébreu; cependantce n’est pas un hébreu pur et absolument classique; ilprésente parfois quelques formes irrégulières et chaldaïsantes.Les Lamentations se trouvent dans toutes lesversions.

VIII. Style. — Le style des Lamentations est d’unepoésie et d’une beauté remarquables; il présente toutesles qualités qu’on peut désirer dans ce genre littéraire: vif, imagé, expressif, grave, en un mot en harmonieavec les idées qu’il exprime etles malheurs qu’il retrace.Aussi a-t-on toujours admiré les beautés littéraires desLamentations. Pour les éloges qu’on a toujours faits desLamentations, cf. Lowth, De sacra poesi Hebrxorum, prælect.xxii, p. 458-4-60; Trochon, Jérémie, p. 341, 342, § vi.

IX. Forme littéraire des Lamentations. — I. lerythme. — Tout le monde admet que les cinq élégiesdes Lamentations sont en vers; mais on n’est pas d’accordsur le caractère de la métrique ou la nature duvers. Cf. Maldonat, Comment, in Jer., Mayence, 1611, p. 248. Ainsi, d’après Bickell, Carniina hebraïca meirice, p. 112-120, les quatre premiers poèmes sont desvers de douze syllabes; Gietmann, De re metrica Hebrseorum, p. 58, pense que les quatre premiers poèmesse composent de vers de neuf [— onze] syllabes; quantau cinquième poème, ils reconnaissent tous les deuxqu’il se^xompose de vers de sept syllabes. Dans cesderniers temps, K, Budde, Das hebrâische Klagelied, dans Zeitschrift fur die Alttest. Wissenschaft, 1882, p. 1-52, a fait une étude approfondie de la métriquedes Lamentations. Il observe que le rythme de Lam., iiv, se rencontre dans d’autres endroits de l’AncienTestament, qui sont aussi des élégies; il en conclut quec’est le rythme propre aux élégies. Le vers se composeraitd’un ou plusieurs membres; mais chaque membre, qui ne contient en moyenne pas plus de cinq ou sixmots, serait divisé par une césure en deux parties inégales: la première ayant la longueur ordinaire d’unmembre, la seconde étant plus courte, et très souventsans parallélisme d’idées avec la première. On peut voirl’application de cette théorie dans les exemples suivants:

i, 1. Comment la ville est-elle assise solitaire, — ellequi était pleine de peuple? Elle est devenue comme uneveuve, — elle qui était la maîtresse des nations: Lareine des provinces, — elle est devenue tributaire.

n, 3. Il a brisé dans l’ardeur de sa fureur rtoute lacorne d’Israël: Il a ramené en arrière sa main droite —de devant l’ennemi: Il a allumé dans Jacob comme unfeu brûlant — qui a dévoré tout autour.

m, 1-3. Je suis un homme qui voit son affliction —sous la verge de son indignation: Il m’a conduit et faitmarcher — dans les ténèbres et non dans la lumière: Il a tourné et retourné sa main contre moi — tout le jour.

Le premier membre est quelquefois d’une longueurdémesurée, par exemple: ii, 13 a; iii, 56; iv, 18 b, 20°; quelquefois il ne contient que deux mots, quand cesmots sont très longs, par exemple: I, l b, c, 4e, 9 b; quelquefois, ce qui arrive plus rarement, il y a une légèrecollision entre le rythme et la pensée, par exemple: i, 10e, 13°; ii, 8 b. Cependant certains vers ne peuvent passe ramener à ce type; Budde suppose, Zum liebrâischeKlagelied, dans Zeitschrift, 1892, p. 264, que dans cescas le texte ne nous est pas parvenu intact. Les morceaux

de l’Ancien Testament qui se ramèneraient au type métriquedes Lamentations seraient surtout: Is., xiv, 4 b -21(élégie sur le roi de Babylone); Ezech., xix; xxvi, 17 (àpartir de’êk, «comment» )-18; xxviii, 18, 19; Jer., îx, 9 b (à partir de mê-’ôf, «depuis l’oiseau» )-10, 18, 20-21(dabbêr koh ne’um Yehôvâh, «dis: ainsi parle Jéhovah,» élant omis [Septante] ou regardé comme une parenthèse); xxii, 6 (à partir de Gil’âd, «Galaad» )-7, 21-25; Am., v, 2.

II. LA stropbiqVe. — Elle n’est pas partout uniforme.Dans les trois premières élégies (Mi), la strophe a troisvers; dans la quatrième et la cinquième (iv, v) elle secompose de quatre vers. Dans i, ii, iv, le nombre desstrophes est de vingt-deux selon le nombre même deslettres de l’alphabet hébreu; m a vingt-deux strophes et66 versets (membres), chacun des trois vers d’une mêmestrophecommençant par la même lettre de l’alphabet; v se compose aussi de vingt-deux strophes. En outre lacinquième élégie est un remarquable exemple d’assonance; sur les quarante-quatre vers et les vingt-deuxversets dont elle se compose, la syllabe nù se rencontretrente-trois fois: l a, >, 2<s 3% b. 4°, b, 5°, ii, 6°, 7 a, b, 9%10°, Ils 15°, b, 16V, 17 a. b, 20°, b, 21% b, 22% b.

m. LE caractère acrostiche. — Les quatre premierspoèmes (i-rv) sont acrostiches ou alphabétiques, c’est-à-dire que chaque strophe commence par une lettrede l’alphabet hébreu, Aleph, Beth, etc. On a cherchéla raison de cette forme alphabétique, et l’on a fait plusieurshypothèses. 1° Les uns n’y ont vu qu’un expédientmnémonique, un moyen d’aider la mémoire. 2° Bickellpense que cette forme indique qu’on traite le même sujetdepuis le commencement jusqu’à la fin. 3° On y voitplus généralement une simple disposition, propice à ungenre particulier de poésie: c’est lorsque le sujet qu’ony traite est un, mais d’autre part non susceptible d’undéveloppement logique et régulier; on supplée alors àce défaut par la répétition qui donne de l’intensité àl’expression des sentiments et des émotions. Cf. Driver, Introduction, p. 459; Knabenbauer, In Dan., p. 366, 367.

X. Usage liturgique des Lamentations. — La Synagogueet l’Église ont toujours fait le plus grand cas desLamentations. Dans les circonstances les plus douloureuses, elles empruntent les accents du prophète pleurantles malheurs de sa patrie pour exprimer leurs émotions.Après la captivité, les Juifs rentrés dans leur patrie voulurentperpétuer la mémoire des maux qu’ils avaientsoufferts. Chaque année, le neuf du mois A’Ab quillet)ils jeûnèrent et lurent dans les synagogues les Lamentationsde Jérémie. Cet usage se perpétua dans la suite. Cf.Rosenmûller, In Jeremiee Threnos proœmium. L’Églisecatholique a emprunté aux Lamentations les leçons del’office des trois derniers jours de la Semaine sainte.

XI. Bibliographie. — Origène, Selecta in Threnos, t. xiii, col. 606-652; Théodoret de Cyr, In Threnos, t. lxxxi, col. 779-806; S. Éphrem, S. Ephrxm Syri hymniet sermones, dans Lamy, t. ii, in-4o, Malines, 1886, p. 217-228; Olympiodore, In Jer. Lament., t. xcni, col. 725-761; Raban Maur, Expositio super Jer., t. CXI, col. 1181-1272; Paschase Radbert, In Threnos, t. cxx, col. 1059-1256; Guibert, TropologiminLam.Jer., t. clvi, col. 451-488; Rupert, In Jer., t. cxxvil, col. 1378-1420; Hugues de Saint-Victor, In Threnos Jer., t. clxxv, col. 255-322; Albert le Grand, In Threnos Jer., t. VIIIde ses œuvres, Lyon, 1651, p. 1-39; S. Bonaventure, Expositio in Lam. Jer., t. x de ses œuvres, Paris, 1867, p. 138-206; dans les œuvres de saint Thomas, t. xiii, se trouve un petit commentaire que les critiquesattribuent à Thomas de Galles; del Rio, Corn. Utter.in Threnos, in-4o, Lyon, 1608; *Tarnow, Comment, in Threnos, in-4°, Rostock, 1642, et Hambourg, 1707;

  • Lessing, Observationes in tristitiaJer., in-8o, Leipzig,

1770; * Pareau, Threni Jer. philologice et critice illustrati, in-8o, Leyde, 1790; *Neumann, Jeremias undKlageheder, in-8o, Leipzig, 1858; L. A. Schneedorfer, Die

Klagélieâer des Propheten Jeremxa, in-8°, Prague, 1876;

  • M. Lôhr, Die Klagelieder Jeremias, 1891; et dans

Hand Komment. de Nowack, 1894; S. Minocchi, Le Lamentazionidi Geremia, in-8°, Rome, 1897; *K. Budde, dans Kurzer Handkomment., Abth. xvii, Fribourg-en-Brisgau, 1898. V. Ermoni.

    1. LAMIE##

LAMIE, nom par lequel la Vulgate désigne deux animauxdifférents. — 1° Dans une description de riduméeréduite à l’état de désert, Isaïe, xxxiv, 14, dit: «La Ulîf y

mamelle et allaitent leurs petit*.» Ces tannin ne sontpas les chacals, qui n’ont nul besoin d’extraire leurmamelle pour allaiter leurs petit*, mais les grands cétacés, qui extraient de l’eau leur mamelle pour la donnerà téter. Voir Cachalot, t. ii, col. 6. Les Septantetraduisent par SpâxovTeç et la Vulgate par laniise. IIn’est pas vraisemblable que saint Jérôme ait eu en vueici un monstre fabuleux, comme dans le passage d’Isaïe.La Xâ(ua est dans Âristote, Hist. anim., V, v, 3, unesorte de requin, et dans Pline, H. N., IX, xxiv, 40, une

14. — Lampes primitives de Palestine: les deux premières d’après les originaux du Musée judaïque du Louvre; la troisième d’après Ch. Warren et Conder, The Survey of Western Palestine, Jérusalem, 1884, p. 535.

aura sa demeure, elle trouvera là son lieu de repos.» Lemot Ulît, en assyrien lilîtu, de lilaatuv, «soir,» Schrader, Die Keilinschriften und des A. T., Giessen, 1872, p. 11, veut dire la «nocturne». On a cru que la Ulîtétait une sorte de fantôme nocturne. Buhl, Gesenius’Handwôrterbuch, Leipzig, 1899, p. 409. Les Septanteont traduit par èvoxsvTaupoç et saint Jérôme par lamia.La Xâpua, lamia, était pour les anciens une espèce demonstre féminin qui dévorait lés hommes et les enfants.Aristophane, Pax, 757 j Vesp., 1035; Plutarque, Curios.,

espèce de poisson plat. C’est plutôt au sens d’Aristoteque se sera référé saint Jérôme. Ce sens est le plus conforme

à l’hébreu.

H. Lesêtre.

    1. LAMPE##

LAMPE (hébreu: nér; Septante: ), 15^voc; Vulgate: lucerna), appareil d’éclairage, composé d’un récipientà huile dans lequel trempe une mèche qu’on allume.

I. Les lampes dans l’antiquité. — 1° Fabrication deslampes. — La lampe des anciens, tant en Orient quedans les pays grecs et romains, a toujours été essenK.

— Lampes trouvées à Jérusalem. D’après The Survey of Western Palestine, Jérusalem, 1884, p. 539, 182.Sur celle du milieue st représenté le chandelier à sept branches.

2; Diodore, xx, 41; Strabon, I, 19; Horace, Epod., v, 20; Ars poet., 340; Ovide, Fast, , vi, 131. Cf. Rich, Dict.des ant. grecques et romaines, trad. Chéruel, Paris, 1873 p. 347. Comme le mot lîlîf n’apparaît que cetteseule fois dans la Bible hébraïque, saint Jérôme a crudevoir le traduire, d’après le sens populaire qu’on luiprêtait, par un équivalent. Sur la traduction des Septante, voir Onocentàure. Il est plus probable que, dansIsaïe, la Ulît est un oiseau nocturne. Voir Chat-huant, t. ii, col. 627. — 2° On lit dans Jérémie, Lam., iv, 3: «Lestannin même mettent dehors (hàlsû, «extraient» ) leur

tiellement formée d’un récipient destiné à contenir unecertaine quantité d’huile. À ce récipient étaient adaptésun ou plusieurs becs plus ou moins allongés, ordinairementdans le même plan horizontal que le récipientlui-même, et servant à conduire au dehors l’extrémitéde la mèche imbibée d’huile. Les becs de lampe étaientainsi disposés parce que l’expérience avait montré quel’huile, toujours imparfaitement épurée chez les anciens, montait très difficilement dans des mèches qui étaientelles-mêmes assez peu conductrices. Voir Mèche. Lerécipient, primitivement à air libre, tut ensuite nabi

toellement muni d’un couvercle adhérent, dans lequelon ménageait un ou plusieurs trous pour verser l’huile.De petit* couvercles mobiles servaient parfois à fermerces trous. Les premières lampes furent en terre cuile.Elles avaient la forme très rudimentaire de petites «cuelles ou de coquilles contenant l’huile dans laquelle

fine, Samarie, Paris, 1875, t. ii, p. 91; Survey, Jérusalem, pi. XLY-Lxvr. Les lampes ont pris peu à peu desformes moins primitives (fig. 15 et 16). On les a couvertes, arrondies ou allongées, aplaties, munies de becsplus saillants, d’anses, de crochets ou d’appareils desuspension. On a multiplié les becs, de manière à obte— Lampes juives chrétiennes de Jérusalem. Celle de droite a été trouvée dans la piscine de Béthesda.D’après The Survey of Western Palestine, Jérusalem, 1884, p. 539, 640.

trempait la mèche. Le bord avait été pincé pour ménagerà cette dernière un passage fixe (fig. 14). On n’a pointtrouvé ce genre de lampes en Egypte, bien que Clémentd’Alexandrie, Strom., i, 16, t. viii, col. 809, dise queles Grecs ont emprunté la lampe aux Égyptiens. Hérodote, il, 62, 130, 133, parle des lampes égyptiennes.’: >

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i 1 -.’../..’.-teisî’17. — Moule de lampes.

Au-dessus, lampe fabriquée avec ce moule.

D’après l’original. Musée judaïque du Louvre.

Mais en Phénicie, et dans les pays de fondation phénicienne, Gypre, Carthage, Sardaigne, on a rencontré unequantité de <; es lampes à forme rudimentaire. Cf. Renan, Mission de Phénicie, Paris, 1874, p. 489-490; A. L. Delattre, Lampes antiques du musée de Saint-Louis deCarthage, Lille, 1889. La Palestine en a également fourniun grand nombre. Cf. Guérin, Description de la Palesnir une lumière plus intense. Puis on a donné au récipienttoutes sortes de formes plus ou moins élégantes etcommodes, comme celles du pied humain, de quadrupèdesaccroupis, d’oiseaux, etc. On y a ajouté des ornements, des inscriptions, le nom du potier ou du destinataire.Les lampes primitives, en Egypte et dansl’Afrique du Nord, ont été faites au tour. Aristophane, Ecoles., 1, les appelle à cause de cela’zçoyJX «zii, «tournéesà la roue.» Plus tard, les potiers modelèrent leslampes à la main et les fabriquèrent avec des moules.On a retrouvé de ces derniers, en terre cuite très dure(fig. 17). Le moule se composait de deux parties, sur lefond desquelles le potier étalait l’argile; il rapprochaitensuite les deux parties, l’argile se soudait par les bords, se détachait aisément du moule au bout de quelquetemps et n’avait plus qu’à recevoir les derniers apprêtsavant la cuisson. On faisait aussi des lampes en bronze, dont la façon réclamait naturellement plus de soins. Laforme générale des lampes d’argile n’a guère varié. Deslampes de terre cuite, du genre le plus simple, sontencoreen usage en Syrie et à Tyr. Cf. Lortet, La Syried’aujourd’hui, Paris, 1884, p. 144. Les anciennes lampeségyptiennes (fig. 18) sont simples ou diversem*nt ornées, suivant la fantaisie du potier. Les lampes chaldéennes(fig. 19), assyriennes (fig. 20) ont des formes plus lourdeset moins régulières. Les potiers israélites se sont inspirésdes modèles égyptiens et phéniciens. Voir t. ii, fig. 186, col. 546. L’industrie phénicienne fournissaitd’ailleurs à la Palestine une grande quantité de lampes, et on en a retrouvé un bon nombre que conservent les musées, spécialement celui du Louvre (fig. 21), Leslampes palestiniennes, postérieures à l’ère chrétienne, ne s’éloignent pas des types des anciens céramistes.Plusieurs sont décorées d’inscriptions grecques (fig. 22)ou arabes. Cf. Revue biblique, 1892, p. 260; 1893, p. 632; 1898, p. 486, 487. Des lampes analogues, à emblèmeschrétiens (fig. 23), ont souvent été découvertes en Occidentet en Afrique. Cf. Martigny, Dictionnaire des antiquitéschrétiennes, 3e èdit., Paris, 1889, p. 406, 408, 426, etc.; A. L. Delattre, Lampes chrétiennes de Carthage, 5 fasc, Lille, 1890-1893.

2° Usage des lampes. — Les lampes servaient avanttout aux usages domestiques. Naturellement très basses, on aurait pu les placer sous un lifc Marc, iv, 21. Mais, pour qu’elles fussent utiles, on les posait à un endroitd’où elles pouvaient éclairer toute la demeure, dans unepetite niche ménagée dans la muraille, sur une tablette,

sur un meuble et plus habituellement sur un support ouchandelier qui permettait à la lumière de se répandredans toute la pièce. Matth., v, 17; Marc., iv, 21; Luc, vin, 16; xi, 33. Voir Chandelier, t. ii, col. 546. On prenaitla lampe à la main quand on voulait explorer desendroits obscurs et retrouver un objet. Luc., xv, 8. Socrales. De Saulcy, Voyage autour de la mer Morte, Paris, 1853, t, ii, p. 223, a trouvé dans les tombeaux desrois, à Jérusalem, de petites niches triangulaires destinéesà recevoir des lampes dont la trace est encore visible.Les catacombes chrétiennes furent éclairées de lamême manière. Cf. Marucchi, Éléments d’archéologie

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18. — Lampes égyptiennes. D’après les originaux du Musée du Louvre.

phonie, I, 12, parlant du jugement rigoureux que leSeigneur s’apprête à exercer contre Juda et Jérusalem, dit que Dieu «fouillera Jérusalem avec des lampes». —Les lampes servaient encore, chez les anciens, dans certainescérémonies publiques, Suétone, Cxsar, 37, dans

chrétienne, Paris, 1899, 1. 1, p. 343-344. — Sur les lampesdans l’antiquité, voir Licetus, De lucernis antiquorumreconduis, Udine, 1652; Santi Bartoli et Bellori, Leantiche lucerne sepolcrali, Rome, 1691; Montfaucon, L’antiquité expliquée, Paris, 1722, t. v, 2 me part.; Birch,

19. — Lampe chaldéenne placée sur un porte-lampe.

Figurée sur la pierre-borne de Nabuchodonosor 1°.

D’après Brown, Besearches on primitive Constellations,

2 in-8° Londres, 1899-1900, t. II, p. 233.

les jeux du cirque, Suétone, Domit., 4, dans les thermes, Lampride, Alex. Sever., xxiv, 6, et surtout dansle culte rendu aux dieux. Apulée, Metam., xi, etc. Baruch, vi, 18, parle des lampes nombreuses allumées devantdes idoles qui ne voyaient rien. Josèphe, Cont.

20. — Lampes assyriennes.D’après les originaux du Musée du Louvre.

History of ancient pottery, Londres, 1873; Blûmmer, Technologie und Terminologie der Gewerbe, Leipzig, 1879, t. u; De Rossi, Roma sotlerranea, Rome, 1877, t. m; Toutain, Lucerna, dans le Dict. des antiq. grecqueset romaines de Daremberg et Saglio, t. iii, p. 1320-1339.

Lampes phéniciennes. D’après les originaux du Louvre.

Apion., Il, 39, dit que la plupart des villes grecques etbarbares avaient adopté l’usage juif des lampes dans lescérémonies religieuses. — Enfin on [mettait des lampesdaDS les tombeaux. Les monuments égyptiens n’en renfermentpas, il est vrai; mais elles se rencontrent abondammentdans ceux de la Phénicie, d’où l’usage passadans les pays grecs et romains. En général, les becs deces lampes ne portent aucune trace de combustion. Parcontre, on éclairait avec des lampes les salles sépulII. Les lampes dans la Bible. — 1° Les lampes du chandelierdu sanctuaire. — Il y avait sept lampes d’or sur lechandelier à sept branches. Il en est question souventdans la Sainte Écriture. Exod., xxv, 37; xxx, 8; xxxv, 14; xxxvii, 23; xxxix, 37; xl, 4, 25; Lev., xxiv, 4; Num., rv, 9; viii, 2, 3; III Reg., vii, 49; I Par., xxviii, 15; II Par., iv, 20; xxix, 1; I Mach., iv, 50; II Mach., i, 8; x, 3. Cf. Zach., iv, 2. Voir Chandelier, t. ii, col. 542543. La beauté de la femme vertueuse est comparée à

l’éclat de la lampe placée sur le chandelier sacré. Eccli., xxvi, 22. On ignore quelle forme avaient ces lampes.Elles étaient mobiles, et le chandelier à sept branchesde l’arc de Titus représente seulement les cavités danslesquelles on les plaçait. Voir t. ii, col. 544, fig. 184.

2° Les lampes dans l’usage ordinaire. — 1. On conservaitune lampe allumée dans la maison ou sous latente pendant la nuit, tant pour conserver du feu quepour être en mesure de parer à toute alerte. Cette coutumeest encore en vigueur. «S’il arrive au voyageurde traverser de nuit les campagnes de la Palestine oude la Syrie, il est tout surpris de voir quantité de lumièressur les coteaux et dans les vallées. C’est quel’Oriental, pauvre ou riche, ne dort jamais dans sa maisonsans lumière. Dire d’une personne qu’elle dort dansl’obscurité, c’est, en Syrie, une manière d’exprimerqu’elle est dans l’extrême pauvreté. Le domestique syrienne resterait pas chez un maître qui lui refuserait

laquelle saint Paul parla à Troade, Act., xx, 8, étaientde même nature que les précédentes. — Plusieurs métaphoressont empruntées par les écrivains sacrés à lalampe. — a) La lampe est le symbole de la prospérité.Dieu la fait briller sur les bons, Job, xxix, 3; Ps. xvin(xvii), 29; cxxxii (cxxxi), 7; Prov., xiii, 9, tandis qu’iléteint la lampe des méchants. Job, xviii, 6; xxi, 17; Prov., xxiv, 20, — b) La lampe désigne le principe quipréside à la vie et à la conduite de l’homme, le soufflede Dieu, Prov., xx, 27; la parole de Dieu, Ps. cxlx (cxviii), 105; II Pet., i, 19; sa loi, Prov., vi, 23; le péché, pour» le méchant. Prov., vi, 23. L’œil est la lampe du corps, il en dirige les mouvements, Matth., vi, 22; Luc., xi, 31.

22. — Lampes chrétiennes trouvées en Palestine.D’après la Revue biblique, 1898, p. 485.

une lampe de nuit; ce serait lui refuser le sommeil etl’humilier. Le petit enfant qui s’éveille et voit la lampeprête à s’éteindre, appelle sa mère pour qu’elle renouvellela flamme.» Jullien, L’Egypte, Lille, 1891, p. 256.Aussi est-il noté, dans l’éloge de la femme forte, que «salampe ne s’éteint pas pendant la nuit», Prov., xxxi, 18, parce que cette femme diligente a pris le soin nécessairepour que cette lampe fût suffisamment alimentéepour la nuit. Si, au contraire, il s’agit du méchant, c’est une malédiction pour lui que sa lampe s’éteignedans sa tente, Job, xviii, 6, et au milieu des ténèbres.Prov., xx, 20. Pour annoncer la destruction de Babyloneet des nations ennemies, les auteurs sacrés disentque la lumière de la lampe cessera d’y briller. Jer., xxv, 10; Apoc, xviii, 23. — 2. Le fidèle serviteur avait lalampe allumée à la main pour recevoir son maître, quandcelui-ci rentrait tard à la maison. Luc, xii, 35. — 3. Cesont encore des lampes que les jeunes filles ont avec ellespourattendre l’arrivée de l’époux qu’elles doivent accompagner, bien que saint Matthieu, xxv, 1-8, appelle ceslampes, non plus des Xûxvot, lucernm, mais des luy.T: àbzç, lampades. Il est en effet question de vases dans lesquelson verse de l’huile qui doit alimenter la flamme delà mèche. — 4. Orner les lampes, Matth., xxv, 7, c’étaitles garnir d’huile et disposer la mèche de manière qu’ellefournît une lumière brillante. — 5. Les lampes nombreuses, Xau.mt8e «, lampades, qui éclairaient la salle dans

23. — Lampe chrétienne.

D’après Bellori, Li antiche lucerne sepolcrali,

in-i’, Rome, 1691, part, iii, pi. 29.

— c) Saint Jean-Baptiste a été la lumière, 6 Xû^voç, ardente et brillante, envoyée par Dieu devant son divinFils, pour lui préparer la voie. Joa., v, 35. Dans le ciel, c’est le Seigneur qui est lui-même la lampe des élus.Apoc, xxi, 23; xxii, 5. — d) La lampe, alors appeléenir, désigne spécialement la descendance royale, semblableà une lampe que Dieu ne peut laisser s’éteindreau sein de son peuple. III Reg., xi, 36; xv, 4; IV Reg., vin, 19; xxi, 17; II Par., xxi, 7.

III. La lampe improprement dite. —Elle prend le nomde lapîd, Xaputaç, lampas. C’est plutôt une sorte deflambeau ou de torche, consistant en une matière combustibleimbibée d’huile ou de résine. Les Grecs donnaientle nom de Xa^itôtSsç aux flambeaux que les coureursse passaient les uns aux autres. Hérodote, vi, 105; Aristophane, Vesp., 1203, etc. Avec des lampes de cegenre, on allait au-devant d’HoIoferne dans les villes deSyrie. Judith, iii, 10. Ces réceptions aux flambeauxétaient analogues à certaines processions nocturnes quise taisaient en Egypte. Hérodote, ii, 62. Le mot lapîdsert à désigner, dans la Sainte Écriture, les flammesqui parurent au milieu des, victimes immolées parAbraham, Gen., xv, 17; les feux qui brillaient sur leSinaï, Exod., xx, 18; les lampes des soldats de Gédéon, Gl

LAMPE

LAMY

62

Jud., vii, 16, voir Cruche, t. ii, col. 1138; les torchesattachées par Samson à la queue des chacals, Jud., xv, 4-5, voir Chacal, t. ii, col. 477, 478; la vapeur brillantequi s’échappe de la gueule du crocodile, Job, XLI, 10, voir Crocodile, t. ii, col. 1125; l’aurore de la délivrancequi apparaît comme un flambeau qui s’allume, Is., lxii, 1; le ibrillant aspect des chérubins d’Ézéchiel, i, 13, voir Chérubin, t. ii, col. 668, et des yeux du personnagequi se montre à Daniel, x, 6; l’éclat des chars qui marchentcontre Ninive, Nah., ii, 4, et enfin l’ardeur victorieusedes chefs de Juda.qui, aux jours de la granderestauration messianique, seront au milieu des peuples «comme des torches enflammées au milieu des gerbes».Zach., xii, 6. Le mot lapîd embrasse donc, dans sa signification, différentes sortes de lumière et même desimples apparences lumineuses. "Voir Torche.

H. Lesêtre.

    1. LAMPSAQUE##

LAMPSAQUE (grec: San^M ouSa[A^âi"i; Vulgate: Lampsacos), ville de Mysie (fig. 24). — Le nom de

Vk. — Monnaie de Lampsaque.

Tôte présumée d’Ulysse, coiffé du pileus laurë, à gauche. —

^. Protomé de cheval ailé à droite.

Lampsaque a été introduit par conjecture dans la Vulgate, I Mach., xv, 23, à la place du nom grec Sa^âx» ) ouSajjn|/à|*v], dans la liste des cités auxquelles est envoyéela lettre du consul Lucius. On ne connaît pas de villedu nom de Sampsaque ou Sampsame. Winer, dans sonRealwôrterbuch, au mot Sampsake, 3e édit., 1848, t. ii, p. 375, pense qu’il s’agit de Samsun, petit port situé entreSinope et Trébizonde et qui porte maintenant le nomd’Abulféda. L’auteur de la Vulgate suppose au contrairequ’il est question de la ville de Mysie, très florissante àl’époque des Machabées. Lampsaque résista à l’attaqued’Antiochus le Grand et vota une couronne d’or aux Romainsqui reçurent la ville au nombre des cités alliées.Polybe, xxi, 10; Tite Live, xxxiii, 38; xxxv, 42; xliii, 6.Cette dernière circonstance rend très vraisemblable laconjecture de la Vulgate.

La ville de Lampsaque était située sur la côte del’Hellespont, entre Parium et Abydos, en face de la villede Callipolis, qui s’élevait sur le rivage opposé de laChersonèse. Comme celle-ci, elle était bâtie à l’extrémitéd’un cap, en sorte que la distance entre les deuxn’était que d’environ 7 kilomètres. Lampsaque couvraitune superficie considérable et avait un port excellent.Cette ville conservait une fameuse statue de Lysippe, représentant un lion couché. Agrippa la fil transporterà Rome. Strabon, XIII, i, 18-19. Lampsaque était unecolonie de Milet; ses habitants honoraient tout spécialementPriape, c’est dire que leurs mœurs étaient trèscorrompues. Athénée, Deipnosoph., i, 54; Pausanias, IX, xxxi, 2; Ovide, Fast., VI, 345; Virgile, Georg., iv, 110. Parmi les habitants illustres de la cité, on comptel’historien Charon, le rhéteur Anaximène, et le philosopheMélrodore, disciple d’Épieure. Strabon, XIII, i, 19. Le territoire voisin était célèbre par ses vignobles.Strabon, loc. cit. Aujourd’hui la ville ancienne a complètementdisparu. Une petite localité du voisinage, Lapsaki, a conservé son nom, mais on n’y a treuvé aucuneruine ancienne. C’est une bourgade qui compte à peinedeux cents maisons. Le voisinage est toujours couvertde vignes et d’oliviers. Cf. Choiseul-Gouffier, Voyagepittoresque en Grèce, in-î", Paris, 1809, t. ir, p. 449.

E. Beurlier.

    1. LAMUEL##

LAMUEL (hébreu: lemû’êl; Vulgate: Lamuel), nomd’un roi auquel sa mère jlorina des conseils qui furentensuite consignés dans le livre des Proverbes, xxxr, 1-9.Ces conseils tendent à le détourner des femmes, quiperdent les rois, et du viii, qui les empêche de jugersainement et de prendre en main la cause des opprimés.Le mot lemû’el peut se décomposer en lemô, forme poétique de le, et’êl, et il signifie «à Dieu», c’est-à-dire consacré ou dévoué à Dieu, comme Læl.Num., iii, 24. Les Septante traduisent littéralement parÛTtô ©Eoû pa<7tXéwç, paroles dites «par Dieu roi». Dansles autres versions, le nom propre est conservé; Aquila: Aa^fioûv, Symmaque: ’la^ou^X, Théodotion: ’Ptêovfr, Syriaque: Muel. Quel est ce roi? Son nom.est inconnu dans l’histoire. D’après un certain nombred’exégètes modernes, c’était un roi de Massa en Arabie.Ils traduisent l’hébreu: «Paroles de Lamuel, roi deMassa,» Prov., xxxi, l, prenant pour un nom de lieu lemot Massa, que la Vulgate a traduit comme substantifcommun par «vision». Voir Agur, t. i, col. 288. Lenom de Lamuel n’est vraisemblablement qu’un pseudonyme.Suivant les différents commentateurs, cepseudonyme lui-même désignerait un roi connu, Salomon, Ézéchias, un roi arabe, etc. Rien ne permet dejustifier ces identifications d’une manière satisfaisante.Il se peut que Lamuel et sa mère soient des personnagessupposés, destinés à faire passer, sous le voile del’anonyme, une leçon donnée aux rois par un sage

d’Israël.

H. Lesêtre.

    1. LAMY Bernard##

LAMY Bernard, savant oratorien, né au Mans enjuin 1640, et mort à Rouen, le 29 janvier 1715. Son père, Alain Lamy, sieur de la Fontaine, le fit entrer commeélève, à l’âge de douze ans, chez les Oratorjens du Mans: il y montra de remarquables dispositions, aussi bien pourles lettres que pour la philosophie et les sciences les plusdiverses. En 1658, il entra dans la congrégation de l’Oratoire.Il étudia la philosophie à Paris, puis à Saumur; ensuite il enseigna dans les collèges de Vendôme, en1661, et de Juilly, en 1664; ordonné prêtre en 1697, ilfut pendant deux ans professeur au Mans; puis, aprèsun nouveau séjour à Saumur, il alla enseigner à Angers.Là, comme ses doctrines philosophiques, jugées tropexclusivement cartésiennes, avaient suscité des discussionspassionnées, le recteur de l’université d’Angers, nommé Rebous, s’en émut et obtint contre lui un arrêtdu Conseil d’État, qui fut rendu le 2 août 1675. Ses supérieursjugèrent à propos de l’envoyer à Grenoble, où, grâce à la protection du cardinal Le Camus, il put reprendreses cours de philosophie. En 1686, il revint àParis, où il fit un séjour au séminaire de Saint-Magloire.Enfin, en 1689, il se fixa à Rouen, où.il passases dernières années. Les ouvrages du P. Lamy sontnombreux et très variés. Nous citerons seulement parmieux: Apparatus ad Biblia sacra per tabulas dispositus, in quibus quæ ad illa intelligenda in génère necessariasunt, oculis subjiciuntur ac dilucide explicantur, in-f», Grenoble, 1687. Ce livre fut traduit enfrançais, sur l’ordre de l’évêque de Châlons, par l’abbéFr. Boyer, sous le titre de: Introduction à la lecture del’Écriture Sainte, in-12, Lyon, 1689. — Rarmonia, siv& eoncordia quator Evangelistarum, in qua veraséries actuum et sermonum Jesu Christi, hoc est veraviia ejus, historia restituitur, adjecta locis suis noviordinis ratione, in-12, Paris, 1689. Dans ce livre, le P.Lamy soutient que saint Jean-Baptiste fut emprisonnédeux fois, d’abord à Jérusalem, par ordre du grand Sanhédrin, ensuite en Galilée, par Hérode. Il y soutientégalement que Jésus-Christ ne mangea pas l’agneaupascal dans la dernière cène et qu’il fut crucifié lejour où les Juifs célébraient la Pâque; il y défend enfinl’identité de Marie-Magdeleine, de Marie, sœur de Lazare, et de la femme pécheresse. Ces opinions furent la

source de longues discussions, principalement avec Bulteau, curé de Rouen, Jean Piénud et Lenain de Tillemont, puis avec les PP. Hardouin, Mauduit, Rivière, Daniel. — Traité historique de l’ancienne Pâque desJuifs, in-12, Paris, 1693. — Apparatus biblicus, sivemanuductio ad sacram Scripturam tum clarius tumfacilius intélligendam, nova edïtio aucta et locupletataoninibus quse in apparatu biblico desiderari possunt, in-8°, Lyon, 1696; in-12, Iéna, 1709; in-12, Amsterdam, 1710, etc. C’est le développement de Y Apparatus ad Biblia.Il fut traduit en français, par l’abbé de Bellegarde, in-12, Paris, 1697; in-4°, Lyon, 1699, et par l’abbé Boyer, in-4°, Lyon, 1709. Dans son Apparatus, Lamy attaquele caractère historique des livres de Tobie et de Judith.Il prétend aussi à tort que, même après le décret duConcile de Trente sur les livres canoniques, il existeentre les protocanoniques et les deutérocanoniques cettedifférence que ces derniers ont une autorité moindre. —Défense de l’ancien sentiment de l’Église latine touchantl’office de sainte Madeleine, in-12, Rouen etParis, 1497. —’Commentarius in harmonium sive concordiamqv&tuor Evangelistarum, cum, apparatuchronologico et geographico, 2 in-4°, Paris, 1699. —De tabernaculo fœderis, de sancta civitate Jérusalem etde templo ejus libri septem, in-f°, Paris, 1720 (avecplanches), ouvrage posthume, publié par le P. Desmollets, qui mit en tête une vie de l’auteur. VoirA. M. P. Ingold, Essai de bibliographie oratorienne, in-8°, Paris, 1880-1882, p. 64-70. A. Régnier.

    1. LANCE##

LANCE, arme offensive servant à transpercer l’ennemi(fig. 25).

I. La lance chez les Hébreux. — 1° Noms. — LesHébreux désignent par deux noms différents l’arme quenous appelons du nom générique de lance: 1. Hânit,

I Sam. (Reg.), xiii, 19, 22; xvii, 7, 45, 47; xviii, 10, 11; xix^ 9, 10; xx, 33, etc.; II Sam. (Reg.), i, 6; ii, 23, etc.; I Par., xi, 25; xli, 34, etc. Ce mot est traduitordinairement dans les Septante par Sôpu. Cependanton trouve quelquefois le mot otc), ov, «arme,» Ps. [lvi(lvu), 6; Nahum, iii, 3; Ç16ûvy], Is., u- 4; ailleurs, parsuite de la confusion qu’on rencontre souvent entre lesdifférentes armes, le mot lance est remplacé par uctponâ<rtï]ç, sorte de pique, IV (II) Reg., xi, 10; po^çaîa, glaive, I Par., xi, 11, 20; Ps. xxxiv (hébreu, xxxv), 3; nâx at P a > <( sabre, s II Par., xxiii, 9; Job, xxxix, 23. LaVulgate se sert habituellement du mot hasta, I Reg., xvii, 7, 45; xxi, 8; xxii, 6, etc., ou du mot lancea, I Reg., xm, 19, 22; xviii, 10, etc. En comparant ces passages, on voit que les deux mots îont employés indifféremment.Elle rétablit la traduction exacte là où les Septanteavaient substitué le mot vague d’arme ou le nomd’une autre arme. — 2. Rômah, Num., xxv, 7; Jud., v, 8; I (III) Reg., xviii, 28; II Par., xi, 12, etc.’Les Septantetraduisent par 86pu, II Par., xi, 12; xiv, 8; xxv, 5; Jer., xlvi, 4; ou par X&yxIi II Esd., iv, 13, 16, 21; Èzech., xxxix, 9. Dans quelques passages, ils traduisentpar <7Eipo| «ier"]ç, Num., xxv, 7; Jud., v, 8; III (I) Reg., xviii, 28; Joël, iii, 10. La Vulgate traduit par hasta, Jud., v, 8; II Par., xi, 12; xiv, , 8; etc.; par lancea,

II Esd., iv, 13, 16, 21; mais aussi par pugio, «poignard,» Num., xxv, 7; culter et lanceolus, III (I) Reg., xviii, 28.

2° Description et usage. — La Bible ne donne aucunedescription de la rômah. Dans le récit du combatde David contre Goliath, nous trouvons au contraireune description assez minutieuse de la }}ânit. Il s’agit, il est vrai, de l’arme du Philistin, mais celle des Hébreuxdevait être pareille. La hânit se composait d’unehampe de bois, 1}ês; grec, xovtôç, Çfoov; Vulgate, hastile, lignum; cette hampe est comparée à l’ensoupleou rouleau du tisserand. I Sam. (Reg.), xvii, 7; II Sam. (Reg.), xxi, 19; xxiii, 7; I Par., xx, 5. Au

bois était fixée une pointe de fer, que le texte hébreuappelle lahébéf, «flamme,» pointe brillante du ter, oubarzel, «fer;» grec: >oyxi> l’SVipoç; Vulgate: ferrum.I Sam. (Reg.), xvii, 7; II Sam. (Reg.), xxiii, 7. Lorsqueles guerriers dormaient dans leur tente, ils fichaientleur lance en terre, à leur chevet. I Reg. (Sam.), xxvi, 7, 11. La lance a figuré dès le temps de Moïse dans l’armementdes HébreuxNum., xxv, 7. Aussi, dans soncantique, Débora, pour marquer qu’à l’époque de JaëlIsraël était désarmé, dit-elle: «On ne voyait ni bouclierni lance chez quarante milliers en Israël.» Jud., v, 8. Pour empêcher les Israélites de fabriquer desépées et des lances, les Philistins leur avaient interditle métier de forgeron. I Reg. (Sam.), xiii, 19. QuandSaûl souleva le peuple de Dieu contre ses oppresseurs, lui-même et son fils Jonathas étaient les seuls à possé25. — Têtes de lances, en bronze, trouvées dans les fouilles

de Tell el-Hésy. — D’après Bliss, À Mound of many Cities,

p. 36, 37.

derune épée et une lance. IReg. (Sam.), xiii, 22. Dansl’énumération des troupes de David, les guerriers de latribu de Juda et ceux de la tribu de Nephthali sont indiquéscomme armés du bouclier et de la lance. I Par., xii, 24, 34. Ceux de Juda ont la hânit et ceux de Nephthalila rômah. Les Septante traduisent l’expressionhébraïque nâsa’rômah par Sopocrdçopo; . I Par., XII, 34. Les chefs combattaient avec la lance comme lessimples soldats; la Bible mentionne les lances de Saûl, d’Abner, de Jesbaam. I Reg. (Sam.), xviii, 10; xix, 9, 10; xx, 33; xxvi, 7, etc.; II Reg. (Sam.), ii, 23; I Par., xi, 11. C’est en se précipitant sur le fer de sa lance queSaùl se donna la mort. II Reg. (Sain.), i, 6. Roboamétablit dans les villes qu’il fortifia des arsenaux où ildéposa des lances et des boucliers. II Par., xi, 12. Asaavait dans son armée trois cent mille hommes de Judaportant le bouclier et la lance, tandis que les deuxcent quatre-vingt mille de Benjamin portaient le bouclieret l’arc. II Par., xiv, 8. Amasias trouve le mêmenombre de lanciers. II Par., xxv, 5. La lance figureégalement dans l’armement des troupes d’Ozias. II Par., xxvi, 14. Il en est de même après le retour de la captivité.Néhémie, pour défendre les ouvriers qui reconstruisirentles murs de Jérusalem, place dans des enfoncements, derrière la muraille, des guerriers armés d&lance8, d’épées et d’arcs. II Esd., iv, 13, 16, 21.Al’époque

des Machabées, les lances figuren toujours dans l’armementdes Juifs. II Mach., xv, 11. Les cavaliers qui apparaissentdans le ciel à Jérusalem, au temps de la secondeexpédition d’Antiochus IV Épiphane en Egypte, portentdes lances. II Mach., v, 2. La lance jouait un tel rôledans les batailles, que s’emparer de vive force d’une villese dit Xa|16âvstv irôXiv SopuâXwrav. II Mach., Y, II; x, 24. Lorsque les prophètes veulent exciter à la guerre ilsdisent: <r De vos serpes faites des lances.» Joël, iii, 10.Au contraire le temps de la paix est celui où avec lesfers de lances on fabrique des serpes. Michée, iv, 3.

qu’un bâton, il arracha à l’Égyptien sa lance et l’entransperça. II Reg., xxiii, 21. Le bois de cette lance estcomparé, comme le bois de lance de Goliath, à l’ensoupledu tisserand. I Par., xi, 23. Dans les armées égyptiennes, dès les temps les plus anciens, figurent des corps detroupes armées de lances et de boucliers. G. Wilkinson, The Manners and customs of the ancient Egyptians, 2° éd., in-8°, Londres, 1878, t. i, p. 456; G. Maspero.Histoire ancienne des peuples de l’Orient classique, in-4°, Paris, 1895, t. i, p. 352. On les voit souvent représentéessur les monuments figurés. Cf. Maspero, i/isf.

20. — Le pharaon Ramsès II armé de la lance. D’après Champoïïion, Monuments de l’Egypte, pi. xvii.

II. La lance chez les peuples en rapports avec lesHébreux. — 1° Philistins et Moabites. — Nous avonssignalé plus haut la description de la lance du PhilistinGoliath. Le fer de cette arme pesait six cents siclesde 1er, soit 8 kil. 250. C’était, il est vrai, l’arme d’ungéant. I Reg. (Sam.), xvii, 7, 45; II Reg. (Sam.), xxi, 19; I Par., XX, 5. Il n’est pas question dans la SainteÉcriture de la lance des Moabites, mais un bas-reliefconservé au musée du Louvre qui représente un guerrierde cette nation armé de la lance est le monument quipeut le plus exactement nous donner l’idée de la formede cette arme chez les Hébreux et chez les peuples voisins.Voir t. ii, fig. 125, col. 390.

2° Égyptiens. — La Bible mentionne plusieurs foisla lance parmi les armes des Égyptiens. Banalas, fils deJoiada, au temps de David, attaqua un géant égyptienqui venait à lui, la lance à la main. Banaïas n’avait

D1CT. DE LA BIBLE.

anc., t. t, p. 457; t. ii, p. 213, 391. Les rois eux-mêmesportaient cette arme. Ramsès II est représenté perçantde sa lance un chef libyen (fig. 26). Maspero, Hist. anc, t. ii, p. 414; Rosellini, Monumenti dell’Egittoe déliaNubia, Monumenti storici, in-f», Florence, 1833-1838, pi. Lxxxm. L’arme est munie à la base d’une pomme ornéed’un gland. Voir Armées étrangères, 2, iii, Arméeégyptienne, t. i, fig. 267, 268, 270, col. 991-993; Bouclier, t. i, fig. 581, col. 1882.

3° Assyriens et Babyloniens. — Fantassins et cavaliers, les Assyriens se servaient de lances. Celle des fantassinsavait un peu moins de deux mètres de long, celle des cavaliers était longue de trois mètres à troismètres vingt centimètres. La hampe était en bois, lapointe en métal, d’abord en bronze, puis en fer. Saforme était celle d’un triangle, d’un losange allongéou d’une feuille. G, Raftiinson, The five great monarIV. -3

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LANCE

C8

chien of the ancient Eastern World, 4e édit., Londres, 1879, t. ii, p. 456; cf. p. 425, 426. L’extrémité intérieureétait ornée d’un cône ou d’une grenade. L’arme étaittrop lourde pour pouvoir être utilisée comme javelot,

27. — Lance assyrienne.

D’après Layard, Monuments of Nineveh, t. ii, pi. 20.

on ne pouvait s’en servir que pour transpercer l’ennemi.Les fantassins armés de la lance portaient en mêmetemps un bouclier rond (fig. 27). G. Maspero, Hist. anc, t. ii, p. 627; t. iii, p. 47. Cf. G. Perrot et Ch. Chipiez, Histoire de l’art dans V’antiquité, in-4°, Paris, 1884, t. ii, pi. xiv. Voir d’autres lances, t. i, fig. 224, 261, 262, col. 902, 982, 985; t. ii, fig. 91, 430, 431, 540, col. 313, 1151, 1153, 1635. Ceux qui combattaient dans des charsportaient leur lance attachée à l’arrière du char. Maspero, Hist. anc, t. ii, p. 626. La lance servait à la chasse aussibien qu’à la guerre. Maspero, Hist. anc., t. ii, p. 621, 623.4° Années de Gog. — Ézéchiel, xxxix, 9, nomme la

28. — Scythes armés de lances.

D’après le vase de Koul-Oba.

lance parmi les armes des soldats de l’armée de Gog.On pense généralement que l’invasion décrite par leprophète est celle des Scythes qui eut lieu en Asie, dansles dernières années du vir 3 siècle avant J.-C. Un vasedu musée de l’Hermiiage nous représente les Scythes armésde lances (fig. 28). Voir Gog 2, t. iii, col. 265; G. Maspero, Hist. anc, t. iii, p. 342.5° Mèdes et Perses, — Les lances des Mèdes étaient

semblables à celles des Assyriens, le fer avait la formed’un losange ou d’une feuille et l’extrémité inférieurese terminait par une pomme on une grenade, t. ii, fig. 93.Hérodote, vii, 41; C. Rawlinson, The five great monarchies, t. ii, p. 314. Celles des Perses étaient relativementcourtes, Hérodote, v, 49; vii, 61, et terminées aussi parune pomme à l’extrémité inférieure. Hérodote, vii, 41.Les piquiers mèdes et perses sont représentés sur lesmonuments figurés. G. Maspero, Hist. anc, t. iii, p. 466.Les Mèdes sont reconnaissables à leurs longues robes etportent des boucliers; les Perses sont vêtus de tuniquescourtes et n’ont pas de bouclier (fig. 29). Voir Darius 1,

29. — Fantassins mèdes et perses armés de lances, D’après Coste et Flandin, La Perse ancienne, pi. ci.

t. ii, fig. 479, col. 1303. Les gardes placés derrière Dariussur le bas-relief de Behistoun sont armés de lances, G. Maspero, Hist. anc, t. iii, p. 681; ses archers sontde même porteurs d’une lance sur la fameuse frise deSuse qui est au musée du Louvre. Ci. G. Maspero, Hist.anc, t. iii, p. 694. Lui-même est représenté perçant unprisonnier de sa lance sur une intaille de Saint-Pétersbourg.G. Maspero, Hist anc, t. iii, p. 677.

6° Grecs. — Les soldats qui accompagnent Héliodoresont appelés SopvçcSpoi, c’est-à-dire lanciers. II Mach., m, 23, 28. La Vulgate traduit ce mot par satellites, gardes. du corps; le mot grec indique l’arme que portaientces gardes. Voir t. i, fig. 588, col. 1887.

III. La sainte Lance. — Après la mort de Notre-Seigneur, un des soldats qui gardaient les crucifiés luiperça le côté de sa lance. Joa., xix, 34. Cette arme, quele grec appelle Xôyx T le * l a Vulgate lancea, se composaitd’une longue hampe de bois, munie d’un fer terminéen haut par une pointe et" en bas par une douille danslaquelle entrait le bois. Voir t. i, fig. 594, col. 1898. A.Baumeister, Denkniâler des klassischen Altertums»

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LANGE —’LANGE

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in-4°, Leipzig, t. iii, 1888, p. 2077, fig. 2308-2311. VoirCroix, t. ii, fig. 414, col. 1133. D’après saint André deCrète, Orat., x, t. xcvii, col. 1025, la Lance (X<5yx*i) fatenterrée avec les autres instruments de la passion. C’estune pure conjecture et l’on ne conçoit pas bien pourquoion aurait enterré l’arme d’un soldai. Aucun auteurne fait mention de la découverte de la sainte Lance. Cassiodore, In Is., lxxxvi, concl., t. lxx, col. 621, ditqu’elle était conservée à Jérusalem. En 570, Antoine leMartyr la vit dans la basilique de Sion. T. Tobler, Itinerahierosolymitana, in-8°, Genève, 1877, t. i, p. 103. SaintGrégoire de Tours, De gloria martyrum, ix, t. lxxi, col. 712, la cite parmi les reliques de la passion vénéréesà Jérusalem; il annonce qu’il en parlera plus au long, mais il n’en dit rien ailleurs. En 614, nous apprend laChronique Pascale, Patr. Gr., t. xcii, col. 990, après laprise de Jérusalem par les Perses, la pointe de la Lance-^it donnée par eux au patriarche de Constantinople, Nicétas.Celui-ci la plaça à Sainte-Sophie. Cf. Th. Nœldeke, Geschichte der Perser undvraber zur Zeit der Sasaniden, aus arabischen Chronih des Tabari, in-8°, Leyde, 1879, p. 290. D’autre part, en 670, Arculfe, visitant Jérusalem, vit le reste de la Lance dans la basilique Constantinienne.Adamannus, De lotis sanctis, i, 9, t. lxxxviii, col. 785. Après cette date il n’est plus question de lasainte Lance à Jérusalem. Au contraire, elle est honoréeà Constantinople. Constantin Porphvrogénète, Cérémonial, il, 34, Patr, Gr., . cxii, çol. 11-32; Riant, Exuvisesacræ Constanlinopolitanæ, in-8°, Paris, 1878, t. ii, p. 212, 213, 216, 231. La pointe, qui avait été insérée dansl’Ycona de Mursuphle, fut prise par Pierre de Bracieux, lorsque les croisés pillèrent Constantinople en 1201, mais elle fut restituée à l’empereur latin Beaudouin II, qui la céda à saint Louis en 1241; Chronica Alberici monachi, dans Pertz, Script, reruni Gertnan., t. xxiii, p.883, cf. E. Miller, dans le Journal desSavants, 1878, p.299-302. Le roi deFrance la fit déposerà la Sainte-Chapelle(fig. 30). En1793, cette reliquefut transportée à laBibliothèque nationaleoù l’abbé Coterella vit en 1796.Gosselin, Noticehistorique sur lasainte Couronne, in-8°, Paris, 1828, ’p. 161. Cette reliquea disparu depuislors. Le restede la sainte Lancedemeura à Constantinople.Elle estmentionnée dansles itinéraires russeset on peut la, suivrejusqu’en 1422.B. de Khitrowo, Itinérairesrusses enOrient, in-8°, Genève, 1889, p. 162, 205; Ph. Brunn, Constantinople, sessanctuaires, ses reliques, fragments de l’Itinéraire deClavijo, in-8°, Odessa, 1883, p. 17; Bucoléon, Patr. Gr., t. cxxxiii, col. 701. En 1492, Bajazet II envoya la reliqueau pape Innocent VIII qui, après quelques hésitations,

30. — Reliquaire de la sainte Lance,

à la Sainte-Chapelle de Paris.

D’après Morand. Voir la Revue

de tort chrétien, 1897, p. 9.

provenant de ce que parmi les cardinaux, quelques-unssoutenaient que la vraie lance était à Nuremberg, tandisque d’autres la croyaient à Paris, le pape la fit portersolennellement à Saint-Pierre. J. Burchard, Diarium, 1483-1506, in-4°, Paris, 1883, t. i, p. 472-486. Ilexiste à la Bibliothèqueambrosienne de Milanun dessin de la sainteLance de Rome fait en1599, par G. Grimaldi, clerc de la BasiliqueVaticane. Le fer est représenté(fig. 31) privéde sa pointe. Il a été reproduitpar F. de Mély, dans la Revue de l’artchrétien, t. xlvi, 1897, p. 8. L’histoire de lalance soi disant découverteà Antioche par lescroisés est très sujetteà caution. F. de Mély, Revue, ibid., p, 120-126.La lance d’Estchmiazin, celle de Nuremberg, aujourd’huià Vienne, enAutriche, celle de Cracovie, les fragments deCologne, d’Ancône, etcelui que conservent lesdominicains à Smyrneont tous les caractèresde reliques apocryphes.Cf. F. de Mély, Revue, ibid., p. 122-127, 287302; J. H. Friedlieb, Archéologiede la Passionde Notre-Seigneur Jésus-Christ, trad. franc., in-8°, Paris, 1895, p. 343-359; Rohaut de Fleury, Mémoire sur les instruments de laPassion, in-4°, Paris, 1865, p. 272. E. Beurlier.

    1. LANGE Joachim##

LANGE Joachim, grammairien et théologien protestantallemand, né à Gardelegen, le 26 octobre 1670, mort àHalle, le 7 mai 1744. Il fit ses premières études avec son frèreNicolas, puis fréquenta les écoles d’Osterwick en 1685, de Quedlinbourg en 1687, de Magdebourg en 1789. Ensuite, sous la direction d’àug. Herm. Francke, il étudiaà Leipzig, puis à Erfurt et à Halle. À partir de 1693, ilfut quelque temps précepteur à Berlin et exerça diversesfonctions à différents endroits. Enfin, en 1709, il fut crééprofesseur de théologie à l’université de Halle et il demeuradans cette place jusqu’à sa mort. Il fut l’un desadversaires de la philosophie de Wolf. Ses ouvrages, tantphilologiques que théologiques, .sont nombreux; mentionnonsseulement: Sciographia sacra, quse in mémorisembsidium Ubrorum utriusque Testamenti historicorumSttructuram et analysin succincte exhibet, in-8°, Halle, 1712; Isagoge exegetica generalis in primant sanctiapostoliJoannis Epistolam, generalia totius Epistolxmowiienta ejusdemque analysin continens, Halle, 1712; Exegesis Epistolarum apostoli Pétri, in-4°, Halle, 1712; Exegesis Epistolarum Joannis, Halle, 1713; Commentatiohistorico-hermeneutica de vita et Epistolis Pauli, isagogen generalem et specialem historico-exegeticamprsebens in Acta Apostolorum et Pauli Epistolas, unacum compendio hermeneuticse sacrée, in-4°, Halle, 1718; Historia ecclesiastica Novi Testamenti, Halle, 1722; Epitome historise ecclesiaslicx Veteris et Novi Testamenti; Apokalyptisches Licht und Recht, das ist Erklàrungder Ofjenbarung Johannis, in-f», Halle, 1730; Mosaisches Licht und Recht, das ist Erklârung der

81. — La sainte Lance.D’après le manuscrit A. 168de l’Ambrosienne de Milan.

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LANGE

LANGUE

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sâmmtliehen historischen Bûcher des alten Testaments, voni Buch Josua bis Hiob, in-f°, Halle, 1734; EvangelischesLicht und Recht, in-f, Halle, 1735; Erklârungder Apostelgeschichte, Halle, 1735; Davidisches undSqlomonisches Licht und Recht, in-f°, Halle, 1737; Prophetisches Licht und Recht; Hermeneutica sacra, in-8°, Halle, 1733; Urim et Thummim, seu exegesisEpistolarumPétri et Joannis cum appendice dissertationumanti Poiretianarum, in-f°, Halle, 1734; HermeneutischeEinleitung in die Offenbahrung Johannis, unddadwch in die Propheten, in-8°, Halle, 1738; Bibliaparenthetica, oder Bausbibel, in-f°, Leipzig, 1743.

A. Régnier.

    1. LANGES##

LANGES (hébreu: hâtulldh; Septante: onipytxwv;

Vulgate: parmi, involumenta), linges dans lesquels on

enveloppait les enfants nouveau-nés. — L’auteur de

Job, xxxviii, 9, compare le brouillard qui entoure la

32. — Enfant emmailloté.

. D’après un bas-relief romain représentant probablementla naissance de Télèphe.

mer aux langes qui enveloppent les enfants. Le personnageroyal qui est censé parler dans la Sagesse, vii, 4, dit qu’il a été élevé dans les langes, comme tous lesautres enfants. L’enfant Jésus fut enveloppé de langespar sa mère à sa naissance, et les anges annoncèrentaux bergers qu’ils trouveraient un enfant «enveloppéde langes et couché dans une crèche». Luc, ii, 7, 12.— Chez les anciens Égyptiens, on n’emmaillotait pas lesenfants; on les laissait grandir, comme aujourd’huiencore, sans leur faire porter de vêtements. Cf. Maspero, Lectures historiques, Paris, 1890, p. 15; Lady Gordon, Lettres d’Egypte, trad. Ross, Paris, 1869, p. 37. EnChaldée, le climat réclamait plus de précautions dans le, soin des jeunes enfants. Les monuments y représententd’ailleurs les personnages de tout âge beaucoup plus vêtusqu’en Egypte. Chez les Spartiates, on couvrait légèrementle corps de l’enfant, mais sans le serrer dans unmaillot. À Athènes, on traitait l’enfant avec plus de délicatesse.Le OTrapyavov est ordinairement nommé au pluriel, ce qui le suppose composé de plusieurs pièces.Cf. Hymn. honieric., Merc, 237; Eschyle, Choeph., 755, etc. Les Romains enveloppaient le nouveau-né dansla fascia, cf. Plaute, Truc., v, 13, longue et étroite banded’étoffe qu’on repliait autour du corps, de la tête aux

33. — Enfant romaindans les langes. D’aprèsAuvard et Pingat, Hygiène infantileancienne et moderne, in-18, Paris, 1889, fig. 3, p. 9.

pieds, et qui ne laissait à découvert que la figure. Unbas-relief romain (fig. 32) représente un entant ainsiemmailloté. Dans une autre figure (fig. 33) l’enfant estenveloppé dans un linge étroitqui fait plusieurs tours et assujettitles membres dans une positiondroite et raide, de peurqu’ils se déforment. Dans lesanciens monuments chrétiens, ledivin Enfant apparaît emmaillotéde la même façon que l’enfantdu bas-relief (iig. 34). Voir t. i, fig. 146, col. 573. C’est par exceptionque l’enfant Jésus du cimetièrede Priscille, cꝟ. 1. 1, fig. 102, col. 394, est représenté sans vêtement, au moins dans ce quireste de la peinture. Les Juifsn’admettaient pas qu’un enfantfût dépouillé de tout vêtementpour être porté, ni même pourêtre mis au berceau ou en êtreretiré. Cf. Iken, Antiquitateshebraicse, Brème, 1741, p. 516.De petit* enfants juifs de Lachissont cependant représentés nus.Voir t. ii, fig. 637, 638, col. 2189.C’était du reste une malédiction, à leurs yeux, que de naître sansles soins ordinaires et d’êtreprivé de langes. Ezech., xvi, 4.Saint Jérôme, In Ezech., t. xxv, col. 128, dit que les langes sontmis aux petit* enfants pour empêcherleurs membres de se déformer, et qu’ils y restaientjusqu’à l’âge de deux ou trois ans. Actuellement, lespetit* enfants de Palestine ont des langes. Les femmesdu Liban placent les leurs dans des berceaux spéciaux, dont les langes ne sont changés que toutes les vingt-quatreheures, et dans lesquels les enfants demeurentjusqu’à l’âge de deux ans. Les femmes de Bethléhemcouchent les leurs dans des espèces de filets de laine àlongues franges, qu’elles peuvent porter sur leur dos etaccrocher n’importe où. Cf. Lortet, La Syrie d’aujourd’hui, Paris, 1884, p. 84, 347. L’enfant Jésus fut doncenveloppé de langes et sa mère fut elle-même en état deprendre ce soin. Quand l’ange donne comme signe auxbergers qu’ils trouveront un enfant emmailloté et couchédans une crèche, Luc, ii, 12, ce n’est pas l’emmaillotementqui singularisait l’Enfant, c’est bien plutôt la

34. — L’Enfant Jésus enveloppé, de langes..D’après le sarcophage d’Adelphia. Musée de Syracuse.

nature de son berceau. La Sainte Vierge avait, selontoute apparence, apporté avec elle ces langes de Nazareth, où ses mains virginales les avaient préparés. Ils servirentà Jésus pendant ses premiers jours, à sa présentation auTemple et durant son voyage et son séjour en Egypte.’H. Lesêtke.1. LA NGUE (hébreu: IdSôn, mot commun aux languessémitiques sous la forme lisôh, assyrien: lisânu; Septante: yûi<i<: a; Vulgate: lingua), corps charnu et

mobile, qui est fixé par sa base au fond de la bouche, et est l’organe principal du goût et, chez l’homme, de laparole.

I. Langue des animaux. — La langue des chiens a sapart des ennemis vaincus. Ps. lxviii (lxvii), 24. La languedes chiens lèche le sang de Naboth, III Reg., xxi, 19, d’Achab, III Reg., xxii, 38, et de Jézabel que ces animauxont dévorée. IV Reg., ix, 36. Elle lèche égalementles ulcères du pauvre Lazare. Luc, xvi, 21. Pendant ladixième plaie d’Egypte, pas même un chien ne devaitremuer la langue au milieu des Hébreux. Exod., xi, 7.Sur ces deux derniers passages, voir Chien, t. ii, col. 702.La langue de la vipère donne la mort. Job, XX, 16. VoirVipère. Il est impossible de prendre le crocodile avecune corde par la langue. Job, XL, 20.

II. Langue de l’homme. — 1° Au sens littéral. — 1. Lalangue sert à laper l’eau, à la manière des chiens, c’est-à-direà boire non plus en taisant couler l’eau dans labouche, mais en l’aspirant avec la langue. C’est ce quefirent les soldats de Gédéon. Jud., vii, 5-7. — Dans lasoif ardente, la langue se dessèche et s’attache au palais.Ps. xxii (xxi), 16; Is., xli, 17; Lam., IV, 4. C’est pourquoile mauvais riche, torturé dans l’enfer, demande queLazare vienne humecter sa langue avec l’extrémité deson doigt trempée dans l’eau. Luc, xvi, 24. — L’exiléproteste que sa langue s’attachera à son palais avantqu’il oublie Jérusalem. Ps. cxxxvi (cxxxv), 6. — On ditaussi que la langue s’attache au palais pour signifier quel’on est silencieux et attentif. Job, xxix, 10. — Moïseavait la langue embarrassée, il était kebad IdSôn, (3poc-S>yXu>a<soç, tardions linguse, et le Seigneur lui substituason frère Aaron pour prendre la parole. Exod., iv, 10.

— Notre-Seigneur guérit un muet en lui touchant lalangue, qui alors se déliait, c’est-à-dire devenait capablede parler. Marc, vii, 33, 35; et. Luc, i, 64. C’est unedes merveilles messianiques qu’Isaïe, Xxxil, 4; xxxv, 6, avait annoncées. — 2. Parmi les plaies qui frapperont lesennemis de Jérusalem, Zaicharie, xiv, 12, mentionne lalangue tombant en pourriture. Saint Jean, Apoc, xvi, 10, parle des hommes que Dieu trappe et qui se mâchent(ê[j.a<Tâ>vTo, commanducaverunt) la langue de douleur.

— Antiochus fit couper la langue à l’aîné et au troisièmedes sept frères Machabées. II Mach., vii, 4, 10. — Aprèsla mort de Nicanor, sa langue tut coupée en morceaux etlivrée en pâture aux oiseaux. II Mach., xv, 33. La barbariedes anciens peuples prenait plaisir à couper! alangue des prisonniers et des vaincus. Ct. Masperi), Histoire ancienne des peuples de l’Orient, Paris, 189! ), t. iii, p. 423, 545. Une scène chaldéenne, voir t. i, fig. 266, col. 989, représente des prisonniers que l’ontorture et auxquels on arrache la langue.

2° Dans le sens métaphorique. — La langue désignetrès fréquemment la parole elle-même et la manièrebonne ou mauvaise de s’en servir. Les livres desPsaumes, des Proverbes et de l’Ecclésiastique rentermentun très grand nombre de sentences qui se rapportent àce sujet. — 1. La langue est l’instrument de la parole.Job, xxxiii, 2; Ps. xxxrx (xxxym), 5; xlv (xliv), 2; cxxxix (cxxxv.m), 4; II Reg., xxiii, 2; Is., xlv, 24, etc.La parole est tantôt bi-leSônî, «sur ma langue,» Job, vi, 30; Ps. xv (xiv), 3; Prov., xxxi, 26, etc.; tantôtfahaf laSôn, «sous la langue,» Ps. x, 7; lxvi(lxv), 17, les deux expressions ayant d’ailleurs le mêmesens. L’épouse a sous la langue du miel et du lait, Cant., iv, 11, c’est-à-dire de douces et aimables paroles.

— 2. Selon les paroles qu’elle profère, la langue estdouce ou perverse, Prov., xv, 4; arrogante, Ps. xii(xi), 4; mensongère, Ps. crx (cvm), 3; Prov., vi 17; trompeuse, Ps. lu (li), 6; méchante. Prov., x, 31. C’estpourquoi il est dit que «la mort et la vie sont au pouvoirde la langue». Prov., xviii, 21. — 3. La langue, sansqualificatif, est ordinairement prise en mauvaise part.Le «fléau de la langue» désigne la médisance et la

calomnie, ce que nous appelons des «coups de langue», Job, v, 21; Eccli., xxvi, 9. Les ennemis de Jérémieveulent le tuer «avec la langue». Jer., xviii, 18; cl. Ezech., xxxvi, 3. Aussi la langue est-elle comparéeau serpent, Ps. cxl (cxxxix), 4; à l’arc, Jer., ix, 3; à laflèche..Ter., ix, 8. — 4. L’ «homme de langue», ’iSIdsôn, y’ws<n£3ïiî, linguosus, Ps. cxl (Cxxxix), 12; Eccli., rx, 25, ou linguatus, Eccli., vin 4, et la lemmeyXw<t<t(Ô8ïi<, linguata, Eccli., xxv, 27, sont des personnesde mauvaise langue. Les versions appellent U-^Xuxsaai; , bilinguis, «double langue,» celui qui parle mal, disantle pour et le contre et blessant la vérité et la charité.Prov., viii, 13; xviii, 8; Eccli., v, 17; vi, 1; xxviii, 15.Saint Paul ne veut point de diacres qui soient SiXôyoi, bilingues. I Tim., iii, 8. La troisième langue ou triplelangue, jXSxiira rpiT» ), lingua tertia, est quelque chosede pire encore. Eccli., xxviii, 16, 19. «Donner de lalangue,» lô’éên, c’est calomnier, xaTaXaXoïv, detrahere.Ps. ci (c), 5. — 5. Saint Pierre recommande d’empêchersa langue de mal parler, I Pet., iii, 10, et saint Jacques, i, 26, taxe d’irréligion celui dont la langue est sansfrein. Ce même apôtre compare la langue au gouvernailqui, malgré sa petitesse, imprime la direction au vaisseau, au petit feu qui peut incendier une grande forêt, aux bêtes sauvages qui sont moins indomptables qu’elle.Il rappelle les biens et les maux dont elle peut être lacause et veut qu’elle ne soit pas autre chose qu’unesource de biens. Jacob., iii, 4-12. — Sur les péchés dela langue, voir Médisance, Mensonge,

III. Langue au sens figuré. — 1. Le nom de «langued’or», lesôn zâhâb, yXSiaaa. -/puirÉa, est donné à unebarre d’or, régula aurea, ayant la forme de langue.Jos., vii, 21, 24. — 2. La pointe que tait la mer Mortetant au sud qu’au nord est appelée «langue».Jos., xv, 2, 5; xviii, 19. C’est de la langue du sud quepartait la frontière de Juda, pour rejoindre au nordl’autre langue de la mer. Celle-ci s’avançait comme unelangue au milieu des terres; elle y formait des golfes.Aujourd’hui le nom A’El-Lisân est donné au contraire àla langue de terre qui se rattache à la rive orientale de lamer Morte et s’avance vers le nord en forme de langue.Voir Morte (Mer). Isaïe, xi, 15, appelle aussi «languede la mer d’Egypte» soit l’embouchure du Nil, soit lapointe septentrionale de la mer Rouge. Les géographesarabes donnent également le nom de «langues» auxgolfes. Cf. Rosenmûller, Jesaise vatidn., Leipzig, 1811, t. i, p. 450. — 3. Isaïe, v, 24, dit que «la langue de ieudévore le chaume». Ailleurs, xxx, 27, il compare lalangue de Jéhovah à un feu dévorant. La flamme affecteen effet la forme d’une langue, elle en a la mobilité etsemble lécher les objets qu’elle atteint. Quand le Saint-Espritdescendit sur les apôtres, il apparut sous formede «langues séparées, comme de teu», SiaiispiÇôpievatY^âddai rixrsl nupdç, dispertitæ linguse tanguam ignis.Aet., ii, 3. Ces langues, ayant l’apparence du feu, symbolisaientla prédication évangélique, et ce teu représentaitla grâce qui purifie et qui embrase. Cf. Deut., iv, 24; Is., vi, 6-7; Matth., iii, 11; Luc, iii, 16; xii, 49.

H. Lesêtre.

2. LANGUES (CONFUSION DES) à Babel. VoirCpwrtrsiON DES LANGUES, t. ii, col. 920.

3. LANGUE8 (DON DES), faculté surnaturelle deparler des langues étrangères sans les avoir apprises.Notre-Seigneur avait mentionné, parmi les signes quidevaient accompagner ceux qui croiraient en lui, le donde «parler des langues nouvelles», Marc, xvi, 17, c’est-à-dire inconnues de ceux qui s’en serviraient. Onappelle quelquefois ce don «glossolalie».

1° À la Pentecôte. — 1. Quinze peuples de langues diversessont représentés à Jérusalem au moment de ladescente du Saint-Esprit. Act., ii, 9-11. À peine ont-ilsreçu cet Esprit, que les Apôtres et les disciples, au

nombre d’environ cent vingt, Act., 1, 15, se mettent àparler des langues étrangères, éiépat.; yXa><r<raiç, variialinguis, selon que l’Esprit-Saint leur donnait de letaire. La multitude rassemblée autour du Cénacle étaitstupéfaite, car chacun les entendait parler sa proprelangue, t» j I8(a ScaXéxTto XaXoûvTOV atarâv, lingua suaillos loquentes. Ils parlaient tous ensemble ou un grandnombre à la fois, si bien qu’aux yeux des malveillantsils ressemblaient à des hommes ivres. Leurs paroles nes’adressaient pourtant pas directement aux auditeurs, mais à Dieu dont ils célébraient les louanges dans des languesdifférentes que comprenaient ceux qui les entouraient.C’est ce qu’exprime la réflexion de ces derniers: «Nous les entendons dire dans nos langues les grandeursde Dieu.» Act., ii, 4-13. Saint Pierre prend alorsla parole, non plus en langue étrangère, mais en araméen, compris également par les Juifs de Judée, et parla majeure partie de ceux de la dispersion et des prosélytes; il leur montre, dans, ce phénomène surnaturel, l’accomplissem*nt d’une prophétie de Joël, leur prêcheJésus-Christ et convertit trois mille Juifs. Act., ii, 15-41.

— 12. Il résulte de ces textes, que le don de parler leslangues étrangères venait aux Apôtres et aux disciplesdu Saint-Esprit lui-même, de qui dépendaient exclusivementle choix de la langue que chacun devait parler, le moment où il devait parler et les choses qu’il avaità dire. Il faut en conclure encore que le don résidaitobjectivement dans ceux qui parlaient et non dans ceuxqui écoutaient. Saint Grégoire de Nazianze, Orat., xli, 15, t. xxxvi, col. 449, cite et rejette avec raison l’opinionde ceux qui pensaient que les Apôtres parlaientleur langue naturelle, mais étaient miraculeusem*ntcompris par des hommes qui n’entendaient pas cettelangue. Enfin le texte restreint l’usage des languesdiverses à la louange de Dieu et ne l’étend pas à laprédication elle-même. Saint Thomas, Sum. theol, Il a11*, q. clxxvi, a. 1, dit que les Apôtres ont reçu le dondes langues pour pouvoir prêcher l’Évangile aux diversesnations. L’opinion qu’il en a été ainsi est même assezrépandue. Elle ne s’appuie pourtant sur aucune donnéescripturaire. À l’aide de l’araméen, les Apôtres ont pucommuniquer aisément avec la plupart des Juifs répandu» dans le monde, et le grec a servi à saint Paul pourconvertir les Gentils. Les Apôtres ont-ils appris et parléd’autres langues, ou ont-ils été favorisés, commesaint François-Xavier, du don de prêcher l’Évangile endes langues inconnues d’eux? Ou bien étaient-ils comprisde tous, même quand ils ne parlaient que leurlangue habituelle, comme il arrivait pour saint VincentFerrier? Cf. fa*ges, Histoire de S. Vincent Ferrier, Paris, 1901, t. i, p. 161. Il est possible qu’il en ait étéainsi: mais les textes se taisent à ce sujet, et, toutes lesfois qu’il est parlé du don des langues, dans les Acteset les Épltres, c’est dans le sens restreint que nousvenons de voir. Le don des langues, en rapport avec laforme que le Saint-Esprit choisit pour manifester saprésence, Act., ii, 3, symbolise l’universalité de la prédicationapostolique, par l’effet de laquelle Dieu seraloué dans toutes les langues de l’univers. Rom., xiv, 11; Phil., ii, 11. — 3. On s’est demandé quelles languesavaient parlées les cent vingt personnes, apôtres et disciples, qui reçurent le Saint-Esprit au Cénacle. Différentesréponses ont été données: chaque disciple parlaittoutes les langues (S. Augustin), chacun parlait lalangue du pays qu’il était appelé à évangéliser plus tard(S. Jean-Chrysostome), chacun parlait une langue différente, etc. La question n’est pas de haute importance; on manque d’ailleurs d’éléments pour la résoudre.Toujours est-il qu’il y eut au moins quinze langues parlées, puisque quinze peuples divers comprenaient cequi était dit. Act., ii, 8-11. Il y avait là comme une contre-partiede la confusion des langues à Babel; autrefoisdes hommes parlant la même langue avaient cessé de se

comprendre; maintenant des hommes parlant deslangues diverses comprenaient ce qui était dit à la gloirede Dieu. C’était le symbole de la prochaine conversiondes hommes à la même foi, malgré la diversité de leursnationalités et de leurs langages. Dans son discours, saint Pierre signale ce phénomène de glossolalie commel’accomplissem*nt de la prophétie de Joël, ii, 28 (in, 1), disant qu’aux jours du Messie les fils et les fillesd’Israël prophétiseront, nibb’ou, itpo<?/iit)<Tov<31, propfietabunt.Saint Paul, comme nous allons le voir plus loin, fait de la prophétie et du don des langues deux chosesnettement distinctes. I Cor., xiv, 5. Mais ce n’est pasdans le même sens que saint Pierre prend le mot prophétie.Il s’agit, dans son discours, de la prophétie tellequ’on l’entendait dans l’Ancien Testament, c’est-à-direde la manifestation extérieure d’une action extraordinaireexercée par Dieu à l’intérieur de l’âme. L’exercicedu don des langues était une prophétie dans le mêmesens que les actes inspirés par l’Esprit de Dieu à Saùlet aux prophètes de Béthel, I Reg., x, 5-13, aux envoyésde Saùl à Ramatha, I Reg., xïx, 20-24, à Asaph et à Idithundans le Temple. I Par., xxv, 2, 3.

2° Dans la primitive Eglise. — Le don des languesne fut pas accordé exclusivement à ceux qui se trouvaientdans le Cénacle, le jour de la Pentecôte. Il devintfréquent et presque coutumier dans la primitive Église.A Joppé, où il était venu surl’ordre de Dieu, saint Pierreinstruisait le centurion Corneille et ceux de sa maison, quand tout d’un coup le Saint-Esprit descendit sureux, avant même qu’ils fussent baptisés, et on les entenditparler les langues, XaXoiivrwv y)(i<7<jat{, loquenteslinguis. Act., x, 46. À Éphèse, saint Paul baptisa desdisciples de Jean et il leur imposait les mains quand, àla venue du Saint-Esprit en eux, ils se mirent à parlerles langues, èXâXouv yXôxiiran; , loquebantur linguis.Act., xix, 6. À Corinthe, le don des langues était communiquéà beaucoup de fidèles. Saint Paul appelle cedon de différents noms: yêvr) yXoxiijwv, gênera linguarum, «diversité des langues,» I Cor., xii, 10, 28; xiv, 10, ou simplement yXtS<r<ja, lingua, «langue,» I Cor., xiv, 2, ou yXw<j<rai, lingual, «les langues.» I Cor., xiii, 8; xiv, 5, 22. Il exprime le désir que tous puissent recevoirce don, etXaXeîv yXw<r<rat; ou yXw<r<nr), linguis oulingua loqui, parler «en langues» ou «en langue».I Cor., xiv, 2, 5, etc. Il ne reproduit pas complètementl’expression de saint Marc, XVI, 67: XaXsïv xatvaïc yXwa(jaiç, novis linguis loqui, «parler en langues nouvelles,» ni celle des Actes, ii, 4, è-répatc yXw<j<jacç XaXîïv, aliislinguis loqui, «parler en d’autres langues.» Maistoutes ces formules paraissent équivalentes. Saint Paulemploie le mot langue tantôt au singulier, quand ils’agit d’un seul fidèle ne parlant qu’une seule langue, I Cor., xiv, 4, tantôt au pluriel, quand il s’agit de plusieursfidèles parlant plusieurs langues différentes.I Cor., xiv, 5, 22. Dans les deux cas, il s’agit du mêmedon spirituel. Ce don fut accordé, sans nul doute, à biend’autres chrétientés. Saint Irénée, Adv. hmres., V, vi, 1, t. vil, col. 1137, atteste qu’il avait encore vu de sontemps des chrétiens qui, par la grâce du Saint-Esprit, parlaient toutes sortes de langues, itavToSa-jratçyXûddaiç.Cf. Eusèbe, H. E., v, 7, t. xx, col. 448. La glossolaliedisparut peu à peu, quand l’effet qu’elle était destinéeà produire put être suppléé par des moyens moinsextraordinaires. Dans tous les cas précédents, le don deslangues apparaît comme une aptitude d’ordre spirituel, xâpidiia, I Cor., xii, 31, mais nullement comme moyende prédication. Il n’est pas la spécialité de ceux quienseignent; il est accordé à tous les fidèles indistinctement.

3° Nature du don des langues. — Le mot «langue» peut désigner soit l’organe de la parole, soit le langageparticulier à chaque peuple, soit la manière de parlerpropre à chacun des individus qui se servent de la même 77

    1. LANGUES##

LANGUES (DON DES,

78

langue. Ces trois sens du mot ont donné lieu à diversesinterprétations du don des langues. — 1. Plusieursauteurs se sont arrêtés au premier sens. D’après eux, ledon consistait à parler de la langue, XaXetv ylÛMja-ri, àémettre au moyen de la langue des sons confus et inarticulés, comme ceux des enfants qui commencent àparler (Eichhorn, Néander, Schmidt, etc.), ou bien desexclamations incohérentes et des mots sans suite(Meyer, etc.), ce qui faisait ressembler la glossolalie àl’inspiration des pythonisses, ou enfin des sons imperceptibles, à voix basse, qu’il fallait ensuite interpréter, c’est-à-dire traduire à haute voix (Wiseler). On ne voitpas la nécessité d’une grâce spéciale pour obtenir unpareil résultat, qui est une déformation et non un perfectionnementdu langage humain. D’autres ont voulus’appuyer sur certaines expressions de saint Paul pouridentifier plus ou moins la glossolalie avec les languesdes anges, I Cor., xiii, 1, les paroles qu’on entend dans leciel, II Cor., xii, 4, les discours accompagnés d’instruments, I Cor., xiv, 7, 8, comme le kinnôr dont se servaientles anciens prophètes, I Reg., x, 5, les chants enesprit, I Cor., xiv, 15; Eph., v, 19, les cris inspirés parl’EsprikSaint, Rom., viii, 15; Gal., iv, 6, les soupirsinexprimables de l’Esprit. Rom., viii, 26, etc. Tontesces explications se heurtent à ce fait que l’Apôtre parlede langues, et qu’il est inadmissible qu’il se soit servide ce mot dans un autre sens que son sens habituelsans en avertir ses lecteurs. Le mot «langue» a ici soussa plume la même signification que dans les passagesde saint Marc, xvi, 67, et des Actes, II, 4, où il est questionde «langues nouvelles» et d’ «autres langues».D’autre part, saint Paul avait trop présent à l’esprit lephénomène du don des langues â la Pentecôte, pourparler dans les mêmes termes et avec le même mot «langue» d’un don qui eût été différent. Saint Luc futd’ailleurs longtemps son compagnon d’apostolat, etl’on ne conçoit pas le disciple et l’Apôtre se servant l’unet l’autre d’expressions identiques pour faire connaîtredes faits extraordinaires dont la nature n’eût pas été lamême. Du reste, saint Paul établit clairement l’identitédu don des langues dont parle saint Marc avec ce qui sepassa à la Pentecôte et à Corinthe, quand lui-même, I Cor.xiv, 21, cite le texte d’Isaïe, xxviii, 11, dans lequel Dieupromet de parler à son peuple en langues étrangères, iv£tepoY>.t» aaoiç et qu’il applique cette prophétie à la glossolaliecorinthienne. — 2. D’autres préfèrent le troisièmesens du mot langue et font consister le don dans l’usaged’un langage archaïque, poétique, métaphorique à l’excès, semblable à celui qui rendait si obscurs les oracles dupaganisme (Bleek, Heinrici, etc.). C’est ce qu’ils appellentparler en «gloses». On a dit aussi que «parler enlangue», c’était parler avec franchise, à découvert, ceque les disciples ne firent qu’à dater de la Pentecôte(Van Hengel). Les textes s’opposent encore à ces interprétations; il y est question de langues parlées et dediverses langues et nullement d’idiotismes de langageou de publicité de la parole. — 3. Reste le troisième sensdu mot «langue», celui qu’imposent les textes et quetous reconnaissent, à l’exception de quelques commentateursnon catholiques. Il en est cependant, parmi lescatholiques (Bisping, etc.), qui croient que le don portaitseulement sur l’usage de la langue primitive de l’humanité, que les Apôtres auraient parlée à la Pentecôte, etqui, par miracle, aurait été comprise de chaque auditeur, comme si elle était sa langue propre. Pour expliquerl’intelligibilité de cette langue primitive, on supposequ’elle renfermait toutes les racines des langues postérieures.D’autres (Billroth, etc.) ont imaginé que dansla glossolalie on parlait une langue composée de motsempruntés à toutes les autres langues. Les expressionsdu texte sacré ne permettent pas d’admettre ces explications: il y est question non d’une seule langue, mais-de langues variées; non d’un assemblage quelconque de

mots divers, mais d’un ensemble formant ce qu’onappelle une langue; non d’une langue primitive, maisde langues que les contemporains peuvent comprendre.Act., H, 11. Il n’y a donc qu’une manière d’entendre lestextes: ceux qui étaient favorisés du don spirituel parlaientsoit une, soit plusieurs langues étrangères. —4. À part quelques Pères grecs (saint Cyrille d’Alexandrie, Théodoret, etc.) qui ont pensé que celui qui parlaitune langue étrangère, en vertu du don spirituel, lacomprenait lui-même, la plupart des anciens ont cru aucontraire qu’on recevait le don de parler une langueétrangère sans recevoir en même temps celui de lacomprendre. C’est ce qui ressort des explications desaint Paul. I Cor., xiv, 1-25. Celui qui parle les languesa besoin qu’on interprète ses paroles; il doit prier pourqu’un interprète lui soit donné. S’il se comprenait complètementlui-même, il lui serait aisé de traduire sesparoles en langage ordinaire. — 5. Il est assez difficilede savoir quel était l’état psychologique de celui quiétait favorisé du don des langues. L’Apôtre dit que celuiqui parle en langue s’édifie lui-même, I Cor., xiv, 4, par conséquent travaille à son propre bien spirituel età son union avec Dieu. Mais dans quelle proportion lagrâce divine et l’activité humaine concouraient-elles àla production de cet heureux résultat? D’après Dôllinger, Le christianisme et l’Église, trad. Bayle, Paris, 1861, p. 444, «l’état de ceux qui parlaient sous l’influencedu don des langues était complètement un étatd’enthousiasme et d’extase, qui interrompait la réflexion, la pensée discursive. Ils éclataient en témoignagesd’actions de grâces, en hymnes, en prières. Mais ils nerestaient pas libres de choisir la langue dans laquelleils voulaient se faire entendre; une force intérieure eéobligeait à parler dans une langue déterminée, quipouvait leur être entièrement étrangère. Ils avaient bienconscience, dans une certaine mesure, du contenu deleurs discours; il en avaient une idée générale; maisd’ordinaire ils éprouvaient une grande difficulté ou uneincapacité absolue pour les répéter dans leur languehabituelle.» Saint Paul dit formellement que l’intelligence, voûç, ne tirait pas de profit de la glossolalie, I Cor., xiv, 14, sans nul doute parce qu’elle ne comprenaitrien ou du moins ne saisissait que très peu dechose dans ce qui était dit. La même inintelligence seproduisait d’ailleurs assez souvent chez les prophètes, cf. S. Thomas, Sum. theol., II a II*, q. clxxiii, a. 4; il n’est donc pas étonnant qu’elle se retrouvât chez ceuxqui ne recevaient qu’un don inférieur. Ces dernierscependant avaient certainement conscience de leur étatel de l’impulsion divine dont ils étaient l’objet. Il fautmême conclure des paroles de saint Paul, I Cor., xiv, 27, 28, qu’ils pouvaient soit régler, soit arrêter les effets decette impulsion. Il est d’ailleurs possible que, dans ledon des langues, l’action surnaturelle variât selon lessujets, et que dans ces derniers l’état d’intelligence etde conscience fût assez différent, suivant les circonstances, les aptitudes naturelles, etc. Les textes ne permettentpas de conclure d’une manière plus précise ausujet d’un phénomène transitoire et depuis si longtempsdisparu. On ne peut dire non plus si le don était per-*maitent dans celui qui l’avait reçu, ou s’il n’était quemomentané. Cette seconde hypothèse paraît plus vraisemblable.Act., ii, 4. — 6. Enfin il est hors de contesteque le don des langues était accordé non pour l’enseignement, mais pour la célébration des louanges divines.Les Apôtres, le centurion Corneille, les disciples deJean ne reçoivent le don des langues que pour glorifierDieu. Act., ii, 4-13; x, 46; xix, 6. Les auditeurs s’instruisentsi peu en les écoutant qu’ils les prennent pourdes fous. Act., ii, 13; I Cor., xiv, 23. C’est en vertu d’undon tout différent que saint Pierre parla aux Juifs dansla langue qu’ils comprenaient et les convertit. Act., ii, 14-37.

4° Usage du don des langues. — Saint Paul s’étendavec détail sur l’usage qui doit être lait dans l’Église dudon des langues et en même temps il en complète lanotion. — 1. Le don des langues est inférieurs la prophétie, par laquelle on parle aux hommes au nom deDieu pour les instruire et les encourager. Par la glossolalieon parle â Dieu, non aux hommes. On n’édifie quesoi, ce qui suppose que, même en ne comprenant pasce qu’on dit, on reçoit cependant, en même temps quele don, une grâce intérieure qui unit l’âme à Dieu.C’est pourquoi l’Apôtre souhaite ce don à tous; mais ilpréfère la prophétie, à moins que quelqu’un ne soit làpour expliquer ce qui a été dit en langue étrangère etainsi édifier l’Église. I Cor., xiv, 1-6; cf. S. Thomas, Sum theol., II» II*, q. clxxvj, a. 2. — 2. S’il est isolé, le don des langues n’a donc pas grande utilité. Ceux quidésirent les dons spirituels doivent aspirer à de plusutiles. I Cor., xiv, 7-12. Pratiquement, celui qui a laglossolalie doit prier pour qu’un autre auprès de luiobtienne le don de l’interprétation. Saint Paul a ditplus haut que le possesseur de ce don s’édifie lui-même.Ici, il distingue: c’est le mvj^.a, spiritus, qui prie, c’est-à-direque la iaculté affective de l’âme, sous l’impulsionde l’Esprit-Saint, s’élève utilement à Dieu et s’unit àlui; pendant ce temps, le voû; , mens, la faculté intellectuellede l’âme, ne comprenant à peu près rien à cequi est dit en langue étrangère, demeure sans profit, axapitoc, sine fructu. Ainsi en e^t-il, par exemple, decelui qui récite un psaume en latin sans comprendrecette langue; son âme tend vers Dieu par des sentimentsaffectifs, mais son intelligence ne trouve aucunaliment dans les paroles latines. Le mot mvsûfia nesaurait avoir ici un autre sens. Le irveûu.a de l’hommeest, dans ce passage, le siège du sentiment et de l’intuitionde l’amour divin, sous l’action du izvzvy.a âytov, par opposition au voûc, qui est le siège de la connaissanceconsciente et réfléchie. Le voûç et le icvevijj.a représententainsi dans l’homme une image de ce que sonten Dieu le Fils, voû< ou 16yo<; , et le Saint-Esprit, icveOaa. Cf. Frz. Delitzsch, System der biblischen Psychologie, Leipzig, 1861, p. 184-186. Dans son Épître auxÉphésiens, iv v 23, l’Apôtre réunit les deux mots, quandil dit qu’il faut se renouveler râ 7tveij(iau toû vo<5ç, spiritumentis. Ces deux mots désignent l’âme elle-même, mais en deux de ses facultés, et c’est par le Ttveûjia, encommunication par la grâce avec l’Esprit-Saint, quedoit se renouveler le vo0 «, l’intelligence, qui autrementne recevrait ses inspirations que de la chair et seraitun voï; tï)Ç erapx<Sç. Eph., M, 18. Cf. S. Augustin, De Trinitate, XIV, xvi, 22, t. xlii, col. 1053. Le «vêtiradont parle saint Paul n’est donc ni l’essence intime del’âme (Bisping), ni la partie la plus profonde de l’intelligence|Bengel, Meyer, etc.), ni la faculté imaginative, ni la raison inspiratrice, ni le souffle physique qui faitproférer la parole, ni l’Esprit-Saint lui-même qui pousseà la prière. Saint Paul veut qu’on prie et qu’on chanteà la lois avec le itve0(ta et avec le voûç, par conséquentavec tout ce qui doit rendre l’acte religieux affectif etintelligent. Il conclut en disant qu’il préfère cinq parolesdites avec le voû; , de manière à instruire les autres, quedix mille avec le ïuve-j|kx, qui intervient seul dans laglossolalie. I Cor., xiv, 13-19. — 3. Même en présencedes infidèles, le don des langues ne peut être utiliséqu’imparfaitement. Ce don est un signe pour les infidèles, signe qui peut les édifier en les étonnant, lorsqu’ilscomprennent ces langues étrangères, comme à laPentecôte, Âct., ii, 11, mais signe qui d’ordinaire n’attireleur attention qu’en les déconcertant. Ainsi arrivet-ilque si, dans une assemblée où s’exerce la glossolalie, entrent des infidèles ou même une personne qui ignorece genre de manifestations spirituelles, un tSwàrriç, idiota, ils prendront pour des fous, pour des agités dudémon, naivciŒ, ceux qui ont le don des langues. Ces

infidèles seront, au contraire, touchés et convertis si lefidèle qui a le don de prophétie et qui parle au nomde Dieu leur tient des discours qui vont au fond ducœur et y portent la conviction. I Cor., xiv, 20-25. —4. Il faut donc régler l’exercice du don des langues, aussi bien que celui des autres dons spirituels, afin quetout se passe à l’édification générale. Quand des fidèlesreçoivent le don des langues, deux seulement et troisau plus peuvent prendre la parole, et encore ils ne doiventle faire que tour à tour. Mais comme oatte parole abesoin d’être interprétée, si l’interprète lait défaut, que lefidèle qui a le don des langues garde le silence. Toutefois, la glossolalie comporte une grâce d’édification personnelle, I Cor., xiv, 4; il ne convient donc pas d’en priverle fidèle. Celui-ci parle alors en langue étrangère, maisen silence et seulement pour deux auditeurs, lui-mêmeet Dieu. En terminant ce qu’il a à dire sur ce sujet, l’Apôtre résume tout en deux mots: «Souhaitons ledon de prophétie,» parce que c’est un don des plusutiles à l’Église; mais «n’empêchez pas de parler enlangues», parce que, malgré son infériorité, ce donprofite à tous quand l’interprétation accompagne la glossolalie, et il profite au fidèle qui le possède, mêmequand celui-ci ne peut l’exercer publiquement. I Cor., 26-28, 39. — 5. De ces remarques de l’Apôtre, il suitque le don des langues ne différait pas à Corinthe dece qu’il avait été à Jérusalem, à Joppé et à Éphèse. Ilne s’agissait pas de langues créées de toutes pièces, nide cris inarticulés, ni d’exclamations extatiques, nimême seulement d’expressions figurées et enthousiastes, mais de langues connues et parlées par d’autreshommes, dont le Saint-Es.prit communiquait l’usagemomentané à certains fidèles, dans l’unique but delouer Dieu. Cette louange de Dieu en langue étrangèrene pouvait être comprise et ne devenait utile que sion la traduisait à l’usage des auditeurs. C’est pourquoile don des langues avait à être complété par un autre, que l’Apôtre appelle èp|ievesa yX^aa-ûv, interprétatif)sermonum, «interprétation des langues,» I Cor., xii, 10, et ce don d’interprétation dépendait du Saint-Esprit, I Cor., xii, 11, mais n’était pas toujours accordé enmême temps que le premier. ICor., xiv, 28. Il est ànoter que, dans l’énumération des dons spirituels, laglossolalie et l’interprétation viennent en dernière ligne, à raison sans doute de leur moindre importance. I Cor., xii, 8-10. Le don d’interprétation était même beaucoupplus rare que le don des langues. Le Saint-Esprit nedevait pas communiquer le don d’interprétation quandil n’y avait rien à interpréter, et, de plus, ce don faisaitassez souvent défaut, alors que le premier s’exerçait.I Cor., xiv, 28.

5° Caractère surnaturel du don des langues. — El» pfusieurs circonstances, on a vu des personnes parlerdes langues qu’elles n’avaient jamais apprises. Le fait seconstate fréquemment dans les cas de possession diabolique, si bien que le Rituel romain, De exorcizandisobsessis a dsemonio, range parmi les signes de la possessionla faculté de parler une langue inconnue ou decomprendre celui qui la parle. Il est de toute évidenceque le don des langues accordé aux Apôtres et aux premiersfidèles ne provient pas d’une pareille source.Les textes l’attribuent formellement à l’action du Saint-Esprit, Act., ii, 4; x, 44, 46; xix, 6; I Cor., xiv, 2, etsaint Paul n’aurait pas pris pour la manifestation de lapuissance divine une faculté due à la présence du.démon. On a également constaté chez certaines personnessoumises à l’influence hypnotique cette mêmefacufté de parler ou de comprendre des langues quileur étaient étrangères. Mais on a remarqué aussi queles hypnotisés, ou les esprits qui sont censés agir eneux, ne pouvaient parler ou comprendre que des languesconnues du médium ou des assistants, ce qui paraitramener cette faculté à un simple phénomène naturel

de suggestion ou de lucidité. Cf. A. Arcelin, La dissociationpsychologique, dans la Revue des questionsscientifiques, Bruxelles, avril 1901, p. 452. Le don deslangues était certainement de tout autre nature chezles premiers chrétiens, puisqu’il se manifestait d’ordinairedans des milieux où les langues parlées étaientsi bien ignorées qu’on ne trouvait pas toujours d’interprètes, tels que le Saint-Esprit pouvait seul en susciter, pour Iraduire ce qui avait été dit. I Cor., XIV, 13, 28. Cequi prouve encore le caractère surnaturel du don deslangues, tel qu’il s’exerçait à Corinthe, c’est la iacilitéqu’il avait d’être réglé par l’obéissance. I Cor., xiv, 27.Or, en théologie mystique, on a toujours regardé l’obéissancedu sujet comme la garantie la plus sûre de l’actiondivine. Cf. Ribet, La Mystique dÏOT «e, Paris, 1883, t. iii, p. 66. Voir Dons surnaturels, t. ii, col. 1484-1486; J.Frd.Melville, Observationes theologico-exegeticse de donalinguarum in Novo Testamento commemoralo, in-4°, Bàle, 1816; Bleek, Veber die Gabe des yû>aaait XaXeîv inder ersten christlichen Kirche, dans les TheologischeSludien und Kritiken, t. ii, 1829, p. 379; Ad. Hilgenfeld, Die Glossolalie in der alten Kirche, in-8°, Leipzig, 1850; Ëd. Reuss, La Glossolalie, dans la Revue dethéologie de Strasbourg, t. iii, 1851, p. 65-97; Dollinger, Le christianisme et Vhglise, trad. Bayle, Tournai, 1863, p. 442-446; Corluy, Langues (dans la primitive Église), dans le Dictionnaire apologétique de Jaugey, Paris, 1889, col. 1785-1800; Cornely, In S. Pauli prior. Epist.ad Corinthios, Paris, 1890, p. 410-447; Le Camus, L’œuvre des Apôtres, Paris, 1891, p. 16-23; Fouard, Saint Paul, ses missions, Paris, 1892, p. 241-247.

H. Lesêtre.

    1. LANTERNE##

LANTERNE (grec: <pav6<i; Vulgate: laterna), sortede boîte, dont les parois de vessie, de corne ou de verre, protègent une lumière portative contre le vent tout enla laissant transparaître. La Bible n’en parle qu’unefois, dans le Nouveau Testament. Quand Judas marchevers Gethsémani, il est accompagné d’une cohorte et deserviteurs du Temple, (letà tfmmv xaî XajjutâSiov, «avecdes lanternes et des torches.» Joa., xviii, 3. Il était eneffet nécessaire, bien qu’on fût à l’époque de la pleinelune, d’avoir des lumières pour éclairer l’ombre épaissedes oliviers du jardin. Le <pav<Sç, qui désigne ordinairementun flambeau ou une torche, est aussi le nom dela lanterne, bien qu’assez

tard, dans Athénée, Deipnosoph., 700. La mention des

torches, XotfnràSeç, dans ce

passage de l’Évangile, permet d’affirmer qu’ici les <pavot sont bien des lanternes,

conformément à la traduction de la Vulgate. Les lanternes paraissent avoir été en

usage chez les Égyptiens

(fig. 35). En tout cas, elles

étaient bien connues à l’époque romaine. Cf. Rich, Dict.

des Antiq. romaines et grecques, trad. Chéruel, Paris,

1873, p. 352. Les lanternes

étaient employées à bord des

navires. Cf. Xénophon, Hellen., V, i, 6; Diodore de Sicile, xx, 75; Tite Live, xxix,

25. On a retrouvé, à Herculanum et à Pompéi, des lanternes de bronze, cylindriques, avec des parois de corne, ouvrant seulement par le haut (fig. 36, col. 83). Les soldatsromains de l’Antonia avaient certainement des lanternesà leur usage. Les Juifs de l’époque évangélique seservaient aussi très probablement de lanternes, au moinsdans le Temple et dans les demeures importantes. Il

35. — Lanterne égyptienne.

D’après Wilkinson, Manners and Customs of

the ancient Egyptians,

édit. Birch, t. ii, fig. 385.

n’est donc pas étonnant d’en trouver dans l’escorte nocturne

de Judas.

H. Lesêtre.

    1. LAODICÈE##

LAODICÈE (grec: AaoStxec’a; Vulgate: Laodicia), ville de Phrygie, située sur la rive gauche du Lycus(fig. 37).

1° Laodicée dans le Nouveau Testament. — 1. UneÉglise chrétienne fut créée dans cette ville dés le tempsdes Apôtres. Saint Paul, Col., ii, 1, la mentionne commeétant étroitement unie à celle de Colosses. Commecelle-ci, elle n’avait pas été établie directement pat*l’Apôtre; elle était de celles qui «n’avaient pas encorevu son visage de chair», mais pour lesquelles il soutenait «un grand combat». Col., ii, 1. La chrétienté deLaodicée avait été très probablement fondée, commecelles de Colosses et d’Hiérapolis, par le Golossien Épaphras.Saint Paul nous montre en effet, celui-ci qui avaitété son disciple, probablement à Éphèse dans l’école deTyrannus, s’occupant avec grande sollicitude des fidèlesde Laodicée et d’Hiérapolis. Col., IV, 13. Voir Épaphras, t. ii, col. 1819. Il avait eu pour collaborateur Nymphasdans la maison de qui était le lieu de réunion desfidèles de Laodicée. Col., iv, 15. Voir Nymphas. En mêmetemps qu’il demandait aux Colossiens de communiquerà l’Eglise de Laodicée la lettre qu’il leur envoyait, illeur recommandait de lire eux-mêmes publiquementcelle qui leur parviendrait de Laodicée, c’est-à-dire, selontoutes les vraisemblances, une lettre que lui-même avaitécrite ou devait écrire aux Laodicéens. Col., iv, 16. VoirLaodicéens (Épitre aux). — 2. L’Église de Laodicée estune des sept aux évêques desquelles sont adressées leslettres par lesquelles débute l’Apocalypse. Apoc, I, 11.La lettre à l’Ange de Laodicée (voir Ange, 8, t. i, col. 591) contient des reproches sur sa tiédeur. Sonamour des richesses l’a aveuglé. Il ne voit pas qu’enréalité devant Dieu il est misérable, pauvre, aveugle etnu. Il doit acheter du Seigneur: de l’or éprouvé par lefeu, pour être riche; des vêtements blancs, pour que lahonte de sa nudité ne paraisse pas et un collyre (voirCollyre, t. ii, col. 842) pour oindre ses yeux afin de voir.En d’autres termes, il faut qu’il ait du zèle et serepente. Apoc, iii, 14-21. La première Épîtreà Timothéese termine sur un certain nombre de manuscrits grecspar ces mots: «écrite à Laodicée, métropole de laPhrygie Pacatienne.» La Vulgate n’a pas inséré cettemention.

2° Histoire. — La ville de Laodicée portait originairementle nom de Diospolis ou de Rhoas. Pline, H. N., V, xxix, 105. Sur le même emplacement, Antiochus IIThéos établit entre 266 et 246 une des colonies que lesrois syriens multiplièrent dans leur royaume pour assurerleur domination. Il lui donna le nom de sa temmeLaodicé. Etienne de Byzance, 1825, 1. 1, p. 272. La populationgrecque fut toujours très peu nombreuse et ne consistaguère que dans les ionctionnaires et la garnison; les habitants restèrent en immense majorité syriens. Laprincipale divinité de la ville est désignée sous le nomde Zsjç’A<reîç. Le mot Aseis ne paraît être autre choseque la transcription grecque d’un mot sémitique, Aziz, qui signifie puissant et qui est traduit dans les inscriptioBade Laodicée par û^iaxo; . C. Waddington, Voyageen Asie Mineure au point de vue numismatique, in-4°, Paris, 1853, p. 25-26; W. Ramsay, The Cities and Bishopricsof Phrygia, in-4°, Oxford, 1895, p. 78, insc. 14. Laville de Laodicée était située sur un des contreforts desmonts Salbacus, sur la rive gauche du Lycus, entrel’Asopus et le mont Cad m us. Le territoire de la cités’étendait entre le Lycus et le Caprus. Laodicée étaitdonc sur la frontière de la Carie donl le Caprus formaitla limite. Pline, H. N., V, xxix, 118; Strabon, XII, vm, 16. La ville fit partie des États d’Eumène, roi dePergame; elle souffrit beaucoup durant la guerre deMithridate contre les Romains. Appién, Bell. Mithr., 20;

Strabon, XII, viii, 16; mais elle recouvra bien vite, sous la domination romaine, une prospérité qui alla sedéveloppant. Strabon tait dater sa splendeur de sonpropre temps, c’est-à-dire de la fin du premier siècleavant J.-C. À cette époque, en effet, Laodicée devintune des villes les plus importantes de l’Asie mineure

également renommées. Talmud, Kelim, xxix, 1; NitMa, vm, 1. Cf. Buchenschûtz, Die Haupstàtten des Gewerhfleissesim klassichen Altertlmm, Leipzig, in-8°, 1869, p. 61, 65; Blûmner, Technologie und Terminologieder Gewerbe und Kûnste bei Greichen und Rômern.in-8°, Leipzig, 1875-1884, p. 26-28. Il est encore

  • &>&

80. — Lanternes romaines trouvées à Herculanum et à Pompéi. D’après une photographie.

par ses richesses et son commerce. Les environs produisaientune race de moutons dont la laine était très

37. — Monnaie de Laodicée de Phrygie.ÏÏEPQN KAIEAP. Tête de Néron jeune, à droite. Grénetis au pourtour.— 3. TAIŒ nŒTOMOr AAOAIKEQN. Jupiter debout àgauche. Dans le champ, la lettre B dans une couronne.

recherchée à cause de sa finesse et de leur belle teintenoire qu’on appelait coraccine, ou noir de corbeau.Strabon, XII, viii, 16. Les sandales de Laodicée étaient

question de ces produits dans l’édit de Dioclétien sur lemaximum. Le Bas et Waddington, Voyage archéologiqueen Asie Mineure, in-f°, Paris, 1847-1863, t. iii, p. 164, 174.

Un certain nombre d’habitants de Laodicée étaientparvenus à une très grande richesse, avaient embelli leurville et lui avaient légué des sommes considérables.Parmi ces citoyens opulents et généreux, Strabon citeHieron, Zenon et son fils Polémon qu’Antoine etvugusteélevèrent à la dignité royale et à qui furent attribués lePont qui porta le nom de Polémoniaque, l’Arménie etla côte autour de Trébizonde. Voir Dion Cassius, xlix, 25, 33, 34; cf. Th.Mommsen et J. Marquardt, Manueldes Antiquités romaines, t. ix (.T. Marquardt, Organisationde l’Empire romain, t. n), trad. franc., in-8°, Paris, 1892. p. 279. De nombreux banquiers étaientétablis à Laodicée. Cicéron, Ad. fam., iii, 5; cf. ii, 17.Cette prospérité de la ville explique la nature desreproches que saint Jean adresse à l’évêque de Laodicée

et des conseils qu’il lui donne: «Achète-moi l’oréprouvé par le feu,» par opposition à l’or qu’on trouvechez les banquiers. Apoc., iii, 17, 18.

Laodicée avait reçu de Rome le privilège de villelibre. Corpus inscript, latin., t. i, n. 587. Le districtjudiciaire ou conventus dont elle faisait partie, quoiqueappartenant à la province d’Asie, en avait été détachédu temps de Cicéron et soumis au gouverneur deCilicie. Cicéron, Ad. fam., xiii, 67, 1. Les vingt-cinqcités du conventus se réunissaient à Laodicée où se tenaientles assises judiciaires. Pline, H. N., V, xxiv, 105; Cicéron, Ad. Attic., V., 21, 9; Ad famil., III, viii, 5; XV, iv, 2. Toute cette région était fréquemment bouleverséepar des tremblements de terre. Celui qui eutlieu en 60 après J.-C., sous le règne de Néron, fut

the East and sonie others countries, Londres, 1745, t. ii, part, ii, p. 71; Chandler. Travels in Asia Minor, in-8°, Oxford, 1775, p. 224; F. V. Arundell, À visit tothe seven Churches in Asia, in-S°, Londres, 1828, p. 84; Id., Dixcoveries in Asia Minor v in-8°, Londres, 1834, t. ii, p. 180; W. J. Hamilton, Researches in Asia Minor, in-8°, Londres, 1842, t. i, p. 514; W. Ramsay, The Citiesand Bishoprics of Phrygia, in-4°, Oxford, 1895, t. i, p. 32-84; J. B. Lightfoot, Epistles to the Colossians andto Philemon, 3e édit., in-8°, Londres, 1879, p. 5-9, 42-43; E. Le Camus, Voyage aux Sept Églises de l’Apocalypse, in-4°, Paris, 1896, p. 196-202; Anderson, dans le Journalof Hellenic Studies, 1897, p. 404; Weber, dans leJarhrbuch des k. deutschen arcliâologischen Instituts, t. xiii, 1898, p. 1. E. Beurlier.

38. — Ruines de Laodicée. D’après une photographie de M. H. Camboumac.

l’un des plus terribles; mais les désastres qu’il produisitturent vite réparés, Strabon, ibid.; Tacite, Ann., xiv, 27.

Il y avait à Laodicée une colonie juive considérable.Josèphe, Ant. jud., XIV, x, 20, publia une lettre desautorités de Laodicée à un magistrat romain, probablementle proconsul d’Asie, dans laquelle ils s’engagent àne pas troubler les Juifs dans l’observance du sabbat et4e leurs usages religieux. Les Juifs de Laodicéeenvoyaient régulièrement leur tribut au temple deJérusalem. Le proconsul Flaccus, durant son administrationen 62 avant J.-C., confisqua ce tribut qui pourLaodicée s’élevait à vingt livres d’or. Cicéron, ProFlacco, xxviii. — Certains auteurs font d’Archippe, dont il est question dans Col., iv, 17, et de Nymphas, Col., iv, 15, les premiers évêques de Laodicée. Voir Archippe, t. iii, col. 932, et Nymphas. Diotrèphe, III Joa., 9, aurait été le troisième, mais cela n’est pas prouvé.

3° Site. — Le site de Laodicée a été souvent décritpar les voyageurs. Ils signalent parmi les ruines quisubsistent celles d’un stade, d’un gymnase, d’un aqueduc, de théâtres, d’odéons, de temples, et enfin cellesdes murailles de la ville (fig. 38). La plus ancienne descriptionest celle de Smith, Survey of seven churchesof Asia, in-8°, 1678, p. 250. Cf. Poco*cke, Description of

    1. LAODICÉENS##

LAODICÉENS (ÉPITRE AUX). À la fin de l’Épitreaux Colossiens, saint Paul exhorte ceux-ci à envoyer auxLaodicéens la lettre qu’il leur adresse et à lire celle quileur viendra de Laodicée. Col., iv, 16. S’agit-il d’unelettre de l’Apôtre aux Laodicéens ou d’une lettre desLaodicéens à l’Apôtre? il est difficile de le dire, Winer, Grammatik des Neutestamentlich Sprachidioms, in-8°.Leipzig, 1830, p. 434, pense ^qu’il s’agit d’une lettreécrite aux Laodicéens et envoyée de Laodicée à Colosses.En effet s’il agit d’une lettre des Laodicéens à saint Paul, il aurait fallu que celui-ci l’envoyât aux Colossiens. Deplus, on se demande à quoi eût pu servir cette lettre auxColossiens? À cette question ceux qui prétendent qu’ils’agit d’une lettre de saint Paul répondent qu’elle pouvaitcontenir des renseignements qui auraient amenél’Apôtre à écrire certains passages de son Epltre auxColossiens et qu’à cause de cela il leur dit de la lireaprès qu’ils auront lu celle qu’il leur adresse. Ce sontlà de pures hypothèses, et le plus vraisemblable est qu’ils’agit d’une lettre de saint Paul aux Laodicéens. Ungrand nombre d’auteurs pensent que l’Épitre aux Laodicéensétait la même que l’Épitre aux Éphésiens. —Celle-ci, en effet, est une sorte d’encyclique et, si elleporte dans le recueil canonique le nom d’Éphèse, c’estqu’elle a été copiée d’après l’exemplaire conservé dans 87

    1. LAODICÉENS##

LAODICÉENS (ÉPITRE AUX) — LAPIDATION

cette ville, métropole de l’Asie. Marcion prétendait qu’iliallait lire en tête de la lettre: Ad Laodicaros. Il estpossible que ce fût une simple conjecture de sa part.Tertullien, Adv. Marcionem, v, 11, 17, P. L., t. ii, col. 500-502. Cf. S. Épiphane, Hier., xliii, 9, t. xli, col. 708, el t. xlviii, col. 721; E. Jacquier, HistQire desLivres du Nouveau Testament, in-18, Paris, 1903, t. i, p. 286, 289; Éphésiens (Épitre aux), t. ii, col. 1849-1851.

— Il existe une épître apocryphe qui porte le nomd’Êpître aux Laodicéens et dont on n’a qu’une versionlatine et une version arabe faite d’après le latin. C’estun centon de passages empruntés à l’Epltre aux Galateset à l’Epître aux Éphésiens. Le texte arabe a été publiédans la Revue biblique, 1896, p. 221. Voir ÉpitbES apocryphes, 7, t. ii, col. 1899. Cf. R. Anger, Ueber den Laodicenerbrief, in-8°, Leipzig, 1843; A. Sartori, Ueber denLaodicenserbrief, in-8°, Lûbeck, 1853.

E. Beurlier.

LAOMIM (hébreu: Le’ummîm, «peuples;» Septante: Ai[US(i); nom ethnique du troisième fils de Dadan.Il était petit-fils de Jecsan et arriére-petit-fils d’Abrahamet de Cétura. La Vulgate écrit son nom Loomimdans Gen., xxv, 3, et Laomim dans I Par., i, 32. L’hébreuet l’édition sixtine des Seplante omettent Laomimet ses deux frères dans I Par. La forme plurielle du nomsemble désigner la tribu ou les tribus dont Laomim aété la souche. Laomim, dit saint Jérôme, Quœst. heb.in Gen., xxv, t. xxiii, col. 976, cfiXapyoi, id est, principesmultarum tribuum et populorwm. — Les Laomim n’ontpas été jusqu’ici identifiés. Voir Arabie, 1. 1, col. 860. Onà rapproché hypothétiquement leur nom de divers nomsgéographiques, tels que celui des’A».o-j|AiwTçts de Ptolémée, vi, 7, 24, qui étaient voisins des Gerrhéens (Gesenius, Thésaurus, p. 737), en supposant Le’ummîmprécédé de l’article arabe al. On l’a rapproché aussi deAou|xâ, ville de l’Arabie déserte mentionnée dans Ptolémée, vj-19. Voir Ch. Forster, The historical Geographyof Arabia, 2 in-8°, Londres, 1844, t. i, p. 335-336.D’après Fresnel, les Le’ummîm ne sont pas autresque les Oumayyîm, leur nom étant précédé de l’articledans la forme hébraïque. Les Oumayyîm sontune des plus anciennes tribus arabes, dont la généalogieest inconnue aux plus anciens écrivains du pays.Sur l’histoire des Arabes avant l’islamisme, dansle Journal asiatique, 3e série, t. vi, 1838, p. 217-218. Ona trouvé dans une inscription sabéenne un nom quiressemble à celui des Le’ummîm. D. S. Margoliouthdans Hastings, Dictionary of the Bible, t. iii, p. 99. Ed.Glaser, Skizze der Geschichte und Géographie À rabiens, t. ii, 1890, p. 460, place les Laomim dans la péninsule duSinaï, et il fait, p. 401, la remarque qu’un certain Ahiyababa, dont il est question dans une inscription d’Assurnasirhabal, i, 75, pouvait appartenir à la tribu des Laomim, car il est appelé mârlaam-man, «homme deLâamman.» Steiner, dans Schenkel, Bibel-Lexicon, t. iv, 1872, p. 29, émetl’hypothèsequele moi Le’ummîmest un nom d’artisans et signifie s soudeurs de métaux».Frd. Keil, Genesis, 2e édit., 1866, p. 174, identifie lesLe’ummîm avec les BanuLâm qui s’étendaient jusqu’àBabylone et à la Mésopotamie. Une telle diversité d’opinionsmontre que la question n’est pas résolue.

F. Vigodrocx.

LA PEYRIÈRE (Isaac de), érudit français, né àBordeaux eu 1594, mort à Paris le 30 janvier 1676. Ilsuivit d’abord la carrière des armes et s’attacha à lafortune du prince de Condé qui le chargea d’une missionparticulière en Espagne; il l’accompagna ensuite dans lesPays-Bas. Ce fut en Hollande que Isaac de la Peyrière fitparaître sans nom d’auteur son fameux livre: Prœadafiiitsesive exercitatio super versibus 12, 13 et 14 capitisv Epistolse D. Pauli ad Romanos quibus indicanturprimi homines anle Adamum condili, in-4°, s. 1., 1655; in-12, s. 1., 1656. D’après l’auteur, il y eut deux créations, l’une du monde physique, l’autre pour le peuplejuif dont Adam fut le chef. Certaines nations sont plusanciennes qu’Adam. Le déluge ne submergea que laJudée et n’engloutit pas tous les hommes à l’exceptionde Noé et de sa famille. Le parlement de Paris condamnale livre au feu etl’archevéque de Malines fit arrêter l’auteurà Bruxelles. Mis en liberté, il se rendit à Rome, rétractases erreurs et abjura le calvinisme. Il rejoignit ensuitele prince de Condé dans les Pays-Bas, rentra en Franceavec lui et devint son bibliothécaire en 1659. Il se retiraau séminaire de Notre-Dame-des-Vertus, près de Paris, où il mourut. Nous citerons encore les ouvrages suivantsd’Isaac de la Peyrière: Traité du rappel des Juifs, in-8°, Paris, 1643: tous les Juifs finiront par se convertiret un roi de France les rétablira en Terre-Sainte; Systetnatheologicum exPreeadamitarumhypothesi, in-io, s. 1., 1655; Epislola ad Philotitnum qua exponit rationespropter quas ejuravit sectam Calviniquamprofitebaturet librum de Prseadamitis quem ediderat, in-4°, Rome, 1657: une traduction française en a été publiéesous le titre: Apologie delà Peyrière faitepar lui-même, in-12, Paris, 1663. Il était en outre l’auteur des notes dela Bible française de l’abbé de Marolles dont l’impressionfut arrêtée par ordre du chancelier Pierre Séguier. —Voir Lelong, Bibliolh. sacra, p. 332; Walch, Biblioth.theologica, t. i, p. 755, 756. B. Hedrtebize.

LAPIDATION, supplice infligé à certains coupablesque l’on tuait à coups de pierres. Le nom de la lapidationne se lit pas dans la Sainte Écriture; on n’y rencontreque les verbes qui signifient «lapider», sâqalet rdgam, auxquels s’ajoute quelquefois le complémentbâ’ébén, «avec la pierre,» ou bâ’âbdnîm, «avec despierres.» Septante: XiOoêoXecv, XiOâÇeiv; Vulgate: lapidare.

I. La lapidation populaire. — Quand le peuple entreen fureur contre quelqu’un qui l’offense ou le contrarie, il cherche à le frapper. Chacun saisit alors ce qui serencontre le plus facilement sous la main: des pierres; il les jette de loin ou de près contre celui qui a excitésa colère, et souvent arrive ainsi à le mettre à mort.Cf. Thucydide, v, 60; Pausanias, Vm, 5, 8; Elien, Var.kist.j v, 19; Strabon, iii, 155; Ctésias, Persic, 43; Quinte-Curce, vi, 11, 38. La Sainte Écriture fournil uncertain nombre d’exemples de ce genre d’exécutions: 1° Quand le Pharaon d’Egypte permet à Moïse et à Aarond’offrir des sacrifices à leur Dieu, mais dans le paysmême et non dans le désert, Moïse objecte que les Égyptiensseront tentés de lapider les sacrificateurs en lesvoyant immoler des animaux que l’on vénère sur lesbords du Nil. Exod., viii, 26. Dans les monuments etles textes égyptiens jusqu’ici connus, il n’est jamaisquestion de lapidation. Il est donc probable que danscapassage, sâqal signifie simplement «tuer, faire mourirde mort violente». — À Raphidim, quand le peuple serévolte contre Moïse, celui-ci dit au Seigneur: «Encoreun peu et ils me lapideront.» Exod., xvii, 4. De fait, dans une nouvelle révolte au désert, les Hébreux parlèrentde lapider Moïse et Aaron. Num., xiv, 10. — 2° Leshabitants de Siceleg songèrent à lapider David, auquelils attribuaient la responsabilité des ravages exercés dansleur pays par les Amalécites. I Reg., xxx, 6. Pendant sa, fuite devant Absalom, David fut poursuivi par Séméï, quil’injuriait et lui jetait des pierres. II Reg., xvi, 6, 13.Adoniram (Aduram), intendant des impôts sous David etsous Salomon, fut lapidé par les hommes des dix tribusrévoltées, auxquelles Roboam l’avait envoyé. 1Il Reg., xti, 18; II Par., x, 18. Voir Adoniram, t. i, col. 227. —3° La lapidation était encore familière aux Juifs à l’époqueévangélique. Josèphe, Ant. jud., XIV, ii, 1, raconte quequelques années auparavant, sous Aristobule II, uasaint homme, du nom d’Onias, avait été lapidé à Jérusalempar des Juifs révoltés, dont il ne voulait pas épou

ser la cause. Les contemporains du Sauveur tentèrentplusieurs fois de le lapider dans le Temple. Joa., viii, 59; x, 31, 33; xi, 8. Les docteurs eux-mêmes craignirentd’être lapidés dans le Temple par le peuple, s’ilsdisaient que le baptême de Jean venait des hommes etnon de Dieu. Luc, xx, 6. Ce Temple, dont Hérode avaitcommencé la restauration en l’an 19 avant Jésus-Christ, ne fut complètement achevé que sous Agrippa II, l’an64 après Jésus-Christ. Cet achèvement, au dire deJosèphe, Ant. jud., XX, ix, 7, laissa plus de dix-huitmille ouvriers inoccupés. On comprend que les déchetsd’appareillage et de sculpture aient mis longtemps auxmains des Juiis toutes les pierres qu’ils pouvaient désirerpour lapider quelqu’un dans le Temple même. SousArchélaûs, au cours d’une émeute qui avait eu lieu dansl’édifice sacré contre la garnison de l’Antonia, un grandnombre de soldats avaient été lapidés. Josèphe, Ant.jud., XVII, ix, 3; Bell, jud., II, i, 3. — 4° Quand lesApôtres, délivrés de prison par un ange, se remirent àprêcher dans le Temple, le chef des gardes vint lesreprendre, mais sans violence, parce qu’il avait peurd’être lapidé par le peuple. Act., v, 26. — 5° La lapidationde saint Etienne fut une exécution populaire àlaquelle les Juifs s’efforcèrent de donner des apparenceslégales. Act., vii, 57, 58. Voir Etienne, t. ii, col. 2035.

— 6° Paul et Barnabe faillirent être lapidés à Iconium.Act., xiv, 5. Paul le fut réellement à Lystres pardes Juifs, qui le crurent mort. Act., xiv, 18; II Cor., xi, 25.

II. La lapidation judiciaire. — i. la législation. —La lapidation était la peine capitale la plus ordinairementappliquée chez les Hébreux. On croit que quand la loiportait la peine de mort, il s’agissait toujours de la mortpar lapidation, si quelque autre supplice n’était indiqué.Lev., xx, 2-27. La loi indique les différents crimes quila méritaient: 1° L’idolâtrie. Deut., XIII, 10; xvii, 5. —2° La consécration des enfants à Moloch. Lev., xx, 2. —3° Le blasphème. Lev., xxiv, 14. — 4° La divination.Lev., xx, 27. — 5° La fausse prophétie, c’est-à-dire laprétention injustifiée de parler au nom de Dieu. Deut., xiii, 5. — 6° La transgression du sabbat. Num., xv, 35.

— 7° L’indocilité opiniâtre d’un enfant à l’égard de sesparents. Deut., xxi, 21. — 8° L’adultère. Deut.j xxii, 2224. — 9° La fornication de la jeune fille. Deut., xxii, 21.Les Juifs comptaient dix-huit cas passibles de la lapidation: trois cas d’inceste, la sodomie, deux cas de bestialité, l’adultère, le blasphème, l’idolâtrie, l’offrande desenfants à Moloch, la pythomancie, la divination, lamagie, la propagande publique et la propagande privéeen faveur de l’apostasie, la profanation du sabbat, lamalédiction contre les parents et, enfin, l’indocilité opiniâtreenvers eux. Iken, Antiquitates hebraicx, Brème, 1741, p. 424. Ces dix-huit cas ne font que reproduireou appliquer les prescriptions de la loi mosaïque. —En dehors de ces cas généraux, la lapidation dut êtreinfligée à tout homme et à tout animal qui toucherait leSinaî, au delà des limites marquées, pendant que Moïsey était en colloque avec Dieu. Exod., xix, 12, 13; Heb., xii, 20. Quand un bœuf tuait quelqu’un à coups de cornes, il fallait le lapider et il était défendu de manger sachair. Exod., xxi, 28.

II. application DE LA loi. — 1° Au désert, le fils d’uneIsraélite et d’un Égyptien blasphéma et maudit le nomde Dieu. Sur l’ordre de Moïse, on le fit sortir du camp, les témoins posèrent la main sur sa tête et ensuitetoute l’assemblée le lapida. Lev., xxiv, 10-14. — 2° UnIsraélite fut surpris à ramasser du bois le jour du sabbat; toute l’assemblée le lapida encore hors du camp. Num., xv, 32-36. — 3° Après la prise de Jéricho, Achan, dela tribu de Juda, se permit de prendre pour lui quelquesobjets de valeur, alors que la ville, avec tout ce qu’ellerenfermait, avait été youée à l’anathème. Sur l’ordre deJosué, il lut lapidé, et tout ce qui lui appartenait dut

être consumé par le feu. Jos., VII, 24, 25. Voir Achan, t. i, col. 128-130. — 4° Pour se débarrasser de Naboth, Jézabel le fit accuser par deux faux témoins d’avoirmaudit Dieu et le roi. En conséquence, le malheureuxfut condamné, conduit hors de la ville et lapidé. III Reg., xxi, 10-14. — 5° Après la mort du grand-prêtre Joïada, son fils, Zacharie, reprocha au peuple ses transgressionset le menaça de la colère divine. Le roi Joas, circonvenupar des conseillers impies, fit lapider Zacharie dans leparvis même du Temple. II Par., xxiv, 21. Cette odieuseexécution laissa de profondes traces dans les souvenirsdu peuple de Dieu. Notre-Seigneur la rappela dans saparabole des vignerons homicides, Matth., xxi, 35, etdans ses reproches à Jérusalem infidèle à toutes lesgrâces de Dieu. Matth., xxiii, 37; Luc, xiii, 34; cf. Heb., xi, 37. — 6° Un jour, des scribes et des pharisiens amenèrentà Notre-Seigneur une femme surprise en adultèreet lui demandèrent s’il fallait la lapider, conformémentà la loi de Moïse. Joa., viii, 4, 5. Cette demande, à elle seule, prouvait déjà que la loi invoquée n’étaitplus appliquée; d’ailleurs, depuis l’occupation romaine, les Juifs ne pouvaient plus exécuter aucune sentence demort, le procurateur ayant seul le droit de condamnerà la peine capitale et de la faire exécuter. Ézéchiel visela loi contre l’adultère, quand il dit que Jérusalem 3tSamarie seront lapidées l’une et l’autre, c’est-à-direruinées par les ennemis du dehors, à cause de leuridolâtrie qui constitue une infidélité, semblable à l’adultère, à l’égard du Seigneur. Ezech., xvi, 40; XXIII, 47.

— 7° D’après la Vulgate, Eccli., xxii, 1, 2, le paresseuxest lapidé avec une pierre souillée et de la bouse debœufs, pour marquer tout le dégoût qu’inspire saparesse. Dans les Septante, il est dit seulement qu’il estsemblable à ces deux objets. Il est probable que le traducteurlatin a lu dans le texte primitif un verbe commemâial, «assimiler,» au lieu de sâqal, «lapider,» oudans le texte grec, xaTegXïjOï], «il a été jeté à bas,» aulieu de <ruveëXi^6ri, «il a été comparé.»

m. LE MODE d’exécution. — 1° La Sainte Écriture n’indiqueque quelques-unes des conditions dans lesquelleson lapidait les coupables. L’exécution se faisait hors ducamp ou de la ville. Lev., xxiv, 14, 25; Num., xv, 36; III Reg., xxi, 10, 13; Act., vii, 57. Les témoins devaientjeter les premières pierres, puis le peuple achevait lesupplice. Lev., xxiv, 14; Deut., xiii, 9; xvii, 7; Joa., vm, 7. On pouvait ensuite suspendre le cadavre à unpoteau, mais il fallait l’en détacher et l’inhumer avant lanuit. Deut., xxi, 23; cf. Jos., x, 26. — 2° La traditionjuive est plus explicite; Quand le condamné était arrivéà quatre coudées du lieu du supplice, on le dépouillaitde ses vêtements, ne laissant aux hommes qu’un caleçonet aux femmes que le vêtement de dessous. On choisissait, pour l’exécution, un endroit au bas duquel il y eûtà pic une dépression ayant deux fois la hauteur d’unhomme; au besoin, on construisait un échafaud dansces conditions. Le condamné y montait, accompagné desdeux principaux témoins du crime. Là, on lui liait lesmains, de manière qu’il ne pût s’en servir pour atténuerl’effet de sa chute, et le premier témoin le poussaitpar le milieu du corps. Le malheureux tombait ainsisur la tête ou sur le dos. Si cette chute amenait la mort, on s’en tenait là. S’il en était autrement, le secondtémoin saisissait, avec l’aide du premier quand c’étaitnécessaire, une grosse pierre constituant à peu près lacharge de deux hommes, et la laissait tomber sur lapoitrine ou sur la tête du coupable. Si ce dernier survivait, le peuple intervenait alors pour l’achever à coupsde pierres. Voilà pourquoi on profitait, pour procéderà ces exécutions, des fêtes à l’occasion desquelles lepeuple se rassemblait. Quand ensuite il avait été ordonnéd’attacher le cadavre au poteau, «pour qu’il fût vu detous,» Josèphe, Ant. jud., IV, viii, 24, on l’y suspendaitpar les mains, le visage tourné en avant pour les

hommes et du côté du poteau pour les femmes. Lecadavre ne pouvait être inhumé dans le sépulcre defamille, mais dans un lieu ordinairement désigné parle sanhédrin. On enterrait près de lui la pierre qui luiavait donné le coup fatal et qui ne pouvait plus désormaisservir convenablement à un autre usage. Enfin, ilétait défendu de porter le deuil du supplicié. Cf. Sanhédrin, iv, 4; vi, 1-5; Iken, Antiq. hebraic, p. 423; Fr. Baringius, De 7tapa5eifiiaTicr|jiâ sponsm adultérée, 24, 25, dans le Thésaurus de Hase et Iken, Leyde, 1732, t. ii, p. 103, 104; F. S. Ring, De lapidatione Hebrœorum, Francfort, 1716. Dans la lapidation de saint Etienne, ilsemblé que l’on ait suivi au moins l’essentiel de cesrègles; dans les lapidations populaires, les assistants, sous l’empire de la colère, se contentaient d’atteindreleur victime avec les traits qu’ils avaient sous la main.Comme la précipitation était le prélude ordinaire de lalapidation, il ne serait pas impossible que les gens deNazareth, en cherchant à précipiter Notre-Seigneur duhaut d’un rocher, aient eu l’intention de le lapiderensuite comme blasphémateur. Luc, iv, 29.

I, Pt: Ê*, rTiTr

    1. LAPIDE##

LAPIDE (CORNÉLIUS A). Voir Cornélius a Lapide, t. ii, col. 1014.

    1. LAPIDOTH##

LAPIDOTH (hébreu: Lappidôf, «torches;» Septante: Aaqj18<&8), époux de la prophétesse Débora.Jud., iv, 4. On ne connaît que son nom, mais c’est sansraisqn qu’on a contesté son existence et qu’on a voulul’entendre, soit d’un nom de lieu, soit d’un qualificatifde Débora qui aurait été «une femme d’éclat 9, d’aprèsles uns, une marchande de lampes ou de torches, oubien chargée de l’entretien des lampes du sanctuaire, d’après les autres. Voir Fr. de Hummelauer, Conim. inJud., 1888, p. 93.

    1. LAPIN##

LAPIN, quadrupède du genre lièvre, dont il se distinguepar une taillé plus petite et par son habitude decreuser des terriers pour s’y abriter. Plusieurs auteursont cru que le lapin est désigné dans la Bible par lemot sâfdn. Lev., xi, 5; Deut., xiv, 7. Cette identificationest inexacte. Le sâfân est le daman ou chœrogrylle.Voir Chœrogr’ïlle, t. ii, col. 712-714: Le daman ressembleextérieurement au lapin, il est vrai, mais ilappartient à un genre différent et, au lieu de se terrer, il habite dans des trous de rochers. Il n’existe aucuneespèce de lapins en Arabie et en Palestine, ou du moinson ne rencontre que très rarement cet animal dans cedernier pays. Le silence de la Bible indique qu’il enétait de même autrefois. Tristram, The natural Historyof the Bible, Londres, 1889, p. 75; Chauvet et Isambert,

Syrie, Palestine, Paris, 1882, p. 94.

H. Lesêtre.

LARCIN. Voir Vol. Voleur.

    1. LARDNER Nathaniel##

LARDNER Nathaniel, théologien anglais, né le6 juin 1684 à Hawkhurst dans le comté de Kent, mortdans la même ville le 24 juillet 1768. Il fit ses premièresétudes à Londres et alla les terminer dans les universitésétrangères. En 1703, il était de retour en Angleterre etse consacra entièrement aux travaux théologiques quilui valurent la réputation d’être un des meilleurs théologiensde son temps. Son principal ouvrage est: Crédibilitéof the Gospel History, 5 in-8°, Londres, 17271743, réfutation des objections soulevées contre l’authenticitédesÉvangiles. Toutefois ses doctrines le rapprochentbeaucoup des sociniens. Ses œuvres ont été réunies etpubliées en Il in-8°, Londres, 1788, par Kippis, qui les afait précéder d’une vie de N. Lardner, — Voir Kippis, Life of Nat. Lardner, in-8°, Londres, 1788; Memoirsof the Life and Writings of the late Rev. N. Lardner, in-8°, Londres, 1769; Walch, Biblioth. theolog., t. i, p. 797, 841; t. ii, p. 492. B. Heurtebke.

    1. LARGEUR##

LARGEUR (Vulgate: Lalitudo), nom d’un puits.Gen., xxvi, 22. La Vulgate traduit ainsi le nom d’unpuits, appelé en hébreu Rehoboth, et creusé par lesgens d’Isaac. Voir Rehoboth.

1. LARME (hébreu: bâkût, bekîf, bêkéh, bekî, dim’âh, marzêah; Septante: Sâxpu, Bâxpuov; Vulgate: lacryma, fletus, ploratus), goutte limpide et transparente, de saveur amère, sécrétée par la glande lacrymale ets’échappant de l’œil sous l’action d’excitations diverses.Quelquefois, l’excitation est purement physique, commeun coup donné sur l’œil, Eccli., xxii, 24, le contact dela fumée. Prov., x, 26, etc. Le plus souvent, cette excitationprovient du système nerveux ébranlé plus oumoins fortement par une sensation ou uu sentiment.Les larmes coulent ordinairement avec quelque abondance.Verser des larmes ou pleurer s’exprime par lesverbes suivants: hébreu: bâkâh, dâlaf, ddma’; Septante: Saxp-Sw, xXaiM, UTaïw; Vulgate: lacrymari, ftere, plorare.

I. Causes des larmes. — Il est très souvent parlé dansla Sainte Écriture de personnes qui pleurent. Leurslarmes sont excitées par des causes assez* différentes.Voici les principales. 1° La mort de quelqu’un qu’onaime. On pleure la mort de Sara, Gen., xxiii, 2, deJoseph qui passe pour avoir été dévoré, Gen., xxxvii, 35, de Jacob, Gen., L, 11, 17, de Moïse, Deut, xxxiv, 8, de Saùl, II Reg., i, 24, d’Amnon, II Reg., xiii, 36, d’Absalom, II Reg., xix, 1, du jeune homme de Naïm, Luc, vu, 13, de la fille de Jaïre, Luc, viii, 52, etc. Les disciples, Marc, xvi, 10, et Marie-Madeleine, Joa., xx, 11, 13, 15, pleurent la mort du Sauveur. Rachel pleure sesenfants qui ne sont plus. Jer., xxxi, 15; Matlh., ii, 18.En beaucoup d’autres passages, il est parlé des larmesque la douleur fait verser au sujet des morts. Deut., xxi, 13; Job, xxvii, 15; Ps. lxxviii (lxxvii), 64; Jer., xvi, 5, 6; xxii, 10; Ezech., xxiv, 16; Eccli., xxii, 10; xxxvih, 16; II Mach., iv, 37; Act., ix, 39, etc. VoirDeuil, t. ti, col. 1397. Il y avait même des personnesqui faisaient métier de pleurer aux funérailles. Marc, v, 38. Voir Pleureuses. — 2° Les malheurs publics.Les malheurs futurs ou passés d’Israël excitent les pleursdes prophètes ou du peuple lui-même. Lev.; x, 6; Num., xxv, 6; Is., xxii, 4; Jer., iii, 21; îx, 1, 18; xiii, 17; xiv, 17; Lam., i, 2, 16; ii, 18; Joël, ii, 12; Mich., i, 10; Zach., vit, 3; I Reg., xi, 5; Judith, vi, 14, 16; vu, 18, 22; xiv, 14; I Esd., iii, 13; x, 1, etc. Ceslarmes seront séchées quand Dieu restaurera son peuple.Is., xxv, 8; xxx, 19, Jer., xxxt, 16. Les peuples étrangersont aussi à pleurer leurs malheurs. Sap., xviii, 10; Is., xv, 3; xvi, 9; Ezech., xxvii, 31. Aux derniersjours, on pleurera sur la ruine de la grande Babylone.Apoc, xviii, 9, 11, 19. — 3° Les épreuves particulières.Agar pleure à la vue de son enfant qui va mourir.Gen., xxi, 16. La fille de Jephté pleure sa jeunesse quiva être sacrifiée. Jud., xi, 37. Job, xvi, 17, verse deslarmes à cause des maux qui le frappent. Les crimesd’Absalom font pleurer ceux qui en sont les témoinsou les victimes. II Reg., xiii, 36; xv, 23, 30. Ézéchiaspleure dans sa maladie à cause de l’issuefatale qu’il redoute. IV Reg., xx, 3, 5; Is., xxxviii, 3, 5.La mère de Tobie ne cesse de verser des larmes en attendantle retour de son fils. Tob., x, 4. Esther et les Juifsdu royaume de Perse pleurent en songeant auxépreuves qui les menacent. Esth., iv, 3; xiv, 2. Lespleurs sont le lot de tous les affligés. Eccle., iv, 1; Ps. cxxxvii (cxxxvi), 1. Les larmes inondent leur couche, Ps. vi, 7, et sont parfois tellement abondantes que Dieupourrait les recueillir dans une outre. Ps. lvi (lv), 9.Elles se mêlent au breuvage du malheureux, Ps. en (ci), 10, et deviennent comme un pain dont il se nourrit.Ps. xlii (xli), 4; lxxx (lxxix), 6, C’est Dieu qui essuieces larmes en écartant l’épreuve. Ps. cxvi (cxrv), 8 —

Les peines de l’enfance. L’enfant pleure en naissant.Sap., vii, 3. Le petit Moïse pleurait dans sonberceau sur le Nil. Exod., II, 6. Notre-Seigneur parledes enfants qui, dans leurs jeux, disent à leurs compagnons: «Nous nous sommes lamentés et vous n’avez pas pleuré.» Luc, vii, 32. Ces enfants jouent à imiter des funérailles et se plaignent de leurs compagnons quin’entrent pas dans leur rôle. Voir Mgr Le Camus, Les enfants de Nazareth, in-8°, Paris, 1900, p. 63, 101. — 5° Les ardents désirs. Ésaü pleure en demandant à son père une bénédiction comme celle qu’a obtenue Jacob. Gen., xxvii, 38. Les Israélites pleurent dans le désert en demandant de la viande à manger. Num., xi, 4, 10, 13. Saint Jean pleure, dans sa vision, parce qu’il ne se trouve personne pour ouvrir le livre scellé. Apoc. v., 4, 5.

— 6° L’attendrissem*nt affectueux. Des larmes sont versées dans les rencontres de Jacob et de Rachel. Gen., xxix, 11, d’Esaü et de Jacob, Gen., xxxiii, 4, de Joseph et de ses frères, Gen., xlii, 24; xliii, 30; xlv, 2, 14, 15, de Jacob et de Joseph. Gen., xlvi, 29, etc. Job, xxx, 25, a des larmes pour l’infortune. Raguël, Anne et Sara versent des larmes en voyant le jeune Tobie. Tob., vu, 6, 8, 19. Les femmes de Jérusalem pleurent en voyant Jésus conduit à la mort. Luc, xxiii, 28. Les disciples de saint Paul pleurent en le retrouvant. Act., xx, 37; xxi, 13; II Tim., i, 4, et lui-même verse deslarmes en les rencontrant ou en leur écrivant. Act., xx, 31; II Cor., ii, 4; Phil., iii, 18. C’est encore un attendrissem*ntmêlé d’amour et de regrets qui excite les pleurs des disciples, Marc, xvi, 10, et de Marie-Madeleine, Joa., xx, 11, 13, 15, après la mort du Sauveur. — 7° Le repentir. Quand il est profond, il est accompagné d’une douleur qui se traduit souvent par des larmes. Les prêtres doivent pleurer dans le sanctuaire pour demander le pardon des péchés du peuple. Joël, ii, 17. La pécheresse, Luc, vii, 38, 44, et saint Pierre, Matth., xxvi, 75; Marc, xiv, 72; Luc, xxii, 62, se repentent de leurs péchés avec larmes. Saint Paul sert Dieu avec humilité et avec larmes, à cause de sa faiblesse et de ses fautes. Act., xx, 19. — 8° La prière.La prière instante s’adresse à Dieu avec des larmes, qui marquent à la fois l’ardeur du désir, la confiance, l’amour et le sentiment que le suppliant a de son indignité. Jud., xx, 26; Job, xvi, 21; Ps. vi, 9; xxxix (xxxviii), 13; xcv (xciv), 6; Bar., i, 5; Mal., ii, 13; Tob., III, 1, 22; vii, 13; xii, 12; Judith, vii, 22, 23; viii, 14; xiii, 6; ’I Esd., x, 1; II Mach., xi. 6; xiii; 12; Eccli., xxxv, 18, etc. Le père qui demande à Notre-Seigneur la guérison de son fils épileptique supplie avec larmes. Marc, IX, 23. (Ces larmes ne sont pas mentionnées dans quelques manuscrits grecs.) Le don des larmes, signes de douleur, de désir et d’amour, a été accordé à plusieurs saints pour accompagner leurs prières, et probablement à sainte Madeleine, à saint Paul, peut-être aussi à d’autres personnages de l’Ancien ou du Nouveau Testament. Cf. Ribet, La mystique divine, Paris, 1879, t. ii, p. 432-433. — 9° L’hypocrisie. Le méchant semble pleurer, mais c’est pour mieux tromper et frapper sa victime. Eccli., xii, 16, 18. Par pratique idolâtrique, les femmes de Jérusalem pleurent Adonis (Thammouz). Ezech., viii, 14. Voir Thammuz. — 10° Le châtiment éternel. Il est accompagné de pleurs et de grincements de dents. Matth., viii, 12; xiii, 42, 50; xxii, 13; xxiv, 51; xxv, 30; Luc, xiii, 28.

II. Les larmes de Notre-Seigneur. — Les Évangélistesnne disent pas que le Sauveur ait jamais ri; mais ils racontent qu’en plusieurs circonstances il a pleuré. Auprès du tombeau de Lazare, pendant que Madeleine pleurait, Joa., XI, 31, 33, Jésus pleura, Joa., XI, 35, et les Juifs en conclurent qu’il aimait beaucoup Lazare. Il pleura encore, le jour de son entrée triomphale à Jérusalem, lorsqu’en face des murs de la Ville il pensa àson infidélité et à sa ruine prochaine. Luc, xix, 41. Enfin, dans l’Épitre aux Hébreux, v, 7, il est dit qu’aux jours de sa chair il présenta des prières et des supplications à grands cris et avec larmes, et mérita ainsi d’être exaucé.

III. Remarques sur les larmes. — 1° Les larmes ne coulent pas toujours. Il y a «un temps pour pleurer et un temps pour rire». Eccle., iii, 4. «On sème dans les larmes, et on moissonne dans l’allégresse.» Ps. cxxvi(cxxv), 5. Notre-Seigneur proclame «bienheureux ceux qui pleurent, parce qu’ils riront», c’est-à-dire seront consolés par la grâce et la récompense éternelle, si leurs larmes ont été versées pour Dieu. Luc, VI, 21; cf. Matth., v, 5. tandis que «ceux qui rient maintenantseront dans le deuil et les larmes». Luc, vi, 25. Les disciples pleureront sur la mort du Sauveur, puis se réjouiront de le revoir. Joa., xvi, 20. — 2° C’est seulement dans l’éternité que Dieu essuiera à jamais les larmes de ses enfants. Apoc, vii, 17; xxi, 4. En vue de cet avenir, saint Paul recommande aux fidèles de «pleurer comme ne pleurant pas», c’est-à-dire de mêler l’espérance et la joie à leurs larmes. I Cor., vii, 30. En attendant, les enfants de Dieu doivent «pleurer avecceux qui pleurent», en compatissant aux maux des autres. Eccli., vii, 38; Rom., xii, 15. — 3° Les larmes versées ont déterminé le nom de certaines localités. Le lieu où Débora, nourrice de Rébecca, fut inhumée sous-un chêne, près de Bethel, fut appelé ’attôn bâkôṭ, βάλανος πένθους, quercus fletus, le «chêne des pleurs». Gen., xxxv, 8. Voir Bethel, t. i, col. 1678. — Le mot «larmes» entre dans deux noms de lieu. Voir l’article suivant.

H. Lesêtre.

2. LARMES (LIEU ET VALLÉE DES). 1° Dans la Vulgate: Locus flentium sive lacrymarum, «le Lieu des pleurants ou des Larmes,» traduit l’hébreu Bokim, dans Jud., ii, 5. Voir Bokim, t. i, col. 1843. — 2° Vallis lacrymorum, «Vallée des Larmes,» Ps. lxxxiii (lxxxiv), 7, traduit ’Êniéq hab-bâkâʾ Voir Baca, t. i, col. 1372.

LARRON (Matth., Marc.: ληστής; Luc.: ϰαϰούργος; Vulgate: latro, malfaiteur qui exerce le brigandage et vole les passants à main armée. Voir Voleur. En français, le nom de «larrons» est réservé aux deux criminels qui furent crucifiés avec Notre-Seigneur. — 1° Ces criminels étaient probablement du même genre que Barabbas, bien que moins coupables que ce dernier, qui fut mis en parallèle avec le Sauveur pour que le contraste fût plus saisissant, indignât le peuple et le déterminât à réclamer la grâce de Jésus. Voir Barabbas, t. i, col. 1443. Les deux malfaiteurs furent conduits au supplice en même temps que le Sauveur, et dans les mêmesconditions que lui, puis crucifiés l’un à sa droite et l’autre à sa gauche, pour signifier que celui qui occupait le milieu méritait la même réprobation que ses deux compagnons. Les trois croix étaient probablement semblables, comme le suppose le récit légendaire de l’invention de la Croix du Sauveur. Voir Croix, t. ii, col. 1130. Les deux larrons devaient, eux aussi, être attachés par des clous. Matth., xxvii, 38; Marc, xv, 27, 28; Luc, xxiii, 33. D’après les deux premiers évangélistes, les larrons se mirent l’un et l’autre à insulter le Sauveur, à l’exemple des princes des prêtres et de la foule qui entourait le Calvaire. Matth., xxvii, 44; Marc, xv, 32. Saint Luc, qui raconte avec plus de détail l’épisode des voleurs, rapporte seulement que l’un des deux blasphémaitet disait: «Si tu es le Christ, sauve-toi toi-même et nous» avec toi. Luc, xxiii, 39. Pour rendre compte de cette divergence apparente, saint Augustin, De consens. Evangelist., iii, 53, t. xxxiv, col. 1190, dit que saint Matthieu et saint Marc parlent des voleurs d’une manière générale, comme dans l’Épître aux Hébreux, si, 33, 37, il est marqué que les saints ont fermé la gueule des lions, ont été lapidés, etc., quand il ne s’agit que de Daniel, de Zacharie, etc. Toutefois, dans l’Évangile, il n’y a pas une narration oratoire, mais un récit très circonstancié. Aussi pourrait-on dire que les deux larrons ont commencé par blasphémer, mais qu’à un moment l’un d’eux est rentré en lui-même. C’est à ce moment que prend le récit de saint Luc. Le bon larron interpelle son compagnon et lui dit: «Tu ne crains donc pas Dieu, alors que tu es dans la même condamnation (ϰρίματι)» que moi, et que le même supplice va nous conduire l’un et l’autre au tribunal de Dieu. «Pour nous, c’est justice, car nous recevons ce que nous avons mérité. Mais celui-ci n’a rien fait de répréhensible.» Le grec οὑδὲν ἄτοπον, «rien qui ne soit à sa place,» rien d’inconvenant, est plus respectueux que le latin nihil mali, «rien de mal,» car un acte peut être fait mal à propos sans être mauvais. Cette remarque du bon larron témoigne en lui d’une foi éclairée en Notre-Seigneur, et d’une connaissance de sa mission divine qui suffit à lui inspirer confiance. Les Juifs croyaient qu’un homme pieux pouvait introduire avec lui en paradis celui qui assistait à son dernier soupir. Ketuboth, v. 103. Peut-être le larron partageait-il cette croyance. Toujours est-il que, convaincu de la puissance et de la sainteté du Sauveur qu’il voyait sur le point d’expirer, il lui dit: «Souvenez-vous de moi, Seigneur, quand vous arriverez dans votre royaume.» Une telle prière suppose que le larron reconnaît en Jésus le Messie, celui qui vient fonder le grand royaume attendu de tout Israël. Il va mourir lui-même, comme celui qu’il implore; mais il est manifeste que, pour lui, la mort n’est un obstacle ni à l’établissem*nt de ce royaume par Jésus, ni au bienfait qu’il espère retirer personnellement de cet établissem*nt. Il va de soi que cette foi du bon larron a pour cause principale la grâce qui émane du divin crucifié. Jésus lui répondit: «En vérité, je te le dis: aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis.» Luc, xxiii, 40-43. Le corps du Sauveur et celui du larron vont bientôt rester inanimés sur leurs croix; c’est donc l’âme du larron qui suivra dans le paradis l’âme du Sauveur. Ce paradis, c’est le séjour dans lequel les âmes des justes attendent les effets de la rédemption. Voir Enfer, t. ii, col. 1795; Paradis; S. Augustin, Ep. cxxxvii, ad Dardan., 6-9, t. xxxiii, col. 834. C’est ainsi que «le larron échange sa croix pour le paradis et du châtiment de son homicide fait un martyre». S. Jérôme, Ep. lviii, 1, t. xxii, col. 580. Cf., dans les Sermons attribués à S. Augustin, Serm. clv, De cruce et latrone, t. xxxix, col. 2047-2053. — 2° Comme, d’après la loi juive, Deut., xxi, 23, un corps ne pouvait demeurer sur la croix après le coucher du soleil, les Juifs demandèrent à Pilate d’infliger aux trois crucifiés un nouveau supplice, le crurifragium ou brisem*nt des os des jambes, qui devait les achever cruellement. Ce supplice était en usage chez les Romains. Sénèque; De ira, iii, 18, 32; Suétone, Octav., 67; Tiber., 44; Ammien Marcellin, xiv, 9. Le brisem*nt s’exécutait à coups de massue. Les deux larrons, qui n’étaient pas encore morts quand arrivèrent les soldats, eurent à le subir. Joa., xix, 31, 32. — 3° Comme les Évangélistes ne donnent aucun détail sur le passé des deux larrons, la légende a cherché à compléter leurs récits à ce sujet. Les deux larrons se seraient appelés Desmas et Gismas, ou Dimas et Gesmas, d’après les Acta Pilati, ix, Gênas et Gestas, d’après l’Évangile de Nicodème, Titus et Dumachus, d’après l’Évangile de l’Enfance, xxiii. Cf. Le Camus, La Vie de N. S. J.-C., 6e édit., Paris, 1901, t. iii, p. 376. Le bon larron aurait été le fils d’un chef de brigands qui arrêta la Sainte Famille au cours de son voyage en Égypte. Émerveillé de la splendeur qui illuminait le visage de l’Enfant, le fils du chef délivra la Sainte Famille. C’est lui qui, plus tard, serait devenu le bon larron. Cf. S. Aelredus Rhievallensis, De vita eremitica, 48, dans les Œuvres de S. Augustin, t. xxxii, col. 1466. Au moyen âge, les pèlerins latins ont cru que la localité appelée Laṭrûn, près d’Emmaüs (voir la carte, t. ii, col. 1757), n’était autre que le village du bon larron, Castrum boni latronis. Roland, Palæstina illustrata, Utrecht, 1714, p. 429. Cf. Liévin, Guide de la Terre-Sainte, Jérusalem, 1887, t. i, p. 123; Chauvet et Isambert, Syrie, Palestine, Paris, 1900, p. 237. Mais l’étymologie qui fait venir Laṭrûn de latro est absolument inacceptable. Si des souvenirs de brigands se rattachaient primitivement à cette localité, peut-être faudrait-il les faire remonter jusqu’à un certain berger nommé Athronges, Ἀθρόγγης; c, qui se proclama roi après la mort d’Hérode, et qui, aidé de ses quatre frères, arrêta une cohorte romaine près d’Emmaüs, et fil périr son chef, Arius, avec quarante de ses soldats. Varus vengea cette aggression en brûlant Emmaüs. Josèphe, Ant. jud., XVII, x, 7, 9; Bell, jud., II, iv, 3. Voir Emmaûs, t. ii, col. 1746. Il se pourrait alors que le nom de el-Laṭrûn ou el-Altrûn dérivât de celui d’Athronges. Cf. Le Camus, Notre voyage aux pays bibliques, Paris, 1894, t. i, p. 185. Cette seconde étymologie n’est que probable; il lui manque d’être appuyée par d’anciens documents.

H. Lesêtre.

LASTHÈNE (Λασθήνης), ministre de Démétrius II Nicator, roi de Syrie. Ce roi, dans une lettre qu’il écrit à Jonathas Machabée, appelle Lasthène «notre parent», συγγενῆς ἡμῶν, I Mach., xi, 31 (Vulgate: parens noster), et dans une lettre qu’il lui avait adressée à lui-même, il le qualifie de «père», πατήρ (Vulgate, parens, I Mach., xi, 32). C’était donc un grand personnage de la cour d’Antioche, comme l’indiquent ces titres. D’après Josèphe, Ant. jud., XIII, iv, 3, il était Crétois d’origine et s’était concilié la faveur de Démétrius en lui fournissant un contingent de troupes mercenaires considérable, lorsque ce prince se rendit de Crète en Syrie, cf. I Mach., x, 67, pour arracher le pouvoir royal à Alexandre Ier Balas. Voir t. ii, col. 1362. Lasthène était probablement à leur tête (148 ou 147 avant J.-C). Quand Démétrius II fut devenu roi, il fit de lui son principal ministre, et lorsqu’il accorda à Jonathas Machabée diverses faveurs que celui-ci lui avait demandées, il notifia ses concessions à Lasthène, dans une lettre qu’il lui écrivit et dont il envoya à Jonathas lui-même une copie que nous a conservée l’auteur du premier livre des Machabées, xi, 30-37, ainsi que Josèphe avec quelques légères variantes. Lasthène fut ainsi chargé de diminuer les charges des Juifs envers la Syrie, mais il est simplement nommé à cette occasion dans l’Écriture. Quand Démétrius eut triomphé de ses ennemis, ce fut lui sans doute qui le poussa à renvoyer son armée, à l’exception des forces étrangères «qui lui venaient des îles des Gentils». Mach., xi, 38; Josèphe, Ant. jud., XIV, iv, 9. Ce renvoi suscita un tel mécontentement qu’il fut une des causes de la révolte qui éclata contre Démétrius II et qui eut pour résultat l’avènement de Tryphon au trône. Cf. Diodore, Reliq., xxxiii, 4, édit. Didot, t. ii, p. 522. On ne sait plus rien de l’histoire de Lasthène.

F. Vigouroux.

LATINES (VERSIONS) DE LA BIBLE. On peut distinguer, en suivant l’ordre même des temps, troisclasses de versions latines.

— 1° La première en date comprend tous les textes antérieurs à saint Jérôme, que l’on appelait autrefois d’un nom commode, bien qu’inexact, la version italique. À cette classe se rattache cette partie des anciens textes qui furent soumis à révision, tels, par exemple, les Évangiles et les Psaumes de notre Vulgate que saint Jérôme corrigea d’après le grec.

— 2° La seconde, c’est la version que le même saint docteur fit directement soit sur l’hébreu soit sur le chaldéen et qui est connue sous le nom de Vulgate.

— 3° Il a paru, à partir de la Renaissance, un certain nombre de versions latines, faites les unes sur les Septante, les autres sur les textes originaux. Elles forment une troisième classe. 97 LATINES (VERSIONS) DE LA BIBLE ANTÉRIEURES A S. JÉRÔME 98

1. LATINES (VERSIONS) DE LA BIBLE ANTÉRIEURES A SAINT JÉRÔME. — I. La langue des anciennes versions latines. — Ces versions sont écrites en une langue particulière. Ce n’est pas le latin des classiques de la belle époque, mais le bas latin, qui a cours dans l’usage populaire, à Rome, en Italie, dans les Gaules, en Afrique et partout où l’on trouve quelque colonie romaine. — Les particularités linguistiques de ce latin biblique concernent tantôt l’orthographe, tantôt le vocabulaire et tantôt la syntaxe. Les mots en effet ne s’écrivent pas et sans doute ne se prononçaient pas toujours comme à l’époque classique: on trouvera, par exemple, vinis, que, dispargam, fobeas, scribsit, loc*ntur, sepellierunt, etc., pour venis, quæ, dispergam, foveas, scripsit, loquuntur, sepelierunt. Le vocabulaire s’est surchargé de mots composés, ou bien de mots portant soit des préfixes soit des suffixes jusqu’alors inusités; d’autres fois, il acceptera des expressionspopulaires ou des vocables d’importation étrangère: longanimitas, multiloquium, gaudimonium, capillatura, superextollo, particulatim, æruginare, amaricare, anathematizare, agonizare, sabbatum, etc.Je ne dis rien des sens nouveaux que l’on donne même aux expressions classiques; car c’est un phénomène linguistique général que les mots prennent à l’usage des significations nouvelles. Mais ce qui est sans doute le plus surprenant dans ce latin de décadence, c’est trop souvent le parfait dédain des conventions grammaticales concernant es genres, les cas, les conjugaisons, et ce que l’on appelle les règles d’accord ou de compléments. On dira, par exemple, cubilis tuus, fodire, odire, misereor super, posuistis in carcerem, dico vobis quod, cognovit quia, etc. Inutile de faire remarquer que toutes ces particularités sont restées dans notre latin de moyen âge. Cette langue déplaisait fort aux anciens rhéteurs, quandpour la première fois ils entraient en contact avec nos Écritures. Arnobe de Sicca († 327), Advers. nat., i, 45, t. v, col. 775, avouait, non seulement que le Christ parlait un langage simple, avec «des termes populaires et de tous les jours», popularibus et quotidianis verbis; que les Apôtres avaient écrit «dans une langue triviale et sordide»: trivialis et sordidus sermo est, i, 58, t. v, col. 796; mais encore, ce qui semble bien cette fois viser les versions usuelles, que la langue des Écritures est remplie «de barbarismes, de solécismes et des vices les plus difformes»: barbarismis, solœcismis obsitæ sunt, inquit, res vestræ et vitiorum pollutæ. Ibid., i, 59, t. v, col. 797. À cela, Arnobe répond qu’il faut préférer l’utilité à l’agrément. Ibid, , col. 797-798. Saint Augustin, de son côté, fut longtemps choqué par le style incorrect et la langue triviale de la Bible latine. Confess., iii, 5, t. xxxii, col. 686. Mais, dans la suite, il jugea que la simplicité de l’Écriture était une raison de plus de la trouver vénérable. Confess., vi, 5, t. xxxii, col. 723. Il savait du reste, comme Arnobe, que l’utilité prime l’agrément, quand il s’agit de rendre exactement une idée, de la faire entendre à ses auditeurs, De doctr. Christ., iii, 3, t. xxxiv, col. 68; et lui-même, un jour, il préféra le barbarisme à la correction (fenerat à feneratur), afin de se faire mieux comprendre. Enarr. in Ps. xxxii, serm. iii, 6, t. xxxvi, col. 386. Voir sur le latin biblique: Huré, Dictionnaire universel de l’Écriture Sainte, 2 in-f°, Reims, 1715; réédité par Migne sous le titre de Dictionnaire universel de philologie sacrée, 4 in-4°, Paris, 1846 (c’est un dictionnaire complet de la Vulgate; et quoiqu’il ne s’occupe directement que de la Vulgate, comme plusieurs des ouvrages suivants, il est utile pour l’étude du latin post-classique); Weitenauer, Lexicon biblicum, in quo explicantur Vulgatæ vocabula et phrases quæcumque propter linguæ græcæque peregrinitatem injicere moram legenti possunt, in-12, Augsbonrg et Fribourg-en-Brisgau, 1758; Venise, 1760; in-12, Rome, 1846; Kaulen, Handbuch zur Vulgata. Eine systematische Darstellung ihres lateinischen Sprachcharakters, in-12, Mainz, 1870; Goelzer, Étude lexicographique et grammaticale de la latinité de saint Jérôme, in-8°, Paris, 1884; C. Paucker, De latinitate B. Hieronymi observationes ad nominum verborumque usum pertinentes, 2e édit. in-8°, Berlin, 1880 (travail de pure philologie lexicographique); Hagen, Sprachliche Erörterungen zur Vulgata, Fribourg-en-Brisgau, 1863; Cavedoni, Saggio délla latinita biblica dell’antica Volgata Itala, Modène, 1869; G. Koffmane, Geschichte des Kirchenlateins, tome I: Entstehung und Entwickelung des Kirchenlateins bis Augustinus-Hieronymus, in-8°, Breslau, fasc. i, 1879; fasc. ii, 1881; Rönsch, Itala und Vulgata. Das Sprachidiom der urchristlichenItala und der katholischen Vulgata unter Berücksichtigung der römischen Volksprache erläutert, Marbourg, 1869; 2 8 édit., 1875; Id., Studien zur Itala, ’dans la Zeitschrift fur wissenschaftl. Théologie, 1875, p. 128, 425; 1876, p. 287, 397; 1881, p. 198; Id., Zur vulgären und biblischen Latinität, dans la Zeitschrift fur die österreichischen Gymnasium, Vienne, t. xxx, p. 806-811, 1879 (reproduit dans la collection posthume Collectanea, philologa, p. 212-216, in-8°, Brème, 1891); Id., Die ältesten lateinischen Bibelàbersetzungen nach ihrem Werte fur die lateinische Sprachwissenschaft, dans les Collectanea, p. 1-20; Id., Grammatisches und Lexicalisches aus dem Urkunden der Itala, dans les Collectanea, p. 20-32; Ph. Thielmann, Ueber die Benutzung der Vulgata zu sprachlichen Untersuchungen, dans le Philologus; t xlii, 1884, p. 319-378; P. Monceaux, Le latin vulgaire d’après les dernières publications, dans la Revue des deux mondes, 15 juillet 1891, p. 429-448; Id., Les Africains, étude sur la littérature latine d’Afrique, Paris, 1894; Gaston Boissier, Les Africains, étude sur la littérature latine d’Afrique par Paul Monceaux, dans le Journal des savants, 1895, p. 35-46; P. Monceaux, Histoire littéraire de l’Afrique chrétienne depuis les origines jusqu’à l’invasion arabe, t. i, Tertullien et les origines; t. ii, S. Cyprien et son temps, Paris, 1901; Sittl, Die localen Verschiedenheiten der lateinischen Sprache mit besonderer Berücksichtigung des afrikanischen Lateins, in-8°, Erlangen, 1882; Hauschild, Einige sichere Kennzeichen des afrikanischen Lateins, Francfort, 1889; Ehrlich, Beiträge zur Latinität der Itala. Programm d. Realschule Rochlitz, in-4°, 1895; P. Corssen, Bericht ûber die lateinischen Bibelübersetzungen, dans Jahresbericht über die Fortschritte der classischen Àlterthumswissenschaft, xxviie Jahrgang, 1899, t. ci, i Heft, p. 1-83, Leipzig, 1900 (la quatrième partie de cet ouvrage concerne la langue de la Bible latine). Dans Archiv fur lateinischen Lexikographie und Grammatik publié à Leipzig par Wolfflin, on trouvera aussi nombre de travaux concernant le latin post-classique. Nous signalerons notamment les articles suivants: 1. Thielmann, Lexicographisches aus dem Bibellatein. Archiv, t. 1, 1884, p. 6881. — 2. Hartel, Lucifer von Cagliari und sein Latein, t. iii, 1886, p. 1-58; — 3. Schepss, Die Sprache Priscillian’s, t. iii, 1886, p. 309-328. — 4. Wolfflin, Die ersten Spuren des african. Lateins, t. vi, 1889, p. 1-8.

— 5. Sittl, Die Heimath der Appendix Probi, t. vi, 1889, p. 557-561 — 6. Wolfflin, Minucius Félix. Ein Beitrag zur Kenntnis des african. Lateins, t. vil, 1892, p. 467-484. — 7. Kûbler: Die lateinische Sprache auf africanischen Inschriften, t. viii, 1893. p. 161-202. — 8. Thielmann, Die europàischen Bestandtheile des latein Sirach., t. rx, 1894, p. 247-284. — 9. Geyer, Spuren Gallischen Lateins bei Marcellus Empiricus, t. viii, 1893, p. 469-481. Dans Jahresbericht über die Fortschritte der classischen Alterthumswissenschaft de Bursian et Iwan Müller, voir aussi: 1. K. Sittl, Jahresbericht über Vulgär- und Spätlatein, t. lxviii, 1891. — 2. C. Weyman, Die christlich lateinische literatur von 1886-1881 bis ende 1894, ibid., 1896. — 3. L. Bayard, Le latin de saint Cyprien, in-8°, Paris, 1902.

II. Énumération des textes de nos anciennes versions.

Nous sommes encore loin de posséder toutela Bible dans son vieux texte latin, s’il s’agit du moins de l’Ancien Testament. Nous allons énumérer ici les textes connus jusqu’à ce jour. On en trouve dans la Vulgate, dans les œuvres des premiers Pères latins et surtout dans les manuscrits bibliques qui ont échappé aux ravages du temps.

I. dans la vulgate.

Saint Jérôme a inséré dans sa propre version, et sans en faire la révision, un certain nombre de livres et fragments de l’ancienne version, à savoir tous les livres et fragments deutérocanoniques de l’Ancien Testament, à l’exception de Tobie et de Judith traduits par lui. La Vulgate contient donc, tels qu’ils étaient avant saint Jérôme, les textes suivants: la Sagesse, l’Ecclésiastique, Baruch, I et II des Macchabées, dans Esther le fragment x, 4-xvi, dans Daniel iii, 24-100, et xiii-xiv. M. Ph. Thielmann, sur l’invitation de l’Académie royale de Munich, prépare une édition critique des deutérocanoniques du Vieux Testament selon l’ancienne version. Il a dans ce but exploré déjà les manuscrits, les éditions, les citations des Pères et tous les documents qui peuvent éclairer sa route. Il a exposé le résultat de ses premières recherches dans un travail que l’Académie royale a publié dans ses Comptes rendus (Section de phil. et d’hist., t. xiii, Heft ii, p. 205-243), et dont il a paru un tirage à part: Bericht über das gesammelte handschriftliche Material zu einer kritischer Ausgabe der lateinischen Uebersetzungen biblischer Bücher des alten Testamentes, Munich, 1900.

Outre les textes non revisés de l’ancienne version, on trouve encore dans la Vulgate un certain nombre de livres que saint Jérôme a revus et corrigés sur le grec, à savoir: les Psaumes (2e revision faite à Bethléhem) et le Nouveau Testament, peut-être revu en entier. Ces textes revisés appartiennent plutôt à l’histoire de la Vulgate; il n’en sera pas autrement question ici.

II. Dans les œuvres des pères latins.

Tous les Pères latins antérieurs à la version de saint Jérôme, et même un certain nombre de ceux qui vécurent après lui, ont utilisé dans leurs œuvres les anciennes versions latines. C’est pourquoi l’on doit avoir recours à leurs écrits, soit pour retrouver la teneur de ces versions, soit surtout pour juger de leur origine et de leur diversité. Les principaux parmi les écrivains ecclésiastiques qui ont été étudiés au point de vue de nos anciens textes, ou qui mériteraient de l’être, sont les suivants:

En Italie et au nord de la Péninsule.

L’auteur de la version latine de I Cor. de saint Clément de Rome, version retrouvée par dom Morin et publiée par lui dans les Anecdota Maredsolana, t. ii, Maredsous, 1894; l’auteur de la plus ancienne des deux versions du Pasteur d’Hermas, dite Vulgate, et remontant peut-être au IIe siècle (dans Migne, Patr. Gr., t. ii); — Novatien, qui écrivait en 252 (t. iii); — Victorin de Pettau, en Pannonie, † vers 303 (t. v); Firmicus Maternus, écrivait vers 347 (t. xii); — Lucifer de Cagliari, † 371(t. xiii); — Eusèbe de Verceil, † 371 (t. xii); — Philastre de Brescia, écrivait en 380 (t. xii); — l’auteur de la traduction latine des Deux Voies, c’est-à-dire de la première partie de la Didachè, Διδαχὴ τῶν δώδεϰα Ἀποστόλων, Doctrina XII Apostolorum, una cum antiqua versione latina prioris partis de Duabus Viis, primum edidit J. Schlecht. Fribourg-en-Brisgau, 1900. Cette traduction latine «a été faite par un Africain, avant l’an 200», dit le Bulletin critique, 1902, p. 425. Si cette dernière remarque était vraie, il faudrait classer la présente version parmi les ouvrages africains (voir plus bas); nous la laissons ici à cause du lien qui la rattache à la Didascalie; — l’auteur de la version latine de la Didascalia sive Doctrina XII Apostolorum, Cette version est peut-être du IVe siècle et d’origine milanaise. Cf. Batiffol, Anciennes littératures chrétiennes. Littérature grecque, in-12, Paris, 1897, p. 74. Découverte dans un palimpseste de Vérone, elle a été publiée par E. Hauler, Eine lateinische Palimpsestübersetzung der Didasc. Apost., Vienne, 1896; — saint Ambroise, évêque de Milan de 374 à 397, t. xiv-xvii; Ambrosiaster ou Pseudo-Ambroise, vers la fin du IVe siècle (identifié à tort avec Hilaire, diacre de Borne; Bardenhewer, Patrologie, Fribourg-en-Br., 1894, p. 386; c’était un Juif converti, appelé Isaac et contemporain du pape Damase, d’après D. Morin, dans la Revue d’histoire et de littérature religieuses, 1899, p. 97, t. xxi); — saint Jérôme lui-même, dans ses œuvres, utilise l’ancien texte ou le discute, t. xxii-xxx; — l’auteur du livre De promissionibus attribué par erreur à Prosper d’Aquitaine. Le véritable auteur écrivait peut-être en Campanie vers le milieu du Ve siècle, pense Kennedy, Dictionary of the Bible, 1900, t. iii, p. 53. Mais Bardenhewer, Patrologie, p. 485, en fait un Africain; — l’auteur de la version latine de l’Épître dite de Barnabé, version qui peut être de la fin du Ve siècle. Il est douteux que l’auteur appartienne à l’Italie. Le texte de cette version a été publié par Gebhardt et Harnack dans Patr. apost. Opera, Leipzig, 1875, fasc. i, part. 2; 2e édit, 1878. Voir aussi Patr. Gr., t. II.

En Gaule. — Saint Irénée, † 202, dans la version latine de ses œuvres qui est peut-être de la fin du IIe siècle (voir Batiffol, Littérature. 106), t. vii; — Lactance, né probablement en Afrique, mort à Trêves, vers 260-340, t. vi-vii; — saint Hilaire de Poitiers, † 368, t. ix-x; — saint Victrice, évêque de Rouen vers 408, t. xx; — Cassien, † 435, t. xlix; — Salvien; florissait vers 450, t. liii; — saint Avit devienne, vers 450-517, t. lix; — Gildas le Sage, vers la fin du vie siècle (voir Bardenhewer, Patrologie, p. 593), t. lxix.

En Espagne. — Juvencus, écrivait en 330, t. xix; — Priscillien, évêque d’Avila, fin du IVe siècle. Ses œuvres ont été découvertes et publiées par Schepss: Priscilliani quss supersunt, maximam partent nuper deteccit adjectisque commentariis criticis et indicibus primus edidit G. Schepss, Vienne, 1889 (Corpus script, eccl. lat., t. xviii); — Bachiarius, moine, vers l’an 400, t. xx; l’auteur du Liber de divinis Scripturis ou Spéculum, du viiie-ixe siècle. C’est un recueil de textes de l’Ancien et du Nouveau Testament, qui n’est pas dans Migne. Il a été publié: 1. par l’oratorien Viguier en 1654 (voir Bardenhewer, Patrologie, trad. française, Paris, 1898-1899, t. ii, p. 426); 2. par Mai, partiellement dans le Spicilegium Romanum Rome, 1843, t. ix, append. 2, p. 61-75 et 75-86; 3. par le même, au complet dans Patrum nova collectio, t. i, part. 2, Rome, 1852; 4. par Weihrich, en 1887, t. xii du Corpus script. de Vienne. On l’avait attribué à tort à saint Augustin, trompé par ce fait que saint Augustin a publié en effet un ouvrage analogue, appelé aussi Speculum, qui se trouve dans Migne, t. xxxiv, p. 887-1040. Malheureusem*nt, dans cet ouvrage d’Augustin, on a substitué le texte de la Vulgate à l’ancienne version que portait l’ouvrage primitif. Notre Speculum anonyme, au contraire, porte bien toujours l’ancienne version. Parlant du Codex Sessorianus, qui est le principal manuscrit de cet ouvrage, Gregory estime que le texte biblique du Speculum est parent du texte de Priscillien, et confirme son opinion en mentionnant l’avis de Hort qui rangeait cet ouvrage parmi les textes de recension espagnole. Gregory, Prolegomena à l’édit. 8a major du Nouv. Test. grec de Tischendorf, p.961, et Textkritik, Leipzig, 1900-1902, p. 606.

En Afrique. — Tertullien, 150-240, t. i-ii; — saint Cyprien, † 258, t. iii-iv; — l’auteur du De Pascha Computus, en 243. Inter opera S. Cypriani, t. iv; — l’auteur du De Aleatoribus, vers le temps de saint Cyprien. Inter opera S. Cypr., t. iv; — l’auteur de l’Exhortatio ad pœnitentiam, attribuée à tort à saint Cyprien. Inter opera S. 101 LATINES (VERSIONS) DE LA BIBLE ANTÉRIEURES À S. JÉRÔME 102

Cypr., t. iv; — Commodien, vers le milieu du IIIe siècle, t. v. Mais il est douteux que Commodien soit Africain;

— Arnobe de Sicca, commencement du iv «siècle; t. v; — Optat de Milève, écrivait en 368, t. xi; — Tyconius, donatiste; écrivait en 390, t. xviii; — saint Augustin, 354r430, t. xxxii-xlvii; — Capreolus, évêque de Carthage; écrivait en 431, t. lui;— Vigile de Thapse; écrivait en 484, t. lxii; — Fulgence, évêque de Ruspe, vers 458-533, t. txv; — Primasius d’Adrumète, milieu du VIe siècle, t. lxvih; — Victor de Tunis, milieu du VIe siècle, t. Lxviii.

5° Auteurs qui ont étudié les Pères du point de vuedes anciennes versions latines. — Les citations bibliquesdes premiers écrivains latins ont été étudiées, dansces derniers temps, avec beaucoup d’attention. Sansdoute, les Pères ne citent pas toujours leurs textes motà mot, comme nous le taisons aujourd’hui, et c’est pourquoiil est assez difficile de retrouver avec certitude chezla plupart d’entre eux le texte fixe des versions latines deleur époque. Il n’en esl pas moins vrai que pour arriverà démêler l’écheveau des versions ou recensions latines, à connaître parfaitement leurs origines, leur mode depropagation, il est indispensable de tenir le plus grandcompte des citations des Pères. Les travaux faits dansce sens méritent donc d’être signalés. Dès le XVIe siècle, Flavius Nobilius, dans sa traduction latine des Septante, Vetus Testamentum secundum lxx latine redditum, in-f°, Rome, 1588, avait donné l’exemple. Dans desnotes placées en renvoi à la fin de chaque chapitre, ontrouve semés çà et là quelques passages des anciennesversions, simples extraits des œuvres des Pères. Auxviiie siècle, P. Sabatier, bénédictin de la congrégationde Saint-Maur, publiait en 3 in-f° une collection detextes et de fragments embrassant toute la Bible, prisnon seulement des manuscrits, mais encore des écritsdes Pères: Bibliorum Sacrorum latinæ versiones antiquæ seu vetus Italica et cæteræ quæcumque in codicibus manuscriptis et antiquorum libris reperiri potuerunt, quæ cum Vulgata latina et cum textu græco comparantur, Reims, 1743-1749. Le même ouvrage se rencontre avec un simple changement dans le titre: Paris, François Didot. 1751. On a dit avec raison que cet immense travail est «un de ceux qui l’ont le plus d’honneur, à l’érudition française». Revue critique, 28 mai 1870, p. 342. Cf. Mangenot, Les travaux des bénédictins de Saint-Maur, de Saint-Vanne et de Saint-Hydulphe, sur les anciennes versions latines de la Bible, Amiens, 1888. Au XIXe siècle et dans ces premières années du XXe, de nombreuses publications ont paru dans ce genre d’études. Citons les suivantes: 1852, Mai, Patrum nova collectio, Rome, t. i, part. 2, où il publia en entier, comme nous l’avons dit plus haut, le Speculum composé d’extraits de l’Ancien et du Nouveau Testament. — 1860-1864, Vercellone, Variæ lectiones Vulgatæ latinæ, Rome, où l’auteur a inséré divers fragments dont quelques-uns sont tirés des Pères. — 1871, Ronsch, Das Neue Testament Tertullian’s, Leipiis. — 1875, le même, Die alltestamentliche Itala in den Schriften des Cyprian. Vollständiger Text mit kritischen Beigaben, dans la Zeitschrift fur historische Theologie, p. 86-161. Dans cette même revue, Rœnsch avait déjà publié: Beiträge zur patristichen Bezeugung der biblischen Texgestalt und Latinität. I. Aus Ambrosius, 1869, p. 433-479, «t 1870, p. 91-150. H. Aus Lactantius, 1871, p. 531-629.— 1885, P. de Lagarde, Probe einer neuen Ausgabe der lateinischen Uebersetzungen des A. T., Goettingue. L’auteur apporte sur les psaumes i-xvii les citations bibliques de vingt-deux Pères de l’Église. — 1887, Zingerle, Kleine philologische Abhandlungen, Inspruck, IV. Heft, p. 75-89, où il étudie les citations bibliques de saint Hilaire.— 1889, Wunderer, Bruchstücke einer africanischen Bibelübersetzung in der pseudocyprianischen Schrift Exhortatio de pænitentia, Erlangen. — 1890, J. M. Bebb, The Evidence of the early Versions and patristic Quotations on the text of the Books of the New Testament, dans Studia biblica et ecclesiastica d’Oxford, t. ii, p. 185240. — 1892, P. Corssen, Der Cyprianische Text der Acta Apostolorum, Berlin. —. 1893, J. B. Ullrich, De Salviani Scripturæ Sacræ versionibus. Programm der kgl. Studienanstalt zu Neustadt, Neustadt. — 1893, Franz Weihrich, Die Bibelexcerpte de divinis Scripturis und die Itala des Augustinus, dans Sitz-Ber. d. Wien. Akad., . cxxix, philos, histor. Klasse (tirage à part).

— 1894. F. C. Burkitt, The book of Rules of Tyconius edited from the Mss. with an introduction and an examination into the text of the biblical quotations, dans Texts and Studies, t. iii, n. 1, Cambridge. — 1895, Tougard, Saint Victrice. Son livre De laude Sanctorum, Paris. On trouve dans cet ouvrage des fragments ou citations d’une ancienne version latine. — Voir pour d’autres travaux du même genre, parus dans des revues françaises ou étrangères, Nestlé, Urtext und Uebersetzungen der Bibel, Leipzig, 1897, p. 90-91, 94-95.

III. Dans les manuscrits bibliques. — Les manuscritsbibliques ont sur les citations des Pères cet avantagede nous offrir un texte fixé, arrêté, des versionslatines. C’est pourquoi, quand on se propose de déterminerle véritable texte suivi communément dans l’antiquité, ce sont les manuscrits qu’il faut mettre enœuvre les premiers, comme fournissant les matériauxles plus sûrs. — Depuis l’époque où Sabatier rassemblaitdans son grand ouvrage tous les vieux textes latins connusde son temps, on a fait de nombreuses et précieusesdécouvertes de manuscrits. Nous sommes encore relativementpauvres pour l’Ancien Testament; mais pour leNouveau nous avons le droit d’être satisfaits de nos richesses.Dans l’énumération que nous allons donner, nous suivrons l’ordre canonique des livres de la Bible, indiquant pour chaque livre ou groupe de livres les manuscrits qui les renferment au complet ou en partie: et les éditions qui en ont été publiées. Pour plus de détails, voir Samuel Berger, Histoire de la Vulgate pendant les premiers siècles du moyen âge, Paris, 1893;

— Gregory, Prolegomena du Novum Test, grœce de Tischendorf, edit. 8° major, t. iii, 1894, p. 948-971. et Textkritik des neuen Testamentes, t. ii, Leipzig, 1902, p. 594-613 (textes du Nouveau Testament); — Scrivener, A plain Introduction to the criticism of the New Testament, 3e édit., par Miller, London, 1894, t. ii, p. 41-56, Le chapitre où il est question des versions latines n’est pas de Scrivener, mais de H. J. White; — Corssen: Bericht über die lateinischen Bibelübersetzungen, dans Jahresberichtüber die Fortschritte der classischen Altertumswissenschaft fondé par Conrad Bursian, Leipzig, 1899, t. ci, fasc. i, p. 1-83; — Ph. Thielmann, Bericht ûber dos gesammelte handschriftliche Material zu einer kritischen Ausgabe der lateinischen Vebersetzungen biblischer Bücher des alten Testamentes. Extrait des Comptes rendus de l’Académie royale de Bavière, sect. de phil. et d’hist., t. xiii, fasc. ii, p. 205-243. Malgré son titre général, cet ouvrage ne s’occupe que des deutérocanoniques de l’Anc. Test.; — Nestlé, Lateinische Bibelübersetzungen, dans Urtext und Uebersetzungen der Bibel, Leipzig, 1897, p. 86-95 (tirage à part d’articlesparus dans la 3e édit. de la Realencyclopädie für protestantische Theologie und Kirche); — Kennedy, Latin Versions (The Old), dans le t. III du Dictionary of the Bible, de Hastings, Edimbourg, 1900, p. 47-62.

1° Manuscrits complets ou fragmentaires de l’Ancien Testament; leurs éditions diverses. — 1. Pentateuque: Lugdunensis (codex), y-vr siècle, à Lyon, ms. 54. Contient le Pentateuque à partir de Genèse, xvi, 9, et aussi Josué et les Juges. Lord Ashburnham a publié de ce manuscrit le Lévitique et les Nombres, qui faisaient alors partie de sa bibliothèque: Librorum Levitici et Numerorum versio antiqua Itala, e codice Ashburnhamiense, in-f°, Londres, 1868. À son tour, M. U. Robert a 103 LATINES (VERSIONS) DE LA BIBLE ANTÉRIEURES À S. JÉRÔME 104

publié, en 1881, les parties suivantes du Pentateuque: Genèsede xvi, 9 à la fin; Deut., depuis i, 1 jusqu’à xi, 4b; après quoi, il a ajouté comme complément les deux livres déjà édités par Ashburnham: Pentateuchi versio latina antiquissimæ codice Lugdunensi, Paris, 1881. Enfin, en 1900, le même auteur nous a donné la fin du Pentateuque à partir de Deut., xi, 4 b, avec Josué et Juges du même manuscrit qui formait donc un Heptateuque: Heptateuchipartis posterioris versio latina antiquissima e codice Lugdunensi, Lyon, 1900; — Ottobonianus, VIIIe siècle, au Vatican, n. 66. Fragments de la Genèse et de l’Exode, publiés par Vercellone, Variæ lectiones Vulgatæ latinæ, Rome, 2 in-4°, 1860-1864, au t. i, p. 183 et 307. Cf. Apparatus, p. lxxxvi; — Wirceburgensis (palimpseste), vi 8 siècle, à Wurzbourg, ms. 64 a. Fragments de Gen., Exod., Lévit., Deut., publiés par Ranke, Par palimpsestorum Wirceburgensium. Antiquissima Veteris Testamenti versionis latines fragmenta, Vienne, 1871. Cet ouvrage contient aussi les fragments renfermés dans le même manuscrit des prophètes suivants: Osée, Jonas, Isaïe, Jérémie, Lamentations, Ezéchiel et Daniel. Voir ci-dessous Prophètes; — Monacensis (palimpseste), Ve-VIe siècle, à Munich, lat. 6225. Fragments d’Exode, Lévit., Nombres et Deut., publiés par Ziegler, Bruchstücke einer vorhieronymianischen Uebersetzung des Pentateuch aus einem Palimpseste der Bibliothek zu München, Munich, 1883; — Vindobonensis (palimpseste), Ve siècle, à Vienne (Autriche). Fragment de Genèse, publié par Belsheim, Palimpsestus Vindobonensis. Antiquissimæ Veteris Testamenti translationis latinæ fragmentæ codice rescripto, Christiania, 1885; — Mediolanensis (palimpseste), à Milan, c. 73. Fragments du Pentateuque. Peyron en a publié quelques versets seulement: M. Tulli fragmenta ex membranis palimpsestis, Stuttgart et Tubingue, 1824, p. 131. Cf. Corssen, Bericht, p. 36.

2. Josué. —Lugdunensis. Voir ci-dessus, Pentateuque;

Ottobonianus, n. 66. Fragments. Voir ci-dessus, Pentateuque.Publiés par Vercellone. Variæ lect., t. ii, passim;

Gothicus, Xe siècle, en Espagne, à Léon, dans les archives de la collégiale de San-Isidro. Quelques fragments des anciennes versions dans les marges du manuscrit. Voir S. Berger, Hist. de la Vulgate, p. 18-19. Publiés par Vercellone, Varies lect., t. ii, passim.

3. Juges. — Lugdunensis. Voir ci-dessus, Pentateuque;

Ottobonianus, n. 66. Fragments. Voir ci-dessus, Pentateuque. Publiés par Vercellone, Variæ lect., t. ii, passim; — Gothicus. Voir ci-dessus, Josué. Fragments dans les marges du manuscrit. Publiés d’après une copie qui est à la Vaticane par Vercellone, ibid.; — Fritzschianafragmenta. Publiés par Fritzsche, Fragmenta libri Judicum post Petrum Sabatier paullo auctiora, Zurich, 1867.

4. Ruth. — Complutensis, rx» siècle, à Madrid, bibliothèque de l’Université, ms. 31. Publié par S. Berger, Notice sur quelques textes latins inédits de l’Ancien Testament. Paris, 1893. Tiré des Notices et extraits des mss. de la Bibliothèque Nationale, t. xxxiv, 2e partie. Cf. du même sur ce ms.: Hist. de la Vulgate, p. 22.

5. Rois. — Gothicus. Voir ci-dessus Josué. Fragments des quatre livres, aux marges du manuscrit. Publiés par Vercellone d’après la copie du Vatican, Variæ lect., t. ii, passim; — Vindobonensis (palimpseste). Voir ci-dessus, Pentateuque. Fragments de I et II Reg. Publiés par Belsheim en 1885 (op. laud., ibid.); — Fragments de I, II et IV Reg., publiés d’après quelques anciens mss. de Corbie et de Saint-Germain par Sabatier, Bibliorum latinæ versiones, Reims, 1743-1749, t. i; — Fragments de I, II et III Reg. sur deux feuillets de Magdebourg et de Quedlinbourg. Les fragments du I Reg. ont étépubliés par Schum, Das Quedlinburger Fragment einer illustrirten Itala, dans Theologische Studien uni Kritiken, 1876, p. 121-134; le tout par Weissbrodt, Index lectionum Brunsburgensis, 1887. — Autre fragment de Quedlinbourg, fragment du III Reg., publié par A. Düning, Ein neues Fragm. d. Quedl. Italacodex, 1888; — Fragments du I Reg. dans le ms. n. 2 d’Einsiedeln, XVe siècle. Publiés par S. Berger, Notice, etc. Voir ci-dessus, Ruth;

— Fragments du II Reg. dans un ms. de Vienne, publiés par Haupt, Veteris versionis antehieronymianss libri II Reg. sive Samuelis fragmenta, Vindobonensia, Vienne, 1877.

6. Paralipomènes. — Gothicus. Fragments aux marges du ms. Voir ci-dessus, Josué.

7. Esdras. — Deux mss. d’après lesquels Volkmar a publié le texte: Esdras propheta, ex duobus manuscriptis Italæ, Tubingue, 1863.

8. [727 Esdras, apocryphe.] — On trouve le texte latin de cet apocryphe: 1° dans la Vulgate; 2° à la Bibl. Nat., à Paris, latin 111 (publié par Sabatier); 3° à la Mazarine, à Paris, 29; 4° à Douai, n. 7; 5° à Vienne, n. 1191; 6° à Madrid, E. R. 8.

9. [IV Esdræ, apocryphe.] — Le texte est dans la Vulgate. Un fragment perdu, qui est à placer entre v. 35 et 36 du c. iii, a été retrouvé, puis publié en 1875, par Bensly. Depuis, le livre complet a paru dans Texts andStudies de Cambridge, t. iii, n. 2: The fourth Book of Ezra. The latin version edited from the mss., Cambridge, 1895.

10. Tobie. «- Se trouve dans beaucoup de manuscrits: 1° À Paris, Bibl. Nat., latin 6 (dit Bible de Rosas. Voir S. Berger, Hist. de la Vulg., p. 24-25); 93, publié par Sabatier; 161; 11505 et 11553, ces deux derniers encore dans Sabatier. Cf. S. Berger, Hist. de la Vulg., p. 65. — 2°A Metz, ms. 7. — 3° En Espagne, à Léon, codex Gothicus (voir ci-dessus, Josué); à Madrid, Complutensis (voir ci-dessus, Ruth); de nouveau, à Madrid, musée archéologique, Bible de Huesca. Voir Berger, Hist. de la Vulg., p. 20. — 4° À Munich, ms. 6239 du IXe siècle, publié par Belsheim, Libros Tobiæ, Judith, Ester… ex codice Monacensi, Trondhjem, 1893. Cf. S. Berger, ibid., p. 6768, 95-96, 101. — 5° À Milan, bibliothèque Ambrosienne, ms. E 26 inferior. Ct. S. Berger, ibid., p. 138. — 6° Au Vatican, codex Regio-Vaticanus, n. 7, dans Sabatier. Sur Tobie et les autres deutérocanoniques on consultera surtout l’ouvrage de Thielmann indiqué en tête de notre énumération des manuscrits: Bericht, etc.

11. Judith. — Se trouve: 1° À Paris, Bibl. Nat., n. 6, 93, 11505, 11553, comme Tobie (voir ci-dessus), et de plus n. 11549 aussi utilisé par Sabatier. — 2° À Metz, 7.

— 3° En Espagne, dans les mêmes manuscrits que Tobie (ci-dessus). — 4° À Munich, n. 6239 même manuscrit que Tobie (ci-dessus). — 5° En Angleterre, Oxford, Bibl. Bodléienne, Auctarium, E infra 2.

12. Esther. — Se trouve: 1° dans la Vulgate, pour le fragment deutérocanonique non révisé par saint Jérôme, X, 4-xvi. — 2° À Paris, Bibl. Nat., latin 11549, utilisé par Sabatier. — 3° À Lyon, n. 356, qui contient le commencement et la fin d’Esther. Publié en partie par S. Berger, Notice, etc. (ci-dessus, Ruth). Cf. Hist. de la Vulgate, p. C2. — 4° Dans le codex Pechianus, ainsi nommé du nom du chanoine dé Narbonne, Pech, auquel il appartenait. Ce manuscrit aujourd’hui perdu contenait des fragments d’Esther, de ni à la fin. Sabatier s’en est servi dans sa grande publication. — 5° À Madrid, Codex Complutensis (voir ci-dessus, Ruth). — 6° À Munich, n. 6239, même manuscrit que Tobie (voir ci-dessus); n. 6225. Voir Thielmann, Bericht, etc., p. 217. — 7° A Rome, Biblioth. Vallicellane, B 7. Contient c. I-II. Publié par J. M. Carus (nom que prenait par dévotion pour la Vierge le cardinal Tommasi), Sacrorum Bibliorum… veteres tituli sive capitula, sectiones et stichometriæ, in-4°, Rome, 1688, p. 92-93. Utilisé aussi par Sabatier; par Bianchini, Vindiciæ, 1740.

13. Job. — Fragment de Fleury. Contient xliii, 3-9. Dans Sabatier, t. 1, p. 904. Cf, S. Berger, Hist. de la 105 LATINES (VERSIONS) DE LA BIBLE ANTÉRIEURES À S. JEROME 106

Vulg., p. 86; — Gothicus. Fragments dans les marges du manuscrit. Publiés par S. Berger, Notice, etc. (voir ci-dessus, Ruth), p. 20-23. Cf. Hist. de la Vulg., p. 18 sq.

14. Psaumes. — Veronensis, à Vérone. Publié par Bianchini, Psalterium duplex, dans ses Vindiciæ, 1740.

Sangermanensis, à Paris, Bibl. Nat., latin n. 11947. Publié par Sabatier, t. n. — Fragments dans des palimpsestes de Carslruhe, sur lesquels voir F. Mone: Lateinische und griechische Messen, Francfort-sur-le-Main, 1850, p. 40; et du même auteur: De libris palimpsestis tam latinis quam græcis, Carslruhe, 1855, p; 48. — Sur les trois psautiers du Codex Cavensis, voir S. Berger, Hist. de la Vulgate, p. 14-15.

15. Proverbes. — Fragments, à Vienne, Biblioth. Impériale, palimpseste, n. 954. Publiés par Vogel: Beiträge zur Herstellung der alten lateinischen Bibel-Vebersetzung. Zwei handschriftliche Fragmente aus dem Buche des Ezechiel und aus Sprichwörten Salomos zum ersten Male herausgegeben, Vienne, 1868. — Fragments sur deux feuillets palimpsestes conservés au monastère de Saint-Paul, Lavantthal, en Carinthie. Publiés par Mone, De libris palimpsestis, Carlsruhe, 1855. — Codex II de Saint-Gall., VIIIe siècie. Extraits de l’ancienne version, publiés par S. Berger, Notice, etc. (voir ci-dessus, Buth); du même, cf. Hist. de la Vulg., p. 121-122. — Quelques leçons marginales dans le manuscrit latin 11553, Paris, Biblioth. Nat. Cf. S. Berger, Hist. de la Vulg., p. 65-66.

16. Ecclésiaste. — Leçons marginales dans le manuscrit latin 11553, Bibl. Nat., Paris. Voir ci-dessus, Proverbes. — Codex II de Saint-Gall. Extraits de l’anc. version, publiés par S. Berger, Notice, etc., comme ci-dessus, Ruth. Du même, voir Hist. de la Vulg., p. 121122.

17. Cantique des Cantiques. — Mêmes manuscrits que pour l’Ecclésiaste, mêmes publications de M. S. Berger.

18. Sagesse. — Dans la Vulgate, texte non révisé de l’ancienne version. Paul de Lagarde a donné une édition du texte de la Sagesse, dans ses Mittheilungen, Gœttingue, 1884, p. 241-282.

19. Ecclésiastique. — Dans la Vulgate, texte non révisé de l’ancienne version. Voir ici encore l’édition de Lagarde, ibid., p. 283-378. — Fragment de Toulouse. Publié par Mgr Douais, Une ancienne version latine del’Ecclésiastique, Paris, 1895, gr. in-8° de 36 p. Cl. Herkenne, De veteris latinæ Ecclesiastici capitibus 1-XLI1I una cum notis ex ejusdem libri translationibus æthiopica, armeniaca, copticis, latina altera, syro-hexaplaridepromptis, Leipzig, 1899.

20. Prophètes divers. — Wirceburgensis (palimpseste), VIe siècle, à Wurzbourg, bibliothèque de l’Université, ms. 64°. Contient des fragments des prophètes Osée, Jonas, Isaïe, Jérémie, Lamentations, Ezechiel, Daniel (où l’on trouve Oratio Azariæ, Bel et Draco). Publiés en partie par Münter, Fragmenta versionis antiques latinse antehieronymianæ Prophetarum Jeremiæ, Ezechielis, Danielis et Hoseæ, e codice rescripto Wircehurgensi, Copenhague, 1819. Publiés au complet par Ranke, Par palimpsestorum Wirceburgensium. Antiquissimæ Veteris Testamenti versionis latinæ fragmenta, Vienne, 1871. Cf. ci-dessus, Pentateuque, Wirceburgensis. — Ms. de Weingarten, dont on a les divers fragments à Fulda, Darmstadt, Stuttgart et au monastère de Saint-Paul en Carinthie, Lavantthal. Ils contiennent des passages des prophètes suivants: Osée, Amos, Michée, Joël, Jonas, Ézéchiel, Daniel. M. Ranke a publié: Fragmenta versionis sacrarum Scripturarum latinæ antehieronymianæ e codice manuscripto, 2 in-4°, Marbourg, 1860 (fragments d’Osée, Amos, Michée, Joël, Jonas, Ezechiel et Daniel), 2e édit., Vienne, 1868, avec un appendice de Vogel, contenant les fragments d’Êzéchiel, du même manuscrit, retrouvés parSickel, au monastère des bénédictins de Saint-Paul, Lavantthal, en Carinthie: Beiträge zur Herstellung, etc. (voir Proverbes), Vienne, 1868. Ranke retrouva plus tard, à Stuttgart d’autres fragments des prophètes Amos, Ezéchiel et Daniel: Ernesti Ranke, Antiquissimæ Veteris Testamenti Versionis Latinæ fragmenta. Stuttgardiana, in-4, Marbourg, 1888. Enfin, en 1897, M. Corssen ayant découvert à Darmstadt d’autres fragments du manuscrit, les a publiés sous ce titre: Zwei neue Fragmente der Weingartener Prophetenhandschrift, in-4°, Berlin, 1899. Ce sont encore des fragments d’Êzéchiel et de Daniel. — Lectionarium Bobbiense, à Turin. Contient des fragments d’Isaie et de Jérémie, découverts par Amelli. Non publiés. Voir Ziegler, Die lateinischen Bibelûbersetzungen, Munich, 1879, p. 105, n. 2.

21. Cantiques de divers prophètes. — Sous ce titre groupons les publications de cantiques faites par les auteurs suivants: Sabatier, t. II. — Bianchini, dans ses Vindiciæ, où il publie 7 cantiques d’après un manuscritdes Psaumes de Vérone. — Fleck, Fragmenta Italæ vetustissimæ V. T. e codice reg. Armamentarii parisiensis Cantica: Dmt., xxxii; Habac., m; IBeg., li; Isaias, xxvi; Daniel, iii). Dans Wissenschaftliche Reise durch das südliche Deutschland, t. ii, part. 3, p. 337, Leipzig, 1837. — Hamann, Canticum Moysi, Iéna, 1874.

22. Jérémie. — Sangallensis, à Saint-Gall, n. 912. Fragments, publiés par Tischendorf, Anecdota sacra et profana, 2 a edit., 1861, p. 231; et plus complètement par Burkitt dans son ouvrage: The Old latin and the Itala, Cambridge, 1896, dans Texts and Studies, t. iv, n. 3.

23. Baruch. — On le trouve: 1° dans la Vulgate, texte non revisé; — 2° à Paris, Bibl. Nat., latin 11, 161, 11951, ce dernier publié par Sabatier; — 3° de nouveau à Paris, Bibl. de l’Arsenal, n. 65 et 70; — 4° à Reims, n. 1, voir encore Sabatier; — 5° à Rome, Vallicellane, B 7. Publié par Sabatier; par Bianchini, Vindiciæ; par Carus, op. laud. (voir ci-dessus, Esther), p. 147-150; — 6° Cassinensis, 35; — 7° à Léon, en Espagne, codex Gothicus. Voir Hoberg, Die älteste lateinische Uebersetzung des Büches Baruch, 2e édit., Fribourg-en-Brisgau, 1902, p. 22. Cf. ci-dessus, Josué.

24. Daniel. — Dans la Vulgate, fragments deutérocanoniques non révisés, iii, 24-100 et xiii-xiv.

25. 1 Machabées. — 1° Dans la Vulgate, texte non révisé. — 2° Complutensis, ixe siècle, à la bibliothèque de l’Université de Madrid, n. 31. Des fragments en ont été publiés par S. Berger, Notice (comme ci-dessus, Ruth). Cf. Histoire de la Vulgate, p. 22. — 3° Fragments dans le codex 356 de Lyon. S. Berger en a donné quelques-uns dans Notice. — Fragments, I-XIII, à Paris, Bibl. Nat., latin, n. 11553. Publié par Sabatier.

26. II Machabées. — 1° Dans la Vulgate, texte non revisé. — 2° À Milan, Bibl. Ambrosienne, ms. E 26 infer. Publié par A. Peyron, M. Tullii Ciceronis Orationum fragmenta inedita, Stuttgart, 1824, p. 70. Voir S. Berger, Hist. de la Vulg., p. 138. — 3° Complutensis, et 4° Codex 356 de Lyon. Des fragments de ces deux manuscrits ont été publiés par S. Berger, Notice (ci-dessus I Mach.).

— 5° Fragments à Rome, Vaticane, lat. 474. Publiés par G. Mercati, Fragmenti Urbinati d’un’antica versione latina del libro II de’ Maccabei editi ed illustrati, dans la Revue biblique, 1er avril 1902, p. 184-211.

Manuscrits complets ou fragmentaires du Nouveau Testament; leurs éditions diverses. — i. Évangiles. — a. Vercellensis, IVe siècle, à l’église cathédrale de Verceil. Contient les quatre Évangiles presque en entier. Publié par J. Irico, Sacrosanctus Evangeliarum codex S. Eusebii Magni, Milan, 1748; par Bianchini, Evangeliarium quadruplex latinæ versionis antiquæ, Rome, 2 in-fol., 1749; réimprimé par Migne, Patr. Lat., t. xii; de nouveau édité par Belsheim, Codex 107 LATINES (VERSIONS) DE LA BIBLE ANTÉRIEURES À S. JÉRÔME 108

Vercellensis, Quattuor Evangelia, Christiania, 1894. — a 3. Curiensia fragmenta, V-VIe siècle, en Suisse, à Coire, Rhetisches Museum. Fragments de Luc. Publiés par Ranke, Curiensia Evangelii Lucani fragmenta latina, Vienne, 1874; par Wordsworth, Sanday et White dansOld latin biblical Texts, n. ii, Oxford, 1886. — a 2 (autrefoisn). Sangallensia fragmenta, V-VIe siècle, en Suisse, au monastère de Saint-Gall, ms. 1394, vol. I; ms. 172, fol. 256; item, à la bibliothèque de la ville ou Vadiana bibliotheca, 70. Publié par Batiffol, Fragmenta Sangallensia, Contribution à l’histoire de la Vetus Itala, Paris, 1885. Voir du même auteur: Note sur un évangéliaire de Saint-Gall, Paris, 1884. Publié aussi comme le précédent dans les Old latin biblical Texts, ibid. Les feuillets de ces fragments appartenaient autrefois au même manuscrit que les Curiensia fragmenta ci-dessus. — a 2 (autrefois o). Sangallense fragmentum, viie siècle, encore dans le ms. 1394, t. i. Éditépar Batiffol avec le précédent (ancien n) et de même dans les Old latin biblical Texts, ibid. — a 2 (autrefois p). Sangallense fragmentum, VIIe-VIIIe siècle, toujours dans le manuscrit 1394, mais cette fois t. n. Publié par Forbes dans Arbuthnott Missal, préface, p. xlviii, Burntisland, 1864; par Haddan et Slubbs dans Councils and ecclesiaslical documents relating to Great Britain and Ireland, t. i, appendix G, p. 197, Oxford, 1869; et de nouveau avec les précédents dans Old latin bibl.Texts, ibid.; enfin, par Batiffol dans Note sur un évangéliairede Saint-Gall, Paris, 1884. — b. Veronensis, IV-Ve siècle, à Vérone, bibliothèque du chapitre de la cathédrale. Les quatre Évangiles. Publié par Bianchini, Evangelium quadruplex. — c. Colbertinus, XI-XIIIe siècle, à Paris, Bibl. Nat., latin 254. Les quatre Évangiles; le reste du manuscrit est de la Vulgate. Publié par Sabatier, Bibliorum sacrorum latinæ versiones; par Belsheim, Codex Colbertinus Parisiensis. Quatuor Evangelia ante Hieronymum latine translata post editionem Petri Sabatier cum ipso codice collatam denuo edidit J. B., Christiania, 1888. — d. Cantabrigiensis, græco-latinus (appelé autrefois Claromontanus, et plus connu aujourd’hui sous le nom de Codex Bezæ = D grec des Évangiles; ne pas le confondre avec le Claromontanus Parisiensis, autre gréco-latin, qui est le D grec des Épîtres paulines et le d. latin de ces mêmes Épîtres), VIe siècle, à Cambridge, Bibl. de l’Université, n.2.41. Contient Évangiles et Actes. Publié par Kipling, Codex Theodori Bezæ Cantabrigiensis, 2 in-fol., 1793; par Scrivener, Bezæ Codex Cantabrigiensis, being an exact copy, in ordinary type, of the celebrated uncial græco-lalin manuscript of the four Gospels and Acts of the Apostles, written early in the sixth century, and presented to the university of Cambridge, by Theodore Beza. A. V. 1581, in-4°, Cambridge, 1864. — e. Palatinus, IVe-Ve siècle, à Vienne, latin 1185. Quatre Évangiles. Publié par Tischendorf, Evangelium palatinum ineditum sive reliquise textus Evangeliorum latini ante Hieronymum versi ex codice Palatino purpureo quarti vel quinti post Christum seculi, Leipzig, 1847, — Fragment de e. Matth., xiii, 1323, à Dublin, Trinity College, n. 4-18. Publié par Abbot, Par palimpsestorum Dublinensium, Londres, 1880. — Autres fragments de e, à Rome, Bibliothèque Vallicellane, II. 66, mais cette fois simple copie faite en 1762 pour Bianchini. Publiés d’après cette copie par H. Linke, Neue Bruchstücke des Evangelium Palatinum, dans Sitzungsberichte der bayerischen Akademie, Munich, 1893, t. i, p. 281-287. Belsheim a réédité le tout, c’est-à-dire le codex Palatinus et les fragments, Evangelium Palatinum, Christiania, 1896. — v. Brixianus, VIe siècle, à Brescia, bibliothèque du chapitre. Quatre Évangiles. Publiés par Bianchini (voir a); par Migne, Patr. Lat., t. XII; par Wordsworth et White dans leur édition du Nouveau Testament selon saint Jérôme: Novum Testamentum D. N. Jesu Christi latine, secundumeditionem sancti Hieronymi, Oxford, fasc. 1, 1889; fasc. 2, 1891; iasc. 3, 1893; fasc. 4, 1895; fasc. 5, 1891. — v. 1. Corbeiensis primus, vme-xe siècle, autrefois au monastère de Corbie en Picardie, maintenant àPétersbourg, Bibl. Impériale, D 326. Contient saint Matthieu. Publié par Martianay, Vulgata antiqua latina et ltala versio evangelii secundum Matthæum, Paris, 1695; par Sabatier; par Bianchini; par Migne d’aprèsBianchini, P. h., t. XII; par Belsheim, Das Evangelium des Matthæus nach dem lateinischen Codex v. 1 Corbeiensis auf der kaiserlichen Bibliothek zu Sanct Petersburg von neuem in verbesserter Gestalt herausgegeben. Nebst einem Abdruck des Briefes Jacobi nach Martianays Ausgabe von 1695, Christiania, 1881. —v. 2. Corbeiensis secundus, vie-vne siècle, à Paris, Bibl. Nationale, lat. 17225. Les quatre Évangiles. Les leçons de ce manuscrit ont été données par Aug. Calmet, Nouvelles dissertations importantes et curieuses surplusieurs questions qui n’ont point été touchées dans le Commentaire littéral sur tous les livres de l’Ancien et du Nouveau Testament, Paris, 1720; item, par Sabatier; par Bianchini. Le texte a été publié au complet par Belsheim: Codex v. 2 Corbeiensis sive Quatuor Evangelia ante Hieronymum latine translata, Christiania, 1888. — g 1. Sangermanensis primus, VIIIe-IXe siècle, à Paris, Bibl. Nat., latin 11553, ancienne version latine seulement pour Matthieu et texte mêlé d’anciennes leçons pour les autres Evangiles. Cité parRobert Estienne dans sa Bible latine de 1538-1540 et dans celle de 1546; collationné et utilisé par Martianay dans son édition de v. 1 (ci-dessus); utilisé d’après Martianay par Bianchini; publié par Wordsworth dans Oldlalin bibiical Texts, n. 1: The Gospel according to saint Matthew from the Saint Germain ms. g 1, Oxford, 1883. — g 2. Sangermanensis secundus, s* siècle, à Paris, Bibl. Nat., latin 13169. Cf. S. Berger, Histoire de la Vulgate, p. 48. — h. Claromontanus, IVe-VIIe siècle, à Rome, au Vatican, latin 7223. Ancienne version latine seulement pour Matthieu. Utilisé par Sabatier; publié par Mai, Scriptorum veterum nova collectio, t. iii, p. 257, Rome, 1828; et de nouveau par Belsheim, Evangelium secundum Matthseume codice olim Claromontano nunc Vaticano, Christiania, 1892. — i. Vindobonensis, Ve-VIIe siècle, à Vienne, lat. 1235. Contient en grande partie Marc et Luc. Utilisé par Bianchini; publié pour la partie de Marc, par Alter dans Neues Repertorium fur bibl. und morgenl. Literatur, Iéna, t. iii, p. 115-170, 4791; et, pour la partie de Luc, dans les Memorabilia de Paulus, t. vii, p. 58-95, Leipzig, 1795; au complet, par Belsheim, Codex Vindobonensis membranaceus purpureus. Antiquissimæ Evangeliorum Lucæ et Marci translationis latinæ fragmenta, Leipzig, 1885. — j. Voir plus loin z. — k. Bobbiensis, Ve-VIe siècle, à Turin, Bibl. de l’Université, G. VII, 15. Grands fragments de Marc et de Matthieu. Publié par Fleck, Anecdota sacra, Wissenschaftliche Reise, Leipzig, 1837, t. II, part. 3, p. 1-109; par Tischendorf, dans Jahrbücher der Literatur, Anzeige-Blatt, Vienne, 18471849, vol. 120, 121, 123, 124 et 126; par Wordsworth, Sanday et White, dans Old latin biblical Texts, a. n: Portions of the Gospels according to saint Mark and saint Matthew, from the Bobbio ms. k, Oxtord, 1883. — 1. Rehdigerianus (non Rhed.), VIIe siècle, à Breslau, église Sainte-Elisabeth. Quatre Évangiles. Publié partiellement par Scheibel, Codex quatuor evangeliorum latinus Rehdigerianus, Matthæus et Marcus, Breslau, 1763. Leçons du manuscrit insérées par David; Schulz dans sa troisième édit. du Nov. Tes. gr. de Griesbach, Berlin, 4827, t. I. Publié par Haase, Evangeliorum quattuor vetus latina interpretatio ex codice Rehdigerano nunc primum edita, Breslau, 1865-1866. — m. Sessorianus, VIIIe-IXe siècle, à Rome, Bibliothèque 109 LATINES (VERSIONS) DE LA BIBLE ANTÉRIEURES À S. JÉRÔME 110

dite Sessorienne du monastère de Sainte-Croix de Jérusalem, manuscrit principal du Liber de divinis Scripturis, ou Speculum dit de saint Augustin, contenantdes extraits de presque toute l’Écriture. Peut-être eût-ilété préférable de ne point classer ce codex parmi lesmanuscrits bibliques à texte continu. Voir ci-dessus cequi a été dit du Speculum, quand nous avons énuméréles Pères d’Espagne. — n, o, p, devenus a2. Voir ci-dessus— q. Monacensis (autrefois Frisingensis), VIe-VIIesiècle, à Munich, Bibl. Royale, latin 6224. Quatre Évangiles. Publié par White dans Old latin bibl. Texts, n. iii, Oxford, 1888. — r 1. Usserianus primus, VIe-VIIe siècle, à Dublin, Trinity Collège, A. iv, 15. Quatre évangiles. Publié par Abbot, Evangeliorum versio antehieronymiana, ex codice Usseriano (Dublinensi), adjecta collalione codicis Usseriani alterius, Dublin, 1884. — r 2. Usserianus secundus, IXe-Xe siècle, à Dublin, Trinity Collège, A. IV, 6. Quatre Évangiles. Leçons publiées par Abbot, avec r 1. — s. Ambrosiana fragmenta, VIe siècle, à Milan, Bibl. Ambrosienne, C 73 int. Publié par Ceriani, Monumenta sacra et profana, t. i, fasc. 1, Milan, 1861, p. 1-8; Fragmentum Evangelii sancti Lucæ ex vetere latina versione seu recensione; par Wordsworth, Sanday et White dans Old latin bibl. Texts, n. ii, Oxford, 1886. — t. Bernensia fragmenta, palimpseste du Ve-VIe siècle, à Berne, bibliothèque de l’Université, ms. 611, foll. 143 et 144. Publiés par Hagen, Ein Italafragment aus einem Berner Palimpsest des VI. Jahrhunderts, dans la Zeitschrift fur wissenschaftliche Theologie, Leipzig, a. 1884, p. 470-484; par Wordsworth, Sanday et White dans Old latin bibl. Texts, n. ii, Oxford, 1886. — v. Vindobonense fragmentum, VIIe siècle, à Vienne, au commencement du latin 502, qui est intitulé: Pactus legis ripuariæ. Publié par White, Old latin Texts, n. iii, Oxford, 1888. — z (j chez plusieurs auteurs). Sarzannensis Saretianus, Ve siècle, découvert à Sarezzano, près de Tortone, par Amelli. Voir G. Amelli, Un antichissimo codice biblico latino purpureo conservato nella Chiesa di Sarezzano presso Tortona, Milan, 1872; 2e édit., 1885, où l’auteur ne donnait qu’un passage des longs fragments de Jean contenus dans ce manuscrit. Le manuscrit est maintenant au Mont-Cassin et a été publié par le même éditeur: Un antichissimo codice biblico latino purpureo, Mont-Cassin, 1893. Voir Archiv fur latein. Lexikogr. und Grammatik, Leipzig, 1894, p. 323, et Kennedy, article cité, p. 51, contrairement à Corssen, Bericht, p. 23, et Gregory, Textkritik, p. 608, où il se réfère à Corssen.

2. Actes des Apôtres. — A. Cantabrigiensis. Le même que pour les Évangiles. Voir ci-dessus. — e. Laudianus. Manuscrit gréco-latin (= E des mss. grecs pour les Actes), VIe siècle, à Oxford, Bibl. Bodléienne, 35. Publié par Thomas Hearne, Acta Apostolorum græcolatine e codice Laudiano, Oxford, 1715; par Sabatier (op. cit.), d’après Hearne; par Andr. Christian Hwiid, Libellus criticus, Copenhague, 1785, probablement d’après Hearne; par Tischendorf, dans Monumenta sacra inedita. Nova collectio, t. IX, 1870, après deux collations distinctes faites en 1854 et 1865; par J. Belsheim, Acta Apostolorum ante Hieronymum latine translata, ex codice latino-græco Laudiano Oxoniensi, Christiania, 1893. — g. Gigas Holmiensis, xme siècle, à Stockholm. On y trouve une ancienne version pour les Actes et l’Apocalypse, la Vulgate pour le reste. Publié par Belsheim, Die Apostelgeschichte und die Offenbarung Johannis in einer alten lateinischen Uebersetzung, Christiania, 1879. Voir Gigas Librorum, t. iii, col. 238. — g 2. Mediolanense fragmentum, xe-xie siècle, à l’Ambrosienne de Milan. Publié par Ceriani, Monumenta sacra et profana, t. i, fasc. 2, p. 127-128, Milan, 1866. — h. Floriacus codex. Palimpseste de Fleury-sur-Loire, VIe-VIIe siècle, aujourd’hui à Paris, Bibl. Nat., lat. 6400 G. Publié en partie par Sabatier (op. cit.); par Vansittart, dans Journal of Philology, Londres, t. II, 1869, p. 240-246; t. IV, 1872, p. 219-222; par Omont, Bibliothèque de l’École des Chartes, 1883, t. xuv. Publié au completpar Belsheim, Appendix epistularum Paulinarum ex codice Sangermanensi Petropolitano in quo continetur I Collatio Ep. Paulinarum cum codice Claromontano-Parisiensi; II Palimpsestus Parisiensis, fragmenta Act. Apost., Ep. Petri, Ep. Joh. primæ, Apocalypseos Joh., ex codice rescripto Parisiensi, Christiania, 1887; enfin par S. Berger, Le palimpseste de Fleury, Paris, 1889. — m. Sessorius ou Speculum. Voir m. des Évangiles. — p. Parisiense fragmentum, xiiie siècle. Comprendi-xiii, 6 et xxviii, 16-31. À la Bibl. Nat., latin 321.Découvert et publié par S. Berger, Un ancien texte latin des Actes des Apôtres retrouvé dans un manuscrit provenant de Perpignan. Tiré des Notices et extraits des mss. de la Bibl. Nat., Paris, t. xxxv, 1re partie, 1895. Le même auteur a également publié xxviii, 16-31, dans les Mélanges Julien Havet, Paris, 1895, p. 9-14: De quelques anciens textes des Actes des Apôtres. Cf. du même, Hist. de la Vulgate, p. 77. — s. Bobbiensis palimpsestus, y-w siècle, à Vienne, latin 16. Publié par Tischendorf, Jahrbücher der Literatur, Anzeige Blatt, Vienne, t. cxx, 1847, p. 36-44; par Belsheim, Fragmenter af apostlernes Gjerninger, Jakobs Brev og 1 st Petri Brev i den seldste latinske Bibeloverseettelse efter en Palimpsest i det keiserlige Hofbibliothek i Wien, dans Theol. Tidskrift for den evang. luth. Kirke i Norge, 3. Reihe, Christiania, 1886, t. i, fasc. 3, p. 307-326; par White dans Old lat. bibl. Texts, n. iv, Oxford, 1897; — w. Au château de Wernigerode, dans le Harz (Bohême), chez le comte de Stolberg, manuscritt Za 81, XVe siècle. Blass en a publié les leçons: Neue Texteszeugen fur die Apostelgeschichte, dans Theologische Studien und Kritiken, année 1896, p. 436-471. — x. Bodleianensis, fonds Selden 30, vne-vme siècle, à Oxford. Voir S. Berger, Hist. de la Vulgate, p. 44 et 398; — Bibl. de Rosas, à Paris, Bibl. Nat., latin 6. Leçons et passages de l’ancien texte. Voir S. Berger, Hist., p. 24-25.

3. Épîtres catholiques. — ff. Corbeiensis, Xe siècle, à Pétersbourg, Q. v, i, 39. Épître de saint Jacques. Publié par Martianay, en 1695 avec v. 1. des Évangiles (voir plus haut); par Sabatier (Op. laud.); par Belsheim, une première fois d’après Martianay: Das Evangelium des Matthieus nebst einem Abdruck des Briefes Jacobi nach Martianays Ausgabe, Christiania, 1881; par lemême, une seconde lois, d’après le manuscrit: Der Brief des Jakobus in aller lateinischen Uebersetzung, Christiania, 1883; par Wordsworth, dans les Studia biblica et ecclesiastica, t. i, Oxford, 1885. — h. Le même que pour les Actes. Voir ci-dessus. — m. Le même que pour les Évangiles et les Actes. Voir ci-dessus. — q (g dans Nestlé). Monacense fragmentum, vie-vne siècle, àMunich, Clm. 6436. Fragments de I Pétri, II Pétri, I Joan. Ziegler a publié les fragments de Pierre dans Bruchstücke einer vorhieronymianischen Uebersetzung der Petrusbriefe, Munich, 1877; et ceux de Jean dans Italafragmente, Marbourg, 1876. — s. Contient fragments de Epist. Jacobi et del Pétri. Le même que pour les Actes. Voip eiTdessus. Voir aussi S. Berger, Hist. de la Vulgate, n° 8-10, sur un texte de I Joa., dans un palimpseste conservé aux archives de la cathédrale de Léon (Espagne).

4. Épîtres de saint Paul. — d. Claromontanus, græco-latinus (= D paul.; ne pas confondre avec le Codex Bezæ, D evang.), VIe siècle, à Paris, Bibl. Nat., gr. n. 107. Publié par Sabatier; par Tischendorf, Codex Claromontanus, Leipzig, 1852. — e ( =E paul.). Sangermanensis, græco-latinus, IXe siècle, maintenant à Pétersbourg. Publié par Sabatier; par Belsheim, Epistulæ Paulinæ ante Hieronymum latine translatæ ex codice Sangermanensi. gr.-lat.; olim Parisiensi, nunc 111 LATINES (VERSIONS) DE LA BIBLE ANTÉRIEURES À S. JÉRÔME 112

Petropolitano, Christiania, 1885. — f (= F paul.). Augiensis, græco-latinus, IXe siècle, à Cambridge, Trinity college, B, 17, 1. Publié par Scrivener, An exact transcript of the codex Augiensis, Cambridge, 1859. — g (= G paul.). Bœrnerianus, græco-latinus, IXe siècle, à Dresde, A. 145 b. Publié par Matthæi, Tredecim Epistolarum Pauli Codex græcus Bœrnerianus, Misniae (Meissen), 1791. Une seconde édition a paru en 1818. — gue. Guelferbytanus palimpsestus, VIe siècle. Fragments de l’Ép. aux Romains, à Wolfenbüttel, Weissemburg, 64. Publié par Knittel avec des fragments de la version gothique, Ulphilæ versio Gothica nonnullorum capitum Ep. Pauli ad Rom., Brunswick, 1762; par Tischendorf, Anecdota sacra et profana, Leipzig, 1835, p. 153-158.— r. Frisingensis, ve-vie siècle. Fragments de diverses Épîtres, à Munich, Clm. 6436. Publié par Ziegler, Italafragmente der Paulinischen Briefe, Marbourg, 1876.— Deux autres fragments du même manuscrit trouvés par Schnorr von Karolsfeld en 1892, ont été publiés par Wölfflin, Neue Bruchstücke der Freisinger Itala, dansSitzungsberichte der Mùnchener Akademie, 1893, I. Band, p. 253-280. — r 2. Fragments de Philipp. et 1 Thess., VIIe siècle, à Munich, Clm. 6436. Publiés parZiegler avec r, Italafragmente comme ci-dessus. — r 3. Fragments de Rom., Gal., VI-VIIe siècle, au monastère de Göttweig sur le Danube. Publiés par Rönsch, dans la Zeitschrift fur wissenschaftliche Theologie, Leipzig, 1879, p. 224-234. — x 2. Oxoniensis, IXe siècle, à Oxford, Bibl. Bodléienne, Laud, lat. 108, E, 67. Texte corrigé trois fois.

5. Apocalypse. — g. Gigas Holmiensis. Voir g des Actes. — m. Sessorianus ou Speculum. Voir m des Évangiles et des ictes. Cf. H. Linke, Studien zur Itala, I. Die vorhieronymische Ueberlieferung der Offenbarung Johannis. u. Zum Codex Sessorianus. m. Mœnianum, Breslau, 1889. — h (reg chez Gregory). Floriacum fragmentum. Voir h des Actes. C’est le latin 6400 G, Bibl. Nat., Paris. Il contient, aux folios 115 v° et 118 v°, les fragments suivants: i, 1-n, 1; viii, 7-ix, 12. Publiés par Omont dans la Bibliothèque de l’École des Chartes, t. xliv, 1883, p. 445-451; par Vansittart, Journal of Philology, London et Cambridge, t. iv, 1872, p. 219222; par Belsheim et S. Berger (op. cit.). Voir ci-dessus, h des Actes.

II. À quelle époque se fit la traduction des Écritures en latin. — Les textes que nous venons d’énumérer donnent lieu à un certain nombre de questions que nous allons maintenant examiner. La premiers concerne l’époque où fut faite la traduction en latin de nos textes sacrés. Les plus anciens manuscrits que nous ayons rencontrés sur notre route sont des IVe et Ve siècles seulement. Mais grâce aux écrits des Pères, il nous est possible de remonter beaucoup plus haut. Saint Cyprien, dont la vie s’étend du commencement du m» siècle à l’an 258, avait certainement sous la main, quand il écrivait, une Bible latine, on peut dire complète; car il cite à chaque instant et dans les mêmes termes, des textes pris de presque toute l’Écriture; il a même publié des ouvrages, comme l’Epistola ad Fortunatum de Exhortatione Martyrii et les Testimoniorum contra Judæos libri tres (Patr. Lat., t. iv), qui ne sont autre chose que des collections de textes sacrés en latin. Aussi peut-on parler en toute rigueur de la Bible latine de Cyprien. Voir P. Monceaux, La Bible latine en Afrique, parue dans la Revue des Etudes juives, 1901, surtout p. 152-172.

— Avant saint Cyprien, Tertullien, qui naît en pleinIIe siècle pour prolonger sa longue carrière jusque versl’an 240, cite également presque tous les livres del’Écriture et plusieurs même de ceux que nous nerencontrons pas sous la plume de Cyprien. À peine s’ilen est quatre ou cinq que Tertullien n’ait employés. Ilest vrai que ses citations ne se reproduisent pas toujoursdans les mêmes termes, ce qui a fait penser à plusieursque peut-être il traduisait directement le texte grecqu’il avait certainement en sa possession et auquel plusieursfois il se réfère. Mais comme précisément il seréfère au grec pour discuter certaines interprétationsadmises dans l’Église de Carthage, il est donc évidentque ces interprétations ou versions latines existent. VoirDe monog., 11, t. ii, col. 946; Advers. Marc, ii, 9, col. 294. C’est aussi des versions latines, croyons-nous, malgré la nouvelle explication que l’on a essayé de donnerà ce passage (Voir Corssen, Bericht, p. 13) queparle Tertullien quand il dit: Hæc sunt enim duo Testamenta, sive duæ ostensiones, sicut invenimus interpretatum (Adv. Marc, v, 4, t. ii, col. 478). Cf. P. Monceaux sur Tertullien, loc. cit., p. 138-151. — Bien antérieurement à Tertullien, nous trouvons encore un témoignage formel que l’on avait traduit des livres de l’Écriture en latin dès le milieu, sinon dés le début du IIe siècle. Les Acta Martyrum Scillitanorum, qui sont le plus ancien document chrétien de l’Église d’Afrique (voir Harnack, Geschichte der altchristlichen Literatur, t. i, lasc. 2, Leipzig, 1893, p. 817-819; Bardenhewer, Les Pères de l’Église, trad. franc., t. i, Paris, 1898, p. 234-235), nous rapportent qu’en l’an 180, douze martyrs furent décapités à Scillium, en Numidie, par ordre du proconsul Saturninus. Or dans l’interrogatoire des saints martyrs, nous lisons ceci, d’après le texte original latin (British Muséum, n. 11880) [publié par Armitage Robinson: Le proconsul Saturninus dit: Qu’y a-t-il dans vôtre boîte? — Speratus (l’un des martyrs) dit: Les livres et les Épîtres de Paul, homme juste: Libri et Epistulæ Pauli, viri justi.» Voir A. Robinson, Texts and Studies, t. i, n. 2, Cambridge, 1891, p. 114. Selon la version grecque du manuscrit de la Bibl. Nat. daté de 890 (Fonds grec, n. 1470, Martyrium S. Sperati), la réponse du martyr serait: «Les livres en usage chez nous et les Épîtres de Paul, homme saint: Αἱ ϰαθ' ἡμᾶς βιβλοι ϰαὶ αἱ προσεπὶ τούτοις Ἐπιστολαὶ Παύλου τοῦ ὁσίου ἀνδρός. Cité dans Robinson, ibid., p. 115. Plus clairement selon un texte latin de Baronius, reproduit par Ruinart et Robinson: Quatuor Evangelia Domini Nostri Jesu Christi, et Epistolas sancti Pauli apostoli, et omnem divinitus inspiratam Scripturam. Ruinart, Acta martyrum, édit. de Ratisbonne, 1859, p. 132; Robinson, ibid., p. 120. Et enfin un autre texte latin (Bibl. Nat., fonds latin, nouvelles acquisitions, n. 2179) fait dire plus simplement au martyr: Libri Evangeliorum et Epistolæ Pauli viri sanctissimi apostoli. Texte reproduit aussi par Ruinart, ibid., p. 133, et par Robinson, ibid., p. 119. Comme on le voit, quant au fond, l’accord est complet, les martyrs de Scillium possédaient les Épîtres de Paul et d’autres livres sacrés, qu’il est plus difficile de déterminer.Or ces martyrs étaient des gens du peuple et desesclaves, qui ne pouvaient évidemment comprendre lesÉcritures que dans leur propre langue. Il n’est doncpas douteux que dès cette époque, en l’an 180, «les livreset les Épîtres de Paul» ne fussent traduits etmême répandus parmi le peuple chrétien d’Afrique. Cl.P. Monceaux, loc. cit., p. 137-138. Faut-il, avec saintAugustin, remonter plus haut encore et parler «despremiers temps de la foi», comme étant ceux où l’oncommença à traduire les saintes Lettres en latin? Envérité, il n’est guère possible d’en douter, si l’on veutbien, à défaut de textes plus anciens que les précédents, examiner cette question en dehors de tout esprit departi. Chacun sait que l’Écriture en langue vulgaire estpour l’évangélisation d’un peuple un objet de premièrenécessité. Les premiers apôtres de l’empire romaindurent traduire ou faire traduire de bonne heure lesLivres saints, dans cette langue latine que parlait lepeuple romain, en Italie, dans les Gaules, en Espagne ou en Afrique.

On a dit, il est vrai, qu’à cette époque le grec était 113 LATINES (VERSIONS) DE LA BIBLE ANTÉRIEURES À S. JÉRÔME 114

partout connu dans la société romaine, et qu’à Rome même les premiers monuments de la civilisation chrétienne, la liturgie, l’épigraphie, les documents émanés des apôtres Pierre et Paul, et de tous les papes jusqu’au milieu du IVe siècle, sont écrits en grec. Il est vrai que les premiers apôtres prêchèrent tout d’abord dans le milieu hellène de la diaspora, et c’est ce qui explique qu’ils écrivirent en grec et que la liturgie, à l’origine, fut grecque. Mais le IIe siècle n’était pas commencé que déjà l’Église avait brisé les premiers cadres de son action devenus trop étroits, débordé le cercle restreint des synagogues, pénétré enfin dans la société romaine où l’hellénisme juif n’était qu’un point perdu dans l’espace. On parlait grec, dit-on, dans la société romaine et à Rome surtout. La vérité est que le peuple parlait latin. On sait, à n’en pas douter, par le témoignage de Tertullien, Apolog., xxxvii, t. i, col. 462-463, que de son temps déjà les masses populaires chrétiennes inondaient toute la société romaine et que, par conséquent, l’évangélisation du bas peuple, parlant uniquement le latin, devait remonter jusqu’aux origines. On peut donc conclure que vers la fin du v siècle, à Rome comme en plusieurs autres contrées de la péninsule ou de l’empire, on devait posséder déjà quelque traduction de l’un ou de l’autre des trois premiers Évangiles. Peu à peu, les autres documents, Évangile de saint Jean, Épîtres de saint Paul ou des autres apôtres, arrivent à la connaissance du monde d’Occident et sont pareillement traduits en latin pour l’usage soit du peuple, soit des prêtres et des évêques eux-mêmes. L’Ancien Testament, lui aussi, dut être bientôt traduit, non pas de l’hébreu, mais, comme le prouvent nos anciens textes, du grec des Septante que les Juifs hellènes avaient déjà semé sur tous les rivages de la Méditerranée, alors que le christianisme était encore à son berceau. C’est dans la première moitié du IIe siècle, de l’an 100 à 150 environ, que se fit la plus grande partie de ce travail, et sur la fin du même siècle que le reste s’acheva. Cf. Kaulen, Einleitung, 1899, § 145-146; Westcott, dans le Dictionary of the Bible de Smith, article Vulgate, n. 5, t. iii, p. 1690.

IV. De la pluralité des versions latines antérieures à saint Jérôme. — Dans la question présente nous n’avons pas à nous demander si la Bible latine antérieure à saint Jérôme est l’œuvre d’un ou de plusieurs auteurs; la pluralité des traducteurs de nos textes n’est contestée par personne. Il ne s’agit pas non plus de rechercher si la Bible fut traduite plusieurs fois en entier; les renseignements et les textes qui nous restent ne sont pas assez nombreux pour qu’on puisse trancher cette question. Nous nous demandons simplement si pour un certain nombre de livres, et en particulier pour ceux dont nous possédons des textes divers, il faut reconnaître une seule version fondamentale avec des recensions subséquentes qui expliqueraient la diversité de ces textes, ou bien au contraire s’il y eut des versions multiples dès l’origine, entreprises par des traducteurs différents. À la question ainsi posée tous ne répondent pas de la même manière. Des auteurs éminents, tels que Sabatier et Bianchini au XVIIIe siècle, Vercellone et Tischendorf de nos temps, plus près de nous encore Kennedy, Scrivener, Gregory (bien que ce dernier fasse une grave concession dans son récent ouvrage Textkritik, t. ii, 1902, p. 597), sont pour l’unité de version. Voir Sabatier, Bibliorum sacr. lat. versiones antiques, t. i, p. vi; Bianchini, Evangelium quadr., proleg., p. 29; Vercellone, Dissertazioni accademiche, Roma, 1864, p. 21; Tischendorf, Novum Test. triglottum, Leipzig, 1854, proleg., col. xlvii-li; Kennedy, dans Dictionary of the Bible, art. Latin Versions [The old], t. iii, p. 48-49; Scrivener, A plain Introduction, 4e édit v t. ii, p. 41-43; Gregory, Proleg., p. 949-952, et Textkritik, loc. cit. D’autres, au contraire, surtout depuis les derniers travaux qui ont été faits, admettent la thèse de la pluralité. De ce nombre sont, chez les Allemands. Gams, Rönsch, Ziegler, Nestlé, Kaulen, et chez nous, L. Delisle, U. Robert, Gaston Paris, P. Monceaux. Voir Gzm%Kirchengeschichte Spaniens, 1879, t. ii, p. 501; Rönsch, Itala und Vulgata, p. 2; Ziegler, Die latein. Bibelübersetzung vor Hieron., p. 1; Nestlé, Urtext und Uebersetzungen der Bibel, Leipzig, 1897, p. 85-86; Kaulen, Einleitung, 1899, § 146; L. Delisle, Notice sur un manuscrit de Lyon, dans la Biblioth. de l’École des Chartes, 1878, t. xxxix, p. 428; U. Robert, Pentat. versio, introd., p. cxxxii, et Heptateuchi versio latina, p. xxv; G. Paris, dans le Journal des savants, 1883, p. 387; P. Monceaux, La Bible latine en Afrique, dans la Revue des Études juives, 1901, p. 15-17. Cette seconde opinion nous paraît l’emporter en probabilité; nous allons en donner nos raisons.

Il est à propos de remarquer tout d’abord qu’aux époques reculées où remonte la traduction latine, Ier et IIe siècles, avons-nous dit, il n’y eut pas évidemment de version pour ainsi dire officielle, élaborée par autoritéecclésiastique pour être ensuite communiquée identiquement aux différentes communautés chrétiennes. Les premiers pasteurs des églises n’avaient ni le temps ni les moyens de constituer une sorte de commission savante, chargée de préparer pour tous les peuples de langue latine une traduction officielle et unique de nos livres sacrés. Saint Augustin a dit en peu de mots comment l’Écriture parvint aux Églises latines: «Aux origines de la foi, le premier venu, s’il lui tombait entre les mains un texte grec et qu’il crût avoir quelque connaissance de l’une et de l’autre langue, se permettait de le traduire.» De doct. christ., ii, 11, t. xxxiv, col. 43. Donc pas de texte officiellement élaboré, arrêté pour tous, mais une série de travaux privés, entrepris sans aucune entente préalable par des écrivains que séparent de longues distances et que sollicitent les mêmes besoins. Dès lors il est probable qu’un certain nombre de livres ont dû être traduits par plusieurs travailleurs.

Les premiers Pères, en effet, qui se sont servis destextes antérieurs à la Vulgate, semblent tous d’accordpour nous attester l’existence, non pas seulement devariantes dans les manuscrits d’un même texte, maisencore de traducteurs multiples pour les mêmes livres.Tertullien paraît déjà avoir eu connaissance de plusieursversions: Quidam de græco interprétantes… pro afflatu spiritum ponunt. Adv. Marc, II, 9, t. ii, col. 294. — Saint Hilaire, à différentes reprises, nous parle aussi de traducteurs multiples d’un même passage: Aliqui translatores nostri; latini quidem interpretes transtulerunt. In Ps. LIV, 1, t. ix, col. 347; m Ps. cxviii, littera xii, 3, t. ix, col. 577. Cf. De Trinit., 1. VI, 45, t. x, col. 194. — Saint Ambroise se sert bien souvent d’expressions du même genre, et il n’est pas rare de le voir discuter les traductions discordantes. In Ps. xxxvi, 56, t. xiv, col. 994; ïn Ps. cxvill, Serm., xii, 7, t. xv, col. 1362; Serm., xv, 3, col. 1410; Serm., xx. 10, col. 1486. Cf. Ambrosiaster, Comm. in Rom., v, 14, t, xvii, col. 96. — Le langage de saint Jérôme suppose aussi notre thèse, notamment dans sa Préface aux quatre Évangiles, t. xxix, col. 525, et dans la lettre xviii, 21, au pape Damase. Præf. in quatuor Evang., t. xxix, col. 525; t. xxii, col. 376.

Mais de tous les Pères aucun n’a parlé plus clairementque le grand évêque d’Hippone, saint Augustin.C’est au livre second de son traité De doctrina christianasurtout (t. xxxiv), qu’il a dit sa pensée sur ce sujet.Après avoir énuméré les livres canoniques (c. viii), etindiqné ce que l’on doit chercher avant tout dans lesÉcritures, il signale au travailleur les difficultés d’ordrephilologique qu’il rencontrera sur sa route (c. ix-x), 115 LATINES (VERSIONS) DE LA BIBLE ANTÉRIEURES À S. JÉRÔME 116

puis (c. xi) arrive aussitôt aux moyens de les vaincre: «Les hommes de langue latine, dit-il, ont besoin pour la connaissance des Écritures du secours de deux autres langues: la langue hébraïque et la langue grecque, afinque, si l’infinie variété des interprètes latins les jette dansle doute, ils puissent recourir aux deux autres textes.» Ce secours, poursuit-il, leur sera utile, non seulementpour entendre certains mots hébreux restés dans le latin, tels que: «Amen, Alléluia. Racha, Hosanna…, maisencore et surtout, comme je l’ai dit, à cause des divergencesdes interprètes. Car on peut bien compter ceuxqui ont traduit les Écritures de l’hébreu en grec, maisnon ceux qui les ont traduites en latin.» Le cardinalWiseman, qui était partisan de l’unité, a essayé d’éluderla force de ces dernières paroles, en disant que saintAugustin opposait ici aux traducteurs grecs les recenseurset non les traducteurs de la version latine.Lettres au Catholic Magazine, dans Migne, Démonstrations évangéliques, t. xvi, p. 272. Mais n’est-ce pas là solliciter les textes à plaisir, pour en obtenir ce qu’ils se refusent d’eux-mêmes à donner? Du reste, pourcouper courte toute hésitation, saint Augustin lui-mêmeprécise sa pensée, en expliquant comment il s’est laitque l’on ait pu avoir des versions multiples. Car c’est àcet endroit qu’il écrit les célèbres paroles citées plushaut: «Aux origines de la foi, le premier venu, s’il luitombait entre les mains un texte grec, et qu’il crût avoirquelques connaissance de l’une et de l’autre langue, sepermettait de le traduire.» Très évidemment le sensde ces dernières paroles n’est pas «se permettait d’enfaire la recension», mais bien «d’en faire la version».Et ce n’est pas tout encore. Au chapitre suivant (xii), ilnous dit que cette multiplicité de traductions a d’ailleursun avantage, celui de nous faire connaître decombien de manières on a compris les Écritures avantnous, ce qui permet au travailleur d’étudier, de comparerles opinions diverses et de faire ainsi un choixéclairé. Après quoi (c. xiii), il ajoute les paroles suivantesqui sont bien significatives dans la question: «Maisparce que la pensée que plusieurs interprètes se sontefforcés de rendre, chacun selon sa capacité et sa manièrede voir, ne se montre bien que dans la languemême de laquelle ils traduisent, et aussi, parce que letraducteur, à. moins d’être très docte, trahit souvent lesens de l’auteur, il faut, ou bien apprendre les languesd’où l’Écriture a passé en latin, ou bien consulter lestraductions les plus littérales; non qu’elles suffisent, mais parce qu’elles serviront à découvrir l’exactitude oul’erreur de ceux qui se sont attachés à traduire le sensplutôt que les mots.» Enfin, pour rendre ses conseilsplus pratiques, le grand docteur (c. xiv-xv), après avoirune fois de plus recommandé comme très utile lerecours aux textes des nombreux traducteurs latins: Juvat interpretum numerositas collatis codicibus inspecta atque discussa, indique lui-même parmi tant de versions celle qu’il croit préférable aux autres, parée qu’il la juge à la fois plus littérale et plus claire. Cette version, il lui donne un nom, par lequel il la distingue nettement des autres, c’est l’Italique: In ipsis autem interpretationibus, Itala cæteris præferatur; nam est verborum tenacior cum perspicuitate sententiæ. Ces dernières paroles sont si manifestement en faveur de la pluralité des versions latines, que les partisans de l’unité n’ont cru pouvoir les expliquer qu’en accusant les copistes d’avoir altéré le texte. Ce n’est pas Itala qu’il faudrait lire, mais illa, ou bien encore usitata, le copiste ayant par distraction combiné le commencement de ce mot avec la fin du précédent: interpretationibusitata. En vérité, la critique est souvent contrainte de s’en prendre aux copistes pour défendre ses propres droits et ceux du simple bon sens; mais du moins faut-il, quand on a recours à ce procédé, pouvoir le justifier par quelque raison plausible, et le seul désir de faire triompher une opinion contestable n’en est pas une.

Qu’était-ce en somme que la version italique? Si le mot Itala est authentiquement d’Augustin, comme nous le croyons, il est évident que l’Italique était pour le docteur d’Hippone une version en usage en Italie, ou, si l’on tient à donner à ce dernier mot plus de précision, une version répandue dans la circonscription politique appelée diocèse d’Italie, qui comprenait le nord dela péninsule, et dont Milan était la capitale. Cf. Gaston Paris, dans le Journal des savants, 1883, p. 287 et 388; S. Berger, Histoire de la Vulgate, p. 6; P. Monceaux, dans la Revue des Études juives, juillet 1901, p. 16. Et ainsi l’on est induit à penser que l’Italique devait être la version latine qu’Augustin avait sous les yeux, quand, à Milan, il allait entendre les commentaires d’Ambroise ou qu’il se rendait à l’église pour y pleurer au chant des Psaumes. Nous essaierons de dire plus loin quels textes représentent l’Italique; pour le moment il nous suffit de bien constater que, dans la pensée d’Augustin, l’Italique n’est pas l’unique version latine, mais parmi les diverses versions dont il a connaissance, celle qu’il recommande.de préférence. On voit du même coup que c’est par erreur que l’usage aprévalu durant quelque temps de se servir de cette dénomination pour désigner toutes les traductions latines antérieures à saint Jérôme.

Après avoir montré par le témoignage des Pères combienest plus vraisemblable la thèse de la pluralité desversions, il nous resterait à établir la même thèse parl’étude directe des textes que nous avons encore entreles mains. Mais pour être démonstrative, cette preuvenécessiterait de longues citations; il faudrait mettre enregard sous les yeux du lecteur nombre de passagesdes Écritures puisés aux différentes sources, les comparerles uns avec les autres, relever leurs divergences etalors montrer que ces divergences trouvent leur explication, leur raison suffisante dans la multiplicité destraductions et non pas dans la multiplicité des recensions, comme le voudraient les défenseurs de l’opinioncontraire. Comme il n’est pas possible de transcrire icitoutes les pièces du procès, ce qui demanderait des volumes, nous renverrons d’abord le lecteur aux auteursqui, de notre temps, ont démontré la pluralité des versionslatines par les plus larges citations: M. Ziegler, Die lateinischen Bibelübersetzungen vor Hieronymus, in-4°, Munich, 1879 (antidaté), p. 102-123; M. U. Robert, Pentateuchi versio latina, in-4°, Paris, 1881, p. cxxxh-CXLi; M. P. Monceaux, dans les deux articles déjà cités de la Revue des Études juives, avril 1901, p. 129-172; juillet, p. 15-49. Sur le premier ouvrage, celui de M. Ziegler, et à l’appui de la même thèse, on peut aussi voir Desjacques: Les versions latines de la Bible avant saint Jérôme, dans les Études, décembre 1878, p. 721-744. Cela fait, nous allons dire cependant ici le nécessaire dans la question, en appuyant particulièrement sur la méthode à suivre pour donner à l’argument toute la force qu’il peut et doit avoir, mais sans rien exagérer de sa valeur. Car, on le comprend bien, si la preuve était absolument péremptoire, nous n’aurions pas contrenous tant d’hommes éminents.

Plusieurs parmi ceux-ci réclament d’abord contrel’emploi de textes empruntés aux ouvrages des anciensPères pour prouver notre thèse, et en cela ils n’ont pastout à fait tort. Il est, en effet, très délicat d’argumenterici d’après les citations des Écritures que l’on rencontrechez les premiers écrivains ecclésiastiques. Que Tertullien, saint Hilaire ou quelque autre raconte une destouchantes histoires de l’Évangile, il est tout aussitôt manifestequ’à cette époque le tait évangélique se rencontraitdans le texte; mais la teneur même du récit, quise trouve dans Hilaire ou Tertullien, est-ce bien celledes Évangiles d’alors? En d’autres termes, a-t-on affaireà une citation littérale des Évangiles, tels qu’on les avait alors en manuscrit, ou bien n’est-ce qu’un récit fait de mémoire et en gros, peut-être une traduction nouvelle de ce passage improvisée sur le texte grec qu’on a sous les yeux? On le voit, les citations scripturaires des anciens doivent être examinées de près et jusque dans les détails, si l’on veut être sûr que l’on tient entre les mains une version dont le texte était à l’avance fixé, une version enfin que l’écrivain rapporte fidèlement, littéralement, sans commentaire comme sans omission. En négligeant cette précaution, on s’exposerait à trouver chez un même Père plus de versions qu’on n’en voudrait. D’autre part, et pour ne rien perdre des avantages auxquels ils ont droit, les partisans de la pluralité doivent surveiller les éditions des Pères dont ils se servent à défaut de manuscrits, parce que trop souvent il arrive que l’éditeur maladroit remanie les citations scripturaires pour les rendre conformes à quelque texte reçu, et fait ainsi disparaître toutes les divergences. Au total, l’emploi de textes pris dans les ouvrages des Pères est parfaitement légitime, mais le maniement en est fortdélicat, si l’on ne veut ni exagérer ni affaiblir la valeur des arguments puisés à cette source, et il est préférable, quand on en a la facilité, de recourir directement aux textes continus des Écritures, que l’on rencontre dans les manuscrits ou dans les éditions qui en ont été publiées.

Mais est-il possible d’établir d’après les seuls manuscrits la pluralité des anciennes versions latines pour chacun des livres de l’Écriture? Évidemment non; car nous sommes loin de posséder, en particulier pour l’Ancien Testament, le nombre de textes qui seraient requis pour faire une telle démonstration. Aussi bien, selon ce quia été dit en commençant, n’est-il pas nécessaire de prétendre que l’antiquité ait possédé plusieurs versions latines de tous les Livres saints sans exception.Mais, si nous sommes relativement pauvres en manuscrits du Vieux Testament, il n’en est plus tout à fait de même pour les livres du Nouveau. C’est pourquoi nos adversaires ont ici le droit d’exiger que nous leur prouvions, d’après les textes qui nous restent des Évangiles, des Actes ou des Épîtres de saint Paul, la pluralité des anciennes versions latines. Cette preuve, on peut la faire, et, à notre avis, elle est à tout le moins suffisante pour établir solidement notre thèse, encore qu’elle ne force pas la conviction de tous les critiques.

Nous donnerons un exemple qui permettra au lecteur de voir à peu près dans quelle mesure nos textes s’éloignent ou se rapprochent les uns des autres. Voici en quels termes les trois manuscrits a. Vercellensis, b. Veronensis et f. Brixianus racontent la visite des saintes femmes au sépulcre, le matin de la résurrection, d’après saintLuc, xxiv, 1-11:

a. Vercellensis.b. Veronensis.f. Brixianus.
1. prima autem die sabbatorum1. una autem sabbati1. una autem sabbati
2. venerunt ante lucem valde ad monumentam2. venerunt valde tempore ad monumentumvalde diluculo venerunt ad monumentum
3. adferentes quæ paraverunt3. portantes quæ paraverant3. portantes quæ paraverant aromata
4.4.4. et aliæ simul cum eis
5. invenerunt autem lapidem revolutum a monumento5. et invenerunt lapidem revolutum5. et invenerunt lapidem revolutum a monumento
6. ingressæ autem non invenerunt corpus6. ingressæ autem non invenerunt corpus6. et ingressae non invenerunt corpus
7. et factum est dum stuperent de hoc7. et factum est dum mente consternatæ essent de facto7. et factum est dum hæsitarent de hoc
8. ecce viri duo adstiterunt juxta illas in veste fulgenti8. et ecce duo viri steterunt secus illas in veste fulgente8. ecce duo viri adstiterunt juxta illas in veste fulgenti
9. timere autem adprehensæ inclinantes faciem ad terram9. cum timerent autem et declinarent vultum in terram9. cum timerent autem et declinarent vultum in terram
10. dixerunt ad illas quid quæritis vivum cum mortuis10. dixerunt ad illas quid quæritis viventem cum mortuis10. dixerunt ad illas quid quœritis vîventem cum mortuis
11.11.11. non est hic sed surrexit
12. memoramini sicut locutus est vobis12. rememoramini qualiter locutus est vobiscum12. recordamini qualiter locutus est vobis
13. dum adhuc esset in galilæa13. cum adhuc in galilæa esset13. cum adhuc in galilæam esset
14. dicens quoniam filium hominis oportet tradi14. dicens quia oportet fllium hominis tradi,14. dicens quia oportet filium hominis tradi
15.15. in manus hominum et crucifigi15. in manus hominum peccatorum et crucifigi
16. et tertia die resurgere16. et die tertia resurgere16. et tertia die resurgere
17. et memoratæ sunt verborum horum17. et rememoratæ sunt verborum horum 17. et recordatae sunt verborum ejus
18. et reversæ renuntiaverunt hœc omnia illis omnibus et ceteris omnibus18. et regressae renuntiaverunt hæc omnia illis XI et ceteris omnibus18. et regressas a monumento nuntiaverunt hæc omnia illis undecim et ceteris omnibus
19. erat autem magdalena19. erat autem maria magdalenæ19. erat autem maria magdalena
20. et maria iacubi et iohanna20. et iohanna et maria iacobi20. et iohanna et maria iacobi
21. et reliquat cum eis quai dicehant ad apostolos hæc21. et ceteræ quæ cum ipsis fuerant hæc dicebant ad apostolos21. et ceteræ quæ cum eis erant quæ dicebant ad apostolos hæc
22. et visa sunt illis tanquam délira verba hæc22. et visa sunt ante illos sicut deliramentum verba ista22. et visa sunt coram illos quasi deliramentum verba illarum
23. et non credebant eis23. et non credebant illis23. et non credebant illis.


Les trois récits qu’on vient de lire sont-ils l’œuvre de différents traducteurs, ou bien n’étaient-ils à l’origine qu’une seule et même version qui s’est modifiée dans la suite entre les mains de divers recenseurs? Telle est exactement la question qui se pose en face de ces textes et tant d’autres semblables. Pour nous, il nous paraîtque les variantes de nos manuscrits sont trop nombreuses pour qu’on puisse les expliquer autrement que par l’existence de plusieurs versions. De plus, si nousn’avions affaire qu’à des recensions, les divergences trahiraient la préoccupation qu’a toujours un recenseur de rendre son texte ou plus exact ou plus littéraire. Ornous ne voyons aucun souci de ce genre se trahir dans nos trois rédactions.

Une difficulté reste toutefois. On nous dit: Si nous admettons que ces textes viennent d’auteurs différents, comment expliquer qu’il s’y rencontre encore tantd’expressions semblables, absolument les mêmes? Nous. 119 LATINES (VERSIONS) DE LA BIBLE ANTÉRIEURES À S. JÉRÔME 120

pourrions d’abord répondre que ce sont les recenseurspeut-être qui ont ainsi rapproché les textes, car enfin, quand on a plusieurs textes d’un même ouvrage entreles mains, une recension a pour conséquence tout aussibien de les rapprocher que de les éloigner les uns desautres. Mais n’insistons pas sur cet argument, qui n’estaprès tout qu’un argument ad hominem, et venons à laréponse directe. Or, nous disons que la rencontre desmêmes mots sous la plume des divers traducteurs étaitinévitable. Les Livres saints ont été pensés, puis écritspar des Sémites qui ont toujours suivi la syntaxe deleur propre langue, même quand ils ont écrit en grec.De là cette perpétuelle succession de petites phrasescourtes, sans aucun lien qui les réunisse pour formerquelque chose qui ressemble à nos périodes latines.Saint Luc lui-même, le meilleur écrivain grec du NouveauTestament, n’a pas d’ordinaire échappé à cette loi.Or, un livre ainsi composé ne peut être traduit fidèlementque si l’on coule presque constamment sa proprephrase dans le moule de la phrase sémitique; autrement, on ne semble pas traduire, mais paraphraser.Ajoutons à cela que le principal souci, et, pour ainsidire, l’unique souci du traducteur des saints Livres atoujours été l’exactitude, la fidélité stricte. Il devait enêtre ainsi; ce qui importe par-dessus tout dans l’étudedes Écritures, c’est de savoir d’une manière précise ceque Dieu a dit. Car il s’agit d’une parole révélée et faisantloi, à laquelle on ne peut donc rien ajouter, rienretrancher, sans forfaire aussi bien à la science qu’aurespect de la foi. C’est ce qui nous explique pourquoitoutes les versions approuvées dans les Églises sontdes versions en somme littérales. Une version de laBible doit pouvoir faire autorité comme un texte juridique; or, elle ne le peut que si elle est littérale etrend l’affirmation divine telle quelle, rien de moinsrien de plus. Dans ces conditions, il est absolumentinévitable que les traducteurs se rencontrent souvent.Le lecteur est ^ même d’en faire l’expérience. Qu’ilprenne un chapitre des Évangiles grecs, ou simple, mentle passage de saint Luc donné plus haut d’aprèsnos trois manuscrits, et qu’il se mette lui-même à letraduire fidèlement, littéralement en latin; il constateraque sa traduction se rapproche ou s’éloigne desanciennes versions qui datent de dix-sept à dix-huit centsans, dans la mesure même où celles-ci s’éloignent ouse rapprochent les unes des autres. Et ainsi, l’examenintrinsèque de nos textes, comme aussi les témoignagesdes anciens écrivains ecclésiastiques, nous amènent àcette conclusion que partout où l’on rencontre destextes aussi divergents que le sont ceux de nos troismanuscrits, on a affaire, non pas à de simples recensions, mais bien à des traductions différentes.

VI. Du classem*nt des textes par groupes de versions ou recensions diverses. — Les anciens textes latins ont été classés, mais pour la partie du NouveauTestament seulement, par les deux célèbres critiques anglais Westcott et Hort, The New Testament in the original Greek, Introduction, p. 78-84, Cambridge, 1881, et l’on peut dire que leur système a été universellement accepté. Voir par exemple Scrivener, A plain Introd., p. 55-56; Gregory, Prolegomena, p. 948-949, et Textkritik, p. 598; Kenyon, Our Bible, London, 1895, p. 78; P. Monceaux, Revue des Études juives, avril 1901, p. 130-131; S. Berger, Histoire de la Vulgate, p. 5; Nestlé, dans Urtext und Uebersetzungen, p. 87-88; Kennedy, Diclionary of the Bible, t. m. p. 55-60. Se plaçant au point de vue de la diversité des versions ou recensions, Westcott et Hort en ont distingué trois groupes: groupe africain, groupe européen, groupe italien. Il va sans dire que cette classification ne comprend ni les textes alors insuffisamment étndiés ou même inconnus, ni les textes par trop mêlés pour qu’on puisse discerner leur groupe originel. Mais que faut-il entendre par textes africains, européens, italiens, si l’on veut rester dans le vrai, sans préjuger la question d’origine première de chaque version ou recension, et quels sont les textes à ranger daus chaque groupe?

I. textes africains. — Par textes africains il faut entendre tous les textes, d’où qu’ils viennent, principalement apparentés avec ceux dont se servirent les Pères d’Afrique, Tertullien et surtout saint Cyprien. Car, nous l’avons dit, Cyprien a pour nous cet avantage qu’il cite souvent la Bible et la cite dans les mêmestermes; c’est évidemment qu’il possédait une collection de textes déterminés, fixés, une véritable Bible latine qui peut par conséquent servir de point de départ ou de terme de comparaison pour retrouver la teneur des textes usités en Afrique à l’origine des Églises. Or on regarde comme se rapprochant particulièrement descitations de Tertullien et de Cyprien, pour les Évangiles: le Codex Bobbiensis (k), le Palatinus (e); pour les Actes et pour l’Apocalypse: le palimpseste de Fleury-sur-Loire (h).

II. textes européens. — Par textes européens on entend ceux qui ont été en usage dans les anciennes Églises latines d’Occident et sont restés en dehors des textes revisés par saint Jérôme. Les textes de cette catégorie sont fort nombreux. On cite, par exemple, pour les Évangiles les manuscrits suivants: Vercellensis (a), Curiensia fragmenta (a 2), Sangallensia fragmenta (anciens n, o, p, qui ont fait retour au a 2), Veronensis (b), Golbertinus (c), Corbeiensis (v. 2), Claromontanus (h) Vindobonensis (i), Usserianus primus (r 1); pour les Actes: Gigas Holmiensis (g), fragmentum Mediolanense (g 2), Bobbiensis palimpsestus (s); pour les Épitres catholiques: le Corbeiensis (ff) de Pétersbourg, contenant l’Êpître de saint Jacques; enfin, pour l’Apocalypse: le Gigas Holmiensis (g).

III. textes italiens. — Les textes italiens sont, comme nous l’avons expliqué plus haut, en parlant de l’opinion de saint Augustin sur la pluralité des versions, les textes ainsi dénommés par ce Père, et qui, avons-nous dit encore, devaient être en usage, sinon dans toute l’Italie, au moins dans la partie nord du pays, appelée «diocèse d’Italie», comprenant entre autres les villes de Vérone, Aquilée, Brescia, Ravenne et Milan. Cf. S. Berger, Hist. de la Vulgate, p. 6. Les textes italiens sont donc eux aussi des textes d’Europe; on les a mis pourtant dans une classe à part, à cause du mot célèbre d’Augustin. Comme le grand docteur les préférait aux autres et s’en servait dans ses propres écrits, que d’autre part il apprit vraisemblablement à les connaître quand il était à Milan, on les retrouvera facilement en voyant s’ils sont apparentés avec les citations bibliques d’Augustin, avec celles d’Ambroise ou des autres écrivains du nord de l’Italie.

Il faut cependant noter ici une opinion spéciale qui vient de se produire. Jusqu’à ces derniers temps, presque tous les auteurs avaient considéré l’Italique ou les textes italiens comme absolument différents des textes hiéronymiens. On citait pourtant saint Isidore de Séville, qui avait appliqué aux travaux de saint Jérôme l’éloge donné par Augustin à l’Itala. Presbyter quoque Hieronymus, trium linguarum peritus, ex Hebrœo in Latinum eloquium easdem Scripturas convertit eloquenterque transfudit, cujus interpretatio merito ceteris antefertur; nam est et verborum tenacior et perspicuitate sententiæ clarior atque utpote a Christiano interprète verior. Etym., 6. 4, t. lxxxiii, col.236. Dans les Prolégomènes à la Glose ordinaire de Walafrid Strabon (Patr. Lat., t. cxiii, col. 26), on lisait aussi quelque chose de semblable. Plus récemment, C. A. Breyther, Diss. de vi quam antiquissimæ versiones, quæ extant latine, in crisin Evang. IV habeant, Mersebourg, 1824, 8°, cité par Nestlé, Urtext, p. 87, avait parlé dans lemême sens, et de même enfin Ed. Reuss, dans la 2e et 121 LATINES (VERSIONS) DE LA BIBLE ANTÉRIEURES À S. JÉRÔME 122

la 3e édition de sa Geschichte der heil. Schrifte des N. T., au § 452, en entendant cela pourtant de la recension hexaplaire faite par saint Jérôme. Or voici que tout dernièrement M. Burkitt, The Old Latin and the Itala, Cambridge, 1896, p. 55-65, Texts and Studies, t. iv, n. 3, a tenté à son tour de démontrer que l’Italique pour Augustin serait la Vulgate et la traduction mêmede saint Jérôme. Plusieurs graves auteurs inclinent à donner raison à Burkitt, entre autres Th. Zahn, dans le Theologisches Literaturblatt, 1896, t. xvii, n. 31; S. Berger, dans le Bulletin critique, 1896, 5 sept., p. 481-485; Corssen, Bericht über die latein. Bibelübersetzugen, Leipzig, 1899, p. 5. Mais cette opinion trouve aussi des opposants d’autorité: Mercati, dans la Revue biblique, 1897, p. 474-478, ou Rivista bibliografica italiana, 10 nov. 1896, p. 257; P. Monceaux, dans la Revue des Études juives, juillet 1901, p. 16; Kennedy, Dictionary, p. 57; P. Lejay, dans la Rev. d’hist. et de litt. religieuses, 1900, p. 175-176. L’opinion de ces derniers auteurs nous paraît seule vraisemblableet voici pourquoi: Dans le célèbre passage d’Augustin sur l’Itala, De doctr. christ., ii, 15, il ne peut s’agir tout d’abord de la version de Jérôme sur l’hébreu. Le livre II du De doct. christ. est de 397. Or, à cette époque, la version de Jérôme était loin d’être achevée et, de plus, Augustin la combattit jusque vers l’an 405, comme nous l’avons raconté dans les Études, nov. 1895, p. 386-392. — Il ne s’agit pas non plus de la recension de l’Ancien Testament faite par Jérôme sur les Septante. Car, de tout l’Ancien Testament, Jérôme ne fit en Italieque la première révision du Psautier (Psautier romain), qu’il recommença plus tard à Bethléhem (Psautier gallican) d’après les Hexaples d’Origène. C’est aussi àBethléhem qu’il continua et acheva sa recension sur les Septante. Pourquoi dès lors Augustin eût-il appelé version italienne cette recension de Bethléhem? De plus, Augustin ne connaissait guère, en 397 du moins, quand il parlait de l’Itala, qu’une très minime partie de la recension achevée à Bethléhem en 390. En effet, en 394, il ne possède encore que le livre de Job, et en 397, quand il parle de l’Itala, à peine en a-t-il fait l’éloge qu’immédiatement après il recommande aux Latins decorriger leurs textes sur les Septante: Et latinis quibuslibet emendandis græci adhibeantur, in quibus Septuaginta interpretutn, quod ad Vetus Testamentum attinet, excellit auctoritas. De doctr. christ., n, 15, t. xxxiv, col. 46. Pourquoi cette recommandation, si l’Itala est pour lui précisément un texte déjà revu surles Septante par saint Jérôme, dont les recensions étaient si appréciées d’Augustin? — Enfin l’Itala n’est pas non plus, semble-t-il, la recension du Nouveau Testamentfaite à Rome par saint Jérôme de 383 à 385. Augustin, en effet, dans le célèbre passage sur l’Italique, paraît viser surtout l’Ancien Testament, puisqu’il recommande, comme nous le voyions à l’instant, de corriger le latin sur les Septante. Mais quand il viserait aussi bien le Nouveau Testament, quelle raison decroire qu’il entendait par Itala la recension de Jérôme? On ne le voit pas. M. Burkitt appuie son opinion sur l’accord frappant que les citations d’Augustin dans le De Consensu Evangelistarum et dans le livre Contra Felicem ont avec le texte de la Vulgate. Mais d’abord on remarque un accord à peu près semblable entre la Vulgate du Nouveau Testament et certains manuscrits (ft2) qui sont pourtant indépendants de la recension hiéronymienne. S’il est vrai d’autre part, comme le croient Kaulen, Einleitung, § 146, et M. P. Monceaux, Revue des Etudes juives, juillet 1901, p. 48, que Jérôme ait pris pour base de sa recension du Nouveau Testament précisément un texte italien, l’accord des citations d’Augustinavec le texte hiéronymien s’explique très bien, sans qu’il soit nécessaire de supposer que la célèbre Italique soit la recension même de Jérôme. Enfin, on l’adit et répété, c’est à Milan, dans le «diocèse d’Italie», qu’Augustin a dû faire connaissance avec son texte préféré. Selon toute probabilité, c’est donc celui-là qu’il a nommé texte italique, et non point la recension romaine de Jérôme, qui était du reste encore peu répandue. Telles sont les raisons pour lesquelles on ne doit pas, croyons-nous, identifier la recension romaine de Jérôme avec les textes italiques ou milanais.

Il nous reste à dire quels sont les textes classés parmi les italiques. On cite comme étant de ce nombre, pour les Évangiles: le Brixianus (f), le Monacensis, ancien Frisingensis (q); pour les Épîtres catholiques, le fragmentum Monacense (q); pour les Épîtres paulines, le codex Frisingensis (r), les fragments de Munich (r 2), les fragments de Göttweig (r3). — Sur tous ces classem*nts, voir en ce qui concerne le Nouveau Testament, après Westcott et Hort (pp. cit., n. 113-116), principalement S. Berger, Hist. de la Vujgate, p.5; Kennedy, Dictionary, p. 55-56; P. Monceaux, Revue des Études juives, avril1902, p. 130; juillet, p. 42. — Pour l’Ancien Testament, nous n’avons cité aucun manuscrit. Cette partie ayant été jusqu’à présent fort peu étudiée, il est assez difficile de donner des exemples assurés. Kennedy a cependant essayé un premier classem*nt, Dictionary, p. 58-60.

VII. Lieu d’origine de l’ancienne Bible latine. — Dans quel pays se fit la première traduction des Écritures en latin? Presque tous les défenseurs de l’unitéde version placent en Afrique l’origine de cette version unique, surtout depuis les lettres célèbres du cardinal Wiseman, Two letters on some parts of the controversyconcerning 1 Joh., v, 7, etc., parues dans le Catholic Magazine,1832-1833, reproduites dans Migne, Demonstr. évang., t. xvi, p. 287-299. Cette opinion fut partagée par des critiques du plus haut mérite, tels que Lachmann, Tischendorf, Davidson, Tregelles, et aujourd’hui encore elle est suivie par un certain nombre d’écrivains, tels que Cornely, Introduclio generalis, t. i, p. 363; Gregory, Prolegomena, p. 949-950, et Textkritik, p. 596-597. Scrivener soutenait aussi cette thèse; mais le continuateur de son œuvre, M. White, ne semble pas partager son avis. A plain lntrod., 4e édit., Londres, 1894, t. ii, p. 44, note 1.

On fait valoir tout d’abord en faveur de cette opinion des raisons externes. C’est en Afrique en effet, comme on l’a vii, que nous trouvons les premières traces certaines et positives d’une version latine, dans les œuvres de Cyprien, de Tertullien et jusque dans les Actes des martyrs de Scillium. À Rome, au contraire, tout est grec, liturgie, épigraphie, épistolographie, et cela durant plus de trois siècles. — Que l’Afrique ait possédé de très bonne heure une version latine même complète de la Bible, on ne peut songer à le nier, mais qu’il n’y en ait pas eu au même temps dans les pays d’Occident, et spécialement en Italie, et à Rome même, c’est ce qui n’est aucunement démontré. Nous avons dit plus haut, en traitant de l’antiquité de la traduction latine, pourquoi nous pensions qu’à Rome aussi bien qu’en Afrique il dut y avoir de très bonne heure une version latine. Scrivener lui-même, qui croit à la seule origine africaine, ne craint pas de dire que l’argument apporté d’ordinaire à la suite de Wiseman, et qui conclut de l’usage du grec dans l’Église de Rome durant les trois premiers siècles contre l’origine romaine d’une version latine, n’est pas un argument convaincant pour un lecteur réfléchi. A plain Introd., p. 43.

Mais il est une autre preuve en faveur de l’origine africaine, et, ajoute-t-on encore, contre l’origine romaine ou occidentale de nos versions latines, c’est la preuve tirée des africanismes de nos textes. On nous dit que nos anciennes versions regorgent de locutions populaires et rustiques, qui sont propres aux écrivains latins d’Afrique des IIe et IIIe siècles et ne se rencontrent pas dans les écrivains romains. C’est l’argument qu’a fait valoir de nouveau avec science et talent le cardinal Wiseman, et que Rönsch lui-même a accepté pour l’Itala dans laquelle il croit retrouver des africanismes caractérisés. Itala und Vulgata, Marbourg, 2e édit., 1875, p. 5. — Encore ici cet argument est loin de satisfaire tous les esprits; et des savants tels que White, dans Scrivener, op. cit., t. ii, p. 44, note 1; Kennedy, Dictionary, p. 54; Corssen, Bericht, p. 82, ne craignent mêmepas de dire que la preuve tirée des africanismes est de moins en moins goûtée dans le monde de la science. Il est vrai que des mots, des locutions, des phrases denotre vieille Bible latine se retrouvent chez les écrivains d’Afrique et ne se recontrent guère que chez eux. Seulement l’on doit observer que durant cette époque, IIe et IIIe siècles, presque tous les représentants de la littérature latine chrétienne sont Africains. Il n’est donc pas étonnant que le vocabulaire des textes bibliques ne se rencontre guère que chez eux. C’est la réponse de White et de Kennedy (loc. cit.). En outre, on a fait remarquer que certains mots souvent donnés pour exclusivement africains sont des composés ou des dérivés formés par des procédés en usage chez tous les auteurs latins de la décadence. M. Misset; U. Robert, Heptat., p. xxii-xxrv. Mais il y a plus; pendant que, au nom de la philologie, tel savant conclut à l’africanisme d’un document, au nom de cette même philologie un autre savant conclura à l’origine gauloise ou peut-être lyonnaise de ce même document. «Les grammairiens anciens, dit M. Gaston Boissier, ne paraissent pas avoir réussi à découvrir bien sûrement quels étaient les signes distinctifs de la latinité d’Afrique. Ceux d’aujourd’hui ont-ils été plus heureux? Je ne le pense pas.» Journal des savants, 1895, p. 38-39.

D’autres auteurs, parmi ceux surtout qui sont partisans de la pluralité des versions latines, placent en Italie les tout premiers commencements d’une traductionlatine. Tel est, par exemple, l’avis de Gams, dans sa Kirchengeschichte von Spanien, Ratisbonne, 18621879, t. i, p. 86-Î02. Ct. t. iii, 2* Abth., p. 501. Kaulen va plus loin. C’est à Rome même qu’il fait apparaître la plus ancienne, d’après lui, de toutes les versions, à savoir la célèbre Italique. Einleitung, § 146. — Nous ne voyons pas, quant à nous, la nécessité de décider en quel pays parut le premier essai d’une version latine de la Bible. Convaincu, comme on peut l’être en matière probable, de la thèse que nous avons défendue plushaut, de la pluralité des versions, nous disons simplement que la Bible fut traduite, partiellement au moins, dans différents pays et d’une façon indépendante, sans que nous voyions clairement quel pays commença le premier. L’Afrique avait déjà son texte complet ou à peu près dès le IIe siècle; c’est ce qui résulte des témoignages historiques que nous avons apportés, en traitant de l’antiquité des versions latines. Nous ne doutons pas qu’il ne faille en dire autant de Rome ou de l’Italie, et peut-être aussi de plusieurs autres Églises d’Occident, en Espagne, dans les Gaules. Le lecteur n’a qu’à se rappeler, en effet, ce qui a été dit précédemment sur la pluralité des versions, et même sur le classem*nt des textes. Car il y a tout lieu de croire que si nous avons des textes d’Afrique, d’Europe, d’Italie, ce n’est pas seulement parce qu’ils étaient usités dans ces pays, mais bien encore parce que beaucoup d’entre eux y avaient pris naissance. — Kennedy, Dictionary, p. 54-55, à la suite de Sanday, place dans la province de Syrie l’origine première de nos versions latines, Cette hypothèse n’a aucune vraisemblance.

L. Méchineau.

2. LATINE (VERSION) DE SAINT JEROME. Voir Vulgate.

3. LATINES (VERSIONS) NON DÉRIVÉES DE LA VULGATE.

I. Catholiques. — 1° La Polyglotte de Ximénès, Alcala de Hénarès, 1522, contient la Vulgate entre le texte hébreu et le texte grec. Mais on y trouve aussi une version latine interlinéaire du texte grec alexandrin et une version latine de la paraphrase chaldaïque d’Onkélos. Une traduction latine interlinéaire accompagne tous les textes grecs, protocanoniques ou deutérocanoniques, sauf pour le Psautier, où il n’y a que la Vulgate et la version de saint Jérôme. Voir Polyglotte.

2° Santés Pagninoa fait une traduction latine du texte hébreu, Nova Translatio, Lyon, 1527. On reproche à cette traduction d’être trop servilement littérale, parfois inexacte et trop habituellement dans la dépendance des interprétations rabbiniques. Voir Pagnino.

3° Cajetan professait que ce n’était point entendre l’Écriture qu’entendre l’interprète latin, et qu’il fallait en conséquence recourir au texte hébreu pour l’Ancien Testament et au grec pour le Nouveau. Cf. P. Sarpi, Hist. du concile de Trente, trad. Amelot, Amsterdam, 1683, p. 142. Dans ses différents commentaires, il s’appliqua donc à donner une version latine des textes primitifs. Mais comme il n’avait de l’hébreu et du grec qu’une connaissance fort imparfaite, il fit appel à la collaboration d’un juif, expert en langue hébraïque, et d’un chrétien possédant à fond le grec. Une telle méthode était trop aventureuse pour donner de bons résultats, et les libertés que l’auteur prenait si volontiers à l’égard de la tradition scripturaire ne donnèrent pas grand crédit à son œuvre. Voir Cajetan, t. II, col. 47.

4° Isidore Clario, dans sa Vulgata editio Novi ac Veteris Testamenti, Venise, 1542, 1557, sous prétexte de corriger la Vulgate, se permit d’en changer arbitrairement le texte, et en parla en tels termes dans sa préface, que son ouvrage fut mis à l’Index. Ses corrections sont d’ailleurs en général assez peu judicieuses. Voir Clario, t. ii, col. 793.

5° Arias Montano revit la traduction de Pagnino et l’inséra dans la Polyglotte d’Anvers, Hebraicorum Bibliorum V. T. latina interpretatio, Anvers, 1572. Il yexagère encore la littéralité de Pagnino, au point de rendre inexactement le sens d’un bon nombre de passages. Voir Arias Montano, t. i, col. 954.

6° Thomas Malvenda, pour défendre la Vulgate, entreprit une version latine du texte hébreu, mais fut interrompu par la mort pendant qu’il traduisait Ezéchiel. Thomas Turcus a publié l’ouvrage: Commentaria in S. S. una cum nova de verbo ad verbum ex hebræo translatione, Lyon, 1650. Malvenda se sert des versions antérieures et des travaux de différents auteurs, mais sans jamais indiquer de références. De plus, sous prétexte de rendre plus littéralement l’hébreu, il forge de nouveaux mots latins, ce qui donne à son œuvre un air barbare.

7° Houbigant, dans sa Biblia hebraica cum notis criticis et versione latina ad notas criticas facta, Paris, 1743-1754, n’a donné qu’une œuvre imparfaite, parcequ’il n’a pu avoir sous la main tous les manuscrits hébreux qu’on a recueillis depuis, et parce que trop souvent il pousse la hardiesse jusqu’à la témérité dansses corrections du texte massorétique. Voir Houbigant, t. iii, col. 765.

8° J. de la Haye a réuni dans sa Biblia maxima, Paris, 1660, les traductions latines d’une foule de versions anciennes. Elles sont au nombre de vingt ou trente pour certains passages, ce qui produit une confusion inutile et une accumulation indigeste de documents qui se répètent sans profit appréciable.

II. Protestants. — 1° S. Munster, cordelier devenu luthérien, publia à Bâle, 1534 et 1546, une traduction latine de l’Ancien Testament faite sur l’hébreu. Il s’yinspire des explications des rabbins et ne tient pas assez compte des anciennes versions. Il est cependant littéral et ordinairement exact. Sa traduction est préférée à celles de Pagnino et d’Arias Montano. 2° Léon de Juda, du parti de Zwingle, a traduit l’AncienTestament sur l’hébreu, Zurich, 1543; Paris, 1545.Comme il mourut avant la fin de son travail, Biblianderacheva Ezéchiel et traduisit Daniel, Job, PEcclésiaste, le Cantique et les quarante-huit derniers Psaumes; P. Cholin traduisit du grec les livres que les protestantsnomment apocryphes. Ces traductions sont assez bonnes; elles évitent la littéralité excessive et la paraphrase; ony signale cependant certaines inexactitudes et quelquespassages peu intelligibles.

3° La traduction de Castalion, Biblia V. et N. Testam.,Bâle, 1551, d’après l’hébreu et le grec, vise àl’élégance et ne l’atteint qu’aux dépens de la fidélité.Bien des passages sont ainsi affaiblis, modifiés ou renduspar des équivalents oratoires qui dénaturent plus oumoins l’original. Voir Castalion, t. ii, col. 340.

4° Emm. Tremellius et F. Junius ou du Jon sont lesauteurs d’une autre version latine de la Bible: Bibliorum, i. e. libri latini recens ex hebræeo facti, pars i-iv, Francfort-sur-le-Main, 1575-1579, et Apocryphi, 1579, parJunius. Convaincus d’inexactitude en beaucoup d’endroits, ils ont donné une autre édition, Londres, 1581.Ils prennent bon nombre de libertés avec le texte sacré, quelquefois paraphrasent et ajoutent des mots qui nesont pas dans l’original. Voir Jon, t. iii, col. 1602.

5° Le Polyglotte de Walton contient aussi des traductionslatines des textes et des versions orientales, Londres, 1657. Ces traductions sont dues à différents auteurs.

6° Luc Osiander et son fils André, mort en 1552, donnèrentchacun une édition de la Vulgate, mais en la corrigeantd’après le texte hébreu. Dans ses traductions dela Bible, Robert Estienne inséra, en 1545, la version deLéon de Juda, et en 1557, celle de Pagnino. — Cf. RichardSimon, Histoire critique du Vieux Testament, Rotterdam,

1685, p, 313-329, 416-418; Mariana, Pro editione Vulgata dissertatio, xxv, dans le Scripturæ Sacræ Cursus completus de Migne, 1. 1, col. 685-691; Cornely, Introduct. gêneral. in N. T. libros sacros, Paris, 1885, t. i, p. 505, 508, 668, 669, 682, 688, 696.

H. Lesêtre.

LATRINES (hébreu: maḥǎrâ’âh; Septante: λυτρῶναι; Vulgate: latrinæ), endroit destiné à recevoir les déjections humaines. La Loi prescrivait qu’un emplacement particulier, hors du camp, fût réservé à cet usage pendant le séjour du peuple dans le désert; elle imposait certaines précautions intéressant à la fois la décence et l’hygiène, en vertu de ce principe supérieur que rien d’impur ne doit offenser la sainteté divine. Deut., xxiii, 12-14. Le contact d’une souillure humaine, quelle qu’elle fût, produisait une impureté légale. Lev., v, 5. Les précautions imposées par la Loi avaient l’avantage de préserver la population contre bien des germes de maladies meurtrières, le sol étant le meilleur désinfectant des matières putrides. Cf. Guéneau de Mussy, Étude sur l’hygiène de Moïse et des anciens Israélites, Paris, 1885, p. 12. Une fois établis dans la terre de Chanaan, les Hébreux durent demeurer fidèles aux usages que leurs pères avaient appris à suivre dans le désert. Pour obéir à l’esprit de la Loi, ils ne manquaient pas, quand ils étaient obligés de s’arrêter dans la campagne, de se couvrir entièrement de leur manteau. De là l’expression hébraïque hêsêk raglâî, «couvrir ses pieds.» (Vulgate: purgare alvum, ventrem.) Jud., iii, 24; I Reg., xxiv, 4. Cf. Josèphe, Ant. jud., ~VI, xiii, 4. Le Talmud interprète de même ces passages. Cf. Gesenius, Thesaurus, p. 951. On s’explique ainsi comment David put aisément couper un pan du manteau traînant de Saül, dans la caverne d’Engaddi. I Reg., xxiv, 5. Dans les villes et les agglomérations de quelque importance, la nécessité dut obliger les habitants à se réserver certains endroits, soit publics, soit privés. Toujours est-il qu’à Samarie, Jéhu, pour souiller et déshonorer à jamais le temple de Baal, en fit des latrines publiques. IV Reg., x, 27. De même plus tard, à Rome, on fit une latrine publique de la salle de la curie de Pompée, dans laquelle César avait été frappé à mort. Dion, xlvii, 19. Le mot que le texte sacré emploie pour nommer cet édifice, maḥǎrâ’âh, parut inconvenant à partir d’une certaine époque, et on le remplaça par le mot môsâ’âh (voir le qerî), de yâfd, «sortir,» l’endroit où l’on sort. Le mot dont se servent les Septante, λυτρῶναι, n’est pas grec et ne semble qu’une reproduction du mot latin latrinæ, qu’on lit ici dans la Vulgate. Le mot latin n’est qu’une contraction de lavatrina, parce que la salle qui servait au bain passa peu à peu à un autre usage hygiénique. Il est question de ces endroits dans les auteurs latins. Plaute, Curcul., iv, 4, 24; Suétone, Tib., 58; Columelle, x, 85, etc. Il y avait, chez les anciens Grecs et Romains, des latrines publiques, en hémicycle, ou rectangulaires, comme on peut en voir dans les ruines de Timgad, en Afrique; les maisons particulières en étaient pourvues. Élagabale fut tué dans l’un de ces endroits. Lampride, Elag., xvii. Cf. Rich, Dict. des antiq. rom. et grecq., trad. Chéruel, Paris, 1873, p. 353; H. Thédenat, dans le Dict. des antiq. grecques et romaines de Daremberg et Saglio, t. iii, p. 987-991. Ils existaient certainement chez les Israélites de l’époque évangélique. Ils sont désignés par saint Matthieu, xv, 17, et saint Marc, vii, 19, sous le nom de ἄφεδρὼν, secessus. Ce mot, qui n’appartient pas au grec classique, a peut-être été suggéré par le mot ἄφεδρος, dont les Septante, Lev., xv, 19, et le médecin Dioscoride, il, 85, se servent pour désigner un certain genre d’impureté. — Les latrines étaient d’ordinaire ménagées hors de la maison et en plein air; on les établissait de telle façon que, pour s’en servir, on eût toujours le visage tourné vers le midi. Cf. Iken, Antiquitates hebraicæ, Brême, 1741, p. 539.

H. Lesêtre.


LATUSIM (hébreu: Letušĭm; Codex Samaritanus: Lotšâʾîm; Septante: Λατουσιείμ), nom ethnique du second fils de Dadan. Il était petit-fils de Jecsan et arrière-petit-fils d’Abraham et de Cétura. Gen., xxv, 3; I Par., i, 32 (dans la Vulgate seulement, où leur nom est écrit Latussim). On s’accorde à reconnaître dans ce nom celui d’une tribu arabe, mais sans pouvoir la détermineravec précision. Steiner, dans Schenkel, Bibel-Lexicon, t. iv, 1872, p. 28, explique le nom comme dérivant de lâtaš, «marteler,» et signifiant «forgerons», de même que Le’ummîm signifierait «soudeurs de métaux». Cf. S. Jérôme, Quæst. hebr. in Genes., xxv, 3, t. xxiii, col. 976, seris ferrique metalla cudentes. Voir Laomim. On a cru retrouver des traces des Latusim dans quelques inscriptions nabatéennes. M. A. Levy, Ueber die nabatäischen Inschriften, dans la Zeitschrift des deutschen morgenländischen Gesellschaft, t. xiv, 1860, p. 403-404. Cf. Ed. Glaser, Skizze der Geschichte Arabiens, 1890, t. ii, p. 460-461. Frd. Keil, Genesis, 2e édit., 1866, p. 194, les identifie avec les Banu Leiṣ habitant le Hedjaz. Ch. Forster, The historical Geography of Arabia, 2 in-8°, Londres, 1844, t. i, p. 334, suppose que les Latusim sont compris, dans les écrits des prophètes, sous la désignation générale de Dadan, leur père (voir Dadan 2, t. ii, col. 1203), et qu’ils habitaient dans le désert à l’est du pays d’Édom. F. Fresnel, dans le Journal asiatique, IIIe série, t. VI, 1838, p. 217-218, identifie les Latusim avec les Tasm, ancienne tribu éteinte de l’Arabie. Ce sont là tout autant d’hypothèses qu’on n’a pu prouver jusqu’à présent.

F. Vigouroux.


LATUSSIM, orthographe de Latusim dans la Vulgate, I Par., i, 32. Voir Latusim.


LAUDIANUS (CODEX). - I. Description. - Le Laudianus est un manuscrit grec-latin des Actes, écrit vers la fin du VIe siècle, en lettres onciales, sur un parchemin fort et grossier. Il comprend 226 feuillets hauts de 0,27m, larges de 0,22m; il est à deux colonnes, de 23 à 26 lignes chacune. L’encre blanchie et presque effacée par le temps a été renouvelée par endroits. L’écriture est plus grosse et moins élégante que dans les grands codex Sinaiticus, Vaticanus et Alexandrinus. En général, les mots ne sont pas séparés. Pas d’accents ni d’esprits, sauf l’esprit rude, la barre horizontale ou le tréma sur l’υ initial (ὑ, ῡ, ϋ) et le tréma sur l’ι initial (ϊ). Ponctuation très rare; un point de temps en temps: les deux points servent à séparer le grec du latin quand les deux textes arrivent presque à se toucher. Par-ci par-là une lettre plus grande, placée en vedette, indique un alinéa.

— Point d’iota souscrit ou adscrit. On remarque le changement fréquent de ει en ι, de αι en ε, plus rarement de oι en υ, quelquefois de o en ω, et réciproquement. Dans les composés, l’assimilation des consonnes est souvent négligée. — Les abréviations sont: ΘΣ, ΙΣ, XΣ, KΣ, ΟΥNΟΣ, ΠNA, ANOΣ, ΠPΩN, ΠPA, MPI, ΔAΔ, IΛM, IHΛ, M (pour μου); αι final est souvent contracté, ν final remplacé par une ligne horizontale placée à l’extrémité supérieure de la lettre précédente. En latin, pas d’abréviations. Jésus est écrit Jhesus. — Dans son état actuel le codex a une lacune de Act., xxvi, 29 (εὔξαίμην), à Act., xxviii, 26 (λέγων). — Il est désigné en critique, par la lettre È ou Eact pour le distinguer du Basiliensis (E. des Évangiles) et du Sangermanensis (E. de Paul).

II. Histoire. — Tout porte à croire que le Laudianus fut copié en Occident, probablement en Sardaigne, par un scribe plus familier avec le grec qu’avec le latin. Entout cas, le manuscrit est passé par la Sardaigne, car il contient à la fin, d’une écriture plus récente, un décret d’un duc de Sardaigne, Flavius Pancratius: Φλ[αuιoς] πανϰρατιoς συν θεω απο επαρχων δουξ σαρδινιας ϰ. τ. λ. Des ducs gouvernèrent la Sardaigne de 534 à 749. Nous y lisons encore d’autres noms propres, mais qui ne nous apprennent rien sur l’âge ni sur l’histoire du manuscrit. On ignore à quelle époque il a été apporté en Angleterre; il est seulement très probable, comme nous le verrons plus bas, que le vénérable Bède (673-735) s’en est servi pour ses derniers travaux d’exégèse. À cette époque, il était complet, car Bède cite trois passages compris dans la lacune actuelle. En 1636, il appartenait à l’archevêque Laud et était déjà mutilé. Laud en fit présent à l’Université d’Oxtord, dont il était alors chancelier. Fell l’utilisa en 1675 pour son édition du Nouveau Testament. Le manuscrit se trouve maintenant à la Bodléienne (Oxford) où il est conservé sous la cote Laud, 35.

III. Particularités. — 1° Une des singularités de ce codex c’est que le latin occupe la place d’honneur, à la gauche du lecteur, tandis que le grec est à la droite.Comme il est écrit stichométriquement et que les stiques sont très courts (un ou deux mots, rarement trois ou quatre), le latin répond au grec presque mot pour mot. On a pensé que le grec était adapté au latin, pris pour base. Mais cette hypothèse a priori ne résiste pas à l’examen des faits. Au contraire, c’est le latin qui est adapté au grec sans en être toutefois une traduction nouvelle. La version pré-hiéronymienne, représentée par le Laudianus, se rapproche plus dé la Vulgate que celle du codex de Bèze. Le texte grec se distingue par des leçons excellentes, qu’on retrouve en partie dans le codex 218 des Actes (minuscule du XIVe siècle). — 2° Un autre fait curieux, c’est que le vénérable Bède s’est servi de ce manuscrit ou d’un autre tout semblable.Il en prit occasion pour composer son Liber Retractationis in Actus Apost., t. xcii, col. 995-1032, où il complète et modifie son Exposition des Actes, publiée plusieurs années auparavant, par les leçons du texte grec qu’il a remarquées depuis. Plus de soixante-dix leçons qu’il mentionne sont conformes au Laudianuset souvent lui sont spéciales. Mill, Nov. Test. græcum, Rotterdam, 1710, Prolegom., p. 98, conclut de cette comparaison que le codex employé par Bède aut illum ipsum esse aut ejus plane gemellum. Woide, Notitia Cod. Alexandr., Leipzig, 1788, p. 160, s’exprime de même après une comparaison plus complète. — 3° On peut remarquer dans le fac-similé (lig. 38) la forme des lettres déjà en décadence par rapport à la. pureté et à l’harmonie de l’écriture onciale du IVe siècle. En grec: B ouvert par le haut ressemble parfois au β minuscule, avec un trait oblique pour remplacer la boucle supérieure; Δ a quelquefois les barres prolongées hors du triangle et terminées par des crochets; M est trop large; la barre supérieure du Π est amincie et ne dépasse pas les montants; Φ est très aplati; Ξ contourné a l’aspect de ξ minuscule; P, Υ, Φ, Ψ, descendent au-dessous de la ligne; la partie supérieure de E et de Σ est formée par un trait distinct. En latin: b et h sont minuscules; d a le bout crochu; l se termine par un trait exagéré; m a le premier trait recourbé; p a la boucle petite; dans le t, la barre perpendiculaire est courbe au fond, la barre transversale se termine par deux crochets; f, p, q, r descendent au-dessous dé la ligne (fig. 39). — 4° Quelques mots sont grattés au couteau ou effacés à l’éponge; plus fréquemment des points, placés au-dessus d’une lettre ou d’un mot, équivalent à une rature. D’après Gregory, il y a eu trois correcteurs: l’un est probablement le scribe lui-même; le second est un contemporain, qui inscrivit en outre le Symbole des Apôtres, en latin, sur le feuillet 226; le troisième, qui paraît avoir vécu au vil» siècle, ajouta, le titre des chapitres, lesquels ne coïncident ni avecla capitulation de l’Amiatinus ni avec celle du Fuldensis. En effet, le chap. lviii (commençant Act., xxvi, 24) correspond au chap. lxvi de l’Amiatinus et au chap. lxxi du Fuldensis.

IV. Bibliographie. — 1° Éditions: T. Hearne, Acta Aposte Codice Laudiano, Oxford, 1715; Hansell, Nov. Test. græce, Oxford, 1864, t. ii, p. 2-227 (donne en quatre colonnes parallèles l’Alexandrinus, le Vaticanus, le Codex rescr. Êphrœmi, le Codex Bezæ et, au fond des pages, le Laudianus), édition médiocre; Tischendorf, Monumenta sacra inedita, t. ix, Leipzig, 1870 (fruit de deux collations, en 1854 et en 1863). — Pour le latin, Sabatier, Biblior. sacr. Lat. version. antiquæ, Paris, 1751, t. iii, part. i, p. 493-588. — 2° Fac-similés. Astley, Origin and progress of writing, Londres, 1784, pi. IV; Copinger, The Bible and its transmission, Londres, 1897, p. 126; The Palœographical Society, Facsimile of Manuscr. and Inscript., Londres, 1873-1883, t. l, fac sim. n° 80 (c’est celui que nous reproduisons). — Voir encore: Gregory, Prolegomena (de la viiie édit. crit. de Tischendorf), Leipzig, 1894, p. 410-413; Textkritik des N. T., Leipzig, 1900, t. I, p. 97-99; Scrivener, Introduction, 4e édit., Cambridge, 1894, t. I, p. 169-171; de plus, Mill et Woide cités plus haut.

F. Prat.


LAUGOIS Benoit, de Paris, mort le 18 juin 1689. Voir Franciscains (Travaux des) sur les Saintes Écritures, t. ii, col. 2385.

LAUNAY (Pierre de), sieur de la Motte et de Vauferlan, théologien protestant, né à Blois en 1573, mort à Paris le 27 juin 1661. Contrôleur général des guerres en Picardie, il abandonna cette charge, en 1613, pour se livrer entièrement à l’étude, ne conservant que le titre honorifique de conseiller-secrétaire du roi. Il fut un des membres les plus importants du parti protestant à cette époque. Il assista à plusieurs synodes régionauxet pendant quarante ans fut membre du consistoire de Charenton. Pendant quelque temps il enseigna le grec 129 LAUNAY — LAVAGE 130

à l’Académie de Saumur. Il a publié: Paraphrase et Exposition du prophète Daniel, in-8°, Sedan, 1624; Paraphrase et claire Exposition du livre de Salomon, vulgairement appelé l’Ecclésiaste, in-8°, Saint-Maurice, 1624; Paraphrase et Exposition de l’Épître de saint Paul aux Romains, in-8°, Saumur, 1647; Paraphrase et Exposition des Proverbes de Salomon et du premier chapitre du Cantique des Cantiques, 2 in-8°, Charenton, 1650; Paraphrase sur les Épîtres de saint Paul; 1 in-4°, Charenton, 1650; Paraphrase et Exposition de l’Apocalypse, in-4°, Genève, 1650, sous le pseudonyme de Jonas le Buy de la Prie: les opinions de l’auteur sur le règne de mille ans furent combattues par Amyraut, ce qui donna lieu à Launay de publier: Examen de la Réplique de M. Amyraut, in-8°, Charenton, 1658; Traité de la Sainte Cène du Seigneur avec l’explication de quelques passages difficiles du Vieux et du Nouveau Testament, in-12, Saumur, 1650; Remarques sur le texte de la Bible ou Explication des mots, des phrases et des figures difficiles de la Sainte Écriture, in-8°, Genève, 1667. — Voir Walch, Bibliotheca theologica, t. iv, p. 770.

B. Heurtebize.

LAURELLE. Voir Laurier-Rose.

LAURIER. Quelques interprètes ont voulu voir le laurier dans le mot ʾézrâḥ du Ps. xxxvii (Vulg., xxxvi), 35, qui en réalité signifie indigène. On y compare l’impie au comble de la puissance à un arbre vert, raʿânân, qui se dresse dans le sol qui l’a vu naître, ʾézrâḥ. C’est un arbre qui croît dans son sol natal, qui n’a pas été transplanté et par conséquent n’en tient que plus fermement à la terre. Le même mot s’emploie des hommes, pour signifier «un indigène». Exod., xii, 19; Lev., xvi, 29, etc. Il s’agit donc en général d’arbres verts et non pas spécialement du laurier. Les Septante, suivis par la Vulgate et les versions arabe et éthiopienne, ont lu une autre leçon dans leurs manuscrits hébreux: ils traduisent: «comme les cèdres du Liban,» ce qui suppose la lectureאדזילבנן, ʾarzê Lebânôn, au lieu de אזרה רצנן, ʾézrâḥ raʿânân.

E. Levesque.

LAURIER-ROSE (grec: φυτὰ ῥόδου, ῥόδον; Vulgate: plantatio rosæ, rosa, Eccli., xxiv, 14 [Vulgate, 18]; xxxix, 13 [Vulgate, 16]), arbuste aux belles fleurs roses.

[Image à insérer]Nerium Oleander.

1. Description. — C’est l’espèce typique du genre Nerium, de la famille des Apocynées, qui abonde sur le bord des eaux dans toute la partie chaude de la région méditerranéenne. Le Nerium Oleander de Linné {fig. 40) est un arbrisseau à suc laiteux, à feuilles coriaces et persistantes, dont le limbe lancéolé est porté par un court pétiole, verticillées par trois, sauf les inférieures de chaque rameau qui sont opposées, légèrement pubescentes sur les deux faces, avec des nervures latérales très rapprochées et presque à angle droit avec la côte médiane. L’inflorescence terminale et ramifiée en cymes a ses pédoncules un peu veloutés, comme les sépales; les cinq pétales d’un beau rose, à limbe étalé, portent à la gorge des appendices liguliformes, dentés; les cinq étamines ont le filet velu et l’anthère garnie de poils sur le dos. À la fleur succède un fruit formé de deux follicules rapprochées et laissant échapper à maturité de nombreuses graines soyeuses. d

II. Exégèse. — Le laurier-rose est tellement répandu en Palestine, qu’il y a lieu de s’étonner de ne point trouver dans la Sainte Écriture le nom d’un arbuste qui attire autant les regards. Et en effet aucun nom hébreu: des plantes mentionnées dans la Bible hébraïque ne paraît s’y appliquer. Mais peut-être dans les livres deutérocanoniques, serait-il désigné quelquefois sous le nom de ῥόδον, qui comprendrait et le rosier proprement-dit et le laurier-rose. On lit dans l’éloge de la sagesse, Eccli., xxiv, 13, 4:

Je me suis élevée comme le cèdre sur le Liban
Comme le cyprès sur la montagne d’Hermon.
Je me suis élevée comme le palmier à Engaddi
Et comme les φυτὰ ῥόδου à Jéricho,
Comme un bel olivier dans la plaine
Et j’ai grandi comme un platane.

Le parallélisme demande ici un arbuste dont le port est bien plus celui dû laurier-rose que du rosier. Et il faut remarquer que le laurier-rose est très abondant à Jéricho: ce qui n’a pas lieu pour le rosier. — Au chapitre xxxix, 13, du même livre, il est dit:

Écoutez-moi, fils pieux,
Et croissez comme le ῥόδον sur le bord d’une eau courante.

Cette situation sur le bord de l’eau convient mieux encore au laurier-rose qu’au rosier. «Du site de Jéricho, et de la situation au bord des eaux) dit, au sujet de ces deux passages, H. B. Tristram, The Naturel History of the Bible, in-12, Londres, 1888, p. 477, ce ῥόδον est plus probablement l’Oleander, le laurier-rose, une des plus belles et charmantes plantes de la Palestine, qui abonde dans toutes les parties plus chaudes de la contrée, sur le bord des lacs ou des cours d’eau, et fleurit spécialement à Jéricho, où je n’ai point vu notre rose.» J. Kitto, Cyclopædia of Biblical Literature, Édimbourg, 1866, t. iii, p. 681, et plusieurs exégètes sont de cet avis. On ne pourra décider la question que par la comparaison avec l’original hébreu de ces passages, qui malheureusem*nt n’a pas encore été découvert. On peut cependant fortifier les raisons données par cette remarque que le mot grec £680v désignait plusieurs espèces de plantes et s’appliquait au ῥόδοδάφνη, appelé aussi ῥόδοδένδρον. Dans les écrivains arabes, in materia medica, rodyon est donné comme le nom syrien de l’Oleander. Le nom syriaque du ῥόδοδάφνη est ɘoʾʾɑ, harduf. Quant à Eccli., L, 8, dans l’éloge où Simon, fils d’Onias, est comparé «à la fleur des rosiers aux jours du printemps», l’hébreu découvert présente un tout autre sens; il s’agit de la floraison des arbres en général au printemps, «comme la fleur aux branches à l’époque du printemps.» Et dans la Sagesse, xi, 8, il s’agit de vraies roses. Voir Rose.

E. Levesque.

LAVAGE, nettoyage d’un objet au moyen de l’eau. L’action de laver est exprimée par les verbes râḥaṣ, νίπτειν, lavare. — On peut laver le corps tout entier, voir Bain, t. i, col. 1386-1388, les mains, voir Laver (Se) les mains, les pieds, voir Lavement des pieds. On employait dans les lavages une sorte de savon végétal le borîṭ, voir Borith, t. i, col. 1852, et un savon minéralle néṭér, voir Natron. Jer., ii, 22. Différents objets sontmentionnés par la Sainte Écriture comme soumis aulavage.

Le visage. Après avoir pleuré, Joseph selave le visage pour que ses frères ne s’aperçoivent derien. Gen., xliii, 31. Notre-Seigneur recommande àceux qui jeûnent de se laver le visage, pour que leshommes ne sachent rien de leur pénitence. Matth., vi, 17.

Les yeux. Notre-Seigneur met de la boue surles yeux de l’aveugle-né et l’envoie se laver à la piscine deSiloé; sitôt qu’il se lave, l’aveugle recouvre la vue. Joa., ix, 7-15. La lotion ne fut pour rien dans le miracle, pasplus que les bains de Naaman dans la guérison de salèpre. IV Reg., v, 14. Mais, de part et d’autre, il y avait acted’obéissance et confiance en Dieu qui guérit.

Des plaies. À Philippes, le geôlier de la prison lave les plaiesque saint Paul et Silas ont reçues dans leur flagellation.Act., xvl, 33.

Un mort. Quand Tabitha fut morte àJoppé, on lava son corps avant de l’ensevelir. Act., ix, 37.

Différents objets qui ont besoin d’être purifiésou nettoyés, le vase d’airain dans lequel a été cuite unevictime d’expiation, Lev., VI, 28, le vase ou ustensile debois touché par une personne impure, Lev., xv, 12, unchar souillé du sang d’un blessé, III Reg., xxii, 38, desfilets de pêcheurs, qu’il faut débarrasser de la vase, desherbes et des détritus restés dans les mailles. Luc, v, 2, etc.

Les victimes des sacrifices. On lave lesentrailles et les jambes du bélier offert en holocaustepour la consécration des prêtres, afin de purifier lesunes et les autres du sangetde toute souillure, Exod., xxix, 17; les entrailles et les jambes des victimes de tous lesholocaustes. Lev., i, 9, 13; viii, 21; ix, 14; II Par., iv, 6.Ézéchiel, xl, 38, parle d’une chambre spéciale danslaquelle s’exécutaient ces lavages. Dans le second Temple, cette chambre était située au nord du grand parvis. Middoth, v, 2; Tamid, iv, 2. Les entrailles étaient lavéesau moins trois fois dans la chambre du parvis, puis onles rapportait sur des tables de marbre placées au nordde l’autel et là, on les lavait encore avec un plus grandsoin, ainsi que les autres parties de la victime. Cf. Iken, Antiquitates hebraicæ, Brême, 1741, p. 181.

Les vêtements. Le peuple dut laver ses vêtements avant l’apparitiondu Seigneur sur le Sinaï. Exod., xix, 10, 14. Ilfallait laver le vêtement taché par le sang d’une victimeexpiatoire, Lev., vi, 27, les vêtements de ceux qui portaientles cadavres de bêtes impures, Lev., xi, 25, 28, ouqui mangeaient de la chair des animaux purs mortsnaturellement, Lev., xi, 40, ceux des dartreux, Lev., xiii, 6, des teigneux, Lev., xiii, 34; les vêtements ayant apparencede lèpre, Lev., xiii, 54, 56, 58, voir Lèpre, iv; ceuxdes lépreux guéris de leur mal, Lev., xiv, 8, 9, des personnesqui avaient couché dans une maison atteinte dela lèpre, voir Lèpre, v, qui avaient été atteintes d’uneimpureté quelconque ou qui avaient touché quelqu’unou quelque chose d’impur. Lev., xv, 5, 8, 10, 11, 13, 17, 21, 22, 27. Celui qui menait dans le désert le boucémissaire et celui qui brûlait les restes des deux victimesimmolées au jour de l’Expiation, devaient ensuitelaver leurs vêtements. Lev., xvi, 26, 28. Les lévites étaienttenus de faire la même chose avant leur consécration.Num., viii, 7, 21. La même précaution était prescritedans l’accomplissem*nt des rites de la vache rousse etde l’eau de purification. Num., xix, 7, 8, 10, 19, 21. —Au retour de la bataille contre les Madianites idolâtres, les soldats eurent l’ordre de laver leurs vêtements.Num., xxxi, 24. — En signe de deuil, on ne lavait passes vêtements. II Reg., xix, 24. Comme on le voit, lelavage des vêtements était prescrit soit pour assurer lapureté physique, soit pour symboliser la pureté moralenécessaire à l’accomplissem*nt des rites sacrés. — Danssa prophétie sur Juda, Jacob dit qu’il lave son vêtementdans le vin et son manteau dans le sang des raisins, Gen., xlix, 11, pour marquer la fertilité des vignoblesqui occuperont les coteaux de la tribu de Juda. — SaintJean dit des saints qu’ils ont lavé leur robe et l’ontblanchie dans le sang de l’Agneau, Apoc, vii, 14; xxii, 14, parce que c’est le sang du Sauveur qui purifie l’ârnedes souillures du péché. Apoc, i, 5.

H. Lesêtre.

LAVAL Antoine, sieur de Belair, littérateur français, né dans le Bourbonnais le 24 octobre 1550, mort en1631, en son château de Belair, près de Moulins. Il futcapitaine du parc et du château de Beaumanoir-lez-Moulinset, en 1583, reçut le titre de géographe du roi.Ardent catholique, il prit part à diverses controverses, pour essayer de ramener les protestants à l’Église romaine.Parmi ses écrits, nous remarquons: Paraphrase des cl Psaumes de David, tant littérale que mystique, avec annotations nécessaires, in-4°, Paris, 1612; 2e édition, in-4°, Paris, 1614.

B. Heurtebize.

LAVATER Louis, théologien calviniste, né le1er mars 1527, mort le 15 juillet 1586. Il étudia à Strasbourg, puis à Paris et devint archidiacre, puis premierpasteur de Zurich. Nous avons de lui plusieurs commentaires: Commentarius in librum. Proverbiorum sive sententiarum Salomonis. Accessit et concio Salomonis quam Ecclesiasten Vocant de summo bono, in-4°, Zurich, 1562; Homiliæ lxiii in librum Josue, in-4°, Zurich, 1565; Homiliæ in Ezechielem, in-f°, Zurich, 1571; Homiliæ in librum Judicum, in-4°, Zurich, 1576; Homiliæ in Ruth, in-8°, Zurich, 1578; Homiliæ in Hieremiam et Threnos, in-f°, Genève, 1580; Commentarius in Ecclesiasten, in-8°, Zurich, 1584; Homiliæ in Job, in f°, Zurich, 1585; Homiliæ in Esdram, Nehemiam et Estheram, in-4°, Zurich, 1586; Commentarius in libros Paralipomenon sive Chronicorum cum tabulis de Genealogia Christi, de Summis Pontificibus Hebræorum, in-f°, Zurich, 1599; Commentarius in octo postrema capita Geneseos, in-f°, Zurich. Ce dernierouvrage a été publié pour compléter les commentairesde Pierre Vermigli sur les premiers chapitres de la Genèse, — Voir Walch, Biblioth. theolog., t. iv, p. 455, 479, 514, etc.

B. Heurtebize.

LAVEMENT DES PIEDS (hébreu: raḥaṣ raglaîm; Septante: νίπτειν τοὺς πόδας; Vulgate: lavare pedes), action de laver ses pieds ou les pieds d’un autre. Lesubstantif raḥaṣ n’est employé qu’une fois dans le textehébreu: Ps. lx (lix), 10, répété Ps. cviii (cvii), 10: «Moab est le bassin de mon lavage,» c’est-à-dire danslequel je me lave les pieds, expression par laquelleDavid veut marquer qu’il a réduit les Moabites à unehumble servitude. II Reg., viii, 2; 1 Par., xviii, 2. LesSeptante et la Vulgate traduisent: «Moab est le bassinde mon espérance,» ce qui n’a guère de sens. Le motrahas ne signifie «espérance» qu’en chaldéen. La versionsyriaque traduit plus justement; «Moab est le lavagede mes pieds.»

Dans l’usage ordinaire. — Si l’on marche habituellementnu-pieds ou avec de simples sandales sur un soldesséché et naturellement poudreux, il devient nécessairede se laver souvent les pieds. C’est le cas en Palestineet dans les pays voisins. Voir Chaussure, t. i, col. 633. Aussi le premier devoir de l’hospitalité était-il deprocurer au nouveau venu le moyen de se laver lespieds, pour les débarrasser de la poussière, les rafraîchiret les délasser. Nous trouvons cet usage fidèlementsuivi par Abraham à l’égard de ses trois visiteurs àMambré, Gen., xviii, 4, par Lot à Sodome à l’égarddes deux anges, Gen., xix, 2, par Laban à Haran àl’égard d’Éliézer, Gen., xxiv, 32, par l’intendant égyptienà l’égard des frères de Joseph, Gen., xliii, 24, par le vieillardde Gabaa à l’égard du lévite d’Éphraïm, Jud., xix, 21, etc. Le fils de Tobie se lavait lui-même les piedsdans le Tigre au cours de son voyage. Tob., vi, 2. Quand. David veut persuader à Urie de passer la nuit dans samaison et d’y coucher, il lui dit: «Descends dans tamaison et lave tes pieds,» c’est-à-dire prends-y la précautionpar laquelle commence tout hôte qui veut êtrereçu quelque part. II Reg., xi, 8. Aussi, lorsque l’Épouseendormie dans sa maison entend l’Époux frapper à laporte, elle lui répond: «J’ai ôté ma tunique, commentla remettre? J’ai lavé mes pieds, comment les salir?» Cant., v, 3. Le devoir de présenter à l’hôte de quoi selaver les pieds, encore en vigueur dans les pays d’Orient, cf. Shaw, Reisen, Leipzig, 1765, p. 208; Rosenmüller, Schol. in Genes., Leipzig, 179O, p. 196, l’était aussi autemps du divin Maître. Invité par le pharisien Simon, Notre-Seigneur put lui adresser ce reproche: «Je suisentré dans ta maison et tu ne m’as pas donné d’eau pour laver mes pieds.» Luc, vii, 44. C’était l’office des esclavesde laver les pieds de leurs maîtres (fig. 41).


41. — Antiphata lavant les pieds d’Ulysse. Vase de Chinai.
D’après Monumenti inediti dell’Instituto di Correspondenza archeologica, t. x, 1869-1873, pl. 42.


Demandée pour épouse par David, Abigaïl répond, entémoignage de son entière soumission: «Ta servantesera une esclave pour laver les pieds des serviteurs demon seigneur.» I Reg., xxv, 41. Madeleine remplit cettefonction auprès de Notre-Seigneur; elle baigne ses piedsde ses larmes et les essuie avec ses cheveux. Le Seigneurfait ressortir le contraste qui existe entre cet acteet la négligence du pharisien, qui a manqué au premierdevoir de l’hospitalité. Luc., vii, 38, 44. Saint Paulveut qu’une veuve, pour être admise par l’Église, ait «exercé l’hospitalité et lavé les pieds des saints».I Tim., v, 10. — «Se laver les pieds dans le beurre,» Job, xxix, 6, marque l’abondance de tous les biens. Les «baigner dans le sang des méchants», Ps. lviii (lvii), 11, c’est voir ces derniers subir le châtiment de leurscrimes.

Dans la liturgie mosaïque. — Avant d’entrer dansle Tabernacle, Moïse, Aaron et ses fils devaient se laverles mains et les pieds. Exod., xxx, 19, 20; xl, 29. Cetteloi fut suivie plus tard par tous les prêtres. En entrantdans le sanctuaire, ils devenaient comme les hôtes duSeigneur, devant lequel ils ne pouvaient d’ailleurs seprésenter qu’avec une pureté parfaite. Cette puretédevait surtout paraître aux pieds et aux mains, parce que les pieds les conduisaient dans le sanctuaire, où lesprêtres ne pouvaient pénétrer et servir que pieds nus, et les mains leur servaient à offrir les sacrifices.Cf. Bähr, Symbolik des mosaischen Cultus, Heidelberg, 1837, t. i, p. 491-492. Les prêtres avaient à se soumettreà ces lotions liturgiques alors même qu’ils étaient enétat de pureté légale. Yoma, iii, 3. À la fête de l’Expiation, le grand-prêtre était astreint par le cérémonialtraditionnel à cinq ablutions complètes et à seize changementsde costume, ce qu’il ne pouvait faire sansaselaver autant de fois les pieds et les mains. Voir Expiation (Fête de l’), t. ii, col. 2137; Reland, Antiquitates sacræ, Utrecht, 1741, p. 249. Les prêtres se lavaient lespieds et les mains avec l’eau d’une grande cuve d’airainqui était placée entre le Tabernacle et l’autel, Exod., xxx, 17, et qui, dans le temple de Salomon, prit le nomde mer d’airain. III Reg., vii, 23-26. Voir Mer d’airain.

À la dernière Cène. — Avant d’instituer la sainteEucharistie, Notre-Seigneur veut bien exercer lui-mêmel’office de l’esclave en lavant les pieds à ses Apôtres. Ilôte son vêtement de dessus, se ceint d’un linge, met del’eau dans un bassin, lave les pieds des Apôtres et lésessuie avec le linge dont il est ceint. Il ajoute cetteremarque, à l’adresse de Pierre, que celui qui a pris unbain, ὁ λελουμένος, qui lotus est, n’a plus besoin que de se laver les pieds, τούς πόδας νίψασθαι, ut pedes lavet, s’il vient du dehors. Joa., xiii, 4-10. Notre-Seigneur indique lui-même la triple leçon qu’il entend donner: leçon d’humilité, probablement pour répondre à lacompétition sur la préséance qui a eu lieu ayant lerepas, Luc., xxii, 24-30; cf. Luc, xxii, 26, 27, et Joa., xiii, 13-15; leçon de charité, Joa., xiii, 14, et leçon depureté. Joa., xiii, 8-10. Ces trois dispositions conviennenttrès spécialement avant la participation au banqueteucharistique.

Dans la liturgie chrétienne. — Il était d’usage, dans les églises des Gaules et de Milan, de laver les pieds desnéophytes, avant ou après la cérémonie du baptême. Celavement des pieds se faisait le jeudi-saint, en souvenirde l’exemple donné par Notre-Seigneur. Saint Augustin, Ep. lit, ad Januar., 7, 10, t. xxxiii, col. 204, attribue àce rite un but purement physique. Comme le bain étaitincompatible avec le jeûne du carême, il convenait quele catéchumène eût les pieds lavés avant de descendredans le baptistère. Saint Ambroise, De myster., 6, t. xvi, col. 398, fait au contraire du lavement des pieds un ritecomplémentaire du baptême, et il ajoute même que lebaptême remet les péchés personnels, et le lavement despieds les péchés héréditaires, ce qu’on entend de laconcupiscence qui provient du péché originel et quiest atténuée par ce rite religieux. Cf. Franzelin, De sacrament. in gen., Borne, 1873, p. 290-293. La coutume delaver les pieds avant ou après le baptême n’existaitguère en dehors des Gaules et de Milan. On ne la suivaitcertainement pas à Rome. Cf. De sacrament., iii, 1, 4, 5, dans les œuvres de saint Ambroise, t. xvi, col. 432-433.Les Grecs tentèrent d’imposer le lavement des piedscomme rite obligatoire et même lui attribuèrent uneefficacité sacramentelle. En 306, le concile d’Elvire, can. 48, mit l’Occident en garde contre cette exagérationen prohibant le rite lui-même. Saint Augustin, Ep. lv, ad Januar., 18, 33, t. xxxiii, col. 220, atteste que, deson temps, beaucoup s’abstenaient du lavement despieds liturgique et le combattaient, pour bien marquerqu’il ne tenait en rien au sacrement de baptême.Cf. Kraus, Hist. de l’Église, trad. Godet-Verschaffel, Paris, 1891, t. i, p. 366. Néanmoins, le rite persistadans l’Église et même s’étendit partout comme mémorialde ce que le Sauveur avait accompli le jeudi-saintet comme leçon de charité envers le prochain et surtoutl’étranger. Dans le passage de sa lettre liv Ad Januar., citée plus haut, saint Augustin dit que le lavement despieds du jeudi-saint était aussi considéré comme préparationà la communion qui allait suivre, et que, cetacte emportant la rupture du jeûne, beaucoup communiaientdès le matin de ce jour. L’évêque lui-mêmefaisait le lavement des pieds et rappelait la leçon decharité fraternelle qui ressort de cette cérémonie.L’auteur du Sermo cxlix, 1, attribué à tort àsaint Augustin, t. xxxix, col. 2035, dit que le lavementdes pieds peut effacer, chez celui qui l’accomplit avechumilité et charité, même les péchés graves. En 694, unconcile de Tolède, can. 3, constatant que le lavementdes pieds le jeudi-saint tombait en désuétude, ordonnade le rétablir partout. Cf. Chardon, Histoire des sacrements, Paris, 1874, p. 60, 61, 140; Martigny, Diction. des antiq. chrétiennes, Paris, 1877, p. 3-4; duch*esne, Origines du culte chrétien, Paris, 1899, p. 314. Dans laliturgie romaine, cet acte liturgique prit le nom deMandatum, premier mot d’une phrase qui résume lapensée de Notre-Seigneur à ce sujet. Joa., xiii, 34. Dansle Liber responsalis attribué à saint Grégoire le Grand, t. lxxviii, col. 848, les répons à chanter pendant lacérémonie commencent, comme dans la liturgie actuelle, par les mots: Mandatum novum do vobis. On y rappellemême le lavement des pieds du Sauveur par les larmesde Marie-Madeleine, la veille des Rameaux. Ce derniersouvenir était plus spécialement célébré, dans la provinceecclésiastique de Rouen, par un lavement des pieds quise faisait solennellement le samedi d’avant les Rameaux.Cf. t. lxxviii, col. 887. Les Ordines romani, x, 12; xi, 41; xii, 25; xiv, 84; xv, 69, t. lxxviii, col. 1013, 1041, 1074, 1207, 1311, parlent souvent du lavement des piedsfait par le pape à douze sous-diacres. À l’exemple dupape, l’empereur de Constantinpple lavait les pieds àdouze pauvres le jeudi-saint. Beaucoup de princeschrétiens ont depuis agi de même. Le Mandatum secélèbre actuellement dans toutes les églises catholiques.Ce qui se chante pendant cette cérémonie rappelle d’abord l’acte accompli par le Sauveur la veillede sa mort, et ensuite fait ressortir d’une manièretrès instante la leçon de charité et d’union fraternellequi en découle. Cf. Missal. roman., In Cœn. Dont.

H. Lesêtre.

LAVER (SE) LES MAINS (hébreu: šâlaf yâdâv; Septante: τὰς χεῖρας νίπτειν; Vulgate: lavare manus suas), se passer les mains à l’eau pour les nettoyer.

1° Dans l’Ancien Testament, cet acte est prescrit enquelques circonstances. Aaron et ses fils, par conséquentles prêtres leurs successeurs, doivent se laver lesmains avant de remplir leur office dans le sanctuaire.Exod., xxx, 19, 21. Ce soin leur est même prescrit souspeine de: mort. Le Seigneur y attachait donc grandeimportance, moins sans doute à raison de la puretéextérieure que de la pureté intérieure signifiée par lapremière. Exod., xl, 29. Cf. I Tim., ii, 8. Tout hommetouché par un autre homme atteint d’impureté devait selaver les mains, sous peine d’avoir à laver ses vêtements, à se laver lui-même et à rester impur jusqu’ausoir. Lev., xv, 11. De ses mains non lavées la souillurepouvait en effet passer à ses vêtements et à toute sa personne.Dans le cas où un homicide avait été commispar un inconnu, les anciens de la localité la plus voisinedevaient immoler une génisse dans des conditionsdéterminées, et se laver les mains au-dessus d’elle endisant: «Nos mains n’ont point répandu ce sang.» Deut., xxi, 6, 7. Voir Homicide, t. iii, col. 742. C’était une manièrede se déclarer pur du meurtre. Cette action symboliqueentra dans les usages du peuple hébreu. Selaver les mains constituait en certains cas une protestationd’innocence. Ps. xxvi (xxv), 6; lxxiii (lxii), 13. Bienque la signification d’un tel acte soit naturelle et qued’autres peuples l’aient employé parfois dans des circonstancesanalogues, c’est très vraisemblablement àl’usage juif que Pilate se réfère, quand il se lave lesmains devant le peuplé et dit: «Je suis innocent dusang de ce juste.» Matth., xxvii, 24. La formule dont ilse sert ressemble trop à celle du Deutéronome pourque le procurateur n’ait pas eu l’intention de suivre icile rite mosaïque, qu’il avait dû voir souvent pratiqué parses administrés.

2° Dans le Nouveau Testament, l’usage de se laver les mains avant le repas apparaît revêtud’une importance extraordinaire aux yeux des Juifs.Un jour, des pharisiens et des scribes s’aperçoivent queles disciples de Notre-Seigneur s’abstiennent de se laverles mains avant de prendre leur nourriture. «Car lespharisiens et tous les Juifs ne mangent pas sans s’être lavéles mains, conformément à la tradition des anciens; et, quand ils viennent du dehors, ils ne mangent qu’aprèsdes ablutions.» Ils s’adressent donc à Notre-Seigneuret lui disent: «Pourquoi vos disciples transgressent-ilsla tradition des anciens? En effet, ils ne lavent pasleurs mains pour manger leur pain.» Matth., xv, 1, 2; Marc, vii, 1-4. Une autre fois, un pharisien qui reçoitchez lui le Sauveur s’étonne qu’il ne se soumette à aucuneablution avant le repas. Luc, xi, 38. Pour prescrirecette formalité, les docteurs juifs s’appuyaient sur letexte du Lévitique, xv, 11, qui vise un cas tout particulier.Tout le traité talmudique Yadaim est consacréà expliquer la manière de se laver les mains. Le Talmudcomprend plus de six cents ordonnances à ce sujet.Négliger l’ablution des mains, c’était encourir l’excommunicationet la lapidation. Babyl. Berachoth, 46, 2.Si peu qu’on eût d’eau pour se désaltérer, il fallait engarder une partie pour se laver les mains. Le rabbinAkiba aima mieux mourir de soif que de se dispenserde l’ablution traditionnelle. Des démons particuliersnuisaient aux transgresseurs de ce devoir, etc. Cf. Yadaim, i, 1-5; ii, 3; Berachoth, viii, 2-4; Chagiga, ii, 56; Eduioth, iii, 2; Taanith, xx, 2; Schürer, Geschichte des jüdischen Volkes ira Zeilalt. J. C., Leipzig, t. ii, 1898, p. 482-483. On comprend qu’il soit bon de se laver [Image à insérer]

les mains avant le repas dans un pays où les convives ontl’habitude de manger avec les doigts en prenant aumême plat. Cf. de la Roque, Voyage dans la Palestine, Amsterdam, 1718, p. 202-203; Jullien, L’Egypte, Lille, 1891, p. 258. Cette coutume avait dû être en vigueur dèsles anciens temps. IV Reg., iii, 11. Aussi voyons-nous, àla porte de la maison de Cana, des urnes destinées àcontenir de l’eau pour les ablutions. Joa., ii, 6. Maiscontrevenir à cet usage n’était en soi qu’une infractionaux règles de l’hygiène et du savoir-vivre, pour le casoù l’on avait à prendre son repas en compagnie. Cf. Cicéron, De orat., ii, 60. Malgré la prétention des docteurs, cette négligence n’impliquait aucune faute morale. Notre-Seigneurréagit donc énergiquement contre leur enseignement.Il déclara que la vraie souillure est celle quiatteint l’âme, quand le mal procède d’elle en pensées ouen actions. «Mais manger sans se laver les mains nesouille pas l’homme.» Malth., xv, 3-20; Marc, vii, 8-23; Luc, xi, 39, 40, 46. Dans le texte de saint Marc, vii, 3, laVulgate dit que les Juifs ne prennent leur repas qu’aprèss’être fréquemment lavé les mains, nisi crebro laverint.Cette traduction répond à la leçon mjxvà vi’iî/uvtai dequelques manuscrits grecs. Ce multiple lavage des mainsavant le repas n’est mentionné nulle part. Le texte grecporte dans la plupart des manuscrits, itây|i>j W+omai, «ils se lavent avec le poing,» ce qui doit signifier toutsimplement qu’avec le poing d’une main on frotte lecreux de l’autre main. Cf. KnaCenbauer, Evang. sec.Marc, Paris, 1894, p. 187, 188. Peut-être même faudrait-ilvoir là l’indice de ces prescriptions méticuleuses desdocteurs, qui réglaient jusque dans les moindres détailsles actions les plus simples. Les versions copte etsyriaque traduisent iziyi.-ç par «soigneusem*nt», et laversion éthiopienne par «intensivement». C’est tout ceque semble vouloir dire le texte grec.

H. Lesêtre.

LAVOIR (hébreu: rahsàh; Septante: XoOtpov; Vulgate: lavacrum), «lieu où l’on se lave.» On lit deux foisdans le Cantique des Cantiques, IV, 2, et vi, 5: «Tes dentssont comme un troupeau de brebis (tondues, iv, 2), quiremontent du lavoir.» Pour exprimer que les dents del’Épouse sont blanches et bien rangées, l’Époux les compareà des brebis qui sont éclatantes de blancheur ausortir du lavoir et qui se pressent les unes contre lesautres, selon leur coutume, pour se réchauifer.

LAWSONIA, arbrisseau dont les Orientaux tirent lapoudre colorante du henné. Voir Henné, t. iii, col. 590.

LAZARE (AàÇapoç; dans le Talmud, L’âzâr, formeabrégée de’El’âzàr, «Dieu aide;» Vulgate: Lazarus).Voir ÉLÉAZAR, t. ii, col. 1649. La forme AiÇapoçse lit dansJosèphe, Bell.jud., V, xiii, 7. Nom du frère de Marthe etde Marie et du pauvre de la parabole de Notre-Seigneur.

1. LAZARE de la parabole, Luc, xvi, 19-31, nom dupauvre dont la misère est mise en opposition avec lafortune et l’insensibilité au mauvais riche, comme saglorieuse récompense après cette vie est opposée au châtimentde son contempteur; le riche sans entrailles estprécipité dans l’enfer et Lazare est reçu dans le «seind’Abraham» (t. i, col. 83). C’est le seul exemple d’unnom propre dans une parabole, et peut-être a-t-il étéchoisi parce qu’il était très répandu à cette époque dansla classe des pauvres. D’après l’opinion commune, cenom aurait été pris par Jésus comme personnificationde la misère, pour graver plus vivement dans l’esprit deses auditeurs sa doctrine sur la conduite de Dieu àl’égard des élus méprisés en ce monde. Il en est quicroient que le nom du Lazare de la parabole n’est pasune contraction: d’Éléazar, mais un composé de lu nù., lô*’êzér, 4 sans secours,» à60T, 8>]i: oç. Cf. J. Stockmeyer, Exegetische und praktische Erklàrung ausgewâhller

Gleichnisse Jesu, in-8°, Râle, 189’/, p. 365; A. Jùlicher, Die Gleichnissreden Jesu, 2 in-8°, Fribourg-en-Brisgau, 1888-1899, t. ii, p. 622. Suivant quelques autres, Lazareserait un personnage réel et Jésus raconterait une histoirevéritable. On ne peut nier que cette opinion a pour elleune très ancienne tradition. Cf. S. Irénée, Cont. hier., IV, n, 4, t. vii, col. 977; II, xxxiv, l, col. 834-835; Tertullien, De anim., 7, t. ii, col. 697. Plusieurs commentateurs affirmentque Lazare était un mendiant très connu dansJérusalem, assertion peu fondée en autorité. Quelquesunsont été jusqu’à prétendre spécifier, d’après le texte, la nature de sa maladie. Luc, xvi, 20, 21. C’est là uneentreprise vaine. Cette parabole met en lumière la réalité

[Image à insérer]

42. — Lazare de la parabole.D’après les Heures de Pigouchet, 1497.

des récompenses et des châtiments de l’autre vie et lajustice rémunératrice de Dieu, ꝟ. 25. Elle insinue l’éternitédes peines, ꝟ. 26, et la résurrection des morts, ꝟ. 31° Il est digne de remarque que Lazare, dans le récit dela parabole, ne prononce pas un seul mot. On peut conclure, de son silence, que, le mauvais riche n’est paspuni à cause de ses richesses, mais parce qu’il n’en apas fait bon usage^L§zare n’est pas récompensé à causede sa pauvreté, niais à cause de la patience et de la résignationavec lesquelles il a supporté son état. — Aumoyen âge, la désignation latine du mauvais riche, Dives, était devenue comme un nom propre. D’après EuthymiusZigabène, In Luc., xvi, 20, t. cxxix, col. 1037, le mauvaisriche se serait appelé Ninevis. D’après d’autres, il s’appelaitPhinées. A. Jùlicher, Gleichnissreden, t. ii, p. 621. Onprétend montrer à Jérusalem la maison qu’il habitait.Le Lazare de la parabole a toujours été très populaire(fig. 42). Il fut au mc-en âge le patron des mendiantset des pauvres, qui furent désignés par le mot ladre, dérivé ds (cure; contraction de Lazare, plus spécia-

lement il devint le patron des lépreux et de tous lesaffligés de maladies infectieuses, à cause des ulcèresdont son corps était couvert. Luc, XVI, 20, 21. De làaussi les noms de ladrerie donné autrefois aux hôpitauxet de lazaret donné aux établissem*nts de désinfection.L’ordre hospitalier de Saint-Lazare se réclamaitdu même patronage d’après Ch. Cahier, Caractéristiquesdes saints, Paris, 1867, t. ii, p. 503, 621, Il estcertain qu’il soignait lgs lépreux, mais ses originesnef sent pas bien connues et l’on ne sait pas exactementpourquoi ses fondateurs lui avaient donné ce nom.

thanie. Du récit évangélique on conclut que Lazaremourut le jour même où l’envoyé de Marthe et de Marierejoignit le Sauveur, car après ce message, Jésusdemeura deux jours en Pérée, jꝟ. 6; il consacra le joursuivant à parcourir les 16 milles qui le séparaient deBéthanie, où il arriva probablement le soir. Alors ilfut vrai de dire que Lazare était mort depuis quatrejours, y. 39. Le miracle de la résurrection de Lazare estraconté en détail dans saint Jean, xi. Les synoptiquesl’ont omis à dessein, comme ils ont omis toutes les œuvresde Jésus en Judée, à l’exception de celles de la der43. - Tombeau de Lazare à Béthanie. Extérieur et porte d’entrée. D’après une photographie.

Voir P. Hélyot, Dictionnaire des ordres religieux, édit.Mjgne, 1848, t. ii, col. 742; Stork, dans Wetzer etWelte, Kirchenlexicon, 2e édit., t. vii, col. 1559.

P. Renard.

2. LAZARE de Béthanie, frère de Marthe et de Marie, Juif de haute condition que Jésus honora de son amitiéet de ses visites. La maison de Larare à Béthanie étaitla, résidence habituelle du Sauveur, quand il venait àJérusalem. Matlh., xxi, 17; Marc, xi, 11; Luc, x, 38; Joa, , xi. Pour obtenir la guérison de Lazare, atteint d’unegrave maladie, que l’Écriture ne détermine pas, Martheet Marie envoyèrent vers Jésus, qui se trouvait alorsdans la Pérée, lui faisant dire que «celui qu’il aimait» était malade. Joa., xi, 1-6. Par un dessein secret qui devaitmerveilleusem*nt manifester la gloire de Dieu, Joa-, xi, 4, Jésus ne se rendit que trois jours après à Bénière semaine de sa vie, se bornant à raconter le ministèredu Sauveur en Galilée et au delà du Jourdain. Usmentionnent d’autres résurrections. Matth., ix, 25; Marc, v, 41; Luc, vii, 14; viii, 54. Nul doute qu’ils n’eussentmentionné celle-ci, si ce récit fût entré dans leur dessein.La haute situation et les nombreuses relations deLazare, Joa., XI, 19, contribuèrent à donner à ce miracleun grand retentissem*nt. La mission du Sauveur en futaccréditée auprès d’un grand nombre, qui dès lors crurenten lui, ꝟ. 45. La haine des Sanhédrites, qui d’ailleursne contestaient pas le miracle, redoubla à cetteoccasion, Joa., xi, 47, d’autant plus que la présence deLazare était une preuve indéniable et permanente de lapuissance de Jésus. L’Évangile mentionne spécialementla présence de Lazare ressuscité au festin qui eut lieu àBéthanie, six jours avant la Pâque, chez Simon le 1$.

preux, Joa., xii, 1, 2; cf. Matth., xxvi, 6; Marc, sn, 3, où une grande foule vint constater que Lazare était bienvivant. Joa., xii, 9. Et comme de cette constatation résultaientde nombreuses adhésions à la doctrine de Jésus, les Sanhédrites cherchèrent tous les moyens de fairemourir Lazare. Joa., xii, 10, 11. Rien n’indique que ceprojet ait été exécuté; il semble plus probable que leurhaine étant satisfaite par la mort du Sauveur, les Sanhédriteslaissèrent Lazare vivre en paix.

Le tombeau où avait été enseveli Lazare a toujours étéfixé par la tradition au même endroit (voir S. Jérôme.De situ et nominibus, t. xxiii, col. 884), sur le flancsud-est du mont des Oliviers, au haut d’un village quiporte maintenant le nom d’El-Azariéh, «village deLazare.» Voir Béthanie 1, t. i, col. 1655. Le tombeau{fig. 43) a subi, dans la suite des temps, divers changementsqui en ont modifié l’aspect, mais dont la plupart ontété nécessités par le besoin de consolider l’édifice. C’estune grotte souterraine creusée dans un rocher friable quia l’apparence d’une terre argileuse, excepté dans là partieavoisinant l’entrée où il a conservé sa dureté primitive.Le monnment est revêtu d’une maçonnerie, dont lavoûte est en ogive; cette maçonnerie fut sans doutedestinée à soutenir l’oratoire qu’on éleva au-dessus etqui, sans cet appui, aurait été exposé à s’effondrer. Laporte d’entrée actuelle regarde le nord, on descend parun escalier de 24 marches construit en 1337. On arriveainsi à une chambre carrée, ayant à peu près 3 mètresde long sur autant de large et revêtue d’une maçonnerieassez grossière. C’est là que devait se tenir Notre-Seigneurquand il commanda à Lazare de se lever. On yremarque, à l’est, une porté cintrée, aujourd’hui murée, qui devait être l’entrée primitive du tombeau. Par nneouverture pratiquée dans la paroi du nord on a vuedans le sépulcre proprement dit. C’est une chambrepareille à la première, où l’on descend par 3 marches.Le corps de Lazare avait été déposé là, probablementsur une couche en forme de banc. La chambre sépulcraleétait destinée à recevoir trois corps; chacune des troisparois a son banc; seule, celle où se trouve la porte d’entréereste libre. Ce tombeau est également vénéré par lesmusulmans et par les chrétiens. Voir Liévin de Hamme, Guide indicateur de la Terre-Sainte, 4e édit., Jérusalem, 1897, t. ii, p. 317-323. Cf. Béthanie 1, t. i, col. 1658.

Les archéologues remarquent que la manière dontavait été enseveli Lazare témoigne de sa haute situationsociale, car les riches seuls étaient ainsi déposés dansun tombeau creusé dans le roc et fermé par une pierre.Ils ajoutent que le deuil des riches durait sept jours etque cette durée des funérailles explique comment, lequatrième jour après la mort de Lazare, beaucoup deJuifs se trouvaient encore à Béthanie. Cf. Gen., L, 10; I Reg., xxxi, 13,; Judith, xvi, 29; Eccli., xxii, 13; Josèphe, Ant. jud., XVII, viii, 4. Voir Funérailles, t. ii, col. 2416, Tombeau.

Une tradition fait venir Lazare en Provence avecMarthe et Marie. Il aurait prêché la foi chrétienne àMarseille, dont il serait devenu l’évêque. Fabricius, CodexApocr. N. Test., t. iii, p. 475; Thilo, Apocryph., p. 711. Cf. Launoy, De commentitio Lazari appulsu inProvinciam, in-8°, Paris, 1660 (dans ses Opéra omnia, in-f°, Cologne, 1731, t. ii, part. i, p. 202-373); Faillon, Monuments inédits sur l’apostolat de sainte Marie-Madeleineen Provence, saint Lazare, etc., 2 in-4°, Paris, 1848. D’après une autre tradition, les reliques de Lazareauraient été découvertes en 890 dans l’île de Chypre.Tillemont, Mémoires pour servir à l’histoire ecclésiastique, 2e édit., 1701, t. ii, p. 34. Saint Lazare estmentionné au martyrologe romain, le 17 décembre.

P. Renard.

    1. LAZARISTES##

LAZARISTES (TRAVAUX DES) SUR LES

SAINTES ÉCRITURES. L’étude des saintes Écrituresa toujours été en honneur parmi les prêtres de la

Mission, appelés communément lazaristes. Pour inspirerà ses enfants l’amour de la parole de Dieu, saintVincent de Paul, leur iohdateur, prit soin de les obligerpar un article de la règle à lire chaque joar au moinsun chapitre du Nouveau Testament, à genoux et têtenue. Le directoire des grands séminaires, élaboré parles assemblées générales de la congrégation, accorde, parmi les sciences sacrées, la première place à l’Écrituresainte. Fidèles à ces prescriptions, les enfants desaint Vincent ont toujours cultivé l’étude des saintesLettres dans la mesure compatible avec l’esprit de leurvocation et la fin de leur Institut. Qu’il nous suffised’énumérer les travaux les plus importants:

1° Travaux divers. — 1. En langue latine: A. Putijatycki, lazariste polonais (1787-1862), Enchiridion Hermeneuticxsacræ, in-8°, Varsovie, 1859; A. Pohl, autrelazariste polonais (1742-1820), Scriptura Sacra per qusestionesexposita, responsionibus explicata, contra incredulosdefensa, 5 in-8°, Vilna, 1810-1812; E. Bersani, lazariste italien, Propsedeutica ad Evangelia, in-18, Plaisance, 1898. — 2. En langue française: J. Barbé, Prières touchantes et affectives où sont expliquésen peu de mots les Évangiles des dimanchesde l’année, 3 in-12, Paris, 1712-1720; J. Compans (17481835), Histoire de la vie de Jésus-Christ, 2 in-12, Paris, 1786, 1788; P. F. Viguier (1745-1821), Exposition dusens primitif des Psaumes, 2e édit., 2 in-8°, Paris, 18181819; la première édition avait paru en 1806, 2 in-12, sous le titre de: De la distinction primitive des Psaumesen monologues et dialogues; Id., Le vrai sens duPsaume Lxrw Exurgat Deus, in-8°, Paris, 1819; E.Bore, Jugement sur la traduction nouvelle de la Biblepar J. Cahen, dans les Annales de philosophie chrétienne, août, 1836; E. Guillaume, Tableaux synoptiquespour servir à l’étude de l’Écriture Sainte, in-4°, Cambrai, 1876. — 3. En langue italienne; L. Biancheri, L’Apocalisse spiegata, in-8°, Rome, 1836; J. Buroni, Del voto di Geftee degli lstituti monastici del VecchioTestamento, in-8°, Florence, 1866; Id., Délia concordiaEvangelica, in-8°, Florence, 1868; Id., 1 quattro EvangelidelV’ultima cena, in-12, Turin, 1869; Ceresa, L’Apocalissee rivelazione dei destinie del corso storico delgénère umano, 2 in-8°, Gênes, 1869; G. F. Dassano„Spiegazione dei Salmi, 3 in-8°, Gênes, 1874. — 4. Enlangue éthiopienne: M9 r Touvier, Psalterium Unguaxthiopica idiomate Ghez, in-12, Keren, 1883; J.-B.Coulbeaux, Psalmi davidici Ungua œthiopica idiomateGhez, in-12, Keren, 1893. — 5. En langue chaldéenne: P. Bedjan, Liber Psalmorum, in-§», Paris, 1886.

2° Traductions. — 1. En italien: J. Buroni, L’archeologiadel Passio ovvero la scienza délV antichità adoperataa spiegare la storia délia passions di N. S. G. C.(traduction de l’ouvrage allemand de L. H. Friedlieb), in-12, Turin, 1870. — S. En grec: A. Elluin, EùaTfeXiatûv xùpiaxoov (traduction en grec des Évangiles des dimancheset des principales fêtes), in-16, Smyrne, 187-L

— 3. En turc: Sinan, Le saint Évangile selon saintMatthieu traduit en langue turque, in-16, Paris, 1885.

— 4. En français: R. Flament, Les Psaumes traduitsen français, in-8°, Montpellier, 1897; Paris, 1898.

V. Ermoni.

    1. LEANDRE dé Dijon##

LEANDRE dé Dijon, capucin français, né à Dijon etmort en cette ville, en 1669. Habile théologien, prédicateurzélé, et définiteur de son ordre, il a publié lesouvrages suivants: Veritates evangeliese in quibus continenturet comprehuntur mysteria vitse Jesu Christi, veritates fidei catholicæ, perfectiones deiparx virginisMariée et sanctorum, miracula sanctissimæ Eucharisties, sécréta sublimiora vitse triysticæ et materim. admores spectantes cum exemplis, reflexionibus, moralilatibuspracticis et affections devotis, 3 in-f", Paris, 1659; Les vérités de l’Évangile ou l’Idée parfaite del’amour divin exprimée dans l’intelligence du Cantique

des Cantiques, 1! in-f°, Paris, 1661-1662; Commentariain orttnes epîstolas S, Pauli Apostoli, 2 in-f°, Paris, 1663. — Voir Dupin, Table des auteurs ecclésiastiquesdu xvw siècle, col. 2472; Jean de Saint-Antoine, Bibliothèqueuniv. franciscaine, t. ii, p. 279.

B. Heuktebize.

    1. LEBANA##

LEBANA (hébreu: Lebânâh, «la lune;» Septante: Aaëavti, I Esd., H, 45; Aagavi, II Esd., vii, 48), Nathinéendont les descendants retournèrent de la captivitéde Babylone en Palestine avec Zorobabel. I Esd., ii, 45; II Esd., vii, 43.

    1. LEBAOTH##

LEBAOTH, ville de la tribu de Siméon, dont le siteest inconnu. Jos., xv, 32. Son nom complet est Bethlebaoth.Voir Bethlebaoth, t. i, col. 1688.

    1. LEBBÉE##

LEBBÉE (grec: AeSgaîoç), surnom de l’apôtre saintJude. Voir Jude l, t. iii, col. 1806. Aeg6aîoç se lit en grec, Matth., x, 3, dans un certain nombre de manuscritset d’éditions imprimées. Voir C. Tischendorf, NôvûmTeslamentum grsce, edit. octava major, 1869, 1. 1, p. 47.D’autres portent ©aSStxîo? et la Vulgate a Thaddmùs.Dans le textus receptus, on lit: Atëêaïoç 6 èutxV^siç©oeoSatoç, a Lebbée, surnommé Thaddée,» leçon peujustifiable, car Lebbée est un surnom comme Thaddéeet peut-être le même surnom sous une. forme différente.En saint Marc, iii, 18, la forme ordinaire est ©àSSaïoç etelle est assez généralement préférée aujourd’hui par lescritiques. Ce surnom avait dû être donné à saint Judepour le distinguer de Judas Iscariote, Lebbée paraitdériver de l’hébreu lêb, «cœur,» et signifier par conséquentcordatus, «ayant du cœur, courageux,» corculum, comme l’interprète saint Jérôme. In Matth., x, 4, t. xxvi, col. 61. On a donné du surnom de Thaddéede nombreuses explications. La plus vraisemblable estpeut-être celle qui considère cette forme-comme laforme araméenne de Lebbée et la rattache au syriaque"tn, équivalent de^ Thébreu tv, sad, «mamelle,» endonnant à in le sens de pectus, «poitrine.» A. Resch, Aussercanonische Paralletexte zu den Evangelien, iii"> s Heft, 1895, p. 827. Mais les critiques sont extrêmementdivisés sur ce point. F. Vigouroux.

    1. LEBNA##

LEBNA (hébreu: Libndh; Septante: Atëuva, AeSvà, Aoêvâ, etc.), nom d’une station des Israélites dans ledésert et d’une ville de Palestine.

11. LEBNA (hébreu: Libndh; Septante: Codex Vaticanus, Asjiwvâ; Codex Alexandrinus, Ae6t>>vâ), unedes stations des Israélites dans le désert, du Sinaï àCadès. Num., xxxiii, 20, 21. Elle est inconnue. Si Ressa, qui la suit dans l’énumération, se trouvait à l’ouadiSuega (Sueiqa), on doit alors la chercher au nordouestd’Aqaba. L’étymologje de «blancheur» conviendraità tout le plateau de Tih où les Israélitesétaient désormais certainement montés. Cf. M. J. Lagrange, L’itinéraire des Israélites du pays de Gessenaux bords du Jourdain, dans la Revue biblique, 1900, p. 277; croquis iii, p. 281. Il est impossible, commequelques auteurs l’ont fait, de la confondre avec Lebna.Jos., x, 29; xii, 15. Voir Lebna 2.

A. Legendre.

2. LEBNA (hébreu: Libndh; Septante: Codex Vaticanus, Asêvâ, Jos., x, 29, 31, 32; xii, 15; CodexAlexandrinus, Aeëjivoî, Jos., x, 29; xii, 15; Aaê^a, Jos., X, 31, 32), nom d’une ville de la Palestine prisepar Josué, et, d’après le contexte, située entre Macédaet Lachis. Jos., x, 29, 30 (Vulgate), 31, 32, 39 (Vulgate); xii, 15. Elle est appelée Labana, Jos., xv, 42, etLabna, Jos., xxi, 13; IV fieg., viii, 22, etc. Voir Lobka.

A. Legendre.

    1. LEBNI##

LEBNI (hébreu r Libnî, «blanc;» Septante: Ao6evi), fils aîné de Gerson et petit-fils de Lévi. Num., iii, 18.

Partout ailleurs, Exod., vi, 17; Num., xxvi, 58; ï Par., vi, 17, 20, la Vulgate écrit son nom Lobni. Il fut le chefde la famille Lébinite. Num., iii, 21; xxvi, 58. DansI Par., xxiii, 7, 8, 9; xxvi, 21, il est appelé par corruptionen hébreu La’eddn; Vulgate, dans I Par., xxiii, 7-9, Leedan, et xxvi, 21, Ledan. Il eut pour fils Jahath.I Par., VI, 20, 43. Dans ce dernier verset, la Vulgateécrit son nom Jeth. Voir Jahath et Jeth, t. In, col. 1105et 1519. Le chef de chœur Asaph fut un de ses descendants.Voir Asaph 1, t. ï, col. 1056.

    1. LEBNITIQUE##

LEBNITIQUE (hébreu: hal-Lïbnx; Septante: Aoëevî; Vulgate: Lebnitica), famille de lévites descendant deLebni bu Lobni, une des branches de la famille Gerson.Num., iii, 21; xxvi, 58. Dans ce dernier passage, la Vulgatel’appelle: familia Lobni. Voir Gerson, t. iii, col. 214.

    1. LEBONA##

LEBONA (hébreu: Lebônàh; Septante: Vaticanus, riiî Ae6wvâ; Alexandrinus, toO A16avo0), ville de Palestine, mentionnée une seule fois dans l’Écriture.Jud., xxi, 19. Elle se trouve comprise dans une glosedestinée à préciser l’emplacement de Silo, aujourd’huiSeilûn, situé «au sud de Lebona». Le mot négéb doitse prendre ici dans le sens de «sud-est», car la citédont nous parlons est parfaitement identifiée avec levillage actuel A’El-Lubbân, au nord-ouest de Seilûn.Voir la carte de la tribu d’Éphraïm, t. H, col. 1876.L’hébreu n: ! ! 1 }, Lebônâh, est exactement reproduit par

l’arabe,-yp, généralement prononcé Lubban ou Lubbân, ^jUJ; on rencontre cependant Lebben dans V. Guérin, Samarie, t. ii, p. 164; Leban dans Van de Velde, Reisedurch Syrien und Palâstina, Leipzig, 1855, t. H, p. 259.Cf. G. Kampffmeyer, Aile Namen im heutigen Palâstina, und Syrien, dans la Zeitschrift des Deutschen Palâstina-Vereins, Leipzig, t. xvi, 1893, p. 47. Lebona estl’ancienne Belh Laban, renommée pour ses vins dansle Talmud. Cf. A. Neubauer, La géographie duTalmud, Paris, 1868, p. 82. — Le village A’El-Lubbân consisteen un amas de petites maisons d’apparence misérable, qui s’élève sur les pentes d’une colline, à l’ouest et prèsde la route de Jérusalem à Naplouse. Dans la constructionde plusieurs de ces maisons, notamment aux portes, >n remarque un certain nombre de belles pierres régulières, évidemment antiques. Trois tronçons de colonnes, provenant également de quelque ancien édifice, ont étéplacés dans la cour d’une petite mosquée. Dans les flancsd’une colline voisine a été jadis creusée une nécropole.Parmi les grottes sépulcrales qu’on y voit encore, lesunes ont pour ouverture une large baie arrondie enplein cintre; les autres, une baie bien moindre et deforme rectangulaire. Quelques-uns de ces tombeaux sontbouchés, et les habitants de Lubbdn s’en sont servispour enterrer leurs morts. Cf. V. Guérin, Samarie, t. ii, p. 164; E. Robinson, Biblical researches inPalestine, Londres, 1856, t. ii, p. 272; Survey ofWestern Palestine, Memoirs, Londres, 1881-1883, t. ii,

p. 286.

A. Legendre.

    1. LÉCHA##

LÉCHA (hébreu: Lêkâh; Septante: Ar, -/S), probablementville de la tribu de Juda. Dans la généalogie deSéla, fils de Juda, Her, fils de Séla, est appelé «pèrede Lécha». I Par., IV, 21, Dans ce verset, comme enplusieurs autres endroits, «père» signifie fondateur ourestaurateur d’une ville et c’est certainement ici le caspour Marésa dont Laada, autre fils de Séla, est dit «lapère». Le sens du passage paraît donc être que Léchaétait une ville qui fut peuplée par les descendants deHer. La seule raison qu’on puisse alléguer pour considérerLécha comme un nom d’homme, c’est qu’on netrouve nulle part de trace d’une localité appelée de cenom.

145

LÉCHI — LECTEUR

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    1. LÉCHI##

LÉCHI (hébreu: Lehi, à la pause: Léhî; ordinairementavec l’article; hal-Lehî, «joue, mâchoire;» Septante: Aeyf, Eiôyeov; Vulgate: Lechi, id est, maocilla), localité de la tribu de Juda, où Samson tua mille Philistinsavec une mâchoire d’âne. Jud., xv, 15.

1° Nom et histoire de Léchi. — Les Septante et laVulgate ont tantôt conservé le nom hébreu et tantôtl’ont traduit par mâchoire. Le texte, Jud., xv, 17, sembleindiquer que ce lieu fut appelé Léchi ou Ramath-Léchi, en mémoire de l’exploit de Samson, qui avaitdit: «Avec une mâchoire (bi-lehî) d’âne (ha-hâmôr), j’aifrappé une troupe [hâniôr), deux troupes (hâmôrâ(âïm); avec une mâchoire d’âne j’ai frappé mille hommes,» ou, selon une autre Iraduction de ce passage que le jeude mots rend obscur: «Avec la mâchoire d’un [âne] roux, rougissant (les Philistins), je les ai rougis (couverts de leursang).» Jud., xv, 16. Le texte ajoute, ꝟ. 17: «Et quandil eut achevé de parler, il jeta de sa main la mâchoire(hal-lehî) et il appela* (ou on appela) ce lieu RamathLéchi.» Au ꝟ. 9, le texte hébreu n’est pas aussi précisque la Vulgate. Celle-ci dit expressément que les Philistinscampaient «au lieu qui fut appelé plus tard (postea)Léchi», mais l’original dit simplement: «Les Philistinscampèrent en Juda et s’étendirent jusqu’à Léchi.» Uncertain nombre d’exégètes supposent que cette localités’appelait déjà Léchi, à cause d’une colline ou d’unrocher ayant la forme d’une mâchoire, Gesenius, Thésaurus, p. 752, mais ce n’est là qu’une hypothèse, etrien ne prouve que ce ne soit pas Samson qui ait lepremier donné à ce lieu le nom de Ramath Léchi oucolline de la Mâchoire.

Dieu fit jaillir en cet endroit une source pour désaltérerSamson, ’En haq-gôrê’(Vulgate: «Fontaine de celuiqui invoque,» t. ii, col. 2304). La Vulgate traduit cepassage: «Le Seigneur ouvrit une dent molaire de lamâchoire d’âne et il en sortit de l’eau… C’est pourquoice lieu a été appelé jusqu’aujourd’hui la Fontaine decelui qui invoque, [sortie] de la mâchoire.» Jud., xv, 19.Saint Jérôme a traduit par «dent molaire», le mot hébreurnaktci, qui signifie «mortier» à piler et désigne dansSophonie, i, 11 (Vulgate: Pilse), une localité voisine deJérusalem. On s’accorde aujourd’hui universellement àtraduire ainsi l’hébreu: «Dieu fendit le mortier (lerocher de ce nom, creux comme un mortier), qui est àLéchi et il en sortit de l’eau… C’est pourquoi on a appelé[cette fontaine], la Fontaine d’haq-qorê’; elle existeencore aujourd’hui à Léchi.» Le Targum de Jonathasexpliquait déjà ainsi ce passage. De même Josèphe, Ant.jud., V, viii, 9; Calmet, Commentaire littéral, Jttges, 1720, p. 239-210; de Hummelauer, In lib. Judicum, 1888, p. 276. — Léchi est mentionné une seconde foisdans II Reg., xxiii, 11, selon une interprétation trèsprobable. «Les Philistins s’étaient assemblés à Léchi(hébreu: Lahayyâh, à lire Lehî, avec le hé local; Vulgate: in stations). Il y avait là une pièce de terre pleinede lentilles et le peuple fuyait devant les Philistins.Semma (un des braves de David) se plaça au milieu duchamp, le protégea et frappa les Philistins.»

2° Site. — La situation de Léchi est incertaine. SaintJérôme dit que sainte Paule, en allant en Egypte, passade Sochoth à la fontaine de Samson. Epist., cviii, adEustoch., 14, t. xxii, col. 889. D’autres la placent àÉleuthéropolis (Beit-Djibrin), Reland, Palsestina, 1714, p. 872, ce qui est inacceptable, comme on va le voir plusloin. Victor Guérin croit avoir retrouvé Léchi dans leKhirbet Ain el-Lehi actuel, au sud-ouest de Jérusalem, un peu au-dessous, au sud, d’Aïn Kar*m (voir sa carte), sur les flancs d’une montagne cultivée par étages. Il y alà, dit-il, Judée, t. ii, p. 396-400, «une source abondantequi découle d’un petit canal antique dans un birketdemi-circulaire; de là, elle se répand dans des jardinsplantés de vignes, de divers arbres fruitiers et de légumes.Plus haut, sont d’autres jardins, dont les murs

sont fermés avec des matériaux provenant de constructionsantiques, et où l’on distingue encore, au milieudes arbres qui y sont cultivés, les débris d’un ancienvillage presque complètement rasé. Je remarque aussiplusieurs tombeaux antiques creusés dans le roc, dontles entrées sont obstruées… La source que les LivresSaints désignent sous le nom d’En hak-Korê… me paraitêtre celle qui s’appelle aujourd’hui Aîn el-Lehi, etla montagne sur les flancs de laquelle se trouve le KirbetAîn el-Lehi est, à mes yeux, le Ramath Lehi dulivre des Juges. Les noms sont identiques et, en outre, il semble résulter de ce même chapitre que cette localitén’était pas fort distante d’Étam. Or, Y Aîn el-Lehin’est distant de YAïn Atan, regardée généralementcomme étant située sur l’emplacement d’Étam, qued’un intervalle de deux heures de marche au plus. Jesuis donc très disposé à reconnaître dans cette fontainecelle qu’a rendue célèbre l’histoire de Samson, au lieude la chercher, conformément à une tradition assez ancienne, mais peu en harmonie avec les données de laBible, dans YAïn Lehi es-Safer, dont j’ai retrouvé lecanal près de Beit-Djibrin. Comment supposer, en effet, que les Philistins, voulant se saisir de Samson retirédans la caverne d’Étam, aient établi leur camp à unedistance si grande de l’ennemi qu’ils voulaient surprendre, et que les Juifs, après avoir lié Samson, l’aienttraîné jusqu’aux portes de Beth-Gabra, plus tard Éleuthéropolis, actuellement Beit-Djibrin? Six heures demarche au moins séparent ces deux points. D’ailleurs, sil’événement raconté par la Bible s’était passé près deBeit-Djibrin, c’est-à-dire sur le seuil seulement desmontagnes de la Judée, l’écrivain sacré n’aurait pasdit que les Philistins étaient montés dans la terre deJuda, puisque Beth-Gabra devait faire partie de la Sêfêlah, c’est-à-dire de la grande plaine occupée par cepeuple, et non de la montagne de Juda.»

F. Vigouroux.

LECI (hébreu: Liqhi; Septante: Aax£(j.; Alexandrinus: Aaxeia), le troisième des fils de Sémida, de la tribude Manassé. I Par., vii, 19. Voir Sémida.

    1. LECTEUR##

LECTEUR, celui qui faisait la lecture (àvâyvMaiî; Vulgate: leclio) des passages de la Loi et des prophètes, dans les synagogues. — Aux réunions qui avaient lieule jour du sabbat dans les synagogues, on commençaitpar la récitation du Sema’, Deut., VI, 4-9; xi, 13-21; Num., xv, 37-41, et de prières déterminées. Puis venaitla lecture d’un passage de la Loi. Le Pentateuque avaitété divisé en cent-cinquante quatre parSiyôt ou sections, de telle façon que la lecture complète en fût faite entrois années. Il n’y avait pas de lecteur attitré; le chefde la synagogue désignait pour remplir cet office ceuxqu’il en jugeait capables. Dans les synagogues palestiniennes, l’usage était d’appeler sept lecteurs consécutifs; hors de Palestine, on se contentait habituellementd’un seul. Les sept lecteurs étaient appelés, autant quepossible, dans l’ordre suivant: un prêtre, un lévite, undes principaux disciples des sages, un autre disciple dessages digne de cette fonction, un fils des précédents, un des principaux de la synagogue et enfin quelqu’undu peuple. Gittin, v, 8. Même un mineur pouvait fairela lecture. On lisait debout. Luc, iv, 16. Le premier etle dernier lecteur récitaient une formule de bénédictionau commencement et à la fin de la lecture. Le hazzân, ûrnipéTTjç, ou serviteur de la synagogue, Luc, iv, 20, tendaitle rouleau au lecteur et le lui reprenait quand ilavait fini. Il se tenait d’ailleurs auprès de lui pourveiller à ce que le texte fût lu correctement et à ceque l’on passât ce qui ne convenait pas à une lecturepublique. Chaque lecteur devait lire au moins troisverseis, sans qu’il lui fût jamais permis de les débiterpar cœur. Après ïa lecture de la Loi venait celle desprophètes, nebVîm, appellation qui comprenait Josué, ’les Juges, les livres de Samuel et des Rois et les prophètesproprement dits. Ces livres étaient égalementdivisés en sections ou haf tarât, c’est-à-dire «finales», parce que cette lecture terminait la réunion. Nos Bibleshébraïques indiquent ordinairement les parHyôf dansle texte du Pentateuque et les haf tarât à la fin duvolume. Il n’était pas obligatoire de lire à la suite, chacun pouvant choisir son passage. Luc, iv, 17. Ceslectures de la Loi et des prophètes ne se faisaientqu’à la réunion principale du sabbat; elles n’avaient paslieu aux réunions de semaine ni à celle de l’après-mididu sabbat. Comme la langue originale des Livres Saintsavait cessé d’être comprise, un interprète, mefûrgemân, traduisait l’hébreu enaraméen, verset par verset, quandil s’agissait de la Loi, et trois versets à la fois dans lesprophètes, à moins que le sens fût complet dès le premierou le second. On ignore si l’interprète était unfonctionnaire attitré de la synagogue, ou si la charge detraduire le texte était dévolue à tour de rôle à ceux quien étaient capables. À l’époque évangélique, l’usages’était introduit d’expliquer ensuite le passage quivenait d’être lu. Philon, De septenario, 6, atteste que, de son temps, quelque assistant de grande expérience, ni tùv È|XTOiporaT<ûv, encourageait de son mieux l’auditoireà rendre sa vie meilleure. Celui qui faisait cetteexhortation s’asseyait. Luc., iv, 20. Cf. Megilia, iv, 1-6; Reland, Antiquitates sacras, Utrecht, 1741, p. 66-67; Iken, Antiquitates hebraicss, Brème, 1741, p. 300-302; Vigouroux, Le Nouveau Testament et les découv, archéol.mod., 2e édit., Paris, 1896, p. 156-158; Schiirer, Geschi-chte des jûdischen Volkes, Leipzig, t. ii, 1898, p. 454-457. — Un jour, Notre-Seigneur se présenta dansla synagogue de Nazareth et y fit la lecture de deux versetsd’Isaïe, qu’il expliqua ensuite. Luc, iv, 16-22. Ildevait procéder de manière analogue quand il entraitdans les synagogues pour y enseigner. Matth., iv, 23; Marc, i, 21; vi, ^ Luc, iv, 15; vi, 6; xiii, 10; Joa., VI, 60; xviii, 20. Il est possible qu’après avoir fait la, lecture du texte, il ait eu l’habitude de traduire lui-mêmel’hébreu en araméen, comme il eut sans doutecelle de discuter sur le texte hébreu avec les docteurs.C’est du moins ce que peut donner à penser la réflexiondes Juifs: «. Comment donc celui-ci sait-il les lettres, puisqu’il n’a pas appris?» Joa., vii, 15. Les Apôtresfont plusieurs fois allusion aux lectures qui avaient lieudans les synagogues. Act., xiii, 27; xv, 21; II Cor., iii, 15.

— La fonction du lecteur s’est perpétuée dans l’Église.Elle y a même pris un caractère officiel et est devenueJe second des ordres mineurs. Le Pontifical romain, De ordinat. lectorum, indique la nature de la fonction: faire la lecture de ce qui doit servir de thème à la prédication, s’acquiî’sr de ce devoir d’une voix haute et distincte, de manière que les fidèles comprennent, et sansjamais altérer le sens des textes, enfin lire d’un lieuélevé, avec obligation pour le lecteur d’avoir une conduitedigne de son office. Il était naturel que l’Église enadoptant les textes sacrés comme base de ses enseignements, eût, comme la synagogue, des ministres pour enfaire la lecture publique. Seulement elle leur conféraune consécration spéciale, afin de pouvoir les employeraussi aux fonctions liturgiques qui accompagnent sonenseignement dans l’assemblée des fidèles. — Au moyenâge, on croyait que Jésus-Christ avait exercé lui-mêmetous les ordres. On lit dans un manuscrit de Munich, 6330, s. viii-ix, fol. 49 b: «Quando Christus implevit VIIgradus Ecclesiæ primus gradus lector quando aperitlibrum Isaise prophetse et dixit: Spiritus Dei super me. f>Luc, iv, 17. Cf. Weyman, Jésus-Christ et les ordres, dansla Revue d’hist. et de littérat. relig., Paris, 1899, p. 93.

H. Lesêtre.

LECTIONNAIRES. — I. Nom et espèces. — Leslectionnaires, lectionaria, sont des livres liturgiques, contenant les passages détachés de l’Écriture Sainte qui

sont lus dans les offices publics, notamment à la messe.Ces recueils ne reproduisent pas la Bible entière, maisseulement les âvafviisEic, «va-fvâxrjJiaTà, lectiones, leçonsecclésiastiques, désignées parfois sous les noms des anciennessections bibliques: xspixoitat, TpïJt*aTa, xs<pi-Xata, segmenta. On nomme quelquefois àvaYvwo-tâpiovle livre rare des leçons extraites de l’Ancien Testament, de telle sorte que le nom générique de lectionnaireserait devenu le nom spécifique du recueil des sectionsliturgiques de l’Ancien Testament. Quant à celles duNouveau Testament, elles ont été réunies en des volumesdistincts, selon qu’elles appartiennent aux Évangiles oubien aux Actes et aux Épîtres des Apôtres. Ces deuxrecueils sont diversem*nt désignés par les Grecs et parles savants européens.

1 «Le recueil qui contient les leçons des Évangiless’appelle strictement chez les Grecs EùayïAiov, ou’ExXo--fiSiov(parfois’ExXoyâStM) to3 £.vxfyeiov. On ignore àquelle époque ce nom a été donné* dans l’Église grecqueau lectionnaire évangélique. La plus ancienne désignalionconnue jusqu’aujourd’hui se trouve dans l’Évangcliairegrec 131, écrit en 980. On lit, en effet, dans lasouscription: ’Eypâçri tô tî’jjuov xsî âfiov EùàYYéXiov.Celui qui a relié ou fait relier ce volume en 1049 a employéle même nom. L’évangéliaire 330, qui est de 1185, a un titre analogue: EûaYYeXtorov x-rjv OsiîiveuaTOvPi’6Xov 7]Y 0U v to âytov EùaYYÉXtov. Ce nom distingue leiectionnaire évangélique du xexpævaYYÊXtov, ou manuscritcontenant le texte continu des quatre Évangiles. — -Lesnoms: Evangelarium ou Evangelislarium sontsouvent employés par les savants européens pour désignerle lectionnaire évangélique. Le second de ces nomsavait été usité avant Mill, à qui on en attribuait la paternité, par dom de Montfaucon et par Fell. Cependant, dans quelques lectionnaires grecs imprimés, EùaYY E ^ l<J xâpiovest le nom donné à la liste finale des jours etdes leçons de chaque jour. Bien plus, dans les cataloguesdes bibliothèques et dans les ouvrages des savants, on trouve ces mots employés à tort pour désigner lesmanuscrits grecs, de telle sorte qu’on appelle Evangelistarium, Evangelarium ou Evangelium un Tctp «£u «y-Y^Xiov, et un EùaYyéXiov est nommé faussem*nt TetpæuaY-YÉXtov.

2° Les livres qui contiennent les passages liturgiquesdes Actes des Apôtres, des Épîtres catholiques et desÉpîtres de saint Paul sont nommés par les Grecs’Aîio(rxoXoç ou Hpai-aTiéo-ToXoç. Le premier de ces noms est leplus répandu. La dénomination de Ilpai; a7rôo-ToXo<; sertle plus souvent à désigner les textes continus et formependant au TerpasuaYYsXtov. Les manuscrits de ces livresliturgiques sont moins nombreux que ceux des Évangiles; ils se distinguent moins nettement des manuscrits àtexte continu; d’où il résulte que les dénominationssont employées indistinctement. — Dans l’Europe occidentale, on appelle fréquemment r’AuôirroXoç «Lectionnaire» par excellence et par opposition à l’Évangéliaire.Cette désignation est tout à fait étrangère aux usagesgrecs. Les Grecs ne connaissent pas non plus le nomd"Av «YV(oortxov ou de BtëXîov àirooroXixov pour désignerl’EOaYYÉXiov et 1°A7to<jtoXoç, réunis en Un seul volume, que nous appellerions un lectionnaire complet.

Ces livres liturgiques ne sont pas chez les Grecs lesseuls qui contiennent soit des leçons ecclésiastiquessoit des indications relatives à la lecture de la Bibledans les offices publics. Les livresde prière à l’usage desfidèles en contenaient plus ou moins. Ainsi Goar, Eùj<o-Xoyiovsive rituale Grœcorum, 2e édit., Venise, 1730, p. 711-724, indique les’Aicoo-roXoeuaYY £Ata de toute l’année, c’est-à-dire les Épîtres et les Évangiles du Ménologeet les EOayYEXta êo>61và àvao-râ<ji[jia. Vdir E. A.Marcelli, Ménolnge, Rome, 1788. De même les Menéesou offices des saints, les TpnôSia, les IUvTïjxôo-râpia, lesIlapaxXiiuxi, en un mot, la plupart des livres lilur

giques contiennent ou des fragments des Évangiles oudes rubriques concernant les leçons ecclésiastiques.Mais ces livres n’ont pas encore été étudiés au point devue particulier qui nous occupe, et désormais nous neparlerons plus que des EOaYY^)’» et des’Ait<5<rtoXoi. Cf.Martinov, Annus ecclesiasticus, grxcoslavicus, Bruxelles, 1863. Sur les livres liturgiques des Grecs, on peut consulterL. Allatius, De libris ecclesiasticis Grsecorum; In libros ecrlesiasticos Grsecorum triodium, pentecostarium, paracleticum examen, Paris, 1644; ouvragesreproduits par Fabricius, Bibliotheca grseca, Hambourg, 4712, t. v; G. Cave, Dissertatio secunda de libris etofficiis ecclesiasticis Grsecorum, dans Script, eccl. hist., Genève, 1705, appendice, p. 179-193; Ducange, Glossariumud scnplores médise et infimse latinitatis, Paris, 1733, t. iv, col. 173-174; Kirchenlexikon, 2e édit., Fribourg-en-Brisgau, 1886, t. IV, col. 1034-1035; Realencyelopàdiede Herzog, 3e édit., Leipzig, 1898, t. v, p. 652659.

II. Origine et uate des Lectionnaires. — Les plusanciens Lectionnaires qui nous restent sont un fragment, l’évangéliaire 1043, du iv* ou du Ve siècle, et les évangéliaires348 et 349, du VIe siècle. Il y a peu de manuscritsde cette sorte antérieurs au viif siècle. Les Lectionnairessont cependant d’origine antécédente, et lalecture de l’Écriture aux offices liturgiques remonte auberceau même de l’Église. On estime généralement etnon sans raison que l’usage de lire l’Écriture dans lesréunions publiques a été emprunté par l’Église auxJuifs. S. Isidore, De eccl. nffie., i, x, 1, t. lxxxiii, col. 744-745. Ceux-ci lisaient chaque samedi à la synagogueune section du Pentateuque et un morceau détachédes livres prophétiques. Act., xiii, 15, 27; xv, 12; Marc, xil, 26; Luc, iv, 16-21. Ils eurent d’abord un cycle de 153parsiyôf, suivant lequel le Pentateuque était lu chaquetrois ans, puis un autre de 54 pour la lecture complètedu livre pendant une année. Ils choisirent dans les livresprophétiques 85 haf tarât, destinés à être lus les jours desabbat et de fêtes. Cf. du Voisin, Observaliones ad proœmiumPugionis fidei, dans Martini, Pugio fidei, Paris, 1651, p. 97-103, 133-134; Vitringa, De synagoga vetere, 2e édit., 1726, p. 946-1015; O. Schmid, Ueber verschiedeneEintheilungen derlieil. Schrift, Graz, 1892, p. 4-13; E. Schùrer, Geschichte des jûdischen Volkes im ZeitalterJesu Christi, 3e édit., Leipzig, 1898, t. ii, p. 455-456.Les cinq Megillôt étaient lus aux cinq grandes fêtes del’année. Talmud de Jérusalem, traité Meghilla, trad.Schwab, Paris, 1883, t. vi, p. 198. On n’a pas lapreuve directe que les Apôtres empruntèrent eux-mêmesaux Juifs la pratique de lire l’Écriture et le sectionnementliturgique usité. F. Probst, Liturgie derdrex erstenchristlichen Jahrhunderte, Tubingue, 1870, p. 23. Il estvraisemblable que, le service des lectures publiques s’estorganisé peu à peu dans l’Église. Ce qui est certain, c’est que les documents des trois premiers siècles témoignentde la diversité des usages suivant les temps etles lieux.

Saint Justin, Apol., i, 67, t. 71, col. 429, parle explicitementdes réunions que les chrétiens de son tempsfaisaient chaque dimanche à la ville et à la campagne€t dans lesquelles ils lisaient, autant qu’il fallait, lesmémoires des Apôtres, c’est-à-dire les Évangiles, et lesécrits des prophètes. Tertullien, Apologetic., 39, t. 1, col. 468-469, rapporte aussi que dans les assembléeschrétiennes on lisait les lettres divines. Or, il dit, Deprœscr., 37, t. 11, col. 49-50, que l’Église romaine joignaitla loi et les prophètes aux écrits des Apôtres etdes Évangélistes pour y nourrir sa foi. On peut conclurede ces deux textes rapprochés que ces quatre sortes delivres étaient lus dans les réunions liturgiques. SaintCyprien, Epist., xxxiii, xxxiv, t. 11, col. 328, ordonnaitdes lecteurs pour lire publiquement l’Évangile duChrist. Les Canons d’Hippolyte et la Constitution apostolique égyptienne, qui sont du 111e siècle, parlent dulecteur, àvayviifftriç, comme d’un ministre chargé d’unoffice public dans l’Église. Achelis, Die Canones Hip~polyti, dans Texte und TJnters., Leipzig, 1891, t. vi, fasc. 4, ’p. 70, 119, 122. Le VIII» livre des Constitutionsapostoliques, qui est du IVe siècle, parle, à propos del’ordination épiscopale, c. v, t. 1, col. 1076, de la lecturede la loi, des prophètes, des Épitres et des Actes desApôtres et aussi des Évangiles. D’après le TestamentumD. N. J. C., édit. Rahmani, Mayence, 1899, p. 24, 58, les lecteurs lisaient les prophètes et les autres leçons enun lieu déterminé, peu dislant de l’autel, mais c’étaitun prêtre ou un diacre qui lisait l’Évangile. Les Constitutionsapostoliques, 1. II, c. lvii, t. 1, col. 728-729, donnent les mêmes renseignements; elles indiquent, en outre, les livres de l’Ancien et du Nouveau Testament, qui étaient lus par les lecteurs. L’Écriture étaitlue, non seulement aux messes du dimanche, mais encoredans les vigiles et aux jours de station, le mercrediet le vendredi. Socrate, H. E., v, 22, t. lxvii, col. 636.Au IVe siècle, le samedi devint jour de synaxe. Constitutionsapostoliques, 1. II, c. lix; 1. V, c. xx; 1. VII, c. xxvii; 1. VIII, c. xxxiii, t. 1, col. 744, 904, 1013, 1133.Saint Épiphane, Exposit. fidei, 24, t. xlii, col. 832, ditque cet usage était particulier à certains lieux seulement.La Pérégrination de Sylvie mentionne les synaxes dusamedi pour le Carême à Jérusalem, elle ne parle pasde celles du reste de l’année. Le concile de Laodicée(372), can. 16, prescrit d’ajouter, le samedi, la lecturede l’Évangile à celle des autres Écritures. Hardouin, Actaconcil., t. 1, col. 783. Cf. duch*esne, Origines du cultechrétien, Paris, 1889, p. 218-221. Cet usage a probablementdonné lieu aux leçons dites aaSëatoxupiixaî. Cassien, De cœnob. instit., ii, 5-6, t. xiix, col. 83, 89, 90, .relate les usages de l’Egypte et de la Thébaïde.

Pendant longtemps, les lectures étaient faites dansles livres bibliques eux-mêmes, soit isolés, soit groupésde diverses façons. Le président de l’assemblée déterminaitles passages à lire et arrêtait le lecteur quand ille jugeait à propos. Mais, vers la fin du IVe siècle, onconstate à Antioche un sectionnement réglé, et il sembleque, pour chaque dimanche et chaque fête, il y avaitun texte assigné d’avance. Des renseignements précis, fournis par les homélies de saint Chrysostome, le montrentbien, La Genèse était lue dès le commencement duCarême jusqu’à la grande semaine. In Gen., Hom. 11, 3; Hom. xxx, 1, t. lui, col. 27, 274; In Gen., Serm. 1, 1, t. liv, col. 501. Un passage de la passion, Matth., xxvii, 27-29, était lu le samedi saint. In Matth., Hom, lxxxvii, 1, t. LVlll, col. 770. C’était une règle établiepar les anciens qu’on lût le livre des Actes à la Pentecote, parce que ce livre raconte les événements donton célèbre alors l’anniversaire. C’est pour la même raisonqu’aux jours de la croix, de la résurrection et desautres fêtes, on lit les récits qui s’y rapportent. Homil., CurinPentecoste…, n. 3-5, t. li, col. 101-105. Les Épitresde saint Paul étaient entendues trois ou quatre fois parsemaine aux fêtes des martyrs. Comment, in Epist. adRom., t. lx, col. 391. Cf. In Reb., Hom. viii, 4, t. lxiii, col. 75-76. L’Épitre de l’Epiphanie était tirée de Tit., 11, 11-13. De baptismo Christi, n. 2, t. xiix, col. 365.Quand Chrysostome commente l’Évangile de saint Matthieuqu’on Ht alors à l’église, il recommande auxfidèles, comme il l’a fait pour les autres livres de l’Écriture, de lire d’avance la péricope qu’il doit expliquer.In Matth., Hom. 1, 6, t. lvii, col. 21. Cf. Hom. vi, 4, col. 66. La plupart des homélies de Chrysostome sursaint Matthieu et saint Jean coïncident a.vec les leçonsde l’office. Il en est de même des homélies de saintCyrille d’Alexandrie sur saint Luc.

L’ordre des leçons adopté à Antioche a passé à Constantinople, et de cette dernière ville dans toutes lesÉglises grecques orthodoxes. Sans parler des divergences 151

LECTIONNAIRES

-152

provenant des usages locaux, cet ordre a subi au coursdes âges des modifications qui n’ont pas encore étéétudiées. Une des plus importantes est que la leçon prophétiquequi, au temps de saint Chrysostome, précédaitla leçon apostolique et la leçon évangélique, Hoin. ininscript, altaris, 3, t. ii, col. 71; In Act., Hom. xxix, 3, t. lx, col. 217, fut supprimée dans le courant duy siècle. Les plus anciens livres liturgiques du ritebyzantin ne la connaissent plus, tandis que la liturgiearménienne, qui est une forme ancienne de la liturgiebyzantine, l’a conservée. Quand le sectionnement liturgiqueeut été fixé, on se servait encore de manuscritsà texte continu. On se contentait d’indiquer aux marges, à l’aide de rubriques, le commencement et la fin desleçons. Il reste encore aujourd’hui de ces manuscritsainsi adaptés à l’usage liturgique. Le Codex LugdunensisPentateuchi (en latin) est de ce genre. Voirl’édition d’U. Robert, in-f», pars post, Lyon, 1900, p. XIII, etc. On trouve souvent au début une table desleçons afférentes aux dimanches et aux fêtes. Cette tableest désignée en grec par le nom de <ruvà|aptov et enlatin par celui de Capilulare. Cf. duch*esne, Originesdu culte chrétien, p. 106, 160, .186; . S. Bàumèr, Gesckicktedes Breviers, Fribourg-eri-Brisgau, 1895, p. 265266; F. Probst, Liturgie des vierten Jahrhunderts undderen Reform, Munster, 1893, p. 161, 205.

Mais on en vint bientôt à découper dans les livresbibliques les leçons des différents jours de l’année et àformer des Lectionnaires proprement dits. Une feuilled’un Évangéliaire du Ve siècle nous est parvenue. A. partirdu vme siècle, les Lectionnaires isolés sont nombreux.Ils sont en écriture onciale ou en écriture cursive.Cependant, on n’en a pas fait, comme pour." lesmanuscrits à texte continu, deux classes distinctes. Leslistes qu’on en a dressées confondent les onciaux et lescursifs. Les premières de Matthâi et de Scholz: étaientbien incomplètes, Scrivener, À plain introduction: totiie criticism of thé N. T., 4e édit., Cambridge; p: 80-89; Gregory, Prolegomena, fasc. 2, Leipzig, 1890, p. 695791; fasc. 3, 1894, p. 1313, les avaient complétées. L’abbéP. Martin a décrit ceux qui se trouvent à Paris, Descriptiontechnique des manuscrits grecs relatifs auN. T., conservés dans les bibliothèques de Paris (Hthog.), Paris, 1884, p. 136-174. Gregory, Texlkriiik des NeuénTestaments, Leipzig, 1900, t. i, p. 387-478, a publiéune liste de 1072 Évangéliaires et de 303 Épistolaires.Dès le XVIe siècle, on a imprimé des Lectionnaires grecs.Les premières éditions ne reproduisaient pas le textedes manuscrits, mais celui des éditions de Ximénès etd’Érasme. Voici quelques éditions signalées par Gregory, op. cit., t. i, p. 341-342: Iipdv eùayYéXiov, Venise, 1539; ©etov xcù tépov sùayYÉXto-j, Venise, 1614; 2e édit., 1645; ©etov xat lèpôv eùayYÉXiov, 1851; ’A7c15<rToXo; , 1844; Athènes, 1885. Une édition in-folio de l’évangéliairegrec a paru à Rome en 1880, et une de 1°Atiô<jtoXo<; en-1882.

III. Plan des Lectionnaires grecs. — Ne pouvanttenir compte des nombreuses divergences que présententles manuscrits, nous nous contenterons de décrirele plan général et uniforme des Lectionnaires.L’Évangile et l’Apôtre sont divisés en deux parties: lapremière, qui commence à la fête de Pâques, contientseulement les évangiles et les épîtres des dimanches etconstitue proprement l’année liturgique; la seconde, qui part du mois de septembre (ancien commencementde l’année), contient les leçons lues aux fêtes des saints, disposées mois par mois de septembre à août.

La première partie n’a pas de nom distinct dans leLectionnaire; mais dans les listes préliminaires, elleest au début du SuvaÇâpiov. Pour l’Évangile, elle commencepar celui de saint Jean, dont la lecture’se prolonge, sauf quelques exceptions, pendant sept semainesjusqu’au dimanche de la Pentecôte. Dans le même in-.

tervalle de temps, on lit, comme à l’époque de saintChrysostome, les Actes des Apôtres. À partir du lundide la Pentecôte, l’Évangile de saint Matthieu est lu dix-septdimanches consécutifs. Durant les onze premièressemaines, il fournit encore les évangiles de tous les joursde chaque semaine; mais à partir de la douzième, lesévangiles du lundi au vendredi sont empruntés à saintMarc, ceux du samedi et du dimanche étant encore tirésde saint Matthieu. Le dimanche qui suit la fête del’Exaltation de la Sainte-Croix (14 septembre), commencela lecture de l’Évangile selon saint Luc. Elle se poursuitpendant dix-huit semaines jusqu’au Carême. Les évangilesde chaque jour sont empruntés à saint Luc pendantles douze premières semaines. À partir de latreizième, le troisième Évangile fournit encore les leçonsdu samedi et du dimanche; mais celles des cinq autresjours sont dès lors prises en saint Marc. Dès le samediqui précède, le dimanche du Tyrophage, ou premierdimanche de Carême, l’Évangile est emprunté à saintMatthieu. Les évangiles des samedis et dimanches de lasainte Quarantaine forment le groupe spécial, dontnous avons déjà, parlé, .les; EiayysXîa CTaêêxrox-jptaxâ.Ceux de «la sainte et grande semaine» sont en partieconstitués par des fragmentsrde divers Évangiles. Deuxgroupes, diversem*nt placés dans les manuscrits, conviennentencore à la semaine sainte: 1° les douzeEÙayYsXia twv àytiov jrâOwv; 2° les quatre evayYÉXia twvmpwv. Enfin un dernier groupe, qui est peut-être la partiela plus ancienne du lectionnaire, comprend les onzeeùayyéXia iu>biva.: àya.<rcàmi.a, ou récits concernant larésurrection de Notre-Seigneur. Les Épltres de saintPaul et les Épîtres catholiques sont lues pendanttoutesles semaines durant lesquelles les évangiles sont tirésde saint Matthieu, de saint Luc et de saint Marc, c’est-à-direà partir du lundi de la Pentecôte.

La deuxième partie du Lectionnaire grec porte, dansles listes des Évangiles et des Épîtres, le nom de Mu]vo-X6y’ov - C’est un extrait du grand Ménologe. Celui-cicontient au complet les offices des saints. Le petit ménologene reproduit que les Épîtres et les Evangiles, lus aux jours des fêtes fixes, ou seulement leur indication.Cette partie du Lectionnaire est la plus variable, chaque église ayant ses fêtes spéciales et ses usageslocaux. Toutefois, elle contient des évangiles et desépîtres pour le samedi et le dimanche avant l’Exaltationde la Croix, pour le dimanche après cette fête, pour lessamedis et les dimanches avant Noël, avant et aprèsl’Epiphanie. Il y a enfin des évangiles eîç Siaipôpou? [ivir(iaç. Cf. Gregory, Textkrilik des Neuen Testaments, Leipzig, 1900, t. i, p. 343-386.

IV. Forme des leçons. — Les leçons liturgiques nereproduisent pas purement et simplement le texte intégraldont elles sont tirées. Elles présentent deux particularitésqu’il est important de signaler:

1° Au commencement et-i la fin de la plupart, on asupprimé, dans les récits évangéliques surtout, descirconstances de temps et de lieu trop précises pourêtre maintenues dans la leçon liturgique, et on les aremplacées par des expressions plus vagues ou plusgénérales. C’est ainsi que les Évangiles commencentpresque tous par ces formules: ’Ev xÇ xaipû âxeiW, ou: E’tcv 6 Kipioç. Celle-ci est parfois développée enune phrase entière, telle que: Eïirev 4 K-ipio; tt, v mxpaëoXïivTa’JTïjv ou 7tpo; toyç iXrjXuôfiTa; 7tpbç a-jxôv’Iou-Satouç.Les exemples de ces additions abondent, etdans les manuscrits adaptés à l’usage liturgique, ellessont écrites aux marges. Lorsqu’une section est lue àdes jours différents, les débuts varient selon les circonstances.Des changements analogues sont encore, quoiquemoins fréquemment, opérés à la fin des sections. Dansce cas, on se contente le plus souvent de modifier unpeu la finale. Plus rarement, on ajoutait une phrasefaite exprès pour la circonstance.. Or, souvent les modi

attribuée à saint Jérôme et reproduite Pair. Lai., t. xxx, col. 487-532. Ranke avait reconnu que cette préface étaitantérieure à saint Léon le Grand. Dom Morin, Constantinsévêque de Conslantinople et les origines du Cornesromain, dans la Revue bénédictine, 1898, t. xv, p. 241246, s’est efforcé de montrer que le destinataire en étaitConstance, évêque de Cosenza au commencement duv 8 siècle. Le lectionnaire est aussi indiqué dans le Capitulareque contiennent beaucoup de manuscrits de laVulgate latine. Voir S. Berger, Histoire de la Vulgatevendant les premiers siècles du moyen âge, Paris, 1893, p. 374-422 passim. Celui du Codex Adas, du IXe siècle, à Trêves, voir ibid., p. 420, a été publié, Die TriererAda-Handschrift, in-f", Leipzig, 1889, p. 16-27. On letrouve aussi dans des Évangéliaires séparés, tels quecelui qui est conservé à la bibliothèque d’Arras, n. 1045, et qui a été signalé par M. Léopold Delisle, L’Évangéliairede Saint-Vaast d’Arras et la calligraphie francosaxonnedu ix" siècle, in-f°, Paris, 1888, p. 5-12. Voiraussi YAnliquus Ordo romanus, édité par Martène, Thésaurusnovus anecdotorum, Paris, 1717, t. v, col. 10°110, et reproduit Patr. Lat., t. lxvi, col. SS9-1006. Cf.Gerbert, Monumenta veteris liturgise alemannicæ, Saint-Biaise, 1779, t. ii, p. 175-177. Il faudrait aussi étudierles homiliaires, qui font connaître les épîtres etles évangiles lus, les jours de dimanches et de fêtes detoute l’année liturgique. Cf. F. Wiegand, Das HomiliariumKarls des Grossen auf seine wspriinglicheGestalt, Leipzig, 1897. Â partir du Xe siècle, il y a enfindes missels pléniers, qui réunissaient le sacramentaire, le lectionnaire et le graduel. Ce n’est qu’au nu" siècleque ces missels deviennent d’un emploi universel. —L’usage gallican nous est connu par le lectionnaire deLuxeuil, édité par Mabillon, De liturgia gallicana, Paris, 1685, 1. IT, P. L., t. lxxii, col. 171-216. Dom Morin, Revue bénédictine, 1893, p. 438, a prouvé que celectionnaire pouvait être rapporté à la région parisienne.Les épîtres et les évangiles se trouvent aussi dans le Sacramentairegallican, édité par Mabillon, , Muséum italicum, 1. 1 b, p. 278-397, Patr. Lat., t. lxxii, col. 451-568.-*- L’usage mozarabe est représenté par le missel mêlé deXiménès, reproduit Patr. Lat., t. lxxxv-lxxxvi. DomMorin a édité le lectionnaire de Tolède, Liber comicussive lectionarius misses quo Toletana ecçlesia ante annosmille etducentos utelaiur, dans Anecdota Maredsolana, Maredsous, 1893, t. i. L’appendice iv reproduit les CapitulaEvangeliorum Neapolilana, p. 426-435; cf. Revuebénédictine, 1891, t. vni, p. 481, 529. L’appendicev contient les leçons des Épîtres de saint Paul, usitées au vr> siècle dans l’Église de Capoue, p. 436-444.Ranke les avait déjà publiées, Codex Fuldensis, Marhourg, 1875, p. 165. Enfin dom Morin a étudié L’annéeliturgique à Aquilée antérieurement à l’époquecarolingienne d’après le Codex Evangeliorum Rehdigeranus, dans la Revue bénédictine, 1902, t. xix, p. 1-12.Il a réédité le Capitulare evangeliorum de ce manuscritdu vne siècle, déjà publié par Haase, Breslau, 1865-1866.Sur le rite ambrosien, voir Mabillon, Muséum italicum, t. i b, p. 104-109; Dictionnaire de théologie catholique, Paris, 1900, t. i, col. 954. — Cf. Ranke, Dos kirchlichePericopensystem aus den âltestender Rbniischen Liturgie, Berlin. 1847; Schu, Die biblischen Lesungen derkatholischen Kirche indem Officium und der Messe defempore, Trêves, 1861. Pour les leçons de l’office, voirPatr. Lat., t. lxviii, col. 393-396; S. Bâumer, Geschichtedes Rreviers, Fribourg-en-Brisgau, 1895, p. 619-622.

E. Mangenot.

    1. LÉCUM##

LÉCUM (hébreu: Laqqûm; Septante: AcùSâgx; Alexandrinus: "A/.pov), ville de Nephthali. Jos., xix, 33. Elle est nommée dans l’énumération des frontièresde cette tribu, au nord-est, après Jebnaël, dans ladirection du Jourdain. Le site en est inconnu. Elle estnommée, mais non localisée, sous la forme Actxoûp., dans

YOnomasticon d’Eusébe, édit. Larsow et Parthey, 1862, p. 262-263. Reland, Palsestina, 1714, p. 875, pense quec’est la ville qui est appelée Lokim dans le Talmud deJérusalem. Megilloth, 70, 1. La lecture &udii des Septantedoit être une altération de wnii. ou Ati>*o-j(i.Lécum était probablement dans le voisinage du lacHouléh.

    1. LÉDAN##

LÉDAN (hébreu: La’edân; Septante: ’ESâv dansI Par., xxiii, 7, 9; AaSôv dans I Par., xxvi, 21), fils aînéde Gerspn, fils de Lévi. Ce nom est une corruption deLebni ou Lobni. Voir Lebni. La Vulgate, qui écrit cenom Lédan dans I Par., xxvi, 21, l’écrit Leédan dans

1 Par., xxiii, 7, 9,

    1. LEE Samuel##

LEE Samuel, exégète anglican, né à Longnor (Shropshire), le 14 mai 1783, mort à Barley (Somersetshire), le

2 décembre 1852. Il fut d’abord apprenti charpentier, mais, doué d’une rare aptitude p’our les langues, il enapprit seul un certaiu nombre, devint maître d’école etpuis étudiant à Cambridge, où il prit ses grades en 1817.Il y fut nommé professeur d’arabe en 1819 et, en 1834, professeur d’hébreu. Il mourut recteur de Barley. Sesprincipaux ouvragés sont Grammar of the HebrewLanguage, compiled from the best authorities, chieflffOriental, in-8°, Londres, 1830; 6e édit., 1844; Hebrew, Chaldaic and English Lexicon, in-8°, Londres, 1840; 3e édit., 1844; The Book of the Patriarch Job translatée, from the Hebrew, with Introduction and Commentary, in-8°, Londres, 1837; An Inquiry into the Nature, Progressand End of Prophecy, in-8°, Cambridge, 1849; The Events and Times of the Visions of Daniel andSt. John investigated, identified and determined, in-8 «, Londres, 1851. On lui doit aussi des Prolegomena inBiblia Polyglotta Londinensia minora (de S. Bagster), Londres, 1831. — Voir Th. Hamilton, dans le Dictio~nary of National Biography, t. xxxii, 1892, p. 378.

    1. LEÉDAN##

LEÉDAN, orthographe de Lédan dans la Vulgate.I Par., xxiii, 7, 9. Voir Lédan.

LEEWIS Denys. Il est plus connu sous le nom deDenys le Chartreux. Voir ce nom, t. ii, col. 1385.

LE FÈVRE Jacques, commentateur français, surnomméd’Étaples, Faber Stapulensis, du lieu de sanaissance en Picardie. Il naquit vers 1450-1455, et mourutà Nérac vers 1536. Il fit ses études à l’Université deParis et eut pour maître de grec Jérôme de Sparte. Ilhabita de 1507 à 1520 l’abbaye de Saint-Germain des.Prés, devint en 1523 vicaire général de Briçonnet, évêquede Meaux, et alla enûn mourir en Guyenne à la cour dela reine Marguerite de Navarre qui le protégeait àcause de ses tendances protestantes. On a de lui: Quincuplex[(sic) dans la l re édit.; Quintuplex dans la2° et la 3° ) Psalterium, gallicum, romanum, hebraicum, vêtus, conciliatum, in-f», Paris, 1509, 1513; Cæn^1515; Epistolee Divi Pauli cum commentariis, in-f", Paris, 1513, 1515, 1531; Gommentarii iniliatorii inquatuor Evangelia, in-f°, Paris, 1522; Bàle, 1523; Cologne, 1541; Gommentarii in Epistolas catholicas, .in-f», Bâle, 1527; Anvers, 1540; De Maria Magdalenaet tnduo Christi disceptatio, in-8°, Paris, 1816; la secondeédition porte le même titre avec cette addition: et una ex tribus Maria, in-4°, Paris, 1518; 3e édit., 1519; De tribus et unica Magdalena disceptatio secunda, .in-4°, Paris, 1519. Ces derniers opuscules, ainsi que les-Commentairessur les Évangiles, sur les Épîtres de saintPaul et les Épîtres catholiques, furent mis, avec le Psalteriumquintuplex, à l’index du Concile de Trente, donec corrigantur. Le Fèvre traduisit aussi le NouveauTestament en français et publia sa version en 1523. Plustard, il traduisit également l’Ancien Testament en fran159

LE FÈVRE — LEGUMES

-160

çais d’après la Vulgate et son travail parut à Anvers, en1528, en quatre volumes in-8°. Voici le titre de ces traductions: Le S. Evangile selon S. Matthieu. — S. Marc.

— S. Luc. — /S. Jottan. Simon de Colines, l’an de grâcemil cinq cens xxm. — Ceste seconde partie du N. T.contenant les Epistres de S. Pol, les Epistres catholiques, les Actes des Apostres, l’Apocalypse de S. Johanl’Évangéliste. Simon de Colines, l’an de grâce 1523. —Le Psaultier de David. Simon de Colines, Tan de grâce1525. — Le premier volume de l’Ancien Testament, contenant les chine premiers livres de Moyse translatezen francoys selon la pure et entière version de S. Hierosme, etc. Il parut trois éditions complètes de la Biblesous ce titre: La saincte Bible en francoys translatéeselon la pure et entière traduction de Sainct Hierosme, conférée et entièrement revisitee selon les plus ancienset plus correetz exemplaires, in-f°, Anvers, 1530, 1534, 1541. Sur le caractère et l’histoire de cette version, voirt. ii, col. 2361-2362. — Voir Çh. A. Graf, Essai sur lavie et les écrits de Lefèvre d’Étaples, in-8°, Strasbourg, 1842; Id., Jacobus Faber Htapulensis, dans Zeitschriftfur hisloriche Théologie, t. xxii, 1852, p. 3-86; 165237. F. Vigouroux.

    1. LÉGION##

LÉGION (Vulgate: legio). Ce mot est plusieurs foisemployé dans la Vulgate, mais jamais dans le sens techniquedu mot, c’est-à-dire pour désigner le corps detroupes qu’on appelait de ce nom dans l’armée romaine.

— 1° Il est question des légions des Céréthiens et des Phé lethiens. II Reg. (Sam.), xv, 18; IV (II) Reg., xi, 19; IPar.,

xviii, 17. Dans le premier de ces textes, l’hébreu emploiele mot kôl et les Septante le mot rcàç, c’est-à-dire l’ensemble.Dans les autres, il n’y a rien en hébreu et simplementl’article à dans les Septante. Dans I Mach., vi, 35, 38, 45, le mot legio traduit le grec çocaocy? (çâpotv$par suite d’une faute de copiste au t. 38). Les éléphants del’armée syrienneYsont divisés en phalanges; cela veutdire simplement en troupes, sans que le mot désigne laphalange grecque avec son organisation particulière. —Dahs I Mach., ix, 12; x, 82, çdcXafE, l’armée de Bacchideest rangée en phalanges, Vulgate: legio. Ici il peut êtrequestion de la phalange proprement dite, c’est-à-dired’une troupe profonde dont Philippe II de Macédoineavait emprunté l’organisation aux Thébains, Diodore deSicile, xvi, 3, et qui subsista jusqu’à la conquête romainedans les armées helléniques.

2° Dans le Nouveau Testament on trouve le mot grec>sYei<5v; Vulgate: legio, mais c’est pour désigner simplementune multitude. Notre-Seigneur dit à Pierre quiveut se défendre au jardin des Oliviers contre ceux quiviennent pour l’arrêter: «Penses-tu que je ne puisseinvoquer mon Père qui me donnerait à l’instant plus dedouze légions d’anges?» Matth., xxvi, 53. — Lorsque ledémon interrogé par Notre-Seigneur sur son nom répond: «Je m’appelle Légion.» il veut dire simplementqu’ils sont. un grand nombre dans le corps du possédé, Marc, v, 9; Luc, viii, 30, 36. Dans ce dernier verset, lemot «légion» n’est pas dans le texte grec — Sur la «légion» dans l’armée, voir Armées, t. i, col. 994.

£. Beurlier.

    1. LEGIONENSIS##

LEGIONENSIS (CODEX). Trois anciens manuscritsde la Vulgate portent ce nom, qu’ils doivent àleur lieu d’origine, Léon, en latin Legio (Espagne).Tous les trois sont datés, ce qui ajoute à leur valeurpaléographique, et ornés d’abondantes et curieusesillustrations, d’un grand intérêt pour l’histoire de l’artvisigothique. Un autre trait commun aux trois, c’estqu’ils intercalent l’Épître apocryphe aux Laodicéensentre Col. et I Thess. Comme texte, ils sont étroitementapparentés avec le Codex Mmilianus (Bible de Sanïiillan, du IXe siècle, maintenant à l’Académie d’histoirede Madrid), la Bible d’Alcala (ix c siècle, actuellement àl’Université de Madrid) et autres manuscrits espagnols

provenant de l’ancien royaume de Léon. «Les textesespagnols se montrent à nous, dès leur première apparition, avec un caractère absolument à part. Aucune famillede textes, excepté les textes irlandais, ne montreune originalité aussi exclusive.» S. Berger, Histoire dela Vulgate, p. 8. Les nombreuses citations bibliques del’évéque hérétique d’Avila Priscillien, dont nous possédonsmaintenant onze traités (Corp. Scriptor. eccles.latin., Berlin, 1889, t. xviii), nous montrent qu’avantsaint Jérôme régnait en Espagne une version dont nousretrouvons la trace certaine dans le texte espagnol dela Vulgate.

1° LEaiONENsis I. — Seconde partie d’une Bible duXe siècle (Isaïe-Apocalypse), conservée dans les archivesde la cathédrale de Léon sous le n° 6. Berger a lu ladate 968 de l’ère espagnole, répondant à l’an 920 dénotre ère. Une notice récente, insérée au début, attesteque le manuscrit provient du monastère des Saints-Cômeet-Damien.Il s’agit du monastère d’Albarès, situé dansla banlieue de Léon et qui venait d’être fondé en 920, quand le codex fut écrit. Deux copistes se nomment: Jean, qualifié ordinairement de diacre, mais une fois deprêtre (ꝟ. 3), et Vimara, prêtre (ꝟ. 2), bu Vimaranus, pécheur(ꝟ. 233 v°). Les Canons de Priscillien et le Proœmiumsancti Peregrxiii episcopi, avant les Epîtres desaint Paul, sont la marque de fabrique espagnole.

2° legionensis il. — Bible, entière conservée dansles archives de la collégiale de San-Isidro de Léon. Elleest datée de l’ère espagnole 998, correspondant à l’année960. Il y a sur les marges des notes arabes et de nombreusescitations d’une ancienne version latine. Le Psautierest d’après l’hébreu; Tobie et Judith présentent untexte différent de la Vulgate. Une collation (texte et marge)fut faite en 1587, en vue de la re vision de la Vulgate àlaquelle on travaillait alors, et envoyée à Rome avecune lettre de l’évéque de Léon, Fr. Trugillo, qui décritexactement le codex. Cette collation se conserve encoreà la Vaticane, Cod. lat. 4859. La lettre de Trugillo a étépubliée par Vercellone, partie dans ses Dissertazioniaccademiche, Rome, 1864, p. 93-94, partie dans ses VariéeLectiones Vulgatse, t. i, p. ci-en. — Ce manuscritest plus connu sous le nom de Codex Gothicus Legionensisou simplement de Codex Gothicus’.

3° legionensis ni. — N’est qu’une copie du codexprécédent, faite en 1162. Voir S. Berger, Histoire de laVulgate, Nancy, 1893, p. 17-21, 384-385; Egurén, Memoriadescriptiva de los côdices notables de Espana, Madrid, 1859, p. 46-47; Tailhan, dans Nouveaux Mélangesdu P. Cahier, 1877, t. iv, p. 306-307.

F. Prat.

LÉGISLATION MOSAÏQUE. Voir Loi mosaïque.

    1. LÉGUMES##

LÉGUMES (hébreu: yârdq; Septante: âx<t.tm; Vulgate: olus, III Reg., xxi, 2; Prov., xv, 17; Septante: X «x «vsi’a; Vulgate: omis dans Deut., xi, 10; hébreu: yéréq; Septante: Xer/avov; Vulgate: olus, Gen., IX, 3; Ps. xxxvh (Vulgate, xxxvi), 2; hébreu: ’ôrôf; Septante: àpiciô (simple transcription du mot hébreu); Vulgate: herbse agrestes, IV Reg., iv, 39; hébreu: zéro’im etzêre’onim; Septante: ô’intpiov; Vulgate: legumina, Dan., i, 12, 16), partie que l’on cueille (legumen, delégère) sur une plante potagère pour l’alimentation, soitle fruit, soit les feuilles, soit la racine etc., et par extensionla plante potagère elle-même.

1° Les mots yârâq, «vert,» et yéréq, «verdure,» désignentles plantes potagères, que nous appelons légumes, surtout les légumes verts. Le nom zérô’îm ou zêre’ônîm(car ce doit être le même mot auquel est tombé ou a étéajoutée la lettre 2, nun, par faute du copiste) comprendtous les légumes. — Les légumes verts et les légumes secsentraient dans l’alimentation des Hébreux. La Genèse, re, 3, les regarde comme donnés à l’homme pour sa nourritureavant la chair des animaux. Ils passent pour une nourriture commune en regard de la chair des animauxgras, qui est un aliment de fête. Prov., xv, 17.

Mieux vaut un plat de légumes avec de l’affectionQu’un bœuf gras avec de la haine.

Dans la crainte de contracter une souillure légale ense nourrissant des viandes provenant de la table royale, Daniel et ses trois compagnons demandèrent au chefdes eunuques de leur servir seulement des légumes etde l’eau. Dan, i, 12, 16. À Rome, certains fidèles convertisdu judaïsme se faisaient scrupule de manger de laviande achetée au marché, craignant sans doute qu’ellen’eût été immolée aux idoles, et ne mangeaient que deslégumes. Rom., xiv, 2. On faisait cuire les légumes aupot, IV Reg., iv, 38, dans l’eau, ou on les assaisonnaitavec de l’huile et des condiments divers, on en faisaitune sorte de purée. Gen., xxv, 29, 34. Il est fait mentionde jardins potagers, où on les cultivait, Deut., xi, 10(hébreu); III Reg., xxi, 2; on les cultivait aussi en pleinecampagne, IV Reg., IV, 39, où l’on en rencontrait deschamps entiers. II Reg., xxiii, 11. — Sous le ciel de feude la Palestine, s’ils ne sont pas. arrosés, ils se dessèchentpromptement comme l’herbe et ils servent d’imagede la prospérité passagère des méchants. Ps. xxxvii{Vulgate, xxxvi), 2. — De la graine si petite du sénevés’élève une plante qui dépasse tous les légumes iuplantes potagères: et cette croissance qui paraît si disproportionnéeavec ses origines est dans la parabolel’image de l’extension du royaume de Dieu. Matth., xiii, 32; Marc, iv, 32. — Pour faire parade de leur zèle àobserver la loi, les pharisiens avaient étendu les prescriptionsau sujet de la dîme jusqu’aux moindresproduits de leurs jardins, aux légumes, Luc, xi, 42, quoique la loi ne demandât la dime que du revenu enblé, viii, huile. Lev., xxvii, 30; Nom, , xviii, 12; Deut., xiv, 22, 23.

2° Différents légumes verts ou secs entraient dansl’alimentation des Hébreux. Voici ceux qui sont désignésnommément:

Ail, hébreu: sûm; Septante: Ta uxôpSa, " Vulgate: allia. Num., xi, 5. Voir t. i, col. 310.

Chicorée, une des plantes comprises sous le nom générald’herbes amères (hébreu: merôrîm). Exod., xii, S; Num., ix, 11. "Voir t. ii, col. 697, et t. iii, col. 600.

Concombre, hébreu: qiSSu’im; Septante: aUvoc, Vulgate: cucumeres. Num., xi, 5; Is., i, 8; Baruch, vi, 69."Voir t. ii, col. 890.

Fève, hébreu: pôl; Septante: x15au.oç; "Vulgate: faba.II Reg., xvii, 28; Ezech., iv, 9. Voir t. ii, col. 2228.

Laitue, une des herbes amères, merôrîm, du repaspascal. Exod., xii, 8; Num., ix, 11. Voir t. iii, col. 600.

Lentille, hébreu: ’âdâéim; Septante: œaxoç; Vulgate: lens. Gen., xxv, 34; Il Reg.. xvii, 28; xxiii, 11; Ezech., iv, 9. Voir col. 164.

Melon, hébreu: ’âbattihini; Septante: jtsirwv; Vulgate; pepones. Num., xi, 5.

Oignon, hébreu: besalim; Septante: xp<5u, uvjov; Vulgate: cèpe. Num., xi, 5.

Poireau, hébreu, hâsîr; Septante: iupâ<rov; Vulgate: porrunt. Num., xi, 5.

Vesce. Voir Fève, t. ii, col. 2228.

E. Levesque.

    1. LÉHÉMAN##

LÉHÉMAN (hébreu: Lahmâs; Septante: Vaticanus: Mor^ç; Alexandrinus: Aau.àî), ville de la tribude Juda, mentionnée une seule fois dans l’Écriture, Jos., xv, 40. Au lieu de lahmâs, on trouve, dans uncertain nombre de manuscrits hébreux, Lahmâm. D’autresoffrent une lecture douteuse à cause de la ressemblancedu D, samech, et du D, mém final. Les Septanteont adopté la première leçon, comme on peut le voir, malgré la corruption du texte en certains manuscrits.Seule la Vulgate a Léhéman, et encore rencontre-tonen beaucoup de manuscrits et de vieilles éditions Léé

mas ou Lékémas. Cf. B. Kennicott, Vêtus Testamentumheb. cum variis leclionibus, Oxford, 1776, t. t, p. 465; J.-B.De Rossi, Variée lectiones Vet. Testamenli, Parme, 1785, t. ii, p. 90; C. Vercellone, Varix lectionesVulgatse latinx, Rome, 1864, t. ii, p. 44. Léhéman faitpartie du deuxième groupe des villes de ce la plaine» ou Séphélah. On l’identifie d’une manière satisfaisanteavec hhirbet el-Lahm, au sud de Beit-Djibrîn. Cf. Survey

of Western Palestine, Memoirs, Londres, 18811883, t, iii, p. 261.

A. Legendre.

    1. LÉHETH##

LÉHETH (hébreu: Yahat; Septante: ’IÉ6), fils aînéde Séméi, de la tribu de Lévi. C’était le chef d’une l’amillegersonite Ju temps de David. I Par., xxiii, 10-11.C’est par altération du nom que la Vulgate porte Léhethau lieu de Jahath. Voir Jahath, t. iii, col. 1105.

LE H1R Arthur Marie, né le 5 décembre 1811, à Morlaix(Finistère), mort à Paris le 18 janvier 1868. Entréau séminaire de Saint-Sulpice le 10 octobre 1833, ildevint professeur, au même séminaire, de théologiependant les premières années de son enseignement, puis d’Écriture Sainte et d’hébreu jusqu’à sa mort. Peude temps auparavant, le nonce du pape à Paris avaitappris que Pie IX appelait M. Le Hir à Rome pour prendrepart aux ravaux préparatoires du concile du Vatitican.Voir sa notice, p. iv-xxiv de V Introduction auxEtudes bibliques. Cette introduction est de M. Grandvaux, directeur au séminaire de Saint-Sulpice, lequel apublié, après la mort de M. Le Hir, les ouvrages quenous avons de lui, savoir: — 1. Études bibliques, avecIntroduction et sommaires, 2 in-8°, Paris, 1869. Lesarticles qui composent ce recueil avaient presque tousparu, du vivant de l’auteur, dans les Etudes religieuses, publiées par des Pères de la Compagnie de Jésus, III» série, t. viii, ix, x, xi, xii, xm; IV» série, t. i, il.

— 2. Le livre de Job; Traduction sur l’hébreu et commentaire, précédé d’un Essai sur le rythme chez lesJuifs, et suivi du Cantique de Débora et Psaume ex, in-8°, Paris, 1873. — 3. Les Psaumes traduits de l’hébreuen latin, analysés ef annotés en français, avecla Vulgate en regard et l’indication des différencesentre les deux versions, in-12, Paris, 1876. — 4. Les, tris ogrands Prophètes, haïe, Jérémie, Ezéchiel; analyseset commentaires, avec traduction de l’hébreu enfrançais des parties principales, in-12, Paris, 1876. —5. Le Cantique des Cantiques, avec traduction spécialesur l’hébreu et commentaires, précédé d’une Etude surle vrai sens du Cantique, par M. l’abbé Grandvaux, in-8°, Paris, 1883; fait partie de la grande Bible publiéepar le libraire Lethielleux. — 6. Résumé chronologiquede la vie du Sauveur, publié par M. Vigouroux dansL’Université catholique, mai et juin 1889, t. i, p. 6-27, 189-202. Cf. Bibliothèque sulpicienne, 3 in-8°, Paris, 1900, t. ii, p. 292-299. M. Renan, qui avait été l’élève deM. Le Hir, a ainsi résumé, dans ses Souvenirs d’enfanceet de jeunesse, 1883, p. 273, les qualités de son ancienmaître: «M. Le Hir était un savant et un saint; il étaitéminemment l’un et l’autre.» L. Bertrand.

    1. LEIGH Edouard##

LEIGH Edouard, exégète protestant anglais, néle 23 mars 1602^ à Shawell, comté de Leicester, mortle 2 juin 1671’, dans son domaine de Rushall Hall, dansle comté de Stafford. Il fit ses études à Oxford, où ils’adonna particulièrement à l’histoire, au droit et à lathéologie. Après un court séjour en France, en 1625, ilse. rendit à Banbury, dans le comté d’Oxford, où il suivitles prédications du ministre puritain WilliamWheatly, pour qui il professait une grande admiration.Le 30 octobre 1640, il fut nommé, par la ville de Stafford, membre du Parlement; il fit d’abord partie del’opposition, puis il adopta des idées plus modérées; mais il fut compris dans les membres du Long ParleIV. - e

153

LEGTIONNAIRES

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fications du début ou de la finale des Évangiles ont étéintroduites dans la trame du texte et ont pénétré ainsidans le récit en nombre de manuscrits.

2° La composition elle-même des sections liturgiquesa occasionné dans les manuscrits à texte continu, employésdans la liturgie, des modifications plus sensibles.Les leçons, en effet, ne se succèdent pas de telle sorteque tout le texte est lu à l’église. Trois cas se présentent:

— l «r cas: les leçons restent séparées par des passagesintermédiaires qui n’appartiennent à aucune section.Ces passages non lus ont plus ou moins d’étendue. Généralement, ils ne se composent que de quelques lignes, de quelques mots, parfois d’un simple xai ou d’une particulesemblable. Ils couraient le risque de ne pas êtretranscrits, lorsqu’une copie était prise sur un manuscritadapté à l’usage liturgique et muni des rubriquesnécessaires. — 2 «cas: les leçons, au contraire, enjambentles unes sur les autres, de telle sorte que la find’une section est le commencement d’une autre. Il y a, par suite, des versets qui sont communs à deux leçonsconsécutives. Ordinairement le nombre de ces versetsn’est pas considérable et il ne dépasse guère deux outrois phrases. Les notes indiquant le commencement etla fin de ces leçons se mêlent et s’enchevêtrent au pointde causer parfois de la confusion, au moins pour un lecteurinexpérimenté. — 3e cas: une leçon n’est pas toujoursformée par un seul texte; elle réunit parfois diversrécits, tirés soit du même Évangile soit d’Évangiles différents.Elle se compose donc de fragments agglutinés.Le cas est assez fréquent, non seulement dans les eûa-yyéXiatûv àf iwv ra16wv, mais encore au cours de l’année.Ainsi l’évangile du premier dimanche après la Pentecôtecomprend Matth., x, 32, 33, 37, 38 { xiv, 27-30. Dans unévangéliaire, ces divers fragments étaient juxtaposés demanière à constituer une leçon unique. Mais lorsqu’onse servait d’un manuscrit à texte continu, il fallait, aumoyen de rubriques, renvoyer d’un passage à l’autre.Ces rubriques ont reçu le nom de îmepêiietç; elles sontmarquées dans les manuscrits par des abréviationsaccompagnées de notes indiquant les références. Ellescompliquaient la transcription des textes et amenaientbien des erreurs qui se sont transmises dans les manuscritscopiés l’un sur l’autre.

V. Influence fâcheuse des Lectionnaires sur letexte grec du Nouveau Testament. — Les critiques ontsignalé dans les manuscrits des altérations dues aux lectionnairesecclésiastiques. On peut les ramener à troisclasses: 1° à des additions; 2° à des omissions; 3° à destranspositions.

1° Des additions, provenant du lectionnaire, ont étéconstatées dans le texte reçu ou dans des manuscrits.Dans le texte reçu, le nom de Jésus est ajouté, Matth., xiv, 22; Luc, sur, 2; xxiv, 36; Joa., vi, 14; xiii, 3, parcequ’on avait coutume de le suppléer au pronom dans lesleçons liturgiques qui commençaient à ces passages.Pareille addition est possible encore: Matth., viii, 5; Joa., i, 29, 44; xxi, 1. Des formules entières, propres autexte reçu, dérivent de l’usage liturgique: Eine Se i xûpioc, Luc, VII, 31; xat arpaçetç npôç roùc (j.a9r, Tâc tint. Luc., x, 22. Des additions plus considérables se trouvent dansquelques manuscrits; elles ont vraisemblablement la’même origine. Cette phrase: KaX Ù7to<npéiJ/a; 6 IxawSvuap^o; et; tov oTxov aù^où ev au-rîj tï] <î>pa eupevTov ?raï8aOycaivovTa, suit Matth., viii, là, dans le Sinaiticus, VEphrsemiticûs, un certain nombre de cursifs, la versionphiloxénienne et l’Évangéliaire hiérosolymitain.VAlexandrinus reproduit deux fois Rom., xvi, 25-27, d’abord à sa place naturelle, puis après le chapitre xiv, où il se trouve dans l’épltre du samedi rrjç xupoqi âyov.Le Codex Bezse est remarquable par ses interpolationsliturgiques. Luc, xvi, 19, insère ces mots: eïitev 8s étépavnàpaëoXrjv, qui se lisent avec une légère variante audébut de l’évangile du cinquième dimanche de saint

Luc. Joa., xiv, commence ainsi: Kai ûtki toï? tiaôr.caïîotÙToy; une phrase équivalente se lit en plusieurs manuscritsde la Vulgate. J. Wordsworth et A. Whito, KovumTestamentum D. N. J. C. laline, fasc. 4, Oxford, 1875, p. 605. L’addition la plus curieuse est celle de-oziloi, Marc, X)V, 41; il est vraisemblable que-ciloç, indiquantla fin d’une leçon liturgique, a glissé de la marge, dans le texte. On la trouve dans les cursiꝟ. 13, 47, 51, 56, 61, 69, 124, 439, 473, 511. On la lit aussi dans desmanuscrits de la Peschito, de la philoxénienne et de laVulgate latine. J. Wordsworth et H. White, Nov. Test., fasc. 2, Oxford, 1891, p. 258.

2° Les rubriques qui, dans les manuscrits anciens, marquaient le commencement et la fin des sections liturgiques, surtout dans les cas d’enjambements ou d’ûmpêâ<reic, ont amené certains copistes à supprimer les passages, chargés de notes dont ils ne comprenaient pas lesens. Ainsi le Codex Bezse omet Luc, xxiv, 12. Or, ceverset termine le quatrième évangile èmâivôv àvccaràiTijvovet commence le cinquième, . Le Sinaiticus, le Vaticanuset le Codex Bezse omettent Joa., viii, 59, à partir de8tE18(i)v. Or, la leçon du cinquième mardi après Pâquesse termine avant ces mots et la leçon du dimanche suivantreprend Joa., îx, 1. Le Vaticanus, V Ephrmmiticus, le Codex Bezse, les cursiꝟ. 38 et 435, les manuscrits a, b, d, de la vieille Vulgate et quelques manuscrits de la traductionmemphitique n’ont pas Luc, xxiii, 34. Mais laleçon du jeudi tyj;-cupocpot-fou saute ce verset, qui figurecependant dans le huitième évangile tùv àyiiai notOtiiv.Le Sinaiticus, le Vaticanus et le Regius omettent 8tu-TepoTtpÛTM, Luc, vi, 1, remplacé dans les Évangéliairespar èv rot; aâêëaai.

3° Les transpositions de textes, nécessaires pour constituercertaines leçons liturgiques et indiquées par desrubriques spéciales, ont produit parfois des transpositionsréelles et des déplacements de textes. On citecomme exemple Luc, xxii, 43, 44, transportés dans ungroupe de cursifs après Matth., xxvi, 39, comme àl’évangile du jeudi saint, et Joa., xix, 31-37, transportésdans les mêmes cursifs à la suite de Matth., xxvii, 51, comme dans un des évangiles tùv àytwv itdcflwv. Cf.Mill, Novum Testamentum greecum, édit. Kuster, Leipzig, 1723, proleg., n. 1055-1057, p. 103-104; Burgon-, Miller, The Causes of the corruption of the traditionaltexl of the Holy Gospels, Londres, 1896, p. 67-88.

VI. Valeur critique des Lectionnaires. — Jusqu’àprésent, les lectionnaires n’ont guère été ulilisés par lescritiques pour l’étude et la constitution du texte grec duNouveau Testament. Les critiques les plus avancés lesont négligés de parti pris, les regardant comme des représentantsde la plus mauvaise forme du texte, du textedit syrien, reproduit dans quelques onciaux et la plupartdes cursifs. Sans aller jusqu’à prétendre, par unexcès opposé, que les lectionnaires représentent la meilleureforme du texte original du Nouveau Testament, ilfaut reconnaître à tout le moins que, de soi, un Évangéliairea, sous le rapport de la transmission du texte, autantde valeur qu’un manuscrit ordinaire de la mêmeépoque. Il va sans dire que le critique, en s’en servant, devra toujours tenir compte des changements que l’usageecclésiastique introduit ordinairement au commencementet à la fin des leçons liturgiques.

D’ailleurs, par leurs caractères propres, les lectionnairesecclésiastiques ont une autorité supérieure à unmanuscrit ordinaire qui n’est qu’un document privé etne représente souvent que le sentiment d’un individu, du copiste ou du premier possesseur. Les livresliturgiques sont, de leur nature, très conservateurs; lesplus récents reproduisent les textes antérieurs et, saufpour les fêtes locales ou nouvelles, écartent toute sectionnouvelle, toute expression récente; ils tendent plutôt àconserver les formes archaïques. C’est ainsi que longtempsaprès que l’écriture cursive était employée dans la transcription des manuscrits privés, on continuait encore à se servir de l’onciale pour les manuscrits liturgiques. Cette tendance conservatrice des lectionnaires permet de conclure qu’ils ont retenu et transmis une ancienne forme du texte, alors que les manuscrits à L’usage des particuliers avaient adopté des textes divergents, retouchés ou corrigés. En fait, il est donc nécessaire d’examiner le texte transmis par les lectionnaires, et il ne faut pas les mettre absolument sur le même rang que les cursifs. D’autre part, les évangéliaires et les épistoliers sont des livres publics, des documents ecclésiastiques, transcrits pour l’usage d’une église, d’un couvent, pour le service liturgique. Leur transcription était par là même éloignée de toute nouveauté et elle était soignée et surveillée dans le dessein d’écarter des modifications, des usages nouveaux. Elle a donc de ce chef encore plus de chance de reproduire un texte ancien. Les savants qui font de la critique textuelle du Nouveau Testament l’objet de leurs travaux, si patients et si méritoires, ne doivent pas dédaigner les lectionnaires grecs, dont l’examen fera progresser leur art et leur fournira peut-être des éléments de solution de certains problèmes critiques.

Cf. F. H. Rheinwald, Kirchliche Archeologie, Berlin, 1830, p. 273-278; E. Reuss, Die Geschichte der heil.Schriften N. T., 6e édit., Brunswick, 1887, n. 384, p. 430431; Caspari, Dissertation sur les péricopes, Strasbourg, 1835; Scrivener, A plain introduction, 4e édit., t. i, p. 74-89; Smith et Gheetham, Dictionary of Christian antiquities, t. i, p. 740-745; 'Kirchenlexikon, 2e édit., Fribourg-en-Brisgau, 1891, t. vii, col. 1593-1602; P. Martin, Introduction à la critique textuelle du N. T., Partie théorique (lithog.), Paris, 1882-1883, t. i, p. 417-480; R. Gregory, Prolegomena, Leipzig, 1890, fasc. 2, p. 687791; Id., Textkritik des N. T., Leipzig, 1900, t. i, p. 327-478.

VII. Lectionnaires latins. — Sur les lectionnairesdes diverses Églises arménienne, syriaque, copte, etc., il y aurait à dire à peu près les mêmes choses, sauf denombreuses diversités de détails, que sur les lectionnaires grecs. Ajoutons seulement quelques mots sur les lectionnaires latins, qui nous intéressent: de plus près.

1° À la messe, on lisait trois leçons: la leçon prophétique, tirée de l’Ancien Testament, la leçon apostolique, extraite des Épîtres des Apôtres, et l’Évangile. Saint Ambroise, Epist., xx, 13-15, t. xvi, col. 997-998, parle des leçons lues à l’église à l’occasion d’un passage de Job. C’était un enfant qui lisait le Ps. xxiii, 4, 6. De excessu fratris Satyri, i, 61, t. xvi, col. 1309. Au rapport de Grégoire de Tours, De miraculis S. Martini, i, 5, t. lxxi, col. 918-919, le lecteur avait coutume, à Milan, de venir, le livre en mains, demander à l’évêque l’autorisation de lire. Un dimanche, la leçon prophétiquerécitée, le lecteur étant déjà debout devant l’autel pourlire la leçon de saint Paul, saint Ambroise s’endormitsur l’autel. Au bout de deux heures, on l’éveilla pourqu’il permît au lecteur de lire l’Épître. Parmi les sermons attribués à saint Ambroise, le IIe, t. xvii, col. 608, indique que l’Évangile de la fête de Noël était le récit de la naissance de Jésus dans saint Luc, ii, 1 sq. Cf. Mabillon, Museum Italic., Paris, 1687, t. 1er, p. 101-104; Magistretti, La liturgia della Chiesa Milanese nel secolo IV, Milan, 1899, t. r. À Rome, la messe comprenait ces trois leçons. La suppression de la leçon prophétique eut lieu au cours du Ve siècle. Le Liber pontificalis, édit. duch*esne, Paris, 1886, t. i, p. 230, constate que sous le pontificat de Célestin I er (422-432), auquel il attribue l’institution de la psalmodie, on ne lisait à la messe que les Épîtres de saint Paul et le saint Évangile. La leçon prophétique a cependant persévéré jusqu’aujourd’hui à certains jours de Quatre-Temps et de Carême. Le graduel est placé entre cette leçon et Pépltre. On en conclut que ce Psaume était primitivement intercalé entre la leçon prophétique et la leçon apostolique, et que, la première ayant été supprimée, le graduel a été transporté après Pépître. duch*esne, Origines du culte chrétien, Paris, 1889, p. 159-160. — Saint Augustin parle plusieurs fois de trois leçons, mais il entend expressément par l’épître, le psaume intercalé et l’évangile. Serm., CLXV, 1, t. xxxviii, col. 902; Serm., clxxvi, 1, ïbid., col. 950. L’évêque commentait l’une ou l’autre et beaucoup d’Enarrationes in Psalmos sont de véritables sermons. Comme il explique l’Évangile selon saint Jean ex ordine lectionum, In Epist. Joa. ad Parthos, prol., t. xxxv, col. 1977, nous en pouvons conclure qu’on lisait encore un livre tout entier, d’autant que si Augustin interrompt son commentaire, il se propose de reprendre l’ordre momentanément interrompu. D’ailleurs, cette interruption s’est produite aux fêtes pascales, quibus certas ex Evangelio lectiones oportet in Ecclesia recitari, quæ ita sunt annuæ, ut aliæ esse non possint. Ïbid., prol., et tr. IX, col. 1977, 2045. En effet, on avait coutume de lire, ces jours-là, les récits de la résurrection de Jésus-Christ ex omnibus libris sancti Evangelii. Serm., ccxxxi, 1, t. xxxviii, col. 1104. On lisait d’abord le récit de saint Matthieu, puis celui de saint Marc, ensuite celui de saint Luc. Serm., ccxxxii, 1, ibid., col. 1107-1103. On n’omettait pas celui de saint Jean, Serm., ccxxxiv, 1, col. 1115. Cf. Serm., ccxxxv, CCXXXIX, CCXL, CCXLIII, CCXLIV, CCXLV, CCXLVII, col. 1115, 1117, 1118, 1127, 1130, 1143, 1147, 1151, 1156, 1157. On lisait en même temps les Actes des Apôtres. In Epist. S. Joa. ad Parthos, tr. II, t. xxxv, col. 1989. La passion n’était lue qu’une fois, le vendredi saint, et toujours selon saint Matthieu. Une année, saint Augustin, ayant voulu varier le récit évangélique, fit lire un autre évangéliste; mais les fidèles, n’entendant pas la leçon accoutumée, en furent troublés. Serm., ccxxxii. 1, t. xxxviii, col. 1108. Cf. Enar. in Ps. xxi, en. ii, 2, t. xxxvi, col. 171. Le samedi-saint l’office comprenait beaucoup de leçons. Serm., ii, t, xlvi, col. 821. À Noël, on lisait le récit de la naissance de Jésus selon saint Luc. Serm., exem, t. xxxviii, col. 1013. À l’aide des Sermons, t. xxxviii, il serait facile de déterminer nombre de sections évangéliques, lues à Hippone, et de fixer parfois l’épître lue aux jours correspondants. — Les Sermons de saint Léon le Grand contiennent sur les leçons ecclésiastiques des renseignements, dont quelques-uns concordent avec le sectionnement qui a prévalu dansl’Église romaine. Ainsi, le 1er dimanche de Carême, l’épître était la même qu’aujourd’hui. II Cor., vi, 2. Serm., XL, c. ii, t. lix, col. 268. Le samedi qui précède le second dimanche de Carême, l’évangile était celui d’aujourd’hui. Serm., Li, col. 308. Toute une série de sermons sur la passion ont été prononcés sur les leçons faites les jours de dimanche et de mercredi et s’étendent jusqu’au samedi-saint. Serm., lii-lxx, col. 314-380, Le jour de Pâques, le récit de la résurrection servait d’évangile. Serm., lxxii, col. 390. — La liturgie gallicane comprenait deux leçons à la messe, l’Évangile compris: la leçon prophétique était tirée de l’Ancien Testament, l’épître de l’apôtre saint Paul. En carême, on lisait les livres historiques de l’Ancien Testament, et au temps pascal, les Actes des Apôtres et l’Apocalypse. S. Germain de Paris, Epist., i, t. lxxii, col. 90. Cf. duch*esne, Origines du culte, p. 185-186.

2° Peu à peu, il y eut un système déterminé de leçons; mais les diverses Églises avaient leurs particularités.Les documents qui les reproduisent sont ou biendes lectionnaires séparés, qui portent différents noms, par exemple Comes, Liber comicus, Lectionnarium, ou bien des manuscrits à texte suivi et continu, surtoutles quatre Évangiles, mais adaptés à l’usage liturgiqueau moyen d’une table des Évangiles, nommée Capitulare.Bornons-nous à quelques indications. — Le lectionnaire romain se retrouve dans le Comnes, précédé d’une préface

ment qui, en 1648, sur l’ordre de Cromwell, furentchassés de cette assemblée, lorsqu’elle fut purgée detous ceux qui s’opposaient à la politique du Protecteur.Il renonça dès lors à la vie publique. Ses écrits sontassez variés; parmi ses ouvrages théologiques, il convientde citer Annotations upon ail the books of theNew Testament, philological and theological, in-f°, Londres, 1650; Annotations on five poetical books of the OldTestament, in-f°, Londres, 1657; Critica sacra; or Observationson ail the Radiées or primitive Hebrew wordsof the Old Testament in order alphabeticaïl, in-f", Londres, 1650; Critica sacra; or philological and theologicalObservations upon ail the Greek words of theNew Testament in order alphabeticaïl, in-4°, Londres, 1639, 1646, 1650. Louis Wolzogue a traduit en françaisles Critica sacra sous le titre de Dictionnaire dé languesainte, contenant ses origines avec des observations, in-4°, Amsterdam, 1703. Voir W. Orme, Bibliothecabiblica, 1824, p. 287. A. Régnier.

LE JAY Gui Michel, savant français, né à Paris en1588, mort le 10 juillet 1675, éditeurde la Polyglotte deParis. Voir Polyglotte.

    1. LELONG Jacques##

LELONG Jacques, bibliographe français, né à Parisle 19 avril 1665, mort dans cette ville le 13 août 1721.Étant entré à l’Oratoire, en 1628, il enseigna pendantquelques années les humanités, puis devint bibliothécairede la maison Saint-Honoré. Il remplit cette chargependant vingt-deux ans, jusqu’au moment de sa mort.On lui doit la bibliographie la plus savante qu’on aitpubliée sur l’Écriture, Bibliotheca sacra seu syllabusomnium ferme Sacres Scripturx editionum ac versionumsecundum seriem linguarum quïbus vulgatse sunt, nolis historicis eteriticis illustratus, adjunctis prsestantissimiscodicibm manuscriptis, 2 in-8°, Paris, 1702; 2e édit., 1709; nouvelle édition augmentée par Frd.Chr. Boemer, 2 in-8°, Anvers, 1709; in-f°, Paris, 1719; 21nf°, Paris, 1723 (édition donnée par le P. Desmolets, quia mis en tête une Vie de l’auteur); nouvelle éditionaugmentée par Ant. Gottlieb Masch, supérieure auxprécédentes, 6 in-4°, Halle, 1778-1790. On a aussi deLelong: Discours historique sur les principales éditionsdes Bibles polyglottes, in-8°, Paris, 1713. — VoirA. M. P. Ingold, Essai de bibliographie oratorienne, in-8°, Paris, 1880-1882, p. 82.

LE MAISTRE Isaac Louis, appelé communémentde Saci (anagramme d’Isaac), janséniste français, né àParis, le 29 mars 1613, mort le 4 janvier 1684. Ordonnéprêtre en 1650, il devint le confesseur et le principaldirecteur des religieuses de Port-Royal. Il est surtoutcélèbre par sa traduction de la Bibie: La Sainte Bibleen latin et en françois avec des explications du senslittéral et du sens spirituel, 32 in-8°, Paris, 1682-1702; la plus belle, édition est celle en 12 in-8°, Paris, 17891804. Voir t. ii, col. 2367.

    1. LENGERKE##

LENGERKE (Csesar von), théologien protestant allemand, né à Hambourg le 30 mars 1803, mort le 3 février1855. Il fut professeur de théologie et des langues orientalesà Kœnigsberg. Ses écrits théologiques s’occupenten général de la Bible, Son premier ouvrage de ce genrefut le Conimentarius criticus de Ephrsemo Syro ScripiurseSacrée interprète, in-8°, Kœnigsberg, 1828, collectionde leçons différentes du textus receptus syriaque empruntéesaux commentaires bibliques de saint Éphrem.Lengerke admet avec Rœdiger que le texte syriaque desaint Éphrem a des gloses empruntées au texte primitif.Il lit suivre cet ouvrage d’une monographie: DeEphrxmi Syri arle hemieneutica, in-8°, Kœnigsberg, 1831. L’auteur y parle des matériaux dont se servit saintJÉpiirem pour ses travaux exégétiqHes, de l’influence

qu’eurent sur lui les écrivains juifs et grecs (voir Siegfried, Philo von À lexandria, Iéna, 1875, p. 379), des écolesexégétiques d’alors, enfin de la doctrine de saint Éphrem, quant à l’Écriture Sainte et à sa méthode de l’interpréter.Voir Diestel, Geschichte des Alten Testamentes, Iéna, 1869, p. 138. La première œuvre exégétique de Lengerkeest son Commentarius criticus de dupliciPsalmi 22. exemplo, in-4°, Kœnigsberg, 1833. Sa traductionen allemand avec commentaire du livre de Danielest très importante pour son époque: Das BuchDaniel, verdeutscht und ausgelegt, in-8°, Kœnigsberg, 1835. Il s’occupe en premier lieu de l’authenticité dece livre, de ses idées fondamentales, de sa tendance etde la forme du livre, puis il en donne la traduction etune explication. Plusieurs opinions qu’y émet Lengerkeont été reconnues depuis insoutenables. Voir de Wette-Schrader, Einleitung in das alte Testament, 1869, p. 486; Bleek-Wellhausen, Einleitung, 1878, p. 468. Différentesparties cependant sont encore pleines d’intérêt, parexemple, ses recherches sur les divergences des Septanteet du texte massorétique, etc. — L’ouvrage principalde Lengerke, est un travail archéologico-historique, Kenaan, in-8, ’Kœnigsberg, 1843, l’histoire du peuple d’Israëlet de sa religion jusqu’à la mort de Josué. L’ouvrageest dans sa totalité un commentaire des livres historiquesde la Bible. Y figurent, un traité de la langue hébraïque, une méthode d’écrire l’histoire et une critique de l’hexateuquebasée sur Bleek, Tuch, de Welte, Stâhelin etEwald. Voir Bleek-Wellhausen, Einleitung in das alteTest., 1878, §§ 81-87, p. 152-178. Cet ouvrage ne fut pascontinué, ce qui du reste n’est guère regrettable, parcequ’il fut bientôt surpassé par des publications appuyéessur des découvertes nouvelles. Le dernier ouvrage deLengerke fut son commentaire des Psaumes: Die fûnfBttcher der Psalmen, 2 in-8°, Kœnigsberg, 1847. Cetouvrage n’eut aucun succès et ne valut à son auteur quedes critiques très sévères d’ailleurs bien méritées. — VoirSiegfried, Allgemeine deutsche Biographie, t. xviii, p. 252-255; Winer, Bandbuch der theol. Lilteratur, t. ii, p. 637; De Wette-Schrader, Einleitung in das alteTestament, p. 179. E. Michels.

    1. LENTILLE##

LENTILLE (hébreu: ’âdâSim; Septante: çctxic; Vulgate: lens, Gen., xxv, 34; II Reg., xvii, 28; xxiii, 11; Ézech., iv, 9), plante légumineuse dont la graine estemployée comme aliment.

I. Description. — Ce genre de Légumineuses, de latribu des Viciées, qui doit son nom à la forme arrondie, comprimée de ses graines, comprend un petit nombred’espèces successivement rattachées, suivant l’appréciationdes botanistes, aux divers groupes Cicer, Ervum, Lathyrus et Vicia. Mais le genre Lens déjà adopté parAdanson et Tournefort mérite d’être conservé pour laforme caractéristique de ses graines d’abord et surtoutde son style grêle, comprimé, creusé à la face supérieured’un sillon longitudinal recouvert de poils courts. L’es-’pèce principale, Lens esculenta de Mœnch (fig. 44), cultivée de temps immémorial comme plante alimentairepour ses graines charnues et farineuses, n’existeplus nulle part à l’état spontané. Toutes sont des herbesannuelles, à feuilles imparipennées dont la foliole terminaleest remplacée par un mucron et même par unevrille simple et courte vers le haut de la tige. Les fleurspetites, en grappes pauciflores, ont un calice à dentssensiblement égales, un étendard obovale, les ailes soudéesavec la carène; la gousse courte et comprimée nerenferme à la maturité que 1 ou 2 graines. F. Hv.

IL Exégèse. — Il ne saurait y avoir de doute surl’identification des *âdàsîm avec les lentilles, Le nom

arabe de ce légume, l ^ 3 *>><z, ’adas; la traduction constantedes Septante par <paic<5c et de la Vulgate par lens, l’interprétation rabbinique, rendent certaine cette iden

tification. Le nom sémitique est passé même chez lesBerbères sous la forme adès. La couleur attribuée dansGen., xxv, 20-34, aux’âdâsîm ou plutôt à la bouillieou purée d’âddsim convient bien aux lentilles. Ésaùrevenant des champs épuisé de fatigue et apercevantJacob en train de préparer de la bouillie d’âddsim, dità son frère: «Laisse-moi manger de cette chose rougeàtre.» Ces lentilles étaient sans doute d’une espècecommune en Egypte, et dont on voit quelques spécimensau Musée du Louvre, de très petite taille et semblablesà la variété appelée Lentille rouge ou Lentillon. V. Loret, Études de botanique égyptienne, dans Recueil detravaux relatifs à la philologie et à l’archéologie égyptiennes, t. xvii, 1895, p. 192. Mais lorsque les grainessont dépouillées de leur écorce, comire les Égyptiensont l’habitude de les préparer, elles ont plus encore, ainsi que la bouillie qu’on en fait, la couleur poiige pâle.Reynier, Économie publique et rurale des Arabes etdes Juifs, in-8°, Genève, 1820, p. 429.Les lentilles entraient dans l’alimentation des Hébreux.

44. — Lens esculenta.

Elles figurent à côté des fèves et des pois parmi les alimentsque Sobi, fils de Naas, et Berzellaï de Galaadapportèrent à David, obligé de fuir devant Absalom révolté.II Reg., xvii, 28. C’est dans un champ de lentillesque Semma, fils d’Agé, un des vaillants guerriers deDavid, battit une troupe de Philistins. II Reg., xxiii, 11-12. Nous voyons dans Ézéchiel, iv, 9, que les lentillesétaient mélangées au froment avec des grains de natureinférieure, sans doute en temps de disette ou pour lesindigents. C’est ce qu’Athénée, Deipnos., iv, 15, appelleapToç çâxtvo; . C’était aussi la première nourriture qu’onprenait dans le deuil: Les lentilles sont la nourrituredu deuil et de la douleur, dit Rabbi Éléazar dans lePirke, c.XL. Windet, De vita functorum statu, , daifs, Crenii Opuscula quse ad historiam ac philologiam spectant, fasc. 4, 1694, p. 74. Saint Jérôme y fait allusiondans sa lettre à Paula sur la mort de sa fille Blésilla, t. xxii, col. 470: Dans le deuil, dit-il, les Juifs, «d’aprèsune vaine tradition des pharisiens, prennent des lentillespour première nourriture, faisant voir par là quece mets fatal leur a fait perdre le droit dlainesse.» Cependantbieiv préparées, elles formaient et formentencore en Orient un, mets estimé et recherché. Robinson, Diblical Researches, 3e édit., 1867, t. ii, p. 167;

t. iii, p. 40. C’est pour une bouillie ou purée de lentillesqu’Ésaû épuisé de fatigue céda à Jacob son droitd’aînesse. Gen., xxv, 32-34. Sans doute on préparaitcette bouillie comme maintenant avec de l’huile et del’ail. Les peintures du tombeau de Ramsès III, d’aprèsWilkinson, Manners and Customs, 1878, t. ii, p. 32, nous font assister à la préparation de ce mets (fig. 45).On voit un homme occupé à faire cuire des lentilles, derrière lui son compagnon apporte du bois pour alimenterle feu, et à côté se trouvent des corbeilles pleinesde lentilles. Les Égyptiens, dit Théophraste, Hist. plant., iv, 5, faisaient grand usage de ce légume. Les lentilles, dit Raffeneau-Delile, Mémoire sur les plantes qui croissenten Egypte, dans Description de l’Egypte, Histoirenaturelle, t. ii, Paris, in-4°, 1812, p. 23, sont communesen Egypte comme elles l’étaient autrefois. Elles portaient, chez les Romains, le nom de lentilles de Péluse. Virgile, Georg., i, 228; Martial, xill, épigr. 9. On les sèmeaujourd’hui sans labour dans la haute et dans labasse Egypte, et on les récolte sèches en grande quantité; elles sont rougeàtres et fort petites. On les monde quelquefoisde leur écorce, en les broyant sous des meules

45. — Égyptien occupé à faire cuire des lentilles.D’après Wilkinson, Manners and Customs, t. ii, p. 32.

à bras, afin de les rendre plus délicates quand on les

fait cuire. Le nom hiéroglyphique est i ttttt Jk

v, âarosana, arSana, d’où le copte xpcyin.

Ce nom rie paraît pas égyptien, mais plutôt sémitique, importé sans doute avec la plante dans la vallée du Nil.On a fait remarquer qu’il pourrait bien êlre le nom sémitique’âdâsîm, avec confusion facile du t, d, avec le "i, r. En écriture hiératique même les deux signes peuventse prendre l’un pour l’autre. V. Loret, La flore pharaonique, 2e édit., 1892, p. 93. Cf. Ch. Joret, Les plantesdans l’antiquité, 1. 1, 1897, p. 103; Fr. Wœnig, Die P flanzenim alten Aegypten, in-8°, Leipzig, 1886, p. 214-215.

E. Levesque.

    1. LENTISQUE##

LENTISQUE (grec: axïvo; ; Vulgate: schinus, Dan., xm, 54), arbre commun en Orient.

I. Description. — Le Pistacia Lentiscus de Linnéest un petit arbre de la famille des Térébinthacées desplus répandus dans les lieux arides de toute la régionméditerranéenne, où l’on recueille sur ses rameaux tortueuxaprès incision la gomme-résine nommée mastic.Ses feuilles persistantes ont un pétiole ailé, pourvu de 3à 5 paires de folioles petites, coriaces, ovales ou lancéolées, obtuses avec un court mucron. Les fleurs sontagglomérées à l’aisselle des feuilles supérieures, engrappes spiciformes, dioïques et sans corolle. — Le calice, à 5 divisions dans les fleurs mâles (fig. 46), n’ena que 3 ou 4 dans les fleurs femelles (fig. 47); les étamines, au nombre de 5 superposées aux sépales, ont degrandes anthères au sommet d’un filet très court; l’ovaire uniloculaire devient une toute petite drupe rouge, puis noirâtre, un peu comprimée, recouvrant un najauosseux sous une enveloppe membraneuse. F. Ilï.

367

LENTISQUE — LENTULUS

168

II. Exégèse. — 1° Le lentisque n’est mentionné qu’unefois dans la Bible, dans la partie deutérocanoniqué dulivre de Daniel, qui raconte l’histoire de Susanne.

K A

46. — Pistacia lentiscus. Rameau et fleur mâles. Fleur grossie.

Cuand Daniel demanda à l’un des vieillards accusateursde Susanne sous quel arbre il l’a vue commettre lecrime, il répondit, xiii, 54: «sous un lentisque,» Oirbcxïvov. «Tu mens pour ta perte, s’écria Daniel, carl’ange de Dieu qui a déjà reçu l’arrêt divin est prêt à tefendre par le milieu, oyjtni.» On a souvent mis enavant ce jeu de mot du texte grec, pour nier l’existence

47..

— Pistacia lentiscus, rameau femelle avec fruits.Fleur femelle grossie.

d’un original sémitique de cette partie deutérocanoniqué, le même jeu de mots ne pouvant s’y retrouver exactement.Origène, Epist. ad Africanum de historia Susannx, t. XI, col. 61, répondait déjà que dans l’ignoranceoù l’on est relativement au nom hébreu de cet arbre, onne pouvait pas se prononcer ainsi contre l’authenticitéd’un original hébreu. On peut ajouter qu’en supposant un original chaldéen, il serait facile de retrouverle même jeu de mots, avec NpriDS, pisfeqâ’, nom araméendu lentisque, et le verbe pesaq, pDS, «couper endeux.» Ainsia traduit une des versions syriaques. Dureste, le traducteur grec a bien pu ne pas conserver lesmêmes noms d’arbres, si la paronomase n’était plus possibleavec eux, et y substituer d’autres noms qui luipermettaient un jeu de mot équivalent. On peut voir desexemples nombreux dans Welte, Specielle Einleitungin die deuterocanonischen Bûcher des alten Testament, 1844, p. 248; Wiederholt, Die Geschichte Susanna, dansla Tùbing. Quartalschrift, 1869, p. 296-308; Vigouroux, Mélanges bibliques, 2 B édit., Paris, 1889, p. 477-4E3.

2° Plusieurs exégètes et naturalistes regardent la résinedu lentisque, connue sous le nom de mastic, enarabe mastaka, comme le son, Gen., xxxvii, 25, cetterésine odorante que les marchands ismaélites portaienten Egypte. Plus communément on voit dans le son larésine du Pistacia Terebinthus. Il est vrai que les Arabesont souvent confondu le lentisque et le térébinthe souse même nom» -è>, dirû, nom qui a une certaine analogieavec le sôri hébreu. Voir Résine.

E. Levesque.

    1. LENTULUS Publius##

LENTULUS Publius, personnage imaginaire auquelon a attribué une lettre apocryphe décrivant la personnede Notre-Seigneur. Il est censé avoir été gouverneur dela Judée, avant Ponce Pilate, et avoir écrit la lettre quisuit au Sénat romain.

I. Lettre de Lentulhs. — «Lentulus, gouverneur(presses) des Jérosolymitains, au sénat et au peuple romain, salut.» Ce préambule ne se lit pas dans tous lestextes. Voici maintenant le texte de la lettre même d’aprèsE. Dobschiitz, Christusbilder, Beilage viii, Leipzig, 1899, p. 319°: «Il a paru en ces temps-ci, et il vit encore, un homme d’une grande puissance (virtutis), appeléJésus-Christ. Les peuples l’appellent prophète de véritéet ses disciples, fils de Dieu. Il ressuscite les morts etguérit toutes les maladies. C’est un homme d’une taillemoyenne… (hom*o quidem slatura procerus mediocriset spectabilis). Il a une figure vénérable qui lui attirel’amour et la crainte de ceux qui le voient. Ses cheveuxsont de la couleur de la noisette dans sa maturité, lissesjusqu’aux oreilles, et à partir des oreilles bouclés, frisés(circinos crispos), avec des reflets bleuâtres et brillants, ilottants au-dessous des épaules; ils sont partagés endeux au sommet de la tête à la manière des Nazaréens.Son front est uni et très serein, avec un visage sans rideet sans tache, et le teint d’un bel incarnat. Son nez et sabouche sont sans défaut; sa barbe est abondante, de lacouleur des cheveux, point longue et (un peu) diviséeen deux au (milieu du) menton. Son air est simple etposé; ses yeux sont glauques et clairs. Il est terribledans ses réprimandes; doux et aimable dans ses avertissem*nts; de bonne humeur avec gravité. Il a pleuréquelquefois, mais il n’a jamais ri. Sa taille est droite, ses mains et ses bras beaux à voir. Sa conversation estgrave, brève et modeste. De sorte qu’on peut dire justementavec le prophète que c’est le plus beau des enfantsdes hommes.» — Voir l’énumération des manuscrits etl’Àpparatit* anticus dans Dobschùtz, Christusbilder, p. 308°-324°. UEpistola Lentuli se trouve en manuscritdans de nombreuses bibliothèques. Elle fut impriméed’abord dans la Vita Jesu Christi de Ludolphe le Chartreux, qui parut in-f", à Cologne, 1474, Proœmium, 14(t. i, p. 10, de l’édition de Paris, 1870), et à Nurembergen 1491 dans l’Introduction aux œuvres de saint Anselmede Cantorbéry. E. von Dobschùtz, Christusbilder, p. 309°310°, et L. Hain, Repertorium bibliographicum,-t. i, 1826, n. 1136, p. 126, ainsi que dans les Opuscula dumême docteur» sans date. Voir ibid. Plus tard, elle futreproduite dans YEcclesiastica historia per aliquot stttrdiosos et pios viros in urbe Magdeburgica, connuesous le nom de Centuries de Magdebourg, 13 in-8°>

Bâle, 1559-1574, t. i, p. 344. Elle a été souvent réimpriméedepuis, en particulier dans plusieurs collectionsde livres apocryphes du Nouveau Testament. — L’auteurde cette lettre s’était visiblement proposé de satisfaire lapieuse curiosité des fidèles, avides de détails sur lapersonne sacrée du Sauveur.

II. Opinions diverses sur la personne physique deJésus. — Dès les premiers siècles de l’Église, les Pèress’étaient demandé ce qu’était physiquement Notre-Seigneur; mais comme tout renseignement direct faisaitdéfaut, on eut recours aux prophéties. Isaïe, lui, 2, avait dit de lui: «Il n’a ni beauté ni agrément pourattirer nos regards, et son aspect n’a rien qui puissenous plaire.» Sans faire attention que cet oracle se rapportaità l’état dans lequel se trouvait le Messie pendantsa passion, plusieurs écrivains ecclésiastiques prirentces paroles pour le portrait même de Notre-Seigneur eten conclurent qu’il était sans beauté: àe1503ç, <oç aïrpaçori Ixrjpuatrov, dit saint Justin, Dial. cum. Tryph., 88, t. vi, col. 688, et même laid: tov Kûptov auTÔv tï)vo^iv «[<r/pbv ysyovévac, Stà’H<jatou to IIvsO[Aa [lapTVpei, dit Clément d’Alexandrie, Psedag., iii, 1, t. viii, col. 557; cf. Strom., vi, 23, t. ix, col. 381; Celse, dans Origène, Cont. Cels., vi, 75, t. xi, col. 1409, affirme que «Jésusétait, d’après ce que l’on dit, petit, laid, difforme», <S; çaat, fimpôv xa SixreiSèî -/.ai àïev^c ïjv. Saint Cyrilled’Alexandrie s’exprime dans le même sens, Glaphyr. inExod., i, 4, t. lxix, col. 396: «Le Fils a apparu sous unaspect très difforme,» ’Ev e"8e’. yàp néçrivev ô Yîbç tô XîavàxaXXsdTÔoTip. Cf. aussi saint Irénée, iii, 19, t. vii, col. 940( «hom*o indecorus» ). En Afrique, Tertullien parle dela même manière: «Adultus, dit-il de Notre-Seigneur, De patientia, 3, 1. 1, col. 1252, non gestit agnosci, sed contumeliosus (digne de contuméiie, difforme, voir la note, ibid.) insuper sibi est.» II répète la mêmechose en d’autres termes, Adv. Marc, iii, 17, t. ii, col. 344: «Si inglorius, si ignobilis, si inhonorabilis, meus erit Christus.» De même, Adv. Judmos, xiv, t. ii, col. 639: «ne aspectu quidem honestus;» De carneChristi, 9, col. 772: «Adeo nec humanae honestatis corpusfuit, nedum cœlestis claritatis.» Saint Augustin tient lemême langage, Enarr. in Ps. mu, 16, t. xxxvi, col. 489: «Ut hom*o non habebat speciem neque decorem… Ideoformam illam deformem carnis ostendens, etc.»

Cependant, en Egypte même, on avait commencé debonne heure à réagir contre cette opinion. Origène réfuteCelse, Cont. Cels., vi, 75-77. t. xi, col. 1413-1416, ens’appuyant sur le Psaume xliv, 4-5 et sur le miracle dela Transfiguration. Matth., xvii, 2. À partir du IVe siècle, la croyance que Notre-Seigneur avait été «le plus beaudes enfants des hommes» devint prédominante. c< Leseul aspect du Christ était rempli d’une grâce admirable, dit saint Jean Chrysostome, In Matth., Hom. xxvii, 2, t. lvii, col. 346; c’est ce que le prophète indique par cesparoles: Il était le plus beau des enfants des hommes.» Saint Jérôme dit à son tour: «Le Christ avait un regardqui lançait des rayons de feu et de lumière céleste, etla majesté divine brillait sur son front: Igneum quiddamatque sidereum radiabat ex oculis ejus, et Divinitatismajeslas lucebat in facie.» In Matth., xxi, 15, t. xxvi, col. 152. «Plus fort que l’aimant, il attirait tout à lui,» écrit le même saint docteur à un de ses correspondants.Epist., Lxv, 8, ad Princip., t. xxil, col. 627. «À l’extérieur, dit saint Bernard, le Christ était le plus beaudes enfants des hommes.» Serai. // inDom. i post Oct.Epiph., 1, t. clxxxiii, col. 157. «Selon le corps, ditsaint Thomas, III, q. xlvi, art. 6; q. liv, art. 1, ad3 um, leChrist avait une complexion parfaite, … rien de désordonnéet de difforme n’était dans son corps: Secundumcorpus, Christus erat optiine complexionatus… Nihilinordinatum et déforme fuerat in corpore Christi.»

Il se forma ainsi peu à peu un type de Notre-Seigneur, qui finit par être accepté au moyen âge sans contestation.

A vrai dire, il n’avait pour fondement aucun documentauthentique. Le langage de saint Irénée, Adv. hier., i, xxv, 6, t. vii, col. 685, et de saint Épiphane, Hser., xxvii, 6, t. xli, col. 373, lorsqu’ils parlent des Carpocratiensqui vénéraient un portrait de Jésus-Christ aveccelui de divers grands hommes, montre que ces Pèresne connaissaient aucun témoignage formel et authentiquesur la personne physique de Notre-Seigneur. Cf.aussi Eusèbe de Césarée, dans sa lettre à Constance(dans Labbe, Acta Concilii Nicasni II, ann. 787, art. vi, p. 494) et saint Augustin, De hœr., 7, t. xlii, col. 27.L’évêque d’Hippone dit, De Trinit., viii, 7, t. xiii, col.951-952, qu’on ignore quelle était la figure (faciès carnis)du Sauveur. On peut dire: forte talem habebat faciem, forte non talem, en d’autres termes, on ne peut faireque des hypothèses.

Toutefois malgré l’absence de documents, la pieuse curiositédes fidèles voulait avoir un portrait du Sauveur jil fut peint de bonne heure par des peintres religieux.De son côté l’imagination populaire ne resta pas inactive: elle se donna libre carrière, elle se fit peu à peu, un type idéal, qui après avoir passé de bouche en bouche, fut consigné par écrit. Saint Jean Damascène (vers676-760) nous a laissé un portrait graphique dé Notre-Seigneur.Epist. ad Théoph. imp., 3, t. xcv, col. 349.L’auteur du Livre des peintres (du mont Athos) le repritau XIe siècle. Kraus, Real-Encyklopâdie, t. ii, p. 15.Au XIVe, un historien grec, Nicéphore Calliste, Hist.eccl., i, 40, t. cxlv, col. 748, le développa, en s’appuyantsur la tradition populaire: «comme nous l’avons apprisdes anciens,» dit-il, col. 748. Tous ces premiers portraitssont écrits en grec. Un latin voulut, à son tour, faire aussi connaître la figure du Sauveur à ceux quiparlaient sa langue et la décrivit dans la lettre qui o-stconnue sous le nom d’Epistola Lentuli.

III. La lettre de Lentulus est une compositionapocryphe. — Le caractère apocryphe de cette lettre estindubitable. Les copistes ne savent trop quel titre donnerà son auteur prétendu; ce titre varie dans la plupart desmanuscrits qu’on en connaît; les uns l’appellent proconsul, d’autres gouverneur ou presses Hierosolymitanorum, etc.Leur embarras provient de ce qu’il n’y a jamais eu àJérusalem ni en Judée de gouverneur du nom de Lentulus.Il existait un presses ou un proconsul Syrise, et un procurator Judsese, mais on ne connut jamais aucunprseses Hierosolymitanorum, ni aucun proconsul Judmse.Bien plus, aucun procurateur de Judée ne s’est appeléLentulus. Les auteurs classiques nous ont conservéle nom de plus de quarante Lentulus; Cicéron, à lui seul, en mentionne dix-huit dans ses écrits. Dans ce nombre, quatre seulement ont vécu du temps de Tibère. L’und’eux, ^Eneas Lentulus Gætulicus, fut consul avec Tibèreen l’an 26, d’après Tacite, Ann., iv, 46, et, en 34, il commandales légions romaines dans la haute Germanie. Ilpourait avoir été en Judée entre l’an 26 et 33, d’aprèsSuétone, Caligula, 8, et Pline, Epist., v, 3, mais rien nele prouve, et il n’a pas été, en tout cas, procurateur deJudée, et il ne s’appelait pas Publius, mais Enée. D’ailleurs, un Romain n’aurait jamais pu employer plusieursdes expressions qu’on lit dans la lettre: propheta veritatis, filii honiinum; ce sont là des hébraïsmes et ledernier est emprunté au Ps. xliv, 3. La dénominationde Jésus Christus trahit aussi une époque postérieureet est empruntée au Nouveau Testament. Enfin, sans relever d’autres détails, notons que, si elle avait étéécrite par un procurateur de Judée, elle aurait étéadressée, non au Sénat, mais à l’empereur, parce quela Syrie, dont faisait partie la Judée, était une provinceimpériale, et non une province sénatoriale. «Il suffit dela lire, dit dom Ceillier, Histoire des auteurs ecclésiastiques, 1. 1, p. 498, pour être persuadé de sa supposition.»

IV. Date. — Aucun ancien écrivain ecclésiastique n’aparlé de la lettre de Lentulus, quoiqu’ils aient si souvent m

LENTULUS — LEOPARD

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cité les autres écrits apocryphes connus de leurtemps. On la trouve, comme nous l’avons dit plus haut, dans la Vita Jesu Christi de Ludolphe le Chartreux etdans l’Introduction aux œuvres de saint Anselme de Cantarbéry(1033-1109), où elle est accompagnée d’un portraitgraphique de la Sainte Vierge. Cette introduction commela. Vita Jesu Christi sont du xv «siècle. La lettre de Lentulusy a été jointe, mais elle n’y pas été mise par saintAnselme, et elle n’est pas l’œuvre de Ludolphe. LaurentValla (1406-1457) est le premier écrivain connu qui aitfait mention de cette pièce, en la déclarant apocryphe, dans sa célèbre dissertation De falso crédita et ementitaConstantini donatione declarnatio, composée vers1440. "Voir ses Opéra, in-f», Bâle, 1540, p. 786. Le manuscritd’Iéna qui contient VEpistola Lentuli porte à lafin ces mots: «Explicit Epistola Jacobi de Columpna, anno Domini 1421 reperit eam in annalibus Romæ inlibre antiquissimo in Capitolio ex dono PatriarchaeGànstantinopolitani.» Si l’on peut s’en rapporter à cettenote, la lettre aurait donc été envoyée de Constantinopleau xve siècle, comme présent à la cour romaine et unJacques Colonna, de l’illustre famille de ce nom, l’auraittrouvée en 1421 au Capitole et insérée dans les Annalesde Rome. Mais le patriarche de Constantinoplen’avait pu envoyer en Italie que des manuscrits grecset’le premier auteur de VEpistola Lentuli dut s’en servirnour la composer. Sa parenté avec le portrait tracé parNicéphore est incontestable: l’un et l’autre, ont puisé àdès sources communes. D’après E. von Dobschiitz, Christusbilder, p. 330**, elle est probablement pour lefond d’origine grecque, mais elle a été rédigée en latin, en Occident, au XIIIe ou au xiv» siècle; elle a reçu dequelque humaniste du xve ou du xvie siècle la formenouvelle sous laquelle elle s’est répandue partout dansl’Église latine. Quant au type décrit, Wilhelm Grimmconstate sa conformité, pour tous les points essentiels, avec le portrait Nie Notre-Seigneur, qui porte le nomd’Abgar (voir Abgar, t. i, col. 31), et qu’il reproduit enoouleur tel qu’il est conservé au Vatican. Christusbilder, dansses Kleinere Schriften, édit. G. Hinrichs, 8 in-8°, Giitersloh, 1881-1890, t. iii, p. 171, 183, et dans lesAbhandlungen der Akademie zu Jierlin, Plril., 1842, pi. et p. 150, 161. Ce portrait est aussi reproduit en couleurdans L. Glùckselig, Studien ûber Jésus Christus.Voir Jésus-Christ, fîg. 264, t. iii, col. 1423. — FrédéricMlinler, Die Sinnbilder und Kunstvorstellungen deralten Ckristen, in-4°, Altona, 1825, p. 9, fait remonter àtorti VEpistola Lentuli jusque vers l’époque de Dioctétien. «Telle que nous la possédons enjatin, dit F. X.Kraus, Real-Encyklopàdie der christlichen Alterthûmer, t. ii, 1886, p. 16, … elle ne peut être considérée queoomme un écho des siècles précédents. Je puis affirmerquelle est certainement traduite du grec, comme paraissentle démontrer aussi les diverses recensions, etqu’elle remonte à la même source où ont puisé saintJean Damascène, le Livre des peintres (du mont Athos)et’Nicéphore Calliste: l’accord, malgré certaines divergences, est, en plusieurs endroits, littéral.» Portraitspoints et portraits écrits ont ainsi une commune origine: ils-ne nous font pas connaître d’une manière authentiquele Sauveur tel qu’il a été, mais ils nous le montrenttel 1 que se l’est représenté la piété des fidèles.

V. Bibliographie. — Michel Neander, Apocrypha, BMë, 1567, p. 410; J. J. Grynæus, Monumenta S. Palruniorthodoxographa, in-f», Bâle, 1569; Jor. Reiskius, Exercitationes historicmdeimaginibusJesu Christian, ih-4° 3 Iéna, 1685; Christophe Mylius, Memorabilia bibiiothecœacadémies Ienensis, in-8°, Iéna, 1746, p. 301; J. Aîlb. Fabricius, Codex apocryphus Novi Testamenti, 2>édi, Hambourg, 2 in-8°, 1719, t, i, p. 391*-3Q2*; François’Vavasseur, S. J., Déforma Chrhti dum viveret interris, in-8°, Paris, 1648; Rostock, 1666, et dans sesOpéra omnia. in-f», Amsterdam, 1709, p. 317-341 (ne

parle pas de la lettre de Lentulus); N. Rigault, De pulchritudinecorporis D. N. Jesu, Christi, à la fin de sonédition des Opéra S. Cypriani, in-f», Paris, 1649, p. 235-246; Pierre Pijart, De singulari Christi JesuD. N. Salvatoris pulchritudine, assertio, in-12, Paris, 1651; J.-B. Carpzov, Programma: de oris et corporisJesu Christi forma Pseudolentuli, Joannis Damasceniac Nicephori prosopographise, in-4°, Helmstadt, 1774; J.’Ph. Gabier, In aulhentiam epistolæ Publii Lentuli, ad Senatum romanum de Jesu Christo scriptse, deuxprogrammes de 1819 et 1822; (G. Peignot, ) Rechercheshistoriques sur la personne de Jésus-Christ, sur celle deMarie, in-8°, Dijon, 1829, p. 11-32 (il reproduit, p. 96130, avec quelques additions, la Dissertation de domCalmet sur la beauté de Jésus-Christ) (BibliothèqueNationale, Réserve, H 2068 A); Grimouard de Saint-Laurent, Guide de l’art chrétien, t. ii, Paris, 1873, p. 205-289; H. Detzel, Christliche Ikonographie, 2 in-8°, Fribourg-en-Brisgau, 1894-1896, t. i, p. 76; Didron, Iconographie chrétienne, Histoire de Dieu, in-4°, Paris, 1843, p. 251 (déclare avec raison la lettre de Lentulusapocryphe, mais la tait remonter à tort aux «premierstemps de l’Église» ); W. K. Grimm, Die Sage vonUrsprung der Christusbilder, Berlin, 1843, et dans lesAbhandlungen der Akademie der Wissenschaften zuBerlin, Philolog., 1842, p. 160-161; Legis Glùckselig, Studienûber Jésus Christus und sein wahres Ebenbild, in-4°, Prague, 1863, p. 82^91; Ad. Harnack, Lentulus, dans Herzog, Real-Encyklopâdie; 2e édit., t. viii, 1881, p. 548; F. X. Kraus, Real-Encyklopâdie des christlichenAlterthùmer, 2 in-8°, Fribourg-en-Brisgau, 18821886, t. ii, p. 16; E. von Dobschûtz, Christusbilder(Texte und Vntersuchungen, t. xviii), Leipzig, 1899, Beilagen, p. 308**-329* F. Vigodroux,

    1. LÉOPARD##

LÉOPARD (hébreu: ndmêr, le nimru assyrien etle nim’r des Arabes; chaldéen: nemar; Septante: TOcpSaX’.; ; Vulgate: pardus), carnassier du genre Chat, long de 1 mètre à l m 50, haut de m 60 à 0°>80, et pourvud’un long pelage jaune sur le dos, blanc sur le ventre, avec des taches noires groupées circulairement en

Felis Leopardus.

forme de roses sur tout le corps. C’est le Felis leopardusou Leopardus varius des naturalistes (fîg. 48).On l’a souvent confondu, surtout dans l’antiquité, avecla panthère, Pardalis, qui a beaucoup de ressemblanceavec le léopard, mais s’en distingue par une taille engénéral moins grande, - des taches plus larges et moinsrapprochées et quelques détails anatomiques.’Au mêmegenre appartiennent d’autres carnassiers qui diffèrentpeu des précédents: le guépard, felis jubata, ou tigredes chasseurs, le chetah des Arabes, plus élancé que la 473

LÉOPARD

m

panthère, avec une tête plus petite et la peau d’un blancjaunâtre parsemée de taches noires et rondes; le lynx, l’élis lynx, quin’a que m 75 de long, porte un pelaged’un roux clair avec des mouchetures noires, et a unnaturel très féroce, et l’once, Felis uncia, qui a la queueplus longue que celle de la panthère et le pelage blanchâtreavec de grandes taches noires irrégulières. —Les léopards, ou les carnassiers similaires, ont été jadisabondants en Palestine. Tristram, The natural Historyof the Bible, Londres, 1889, p. 113, pense qu’ils ontdonné leur nom à Bethnemra, Num., xxxii, 3, 36, voirBethnemra, 1. 1, col. 1697, qui voudrait dire «maisondes léopards», appelée aujourd’hui Tell Nimrîm, sur lepassage du torrent de Nimrim ou des Léopards, qui sejette dans le Jourdain, sur la rive gauche, à douze kilomètresde la mer Morte. Voir la carte de Gad, col. 28.De tait, les léopards sont encore nombreux aujourd’huidans les forêts de Galaad, d’où ils font de grands ravagesparmi les troupeaux. On peut constater leurs tracesautour de la mer Morte, sur le Carmel et le Thabor,

Nègres du haut Nil couverts de peaux de léopards.Thèbes, XVIf dynastie.

D’après Lepsius, Denkmàler, Abth. III, pi. 117.

bien qu’ils soient rares en Galilée. On en rencontre souventdans les épais fourrés qui remplissent les ravinsaboutissant à la mer Morte, comme dans d’autresendroits pourvus d’eau vive et claire, dont ces animauxne peuvent se passer. Cf. de Saulcy, Voyage autour dela mer Morte, Paris, 1853, t. H, p. 148. D’ordinaire, ilsfuient l’homme, mais lui deviennent très redoutablesquand ils sont blessés ou excités par un long jeûne.C’est surtout la nuit qu’ils sortent de leurs repairespour se jeter sur les troupeaux et étrangler sur placeun grand nombre de bêtes, n’en prenant qu’une ensuitepour la dévorer à l’écart. Aussi est-on obligé d’enfermerles troupeaux dans des enceintes formées deiranchages épineux, pour les protéger contre les léopards.Les Bédouins ont un grand nombre de peauxde ces fauves, dont ils font des tapis ou dont ils parentleurs selles. Cf. Lortet, La Syrie d’aujourd’hui, Paris, 1884, p. 440. Le guépard ou chetah, moins terrible quele léopard, se voit quelquefois aux environs du Thaboret dans les montagnes de Galilée; il est plus abondant «n Galaad. Le l; nx, principalement le lynx caracal, setrouve aussi en Palestine, mais assez rarement. Tristram, The natural History, p. 111-114; Wood, Bibleanimais, Londres, 1884, p. 29-36. — La Sainte Écritureparle plusieurs fois du léopard en faisant allusion à sesdifférents caractères. Le Cantique des cantiques, iv, 8, appelle «montagnes des léopards» le Sanir et l’Hermon, où ces animaux habitaient comme dans les montagnes de Galilée. Le léopard joint la ruse à la forcepour attaquer sa proie. Il se cache ordinairement dansles broussailles épaisses, d’où il épie les autres animauxau passage, surtout quand ils vont pour s’abreuver. Dèsqu’il aperçoit sa proie, bœuf, mouton, chèvre ou autrequadrupède de cette espèce, il rampe vers elle avec lesondulations du serpent, et, parvenu à sa portée, il foudsur elle par un bond formidable, la terrasse et l’emporteà l’écart pour la dévorer. Le Seigneur dit à propos desIsraélites qui l’ont oublié, après s’être «rassasiés dansleurs pâturages»: «Comme un léopard, je les épieraisur la route.» Ose., xiii, 7. Jérémie, v, 6, dit des Juifsprévaricateurs: «Le léopard est aux aguets devant leursvilles, tous ceux qui en sortiront seront déchirés.» Leléopard est ici le Chaldéen qui va venir. «Ses chevauxsont plus rapides que les léopards,» Hab., i, 8, ilsarrivent par bonds formidables et seront en Judée avant

50. — Prêtre égyptien couvert d’une peau de léopard.D’après Lepsius, Denkmàler, Abth. III, pi. 232.

qu’on s’aperçoive de leur approche. Les médisants quidévorent les autres avec leur langue seront à leur tourdévorés comme par un léopard. Eccli., xxviii, 27. Aussipour qu’on voie un léopard couché inoffensif auprèsd’un chevreau, Is., xr, 6, faudrait-il un changement tel, que le règne du Messie pourra seul en produire unsemblable. Daniel, vii, 6, dans une de ses visions, décritsous la figure du léopard l’empire gréco-macédoniend’Alexandre. Voir Daniel, t. ii, col. 1273-1274. SaintJean compare aussi à un léopard la bête qu’il voit monterde la mer, Apoc, xiii, 2, et qui, selon quelquesauteurs, représenterait l’Antéchrist. Voir Antéchrist, t. i, col. 658. Enfin Jérémie, xiii, 23, pour stigmatiserles mauvaises habitudes qui étaient devenues, chez sesconcitoyens, comme une seconde nature, apporte cettecomparaison: «Un Éthiopien peut-il changer sa peauet un léopard ses taches?» Ce pelage élégant du léopardservait de parure chez les anciens. Des nègres du Haut-Nil, prisonniers de Ramsès II, sont représentés avec unpagne en peau de léopard ou de panthère (fig. 49}. Rosellini, Monumenti storici, pi. lxxxv. Cf. Wilkinson, Manners and Customs, Londres, 1878, t. i, p. 259, n» 13, et t. ii, fig. 619, col. 2009. La peau de léopard faisaitpartie du costume officiel de certains prêtres ou de per

gonnages accomplissant des rites particuliers (fig. 50). Cf.de Rougé, Notice sommaire des monuments de la galerieégyptienne, Paris, 1872, p. 36, 38, 39, 44; Wilkinson, Manners and Customs, 1. 1, p. 181-182; Maspero, Histoiredes peuples de l’Orient classique, Paris, 1895, 1. 1, p. 5355. Les léopards étaient chassés en Egypte, Wilkinson, Manners and Customs, t. ii, p. 90, et en Assyrie. Raw-’inson, Ancient monarchies, t. i, p. 223. Les Hébreuxn’étaient pas assez grands chasseurs pour poursuivre depareils animaux, et on ne voit nulle pari qu’ils aient utiliséles peaux de léopard comme vêtement ou ornement.

H. Lesêtre.

    1. LÈPRE##

LÈPRE (hébreu: sârâ’at; Septante: XÉTrpa: Vulgate: lepra), maladie grave causée par la multiplicationde bacilles spéciaux dans les tissus organiques (fig. 51).

I. Nature de la lèpre. — 1° Sa cause. — On aignoré jusqu’en ces dernières années la cause déterminantede la lèpre. C’est seulement en 1873 que le médecinnorvégien Hansen découvrit le microbe de lalèpre, le Bacillus leprse, et en 1881 que Neisser, deBreslau, trouva le moyen de le reconnaître et de l’étudier.

Lépreuse de Palestine d’après une photographie.

Ce bacille a la forme d’un petit bâtonnet, long de troisà sept millièmes de millimètre et épais d’un demimillième.Il est assez semblable d’aspect à celui de latuberculose. Il se multiplie étonnamment dans le milieuqui lui est favorable. Les bacilles s’agglomèrent entreeux de manière à former des amas ou tubercules: ilsfourmillent alors dans les tissus atteints et dans lesliquides qui en découlent. Mais c’est seulement parexception qu’on les rencontre dans le sang ou dans lessécrétions des glandes. Ce microbe est spécial à l’homme; il se montre absolument rebelle à la culture et il n’estpas inoculable aux animaux. Il faut même des circonstancesparticulières pour qu’il puisse être inoculé àl’homme naturellement ou artificiellement.

2° Conditions favorables à sa propagation. — Lalèpre se rencontre sous tous les climats: elle sévit avecautant de violence en Norvège et dans les provinces baltiquesque dans les îles équatoriales. Les pays à climattempéré semblent cependant plus réfraclaires à ce malque les contrées de froid ou de chaleur extrêmes. Leclimat n’a donc qu’une influence restreinte sur la lèpre.L’alimentation en a bien davantage. On a constaté que

la lèpre est de beaucoup plus fréquente dans tes lies etsur les côtes maritimes que dans l’intérieur des continents.De sérieux observateurs en ont conclu que si lemal éprouve ainsi les populations ichthyophages, c’estqu’elles se nourrissent trop souvent de poissons plusou moins en décomposition ou de salaisons avariées.On sait, d’autre part, que diverses affections cutanéessont fréquemment engendrées par l’usage des poissons, des crustacés ou des mollusques. De lait, la lèpre abandonneprogressivement les îles Féroë, depuis unesoixantaine d’années, c’est-à-dire depuis que les insulairesont renoncé à la pêche et à l’usage de la chairde baleine pour se livrer à l’agriculture. Enfin, la misèreparaît favoriser éminemment la propagation de lalèpre, à cause des conséquences qu’elle entraîne: malpropreté du corps, des vêlements, des habitations, insuffisance ou nature très malsaine de la nourriture, défaut absolu d’hygiène, etc. Aucune de ces causes, cependant, ne produit la lèpre par elle-même; elles nefont que mettre le sujet en état de moindre ou de nullerésistance en face du bacille, s’il arrive jusqu’à lui. IIfaut en dire autant de l’hérédité; elle ne transmet pasla lèpre, mais seulement les dégénérescences favorablesau développement de la lèpre.

3° Ses caractères. — Les lésions de la lèpre n’atteignentd’abord que deux organes, les nerfs ou la peau.De là, deux variétés de lèpre, la lèpre des nerfs, appeléeantonine ou anesthésique, et la lèpre de la peau, appeléeléonine, noueuse ou tuberculeuse. Ce ne sont pas là, d’ailleurs, deux maladies différentes, mais seulementdeux manifestations distinctes du même mal, qui souventse succèdent et habituellement coexistent. — Lalèpre tuberculeuse apparaît tout d’abord sous forme detaches pâles ou colorées de la peau, bientôt suivies depetitesnodosités ou tubercules qui grossissent peu àpeu et vont jusqu’à atteindre le volume d’une noix.Comme c’est surtout sur le visage que se multiplientces tubercules, l’aspect du malade devient hideux parlaressemblance vague de sa face avec celle du lion, d’où le nom de «léonine» donné à cette forme de lalèpre. En même temps, les doigts se déforment et sontbientôt hors d’usage. Le lépreux peut demeurer en cetétat pendant des années, avec des accès violents maisintermittents. À un moment, les tubercules remplis debacilles dégénèrent en ulcères sanieux et fétides, quivont en se multipliant; les yeux sont rongés et sevident, les phalanges des doigts se détachent, parfois lamain ou le pied tombent à leur tour, la bouche et le nezsont complètement rongés, le malade se sent consumerlentement, jusqu’à ce que les organes essentiels soientatteints et que le malheureux périsse soit par suffocation, soit par épuisem*nt, soit par l’altération progressivede son organisme tout entier. — La lèpre nerveuseou anesthésique complique quelquefois la précédente ouapparaît seule la première. Elle commence aussi parunetache sur la peau, puis des ampoules se forment etcrèvent en laissant échapper un liquide répugnant. Destroubles graves se produisent dans la sensibilité et lamotilité et le malade ne sent plus ce qui se passe dan» certaines parties de son corps. Par contre, il souffre, dans d’autres parties, des douleurs terribles et sans intermittence, qui peuvent durer même des années. Le» moindres contacts deviennent alors intolérables. Lesmêmes phénomènes de destruction organique que dansla lèpre tuberculeuse se succèdent progressivement. Lemalade ne peut plus se servir de ses membres, mêmepour porter ses aliments à sa bouche. De vastes ulcèresles dénudent jusqu’aux os. En proie à une soif inextinguible, le lépreux tombe dans un marasme épouvantableet, devenu indifférent à tout, il passé ses jours assis oucouché, sans un mouvement, sans uné~ plainte, attendantla fin de son interminable agonie. Souvent, heureusem*ntpour lui, l’épuisem*nt, l’ulcération des voies

respiratoires ou des complications provenant d’autresmaladies amènent la mort. Il est même assez fréquentque le lépreux meure d’une autre maladie que la lèpre.Il faut six ans, huit ans et même dix ans à la lèpre tuberculeuse, qui est la plus grave, pour tuer d’elle-même lemalade. La lèpre anesthésique subit parfois de longsarrêts, qu’on pourrait prendre pour la guérison; mais c’estpour reparaître presque infailliblement plus ou moinslongtemps après. La rechute peut ne se produire qu’aubout de vingt ou trente ans et même plus. Ces longsarrêts ne présentent nullement des périodes d’incubationréelle, mais seulement des états de microbisme latent, dans lesquels le bacille attend que les conditions favorablesà son développement viennent à se reproduire.4° Sa contagiosité. — De toute antiquité, la lèpre a étéregardée comme contagieuse. Une maladie aussi essentiellementmicrobienne doit avoir, en effet, une facilitéextrême à se propager. Sa contagiosité est cependantloin d’être aussi terrible qu’on pourrait l’imaginer. Lesinoculations elles-mêmes ne réussissent pas toujourssur l’homme. C’est pourquoi beaucoup de médecins dehaute autorité ne regardent plus la lèpre comme contagieuse.On cite un bon nombre de faits à l’appui decette manière de voir. Dans certains mariages, le conjointnon lépreux reste sain, malgré une longue cohabitation.Souvent, en dépit d’une promiscuité continuelle, les parents ou les amis du malade demeurentindemnes. On le constate au Japon, où les lépreux vontet viennent en toute liberté, au milieu de la population.A Paris, on n’isole pas les lépreux dans les hôpitaux, etaucune contagion n’en résulte. D’autre part, les exemplesde contagion sont indéniables. Ceux qui soignent leslépreux n’échappent pas toujours à leur mal; tel lePère Damien, à Molokaï. En 1831, dans la Guyane anglaise, 431 lépreux nègres furent séquestrés sur unterritoire occupé par des tribus indiennes. Celles-ciquittèrent la région, à l’exception des Warrows qui, restés en contact fréquent avec les lépreux, furent infectésà leur tour. Il paraît bien enfin que c’est parcontagion que la lèpre s’est répandue à travers lemonde, tandis que, quand on procède par la méthoded’isolement, la maladie finit par disparaître. Les paysd’Europe qui ont appliqué cette méthode avec le plusde rigueur et de suite sont aujourd’hui à peu prèsdébarrassés du mal. En Norvège, où l’isolement n’estimposé que depuis 1885, la lèpre diminue, tandis qu’auparavantelle se maintenait avec intensité. Ces faits, etbeaucoup d’autres que citent les auteurs qui ont écritsur la lèpre, paraissent contradictoires. Ils s’expliquentcependant. Dans les pays où la lèpre est combattuedepuis longtemps et où le bacille a perdu de sa virulence, la contagion est presque nulle; elle est active, au contraire, dans les pays où la lèpre est endémiqueet peu efficacement combattue. Les conclusions suivantess’imposent aujourd’hui: «La léprose ne sauraitavoir plusieurs origines, puisqu’elle est exclusivementhumaine… Elle est caractérisée par un élémentpathogène, le bacille de Hansen; or ce bacille ne peuts’éveiller spontanément, puisque les générations spontanéesn’existent pas; c’est donc chez le lépreux, etuniquement chez le lépreux, qu’est la source de lamaladie. Donc, la léprofe visnt toujours du lépreux, directement ou non. La k’prose a ravagé le monde entier; elle frappe encore de nos jours des centaines demille de victimes; donc, elle se répand, elle se propage.» Dom Sauton, La léprose, Paris, 1901, p. 131132. La contamination se produit très probablementpar les muqueuses nasales et par les plaies accidentellesdes téguments, ce qui fait que les peuplades quimarchent pieds nus sont plus exposées à recueillir lesbacilles par les blessures qui entament fréquemmentl’épiderme et le derme de ces membres. Les folliculespileux servent aussi de porte d’entrée aux microbes;

mais c’est surtout par les vaisseaux sanguins et lymphatiquesqu’ils s’introduisent dans l’organisme. Leurdéveloppement dépend de leur virulence et surtout del’état de réceptivité du sujet atteint. Il y a tout lieu d&croire qu’ils agissent alors par leurs toxines, c’est-à-direpar les substances qu’ils sécrètent, et non par leursimple présence dans les téguments ou les viscères.Les bacilles peuvent être très nombreux, mais mortsou inertes; ils ne sont nuisibles que quand leur virulencecommence à s’exercer ou qu’elle retrouve sonactivité après l’avoir perdue.

5° Ses remèdes. — La lèpre a été jusqu’aujourd’huiconsidérée comme incurable. Le malade qui en est atteint

52. — Visage et main du lépreux Petre J. Badea, berger âgé23 ans. D’après V. Bâties, Die Lepra, in-8° Vienne, 1901, pi. 4 et 5.

s’affaiblit peu à peu_et meurt fatalement de consomption.On a essayé toutes les médications, la cautérisation oul’ablation chirurgicale des parties contaminées, l’inoculalionde virus divers, même de venins de serpents, soitpour enrayer le développement de la lèpre, soit pour luisubstituer un autre mal moins rebelle aux efforts de lamédecine. Ces diverses médications ont parfois exercéuneinfluence heureuse, mais éphémère, sans qu’on soiten droit d’affirmer qu’il y avait connexion entre l’actiondu remède et l’amélioration constatée. Le remède efficacene viendra probablement que quand on aura trouvél’agent destructeur du Bacillus leprse. Malheureusem*nt^jusqu’à ce jour, ce microbe n’a jamais pu être cultivé

avec succès, ni dans des organismes vivants, ni dansles substances qui conviennent le mieux à la multiplicationet au traitement des autres microbes. — Si la médecinene peut guérir lalèpre,» il est un fait d’expérience, c’est que souvent un climat sain, une alimentation choisieet la propreté semblent suffire pour produire desrémissions de deux, cinq, dix, quinze, vingt années, équivalant à une guérison.» Dom Sauton, La léprose, p. 445. Ces sortes de guérisons spontanées ont été constatées’de temps en temps, même dans les pires conditionshygiéniques. On a trouvé récemment, dans l’infecteléproserie de Siloàm, près de Jérusalem, plusieurs malheureuxchez lesquels la lèpre était arrêtée depuisquinze et vingt ans, et qu’on aurait pu rendre à la vieordinaire sans aucun inconvénient. Quand la maladiearrive à cet état neutre, le lépreux ne garde plus que lescicatrices de ses plaies antérieures, comme du restegarde les siennes celui qui a eu à subir des blessures oudes brûlures. Si le lépreux meurt pendant cette périoded’inaction microbienne, on peut croire qu’il a été radicalementguéri de sa lèpre. Il n’en était rien cependant; les bacilles pouvaient toujours reprendre leur virulenceà un moment donné.

6° Sa propagation dans le monde. — C’est dans lePentateuque que se trouve la mention la plus ancienneet la plus détaillée de la lèpre. L’Egypte paraît avoir étéle berceau de ce mal, Lucrèce, De nat. rerum, vi, 11-12, en attribue l’origine à l’action du Nil. Les Hébreuxemportèrent avec eux la lèpre à leur sortie d’Egypte. Unroman égyptien, qu’enregistre Manéthon, Eistoric.Grsec. fragm., édit. Didot, t. ii, p. 578-581, fait desHébreux un ramassis de lépreux que les Égyptiensauraient chassés des bords du Nil. Cf. Justin, xxxvi, 2; Tacite, Hist., v, 3; Maspero, Histoire ancienne des peuple» de l’Orient classique, Paris, t. H, 1897, p. 449-450.Josèphe, Cont. Apion., i, 26, s’élève avec raison contrecette allégation. Les Hébreux n’avaient pas la lèpre avantde venir en Egypte, car il n’en est nullement questiondans l’histoire des patriarches; mais c’est en ce paysqu’ils furent contaminés au contact des indigènes. Lesanciens auteurs signalent également l’Inde comme l’un desfoyers de la lèpre. Ctésias, Persic, 41; Hérodien, I, 1, 38.Mais là encore elle était probablement un legs des Egyptiens.Les Phéniciens furent contaminés à la même sourceque les Hébreux: ils semèrent le mal dans les pays aveclesquels ils avaient de fréquents rapports commerciaux.Les Syriens le gagnèrent rapidement, au contact directdes Égyptiens, des Hébreux ou des Phéniciens. La lèpresévit chez les Israélites pendant tout le cours de leurhistoire. La dispersion des Juifs, les campagnes desGrecs et des Romains en Asie favorisèrent sa propagatiouen Occident. La conquête arabe et ensuite les croisadescontribuèrent à raviver le mal dans nos pays. Cf.G. Kurth, La lèpre en Occident avant les croisades, dansle Congres scient, internat, des catholiques, Scienceshistoriques, Paris, 1891, p. 125-147. Il n’a cédé depuislors qu’aux précautions prises pour l’isolement des lépreux.En Orient, les lépreux sont encore assez nombreuxaujourd’hui. À Jérusalem, ils ont une maison derefuge dans laquelle, en 1888, ils étaient près d’une cinquantaine, vivant du pain et de l’eau que leur fournitle gouvernement et des aumônes que leur accordent lespassants. Cf. E. Le Camus, Notre voyage aux pays bibliques, Paris, 1890, t. i, p. 375-376. La léproserie turqueest située à Siloam. Il y en a encore deux autres à Ramlèhet à Naplouse. Le séjour des autres villes et villagesest interdit aux lépreux. On a remarqué que ces malheureuxsont tous des paysans, venant de la campagne, et que les habitants des villes de Palestine, malgré lesdéplorables conditions hygiéniques dans lesquelles ilsvivent, ne sont jamais atteints par le terrible mal. Lortet, La Syrie d’aujourd’hui, Paris, 1884, p. 305; cf. domSauton, La léprose, p. 64-G6.

7° Les maladies similaires. — On a longtemps confonduavec la lèpre un certain nombre d’affections cutanées, telles que scrofules, dartres, ulcères de divergenature et d’autres maladies qui sont le fruit de l’inconduiteet dont les stigmates ressemblent parfois extrêmementaux pires manifestations de la lèpre. On a rangéparmi les espèces de la lèpre l’éléphantiasis, dont leseffets sont analogues. Voir Éléphantiasis, t. ii, col.1662; Pline, H. N., xxvi, 5; C. Celse, De re medic., iii, 25; Arétée, Morb. diut., ii, 13. Les Grecs appelaientéléphantiasis la lèpre elle-même. Sous le nom de dartres, on a aussi désigné différentes maladies de peauque produisent les causes les plus diverses, ingestion desubstances acres, suppression brusque de certaines évacuations, débilité générale, action des parasites, hérédité, contagion, etc. Parmi ces maladies qui empruntentdes caractères extérieurs à la lèpre, il faut signalerl’eczéma, maladie éruptive assez voisine de l’impétigo, voir Impétigo, col. 844; l’érysipèle, mal épidémique, dû à l’action de micro-organismes végétaux et produisantsur la peau des taches rouges à rebords saillants; l’exanthème, se manifestant par des accidents superficiels, taches, éruptions ou ulcérations; là gale, voir Gale, col. 82; la gourme ou maladie cutanée de l’enfance; lepityriasis, la lèpre des Grecs, que caractérisent dessécrétions abondantes de l’épiderme; le psoriasis, danslequel se forment sur quelques parties du corps, spécialementaux articulations, des squames d’un blancnacré qui se détachent; la rougeole, qui s’annonce àl’extérieur par des taches rouges de forme et de dimensionsvariées; la scarlatine, caractérisée par de largesplaques d’un rouge écarlate sur presque toute la surfacedu corps; la teigne, voir Teigne. La syphilis surtoutet les maladies du même ordre ont été confondues avecla lèpre chez tous les anciens et jusqu’au XVIe siècle.La syphilis est une maladie cutanée contagieuse, quidoit son origine à l’inconduite. — Sur la lèpre, voirF. Pruner, DieKrankheitendes Orients, ih-8°, Erlangen, 1847, p. 163; Trusen, Die Sitten, Gebrâuche undKrankheiten der alten Hebrâer, 2e édit., Breslau, 1833; H. Leloir, Traité pratique et théorique de la lèpre, Paris, 1886; Zambacopacha, État de nos connaissance, actuelles sur la lèpre, dans la Semaine médicale, Paris, 10 juin 1893; M. Lefebvre, La lèpre, dans la Revue desquestions scientifiques, Bruxelles, avril 1894, p. 437-479; Danielsen et Boeck, Traité de la Spédalskhed, Paris, 1898; A. Dastre, Lèpre, dans la Revue des Deux Mondes, Paris, 1° juillet 1901, p. 198-218; D’dom Sauton, Laléprose, Paris, 1901.

II. La législation MOSAÏQUE SUR LA LÈPRE. — 1° Diagnosticde la lèpre. — Le Lévitique, xiii, 2-46, indiqueminutieusem*nt les signes auxquels on reconnaît lalèpre et les précautions à prendre en conséquence. —1. Lèpre en général. Lev., xiii, 1-8. L’homme qui aurasur le corps une tumeur (sé’êf, o-jXtj aTHJuxciaç Tï)XavyYJç, «cicatrice de marque brillante,» diversus color, unepartie qui n’est pas de même couleur), une dartre (sajmhaf.pustula), ou une tache blanche (bahérét, lucensquippiam) qui ressemblera à une plaie de lèpre, devrase présenter devant Aaron ou l’un de ses fils, par conséquentdevant un prêtre de rang supérieur, auquel lamultiplicité des cas donnera une expérience suffisante.Le prêtre examinera la plaie: si le poil de la plaie ablanchi et si la peau forme à cet endroit une dépression, c’est la lèpre. Si la peau présente une tache blanche{bahérét, Xsûxï), lucens candor) sans dépression et sanscoloration blanche des poils, le malade est mis en observationpendant sept jours. Si au bout de ce temps aucunemodification ne s’est produite, on attend encore septjours. Si alors la plaie est devenue sombre L (kêhâh, à[iaupdt, obscurior) et ne s’est pas étendue, ce n’est pasla lèpre, mais une dartre (sapahat, arijuxat’a, scabies).Le malade n’a qu’à laver ses vêtements. La plaie pour

tant pourra s’étendre par la suite. Ce phénomène obligeraà un nouvel examen et l’extension de la plaie seraun nouveau signe de la lèpre. — 2. Lèpre sous-cutanée.Lev., xiii, 9-17. Quand on reconnaîtra sur la peau unetumeur blanche x se’ê{-lebànâh, oùXj] Xeûxi], color albus), avec coloration des poils en blanc et apparence de chairvive, c’est une lèpre invétérée. Si au contraire l’éruptionde couleur blanche couvre tout le corps de la tête auxpieds, ce n’est pas la lèpre. Elle ne surviendrait enpareil cas que si la chair vive commençait à apparaître àtravers l’éruption blanche. — 3. Lèpre après ulcère.Lev., xiii, 18-23. Quand un ulcère a été guéri et que surla cicatrice apparaît une tumeur blanche ou une tached’un blanc rougeâtre, le prêtre doit l’examiner. Une dépressionde la peau et la coloration en blanc des poilsindiqueront que la lèpre a envahi l’ulcère. S’il n’y a nidépression ni poils blancs, le malade sera mis en observationpendant sept jours. Si au boutde ce temps la taches’est étendue, c’est encore la lèpre; sinon, c’est simplementla cicatrice de l’ulcère.— 4. Lèpreaprès brûlure. Lev., xiii, 24-28. Le prêtre doit procéder exactement de même quandil y a eu une brûlure suivie de cicatrice. L’ulcère et labrûlure, en mettant la chair à nu, facilitaient l’inoculationde la lèpre, dans un pays où elle était endémique; aussifallait-il surveiller de près les cicatrices de ces plaies. —5. Lèpre du cuir chevelu. Lev., xiii, 29-37. Celui qui aune plaie à la tête, sous les cheveux ou sous la barbe, doit aussi être examiné. S’il y a dépression et poils jaunâtreset minces, c’est la teigne (né(éq, 9p «0<j|i.a, inocula)appelée lèpre de la tête ou de la barbe. Quand il n’y ani dépression de la peau ni décoloration des poils, lemalade est mis en observation durant sept jours. S’il n’ya pas de modification apparente, le malade se rase aubout des sept jours, sans cependant toucher à la placeatteinte de la teigne. Au bout de sept autres jours, onl’examine encore. Si la teigne ne s’est pas étendue surla peau, le malade n’a qu’à laver ses vêtements et n’estpas impur. Si au contraire la teigne s’est étendue, celasutfit pour que l’impureté soit déclarée. Il s’agit ici dela teigne, maladie très distincte de la lèpre, puisquecette dernière respecte le cuir chevelu. Cf. domSauton, La lêprose, p. 364. — 6. Fausse apparence de lèpre. Lev., xm, 38, 39. Les taches blanches (béhârôt lebânâf, «ùfi<j(tata aÙYâÇovta Xsuxav6îÇ<mix, «éclats brillants blanchâtres,» candor) sur le corps, quand elles deviennentd’un blanc sombre (kêhôf lebânôf, subobscurus albor), indiquent une affection qui n’est pas la lèpre (bohaq, àXtpôç, macula). — 7. Lèpre des chauves. Lev., xiii, 40-43.Quand un chauve a sur la tête une plaie d’un blancrougeâtre, comportant une tumeur (ie’êl) d’un blancrougeâtre semblable à celles que la lèpre produit sur lecorps, ce chauve est un lépreux. — 8. Évolution dessignes de la lèpre. On voit que l’auteur sacré distinguedifférents degrés dans le développement des signes de lalèpre ou des maladies similaires: tout d’abord apparaîtla tache ou tumeur blanche, qui par elle-même n’estpas caractéristique de la lèpre; puis la tache évolue tantôtvers le blanc sombre, et alors ce n’est pas la lèpre, tantôt vers le blanc transparent, laissant voir la chairvive, et prenant en conséquence une teinte rougeâtre, ce qui caractérise la lèpre. Le mot àXtpdi; par lequel lesSeptante désignent le mal appelé bohaq en hébreu, Lev., xm, 39, est, dans Hippocrate, Aphorism., 1248, le nomd’une dartre blanche et farineuse; le mot Xe-Jxr], Lev., xm, 4, 10, est dans les auteurs grecs le nom de la lèpreblanche. Hérodote, i, 138; Aristote, Générât, animal., v, 4, etc. Le législateur prescrivait que ces différentssignes fussent examinés avec grand soin. Dès leur premièreapparition, celui qui était atteint devait se présenterau prêtre, sans avoir le droit de diagnostiquer lui-mêmesa maladie; les deux périodes consécutives desept jours permettaient aux signes extérieurs de se développersuffisamment pour être sûrement reconnus,

et, en cas de retour offensif, le malade avait à se représenter.— Moïse base le diagnostic de la lèpre sur dessignes facilement reconnaissables. Les savants d’aujourd’huirangent aussi parmi les symptômes de la lèprel’apparition de taches qui vont en grandissant, jusqu’àdépasser en largeur la paume de la main, et qui ont descolorations variées, d’un rouge pâle ou vineux, parfoislivides ou violacées, puis d’un brun fauve et cuivré etd’un gris ardoise ou noir. Toutefois «il est certain queMoïse n’a jamais eu l’intention de faire un traité de pathologie, qu’il a parlé le langage du temps et que, parconséquent, il englobait, sous le nom de lèpre, toutes lesmaladies que l’on confondait alors avec elle: la gale, lepsoriasis, la teigne, la syphilis, etc. D’autre part, l’étudeattentive du texte mosaïque, les caractères attribués àcette maladie, qui s’attaque non seulement à l’homme, mais aussi aux animaux, aux vêtements, aux maisons, cette étude, dis-je, ne permet pas de croire que Moïseparlait uniquement de la léprose, en tant qu’espècenosologique bien déterminée. Il semble même que, leplus souvent, la description des symptômes et les prescriptionss’adressent à une maladie telle que la syphilis, et il est démontré aujourd’hui que la syphilis existait dutemps des Hébreux». Dom Sauton, La léprose, p. 4.

2° Précautions imposées aux lépreux. — Moïseprescrivit aux lépreux l’isolement; c’était le moyen leplus simple et le plus efficace pour arrêter la propagationdu mal. Le lépreux, déclaré impur à la suite del’examen fait par le prêtre, devait se retirer de la sociétéde ses semblables. Pour qu’on le reconnût et qu’on pûtl’éviter, il portait des vêtements déchirés, gardait la têtenue, se couvrait la barbe de son mante au et criait auxpassants: tâmê’, tâmê’, «impur impur!» Il habitaitseul, dans un endroit isolé. Lev., xih 1-46; Num., v, 2-4; xii, 14, 15. Cet isolement avait pour but d’évitertout danger de contagion. Il n’était pas défendu cependantaux lépreux d’habiter ensemble pour s’entr’aider.Les Juifs pensaient que l’accès des villes enceintes demurailles au temps de Josué était seul interdit auxlépreux. Dans les derniers temps ceux-ci pouvaientmême fréquenter les synagogues, à condition d’y entreravant les autres, de s’y asseoir à part et d’en sortir lesderniers. C. Iken, Antiquitates hebraicse, Brème, 1741, p. 266; Negaim, xiii, 12. Mais ils n’étaient pas admisdans Jérusalem. Josèphe, Bell, jud., V, v, 6. — Quandun prêtre était atteint de la lèpre, il lui était défendu demanger des choses saintes, c’est-à-dire des alimentsprovenant des sacrifices. Lev., xxii, 4. — Dans le Deutéronome, xxiv, 8, il est encore recommandé de bienobserver toutes les prescriptions relatives à la lèpre etde suivre exactement ce que diront les prêtres et leslévites. La loi qui commande aux juges de déférer autribunal de Jérusalem les cas embarrasants, rangeparmi ces cas, d’après la Vulgate, la distinction «entrelèpre et lèpre». Deut., xvii, 8. Le texte hébreu ditseulement «entre plaie et plaie». Les plaies, coups, blessures, etc., étaientdu ressort des tribunaux composésde lévites et d’anciens, tandis que, seuls, les lévites etles prêtres avaient charge d’examiner la lèpre.

3° Purification du lépreux. — 1. La guérison. — Letexte de la loi suppose le lépreux «guéri de la plaie dela lèpre», nirpd’néga’-hassâra’at, IStou r| âtpr, t-/|cXéwpaç, lepram esse mundalam. Il est certain d’autrepart que la lèpre est rebelle à tout remède et ne s’arrêteque spontanément et pour un temps. La guérison dontparle le texte sacré doit donc s’entendre tout d’abord desfausses lèpres, c’est-à-dire des dermatoses qu’il n’étaitpas possible aux lévites de distinguer d’avec la lèpreproprement dite, et qui guérissaient au bout d’un certaintemps, soit d’elles-mêmes soit par application deremèdes. Il faut ensuite l’entendre de ces arrêts prolongésqui se constatent dans l’activité du mal, et quipeuvent durer de longues années. Pendant ces périodes,

le malade ne présente d’autres symptômes lépreux nuela défiguration ou la déformation des extrémités, produitespar des accès antérieurs. Bien que ces arrêts neconstituent jamais des guérisons radicales, ils rendentle commerce habituel des lépreux absolument inoffensif.On comprend donc que le législateur hébreux les aittraités pratiquement comme des guérisons. Il constateque la plaie (néga’), c’est-à-dire la chair à vif, n’est plusvisible et qu’une couleur uniforme de la peau a succédéà la couleur sanguinolente formant tache sur une surfaceblanchâtre. Cette constatation lui suffit pour être assuréque le mal n’a plus son activité contagieuse et que lemalade peut impunément rentrer dans la compagnie deses semblables. Il eût été souverainement dur et inutilede séquestrer le lépreux, même pendant la périodeinoffensive de son mal. Il restait d’ailleurs à celui-cil’obligation de se représenter devant les prêtres, dèsque les symptômes dangereux reparaissaient.

2. La purification. — Quand le prêtre avait constatél’état satisfaisant du lépreux, il procédait à sa purificationlégale, qui était assez compliquée. Elle comprenaitune aspersion symbolique, des précautions hygiéniqueset un sacrifice. La lèpre était considérée comme unesorte de mort, qui excluait le malade de la vie civileet de la vie religieuse. Il était donc naturel que le ritede purification symbolisât le retour à cette double vie.Voilà pourquoi la première partie de la purification s’accomplit «hors du camp», et l’autre «devant Jéhovah», àl’entrée du tabernacle. Lev., xiv, 3, 11. — a) Aspersion.Le prêtre, s’étant transporté hors du camp ou de la ville, fait prendre deux petit* oiseaux (sipôrîm, ôpvc’Oia, passeres) parmi ceux qui sont purs, un morceau de bois deCèdre, un lien cramoisi et de l’hysope. Il immole un desoiseaux au-dessus d’un vase rempli d’eau vive, de manièreque le sang se mêle à cette eau. Ensuite il trempel’oiseau vivant et les trois autres objets dans ce mélange, en asperge sept fo^s le lépreux et rend la liberté à l’oiseauvivant. Le prêtre n’agit pas ici comme sacrificateur, mais comme représentant de la société civile, et l’immolationde l’oiseau n’est pas un sacrifice, puisqu’elle n’estpas faite devant! e tabernacle. Mais ce sang, cette eauvive, ce bois de cèdre, ce cramoisi et cet hysope sontdes symboles de vie et de pureté. Voir Couleurs, t. ii, col. 1070; Hysope, t. iii, col. 796. L’oiseau trempé dansle mélange de sang pur et d’eau vive figure le lépreuxpurifié et rendu à la liberté, — b) Précautions hygiéniques.Aprèscette aspersion, le lépreux lave ses vêtements, rase ses poils et prend un bain. Il peut dès lors rentrerdans le camp ou dans la ville, mais ne doit pénétrerdans sa demeure que le huitième jour. Là veille, c’est-à-direle septième jour, il a dû renouveler les précautionsprises le premier jour. Le but de ces purifications physiquesse comprend de lui-même; les moindres tracesdu mal devaient disparaître. Cf. Hérodote, ii, 37. ïl està remarquer, dans le poème de Gilgamès, que le hérosatteint de la lèpre a aussi à se laver dans l’eau de la meret à changer sa bandelette et son pagne, Haupt, Dos babylonischeNimrodepos, Leipzig, 1884, p. 146. — c) Lesacrifice. Il a pour but de réintégrer le lépreux dans lasociété religieuse. Le huitième jour, le lépreux guéri seprésente au prêtre devant le sanctuaire avec deuxagneaux, une brebis d’un an, trois dixièmes d’éphi deileur de farine pétrie à l’huile, et un log d’huile. Leprêtre immole un des agneaux pour le délit et l’offreavec le log d’huile. Puis il met du sang de cette victimeau lobe de l’oreille droite, au pouce de la main droiteet à l’orteil du pied droit du lépreux. Ayant versé l’huiledans sa main gauche, il en prend de sa main droite, fait sept aspersions devant le Seigneur et met de cettehuile aux trois endroits où il a déjà mis du sang sur lecorps du lépreux; il lui verse ensuite le reste de l’huilesur la tête. Enfin, il offre la brebis eu sacrifice pour lepéché et l’autre agneau en holocauste. — Si celui qui

est purifié est trop pauvre pour se procurer tout ce quiest prescrit, il ne présente qu’un seul agneau pour ledélit, un seul dixième d’éphi de fleur de farine, le logd’huile, et deux touterelles ou deux pigeons à la placedelà brebis et dû second agneau. Les mêmes cérémoniessont d’ailleurs accomplies avec ces victimes plusmodestes. Lev., xiv, 1-32. — Ces onctions de sang etd’huile indiquent à la fois la purification du lépreux etune sorte de consécration par laquelle lui est rendu ledroit d’entendre les paroles de la loi divine, de prendrepart aux choses saintes et de venir au sanctuaire duSeigneur. Les sacrifices pour le délit, pour le péché, etl’holocauste sont l’exercice même du droit rendu aulépreux de se servir des moyens communs pour implorerla miséricorde de Dieu et lui rendre ses hommages. Cf.Bâhr, Symbolik des mosaischen Cultus, Heidelberg, 1839, t. H, p. 512-522, et, dans la Mischna, le traité Negaim, vi, 3. Dans le temple d’Hérode, les cérémonies dela purification des lépreux s’accomplissaient dans la courou chambre des Lépreux, située à l’angle sud-ouest duparvis des femmes. Cf. Ezech., xlvi, 22; Negaim, xiv, 8.III. Les lépreux de la Bible. — Quand les Hébreuxsortirent d’Egypte, il y avait certainement parmi euxun certain nombre de lépreux, victimes du mal contractédans le pays de Gessén et surtout au contact desÉgyptiens, pendant les derniers temps de leur séjour.Les durs travaux, la misère et la promiscuité auxquelsles condamnèrent alors leurs persécuteurs les placèrentdans les conditions les plus défavorables pour se préserverde la contagion. Ils emportèrent la lèpre aveceux. Dès le séjour au désert, Moïse dut prendre desmesures pour circonscrire le domaine du mal, par unexamen rigoureux des premiers signes de la lèpre, etpar la séquestration hors du camp de ceux qui étaientatteints. Lev., xiii, 45-46. Le mal resta endémique dansla nation. Il n’est pas inutile de remarquer que les Hébreux, après avoir regretté les poissons d’Egypte, Num., xi, 5, mangèrent beaucoup de poissons venant de lamer, II Esd., xiii, 16, ou du lac de Genésareth, Matth., vu, 10; xiv, 17; xv, 36; Marc, vi, 38; Luc, ix, 13; xr, 11; Joa., vi, 9; xxi, 6, etc., surtout après la captivité.Il y avait une porte des Poissons à Jérusalem. II Par., xxxiii, 14; II Esd., iii, 3; xii, 38. Les poissons salés oudesséchés servaient souvent d’aliment au peuple. Or cegenre de nourriture est particulièrement favorable audéveloppement de la lèpre. — Un certain nombre de lépreuxsont signalés dans la Bible. — 1° Au désertmême, Marie, sœur de Moïse, et Aaron tinrent des proposirrespectueux contre leur frère, à cause de safemme, Séphora, qu’ils traitaient d’étrangère, et surtoutde l’autorité suprême dont il était revêtu. Pour punirMarie, Dieu la frappa de la lèpre et elle devint subitement «blanche comme la neige». Aaron, qui avait étéépargné à raison de son sacerdoce, s’humilia devantMoïse et celui-ci se hâta d’intercéder auprès du Seigneur, qui se laissa fléchir. Sur l’ordre de Dieu, Mariefut séquestrée pendant sept jours hors du camp; ellerentra ensuite auprès des siens sans autre formalité, Dieu levant lui-même le châtiment dont il l’avait frappée.Num., xii, 1-15; Exod., iv, 6. — 2° David, justementirrité contre Joab, à cause du meurtre d’Abner, appela sur sa maison plusieurs malédictions terribles, entre autres la lèpre. II Reg., iii, 29. — 3° Quand Naaman, chef de l’armée de Syrie, fut atteint de la lèpre, iln’avait naturellement aucun espoir de guérison. Uneesclave israélite lui parla du prophète Elisée commeopérant des merveilles et capable de le guérir. Le roide Syrie envoya donc Naaman à Joram, roi d’Israël, pour le faire guérir. Joram fut épouvanté de cette requêteet s’écria: «Suis-je donc Dieu, ayant pouvoir demort et de vie, pour qu’on m’envoie un homme à guérirde la lèpre?» Le roi regardait évidemment la lèprecomme une maladie pour laquelle l’homme n’a point

de remède. Elisée guérit Naaman en vertu de son pouvoirsurnaturel, mais en le soumettant à une épreuvequi, au jugement même de l’intéressé, n’était en riencapable de modifier son état. Bien d’autres lépreux del’époque eussent demandé leur guérison aux eaux duJourdain, si elles avaient eu une vertu curative de la lèpre.Luc, iv, 27. Naaman attribua sa guérison au Dieud’Israël. IV Reg, , v, 1-15. En punition de ses mensongeset de sa cupidité, Giézi, le serviteur du prophète, hérita pour lui et pour sa postérité de la lèpre de Naaman.IV Reg., v, 21-27. — 4° Quand les Syriens, prisde panique, levèrent précipitamment le siège de Samarie, ce furent quatre lépreux, habitant à la porte de laville, qui s’aperçurent de leur départ et avertirent leursconcitoyens. IV Reg., vii, 3-10. — 5° Le roi Ozias, pourtantfidèle à Dieu, s’enorgueillit un jour de sa prospéritéet de sa puissance et poussa la présomption jusqu’àpénétrer dans le sanctuaire même pour y brûlerles parfums sur l’autel. Les prêtres l’avertirent du sacrilègequ’il commettait. Il s’irrita de leurs remontrances, mais aussitôt la lèpre apparut sur son front. Ildut sortir et resta lépreux [jusqu’à, sa mort. Il ne lui futplus permis de pénétrer dans le Temple. Confiné dansune demeure écartée, ménagée sans doute dans les dépendancesde son palais, il cessa d’exercer ses fonctionsroyales et abandonna le gouvernement à son filsJoatham. Ainsi un roi même était obligé de se plier auxprescriptions de la loi mosaïque. IV Reg., xv, 5; II Par., xsvi, 16-21. — 6° Il n’est plus question de lépreuxmarquants jusqu’à l’époque évangélique. Quand Notre-Seîgneureut commencé son ministère, il donna à sesApôtres, en les envoyant en mission, le pouvoir depurifier (xaOapi’Çeie, mundate) les lépreux, Matth., x, 8, et lui-même indiqua cette purification (xadapsCovrai, mundantur) comme la preuve de son caractèrede Messie. Matth, ., xi, 5; Luc, vii, 22. — 7° Unjour, en Galilée, un lépreux qui avait entendu parler deses miracles fit appel à sa puissance en disant: «Sivous voulez, vous pouvez me purifier (xa6apîa, at, niundare).» Et Jésus lui répondit: «Je le veux, sois guéri(xa8apfo91r)Tt, mundare).» Matth., viii, 2-4; Marc, I, 40-45; Luc, v, 12. — 8° Une autre fois, alors qu’il longeaitla frontière de la Samarie et de la Galilée pour serendre à Jérusalem, il rencontra dix lépreux qui se tenaientà distance, selon les prescriptions de la Loi, etvivaient probablement ensemble. Ils implorèrent sabonté et le Sauveur leur commanda d’aller se montreraux prêtres, qui avaient à constater leur état. Cf. Matth., vin, 4. Chemin faisant, ils furent purifiés (êxa9apio81r)<rav.mundati sunt). Luc, xvii, 11-19. Il est à remarquerque, toutes les fois que les Évangélistes parlent des lépreux, ils emploient le verbe xaôaptCeïv, qui d’ailleursn’est pas classique et ne se trouve que dans les Septante.Eccli., xxviii, 10. Pour les autres guérisons, ilsse servent des verbes 8spaTOueïv, lâ<î()ai, sanare, curare.Matth., x, 8; xv, 30; Marc., iii, 2; Luc, iv, 40; viii, 43; ix, 2; xxii, 51, etc. On n’est pas autorisé à conclure deià que le Sauveur se contentait de mettre les lépreux enétat d’obteDir leur purification légale, en arrêtant à lecours du mal, mais en leur laissant les déformationscorporelles qui en étaient déjà résultées pour eux. Ilest bien plus vraisemblable que sa bonté allait jusqu’àles guérir complètement, comme si la lèpre ne les avaitjamais atteints. Le verbe xaOapiCeïv signifie seulementque la guérison avait pour conséquence une purification, qui rendait au lépreux le droit d’être reçu dans lasociété de ses semblables et d’échapper ainsi à cet isolementsi dur auquel le condamnait son mal. — 9° À laveille de son entrée solennelle à Jérusalem, Notre-Seigneurprit son repas à Béthanie, chez Simon le lépreux.Matth., xxvi, - 6; Marc, xiv, 3. Simon n’était certainementplus lépreux â cette époque; autrement il n’eûtpu recevoir personne dans sa maison. Avait-il été guéri

par le Sauveur? Il semble qu’en pareil cas, les Évangélistesauraient mentionné le fait pour expliquer le titrede lépreux donné à Simon; de même que saint Marc, xvi, 9, en parlant de Marie-Madeleine, rappelle que ladivin Maître a chassé d’elle sept démons. Il paraît doncplus probable que Simon était un de ces lépreux dontle mal subit un de ces longs arrêts qui font croire àune guérison. — 10° Dans sa prophétie sur le Messiesouffrant, Isaï, lui, 4, dit de lui: «Nous l’avons considérécomme frappé, ndgûa’, puni par Dieu et humilié.» Les Septante traduisent ndgûa’par sv jtôvo), «dans lapeine,» et la Vulgate par leprosus, «lépreux.» Cettedernière traduction s’appuie sur ce que la lèpre est plusieursfois mentionnée dans la Sainte Écriture à titre dechâtiment divin, comme c’est le cas de Marie, sœur deMoïse, de Giézi, d’Ozias, et qu’elle est désignée par le motnéga’, «plaie.» Lev., xiv, 3, etc. En réalité, le Sauveura été vraiment traité comme un lépreux, puisqu’il a étéfrappé par Dieu et mis hors de la société des hommes.

IV. Lèpre des vêtements. — Par analogie, le législateurdésigne sous le nom de lèpre certains phénomènesqui se produisent sur les vêtements ou sur les pierres.Ces phénomènes n’ont absolument rien de communavec la lèpre humaine. — 1° Quand un vêtement delaine ou de liii, une peau ou un ouvrage de peau présenteune tache verdâtre ou rougeâtre, il faut le montrerau prêtre. Celui-ci l’enferme pendant sept jours ets’il remarque au bout de ce temps que la tache a grandi, c’est qu’il y a là une lèpre niam’érét, s’(i(j, ovoc, perseverans.L’objet doit être complètement brûlé. Lev., xiii, 47-52. Le mot mam’érët veut dire «pernicieux». Ils’agit donc ici d’une sorte de moisissure capable de rendrenuisible l’usage de l’objet atteint. — 2° Si la tacheexaminée n’a pas grandi, le prêtre la fait laver et enfermel’objet pendant sept autres jours. Quand au boutde ce temps la tache, sans s’étendre, n’a pas changéd’aspect, c’est que l’étoffe ou la peau a été «entamée» dans sa substance, pehéfét, limipix’cai, infusa. Il tantencore brûler l’objet en pareil cas. Lev., xiii, 53-55. —3° Si la tache est devenue pâle et continue à paraître, c’est une lèpre éruptive, porahaf, è$av800c7a, volatilis etvaga. On déchire alors la partie attaquée et on la brûle; le vêtement ou l’objet de peau est lavé de nouveau etpeut servir comme auparavant. Lev., xiii, 56-59. Lestrois mots hébreux que nous avons cités caractérisentprobablement trois espèces de moisissures bien connuesen Palestine. Ces moisissures provenaient ordinairementde champignons microscopiques, surtout demucorinées et de mucédinées, qui étendent progressivementleur action sur les étoffes et les peaux, et les pénètrentassez profondément pour n’être pas détruits parun simple lavage à l’eau. Les précautions imposées parla Loi intéressaient la santé publique et rentraient dansce système général de pureté physique et légale, aumoyen duquel le législateur voulait inculquer la puretémorale à son peuple.

V. Lèpre des maisons. — Le législateur intervenaitencore ici pour les mêmes raisons que quand il s’agissaitdes vêtements. Son intervention était d’autant plusnécessaire qu’il y avait parfois à faire subir au propriétairede la maison des dommages au-devant desquels ilne serait pas toujours allé dans le seul intérêt de sasanté. — 1° Dès qu’une sorte de lèpre apparaît sur lesmurs d’une maison, on doit avertir le prêtre qui faitaussitôt évacuer la maison et enlever le mobilier sommairequ’elle contient, puis procède à l’examen des partiesattaquées. S’il aperçoit des taches verdàtres ou rougeâtres, formant une sorte de dépression à la surfacedu mur, il ferme la maison pour sept jours. Le septièmejour, il renouvelle son examen. Si les taches se sontétendues, il prescrit différentes mesures: enlèvementdes pierres atteintes, raclage des murs, remplacementdes pierres enlevées par des pierres neuves et recrépis

sage de la maison. Lev., xiv, 34-42. — 2° Si malgré cesprécautions le phénomène se reproduit, on se trouveen face d’une lèpre pernicieuse (mam’éret, e’[i(J.ovo; , perseverans). Il n’y a plus qu’à abattre la maison et àjeter tous ses matériaux hors de la ville, dans un endroitimpur. Ceux qui ont habité la maison ou y ontpris leur repas doivent laver leurs vêtements. Lev., xiv, 43-47. — 3° Quand, à la suite des réparations, la maisonparait complètement assainie, le prêtre la déclarepure. Il prend alors deux oiseaux, un morceau de boisde cèdre, un lien cramoisi et de l’hysope, et il procèdedans la maison à une aspersion absolument identiqueà celle qui se fait pour la purification du lépreux.Voir col. 183. L’oiseau survivant est à la fin relâché dansles champs, en signe de la liberté rendue aux habitantsde la maison. Lev., xiv, 48-53. — 4° D’après plusieursauteurs, la lèpre des maisons ne serait autre chose quele salpétrage de leurs murs. Dans les lieux humides etexposés aux émanations des animaux, il se forme eneflet, sur le calcaire des constructions, du nitre ou salpêtrequi a une certaine ressemblance extérieure avecla lèpre. Cette production de nitre présente de sérieuxdangers pour la santé, moins par elle-même qu’à raisonde l’humidité qui en est la cause. Cependant il estdifficile d’admettre que le texte sacré fasse ici allusionau salpétrage des murs. Le salpêtre est d’un gris blanc, tandis qu’il est question dans le texte de taches verdâ1 très ou rougeâtres. Lev., xiv, 37. Les taches qui ont cescolorations proviennent ordinairement des lichens(XeiXV, dartre), sortes de dartres végétales qui se développentsur toute espèce de support, spécialement surles pierres humides. Les lichens sont des thallophytesqui tiennent à la fois de l’algue et du champignon. Cf.Hy, Observations sur la nature des lichens, dans le Congrèsscientif. internat, des catholiques, Paris, 1888, t. I), 468-479. Leur nature comporte bien le développement etles colorations que v mentionne le texte sacré. Il est dit, il est vrai, que la lèpre des maisons forme desseqà’ârûrôt, y.oi).dc8s; , valliculss, des creux, Lev., xiv, 37, taudis que les lichens ont plutôt l’aspect de croûtes. Lamême observation s’applique au salpétrage. Mais commeensuite il est question de terre grasse, ’àfâr, xoSc> pulvis, ou mortier dont on enduit la muraille, Lev., xiv, 42, 45, il y a lieu de penser que le lichen, en végétant sur lapierre même, en faisait détacher l’enduit et ainsi seprésentait en creux. Les espèces de lichens qui s’attaquentaux murailles humides sont surtout la leprariaflava, qui est verdàtre, la leproplaca xantholyta et leleproloma lanuginosum. Les mêmes apparences sont parfoisproduites par des champignons, ou par des alguesfilàmenteu ses ou cellulaires à coloration rouge.

H. Lesêtre.

    1. LÉPREUX##

LÉPREUX (hébreu: mesora’; Septante: ), s7rp<Sî, Lev., xiv, 2, etc.; XeXeTtpiottévo; , IV Reg., v, 1, 27; xv, 5; ).ETtpwaa [conctraction de Xezpiouerot, dit de Marie, sœur de Moïse}, Num., xii, 10; Vulgate: leprosus), celuiqui est atteint de la lèpre. Pour les lépreux mentionnésdans l’Ancien et dans le Nouveau Testament, voirLèpre, iii, col. 184.

LÉSA (hébreu: Li’Sa’; a la pause: LdSa’; «fissure,» d’après Gesenius, Thésaurus, p. 764; Septante: Aao-â), ville à l’est de la mer Morte. Elle est nommée une seulefois par l’Écriture, dans rémunération des frontièresdu pays qu’habitaient les Cliananéens. Gen., x, 19.D’après la tradition ancienne, attestée par le Targumde Jonathan (le texte porte >rn*Tp, mais il faut lire >mbp), par le Targum de Jérusalem et par saint Jérôme, Quœst.in Gen, , x, 19, t. xxiii, col. 321, Lésa se trouvait sur lesite ou dans le voisinage de Callirhoé. Callirhoé.devintCélèbre vers le commencement de notre ère par ses eauxthermales, que de nombreux exégèies croient être les «. eaux chaudes» dont parle la Genèse, xxxvi, 21. On

n’a aucune raison de rejeter la tradition juive. VoirCallirhoé, t. ii, col. 69.

LE SAVOUREUX Eugène, exègète protestant, né àPaimbeuf (Loire-Inférieure), le 2 novembre 1821, mortà Meschers près de Royan (Charente-Inférieure), le13 juillet 1882. Né catholique, il était devenu protestantet ministre calviniste. On a publié de lui, après sa mort, Études historiques et exégétiques sur l’Ancien Testament, avec une Préface de J.-F. Astié (qui raconte lavie de l’auteur), in-12, Paris, 1887; Le prophète Joël, introduction critique, traduction et commentaire, publiéd’après les notes d’E. Le Savoureux par A.-J. Baumgartner, in-4°, Paris, 1888. V Encyclopédie des sciencesreligieuses de Lichtenberger contient un article de LeSavoureux: Massore, t. viii, 1880, p. 774-786.

    1. LESCALOPIER Pierre##

LESCALOPIER Pierre, jésuite français, né à Parisle 27 octobre 1608, mort à Dijon le 6 août 1673. Aprèsavoir professé les humanités à Charleville et à Pont-à-Mousson, la rhétorique à Reims, il professa pendanttreize ans l’Écriture Sainte à Dijon. Il nous reste de luiun pieux et savant commentaire sur les Psaumes: Scholiaseu brèves elucidationes in librwni Psalmorum inusum et commodum omnium qui Psalmos cantant velrécitant, ut quse difficilia sunt intellîgant. Addunturscholia in Cantica Breviarii romani, auctore StephanoThiroux Societatis Jesusacerdote. Lyon, 1727. Quelquesunsont cru que l’ouvrage entier était du P. Thiroux, mais l’explication seule des hymnes du bréviaire luidoit être attribuée. P. Bliard.

    1. LÉSEM##

LÉSEM (hébreu: Lésém; Septante, manque dansl’édition sixtine; Complute: Aserév; Alexandrinus: AEeré[/., A^aevêâv), forme particulière du nom de Laïs, appelée depuis Dan, dans Jos., xix, 47, où on la trouvedeux fois. Voir Dan 3, t. ii, col. 1240.

    1. LÉTHECH##

LÉTHECH (hébreu: lé(ék), mesure de grains. L’étymologiede ce mot est inconnue. Il n’est mentionnéqu’une fois dans la Bible, Ose., iii, 2: «Je l’achetai (unefemme) quinze sicles d’argent, un hômér. d’orge etun léiék d’orge.» Les Septante ont traduit: véêeXoïvou, «une outre de vin;» la Vulgate: «un demi-cord’orge.» Josèphe ne cite pas cette mesure dans sesouvrages. Saint Jérôme, /» » Ose., i, iii, t. xxv, col.842, secontente de dire: «Pour une outre de viii, on lit enhébreu: léthech seorim, mots que les autres interprètesont traduit T)(j.(Kopov d’orge, c’est-à-dire la moitié d’uncor, ce qui fait quinze boisseaux.» Dans son Demensurisac ponderibtis, saint Épiphane, t. xlhi, col. 273, luiattribue aussi la valeur de quinze boisseaux; selon lui, le mot léthech signifie Eîtapua, «élévation,» parcequ’un jeune homme peut lever quinze boisseaux et lesplacer sur un âne. Il dit encore qu’on appelle égale ment cette mesure le gomor, ou plutôt le grand gomor, car le petit gomor ne vaut d’après lui que douze boisseaux.Cf. Frd. Hultsch, Metrologicorum scriptorumreliquise, Leipzig, 1864-1866, p. 260-261. Les rabbins ontvu dans le léféh la moitié du hômér et répété lesexplications de saint Épiphane sur le sens de ce mot, mais de plus ils l’ont assimilé à Vardeb arabe qu’ilsappellent ardôb. Waser, De antiquis mensuris Hebrœorum, Heidelberg, 1610, p. 85-87. Partant de cetteassimilation et de la valeur relative qui lui est généralementattribuée, M. E. Révillout, dans la Revue ègyptologique, t. ii, 1882, p. 190, voit dans le léfék la mesurehébraïque correspondant, pendant la période des Ptolémées, à la grande mesure thébaine ardeb, qui estla moitié du double ardeb, comme le léthech’est lamoitié du cor, mais cette opinion n’est qu’une hypothèse.En tout cas, le léfék ne rentre pas dans le système^sexagésimal qui est à la base du système des mesures.

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LÉTHECH — LETTRE

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hébraïques. Saint Jérôme, saint Épiphane et les rabbinsn’ont eu, semble-t-il, d’autre raison pour lui attribuerla valeur d’un demi-cor (ou Ifômér) que la position dumot dans la phrase d’Osée. Cette absence de donnéespositives et la djvergence des Septante permettent de sedemander si le léték est véritablement une mesure déterminée.S’il l’est et s’il vaut un demi-cor, sa contenanceest de 194 lit. 40 ou de 181 lit. 80, selon la valeur qu’onreconnaît au cor.^ Voir Cor, t. ii, col. 955.

F. Martin.

1. LETTRE, caractère d’écriture. Le rabbin Sadajaa compté combien de fois chaque lettre de l’alphabethébreu est employée dans l’Ancien Testament: s, 42377; 3, 38218; i, 29537°; i, 32530; ii, 47554; i, 76922; t, 22867; n, 23447; b, 11052; >, 66420; =, 48253; ii, 41514; ii, 77778; 3, 41696; d, 13580; y, 20175; a, 22725; s, 21822; p, 22972; -i, 22148; ur, 32148; ii, 59343. Dans I. Jaquelot, Dissertationssur l’Existence de Dieu, in-4°, La Haye, 1697, p. 13. Voir Alphabet, t. i, col. 402; Écriture, t. ii, col. 1573. Voir aussi le nom de chaque lettre. — Le motYpi[i|ia, Mitera, est employé dans le sens de caractèrealphabétique, — 1° dans Luc, xxiii, 38, où il est dit quele titre de la croix du Sauveur fut écrit en lettres grecques, latines et hébraïques; — 2° d’après plusieurs commentateurs, dans Gal., vi, 11, où saint Paul dit: «Voyezavec quels caractères (quelle écriture) je vous ai écrit.» D’autres expliquent ces mots en ce sens: «avec quellemain ferme» ou «quelle longue lettre». — 3° DansRom., ii, 27, 29; vii, 6, la «lettre» est opposée à 1’ «esprit». -*- 4° Dans Joa., vii, 15; II Tim., iii, 15, t «ypôjji(iona désignent la Sainte Écriture. —5° Dans Act., xxvi, 21, cette même expression signifie la science, les connaissanceshumaines consignées dans des écrits. —6° Enfin «lettre» se dit d’un écrit quelconque, Luc, xvi, 6, et spécialement d’une missive. Act., xxviii, 21.

2. LETTRE MISSIVE (hébreu: sêfér, II Sam. (Reg.), xr, 14-15; I (III) Reg., xxi, 8, 9, U; II (IV) Reg., x, 1-7; xix, 14; xx, 12; II Par., xxxii, 17; etc., miketâb, Il Par., xxi, 12; Esther, viii, 13; ’igérét, 1 Esd., v, 6;

II Esd., ii, 7-9; Esther, ix-26-29; niStevân, I Esd., iv, 7, 18. Septante: piê).iôv, II Reg., xi, 14, 15; III Reg., xxi, 8-9, ii, etc.; Ypâçm, II Par., xxi, 12; àx-uypoeçov, Esther, vm, 13; imaxo).^, II Par., xxx, 1; Act., xv, 30; xxin.25, etc.; Vulgate: Epistola, II Reg., xi, 14-15; II Par., xxxii, 17, etc.; Act., xv, 30; xxiii, 26, etc.; littéral.IV Reg., x, 1-7; xix, 14; II Par., xxi, 12, etc.), communicationenvoyée par écrit à un correspondant.

I. Lettres missives chez les Juifs. — 1° Dans l’AncienTestament. — La première lettre dont il soit questiondans la Bible est celle que David envoya à Joab et danslaquelle il lui ordonnait de placer Urie à un poste où ildût trouver la mort. Urie lui-même fut chargé par leroi de remettre cette lettre. IIReg., xi, 14. On comprendtrop pourquoi David n’avait pu faire transmettre oralementcet ordre. La réponse constatant l’exécution futfaite de vive voix. — C’est la même nécessité du secretqui explique l’envoi de la lettre par laquelle Jézabeldemandait aux anciens et aux magistrats de Jezrahel unfaux témoignage contre Naboth, afin de le faire condamnerà la lapidation et de s’emparer de sa vigne. La reinescella la lettre du sceau de son mari, le roi Achab.

III Reg., xxi, 8. Du même caractère sont les lettres deJéhu réclamant des chefs d’Israël, des anciens et desgouverneurs des fils d’Achab, le massacre des soixante-dixfils de ce roi. IV Reg., x, 1-7, Dans des conditionsdifférentes, le prophète Êlie envoya une lettre au roiJoram, pour lui annoncer que Dieu le châtierait de sonimpiété et de ses crimes. II Par., xxi, 12. Ézéchias écrività Éphraïm et à Manassé pour les engager à venir fairela Pàque à Jérusalem. II Par., xxx, 1. À l’époque de lacaptivité appartient la lettre de Jérémie aux exilésde Babjlone. Jer., xxix, 1-32. Il y est fait mention

d’une autre lettre envoyée par le faux prophète Séméia, au peuple de Jérusalem et aux prêtres. Jer., xxix, 27-29.Jusqu’à cette époque le terme usité dans la Biblepour désigner une lettre est celui de sêfér, (iiëXîov, «libelle,» ou mikpâb, Y, oâp?), «écriture,» et c’est le contexteseul qui montre qu’il s’agit d’une lettre missive.

II est quelquefois fait mention du sceau qui sert à lui.donner un caractère d’authenticité et à empêcher qu’ellene soit lue par d’autres que par le destinataire.

III Reg., xxi, 8. Après la captivité, nous voyons apparaîtredes termes plus précis et empruntés à la languedes peuples avec lesquels les Juifs étaient en relations.Tels sont le mot’igérét emprunté à l’assyrien ou aupersan et le mot d’origine persane nisfevdn. Mardochéeet Esther écrivirent aux Juifs dispersés dans les127 provinces du royaume perse, pour les inviter à célébrerla fête des Phurim, en souvenir de leur délivranceet du châtiment d’Aman. Esther, ix, 27, 29-30. Del’époque des Machabées datent la lettre des habitantsde Galaad à Judas pour lui demander des secours contreles peuples voisins. I Mach., v, 10-14. La Bible ne nousdonne aucun renseignement surla matière qu’employaientles Juifs pour leurs lettres missives. Il est vraisemblablequ’ils se servaient des mêmes que les peuplesavec lesquels ils étaient en relations aux diverses pê~riodes de leur histoire.

2° Lettres dans le Nouveau Testament. — Le NouveauTestament ne mentionne aucune lettre de Notre-Seigneur.La lettre à Abgar, roi d’Édesse, est apocryphe.Voir ABGAR, t. i, col. 37. Cf. Dictionnaire d/archëologieet de liturgie, t. i, col. 87. Dans les Actes, xv, 23-29, se trouve une lettre des Apôtres, écrite après le concilede Jérusalem, aux chrétiens d’Antioche et de Cilicie.

— Les Juifs de Jérusalem étaient en correspondanceavec les communautés de la dispersion. C’est pourquoilorsque saint Paul vint à Rome, ses compatriotes luidirent qu’ils n’avaient pas reçu de lettres à son sujet» Act., xxviii, 21.

Les Épltres des Apôtres sont rédigées à la manièredes lettres ordinaires. Elles commencent, à l’exceptionde l’Épître aux Hébreux et de la première Épltre desaint Jean, par le nom de ceux qui les ont écrites, etleur salut aux destinataires; ce salut est un souhait degrâce et d3 paix au nom de Jésus-Christ. Rom., 1, 1-7; I Cor., i, 13; II Cor., i, 1-2; Gal., i, 1-5; Eph., i, 1-2; Phil., 1, 1-2; Col., i, 1-2; IThess., i, l; II Thess., i, 1-2; I Tim., i, 1-2; II Tim., i, 1-2; Tit., i, 1-4; Phil., i, 1-3; Jac, I, 1; I Pet., i, 1-2; II Pet., i, 1-2; II Joa., 1-3; III Joa., 1; Jud., 1-2 L’auteur aborde ensuite le sujetqu’il veut traiter. Il parle à la première personnetantôt au singulier, tantôt au pluriel. Dans les lettresprofanes que nous possédons, dans celles de Cicéron, par exemple, les deux nombres sont de mêmeindifféremment usités. Lorsque le rédacteur de lalettre a terminé ce qu’il veut dire, il conclut par denouvellessalutations à ses correspondants. Commecelles du début, ce sont des bénédictions et des prières.Rom., xvi, 1-27; I Cor., xvi, 19-24; II Cor., xiii, 13; Galat., vi, 18; Eph., vi, 23-24; Phil., iv, 20-23; Col., iv, 18; 1 Thess., v, 25-28; II Thess., iii, 17-18; I Tim., vi, 21; II Jim., iv, 18-22; Tit., iii, 15; Phil., i, 23-25; Heb., xiii, 20-25; I Pet., v, 12-14; II Pet., iii, 18; II Joa., 13; III Joa., 14 (grec, 15); Jud., 20-25. Souventaux salutations de l’auteur sont jointes celles deceux qui sont en ce moment auprès de lui. Rom., xvi, 16-21-23; I Cor., xvi, 19-20; II Cor., xiii, 12; Phil., iv, 22; Col., iv, 7-14; Phil., 24; Heb., xiii, 24; I Pet., V; 13; II Joa., 13; III Joa., 14 (grec, 15). Les Apôtres seservaient de secrétaires pour écrire leurs Épitres; plusieursd’entre eux sont nommés, ce sont Tertius, poursaint Paul, Rom., xvi, 22; Silvain, pour saint Pierre.I Pet., v, 12. Voir Silvain, Tertius. Saint Paul ajouteparfois une phrase écrite de sa propre main; ce salut

autographe est sa signature. I Cor., xvi, 21; Col., iv, 18; II Thess., iii, 17. L’Épitre aux Galates est écrite de sapropre main, d’après le sens le plus naturel de laphrase; il fait remarquer la grosseur des caractères.Gal., VI, 11. Une fois, le secrétaire ajoute son salut àcelui de l’Apôtre. Rom., xvi, 22. Les Apôtres faisaientporter leurs lettres par leurs disciples; il est plusieursfois question dans les Actes et dans les Épttres de cesenvoyés. Jude, Barsabas et Silas sont chargés, avec Paulet Barnabe, de la missive de l’Assemblée de Jérusalemaux chrétiens d’Antioche et de Cilicie. Act., xv, 22, 27.Tychique porta l’épître aux Éphésiens, Eph., i, 21; etavec Onésime, celle aux Colossiens. Col., IV, 7-8. — Nousn’avons aucun renseignement sur la matière dont seservaient les Apôtres. Ils usaient, selon toutes les vraisemblances, de papyrus ou de parchemin comme le faisaientles Grecs et les Romains de leur temps. SaintJean mentionne seulement l’encre et le roseau avec lesquels11 écrit. III loa., 13. Cf. J. Marquardt, La Vieprivée des Romains, trad. fr., t. h (Manuel des antiquitésromaines de Th. Mommsen et J. Marquardt, t. xv), in-8°, Paris, 1893, p. 476-498.

II. Les leitres missives chez les peuples en relationsavec les Juifs. — 1° Égyptiens. — L’usage de

émanent de rois de l’Asie occidendale, d’autres d’officierségyptiens gouverneurs de villes dont plusieurssont nommés dans la Bible, par exemple, Gébal ouByblos. À Guide to ttie Babylonian and Assyrian anliquities(British Muséum), in-8°, Londres, 1900, p. 160.n. 12-25; p. 164, n. 45; voir Gébal 1, t. iii, col. 138; Tyr, p. 162, n. 28-31, voir Tïr; Accho, p. 162. n. 32; voir Accho, t. i, col. 108; Gézer ou Gazer, p. 165, n. 49-51, voir Gézer, t. iii, col. 126; Ascalon, p. 165, n. 52-54; Gaza et Joppé, p. 166, n. 57; cf. p. 167, n. 71, voir Gaza, t. iii, col. 118; Joppé, t. iii, col. 1631; voir Lacbis, col. 13; A. Delattre, Proceedings of the Society ofBiblical Archeeology, t. xiii, 1891, p. 319. Cf. ïbid., p. 215, 219, 233, 317, 322, d’autres lettres où il est questionde la Palestine et des pays environnants. Quelqueslettres sont relatives aux guerres du roi de Jérusalem, Abdikhipa contre les chefs des cités voisines, Zimmern, Palâstina um der Jahr 1400 n. Ch. nachneuen Quellen, dans la Zeitschrift des deustchen PalâstinaVereins, t. xiii, 1890, p. 142. Une lettre d’un gouverneurd’un district de Palestine est adressée aux roisde Canaan, À Guide, p. 166, n. 58. Les lettres de Tellel-Amarna contiennent des gloses où l’on rencontresouvent des mots palestiniens pour expliquer leurs

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53. — Scribes égyptiens. Saqara, V dynastie. D’après Lepsius, Denkmàler, Abth. II, pi. 62.

la lettre missive date de la plus haute antiquité chez lesÉgyptiens. Les monuments nous représentent des scribesoccupés â plier des lettres et à les cacheter (fig. 53).Lepsius, Denkmàler aus Aegypten, in-f°, Berlin, 18501858, t. H, pi. 9, 51, 56 a bis. Un grand nombre de ceslettres existent dans les musées; ce sont des rouleauxde papyrus, liés d’un cordon et cachetés d’un sceaud’argile. Letronne, Papyrus grecs du Louvre, in-4°, Paris, 1838, p. 408. Au dos sont inscrits des noms propres, accompagnés de titres religieux ou civils. Le roiet les fonctionnaires faisaient parvenir ces missives pardes courriers réguliers, les riches employaient dans lemême dessein leurs esclaves, les pauvres attendaient uneoccasion. La lettre contenait d’abord le nom de celui quiécrivait, puis un hommage au destinataire et des souhaitsreligieux. Le contenu propre de la lettre était précédéde ces mots: «il y a que.» Elle se terminait par unsalut. Ces formules pouvaient s’allonger à volonté. Lestyle épistolaire était cultivé par les Égyptiens à un sihaut degré qu’il était devenu un genre littéraire et queplusieurs traités ont été rédigés en forme de lettres.G. Maspero, Du genre épistolaire chez les anciensÉgyptiens, in-8°, Paris, 1872; A. Lincke, Beitrâge zurKentniss der altâgyptischen Briefliteratur, in-8°, Leipzig, 1879. En 1887, on a découvert à Tell el-Amarna, dans la Haute Egypte, environ 320 lettres ou fragmentsde lettres adressées principalement à Aménophis III età son fils Aménophis IV, vers 1508-1450 avant J.-C. Ceslettres sont écrites en caractères cunéiformes et pour laplupart en babylonien. Un certain nombre de ces lettres

équivalents babyloniens. Elles commencent toutes pardes formules de salutations qui varient suivant les personnagesqui les écrivent. Les rois appellent le roid’Egypte leur frère et lui envoient leurs compliments àlui, à ses femmes, à ses parents et leurs sincères félicitationsau sujet de ses chevaux et de ses chars. Lesgouverneurs ou les autres officiers royaux se proclamentla poussière de ses pieds, le sol qu’il foule, et se précipitentsept fois aux pieds de leur seigneur, soleil duciel, en se roulant sur le ventre et sur le dos. C’étaitdonc un échange perpétuel de lettres entre les petit*souverains voisins ou vassaux du roi d’Egypte et ceprince. La correspondance des rois d’Ethiopie se faisaitsur papyrus et en égyptien, celle des rois d’Asie encaractères cunéiformes et sur des tablettes d’argile séchée.Les scribes de la cour égyptienne traduisaientces dépêches. Les courriers auxquels on confiait leslettres étaient de très petit* personnages, mais pour lesmissives importantes on avait recours aux messagersdu roi, qui portaient les titres de messagers pour lesrégions du midi ou pour les régions du nord, selonqu’ils connaissaient les langues de l’Afrique ou celles del’Asie. Quelques-uns s’appelaient messagers pour toutecontrée. Le roi d’Egypte leur confiait parfois des pouvoirstrès étendus. G. Maspero, Histoire ancienne despeuples de l’Orient classique, in-4°, Paris, 1897, t. ii, p. 275-276. Voir Courrier, t. ii, col. 1089; British Muséum, a Guide to the Babylonian and Assyrian antiquities, in-8°, Londres, 1900, p. 153-168, n. 1-86; Winckler-Abel, Der Thontafelfund von El Amarna,

im Umschrift und Vebersetzung mit Anmerkungen, in 8°, Berlin, 1896. La traduction en français de ceslettres a été publiée par J. Halévy, dans le Journalasiatique, t. xvi-xx, 1890-1802, et Revue sémitique, 1. 1et II, 1899-1894, et par Delattre, dans les Proceedings ofthe Society of Biblical Archseology, t. xm-xv, 1891-1893.Cf. Delattre, La correspondance asiatique d’AménophisIII et d’Amenophis IV, dans la Revue des questionshistoriques, t. liv, 1893, p. 353-388.

2° Assyriens, Babyloniens et Syriens. — La Biblementionne une’lettre de Sennachérib à Ézéchias. Ellen’en donne pas le contenu, mais dit qu’elle fut portéepar des messagers. IV Reg., xix, 14. Le roi de Babylone, Mérodach-Baladan, envoya également par des mes64. — Lettre assyrienne’eDfermée dans son enveloppe.D’après une photographie.

sagers à Ézéchias une lettre à l’occasion de sa maladie.IV Reg., xx, 12. Il est aussi question d’une lettre deBénadad, roi de Syrie, à Joram, roi d’Israël, pour luidemander la guérisondeNaaman, général de son armée.IV Reg., v, 5-7.

L’organisation de messageries chez les Assyriens paraîtremonter aux temps les plus reculés. On a découvert àTell-Loh des monceaux de briques portant le sceau deSargon I er, des marques de petites cordes et, sur la surfaceextérieure, à côté du sceau royal, les noms des gensà qui étaient adressés les messages. M. H. V. Hilprechta trouvé à Nippour une lettre proprement dite qu’il faitremonter à 2300 avant J.-C.; elle est scellée et adresséeà Lustamar et encore renfermée dans son enveloppe, fig. 54. Die Ausgrabungen im Bêl-Tempel zu Nippur, in-8°, Leipzig, 1903, p. 62. On a découvert un certainnombre de lettres qui remontent à environ l’an 2200.Elles datent des règnes d’Hammourabi et de ses successeurs.Ces lettres sont écrites sur des tablettes oblonguesd’argile. Quand elles avaient été écrites, on les enfermaitdans une enveloppe également de brique, après

DICT. DE LA BIELE.

les avoir saupoudrées de poussière de la même matière, pour empêcher le contact. L’enveloppe extérieure assuraitle secret de la lettre et portait le nom et l’adressedu destinataire. Au moment de la découverte, quelques-unesde ces lettres étaient encore dans leur enveloppeet par conséquent n’avaient pas été lues. British Muséum, A Guide, p. 114. Les tablettes sont écrites encaractères cursifs et réglées horizontalement avec unstylet. Chacun des rois faisait écrire ses lettres par unseul scribe, car elles sont toutes de la même main pourle même prince. La plupart de ces messages se rapportentà l’administration de l’empire, mais il y a aussides lettres de particuliers et les détails qui sont donnéssur les affaires commerciales et sur les incidents de lavie privée, prouvent que l’usage des lettres missives étaitcourant. Les particuliers avaient aussi recours à des scribes, à qui ils dictaient leurs lettres. Les dépêches decette collection sont d’un style bref et les formules initialesou finales qu’on trouve dans celles de Tell el-Amarnane s’y rencontrent pas. L. W. King, The letlersand despatches of Hammurabi, together with other officiaiand private correspondance, in-8°, 1898-1900. DansLuzac’s Semitic Text and translation séries, t. ii, met viii, voir en particulier, t. viii, 1900, introduction, p. xxi-xxiv; British Muséum, À Guide, p. 114, 118-124, n. 36-105. Une autre collection de lettres trouvées àKoyoundjik date des temps de Sennachérib, d’Asarhaddonet de ses fils. Elles se rapportent elles aussi à desaffaires publiques et privées. On y rencontre quelqueslongues formules de salut au début et quelquefois unecourte salutation à la fin. R. F. Harper, Assyrian andBabylonian letlers belonging lo the Koyoundjick colectionof the British Muséum, in-8°, Chicago, 18921900; British Muséum, À Guide, p. 56-63, n. 104-105; Fr. Martin, Lettres assyriennes et babyloniennes, dans la Revue de l’Institut catholique, 1901, p. 403-443.3° Perses. — Les rois de Perse communiquaientleurs instructions parlettres.il est question dans le livred’Esther de dépêches envoyées par Assuérus aux satrapes, aux gouverneurs des cent vingt-sept provinces de sonempire, pour signifier à ses officiers la permission accordéeaux Juifs par les rois de se rassembler, pourdéfendre de les attaquer et de piller leurs biens. Ceslettres contenaient une copie de l’édit du roi en faveurdes Juifs. Elles étaient écrites par les scribes ou secrétairesdu roi dans la langue de chacune des provinces etpour les Juifs en écriture et en langue hébraïques.Esth., viii, 9-13. Elles étaient scellées avec l’anneau duroi. Esth., viii, 10. Des courriers montés sur des chevauxet des mulets portèrent ces lettres à leur destination.Esth., viii, 10, 14. Voir Courrier, t. ii, col. 1089.

— Lorsque les Juifs à la suite de l’édit de Cyrus reconstruisirentJérusalem, les chefs des colons établis dansce pays écrivirent aux rois de Perse, Assuérus et Artaxerxès, pour se plaindre d’eux. I Esd., iv, 6-23. Lalettre écrite à Artaxerxès fut transcrite en langue et encaractères araméens. I Esd., iv, 7. Une autre missivefut envoyée par le gouverneur pour informer Dariusdes travaux entrepris et lui demander si réellement unédit de Cyrus avait donné l’autorisation dont se prévalaientles Juifs. I^Esd., v, 6-17. Le roi leur réponditaffirmativement. I Esd., vi, 6-12. Un peu plus tard Artaxerxèsécrivit à Esdras pour lui confirmer l’autorisationdonnée par ses prédécesseurs. I Esd., vii, 21-26.Dans la transcription de ces lettres la Bible abrège lespréambules. Josèphe, Ant. jud., XI, i, 3; ii, 1, 2, 8; m, 7; iv, 9; v, l, publie aussi toute cette correspondanceà laquelle il ajoute quelques autres lettres. L’étiquettedemandait que les lettres fussent fermées, c’est pourquoiNéhémie, II Esd., vi, 5, mentionne comme uneimpolitesse le fait que Sanaballat lui envoie une lettreouverte par son serviteur. Néhémie avait fait placerdans la bibliothèque, où il conservait les Livres Saints,

IV. - 7

les lettres des rois, c’est-à-dire les édits de Cyrus, deDarius et d’Artaxerxès, autorisant les Juifs â reconstruireJérusalem et le temple. II Mach., ii, 13.

4° Grecs. — Le roi de Sparte Arius écrivit au grandprêtreOnias une lettre dans laquelle il qualifiait lesJuifs de frères des Spartiates. I Mach., xii, 7. Une autrelettre fut adressée par les magistrats de Sparte à Simon.I Mach., xiv, 20-25. Voir Arius, t. i, col. 965; Lacédémoniens, col. 7. Il est aussi fréquemment questionde lettres envoyées par les Séleucides ou par leursofficiers. Alcime écrit à ses partisans pour les exhorterà s’emparer de Jonathas. I Mach., IX, 60. DémétriusI er Soter écrit à Jonathas pour faire la paix aveclui. I Mach., x, 3. Le roi Alexandre fait de même.

I Mach., x, 17. Les lettres de Démétrius à Jonathas sontcitées intégralement. I Mach., xi, 29-37; xiii, 35-40. Ilen est de même de la lettre d’Antiochus V Eupator auxJuifs, II Mach., ix, 19-27; de celle de Lysias aux Juifs,

II Mach., xi, 16-21, et de celles d’Antiochus V à Lysias, xi, 22-25 et aux Juifs, 26-33. Ces lettres commencentpar une salutation très courte, par exemple: «Le roiAlexandre à son frère Jonathas, salut,» I Mach., x, 17; .xi, 29; xiii, 35; II Mach., xi, 16, 22; «Aux excellentscitoyens Juifs grand salut, portez-vous bien et soyezheureux, le roi et prince Antiochus.» II Mach., ix, 19.Parfois il y a une salutation finale: «Portez-vous bien.» II Mach., xi, 21, 33. Quelques-unes sont datées après cedernier mot. II Mach., xi, 21, 33. Une seule lettreémane des Lagides, celle de Ptolémée VII Physcon àAntiochus VII Sidète, pour lui demander des secourscontre Jean Hyrcan. I Mach., xvi. Josèphe, Ant.jud., XII, iv, 10, nous donne quelques détails sur lalettre d’Arius. Elle commence par le salut ordinaire.Elle était écrite en caractères carrés et le sceau représentaitun aigle, supporté par un dragon. Le même historiendonne le texte de lettres échangées entre lesPtolémées et divers correspondants relativement auxaffaires de Palestine: lettres de Ptolémée II Philadelpheet d’Éléazar, au sujet de la traduction des Septante, Josèphe, Ant. jud., XII, ii, 4-5; lettre d’Antiochus III leGrand à Ptolémée IV Philopator, XII, iii, 3; du même àXeuxis, gouverneur de Phrygieetde Lydie, XII, iii, 4; d’uncertain Josèphe aux Alexandrins, XII, iv, 8; d’Alexandreà Jonathas, XIII, ii, 2; d’Onias à Ptolémée et à Cléopâtre, XIII, ii, 4; réponse de Ptolémée à Onias, XIII, iii, 2; lettre de Démétrius à Jonathas, XIII, iv, 9; lettre de Jonathasaux Lacédémoniens, XIII, v, 8. Les salutations placéesen tête de ces lettres sont courtes et simples commecelles qui sont dans les lettres de la Bible. Nous n’avonspas ici à discuter l’authenticité de ces documents.

Le musée du Louvre possède un certain nombre delettres écrites sur papyrus et datant de l’époque desPtolémées, qui nous donnent une idée exacte de la façondont étaient rédigées les lettres missives à cetteépoque et de leur forme matérielle. Théod. Deveria, Catalogue des manuscrits égyptiens, in-12, Paris, 1881, p. 234-248, xiv, 3, 5, 7, 8, 9, 11, 12, 13, 16-27, 29-40. Lesn. xiv, 34-36, sont des billets roulés et fermés par unfil de papyrus sur lequel était appliqué le cachet. Lenom du destinataire est écrit au verso, comme dans lalettre du n» 34 (inventaire n» 2366) adressée par Sarapionle 21 d’épiphi de l’an 28 de Philométor (145 avantJ.-C.) à Ptolémée et à Apollonius (fig. 55).

5° Romains. — Les livres des Machabées citent plusieurslettres émanant de magistrats romains. Ce sont1° la lettre de Lucius, adressée au roi Ptolémée VIIPhyscon et à tous les peuples en relations avec les Juifs, pour leur demander leur bienveillance envers ce peuple, devenu allié de Rome. I Mach., xv, 16-23. Voir Lucius; 2°la lettre des légats Q.MemmiusetT.Maniliusaux Juifspour confirmer les concessions faites par Lysias’et AntiochusV Eupator. II Mach., xi, 34-38. L’une et l’autrecommencent par le salut ordinaire, la seconde seule se

termine par les mots: «portez-vous bien,» suivis de ladate. — Dans les Actes, xxiii, 26-30, est insérée une/lettre du tribun Claudius Lysias au procurateur Félix, pour lui annoncer qu’il lui envoie saint Paul, qu’il vientde faire arrêter. Voir Lysias; Félix, t. ii, col. 2186.

6° Lettres de recommandation. — Les chrétiens recommandaientà la charité de leurs frères ceux d’entreeuxqui allaient dans une autre ville où se trouvaitune communauté chrétienne. C’est ainsi qu’Aquila etPriscille donnèrent à Apollo une lettre pour les chrétiensd’Achaïe. Act., xviii, 27. Saint Paul, II Cor., iii, 1, lait allusion à ces lettres: «Où avons-nous besoin, dit-il, comme quelques-uns, de lettres de recommandationauprès de vous ou de votre part? C’est vous quiêtes notre lettre, écrite dans vos cœurs, connue et luede tous les hommes.» Les Pères des premiers sièclesiontsouvent mention de ces lettres de recommandatioaet l’usage en a persisté jusqu’à nos jours pour les prêtres; on les appelle litterse testimoniales.

E. Beurlier.

    1. LEUSDEN##

LEUSDEN, orientaliste hollandais, né à Utrecht le26 avril 1624, mort dans cette ville le 30 septembre 1699.Après avoir étudié les langues orientales à’l’universitéd’Utrecht, d’abord et à Amsterdam ensuite, il fut nomméele 2 juillet 1650, professeur d’hébreu à l’université desaville natale. li occupa sa chaire jusqu’à sa mort, sans; autre interruption qu’un voyage en Allemagne, en Franceet en Angleterre, où il aila recueillir des documentspourses travaux. On a de lui: Jonas illustratus, hebraicechaldaiceet latine, in-8°, Utrecht, 1656; Joël explicatus; adjunctus Obadias illustratus, in-8°, Utrecht, 1657; .Onomastieum sacrum, in quo omnia nomina propriahebrsea, chaldaica, grxca et origine latina tum in Velerequam in Novo Testamento occurrentia explicantur, in-8°, Utrecht, 1665, 1684; Philologus hebrseus, continensqusestiones hebraicas quse circa Vêtus Testamentumhebrseum moveri soient, in-4°, Utrecht, 1656, 1672, 1695; Amsterdam, 1686; Philologus hebrseo-mixtus, inquo qusestiones mixtx scilicet de versione Vulgata, deversione Septuaginta interpretum, de Paraphrasibuschaldaicis, de variis Judssorum sectis et de aliis multisrébus prpponuntur, in-4°, Utrecht, 1663; Leyde, 1682, 1699; Philologus hebrseo-grsecus, in quo qusestioneshebrœo-grsecie, cirea Novum Testamentum gi’iecummoveri solilse enodantur, in-4°, Utrecht, 1670; Leyde, 1685, 1695; les trois Philologus ont été réimprimés ensemble, 3 in-4°, Bâle, 1739; Pirke Aboth, sive tractatus-.talmudicus, cum versione hebraica duorum capitumchaldaicomm Danielis, in-4°, Utrecht, 1665; 2= édit. r1675, augmentée de plusieurs autres chapitres de Daniel «et d’Esdras, traduits en hébreu, etc.; Manuale hebrxolalino-belgicum, in-12, Utrecht, 1668; Grammaticahebrseo-belgica, in-12, Utrecht, 1668; Clavis hebraica etphilologica Veteris Testamenti, in-8°, Utrecht, 1683; Clavis grœcaNovi Testamenti, in quo et themata NoviTestamenti secundum ordinem librorum referuntur, et ejusdem dialecti, hebraismi ac rariores constructionesexplicantur, necnon variée observationes philologicse, antiquitates item sacrée et profanée annotantur, in-8°, Utrecht, 1672; Libellus de dialectis Novi Testamenti, singulatim hebraismis, extrait du Philologus hebreeogreecus, par J. F. Fischer, in-8°, Leipzig, 1754, 1792; Compendium grsecum Novi Testamenti, in quo 1829versiculi qui continent omnes et singulas totius NoviTestamenti voces asteriscis sunl annotati et a cgeterisversiculk distincti, in-8°, Utrecht, 1674; in-12, . 1677; in-8°, 1682; 1762 (la plus correcte de toutes); Compendiumbiblicum, in quo ex versiculis 23602 totius VeterisTestamenti, circiter bis mille tanty/m versiculihebraice et latine sunt annotati et allegati, in quibusomnes universi Veteris Testamenti voces primitivse etderivatee, tant hebraicee quam chaldaicse, occurw.nl, quo omnes, sub Leusdenii prsesidio et ductione collegit

D. Daniel Van Vianen Vltrajectensis, in-8°, Utrecht, 1674; Halle, 1736; nombreuses éditions; Psalterium hebraieum, hebrxo-latinum, hebrseo-belgicum, in-12, Utrecht, 1667; Novum Testamentum greecum, in-24, Utrecht, 1675; Biblia hebraïca cum prxfatione, in-8°, Amsterdam, chez Joseph Athias, 166-1; 2e édit., ’1661, cumlemmatibus latinis (cette Bible fut regardée comme lameilleure jusqu’à celle de Van der Ilooght en 1705; voirJournal des savants, 1707, Supplément, p. 219-238); Novum Testamentum syriacum, cum versione latinaTremelln paululum recognita, in-4°, Leyde, 1708 (éditionachevée par Charles Schaaf). On doit aussi àLeusden leséditions suivantes: Samuelis Bocharli opéra omnia(avec la collaboration de Pierre Villemondi), 2 in-f», Leyde, 1675; 3 in-f°, 1692; Martini Pooli Synopsis criticorum, 5 in-f°, Utrecht, 1686; Joannis Lightfoot opéraomnia, 3 in-f", 1699. «Leusden, dit’Michel Nicolas dansla Nouvelle Biographie générale, Paris, t. xxxi, 1862, col. 11, n’a été ni un esprit original ni un savant de premierordre; mais ses travaux ont été utiles, en rendantplus faciles les études philologiques nécessaires à l’intelligencede l’Ancien et du Nouveau Testament.» — Voirle Journal des savants, 1707, p. 160; 1710, p. 141-142; C. Burmann, Trajectum eruditum, in-4°, Utrecht, 1738, p. 185-191; Laboudène, dans la Biographie universelle, t. xxiv, p. 385; Michel Nicolas, dans la Nouvelle Biographiegénérale, t. xxxi, 1862, col 11.

F. VlGOUROUX.

    1. LEVAIN##

LEVAIN (hébreu: ie’ôr; chaldéen: ie’ôr, Septante: ïO|jlti; Vulgate: fermentum; hébreu: hdmês, ce quiest fermenté, fermentatum), pâte aigrie servant à déterminerla fermentation de la pâte fraîche. — 1° Le levainest une substance déjà fortement ferm entée qu’onajoute à la pâte dont on veut faire le pain. Aujourd’hui, cette substance est ordinairement la levure de bière.Pline, H. N., XVIII, xi, 26, dit que, de son temps, onfaisait lever le pain d’orge avec de la farine de lentilleou de cicerole ou pois chiche. Chez les Hébreux, on seservait communément de lie de vin ou de vin doux pourprovoquer la fermentation de la pâte. Cf. Pesachim, iii, 1. Le levain le plus facile à obtenir et le plus habituellementemployé chez les anciens était emprunté à de lapâte antérieurement levée. C’était celui qu’on utilisaiten Egypte. Cf. Maspero, Histoire ancienne des peuplesde l’Orient classique, Paris, t. i, 1895, p. 320. Pour l’obtenir, on prélève une partie de la pâte déjà préparée pourla cuisson; au bout de huit à dix heures, dans une enceinteà température assez douce, la fermentation se développed’elle-même dans cette pâte; si à plusieurs repriseson l’additionne d’eau et de farine, au bout de quelquesheures encore, cette masse se change en levain. On lamélange ensuite à la pâte nouvelle, dans la proportiond’un tiers à une moitié, selon que la température estplus ou moins élevée. La fermentation se produit dansla pâte aux dépens des matières sucrées de la farine; l’acide carbonique qu’elle dégage rend la pâte poreuse etlégère et fait qu’ensuite le pain constitue une nourritureà la fois plus agréable et plus facilement assimilable.

2° Il.est fait plusieurs allusions, dans la Sainte Écriture, à l’effet du levain sur la pâte. Le boulanger chauffe sonfour en attendant que sa pâte soit levée. Ose., vii, 4. Unpeu de levain soulève une masse de pâte. I Cor., v, 6; Gal., v, 9. Il faut au levain quelques heures pour qu’ilpuisse produire son effet. C’est pourquoi les Hébreux, sortis à la hâte de la terre d’Egypte, durent faire cuiredes pains sans levain à leur première station. Exod., xii, 39. Ils furent ainsi obligés, dès le début de leurvoyage et à peu de jours du premier festin pascal, de senourrir de pains azymes, comme ils auront à le fairedésormais chaque année durant l’octave de la Pâque.Exod., xii, lS.Voir Azymes, t. i, col. 1311. Durant toutecette octave, aucune trace de levain ne devait subsisterdans les demeures ni dans tout le pays d’Israël. Exod.,

xii, 19; xiii, 7; Deut., xvi, 3. Il fallait éloigner toutetentation de violer la loi, en supprimant ce qui servaitd’ordinaire à rendre le pain plus agréable. Les docteursjuifs veillèrent à l’accomplissem*nt rigoureux de cetteprescription. L’agneau pascal était immolé le 14 nisan, au soir, et alors seulement commençait le temps desazymes. Mais ils voulaient que, dès la nuit précédente, le père de famille inspectât toute sa maison le flambeauà la main, et que tout ce qui était fermenté fût brûlé versle milieu de la journée. Vers dix heures du matin de cejour, on prenait le dernier repas avec du pain levé. Cf.Iken, Antiquitates hebraicæ, Brème, 1741, p. 308.

3° La raison principale qui faisait proscrire le painfermenté dans l’octave de la Pâque et dans la plupartdes offrandes, Exod., xxix, 2; Lev., ii, 11; vii, 12; viir, 2; Num., vi, 15, était que la fermentation implique unesorte de corruption. Dans les deux passages de saintPaul, I Cor., v, 6; Gal., v, 9, la Vulgate traduit Cuptot, «fait lever,» par corrumpit, «corrompt.» Cette idée, du reste, a été familière aux anciens. On n’offrait pointaux dieux de pains fermentes, parce qu’on les regardaitcomme corrompus en quelque manière. Cf. Aulu-Gelle, X, xv, 19; Perse, Sat., i, 24; Plutarque, Quscst. rom., 109. Les Hébreux n’emportèrent pas de levain d’Egypte, ce qui signifie symboliquement qu’ils laissèrent à l’Egyptesa corruption, sans en prendre rien avec eux quand ilspartirent pour le désert. Cf. Bâhr, Symbolik des mosaischenCultus, Heidelberg, 1839, t. ii, p. 630, 631. Auxfêtes de la Pentecôte, Lev., xxiii, 17, et dans les sacrificesd’actions de grâces, Lev., vil, 13; Ami, iv, 5, onprésentait des pains fermentes. Mais ces pains n’étaientpas offerts sur l’autel. Cf. Menachot, v, l; Siphra, ꝟ. 77, 1; Reland, Antiquitates sacrse, Utrecht, 1741, p. 194; DeHummelauer, In Exod. et Levit., Paris, 1897, p. 370.Il convenait qu’à la Pentecôte, fête destinée à remercierDieu de la récolte, on présentât devant lui le fruit de larécolte dans l’état où l’homme l’utilisait d’ordinaire, parconséquent sous forme de pain fermenté. Une raison analogueexplique l’offrande de pareils pains dans le sacrificed’actions de grâces. Cf. Bâhr, Symbolik, t. H, p. 372, 650; Iken, De duobus panibus Pentecostes, Brème, 1729.

4° Il est à croire que, la plupart du temps, les Hébreuxfaisaient leur pain sans levain. C’est ainsi que procèdentAbraham et Gédéon vis-à-vis d’hôtes respectables.Gen., xix, 3; Jud., vi, 19. Sans doute, dans l’un et l’autrecas, il fallait agir vite. Toujours est-il que les deux personnagesn’avaient pas habituellement de levain toutpréparé; car il n’eût pas été plus long de faire des painslevés que des pains azymes. Aujourd’hui encore, c’estla pratique commune en Orient, au moins dans les villagesd’Egypte, de Syrie et de Palestine, de pétrir lapâte sans levain et de la faire cuire immédiatement. LesArabes font aussi leur pain avec de la pâte sans levain, qu’ils se contentent de délayer dans l’eau et d’appliquerensuite avec le creux de la main sur la cruche qui leursert de four. Ce pain sans levain ne vaut plus rien lelendemain. C’est seulement quand ils ont besoin d’enconserver plus longtemps et qu’ils ont le temps et lacommodité de préparer du levain, qu’ils en mettent dansleur pâte. Cf. de la Roque, Voyage dans la Palestine, Amsterdam, 1718, p. 192-194.

5° Dans le Nouveau Testament, le levain représenteaussi quelquefois un principe de corruption. Notre-Seigneùravertit les disciples de se garder du levain des.pharisiens. Les disciples croient d’abord qu’il s’agit dulevain avec lequel on prépare le pain. Le Sauveur leurexplique que le levain dont il parle n’est autre que ladoctrine des pharisiens, leur hypocrisie, leur méchanceté, leur attachement pour les traditions humaines aumépris de la loi de Dieu. Matth., xvi, 6-12; Marc., irai, 15; Luc, xii, 13. Cette comparaison entre le levain et lamauvaise doctrine était familière aux docteurs juils. Cf.Buxtorf, Lexicon talmud., édit. Fischer, p. 1145. Saint

Paul, après avoir reproché aux Corinthiens l’inceste quia été commis parmi eux, leur recommande de se débarrasserde tout vieux levain de mal et de méchanceté, afinde célébrer la Pâque du Christ avec les azymes de lapureté et de la vérité. I Cor., v, 7, 8. — Dans une de sesparaboles, Notre-Seigneur mentionne le levain au pointde vue de son action sur la masse de la farine: «Leroyaume des cieux est semblable à du levain qu’unefemme prend et mêle à trois se’âh de farine, jusqu’à ceque le tout soit fermenté.» Matth., nu, 33. Le Sauveurdut reproduire plusieurs fois cette parabole, puisqu’onla retrouve dans saint Luc, xiii, 21, assignée à uneautre époque. Le se’dh vaut un tiers du bath ou éphah, soit treize litres. Trois se’dh constituaient la contenanceordinaire d’un pétrin. Gen., xviii, 6; Jud., vj, 19; 1 Reg., i, 24. Ce nombre n’a donc pis de significationparticulière dans la parabole. Le royaume des cieux, c’est-à-dire l’Église, doit, par la prédication évangélique, produire dans le monde un effet analogue à celui dulevain dans la pâte: être mêlée à toute l’humanité commele levain à la pâte; agir sur elle, malgré sa iaiblesse numérique, comme le levain agit sur la pâte; produiresur l’humanité une transformation qui la soulève, latransforme, lui donne de la valeur aux yeux de Dieu etl’aide à se conserver en bon état, de même que le levainsoulève la pâte, la fait entrer tout entière en fermentation, , lui donne du goût et l’aide à se conserver. Lesdernières paroles de la parabole, «jusqu’à ce que letout soit fermenté,» indiquent que l’Église est destinéeà agir sur toute l’humanité, dans l’universalité des tempset des lieux. Il est de toute évidence que, dans cette parabole, le levain ne saurait être pris dans le sens péjoratifqui lui convient dans d’autres passages de la SainteÉcriture. Cf. S. Jérôme, In Evang. Matth., ii, 13, t. xxvi, col. 91, 92; S. Augustin, Qusest. evang., i, 12, t. xxxv, col. 1326; Knabenbauer, Evang. sec. Matth., Paris, 1892, t. i, p. 533, 534; Jûlicher, Die GleichnissredenJesu, Fribourg-en-Brisgau, 1899, t. ii, p. 577-581.

H. Lesêtre.

    1. LEVANT##

LEVANT, partie de l’horizon où le soleil se lève.Voir Cardinaux (Points), t. ii, col. 257.

LÉVI (hébreu: Lêvî; Septante: Aeue? ou Aeuî), nomd’un fils du patriarche Jacob, d’une tribu d’Israël et detrois autres Israélites.

1. LÉVI, le troisième fils que Jacob eut de Lia.Gen., xxix, 34. Son nom, comme celui de ses frères, est un jeu de mots provenant de l’exclamation de samère lorsqu’elle le mit au monde: «Elle conçut denouveau et engendra un fils, et elle dit: Maintenantmon mari s’unira (hébreu: yilldvéh) à moi, parce queje lui ai enfanté trois fils. C’est pourquoi elle l’appela dunom de Lêvî.» Gen., xxix, 34. Personnellement, Lévin’est connu que par un épisode sanglant, racontéGen., xxxiv. Pour venger l’honneur de sa sœur Dina, il ne craignit pas, avec Siméon, son frère, d’employerla ruse et la cruauté. Au mépris de la parole donnée etde l’alliance contractée, ils surprirent au milieu desdouleurs de la circoncision Hémor et Sichem, chefsehananéens, et leur ville, les mirent à mort, égorgèrentles hommes et emmenèrent en captivité les femmes etles enfants après avoir tout pillé et dévasté dans lesmaisons et dans les champs. Jacob adressa à Ses fils dedurs reproches: «Vous m’avez troublé, leur dit-il, etvous m’avez rendu odieux aux Chananéens et aux Phérézéens, habitants de cette terre. Nous sommes peunombreux; , ils se rassembleront et me frapperont, et jeserai détruit, moi et ma maison.» Gen., xxxiv, 30. C’estsans doute parce que cette considération devait-produirele plus d’impression sur les coupables que le patriarchela tait valoir. Elle n’exclut pas l’horreur que dut luiinspirer le crime de ses enfants, comme on peut en

juger d’après les paroles de la Bénédiction. Gen., xlix, 5-7. Voir LÉvi 2. Lévi est le père de la tribu qui porteson nom. Ses fils furent Gerson, Caath et Mérari.

Gen., xlvi, 11; I Par., vi, 1.

A. Legendre.

2. LÉVI (TRIBU DE), une des tribus d’Israël, spécialementconsacrée au culte religieux. Nous en examineronsle nom et l’origine, la division et les fonctions, les droits et les privilèges, et enfin l’histoire. Par làmême se trouveront éclaircies plusieurs difficultés soulevéespar l’école critique contemporaine.

I. Nom. — La Genèse, xxix, 34, interprète le motrh, Lèvîj dans le sens de «. uni, attaché». La racine

rnb, lâvdh, est employée, à la forme niphal, avec la

signification de «adhérer, s’attacher à quelqu’un», dansIsaïe, lvi, 3, 6, et Ps. lxxxii (hébreu, lxxxiii), 9. Dansles Nombres, xviii, 2, les Lévites sont représentéscomme «attachés» (illdvû) à Aaron, , le grand-prêtre.Leur nom patronymique exprime ainsi en même tempsleurs fonctions de ministres sacrés. Mais certains exégètesne voient là qu’un procédé artificiel, au moyenduquel le patriarche Lévi eût été appelé ainsi à une datepostérieure à l’organisation de la tribu. Lévi n’eût doncété à l’origine ni un nom d’homme ni un nom patronymique, mais un qualificatif indiquant une fonction ouune «attache» quelconque à une institution. De cettefaçon P. de Lagarde, Orientalia, Gœttingue, 1880, t. ii, p. 20; Mittheilungen, Gœttingue, 1887, t. î, p. 54, ’prendles Lévites pour les Egyptiens qui se joignirent aux Sémiteslorsque ceux-ci quittèrent la contrée du Nil pourrentrer en Asie. Cf. Exod., xii, 38; Num., xt, 4. Voiraussi E. Renan, Histoire du peuple d’Israël, Paris, 1887, t. i, p. 149. Cette hypothèse est non seulement contreditepar le texte sacré, mais elle manque de toute vraisemblance; on ne peut admettre que les Israélites, avec leur amour-propre national, aient confié à desétrangers un ministère aussi important que celui dusacerdoce. — Maybaum, Die Entwickelung des altisrælitischenPriesterthums, Breslau, 1880, p. iv, s’élevantcontre l’opinion de P. de Lagarde, conclut de l’étymologiede làvàh que les Lévites portaient ce nom en leurqualité de «clients du temple». Il est sûr que le participelôvèh, «emprunteur, débiteur,» et, si l’on veut, «client,» a pour corrélatif malvéh, «prêteur, créancier» ou «patron». Cf. Prov., xxii, 7; Is., xxiv, 2, etc.Mais le lévite n’est jamais nommé lôvéh, ni le templemalvéh. — Baudissin, Geschichte des alttestamentlichenPriesterthums, Leipzig, 1889, p. 50, s’appuyant sur Num., xviii, 2, 4, prétend que les Lévites, appelés à «s’adjoindre» aux prêtres, ne devaient pas par là même leurvocation à leur naissance. Outre que cette conclusionpèche contre la logique, elle est condamnée par le textebiblique lui-même, où nous voyons Dieu présenter lesLévites à Aaron comme «ses frères, la tribu de Lévi, larace de son père». L’auteur sacré marque simplementici la supériorité des enfants d’Aaron sur les autresmembres de la famille de Lévi, de même que la prioritéde leur vocation et de leur consécration. Baudissin, ibid., p. 72, n’est pas plus heureux en expliquant l’hébreuLeviim par «les attachés» ou «l’escorte del’arche». Être attaché à l’arche ou former son escorten’était pas le privilège exclusif des Lévites, les prêtrestenaient de plus près au symbole sacré. Accompagnerl’arche ne fut, du reste, qu’une fonction transitoire.Après l’établissem*nt des Hébreux dans le pays de Chanaan, les anciens leviim étaient devenus des kôhanîmou € prêtres». Comment ce dernier nom n’aurait-il passupplanté le premier, donnant ainsi naissance à la tribudes Kôhanîm et au patriarche Kôhên plutôt qu’à celledes Leviim et au patriarche Lêvî? — F. Hommel, Aufsàtzeund Abhandlungen, Munich, 1893, p. 30; Die altisrælitischeUeberlieferung, Munich, 1897, p. 278, fait

un rapprochement intéressant avec certaines inscriptions minéennes trouvées par Euting à el-Ola, au nordde Médine, et où il est question de personnes appartenant au Dieu Wadd, désignées sous le nom de lawi’u, féminin, lawVat, «prêtres, prêtresses.» Le rapport deces mots avec l’hébreu lévi est accepté par Mordtmann, Beitrâge zur tninâiscken Epigraphik, Weimar, 1893, p, 43, et Sayce, Early history of the Hebrews, Londres, 1897, p. 80. Mais en admettant que telle soit leur signification exacte, leur emploi n’est pas conforme à celuide lêvî. Si l’on peut dire: «le prêtre, la prêtresse deWadd,» on ne trouve nulle part dans l’Ancien Testament: «le lévi de Jehovah.» L’idée de «prêtre» estexclusivement représentée en hébreu par kôhên. S’il ya eu emprunt, c’est plutôt du côté des Minéens, emprunt qui s’expliquerait par l'établissem*nt de coloniesisraélites dans le pays. — Wellhausen, Prolegomenazur Geschichte lsræls, Berlin, 1899, p. 146, prétend queLêvi est simplement le nom ethnique dérivé de Lé'dh(Vulgate: Lia). Tel est aussi le sentiment de Stade, Lea und Rahel, dans la Zeitschrift fur die alttestamentliche Wissemchaft, Giessen; t. i, 1881, p. 116.

II. Origine. — II y a là, on le voit, bien des subtilitéspour échapper à l’autorité de la tradition biblique. C’estpourtant la seule qui réponde aux exigences de l’histoire. Il est certain qu'à l’origine il a existé une tribudistincte, du nom de Lévi, Nous en avons la preuvedans la Bénédiction de Jacob, Gen., xlix, 5-7: où elle asa place marquée parmi les descendants du patriarche, à côté de Siméon. Voici, d’après l’hébreu, la traductionde ce très ancien morceau poétique. Il est probable cependant que le texte massorétique ne représente paspartout le texte primitif; de là certaines restitutions qu’ilest permis de faire d’après les anciennes versions oud’après des conjectures critiques. Cf. J. M. Lagrange, La prophétie de Jacob, dans la Revue biblique, Paris, t. vii, 1898, p. 525; C. J. Bail, The Book of GenesU inhebrew, Leipzig, 1896, p. 107.

y. 5. Siméon et Lévi sont frères,

Ils ont consommé la violence avec leurs ruses: t. 6. Que mon âme n’entre pas dans leur complot,

Que mon honneur ne s’unisse pas à leur coalition,

Car dans leur colère ils ont tué des hommes,

Et dans leur caprice ils ont énervé des taureaux.y. 7. Maudite soit leur colère, car elle a été violente,

Et leur fureur, car elle a été inflexible.

Je les diviserai dans Jacob,

Et je les disperserai dans Israël.

Il est clair que ce passage fait allusion au récit deGen., xxxiv, 25-31, à la fourberie et à la cruauté deSiméon et de Lévi à l'égard des Sichémites. Voir Lévi 1.C’est pour cela que, dans le premier vers, au lieu de'ab-im, «frères,» on propose de lire 'ôhîm, «hyènes» (Bail) ou «hurleurs» (Lagrange). Cf. Is., xiii, 21. Desallusions semblables sont faites à propos de Ruben. Cf.Gen., xlix, 4; xxxv, 22. On remarquera que, dans laBénédiction, Lévi, représentant réel ou simplement idéalde la tribu, n’apparaît pas comme type de l’ordre sacerdotal. Par conséquent, ce n'était pas non plus commeministres du culte que les Levîîm portaient ce nom.. Par là même aussi, puisque nous trouvons, dès lespremiers temps de l’histoire d’Israël, une vraie tribu deLévi, qui n’est pas envisagée comme la tribu sainte, nous en conclurons qu’elle existait comme tribu politique, au même titre que les autres, et indépendamment de sa consécration au service divin.

Wellhausen et d’autres critiques admettent cetteconclusion, mais prétendent qu’il est impossible derattacher à cette tribu primitive celle des ministres sacrés: la première aurait disparu de bonne heure, et laseconde, d’origine récente, aurait eu des débuts indépendants. Nous ne pouvons réfuter en détail ces assertions ni les raisons mises en avant. Qu’il nous suffise

de dire que la prétendue disparition est une supposition gratuite, que l’histoire ne nous montre nulle partces débuts indépendants dont on parle. Ce qu’il y a decertain, c’est que le Deutéronome, quelle que soit sonorigine, suppose la tribu de Lévi en possession universellement reconnue des prérogatives sacerdotales, et que, dans la Bénédiction de Moïse, Deut, xxxiii, 8-11, latribu sacerdotale de Lévi est bien, comme dans la Bénédiction de Jacob, sœur de Ruben, de Juda et des autres, par conséquent identique à la tribu primitive. Voici, dureste, le passage de Deut., xxxiii, 8-11; il nous apportera quelque lumière sur les origines de la famille lévitique: «Et [Moïse] dit à Lévi (c’est-à-dire au sujet deLévi):

t. 8. Donne à Lévi (d’après LXX) ton Tummim

Et ton Urtm à ton homme pieux,

Que tu as tenté à Massa,

Que tu as jugé aux Eaux de Mériba; ꝟ. 9. Qui a dit de son père

Et de sa mère: Je n’y ai point égard;

[Qui] n’a pas considéré ses frères

Et n’a pas connu ses enfants.

Parce qu’ils ont observé tes commandements

Et gardé ton alliance, ꝟ. 10. Ils enseigneront tes jugements à Jacob

Et ta loi à Israël;

Es présenteront l’encens à tes narines,

Et l’holocauste sur ton autel.f. M. Bénis, Jéhovah, sa lortune (ou sa force)

Et agrée l'œuvre de ses mains;

Brise les reins de ses adversaires

Et de ses ennemis, afin qu’ils ne puissent se lever contre lui.

L’Urîm et le Tummîm représentent un des attributs dusacerdoce. Donner au peuple l’enseignement religieux, offrir l’encens et le sacrifice sont les principales fonctionsdu ministère sacré. Et tels sont les privilèges dont noustrouvons la tribu de Lévi déjà investie. Mais d’où luivint cette prérogative? Elle la dut, non pas à un acheminement graduel, comme on le prétend, mais à unchoix spécial de Dieu, à une institution positive. Cf.Num., i, 50; iii, 3, 6, etc. Cependant la raison de savocation est clairement indiquée ici: ce fut sa fidélité envers Dieu. Quelle que soit, en effet, l’obscurité del’allusion par rapport à Massa et à Mériba (cf. Exod., xvii, 1-7; Num., XX, 1-13; xxvii, 14), les paroles du ꝟ. 9 sontégalement l'écho d’un événement historique, racontéExod., xxxii, 21-29. Moïse, après l’incident du veau d’or, voulant châtier les coupables, s'écria: «À moi quiconque est pour Jéhovah!» Les Lévites seuls entendirent cet appel. Armés de glaives, ils parcoururent lecamp d’un bout à l’autre, frappant tous ceux qu’ilsrencontraient, «frères, amis, parents,» c’est-à-dire sansménagement, sans distinction de personnes. C’est ceque le poète sacré rappelle en disant qu’ils ne connurentni père, ni mère, ni frères, ni enfants. Il n’a donc pasvoulu par là exprimer un principe abstrait, c’est-à-direle détachement habituel des Lévites, le renoncementaux liens les plus chers, mais un fait réel, qui a mis enrelief leur attachement absolu à la cause de Jéhovah.Aussi est-ce ce jour-là qu’ils reçurent la promesse de l’investiture des fonctions saintes. Ils avaient, par leur zèle, changé en bénédiction la malédiction qu’avait attirée sureux la conduite criminelle de leur père. Il est permispeut-être de remonter plus haut dans l’histoire et d’expliquer les aptitudes spéciales des enfants de Lévi auculte religieux. On a remarqué parmi eux plusieursnoms propres égyptiens ou renfermant un élément égyptien; tels sont ceux de Phinéès (hébreu: Pinehés), Exod-, vi, 25; Num., xxv, 7; Phutiel (hébreu: Pûti'êl; et. Pûlîfar), Exod., VI, 25, et celui de Moïse (MôSëh}- luimême. Il est donc possible que des familles influentesde la tribu soient entrées en rapport avec les Egyptiens, pendant leur séjour dans la vallée du Nil. L’homme deDieu qui s’adresse au grand-prêtre Héli, rappelle que

les ancêtres de celui-ci avaient été «les serviteurs de lamaison de Pharaon», I Reg., ii, 27, formule qui n’estjamais appliquée à Israël dans son ensemble. Sous lecoup de l’aversion dont furent l’objet les fils de Lévipar suite du crime de Sichem, ils se tournèrentpeut-être plus que les autres Israélites vers les habitantsde l’Egypte et acquirent dans ce commerce une cultureplus élevée, une certaine connaissance de la religionégyptienne, ce qui ne les empêcha pas d’être les ardentsdéfenseurs de leurs traditions religieuses. «AinsiLévi se préparait à prendre la direction spirituelle desautres tribus. Lorsque, après les jours d’oppression, l’heure de la délivrance sonna, ce fut un lévite qui futchoisi pour sauver ses frères de la servitude et pourleur donner leur organisation religieuse, principe deleur unité et de leur future puissance. Les lévites furenttous désignés pour remplir, au sein de la nationnouvelle, les fonctions de ministres du culte; ils restèrentattachés au service de Jéhovah, dont ils avaientassuré le triomphe. Les analogies que l’on a signaléesentre divers éléments des institutions rituelles des Hébreuxet des Égyptiens s’expliqueraient très bien parles circonstances que nous venons d’exposer.» A. vanHoonacker, Le sacerdoce lévilique, Londres et Louvain, 1899, p. 309.

III. Division: Prêtres et Lévites. — La tribu de Lévia compris de tout temps deux groupes distincts de ministressacrés: les prêtres et les lévites proprement dits.Les premiers appartenaient exclusivement à la familled’Aaron, les seconds se rattachaient aux autres descendantsde Lévi. Voici, du reste, d’après Exod., vi, 16-25, un arbre généalogique qui fera mieux comprendre ceque nous dirons à ce sujet:

Lévi

1. Gèrson, 2. Caath, 3. Mérari.

4. Amrsm, 2. Isaar, 3. Hébron, 4. Oziel.

I

1. Marie, 2. Aaron,

I

3. Moïse.

1. Nadab, 2. Abiu, 3. Eléazar, 4. Ithamar. 1. Gersam, 2. Eliézer.

Phinéès.

Le sacerdoce existait même avant la vocation de latribu de Lévi. Déjà, au moment de l’exode, Aaron estassocié à Moïse, dont il est le porte-voix. Exod., iv, 14.Là, il est appelé «le lévite», titre qui nous le représentecomme le chef de l’ordre lévitique. Plus tard ilest convoqué par Dieu sur le Sinaï avec ses deux premiersfils, Nadab et Abiu, en compagnie de Moïse et des70 Anciens. Exod., xxiv, 1, 9. Si Nadab et Abiu setrouvent ici associés à leur père, c’est qu’ils sont considéréscomme partageant ses fonctions et sa dignité.Il est probable même que les na’ârê benè Ysrâ’êl, «lesjeunes gens» ou «les serviteurs des fils d’Israël», qui, en cette circonstance, jp. 5, offrent les sacrifices, sont, non pas les fils aînés des familles ou en général «desjeunes gens», mais les ministres du culte constituésparmi les enfants d’Israël, regardés comme s les serviteursdu peuple» dans la célébration du service religieux.Il est vrai qu’Aaron et ses fils ne sont pas encoresolennellement consacrés. Mais leur investituresolennelle, Exod., xxviii-xxix, est motivée par l’institutiondu sanctuaire et l’organisation des cérémoniesqui devaient s’y accomplir; elle ne prouve pas qu’Aaronne fut pas, avant sa consécration, attaché au service deJéhovah. Le même motif s’applique au choix et à laconsécration des Lévites, destinés a être les aides desenfants d’Aaron.

Les deux groupes lévitiques étaient, comme nous leverrons, nettement distingués par leurs attributions, et

jamais la classe inférieure, quelle qu’ait été sa situationà telle ou telle époque de l’histoire, n’a pu s’éleverà la hauteur de l’autre et se confondre avec elle. Cependantla communauté d’origine devait parfois occasionnerune certaine obscurité, le mot lévite désignant, dansson acception générale, la tribu tout entière, et, dansson sens restreint, une catégorie spéciale de ministressacrés. C’est pour cela que, dans quelques livres del’Écriture, la distinction entre les deux ordres n’est pasaussi bien marquée que dans d’autres. Dans les Nombres, par exemple, le titre de prêtre est réservé aux fils d’Aaron, Num., iii, 3; x, 8; xvi, 37, 39, etc.; les lévites «leursont donnés» comme ministres inférieurs, iii, 6-10; ilsne peuvent toucher les vases du sanctuaire sous peinede mort, le soin de les envelopper pour le transportn’appartient qu’aux prêtres, iv, 15, 19, 20; Dieu dit àAaron: «J’ai pris pour vous du milieu des entantsd’Israël les lévites vos frères, pour être un don à Jéhovah, afin qu’ils le servent dans le ministère du tabernacle; mais toi et tes fils avec toi, gardez votre sacerdoceà l’égard de tout ce qui concerne l’autel, etc.», xviii, 6, 7. Dans le Deutéronome, au contraire, le lévite, c’estle membre de la tribu de Lévi, sans détermination ultérieureet sans aucune notion d’infériorité; le prêtre, c’est le lévite en tant qu’investi du droit à l’exercice desfonctions saintes. Deut., x, 8, 9; XII, 12, 18, 19; xviii, 3-8. On trouve des expressions comme celle-ci: Kôhânîmha-leviyyîm, «les prêtres lévites,» Deut., xviii, 1; la Vulgate a mis la particule conjonctive, «les prêtreset les lévites,» mais ni le texte massorétique ni les Septantene la portent, ce qui est conforme à la terminologiehabituelle du Deutéronome. Il ne faudrait cependantpas conclure de là que le Deutéronome ignore ladistinction entre les fils d’Aaron et les autres membresde la tribu. On remarque, du reste, que, même dansles livres où la distinction est le plus clairement marquée, le mot lévite est parfois employé dans son sensgénéral, sans détermination précise; ainsi Num., xxxv, 2, 6, 8; Jos., xiv, 4; xxi, 8.

Les Paralipomènes présentent à la fois les deux caractèresque nous venons de constater dans le Pentateuque.D’un côté, la ligne de démarcation est nettement tracéeentre prêtres et lévites au point de vue de l’origine.Ceux-ci sont parfaitement distingués de ceux-là dansune énumération des douze tribus avec leurs chefs respectifs: «Les Lévites avaient pour chef Hasabias, filsde Camuel, et les Aaronides, Sadoc.» I Par., xxvii, 17.Il en est de même pour les attributions spéciales àchacun des deux groupes. Cf. I Par., vi, 48, 49 (hébreu, 33, 34); XVI, 39, 40; xxiii, 13, 28, 20, etc. Voir ce quenous disons plus bas: Fondions. D’un autre côté cependant, malgré ces titres distinctifs, les deux ordres semblentparfois se confondre sous la plume de l’auteur.Ainsi les Lévites sont aussi bien que les prêtres «saints, saints à Jéhovah» >.II Par., xxiii, 6; . xxxv, 3; ils exercentcomme eux le ministère sacré (Sùrêf) «devant l’arche, dans la maison de Jéhovah, envers Jéhovah lui-même».I Par., xvi, 4, 37; xxvi, 12; xv, 2. Il semble, d’aprèsI Par., ix, 32, que ce sont des lévites de la famille deCaath, non pas des Aaronides, qui doivent renouvelerchaque semaine les pains de proposition, fonction quela Loi réservait aux prêtres. Les lévites et «les prêtreslévites» sont confondus, II Par., v, 4, comme «porteursde l’arche», du tabernacle, des meubles sacrésqu’ils introduisent dans le nouveau temple; cependant, au *. 7, ce sont les prêtres qui placent l’arche dans lesaint des saints. Dans la description d’une Pâque solennelle, célébrée sous le règne d’Ézéchlas, II Par., xxx, 15, l’auteur, parlant des prêtres et des lévites, ditqu’ «ils offrirent des sacrifices dans la maison de Jéhovah». Il ajoute plus loin, ji. 23, que les lévites «mangèrentdurant la solennité, pendant sept jours, immolantdes victimes pacifiques et louant Jéhovah le Dieu

de leurs pères». Déjà, dans le chapitre xxix, 4, 5, nousvoyons les deux divisions du clergé traitées pas le roisur le même pied; et cependant les prêtres proprementdits, les fils d’Aaron, sont, au coars des cérémonies, plus d’une fois soigneusem*nt distingués des simpleslévites, ꝟ. 12-16, 21-25, 26. Cette sorte d’égalité entreprêtres et lévites s’explique par la situation élevée queces derniers possédaient à l’époque préexilienne. Entout cas, ce que nous venons de dire suffit pour montrerque les différentes manières de parler, chez les auteurssacrés, tiennent à leurs points de vue différentsou à certaines conditions historiques, mais que la distinctionfondamentale entre Aaronides ou prêtres etlévites proprement dits n’a jamais été méconnue.

Le tableau généalogique que nous avons donné plushaut montre l’origine commune et la distinction desdeux groupes lévitiques.Aaron, le premier grand-prêtre, decendait de Lévi par Caath. Le sacerdoce fut héréditairedans sa famille exclusivement. Ses deux fils aînés, Nadab et Abiu, que nous avons vus partager dès le débutson ministère et sa dignité, moururent frappés parla colère divine, comme il est raconté Lev., x, 1-2.Les prérogatives sacerdotales passèrent alors à leursfrères, Éléazar et Ithamar, et leurs descendants. Lesfils d’Aaron furent donc divisés en deux branches principales, et, après la mort de celui-ci, ce fut Éléazar quirevêtit les insignes du souverain pontificat. Num., xx, 25-28. Éléazar eut pour successeur son fils Phinéès.Num., xxv, 11-13. Pour le reste, voir Grand-Prêtre, t. iii, col. 295. David partagea les deux branches sacerdotalesen 24 classes, dont 16 de la souche d’Éléazar, et8 de celle d’Ithamar. L’ordre de rang et de service futdéterminé entre ces classes par. le sort. I.Par., xxiv, 4-19. Les Lévites, de leur côté, se trouvèrent divisés dèsl’origine en trois grandes familles, celle de Gerson, deCaath et de Mérari.

IV. Fonctions et consécration. — Les prêtres et leslévites, avons-nous dit, étaient nettement distingués parleurs attributions. Nous ne pouvons indiquer ici qued’une manière générale les fonctions sacerdotales. Pourles détails, voir Prêtres. Aux prêtres seuls appartientle. service de l’autel, oblation des sacrifices, offrandeset libations. Eux seuls peuvent entrer dans le tabernacle, pour taire brûler l’encens sur l’autel des parfums, veiller au service de la table des pains de proposition, à l’entretien du chandelier d’or. Exod., xxx, 7, 20; Lev., xxiv, 2-9, etc. Leur mission près du peuple, dans ces fonctions mêmes, est de le réconcilier avecDieu, de le bénir, de l’instruire dans la Loi, de le maintenirdans la pureté légale. Lev., iv, v, x, 10, 11; xiii, xiv; Num., vi, 22-27. Un de leurs privilèges est l’usagedes trompettes sacrées dans les circonstances solennelles.Num., x, 8. Ils doivent être exempts de certains défautscorporels, se purifier des souillures légales avant deremplir leur ministère et de manger les choses saintes.Lev., xxi, 16-23; xxii, 2-7. Tous sont tenus de pratiquerles ablutions réglementaires, et de s’abstenir deboissons enivrantes chaque fois qu’ils doivent entrerdans le tabernacle. Exod., xxx, 19; Lev., x, 9.

Les lévites sont les gardiens du sanctuaire et les serviteursdes prêtres, auxquels ils sont absolument subordonnés.Num., i, 50; iii, 6-10. Leur exclusion desoffices et des droits sacerdotaux est indiquée d’une manièresaisissante dans le récit de la révolte et du châtimentde Coré, de Dathan et d’Abiroh. Num., xvi, 1-35.Ils sont offerts à Dieu par Aaron pour remplacer les premiers-nésd’Israël. Num., iii, 12, 45; viii, 11, 13-19. Audésert, ils sont chargés du transport du tabernacle etde son mobilier. Les attributions de chaque famille sontènumérées d’une manière précise. Num., iv. Les fils deCaath, sous la conduite d’Éléazar, devaient porter lesmeubles sacrés, préalablement enveloppés par les prêtresen de précieuses couvertures. Les fils de Gerson, sous

la conduite d’Ithamar, avaient pour mission de porterles rideaux et les tentures du tabernacle. Les fils deMérari, également soumis à Ithamar, portaient les planches, les barres et les colonnes qui formaient la charpentedu tabernacle, les piquets et les cordages de l’enceintedu parvis. Sous David, nous trouvons les Lévitesdivisés en quatre classes: 1° les gardiens du matérielet du trésor de la maison de Dieu, I Par., xxiii, 4; xxvi, 20-28; 2° les magistrats et les juges, iôterîm û-Sôfetim, I Par., xxiii, 4; xxvi, 29-32; 3° les portiers, I Par., xxm. 5; xxvi, 1-19; 4° les chantres. I Par., xxiii, 5; xxv. Ces derniers, à leur tour, étaient partagés entrois groupes, sous la direction de trois chefs de chœur: Asaph, des fils de Gerson, avec quatre sections; Éthanou Idithun, des fils de Mérari, avec six sections; Héman, des fils de Caath, avec quatorze sections; ce quifaisait en tout vingt-quatre sections, dont chacune étaitdivisée en douze familles, d’où 288 familles de chantres.I Par., xxv, 1-7. Voir Chantres du Temple, t. ii, col. 556.La classe des portiers comprenait quatre groupes suivantles quatre points d’orientation du sanctuaire. Voir Portiers.Il est probable que les «magistrats et juges» étaient divisés en six classes diversem*nt dénommées àdifférentes époques suivant l’une ou l’autre des famillesles plus éminentes. VoirCAATHiTES, t. ii, col. 3; Gerson, t. iii, col. 214; Mérari. Les Lévites entraient en fonctionsà l’âge de trente ans, d’après Num., iv, 3, 23, 30, à vingt-cinq ans, d’après Num., viii, 24 (les Septanteportent 25 dans tous les passages). Cet âge fut fixé parla constitution davidique à vingt ans. I Par., xxiii, 24-28.Le service cessait à cinquante ans. Toute la période desrois fut la plus brillante pour les lévites. Après l’exil, nous les trouvons chargés de la surveillance des travauxdu nouveau temple. I Esd., iii, 8-9. Ils entourent Esdraspendant la lecture de la Loi, II Esd., viii, 4, 7, 9, et c’estdans leur bouche qu’est placée la confession qui précèdele renouvellement de l’alliance avec Dieu. II Esd., IX, 5.Ils sont chargés, sous l’inspection d’un prêtre, de procéderau prélèvement des dîmes. II Esd., x, 37-38. Cependantla classe des «magistrats et juges» disparaîtpresque complètement dans les documents qui se rapportentà cette époque du second temple.

Prêtres et lévites ne pouvaient entrer en fonctionssans une consécration spéciale, tant était grande la saintetéde leur ministère. Et ici encore la différence desdeux ordres est marquée par la différence des rites.Sans parler de la consécration du grand-prêtre, quiétait la plus solennelle, celle des simples prêtres secomposait essentiellement des cérémonies suivantes: purification corporelle, vêture, c’est-à-dire remise de latunique de liii, de la ceinture et de la mitre, remise desoffrandes entre leurs mains, imposition des mains surla victime, une sorte d’onction avec le sang d’un béliersur l’extrémité de l’oreille droite, sur le pouce de lamain droite et le pouce du pied droit, une aspersion avecun mélange de sang et d’huile sainte, enfin repas sacré.Cl. Exod., xxix, 1-37; Lev., viii, 1-36. Quant à l’onctionproprement dite, voir Huile, t. iii, col. 776. — L’ordinationdes lévites était beaucoup plus simple, comme lareconnaît lui-même le texte sacré. Il Par., xxix, 34. Lacérémonie préliminaire comprenait aussi la purification, c’est-à-dire une aspersion «d’éau de péché» ousymbolisant fa rémission des péchés, puis purificationdu corps et des vêtements. Une double donation caractérisaitla consécration proprement dite: les lévitesétaient donnés à Jéhovah par les enfants d’Israël, etJéhovah de son côté les donnait aux prêtres. On distinguequatre rites successifs: 1° Les princes du peupleimposaient les mains aux lévites, pour marquer qu’ilsles substituaient aux premiers-nés que Dieu s’était réservés.2° Le grand-prêtre les offrait à Dieu avec unecérémonie particulière que le texte hébreu exprime parles mots hênîf fenûfâh’. Num., viii, 11. Hénif signifie «agiter, balancer de côté et d’autre», et tenûfâh est lenom donné à l’offrande ainsi présentée à Dieu. Cf. Exod., xxix, 24, 26; Lev., vii, 30, etc. 3° Les Lévites à leur tourmettaient les mains sur la tête des deux bœufs qu’on devaitimmoler. 4° Enfin ils étaient remis aux prêtres, dontils devaient être les serviteurs. Num., viii, 5-19. On voitparce rituel toute la distance qui les séparait des ministresde l’autel. Avaient-ils des insignes? La Loi ne renfermeaucune disposition spéciale à ce sujet; son silence feraitplutôt croire que non. Cependant les Paralipomènes nousprésentent les lévites préexiliens revêtus de la tuniqueblanche comme les prêtres. I Par., xv, 27; II Par., v, 12.Était-ce en raison du caractère exceptionnel de certainessolennités? La situation élevée qu’ils avaient à cette époqueles avait-elle conduits à cette sorte d’usurpation? On nesait. Le fait est qu’après l’exil, ils n’avaient plus d’uniformedistinctif. Dans le récit de la reconstruction du temple, I Esd., iii, 10, on mentionne les ornements sacrés desprêtres, on ne parle pas de ceux des lévites. Josèphe, Ant.jud., XX, ix, 6, rapporte que, sous le règne d’Agrippa, les lévites-chantres demandèrent et obtinrent l’autorisationde porter aussi bien que les prêtres une robe blanche.Dans son mécontentement, il s’écrie: «Toutes ces mesuresétaient contraires aux usages nationaux, dont la violationdevait attirer sur les Juifs de si justes châtiments.»

V. Droits et privilèges. — La tribu de Lévi, consacréeà Dieu, devait lui appartenir entièrement, sanssouci des biens terrestres. Dieu seul était son héritage, Num., xviii, 20; mais, en retour, il lui cédait une partiede ses droits sur la terre d’Israël. Les familles sacerdotaleset lévitiques n’eurent donc point, comme les autres, de territoire propre et distinct dans le pays de Chanaan.Jos., xili, 14, 33. Elles vécurent disséminées, ayant pourséjour garanti et privilégié certaines villes déterminées.Jos., xxi. Voir Lévitiques (Villes). Leur entretien tombaità la charge de la nation par là même qu’elles la représentaientauprès de Jéhovah. Des contributions dediverses natures étaient destinées soit aux membres de latribu qui vivaient dispersés, soit à ceux qui étaient attachésau sanctuaire national pour l’exercice du ministère sacré.La dotation du clergé comprenait les revenus suivants:

1° La dîme. — La loi mosaïque plaçait dans la dime laprincipale source de subsistance pour les prêtres et leslévites. Cf. Deut., xtv, 22-29. Voir Dime, t. ii, col. 1431.

2° Les premiers-nés et les prémices. — La même loiétablit que les premiers-nés mâles des troupeaux appartiennentà Jéhovah et doivent lui être consacrés, que lesprémices de tous les produits des champs doivent luiêtre données. Exod., xiii, 11-16; xxiii, 19; xxxiv, 19-20; Deut., xv, 19-23; xxvi, 1-10. Or, la part de la tribu deLévi en Israël n’est autre que la part de Jéhovah. Num., xviii, 8-19; Deut., xviii, 1-2. Les ministres sacrés avaientdonc un droit à prélever sur ces offrandes, mais enlaissaient une partie aux donateurs pour leurs repas defêtes. Voir Premiers-nés et Prémices.

3° Les sacrifices et les offrandes. — L’autel lui-mêmeconstituait pour les prêtres une source abondante derevenus. Nous savons, d’après Num., xviii, 9-10, que «les choses très saintes» étaient exclusivement réservéesaux prêtres, et qu’elles devaient être consomméesdans le lieu saint, par les seuls membres mâles desfamilles sacerdotales. Sous ce nom étaient comprisesles viandes des victimes offertes pour le péché (hattâ’f), dans les cas où ce qui restait après les parties consuméessur l’autel ne devait pas être brûlé, et les viandesdes victimes offertes pour le délit ou la réparation ÇâSàm).Parmi ces mêmes choses était compté le sacrifice nonsanglant (minhâh), c’est-à-dire l’offrande de farine fineavec de l’huile et de l’encens, ou de gâteaux sans levainpareillement trempés dans l’huile. Une partie étaitbrûlée sur l’autel, le reste devait être consommé dans lelieu saint, par les prêtres. Lev., ii, 1-11; Num., xv, 1-15. Tous les membres des familles sacerdotales, les

femmes comme les hommes, pouvaient prendre leurpart de certaines offrandes, des prémices en particulier.Num., xviii, 11-19. Le Lévitique, vii, 29-34, déterminecequi revient au prêtre des victimes pacifiques. Dansl’holocauste, le sacrificateur ne prélevait que la peau del’animal. Lev., vil, 8. Voir Offrandes, Sacrifices.

4° Les choses consacrées à Dieu. — Dans la consécrationsimple ou par vœu, il n’y avait point, semble-t-il, de bénéfice direct pour le prêtre; les dons revenaient ausanctuaire. Mais, dans la consécration absolue ou hêrém, l’objet consacré, n’étant soumis à aucune condition devente ou de rachat, appartenait à Jéhovah comme «chose très sainte». Lev., xxvii, 28. Or, d’après Lev., xxvii, 21, cette chose revenait au prêtre: celui qui, après avoirconsacré son champ, ne le rachète point et le vendmalgré cela à un tiers, perdra son droit de rachat et soixtitre de propriété, de sorte qu’en l’année du jubilé, lechamp, au lieu de lui revenir, sera considéré commechosesainte de Jéhovah à l’instar d’un champ hêrém, etpar conséquent «passera en la possession du prêtre».

— Pour le privilège de l’hérédité dans la tribu de Lévi, voir Prêtres.

VI. Histoire. — 1° Du Sinaï à la conquête de Chanaan.— La tribu de Lévi, par sa consécration même, était séparée des autres tribus d’Israël; aussi ne fut-ellepas comprise dans le dénombrement du peuple ou plutôtdes guerriers, fait au Sinaï. Num., i, 47, 49; ii, 33, Mais, comme les Lévites avaient été substitués aux premiers-nés, ils furent comptés d’après un autre système, c’est-à-dire depuis un mois et au-dessus, et non pasdepuis la vingtième année, selon le mode de recensem*ntadopté pour les hommes en état de porter le» armes. Num., iii, 15. Si l’on se fût restreint à ne lesprendre que depuis l’âge de vingt ans jusqu’à soixante, leur nombre n’aurait pu égaler, à beaucoup près, celuide tous les premiers-nés des autres tribus. On trouva7 500 Gersonites, 8600 Caathites et 6200 Mérarites, Num., iii, 22, 28, 34; au total 22 300. La Bible, cependant, Num., iii, 39, ne parle que de 22 000, ce qui tient sansdoute à une erreur de transcription dans ce chiffre oudans l’un des précédents. Dans les campements, la placedes lévites et des prêtres était naturellement auprès dutabernacle: les fils de Gerson étaient à l’ouest, avec Éliasaphpour chef; ceux de Caath, au sud, ayant à leur têteÉlisaphan; ceux de Mérari, au nord, sous la direction deSuriel; Moïse, Aaron et ses fils occupaient le côté oriental.Num., iii, 23-24, 29-30, 35, 38. Pour porter les diversesparties du mobilier sacré, les Gersonites reçurentdeux chars et quatre bœufs, et les Mérarites quatrechars et huit bœufs, le tout offert par les chefs des douzetribus. Les Caathites ne reçurent rien, parce que, enraison de la sainteté de leurs fardeaux, ils devaient les.porter sur leurs épaules. Num., vii, 6-9. Pour convoquerle peuple devant le tabernacle, pour réunir leschefs de la nation, pour annoncer la levée du camp etle départ, les prêtres faisaient retentir les trompettessacrées.Il en était de même pour proclamer la guerre ouannoncer certaines solennités. Num., x, 3-10. Le privilègesacerdotal accordé à la lamille d’Aaron rut pour uncertain nombre de Lévites un objet de jalousie et uneoccasion de révolte. Le Caathite Coré fut le chef desmécontents. Le châtiment des rebelles fut terrible.Num., xvi, 1-35. Voir Coré 3, t. ii, col. 969. La vergefleurie d’Aaron confirma la dignité du grand-prêtre parun miracle. Num., xvii. Plus tard, dans les steppes deMoab, Phinéès, fils d’Eléazar, vengea la gloire divine etl’honneur du peuple, indignement outragés, en perçantde son glaive deux coupables dont le crime arrachaitdes larmes aux Israélites fidèles. Num., xxv, 6-8. Ilreçut en récompense la promesse du souverain pontificatpour lui et ses descendants. Num., xxv, 13. Il succéda, en effet, à Éléazar, et dans la suite, après une interruptionmomentanée, qui dura d’Héli à David, Sadoc*

issu de sa race, ceignit la tiare pontificale, qui resta dansla maison de Phinéès jusque vers la ruine de l’Étatjuif. Au recensem*nt qui fut fait dans les plaines deMcab, et d’après le même système qu’au Sinaî, les Lévitesétaient au nombre de 23000, avec une augmentation de700. Num., xxvi, 57-62. Après la défaite des Madianites, ils reçurent leur part du butin. Num., xxxi, 30, 47.Cette première partie de leur histoire est ainsi marquéepar leur vocation, leur consécration, leur zèle pour lagloire de Dieu, avec quelques défections, et l’accomplissem*ntde leurs fonctions dans le désert.

2° De la conquête de Chanaan à David. — La tribu deLévieutson rôle, dans la conquête de la Terre Promise, mais un rôle uniquement religieux. Les prêtres, portentl’arche d’alliance, se mirent à la tête du peuple pour traverserle Jourdain, et c’est au moment où leurs piedstouchèrent les eaux du fleuve que celles-ci se séparèrentpour livrer passage aux Israélites. Jos., Ht, 15-17. C’estaussi au son de leurs trompettes sacrées et devantl’arche qu’ils avaient promenée autour de Jéricho, queles murailles de la ville tombèrent. Jos., vi, 4, 9, 20.Dans la grandiose cérémonie qui eut lieu dans la valléede Sichem, pour la prise solennelle de possession de laTerre Sainte, la tribu de Lévi se trouvait sur le Garizimpour les bénédictions. Deut., xxvii, 12. Les prêtres etl’arche sainte se tenaient au milieu des deux groupesde tribus, entre le Garizim et l’Hébal, et des membresde la famille lévitique, probablement des prêtres, prononcèrentles bénédictions et les malédictions. Deut., xxvii, 14; Jos., viii, 33. Au moment du partage du pays chananéen, la tribu de Lévi demanda, par l’intermédiaire deses chefs, à être mise en possession des villes qui luiavaient été promises. Jos., xxi, 1, 3.

Une fois installée dans ces villes, quelle fut sa situation?L’histoire fait à peine mention d’elle pendant lapériode des Juges, et les récits qu’elle nous donne sontplutôt de nature à dérouter nos idées. On connait lesaventures du lévite Jonathan, qui loue ses services àun riche Éphraïmite, Michas, et se fait prêtre d’uneidole dans un sanctuaire domestique, puis, quittant sonmaître, s’en va avec les Danites à Laïs, où il établit unsacerdoce idolâtrique. Jud., xvit, xviu. Ces aventuresont servi de prétexte aux théories dont nous parlions encommençant, relatives aux débuts de l’organisation dusacerdoce chez les Hébreux. La Bible nous dit que Jonathanétait «un jeune homme de Bethléhem de Juda, de la famille (mispahat) de Juda». Jud., xvil, 7. Donc, concluent certains critiques, il était de la tribu de Judaet lévite de profession, d’où il suit que la tribu de Lévis’est conlituée artificiellement. Nous répondons simplementqu’il était de la tribu de Juda, mais non pas dela race de Juda, puisqu’il était «fils de Gersam, fils deMoïse», Jud., xviii, 30; il n’était pas originaire deBethléhem, puisqu’il y était en étranger (gêr) ou ensimple résidence. Jud., xvii, 7. Wellhausen, Prolegomena, p. 130, croit remarquer une énorme différenceentre la position d’Héli et celle de Jonathan. Le premierreprésente un sacerdoce indépendant; le second, lévite nomade, est pris à gages par le propriétaire d’unsanctuaire privé; celui-ci nous offre sans doute le typede ce qui se pratiquait en règle générale, celui-là représentel’exception. Pourquoi? «Un sacerdoce indépendantne pouvait prendre pied qu’auprès d’un sanctuaire considérableet public; celui de Silo semble avoir été seulde cette espèce; les autres sanctuaires dont l’histoire faitmention étaient des propriétés privées.» Il est sur quele sanctuaire de Silo était le seul où put se pratiquer leculte officiel par le ministère ordinaire des prêtres. Ily avait d’autres endroits où l’on pouvait, où l’on devaitmême invoquer le nom de Jéhovah et répandre en sonhonneur, sur l’autel de terre ou de pierre hrute, lesang des animaux qu’on immolait, Exod., xx, 24, 25, mais les prêtres n’avaient pas à intervenir dans ces

actes du culte populaire. Le contact avec les populationschananéennes amena un certain affaiblissem*nt de l’unitéreligieuse. Peu à peu les dieux étrangers prirent place àcôté de Jéhovah, et, à côté de son sanctuaire, on vits’élever les bâmôt, développement abusif des autels populaires.Les lévites, dispersés dans le pays, vinrentchercher là l’emploi de leurs prérogatives avec la considérationqui s’y attachait, et en même temps les ressourcesque leur exclusion du partage du territoire etl’insuffisance des revenus de la maison de Jéhovah neleur permettaient pas de se procurer autrement. Il nes’agit donc point ici de règle générale et d’exception, mais plutôt de régulier et d’irrégulier. Les prêtres deSilo devaient réaliser aux yeux du peuple le type le plusélevéet le plus pur du sacerdoce israélite. Van Hoonacker, Le sacerdoce lévitique, p. 228, à qui nous empruntonsces pensées, conclut justement: «Il nous semble quelesprêtres de Nob avaient plus de titres à se faire valoirdevant Israël comme «types de la règle» que le lévitenomade Jonathan.» Aussi, tandis que les Danites emmènentJonathan avec eux sans trop de façon, nous voyonsles sicaires de Saûl, saisis de respect devant Achimélechet ses collègues, se refuser à exécuter les ordres du roiet à servir sa vengeance en les massacrant. I Reg., xxii, 17.

3° De David à la captivité. — Les livres des Paralipomènessont les seuls documents où nous trouvionsde nombreux détails sur la tribu de Lévi, pendant lapériode de la royauté. Les livres de Samuel et des Roisont surtout pour objet d’exposer la suite des événementspolitiques qui marquèrent la vie de la nation, sanspréoccupation des institutions liturgiques. Le côté religieuxse résume pour eux dans la fidélité d’Israëlenvers Jéhovah ou sa défection, dans les prérogativesdu Temple de Jérusalem. Les prêtres semblent plutôtappelés sur la scène par leurs relations avec tel hérosou tel fait historique. L’histoire d’Héli et de ses fils, quijette pourtant un certain jour sur la vie intime dusanctuaire, sert d’introduction à celle de Samuel et parlà à celle de Saûl. Les prêtres de Nob ne forment qu’unépisode dans le récit des rivalités entre Saül et David.Abiathar et Sadoc n’apparaissent que dans le rôle qu’ilsremplissent prés de David et de Salomon. Joïada a pourmission de renverser Athalie et d’élever Joas sur letrône. On observe le même silence chez les prophètes.S’ils parlent assez souvent des cérémonies du culte, c’est pour protester contre les manilestations purementextérieures de la piété, qui ne sont rien sans la vertu etla fidélité aux lois de la justice. Ils considèrent plutôtle prêtre d’une manière abstraite, au point de vue de sasituation morale vis-à-vis du peuple. Les Paralipomènes, au contraire, s’appliquent à montrer en toute occasionle rôle glorieux du clergé. On peut voir, en particulier, la différence des deux récits concernant le transport del’arche sainte à Jérusalem, sous David. II Reg., vi; IPar., xv-xvi. Les mêmes documents nous révèlent, commenous l’avons déjà dit, l’importance et le prestige que leslévites acquirentsous le premiertemple. Le lait s’expliquepar l’organisation nouvelle du service religieux, organisationqui associa ceux-ci d’une manière plus régulièreetplus intime aux prêtres proprement dits. Il s’expliqueencore par l’opposition que le schisme établit entre lesdroits légitimes et exclusifs de la famille lévitique toutentière et l’usurpation des ministres que Jéroboamplaça à la tête de ses sanctuaires officiels. Ceux-ci «n’étaient point des fils de Lévi», III Reg., xii, 31, etcette violation des prérogatives sacerdotales ne fit quemettre en relief l’origine et les aptitudes de la tribu deLévi, et la distinction entre ministres de premier et desecond rang, sans s’effacer jamais complètement, s’atténuabeaucoup.

A ces considérations générales il nous suffit d’ajouterquelques détails particuliers. David, avant d’organiserles lévites, en fit faire le recensem*nt, et en trouva sa

LÉVI (TRIBU DE)

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38000 à partir de 30 ans et au-dessus. I Par., xxiii, 3..Nous savons comment il répartit leurs fonctions. Ils furentchargés de la musique et du chant, de la gardedu temple, de ses portes et de ses trésors. I Par., xxvjîxvi.Au moment du schisme, ils furent, comme lesprêtres, chassés du royaume d’Israël et contraints d’abantdonnerleurs possessions; ils vinrent se réfugier en-Tuda et à Jérusalem? II Par., xi, 13-14. Peut-être Jéroboamles punissait-il de ne pas accepter, comme la plupartde ses autres sujets, le culte sacrilège qu’il avaitimposé au nouveau royaume. Josaphat, voulant répandrel’instruction religieuse parmi le peuple, constitua unecommission composée de cinq princes, deux prêtres ethuit ou neuf lévites pour aller dans tout le royaume enseignerla Loi. II Par., xvii, 7-9. Prêtres et lévites eurentleur rôle dans le plan de Joïada pour faire monter Joassur le trône. II Par., xxiii, 5-8. Voir Joïada 2, t. iii, col 1593. Ils eurent plus naturellement encore leur partflans les réformes religieuses d’Ézéchias et de Josias.II Par., xxix-xxxi, xxxiv, xxxv. Voir Ézéchias, t. ii, .col. 2141; Josias 1, t. iii, col. 1679.

4° De la captivité à la ruine du Temple. — La situationdes Lévites changea pendant l’exil; elle se trouva-amoindrie, ou plutôt elle fut ramenée aux termes de laILoi, à ce qu’elle était avant les privilèges de l’époqueroyale. Les ministres inférieurs furent, comme lesprêtres, obligés de chercher leur subsistance ailleursque dans les revenus du Temple. Mais, au moment dela restauration, les premiers ne se trouvèrent plus dansles mêmes conditions que les seconds Ceux-ci allaientnaturellement avant les autres vivre de l’autel. Les Lévitespouvaient craindre que, dans les misères qui devaientsuivre le rapatriement, leurs intérêts ne fussentsacrifiés à ceux des prêtres, et l’avenir, nous le verrons, justifia leurs appréhensions. On comprend donc quebeaucoup d’entre eux aient hésité à reprendre le cheminde la Judée etfu’un petit nombre seulement aitconsenti à revenir. I Esd., viii, 15-19.Àutant les prêtresmirent d’empressem*nt, autant les lévites en mirentpeu, comme il est facile de le constater par les listesofficielles du retour. I Esd., ii, 3C-42; II Esd., vii, 3946. Pendant les deux premiers siècles de la restauration, ceux-ci occupèrent une position moins élevée sans doute.qu’avant la captivité, mais beaucoup plus importante<jue celle à laquelle nous les verrons réduits à la fin del’histoire juive. Ils eurent leur part dans la reconstructionet la dédicace du temple, I Esd., iii, 8-12; vi, 15-20, dans la reconstruction et la consécration solennelle desmurs de Jérusalem. H Esd., iii, 17; xii, 27-42. La villesainte comptait parmi ses habitants 284 lévites etchantres, et 172 portiers; les autres s’établirent dans lescités de Juda. II Esd., xi, 15-19, 36. Il est probable queles prescriptions relatives au paiement de la dîme neJurent par toujours fidèlement observées. La mesurevotée par la grande assemblée sous Néhémie, II Esd., je, 37-39, avait pour objet de remettre la Loi en vigueur, sous ce rapport. Mais, aussitôt après le départ du gouverneurjuif, les abus recommencèrent. Néhémie le-constata à son retour: «Je reconnus, dit-il, que lesparts des lévites n’avaient pas été données et que leslévites et les chantres, chargés du ministère, s’étaientretirés chacun dans sa terre.» II Esd., xiii, 10. Il est àprésumer que ces irrégularités avaient profité auxprêtres, que Malachie, i, 7-13; ii, 1-10, accuse d’avarice, de spéculation sordide, d’attachement excessif àleurs intérêts matériels, au mépris de la Loi et deségards dus à leurs frères. Néhémie s’attacha à préserverles lévites de nouvelles injustices, II Esd., xiii, 11-13, mais leur abstention significative au moment où Esdrasrevint en Judée montre le peu d’attraits qu’avait pour.eux Jérusalem. Cette attitude ne fit qu’aggraver la situationdes ministres inférieurs, contre lesquels on exploitala prétendue intelligence de leurs frères. Les prêtres

accaparèrent les fonctions pour accaparer les revenus etréduisirent progressivement le rôle et le prestige deslévites.

Durant les deux ou trois derniers siècles de l’État juif, nous ne trouvons nulle part vestige d’un rôle quelconqueque les lévites, comme tels, auraient rempli dans lesaffaires publiques, dans l’exercice de la justice, dansl’enseignement de la Loi. À la différence des prêtres, dont l’influence était très grande, ils semblent n’avoir paseu d’occupation en dehors du Temple. Cet abaissem*ntnous explique pourquoi leur nom ne paraît pas uneseule fois dans les deux livres des Machabées, où pourtantl’occasion ne manquait pas de les mettre en scène, à côté des prêtres très souvent cités. Il n’est questiond’eux ni à propos de la restauration du Temple sousJudas Machabée, I Mach., iv, 36-58, ni dans le récit dela découverte du teu sacré par Néhémie. II Mach, , i, 18-36. Dans les Évangiles, où les prêtres et les scribesoccupent une si grande place, ils ne sont mentionnésque deux fois: Luc, x, 32; Joa., i, 19. Bien que formantun corps distinct dans la tribu lévitique, ils n’étaientpas représentés dans le Sanhédrin, qui comprenait lestrois classes des prêtres, des scribes et des anciens dupeuple. La Mischna suppose en plusieurs endroits qu’ilsne recevaient plus la dîme. Josèphe, de son côté, ne paraîtpas se douter que, selon le précepte formel de laLoi, la dime devait être donnée directement aux lévitespar lepeuple. Dans les passages où il touche à ce sujet, il ne parle que des prêtres comme bénéficiaires de cetribut. Ant. jud., XX, viii, 8; îx, 2; Vita, 12, 15; cf.Heb., vii, 5. D’autre part, il laisse de côté les Lévites làoù il n’eût pas manqué de les mettre en scène, s’ilsavaient encore eu une situation analogue à celle qu’ilspossédaient sous le premier temple. Cf. Ant. jud., XI, iv, 5; Cont. App., II, 21, 23. — Ainsi finit dans l’obscuritécette branche de la tribu de Lévi, que nous avons surtoutcherché à mettre en relief, sans perdre de vue labranche sacerdotale, Dans son ensemble, la tribu quenous avons suivie depuis son origine jusqu’à sa fin eutau sein du peuple israélite un rôle des plus importants, mais qu’il nous est impossible d’apprécier ici, en dehorsd’une histoire détaillée du sacerdoce. Chacunedes autrestribus a eu son caractère particulier, sa part plus oumoins grande dans les événements nationaux, celle-ci aeu une place de choix dans le plan divin, dans la vied’un peuple dont les destinées ont été surtout religieuses.Comme les autres, elle a eu ses vicissitudes, sesgloires et ses défections, mais, en somme, elle a étél’âme de cette nation choisie, dont la raison d’être dansl’antiquité a été de rendre au vrai Dieu le culte qui luiest dû. Dispersée au milieu de ses frères, elle y a maintenul’unité, dont le châtiment et l’épreuve n’ont faitque resserrer les liens. Le sacrifice et la prière, quifurent son unique apanage, ont mis à son front uneauréole dont l’éclat illumine toute l’histoire d’Israël.VII. Bibliographie. — J. Lightfoot, MvnisteriumTempli quale erat tempnre nostri Salvatoris, dans sesOpéra, Rotterdam, 1686, t. i, p. 671-758; G. Carpzov, Apparatus historieo-criticus antiquitatum sacri codicis, Francfort et Leipzig, 1748; H. Graf, Zur Geschichtedes Stammes Levi, dans Merx, Archiv fur wissenschaftlicheErforschung des Alten Testamentes, t. i, 1867-1869, p. 68-106, 208-236; S. J. Curtiss, The LeviticalPriests, a contribution to the criticism of the Peniateuch, Edimbourg et Leipzig, 1877; W. Baudissin, DieGeschichte des alttestamentlichen Priesterlhums tintersuckt, Leipzig, 1889; Id., Priests and Lévites, dans J.Hastings, Victionary of the Bible, Edimbourg, 1898-1902, t. iv, p. 67-97; J. Benzinger, Hebrâische Archâologie, Fribourg-en-Brisgau, 1894, p. 405-428; , W. Nôwack, Lehrbuch der hèbrâiscken Archâologie, Fribourg-en-Brisgau, 1894, t. ii, p. 87-130; E. Schûrer, Geschichte desjùdischen Volkes im Zeitaller Jesu Christi, Leipzig, t. ii, 1898, p.214-299; A. van Hoonacker, Le sacerdoce lévitique dans la Loi et dans l’histoire des Hébreux, Louvain, 1899; Fr. von Hummelauer, Das vormosaische Priesterthum in Israel, Fribourg-en-Brisgau, 1899.

A. Legendre.

3. lévi (Λευίς), nom de l’apôtre et évangéliste saintMatthieu dans Marc., ii, 14; Luc., v, 27, 29. Voir Matthieu.

4. lévi (Λευί), fils de Melchi et père de Mathat, undes ancêtres de Notre-Seigneur, nommé le quatrièmedans la généalogie de saint Luc, iii, 24.

5. lévi (Λευί), fils de Siméon et père de Mathat, ancêtrede Notre-Seigneur, nommé le trente-deuxièmedans la généalogie ascendante de Jésus-Christ en saintLuc, iii, 29.

LÉVIATHAN (hébreu: livyâṭân), nom qui désignedes animaux divers dans l’Ancien Testament. Gesenius, Thesaurus, p.747, fait dériver ce mot de livyâh, «couronne, guirlande,» avec la terminaison adjective ân, et lui attribue la signification d’animal sinueux, qui seroule en spirales. D’autres lexicographes lui donnentpour étymologie livyâh et ṭân, «monstre tortueux.» —On le lit six fois dans la Bible hébraïque. Les Septantel’ont rendu cinq fois par δράκων et une, Job, iii, 8, parμέγα κήτος. La Vulgate a conservé le nom de Léviathandans Job, iii, 8; xl, 20; Is., xxvii, 1 (deux fois); elle l’atraduit par draco, Ps. lxxiii (lxxiv), 14; ciii (civ), 26, latraduction de ces deux derniers passages étant faite directementsur le grec des Septante. Dans ces six passages, le mot livyâṭân est employé dans trois sens différents.

1o Il désigne le crocodile dans Job, xl, 20-xli, 25(hébreu, xl, 25-xli, 26). Voir Crocodile, t. ii, col. 1120.Livyâṭân (draco) a aussi la signification de crocodile dansle Psaume lxxiv, 14, mais ce grand saurien qui habiteles eaux du Nil est en cet endroit l’emblème du pharaond’Égypte. Cf. Is., li, 9; Ezech., xxix, 3.

2o Dansle Ps. ciii (civ), 26, livyâṭân est dit d’un monstre marin «qui se joue dans les flots», c’est-à-dire la baleine, d’après plusieurs exégètes; la grande et vaste mernommée ꝟ. 25, est la Méditerranée. — Isaïe, xxvii, 1, pour annoncer la chute du roi de Babylone, dit: «Ence jour, Jéhovah frappera de son glaive dur, grand etfort le léviathan, serpent (nâḥâš) fuyant, le léviathan, serpent (nâḥâš) tortueux, et il tuera le monstre qui estdans la mer.» Léviathan est ici un cétacé, emblème duroi de Babylone, et le mot nâḥâš ne doit pas s’entendred’un serpent proprement dit, mais d’un grand poissondont les mouvements onduleux ressemblent à ceux duserpent.

3o Enfin, Léviathan, dans Job, iii, 8, est, d’après plusieurs commentateurs, la constellation duDragon. Frz. Delitzsch, Das Buch Job, 1864, p.52. Cf.Dragon, t. ii, col. 1505. D’autres pensent, au contraire, que léviathan doit s’entendre aussi du crocodile dans cepassage. Voir H. Zschokke, Das Buch Job, 1875, p.19; J. Knabenbauer, Comment. in Job, 1886, p.62.

LÉVIRAT, loi hébraïque qui, par dérogation à laprohibition des mariages entre beau-frère et belle-sœur, Lev., xviii, 16; xx, 21, autorisait et même obligeaitjusqu’à un certain point un beau-frère à épouser sabelle-sœur, quand celle-ci avait été laissée veuve sansentants. Le beau-frère qui se trouvait dans ce cas particulierportait le nom de yâbâm. La loi qui le concernaita reçu, dans nos langues modernes, le nom delévirat, tiré du mot latin levir, qui signifie beau-frère.

1o À l’époque patriarcale. — La première applicationde la coutume du lévirat est très antérieure à Moïse.L’un des fils de Jacob, Juda, avait pour fils Her, Onanet Séla. Il maria l’aîné, Her, à Thamar. Après la mortprématurée de Her, Juda dit à son second fils, Onan: «Va à la femme de ton frère, et comme yâbâm épouse-la, pour susciter une postérité à ton frère.» Onan, sachantque cette postérité ne serait pas pour lui, trahit son devoirde yâbâm et mourut comme son aîné. L’obligation d’épouserThamar passait à Séla. Juda, prétextant que celui-ciétait encore trop jeune, et espérant peut-être que Thamartrouverait un autre époux, lui dit d’attendre dansla maison de son père. C’est alors que Thamar, frustréedans ses droits, Gen., xxxviii, 26, s’arrangea pour obtenircriminellement de Juda lui-même la postérité qu’elledésirait. Gen., xxxviii, 6-11. Dans ce récit, le léviratapparaît à l’état de coutume obligatoire dans le pays deChanaan, et l’obligation en est reconnue par Juda lui-même, qui dit de Thamar, après son inceste: «Elle estmoins coupable que moi, puisque je ne l’ai pas donnéeà mon fils Séla.» Gen., xxxviii, 26. Cette coutumen’était pas particulière aux Chananéens. On l’a constatéechez d’anciens peuples d’Italie, Diodore de Sicile, xii, 18, chez les Arabes, les Indiens, les Perses, les Mongols, lesÉthiopiens, les Druses, les Gallas d’Abyssinie, les Caucasiens, etc. Cf. Winer, Bibl. Realwörterbuch, Leipzig, 1838, t. ii, p.23; Fr. de Hummelauer, In Deuteron., Paris, 1901, p.417. Le lévirat avait pour but évident d’assurerune descendance au frère aîné mort prématurément, afin que le nom de celui qui était arrivé à l’âged’homme et avait déjà contracté mariage ne se perdît pas.Par le fait même, l’héritage du défunt, au lieu de passerà des collatéraux, était assuré à la descendance directeque lui procurait le lévirat. Enfin, l’exemple consignédans la Genèse montre, qu’à défaut du second frère, c’était au troisième et aux suivants qu’incombait ledevoir d’épouser la veuve. La chose était encore ainsicomprise au temps de Notre-Seigneur, puisque les sadducéenslui proposent l’exemple de sept frères épousantsuccessivement la même femme. Matth., xxii, 23-27; Marc., xii, 18-23; Luc., xx, 27-32.

2o Dans la loi mosaïque. — Moïse inséra dans salégislation la loi du lévirat. Cette loi, qui n’apparaît quedans le Deutéronome, n’a dû être promulguée que surla fin du séjour au désert, peu avant l’entrée du peupled’Israël dans ce pays de Chanaan où le lévirat était enusage depuis si longtemps. Rien ne permet d’affirmerque cette coutume ait été en vigueur parmi les Hébreuxdurant leur séjour en Égypte. Il est probable que si lelévirat avait été pratiqué alors, Moïse en aurait rappeléla loi dès le commencement du séjour au désert, enmême temps que celles qui règlent les mariages.Lev., xviii, 1-25. La loi mosaïque suppose des frèreshabitant ensemble, par conséquent des frères du mêmepère, puisque entre des frères de même mère mais depères différents il n’y a communauté ni d’héritage, nid’habitation. Si l’aîné meurt sans enfant, selon l’hébreu: «sans fils,» bên ’ên-lô, tandis que les Septante disent: «sans descendance,» et la Vulgate: «sans enfants,» la veuve ne peut épouser un étranger; le frère du défuntdoit la prendre en qualité de yâbâm, et le premier-néde cette union porte le nom et reçoit l’héritage de celuiqui n’est plus. Il arrivait pour l’ordinaire que le secondfrère n’était pas encore marié au moment où l’aîné mouraitsans laisser d’enfant. La loi, qui tolère la bigamie, ne dit rien du cas où le second frère était déjà mariéquand mourait l’aîné. La veuve ne pouvait donc accepteren mariage un autre que son beau-frère; par contre, celui-ci pouvait se soustraire à l’obligation d’un pareilmariage. La veuve le citait alors devant les anciens, quidevaient chercher à le persuader. S’ils n’y réussissaientpas, la veuve s’approchait de lui en présence des anciens, lui ôtait son soulier du pied, lui crachait au visage, oupeut-être simplement crachait devant lui, et disait: «Ainsi en arrivera-t-il de l’homme qui ne relève pas lamaison de son frère.» La maison de celui qui avaitrefusé d’être yâbâm était désormais appelée en Israël: bêṭ ḥǎlûṣ han-nâ‘al, «maison de celui qui a quitté sonsoulier.» Deut., xxv, 5-10. Se laisser ôter son soulier, 215

LÉVIRAT — LÉVIT1QUES (VILLES)

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c’était renoncer à un droit, se rendre incapable de mettrele pied sur un héritage, de même que jeter son souliersur un pays, c’était s’en emparer. Ps. lx (lis), 10. Laveuve crachait ensuite, pour signifier que le beau-frère, par son refus, devenait souverainement méprisable. "Voirt. ii, col. 1099. Il suit de là que le mariage avec la veuves’imposait au yâbâm comme un devoir de haute convenanceet presque de justice à l’égard de l’aîné; s’il serefusait à le remplir, malgré les admonestations des anciens, il était disqualifié aux yeux de ses concitoyens.

3° Le cas de Ruth. — Le livre de Ruth, iv, 1-3, montreen action les formalités prescrites pour le refus ou l’acceptationdu lévirat. Voir Booz, t. i, col. 1851. Booz étaitparent d’Élimélech, beau-père de Ruth, la Moabite veuveelle-même, qu’il désirait épouser. Il se rend donc à laporte de la ville, où arrive de son côté un autre parentplus rapproché de Ruth. Là, devant dix anciens, il proposeà ce dernier le droit de préemption pour unchamp que possédait leur «frère» commun, c’est-à-direleur parent, et que Noémi, veuve d’Élimélech, voulaitvendre. Le parent rapproché consent à acheter lechamp, mais quand Booz lui fait observer qu’il devraaussi épouser Ruth, l’héritière, pour relever le nom deson mari défunt, Mahalon, fils d’Élimélech, il se désiste, par crainte des inconvénients qu’il croit voir à ce mariage.Lui-même alors ôte son soulier, en signe de désistement, et Booz conclut solennellement le contrat enprésence des anciens. Il résulte de cet exemple que, siles frères avaient à épouser la veuve de leur aîné défunt, l’obligation était étendue, à défaut de frères, aux parentsles plus proches. Mais alors l’obligation s’imposait sansdoute moins impérieusem*nt. De fait, ce n’est pas Ruth, mais Booz qui règle l’affaire avec le parent plus rapproché.L’acquisition du champ et le mariage avec Ruth semblentconstituer pour ce dernier un droit plutôt qu’un devoir; il y renonce volontairement et ôte lui-même son soulier, sans que la veuve le lui retire, comme le prescrivait laloi du Deutéronome, xxv, 9. D’ailleurs, dans le livre deRuth, IV, 7, l’abandon du soulier est formellement indiquécomme le signe extérieur d’un contrat de vente oud’échange passé devant les anciens; ce signe n’est pasconsidéré comme caractéristique de la renonciation aulévirat. Cf. Sagittarius, De nudipedalibus veterum, 3, dans le Thésaurus d’Ugolini, t. xxix; Rosenmûller, Dasalte und das neue Morgenland, Leipzig, 1818, t. iii, p. 70.Josèphe, Ant. jud., V, ix, 4, complète le récit en disantque, sur l’invitation de Booz, Ruth retira le soulier deson parent et lui cracha au visage. L’historien se méprendvisiblement en introduisant dans le récit des traitsempruntés à la législation, mais non nécessairementapplicables au cas de Ruth. — À part l’allusion des sadducéensdans l’Évangile, il n’est plus question du léviratdans la Sainte Écriture. Néanmoins la loi en dut êtrefréquemment appliquée dans le cours des âges. On estimequ’elle intervient trois fois dans la série des ancêtres duSauveur, et c’est ainsi qu’on explique les différences quiexistent entre les deux listes généalogiques de saintMatthieu et de saint Luc. Voir Généalogie de Jésus-Christ, t. iii, col. 170, et Cornely, Introd. in lib. N. T., Paris, 1886, t. iii, p. 198-200.

4° À l’époque évangélique. — La loi du lévirat étaittoujours en vigueur à cette époque. Le commentairede cette loi fait l’objet du traité Jebamoth de la Mischna.Voici ce que les docteurs juifs avaient réglé à ce sujet.Le yâbâm ne pouvait épouser la veuve que trois moisau moins après la mort du premier mari, afin qu’on pûtau préalable constater qu’elle n’était pas enceinte.Le mariage était même alors précédé des fiançailles, enprésence de deux témoins, et moyennant la traditiond’une pièce d’au moins un prutah, de la valeur duXsictôv, Luc, xii, 59, c’est-à-dire d’à peu près un centime.Si le parent se refusait au mariage, la veuve procédaità son égard comme il est prescrit au Deutéro’nome, xxv, 5-10. Les juges avaient d’ailleurs donné auyâbâm une consultation préalable pour l’exhorter soità accepter soit à refuser le mariage. On avait un souliertout préparé, dans des conditions spéciales, pour lemettre au pied du retusant. La veuve devait être à jeunpour l’accomplissem*nt de la formalité officielle; onavait même réglé la quantité de salive qu’elle devaitémettre, quantité suffisante pour qu’on pût l’apercevoirà terre. Les juges criaient ensuite par trois fois: hâlûshan-nâ’al, «dépouillé de son soulier,» à celui qui n’acceptaitpas le mariage, et ils lui délivraient un certificatconstatant le fait. Le yâbâm dépouillé de son soulierpouvait ensuite se marier comme il l’entendait; la veuveabandonnée par lui recouvrait aussi sa liberté, sanspouvoir cependant épouser un prêtre. Si elle épousaitun autre homme, avant la renonciation du yâbâm, elleétait passible de la flagellation, ainsi que son mari, etcelui-ci devait la renvoyer avec une lettre de divorce.Le grand-prêtre, d’après la loi, Lev., xxi, 13, 14, nepouvait épouser qu’une vierge; il était donc par là mêmeexempté de l’obligation du lévirat. Le premier fils quinaissait du mariage contracté en vertu du lévirat, prenaitle nom du défunt, lui succédait dans ses biens etcontinuait sa race. Il est à remarquer pourtant qu’Obedest traité comme fils de Booz, et non comme fils deMahalon. Ruth, iv, 21, 22; Matth., i, 5. La cause en estprobablement que Booz n’était pas frère, mais seulementcousin de Mahalon. Les docteurs décidaient encore quedans le cas où il se trouvait plusieurs veuves, un frèren’en avait qu’une à épouser, que l’obligation passait duplus âgé au puîné, que cette nouvelle union entraînaitles mêmes empêchements matrimoniaux avec les parentsde la veuve qu’une union normale, mais quel’obligation du lévirat n’existait qu’entre parents unis àun degré qui prohibait le mariage. Cf. Yebamoth, ii, 3, 8; rv, 5, 7, 10; x, 1, 3.

5° Cas où le défunt ne laissait que des filles. — Commeil a été dit plus haut, la loi suppose que le défunt n’apas laissé de fils, bên. Il suivrait de là en rigueur que, s’il ne laissait que des filles, le lévirat s’imposait. Pourtantles filles pouvaient être héritières, Num., xxxvi, 1-12, et le lévirat eût été d’une application bien - difficile siles frères puînés se trouvaient déjà mariés au momentde la mort d’un aîné ne laissant que des filles, ou s’il yavait trop grande disproportion d’âge entre eux et laveuve. Il est clair que le frère déjà marié était exemptdu lévirat, autrement la loi eût prescrit la bigamie, aulieu de la tolérer simplement. D’après Josèphe, Ant. jud., V, ix, 4, le parent de Ruth refuse le mariage parce qu’ila déjà femme et enfants. Il est à croire que, dans letexte de la loi, le mot bên est à prendre dans le senslarge. C’est ce que font les Septante: mzipyjx, «descendance;» la Vulgate: absque liberis, «sans enfants,» et Josèphe", Ant. jud., IV, viii, 23: a-cexvot, «sans enfant.» Dans l’exemple cité par les sadducéens, le défuntlaisse la veuve [ati ëx wv <nrépfi.ce, «sans descendance,» Matth., xxii, 25; Marc., xii, 20, atexvoç, «sans entant.» *Luc, xx, 29. D’après l’interprétation juive, la loi du léviratne s’appliquait donc pas si, à défaut de fils, le défuntlaissait une ou plusieurs filles. — Cf. Benary, De Hebrseorumleviratu, Berlin, 1835; Redslob, Die Leviratsekebei den Hebrâern, Leipzig, 1836; Iken, Antiquitates

hebraicee, Brème, 1741, p. 504-507.

H. Lesêtre.

    1. LÉVITES##

LÉVITES, voir Lévi 2, col. 203.

    1. LÉVITIQUE##

LÉVITIQUE, troisième livre du Pentatcuque. Voir

Pentateuque.

    1. LÉVITIQUES##

LÉVITIQUES (VILLES), villes assignées aux prêtreset aux lévites comme lieu d’habitation dans les différentestribus d’Israël. Num., xxxv, 1-8; Jos., xxi; I Par., VL, 54-81. Voir Lévi (Tribu de), col. 207.

1. Noms et croupes. — Ces villes étaient au nombrede 48. Num., xxxv, 7. Deux documents parallèles nousen ont conservé la liste, Jos., XXI, et I Par., VI, 54-81.Malgré des variantes et certaines lacunes dans les Paralipomènes, nous avons, au fond, identité de renseignementsdans les deux endroits. Voici par familles lévitiqueset par tribus la nomenclature de ces villes:

I. fils db caate. — Cette ligne se divisait en deuxbranches:

1° Aaronides ou prêtres. — Ceux-ci curent dans lesdeux tribus de:

A) Juda et Siméon. — 1. Hébron (hébreu: ffébrôn; Septante: Xeêptiv), Jos., xxi, 11; I Par., vi, 57 (hébreu, 40, 42), aujourd’hui El-Khalîl, au sud de la Palestine, dans la montagne de Juda. Voir Hébron 3, t. iii, col. 554.

2. Lobna (hébreu: Libnâh; Septante, Codex Vaticanus: Ae|*vâ; Codex Alexandrinus; Aeëvâ, Jos., xxi, 13; Vat. et Alex.: Aoêvà, 1 Par., vi, 57 [hébreu, 42], appelée aussi Labana, Jos., xv, 42, et Lebna, Jos., x, 29-32; xii, 15. L’emplacement est inconnu, mais devaitse trouver dans les environs de Beit-Djibrîn.

3. Jéther (hébreu: Yaplir; Septante, Vat.: A’ù, û, p, transposition fautive; Alex.: ’IéDep, Jos., xxi, 14; Vat.: ’IeOOàp; Alex.: ’léftep, I Par., VI, 58 [hébreu, 43], actuellementKhirbet’Attîr, au sud d’El-Khalîl, sur la frontièrede Juda et de Siméon. Voir Jéther 6, t. iii, col. 1519.

4. Esthémo (hébreu: ’EStem ôa’; Septante, Vat.: Teu.â; Alex.: ’Ec6s( «o, Jos., xxi, 14; Vat. et Alex.: ’E<fian<i, I Par., vi, 57 [hébreu, 42], appelée ailleurs Istemo, Jos., xv, 50; Esthamo, I Beg., xxx, 28, et justement identifiéeavec Ès-Semu’a, au nord-est de la précédente. VoirEsthémo, t. ii, col. 1972.

5. Holon (hébreu: B~ôlôn, Jos., xxi, 15; Biîlên, I Par., vi, 58 [ hébreu, 43]; Septante, Vat.: ViWx; Alex., ’QXwv, Jos., xxi, 15; Vat..-SeXvâ; Alex.: NrjXwv, I Par., vi, 58 [hébreu, 43; Septante, 57], appelée aussi Hélon, I Par., vi, 58, et Olon, Jos., xv, 51. Inconnue. VoirHélon 2, t. iii, col. 586.

6. Dabir (hébreu: Debîr; Septante: AaSei’p), égalementappelée Cariathsehna, Jos., xv, 49, et Cariath-Sépher, Jos., xv, 15, peut vraisemblablement être placéeà Edh-Dhâheriyéh, au sud-ouest d’Hébron. Voir Dabir 2, t. ii, col. 1197.

7. Aïn (hébreu: ’Ain; Septante, Vat..-’Aai; Alex.:

  • Aîv), Jos., xxi, 17; Asan (hébreu: ’ÂSdn; Septante: ’Aaàv), d’après I Par., vi, 59 (hébreu, 44). Position incertaine.

Voir Aïn 2, t. i, col. 315, et Asan, t. i, col. 1055.

8. Jeta (hébreu: Yuttâh; Septante: Tavû), omisedans la liste des Paralipomènes. C’est aujourd’hui levillage de Yutta, situé au sud d’Hébron. Voir t. iii, col. 1517.

9. Bethsamès, Jos., xxi, 16; Bethsémès, I Par., vi, 59(hébreu, 44) (hébreu: Bêt-Sémés; Septante: BaiOaan’Jî, Jos., xxi, 16; I Par., vi, 59 [hébreu, 44]; Alex.: Be6<j «|/, lî, Jos., xxi, 16), actuellement Ain Schems, sur la limite deJuda et de Dan. Voir Bethsamès 1, t. i, col. 1732.

B) Benjamin. — 10. Gabaon (hébreu: Gib’ôn; Septante: r<x6a<iv), omis dans la liste des Paralipomènes, correspond au village d’El-Djîb, au nord-ouest de Jérusalem(t. iii, col. 15).

11. Gabaé, Jos., xxi, 17; Gabée, I Par., vi, 60 (héb., 45) (hébreu: Géba’; Septante, Vat.: TaôsO, Jos., xxi, 17; rà6ai, I Par., vi, 60: Alex.: VaUt, Jos., xxi, 17; I Par., vi, 60), appelée aussi Gabaa, 1 Reg., xiv, 5, aujourd’huiDjéba’, au nord nord-est de Jérusalem. VoirGabaa 2, t. iii, col. 3.

12. Anathoth (hébreu: ’Ânâfôt; Septante: ’Avo19<18)=’Anâta, au nord-est de Jérusalem. Voir Anathoth 3, t. 1, col. 550.

13. Almon (hébreu: ’Almôn; Septante, Vat.: Td(iaXa; Alex,: ’AXjiuv), Jos., xxi, 18; Almath (hébreu: ’AUémét; Septante, Vat.: ra.Uy.tf; Alex.: TaX^sS),

I Par., vi, 60 (hébreu, 45) = Khirbet Almîêt, prèsu"Anàta, vers le nord-est. Voir Almath 2, t. i, col. 397.2° Lévites.

C) Tribu d’Éphraïm. — 14. Sichem (hébreu: Sekém; Septante: Su/ép.), Jos., xxi, 21; 1 Par., VI, 67(hébreu, 52), aujourd’hui Naplouse.

15. Gazer (hébreu: Gézér; Septante, Vat.: raÇapà, Alex.: TàCep, Jos., xxi, 21; Vat.: TâCep, I Par., vi, 67[52])=TeU Djézer, au sud-estde Bamléh. VoirGAZER’l, t. iii, col. 126.

16. Cibsaïm (hébreu: Qibsaîm; Septante, Vat.: omis; Alex.: Kaèaæin), Jos., xxi, 22; Jecmaam (hébreu; Yoqrne’âm: Septante, Vat.: Ixaâp.; Alex.: Iexii.aâv), I Par., vi, 68 (53). Il y a peut-être ici une faute de copisteproduite par la confusion de certaines lettres, t. ii, col. 749. En tout cas, la ville est inconnue. Voir cependantJecmaam 2, t. iii, col. 1212.

17. Bethoron (hébreu: Bêp R~ôrôn; Septante, Bck-Swpwv) — Beit’Vr et-tahta ou el-fôqâ, sur la frontièred’Ephraïm et de Benjamin (t. i, col. 1699).

D) Tribu de Dan. — 18. Elthécon (hébreu: ’Élpeqê’; Septante, Vat.: ’EXxwOaîp.; Alex..’EXŒxw), omise dansla liste des Paralipomènes (t. ii, col. 1707). Cette villeest aussi appelée Êlthécé, Jos., xix, 44 (t. ii, col. 1706), mais n’a pu jusqu’ici être identifiée.

19. Gabathon (hébreu: Gibbepôn; Septante, Vat.: rs9e8àv; Alex.: TaëeSuv), omise dans les Paralipomènes, appelée ailleurs Gebbéthon, Jos., xix, 44, peut-êtreactuellement Qibbiyéh, à l’est de Ludd. Voir Gebbéthon, t. iii, col. 142.

20. Aïalon (hébreu: ’Ayyâlôn; Septante, Vat.: AîXwv: Alex.: ’IaX<iv), Jos., xxi, 24; Hélon (hébreu: ’Ayyàlôn; Septante, Vat.: ’EyXâ|ji; Alex., ’HXtiv), I Par., VI, 69(54).Le premier nom est le vrai et subsiste encore dans celuide Ydlô, village situé un peu au nord de la route deJaffa à Jérusalem. Voir Aïalon 1, t. ii, col. 296.

21. Gethremmon (hébreu: Gat-Rimmôn; Septante, Vat.: r66epe[A[(, wv; Alex.: re6pep.|ji(iv, Jos., xxi, 24; Vat.: TeOwptiv; Alex.: r16pep.[Ativ, I Par., VI, 69 [54]).Inconnue. Voir Gethremmon 1, t. iii, col. 229.

2?) Demi-tribu occidentale de Manassé. — 22. Thanach(hébreu: Ta’nàk; Septante, Vat..- T’avà/; Alex.: Oaavâx), Jos., xxi, 25; Aner (hébreu: ’Ânêr; Septante, Vat.: ’Ap.àp; Alex.: ’Eviîp), I Par., vi, 70 (55). Il y aprobablement ici une corruption de mot ou un faute decopiste. Voir Aner 2, t. i, col. 575. Thanach a subsistéjusqu’à nos jours sous le même nom de Ta’annûk, aunord-ouest de Djenîn.

23. Gethremmon (hébreu: Gap-Rimmôn; Septante, Vat.: ’Ie6a81; Alex.: Bac90 «), Jos., xxi, 25; Balaam(hébreu: BU’âm; Septante, Vat.: omis; Alex.: ’IëXaât».), I Par., VI, 70 (55). Il est probable que Gethremmon estune répétition fautive du même nom propre mentionnéau verset précédent. D’autre part, on pense, d’après laleçon des Septante, ’IeêaOi, ’IeSXaâpi, que Balaam estidentique à Jéblaani (hébreu: Yble’âm), aujourd’huiKhirbet Bel’améh, à deux kilomètres au sud de Djenîn.Voir Gethremmon 2, t. iii, col. 229.

il. fils de gebson. — F) Demi-tribu orientale deManassé. — 24. Gaulon (hébreu: Gôlàn; Septante, Vat.: r<xvX<iv; Alex.: TwXâv, Jos., xxi, 27; Vat.: TwXâv; Alex..-TacuX^v, I Par., vi, 71 [56]), aujourd’huiSahem el-Djàûlân, au delà du Jourdain, à la hauteur dulac de Tibériade, sur Vouadi esch-Schéféil. Voir Gaulon, t. iii, col. 116.

25. Bosra (hébreu: Be’eSperâh; Septante, Vat.: Booopâ; Alex.: BeeOâpa), Jos., iii, 27; Astaroth (hébreu: ’Aêtârôp; Septante, Vat.: ’AoripiàO; Alex.: Pap.c’)6), I Par., vi, 71 (56). Plus probablement Astaroth, actuellement Tell el-Asch’ari on Tell’Astara, ausud-est et au nord-est de Sahem. el-Djaûlàn. VoirBosra 2, 1. 1, col. 1860.

G) Tribu d’Issachar. — 26. Césion (hébreu: QiSyôn,

Septante, Vat.: Kucév; Alex.: Kjoiùv), Jos., xxi, 28: Cédés (hébreu: Qédés; Septante, Vat.: KiSa; Alex.: KéSse), I Par., vi, 72 (57). À quel nom donner la préférence?On ne sait. Césion n’est pas connue. Cédés estidentifiée avec Tell Abu Qudéis, dans la plaine d’Esdrelon, au sud-est d’El-Ledjdjûn. Voir Cédés 3, t. ii, col. 369.

27. Daberetb (hébreu: Dâberaf, Jos., xxi, 28; Dobrat, I Par., vi, 57 [72]; Septante, Vat.: Aeëëà; Alex.: AîêpiB, Jos., xxi, 28; Vat.: Asêspet, I Par., vi, 72) =Debûriyéh, à l’ouest et au pied du Thabor (t. ii, col..1195).

28. Jaramoth (hébreu: Yarmûf; Septante, Vat.: ’Pemiâô; Alex.: ’Ieppuie), Jos., xxi, 29; Ramoth (hébreu: Râ’môt; Septante, Tapiâô), I Par., vi, 73 (58).Les deux noms ne diffèrent que par la forme; la villeest inconnue. Voir Jaramoth, t. iii, col. 1128.

29. Engannim (hébreu: ’Ên-Gannim; Septante: IlriYÎi vpa(ii*aTft>v), Jos., xxi, 29; Anem (hébreu: ’Anêm; Septante: Alvàv), Par., VI, 73 (58). Le dernier nom estprobablement une contraction du premier. Engannims’appelle aujourd’hui Djénîn, au sud de la plained’Esdrelon. Voir Engannim 2, t. ii, col. 1802.

H) Tribu d’Asèr. — 30. Hasal (hébreu: Mis ai, Jos., xxr, 30; MàSàl, I Par., vi, 59 [74]; Septante, Vat.: Ba<rsXXâ; Alex.: Maaail, Jos., xxi, 30; Vat.: Maamt; Alex.: Maa-â), I Par., vi, 74), peut-être Khirbet Misiliyéh, au nord d’Athlit.

31. Abdon (hébreu: ’Abdôn; Septante, Vat.: Aaëëœv; Alex.: ’AêSiiv, Jos., xxi, 30; Vat.: ’Agapâ; Alex.: "AëStiv, I Par., vi, 74 [59] = Khirbet’Abdéh, au nordestd’Ez-Zîb. Voir Abdon 5, t. i, col. 25.

32. Helcath (hébreu: Jjiélqàt; Septante: Vat.: XêXxixt; Alex..-©eXiuiû), Jos., xxi, 31; Hucac (hébreu: ifûqôq; Septante, Vat.; ’Ixâx; Alex.: laxocx), I Par., Vi, 75 (60), appelée aussi Halcath, Jos., xix, 25, aujourd’huiYerka, au nord-est de Saint Jean-d’Acre. VoirHalcath, t. iii, col. 403. v

33. Rohob (hébreV: Rehôb., Septante, Vat.: ’Paie; Alex.: To<ië, Jos., xxi, 31; Vat.: ’Po<ië, 1 Par., vi, 75 [60]), peut-être Tell er-Rahib.

]) Tribu de Nephthali. — 34. Cédés en Galilée (hébreu: Qe’déH bag-Gâlil; Septante: KotSeç, KéJe; èv T7jraXiXafa) a subsisté jusqu’à nos jours sous le mêmenom de Qadès ou Qédès, au nord-ouest du lac Méromou Bahr el-Huléh. Voir Cédés 1, t. ii, col. 360.

35, Hammoth Dor (hébreu: ffammôf Dô’r; Septante, Vat.: Nsnitie; Alex.: ’Ep.a680>p), Jos., xxi, 32; Hamon (hébreu: JJammôn; Septante: Vat.: Xa(iwO; Alex.: Xauwv), I Par., vi, 76 (61). Les deux mots serattachent à la même racine et représentent la mêmeville appelée ailleurs Émath, Jos., xix, 35, aujourd’huila localité d’El-Hammâm, voisine de Tibériade (t. iii, col. 408).

36. Carthan (hébreu: Qartân; Septante, Vat.: ©eupiàiv; Alex.: Noe[i(i<âv), Jos., xxi, 32; Cariathaïm(hébreu: Qiryâfaim; Septante: KapiaOa’i>), I Par., vi, 76 (61). C’est le même nom, malgré la différence deforme; la ville est inconnue. Voir Carthan, t. ii, col. 324.

/II. fils DE mÈrari. — J) Tribu de Zabulon. — 37.Jecnam (hébreu: Yoqne’àm; Septante, Vat.: Maàv; Alex.: ’Exvàji), omise dans la liste des Paralipomènes.Elle est appelée aussi Jachanan, Jos., xii, 22, et Jéconam, Jos., xix, 11. On a cherché à l’identifier avecTell el-Qaimûn, à la pointe sud du Carmel, positiondouteuse. Voir Jéconam, t. iii, col. 1213.

38. Cartha (hébreu: Qarfàh; Septante, Vat.: KiSr, c, Alex.: Kap8â), omise dans les Paralipomènes. Inconnue.Voir Cartha, t. ii, col. 324.

39. Damna (hébreu: Dimnâh; Septante, Val.: omisou remplacé par SeXXà; Alex.: Aapwà), Jos., x-xi, 35; Remmono (hébreu: Rimmônô: Septante, Vat.: ’Pefituiv), I Par., vi, 77 (62). La vraie forme du nom estprobablement Rimmono ou Rimmônâh, dont Dimnàh

ne serait qu’une lecture fautive. Dans ce cas, la villeserait actuellement représentée par Rummanéh, villagesitué au nord de Nazareth. Voir Damna, t. ii, col. 1231.

40. Naalol (hébreu: Nahâlol; Septante, Vat.: omis; Alex.: NoaXmX), Jos., xxi, 35; Thabor (hébreu: Tâbôr; Septante, Vat.: ©a^eià; Alex.: ©aëwp), I Par., vi, 77 (62). Lé premier nom est identifié par plusieursauteurs avec Ma’lûl, à l’est-sud-est de Semûniyéh. Onne sait au juste ce que représente le second. VoirThabor.

K) Tribu de Ruben. — 41. Bosor (hébreu: Bésér; Septante: Boaôp). Jos., xx, 8; I Par., vi, 78. Plusieursl’identifient avec Qsûr el-Beschéir, au sud-ouest deDhxbân. Voir Bosor 1, t. i, col. 1856.

42. Jaser (hébreu: Yahsâh; Septante: ’Iaîijp), Jos., xxj, 36; Jassa (hébreu: Yahsâh; Septante: ’Iaoà), IPar., vi, 78 (63). Ce dernier nom est le vrai. Inconnue, malgréde nombreuses hypothèses. Voir Jasa, t. iii, col. 1138,

43. Jethson (hébreu: Qedêmôf; Septante, Vat.: Aex(i<ôv; Alex.: re8<r<£v), Jos., xxi, 36; Cadémoth(hébreu: Qedêmôf, Septante, Vat.: Ka8aua> «; Alex.: Ka(ir18c18, sans doute pour Ka8Y)p.à>6), I Par., vi, 79 (64), Jethson est fautif, comme on le voit d’après l’hébreu; Cadémoth est inconnue. Voir Jethson, t. ut, col. 1523.

44. Mephaath (hébreu: Mêfâ’af; Septante, Vat.: Maçà; Alex..-Maa-tpà, Jos., xxi, 37, Vat..MaKpXaj.Aiex..4>aà6, I Par., vi, 79 [64]). Inconnue.

L) Tribu de Gad. — 45. Ramoth en Galaad (hébreu: Râmôt bag-Gil’âd; Septante: Tap.ù6 év rîj TaXaseî, Jos., xxi, 38; Vat.: Ta|iquov; Alex.: ’Papià)8 TaXaàS, I Par., vi, 80 [65]). Position incertaine; peut-être Es-Salt.

46. Manaïm (hébreu: Mahànaîm: Septante, Vat.; Ka|ieiv; Alex.: Maval|i, Jos., xxi, 38; Vat.: Maavai’6; Alex.: Maavaip., I Par., vi, 80 [65]. Peut-être Mahnéh, au nord du Nahr ez-Zerqa.

47. Hésébon (hébreu: JféSbôn; Septante: ’E<reët.’iv) Taujourd’hui Hesbân, au nord du mont Nébo (t. iii, col. 657).

48. Jazer (hébreu: Ya’zér; Septante: ’Io^p), Jos., xxi, 39; Jézer (hébreu Ya’àzér; Septante, Vat.: Tai; ép; Alex.: Ta^p), I Par., vi, 81 (66), probablement KhirbetSâr, à l’ouest d’Amman (t. iii, col. 1150).

Comme on le voit, les deux documents se suiventd’assez près. Celui des Paralipomènes a des lacunes: six noms sont tombés de la liste, bien que l’énumérationrelative à chacun des groupes renferme les mêmeschiffres que le livre de Josué, c’est-à-dire treize villes pourles prêtres, I Par., vi, 60; dix pour les Lévites Caathites, ꝟ. 61; treize pour les Gersonites, ꝟ. 62; douze pour lesMérarites, ꝟ. 63. Les différences de noms s’expliquentsoit par la confusion de certaines lettres, soit par la corruptionou la contraction du mot, soit par une répétitionfautive; dans quelques cas seulement, le choix est difficileentre les deux textes. La version des Septanten’apporte que peu de secours. La Vulgate suit généralementbien l’hébreu; on se demande cependant pour^quoi elle amis Hélon au lieu de Aîalon, jJ.69; Jethsonpour Cadémoth, Jos., xxi, 36; Jaser pour Jassa, Jos., xxi, 36; de même Misor, Jos., xxi, 36, est une additioafautive. — Parmi les villes lévitiques sont comprisesles six villes de refuge: trois à l’ouest du Jourdain, c’est-à-dire Hébron, Sichem et Cédés de Nephthali; trois, à l’est, Bosor, Ramoth Gaalad et Gaulon. Jos., xx, 7. 8. — On remarquera enfin comment on avait réservéaux prêtres la proximité de Jérusalem. Jos., xxi, 13-19.

II. Dispositions légales. — C’est le livre desNombres, xxxv, 1-8, qui renferme les prescriptions légalesconcernant les villes lévitiques. Nous y voyonsd’abord, ꝟ. 3, qu’elles n’étaient pas données à ta. tribude Lévi comme un territoire, mais aux lévites commelieu d’habitation, et non à titre de propriété; ils n’enétaient même pas les seuls habitants. Cependant Tel

clusion du partage de la Terre Promise n’entraînaitpas pour eux l’incapacité de posséder des immeubles.Le Lévilique, xxv, 32-34, suppose que, dans leurs villes, ils possèdent des maisons, lesquelles, venant à êtrealiénées, pourront toujours être rachetées; sinon, ellesreviendront à leurs anciens propriétaires en l’année dujubilé. Les pâturages qui leurs sont concédés dans levoisinage ne pourront jamais être aliénés; ils ont uneaffectation spéciale d’ordre public. Quant au moded’établissem*nt des Lévites, il est permis de croire, d’après les données de la loi, qu’il leur était réservé desquartiers plus ou moins étendus suivant leurs besoinset les ressources des localités. — Le même texte, ꝟ. 3-5, délimite ensuite strictement l’étendue des pâturagesqui leur étaient accordés dans la banlieue des villes. Oncomptait d’abord «depuis le mur de la cité vers ledehors, tout autour», c’est-à-dire dans la direction desquatre points cardinaux, une ligne de 1000 coudées(525 mètres). Puis, à l’est, au midi, à l’ouest et au nord, on mesurait perpendiculairement à cette ligne uneautre de 2000 coudées, ce qui déterminait commequatre terrains rectangulaires, destinés aux troupeauxdes Lévites. Tel est du moins le sens qu’il faut attribueraux ꝟ. 4 et 5, et que le diagramme suivant aidera â comprendre.

N

ci

1000 c.

1000 c.

Ville. «

  • -<

2000 c.

Enfin, après avoir fixé le nombre des villes lévitiques, c’est-à-dire 48, dont 6 de refuge, ꝟ. 6-7, la Loi définit, ꝟ. 8, que la part à céder par les différentes tribuspour la demeure des Lévites sera en proportion de l’importancedu territoire de chacune. Malgré cela, il est facilede voir, d’après l’énumération donnée ci-dessus, queles villes sont assez uniformément réparties raison dequatre par tribu, à l’exception de Juda et de Siméon réunisqui en fournissent neuf, et de Nephthali, qui n’en fournitque trois. Mais il faut remarquer que le ji. 8 ne dit pas, à la rigueur, que le nombre des villes à céder parchaque tribu sera proportionné à l’étendue de son territoire; il porte, en effet, d’après l’hébreu: «Quant auxvilles que vous donnerez de la possession des fils d’Israël, de la (tribu) grande, vous donnerez beaucoup et de la(tribu) petite, vous donnerez peu; chacun en proportionde son lot donnera (une part) de ses villes aux lévites.» Il y là une formule générale qui peut s’entendrede l’importance plus ou moins considérable des cités, de la place plus ou moins vaste qui y était laissée aux

Lévites.

A. Legendre.

    1. LÈVRE##

LÈVRE (hébreu: èdfâh; assyrien: Saptu; Septante: ^es’Xo; ; Vulgate: labium), partie charnue qui forme lecontour de la bouche, et qu’on distingue en lèvre supérieureet lèvre inférieure.

I. Au sens propre. — 1° Les lèvres recouvrent lesdents. Job, xtx, 20. Les lèvres de l’Épouse sont commeun fil cramoisi, Cant., iv, 3, à cause de leur couleurvermeille; comme des SôSanîm- (Vulgate: lilia; voirAnémone, t. i, col. 575) d’où découle la myrrhe, Cant., v, 13, à cause de la beauté de leur forme et de la douceurde leurs paroles. Les lèvres frémissent sous l’influencede la crainte, Habac, iii, 16, et elles remuentdoucement chez celui qui prononce des paroles sans

émission de voix. Job, xvi, 6; I Reg., i, 13; Judith, xiii, 6. — Les Assyriens passaient un frein en formed’anneau, méfég, dans les lèvres de leurs prisonniers.Voir Anneau, et la fig. 158, t. i, col. 636-637, qui montredes prisonniers d’Assurbanipal avec ce frein. De la partdu Seigneur, Isaïe, xxxvii, 29, dit à Sennachérib, quimenace Jérusalem: «Je mettrai mon métég à tes lèvres.? IV Reg., xix, 28. — 2° Les lèvres sont un desinstrumentsdu langage; elles concourent à la formationde la parole, donnent leur caractère aux labiales etdoivent nécessairement s’entr’ouvrir pour laisser passerlessons. «Ouvrir les lèvres,» c’est donc parler. Job, xi, 5; xxxii, 20; Prov., viii, 6; xx, 19. Ouvrir les lèvresàquelqu’un, c’est le faire parler. Ps. li (l), 17. «Fermerles lèvres,» Prov., xvii, 28, «retenir les lèvres,» Prov., x, 19; Ps. xl (xxxix), 10, c’est se taire. Celui quiiferme les yeux et «se mord les lèvres» pour ne riendire, mais pense au mal qu’il veut commettre, est déjà, coupable. Prov., xvi, 30. Moïse dit de lui-même qu’ilest’âral sefdfayîm, incircumcisus labiis, «incirconcisdes lèvres,» Exod., VI, 12, 30, pour signifier qu’il n’apas les lèvres dégagées, qu’il parle difficilement, qu’ilest, selon les expressions des Septante, aXoyoç, «sansparole,» îo^vdçwvo; , «de voix faible» ou «bégayant».II. Au sens figuré. — Les lèvres sont habituellementprises pour la parole elle-même. 1° On attribue auxlèvres ce qu’énonce la parole, le serment, Lev., v, 4, levœu. Deut., xxiii, 23, etc. Cf. Job, xii, 20; xiii, 6; xv, 6, etc.; Prov., x, 21, 32, etc.; Jer., xvii, 16. — 2° Ellessont mises pour la langue qu’on parle. Primitivement, les hommes n’ont qu’une seule lèvre et c’est à Babel queles langues se diversifient. G-en., xi, 1, 6, 7 (lingua), 9.Dans le texte hébreu, la lèvre de Chanaan, Is., xix, 18, la>lèvre obscure à entendre, Is., xxxiii, 19; Ezech., iii, 5, .C, les lèvres d’étrangers, Ps. lxxxi (lxxx), 6; I Cor., xiv, 21, désignent la langue chananéenne, une languebarbare et des langues étrangères, — 3° Les qualitésmorales de la parole sont souvent appliquées aux lèvresmêmes. Il y a des lèvres pures, Soph., iii, 9, et deslèvres souillées, ls., vi, 5, perverses, Prov., xix, 1, iniques, Prov., xvii, 4, menteuses. Ps. su (xi), 3, 4; xxxi(xxx), 19; Prov., xii, 12; frauduleuses, Ps. cxx (cxix), 2; Prov., x, 18; xvii, 4, 7, etc. — 4° Quand les lèvresparlentseules, c’est que la pensée est légère, sotte ouhypocrite. S’exprimer légèrement des lèvres, c’est taireun serment répréhensible, Lev., v, 4, et parler inconsidérément.Ps. cvi (cv), 33. L’ «homme de lèvres» est unbavard (verbosus). Job, xi, 2 (hébreu). Les paroles deslèvres, c’est-à-dire celles qui ne sont que sur les lèvres, ne mènent à rien de bon. Prov., xiv, 21; Is., xxxvi, 5(hébreu). Aussi Dieu réprouve ceux, qui l’honorent deslèvres quand leur cœur est loin de lui. Is., xxix, 13; Jer., xii, 2 (Vulgate: os); Matth., xv, 8; Marc, vii, 6.-5° Leseffets de la parole sont attribués aux lèvres. En bonnepart, les lèvres sont savantes, Prov., xx, 15, ou gardentla science. Mal., ii, 7. Elles glorifient Dieu, Eccli., l, 22; Heb., xiii, 15. Job, i, 22; ii, 10, n’a pas péché parses lèvres. Sur les lèvres sont les chants d’allégresse, Job, viii, 21; les oracles du roi, Prov., xvi, 10; la grâce, Ps. xlv (xliv), 3; Eccli., xxi, 19, le miel et la myrrhe, Cant., iv, 11; v, 13, c’est-à-dire les paroles douces, aimableset sages/Ties lèvres des prophètes sont préparéesà la parole par des contacts qui les purifient, Is., vi, 7, et les inspirent. Dan., x, 16. Judith, ix, 13, demandeà Dieu la grâce de frapper Holofeme avec seslèvres, c’est-à-dire de le prendre par ses paroles. Enmauvaise part, le miel que distillent les lèvres, ce sontles paroles qui invitent au mal. Prov., v, 3. Le venindes aspics sur les lèvres, Ps. cxl (cxxxix), 4; xiv (xm), 3; Rom., iii, 13, figure la calomnie et la méchancetédes discours. Le feu ardent sur les lèvres du pervers, Prov., xvi, 27, est celui de la malice. Des lèvres brûlantessur un cœur dépravé, Prov., xxvi, 23-24, sont ga

signe d’hypocrisie: elles marquent une affection que lecœur n’a pas. Les lèvres qui se font les instruments dela sottise, Prov., x, 8, 10; Eccle., x, 12, et de la méchanceté, Ps. cxl (cxxxrx), 10; Sap., i, 6; Eccli., xxvi, 28, attirent le malheur sur le sot et le méchant. —6° Une réponse juste est comparée à un baiser sur leslèvres. Prov., xxiv, 26. Voir Baiser, t, i, col. 1389. —7° Les lèvres figurent aussi une porte qui donne passageà la parole et a besoin de surveillance. Ps. cxli (CXL), 3. Saint Pierre recommande aux chrétiens de préserverleurs lèvres des paroles trompeuses. I Pet., iii, 10.

III. Par analogie, — En hébreu, on donne le nomde «lèvre» à ce qui constitue une bordure, parce que lapartie vermeille des lèvres humaines borde les contoursde la bouche. 1° On appelle donc ainsi la bordure d’orde la table de proposition, Exod., xxv, 24, 25; xxxvii, 11, 12; Ezech., xl, 43; celle de l’autel du templed’Ezéchiel, xliii, 13; les bords de la mer d’airain, III Reg., vii, 23, 24, 26; II Par., iv, 2, 5; la bordure d’unvêtement, Exod., xxviii, 32, et des tentures du Tabernacle.Exod., xxvi, 4-10; xxxvi, 11 (ora). — 2° En poursuivantl’analogie, on désigne eneore en hébreu sous lenom de «lèvre» le rivage de la mer, Gen., xxii, 17; Exod., xiv, 30 (31); Jos., xi, 4; Jud., vii, 12; la rive du Nil, Gen., xli, 3, 17; Exod., ii, 3; vii, 15; celle du Jourdain, fV Reg., ii, 13, celle d’un torrent, Deut., ii, 36; iv, 48.Dans un autre passage, Jud., vil, 23, le mot sâfdh, crepido, est employé dans le sens de limite d’une localité.

H, Lesêtre.

    1. LEWIN Thomas##

LEWIN Thomas, historien anglais, né à Ifleld (Sussex), le 19 avril 1805. mort à Londres le 5 janvier 1877.Il fit ses études à Oxford et exerça la profession d’avocat.Parmi ses écrits, le plus important est The Life andEpislles of St. Paul, 2 in-12, Londres, 1851; 2e édit, 2 in-4, 1874; 3e édit., 1875; ces deux dernières avecillustrations archéologiques. Il consacra quarante annéesde sa vie à lè’p’réparer et à le revoir et visita plusieursfois les localités principales qu’il avait à décrire.Mentionnons aussi de lui: An Essay on the Chronplogyof the New Testament, in-8°, Oxford, iS51; Jerusalem, a Sketch of the City and Temple from the earliestUrnes to the Siège by Titus, in-8°, Londres, 1861; TheSiège of Jérusalem by Titus: with the Journal of arécent Visit to the Holy City and a General Sketch ofthe Topography of Jérusalem from the earliest Urnes<town to the Siège, in-8°, Londres, 1863; Fasti sacri; ora Key to the chronology of the New Testament, in-8°, Londres, 1865.

    1. LÉZARD##

LÉZARD, reptile de l’ordre des sauriens. Les saurienssont des reptiles ordinairement quadrupèdes, bien que plusieurs soient apodes. Ils ont les côtes et lesvertèbres dorsales mobiles, la peau écailleuse, la bouchefortement dentée, la queue longue et les doigts pourvusd’ongles crochus..Les principales familles de l’ordredes sauriens sont les crocodiliens, voir Crocodile, t. ii, col. 1120, les geckotiens, voir Gecko, t, iii, col. 143, lescaméléoniens, voir Caméléon, t. ii, col. 90, les lacertiensou lézards, les scincoïdiens, les varaniens, etc.Les lézards sont caractérisés par le prolongement desos du crâne formant bouclier sur le dessus de la tête, «ne double rangée de dents au fond du palais, quatrepattes courtes et grêles munies de cinq doigts avecongles déliés, et une queue assez longue qui se désarticuletrès aisément et repousse ensuite. Les lézards sontpour la plupart ovipares; quelques espèces seulementsont vivipares. Il existe en Palestine de nombreusesespèces de lézards. Ces animaux abondent dans les terrainsstériles; ils habitent les rochers et les fissures desgorges et sont en nombre immense dans les, sables desdéserts. Certaines espèces fréquentent les plaines cultivées, d’autres les montagnes et les forêts de Galaad et deGalilée. Les enfants de Jérusalem disent encore aujourd’hui dans leurs chansons: «Dis ta prière, ô lézard, tamère est morte dans le four. i> Cf. G, H. Dalman, PaliistinischerDiwân, Leipzig, 1901, p. 174. Ces parolesfont allusion à la posture que prend le gros lézard dePalestine, quand, penché au sommet des pierres, il lèvela tête comme pour regarder le ciel. On trouve cinqnoms dans la Bible pour désigner différentes espèces delézards ou de sauriens similaires:

1° Le Letâ’âh, (joc-jpoc, lacerta. Lev., xi, 30. C’est lelézard proprement dit, représenté en Palestine par ungrand nombre d’espèces et abondant dans les parties cultivéesdu pays. On distingue spécialement le Lacerta viridis, le lézard vert du sud de l’Europe (fig. 56), et le

56. — Lézard vert.

Lacerta Isevis. Ils se nourrissent d’insectes, de sauterelles, de vers et d’ceuts de petit* oiseaux dont ils atteignentles nids sur les branches des arbres. Ils sont absolumentinoffensîfs et restent tout l’hiver endormis dansdes creux de rochers. Attaqués, ils se cramponnent avecgrande ténacité au support qui se présente à eux. La Zoo57. — Lézard des murailles.

toca vivipara ou lézard des murailles (fig. 57) est trèscommune en Palestine et y compte plusieurs variétés.On la trouve partout dans les rocs, ou dans les murs.Ce lézard se prend aisément; c’est le plus éveillé et leplus intelligent des animaux de son espèce, et il se laissetrès docilement apprivoiser. Les Bédouins le mangent, bien qu’il soit un objet d’horreur pour tout rigidemahométan. À la famille des scinques appartient le

68. — Plestiodon auratus.,

Plestiodon auratus (fig. 58), de couleur jaune avec destaches rouges et orange. C’est le plus grand des sauriens

de Palestine. On le trouve peu dans les endroits cultivés; il fréquente de préférence les régions arides etrocheuses, comme les environs de la mer Morte. À ladifférence des lézards, il ne grimpe pas, mais se cachedans le sable ou sous les pierres. Les pattes des scinquessont très courtes; chez certaines espèces, elles sont rudimentairesou même cachées sous la peau, ce qui faitque ces animaux se meuvent à la manière des serpents.Le Pseud/ipus pallasii, serpent de verre ou orvet, a lespattes invisibles et la peau noire, ce qui fait prendre cesaurien pour un serpent par les indigènes. Rien pourtantde plus inoffensif que cet animal. Il est longde deux pieds à deux pieds et demi, sa queue comptantpour les deux tiers de sa longueur. Il vit surtoutdans les plaines cultivées et s’y nourrit de petit* lézardset de souris. Aux environs de Nazareth, on rencontredans les herbes et dans les pierres d’énormes Pseudopus, dont plusieurs atteignent presque le diamètre dupoignet. Lortet, La Syrie d’aujourd’hui, Paris, 1884, p. 176.

2° Le homét, £aXot6ciT/)ç (àuxaXotëcîpTrK, «lézard moucheté,» Aristote, Hist. animal, , IV, xi, 9), stellio, Lev., XI, 30, est vraisemblablement un saurien du genreseps, le lézard des sables ou chulaca des Arabes, quihabite les lieux secs et sablonneux, surtout dans le désertde Judée, la vallée du Jourdain et la presqu’îlesinaïtique. Les animaux de ce genre sont généralementpetit* et ont la couleur du sable dans lequel ils seterrent. Plusieurs espèces n’ont pas de pattes visibles.Les Arabes les appellent «poissons de sable» et enmangent la chair qui est blanche et agréable. Il estassez à croire que Moïse aura voulu désigner par unnom particulier ce petit animal que les Hébreux rencontrèrentà tout instant dans le désert et qui avaittoutes les allures du serpent.

3° Le sâb, xpox<îp8eiXoç, crocodilus, Lev., xi, 29, a étéregardé par les versions comme un saurien de tailleconsidérable, puisqu’ils le prennent pour le crocodile.C’est le dhabb des Arabes, YUromastix spinipes (fig. 59),

59. — Uroma&tix spinipes.

grand lézard commun dans le nord de l’Afrique, enArabie et dans le désert de Judée. Il atteint quelquefoisune longueur de deux pieds. Il a une forte queue; large et massive, couverte par des rangées concentriquesd’écaillés très piquantes, dont il se sert avecsuccès comme d’une arme défensive. Il vit dans lestrous de rochers et peut se terrer dans le sable. Il estde couleur verte, tachetée de brun, se fonçant quandl’animal est irrité. Il se nourrit d’insectes, mais necraint pas parfois de s’attaquer même à des poulets. LesArabes prétendent qu’il tient tête au céraste, et que, quand celui-ci envahit son trou, il a bientôt les vertèbresdisloquées par les coups de la puissante queuedu dhabb. Ce lézard a une allure lente, gauche etcraintive en apparence. On peut l’apprivoiser et lesBédouins le mangent. Tristram, The natural Historyof the Bible, Londres, 1889, p. 255-256, 266-269.

4° Le koah, Lev., xi, 30, dans lequel les versionsvoient un caméléon, bien que le nom de ce dernier soit


tinsémét. Voir t. ii, fig. 33, col. 90. Le mot koafy désigneprobablement les sauriens appelés monitors ou varans, dont la taille est intermédiaire entre celle des crocodileset celle des lézards ordinaires. Le Monitor terrestris(fig. 60) et VHydrosaurus niloticus font la chassa

60. — Monitor terrestris.

aux œufs de crocodile et en détruisent un grand nombre.Le premier, appelé aussi Psammosaurus scincus, longparfois de quatre à cinq pieds, est commun dans lessables de l’Egypte, dans la presqu’île sinaïtique, la partieméridionale de la Judée et même dans la vallée duJourdain. Les gens du pays le mangent. Le second estmaintenant plus abondant en Egypte, où il était jadisun objet de respect. Il atteintl m 30 à l 1° 65 centimètres delong. On le trouve en Palestine, mais assez rarement. Cf.Tristram, The natural History, p. 262; Fillion, Allasd’hist. nat. de la Bible, Paris, 1881, p. 61.

5° Le Seniâmif, xot>aMTr)t, stellio, est le lézard ordinaire, le même que le letâ’âh. Il est dit de lui: «Lelézard saisit avec les mains et se trouve dans les palaisdes rois.» Prov., xxx, 28. Il est mis sur le même rangque la fourmi, le daman et la sauterelle, et tous quatresont qualifiés de petit* animaux fort sages. Le lézardjustifie cette mention, parce qu’en grimpant il sait trouverun refuge jusque dans les palais des rois. En dehorsde ce dernier passage, la Bible ne parle des lézardsque pour défendre aux Hébreux de les manger. Cettedéfense avait sans doute pour motif la difficulté de dis--cernerceux qui sont comestibles et que les Bédouinspauvres sont d’ailleurs les seuls à manger, et aussi laressemblance de certains d’entre eux avec les serpents.

H. Lesêtre.

LIA (hébreu: Lê’âh; Septante: Aeîa), fille de l’araméenLaban et sœur de Rachel. Gen., xxix, 16. Elledevint, par une supercherie de son père, l’épouse deJacob, à la place de Rachel, qui était désirée par Jacob, et pour laquelle celui-ci avait servi Laban pendant septannées. Lia se prêta à cette fraude, s’appuyant, commeson père, sur une coutume d’après laquelle une fillecadette ne devait pas être mariée avant sa sœur aînée.Gen., xxix, 22-26. Moins favorisée de la nature que Rachel, elle avait de plus une infirmité d’yeux qu’il estdifficile de déternjiner. C’était, d’après les Septante, unefaiblesse de’vue, ô ?6a>|io «uOsveîç; des «yeux chassieux», selon la Vulgate, dont la traduction ne semblepas justifiée. Gen., xxx, 17. Tant à raison de cette infirmitéque pour la fraude qui l’avait faite épouse de Jacob, Lia ne put jamais obtenir de son mari une grandeaffection. Au contraire, Rachel que, huit jours après sonmariage avec Lia, Jacob avait prise comme secondeépouse, voir Polygamie, fut toujours l’objet de sa prédilection.Voir Rachel. C’est pourquoi, au momentcritique où Ésàù s’avançait menaçant, à la tête d’unetroupe armée, Jacob plaça le plus loin possible du danIV. - 8

ger Bachel et ses enfants, puis, devant elle, Lia et sesenfants, enfin en avant, et les plus exposées, les deuxesclaves Zelpha et Bala. Gen., xxxui, 1, 2. Malgré cela, Lia semble avoir gardé à l'égard de Jacob une parfaitefidélité. Tandis que Rachel demeurait stérile, Lia donnatout d’abord à Jacob quatre fils: Ruben, Sitnéon, Léviet Juda. Gen., xxix, 32-35; cf. xxxv, 23. Dans la suiteelle cessa elle-même d’avoir des enfants, et comme Rachel, par la substitution de Bala, sa servante, avaittrouvé moyen de donner deux fils à Jacob, Lia, devenuejalouse, employa le même procédé, et par le moyen desa servante Zelpha, elle donna à Jacob Gad et Aser.Gen., xxx, 9-13. Ruben, l’alné des fils de Lia, fut poursa mère l’occasion d’une nouvelle fécondité. Car, commeen revenant de la campagne, il apportait à sa mère desmandragores, celle-ci les ayant cédées à Rachel, Gen., xxx, 14-15, put devenir mère d’Issachar. Voir Mandragore. Elle eut ensuite un nouveau fils, qu’elle appelaZabulon, puis enfin une fille nommée Dina. Gen., xxx, 18-21. Il semble probable que Lia vivait encore lorsquesa fille Dina fut déshonorée, Gen., xxxiv, et qu’elle survécut à Débora, la nourrice de Rébecca, et à Rachel.Gen., xxxv, 8-19. Il est probable qu’elle mourut enChanaan, car il n’est pas fait mention d’elle dans lanomenclature des émigrants en Egypte. Gen., xliv, 8-27. Elle fut ensevelie dans le tombeau de famille àHébron. Gen., xux, 31. P. Renard.

    1. LIBAN##

LIBAN (hébreu: Lebânôn, avec l’article dans leslivres historiques, excepté IV Reg., xix, 23; II Par., ii, 7[Vulgate, 8]; plus sauvent sans article dans les livrespoétiques et prophétiques; Septante: 'AvTt>i'6<xvoç, Deut., i, 7; iii, 25; xi, 24; Jos., i, 4; ix, 1; partoutailleurs, Aië<ivo «), chaîne de montagnes de. Syrie, frontière septentrionale de la Palestine et renommée pourses cèdres. Deut., i, 7; iii, 25; los., i, 4; III Reg., iv, 33; v, 6, 9, etc.,

I. No». — L’hébreu Lebânôn se rettache. à la racinelâban, «être ilanc.» La chaîne syrienne est donc le «mont blanc» de l’Asie antérieure, nom qui lui vient, soit de la couronne de neige dont elle est couverte unepartie de l’année, soit de l’aspect blanchâtre que présente la masse de ses roches. C’est cette dernière explication qu’adopte E, Robinson, Physieal Geography ofthe Holy Land, Londres, 1865, p. 309: «Près de lamer, dit-il, les dernières pentes du Liban s’abaissentd’une manière abrupte, de telle sorte qu'à celui qui levoit d’en bas, tout ce côté de la montagne semble uniquement composé de masses immenses de roches nueset blanchâtres, sillonnées de ravins profonds qui descendent vers la plaine par des pentes rapides. Cetteapparence blanchâtre de la montagne, quand la lumièreest renvoyée par les roches de la surface, explique suffisamment l’ancien nom de Lebânôn, ou «montagneBlanche». L’appellation ne vient pas de ses neiges; caren été la neige ne se trouve que dans des places abritées, voisines du sommet et que l’on n’aperçoit pas d’enbas, de sorte que les crêtes n’en sont pas blanchies.» Il suffit cependant, semble-t-il, que le Liban soit couronné de ntige une bonne partie de l’année pour quece fait ait frappé l’esprit des Orientaux autant et plusque l'éclat des roches calcaires et crétacées, et lui aitvalu son nom. Les monuments assyriens ont conservéce nom sous les formes Labnânu, Labnâna, Labndni.Cf. EL Schrader, Die Keilinschriften und das AUe Testament, Giessen, 1883, p. 183, 209, 220; Fried. Delitzsch, Wo lag das Parodies? Leipzig, 1881, p. 103. Il subsistepeut-être dans l'égyptien Ramami. Cf. W. Max Mûller, Asien und Europa nach altâgyptischen Denkmâlern, Leipzig, 1893, p. 197. La dénomination arabe est Djebelcl-Libnàn.

IL Le Liban dans l'Écrtouke. — Le Liban est mentionné plus de soixante fois dans l’Ancien Testament,

pas une fois dans le Nouveau. Il détermine la frontièreseptentrionale de la Terre Promise. Deut., i, 7; iii, 25; xi, 24; Jos., i, 4; ix, 1; xiii, 5, 6. Mais il est surtout citéà cause de ses cèdres. Jud., ix, 15; III Reg., iv, 33; v, 6, 9; IV Reg., xix, 23; II Par., ii, 8; I Esd., iii, 7; Ps. xxviii (hébreu, xxix), 5; xxxvi (xxxvil), 35; xci(xcii), 12: cm (crv), 16; Eccli., xxiv, 17; Is., ii, 13; x, 34; xiv, 8; xxxvii, 24; lx, 13; Ezech., xvii, 3; xxvii, 5; xxxi, 3; Zach., xi, 1. Voir Cèdre, t. ii, col. 374.La Bible parle aussi de ses pins, de ses cyprès, deses bois et de ses forêts en général. IV Reg., xix, 23; II Par., ii, 8, 16; Cant., iii, 9; Is., xxxvii, 24; XL, 16; des eaux qui l’arrosent, Cant., iv, 15; des bêtes sauvagesqui l’habitent, IV Reg, , xiv, 9; II Par., xxv, 18; desfleurs qui y poussent, Nah., i, 4; du vin qu’il.produit, Ose., xiv, 8; des senteurs qui s'échappent de ses bois, Cant., iv, 11; Ose., xiv, 7; de la neige qui couvre ses sommets, Jer., xviii, 14; enfin de sa beauté ou de sa gloire.Cant., v, 15; Is., xxxv, 2; lx, 13. Elle compte lesHévéens parmi ses habitants. Jud., iii, 3. Il semble queSalomon ait élevé certaines constructions, peut-être desmaisons de campagne, sur le Liban. III Reg., ix, 19;

II Par., viii, 6. Le palais qu’il se construisit à Jérusalem s’appelait «la maison de la forêt du Liban», àcause de ses colonnades en bois de cèdre, qui lui donnaient quelque zessemblance avec cette forêt si vantée.

III Reg., vii, 2; x, 17, 21; II Par., ix, 20. La «valléedu Liban» (hébreu: biq’af hal-Lebânôn)j. dont il estquestion dans Josué, xi, 17; xii, 7, n’est pas, commel’ont cru plusieurs auteurs, la Cœlésyrie ou la grandevallée qui s'étend entre les deux chaînes du Liban et del’Anti-Liban, mais plutôt la plaine qui se trouve au sudet au sud-ouest de Banias, «sous l’Hermon.» Cf. Cœlésyrie, t. ii, col, 820: Baalgad, t. i, col. 1336.

III. Description. — La chaîne du Liban commenceau sud du Nahr el-Kebir, et se prolonge du nord-nordest au sud-sud 7 ouest jusqu'à la brèche que s’est creuséele Nahr el-Qasimiyéh. Plus régulière encore que lacôte de Syrie, dont elle est éloignée de 20 à 25 kilomètresen moyenne, 35 dans le nord, elle s'étend sur une longueur de 150 kilomètres, s Vue de la mer, la longuecrête du Liban, bleue en été, argentée de neige en hiveret au printemps, est d’un aspect grandiose; les vapeursde l’espace prêtent aux monts éloignes une transparenceaérienne, mais à cette douceur se mêle la force quedonnent les puissants contours des sommets et les escarpements des pentes. De près, la montagne paraîtmoins belle. Le long rempart ne présente guère quedes croupes jaunâtres et sans arbres, des vallées monotones, des sommets à rondeur uniforme. Dans le nord, principalement sur le versant cœlésyrien, on ne voitque parois nues dominant de longues pentes de terrerougeâtre, restes morainiques d’avalanches et de couléesde glace. Vers le sud, les vallées sont plus fertiles, plusriantes, mieux cultivées, et çà et là on rencontre despaysages pittoresques.» E. Reclus, L’Asie antérieure, Paris, 1884, p. 692. Le Liban s’abaisse vers la Méditerranée par une série de plateaux en gradins, et par desramifications allant de l’est à l’ouest ou du nord-est ausud-ouest, entre lesquelles les rivières se sont creuséde profondes vallées. Le versant oriental, au contraire, est très abrupt: il borde comme un long mur la plainede la Beqa’a. Aucun de ses sommets n’atteint la zonedes neiges persistantes. Au nord, le Djebel Akhar a2129 mètres; le Djebel Aito, le point le plus élevé deschaînes latérales, 1936 mètres. Divers massifs se succèdent ensuite vers le sud. Le Djebel M akmel prolonge, sur une étendue de 20 kilomètres, ses sommets auxformes aiguës et pyramidales; sa crête se hérisse desept à huit pics, dont le plus septentrional, le jQhor eUKhodib, avec ses 3068 mètres, est généralement considéré comme le point culminant de la chaîne, à moinsque, suivant certains voyageurs, le premier rang ne soit

attribué au Tiz-Marûn, situé plus au nord dans lemême massif et auquel on assigne une hauteur de3212 mètres. Le Fum el-Mizab en a 3049. C’est dansces parages que se trouvent les quelques cèdres encoresubsistants. Voir t. ii, fig. 120, col. 377. Plus loin se dressentles deux massifs du Djebel Akura et du Djebel Munéitirah, entre lesquels est un col de 1 982 mètres, puis leDjebel Sannîn, 2 490 mètres, et le Djebel Kenéiséh, 2 033mètres. C’est au sud dé ce dernier que passe le plus importantdes cols qui échancrent la chaîne, celui de Mughiltéh, que franchit, à l’altitude de 1 585 mètres, la route de Beyperpétuels ou intermittents. Ces torrents sont, en descendantdu nord au sud, le Nahr-Akkar, au-dessous duNahr el-Kebir, le Nahr el-Arka, le Nahr el-Barid, leNahr Abu Ali ou Kadischa, qui reçoit les eaux desplus hautes cimes et se jette dans la mer près de Tripoli, le Nahr el-Djô 1: , le Nahr Fedar, le Nahr Ibrahim(Adonis), dont l’une des branches sort delà grande grotted’Afkâ, le Nahr el-Kelb (Lycus) (lig. 61), au nord deBeyrouth, le Nahr Béirût, e Nahr ed Damur (Tamyras); enfin Vouadi el-Aulé (Bostrenus) et Youadi ez-Zahardny, l’un au-dessus, l’autre au-dessous de Sidon, ne

61. — Vallée du Nahr el-Kelb.

D’après de Luynes, Voyage d’exploration à la mer Morte, Atlas, pi. 1.

Touth à Damas. Les autres massifs, qui vont en diminuantde hauteur vers le sud, sont le Djebel Barûk.2151 mètres; le Djebel Niha, 1890 mètres; le DjebelRihan, 1 715 mètres.

Les deux versants de la chaîne diffèrent par l’abondancedes eaux. Celui de l’est n’a presque pas de sources, la neige à peine tombée s’évaporant très vite. La seulerivière perpétuelle est le Berdani, qui se jette dans leLéontès. Quelques lacs se rencontrent sur cette pente: celui de Yaniunéh est un profond entonnoir, où leseaux s’engouffrent pour reparaître probablement surl’autre versant en sources abondantes. Le côté occidental, au contraire, est bien arrosé. Grâce à l’humidité etaux vapeurs, qui montent de la mer, la neige tombe davantage, est plus persistante, et constitue de vastes réservoirsqui alimentent de nombreux cours d’eau ou

sont que des rivières temporaires. En descendant deshautes cimes, les torrents ont découpé la montagne enénormes cirques d’érosion. Quand ils n’ont pu déblayerla roche, ils l’ont percée de manière à former de gigantesquesaçCàdés. Ainsi, au nombre des curiosités lesplus intéressantes du Liban, on compte le pont nature)jeté sur le Nahr el-Lében, une des sources du Nahrel-Kelb. Situé au-dessus d’une gorge profonde, il mesurecinquante mètres d’ouverture et vingt de hauteur.L’arche est si régulière qu’on se demande si elle n’apas été rectifiée de main d’homme. De gros blocs éboulésdans le lit de la rivière font jaillir en écume deseaux glaciales qui, à la fonte des neiges, prennent uneblancheur éclatante, d’où est venu le nom de Nahr el-Lébenou c< fleuve du lait». Quelquefois les eaux disparaissentdans les fissures du sol, et des ruisseaux sou

terrains s’échappent en sources magnifiques, descendenten cascades de rocher en rocher, remplissent dubruit de leur chute la solitude des hautes vallées. Cesont là «les puits d’eaux vives, qui coulent avec impétuositédu Liban». Cant., iv, 15. Un spectacle plusimposant encore est celui du cirque d’Afka et des cascadesdu Nahr Ibrahim. Voir Aphéca 1, t. i, col. 732.Au point de vue géologique, la chaîne du Liban estcomposée, dans son ensemble, de dolomites, de calcairesgrossiers, de marbres, de grès et de marnes, que desbasaltes ont percés sur d’innombrables points sans endéranger les assises. Les roches sont coupées par desfissures profondes, dirigées du nord au sud et de l’est à

les empreintes dans les calcaires argileux, feuilletés, sans silex, de Saltel Aima, à 100 mètres au-dessus de lamer, et à Hakel, dans une vallée profonde. Cf. de Luynes, Voyage d’exploration à la mer Morte, Paris (sans date), t. iii, Géologie, par Louis Lartet, p. 52-58.

Trois noms spéciaux désignent, dans la bouche deshabitants, les zones de climat et de végétation, sur lespentes occidentales du Liban. La région du littoral estle Sahil ou Sahel, étroite bande de terrain, d’uneextrême fertilité, où s’élevaient les cités commerçantesde l’ancienne Phénicie. Au-dessus, jusqu’à 1200 mètresenviron, s’étend la région moyenne, ou Wusut, moinspeuplée que la précédente, mais encore parsemée de

62. — Paysage des hautes régions du Liban.D’après Van de Velde, Le pays d’Israël, pi. 95.

l’ouest, et qui partagent le Liban en massifs distincts.La partie centrale est constituée par des calcaires gris.compacts, caverneux ou oolithiques, avec polypiers, térébratules, grandes natices, nérinées et baguettes deCidaris glandifera. Au-dessus de ces roches généralementrangées dans le terrain jurassique, viennent lesgrès rougeâtres, auxquels succèdent des calcaires et desmarnes que tous les auteurs rapportent au terrain crétacé.Ces différentes couches, sur le versant occidental, inclinent vers la mer, tandis que, sur le versant opposé, elles plongent en sens inverse. «Le calcaire crétacé Unitpar atteindre jusqu’à 3000 mètres d’altitude, formant ausommet un plateau horizontal et presque rectiligne, semé de déserts de pierres et de dolines, dont la massese dresse comme un mur en face de la Méditerranée.L’élévation du calcaire s’est faite par une série de cassuresparallèles, qui dessinent autant de terrasses.» A. de Lapparenl, Leçons de géographie physique’, Paris, 1898, p. 598. Parmi les fossiles recueillis dans le Liban, les plus remarquables sont les poissons dont on trouve

villages; on y cultive le tabac, des céréales, les pommesde terre; les arbres y croissent en plus grand nombre: les pins (Pinus brutia), qui donnent à certaines pentesun aspect verdoyant; plus bas, les chênes nains; plushaut, les cyprès et les cèdres, auxquels se mêlentquelques chênes, des charmes, le pin d’argent deCilicie, Je genévrier, le Rhododendron ponticum. Latroisième zone, appelée le Djurd, est celle de la stérilité, des vents furieux etdes avalanches (fig. 62); cependant lescultures se montrent encore à 1800 et 2 000 mètres, maisseulement dans les vallons et les bassins abrités: çà etlà, s’élèvent des bouquets de chênes aux troncs rabougris, des térébinthes, des érables, des poiriers sauvages, des genévriers, dont quelques-uns ont de puissantesdimensions. En été, les troupeaux de brebis et dechèvres montent des plaines vers le Djurd pour paîtreles herbages et les feuilles des arbrisseaux. En général, le Liban n’a ni forêts, ni pâturages, mais seulement derares endroits où croît une herbe peu abondante, et leplus souvent des pentes nues. C’est dans la région, 233

LIBAN - LIBATION

m

supérieure, à plus de 2000 mètres d’altitude, près d’uncol ouvert au sud du Djebel Makmel, que se trouventles fameux cèdres, dont l’odeur pénétrante avait laitjadis du Liban la «montagne des Parfums». — Lafaune du Liban n’a rien de remarquable: les ours n’ysont plus très nombreux; on rencontre encore l’once etla panthère, et plus souvent le sanglier, l’hyène, leloup, le renard, le chacal et les gazelles. — La population, qui descend pour la plus grande partie des anciensSyriens, est répandue dans de nombreux villages, accrochésaux flancs des montagnes (fig. 63). Elle se distinguemoins par l’origine et le sang que par la différence descultes, sous le rapport desquels elle comprend les Druses,

whilt Drake, Vnexplored Syria, Londres, 1872; Lortet, La Syrie d’aujourd’hui, dans le Tour du monde, t. xliv, p. 394-416; E. Reclus, L’Asie Antérieure, Paris,

1884, p. 692-696.

A. Legendre.

    1. LIBATION##

LIBATION (hébreu: nésék, nêsék, nâsik; Septante: (ttovôti; Vulgate: libamen, libamentum, libatio), effusionde vin ou d’un autre liquide en l’honneur de la divinité.Quand Jacob consacra le monument de Bethel, «il fitune libation et y versa de l’huile.» Gen., xxxv, 14. Il estprobable qu’il ne s’agit ici que d’une libation d’huile, d’une onction, comme dans une circonstance antérieure.Gen., xxviii, 18. Voir Bétyle, t. i, col. 1766; Onction.

63. — Le village d’Arbeyh. (Mont Liban, au sud-est de Beyrouth.)D’après Van de Velde, Le pays d’Israël, pi. 2.

les Métoualis et les Maronites..— Le Liban a conservé peude traces d’antiquités. Les roches calcaires sont percéesde grottes nombreuses, dont quelques-unes se prolongentfort loin dans l’intérieur de la montagne, et où l’ontrouve des restes d’animaux et d’habitations humaines.On voit encore, vis-à-vis de la source d’Afka, un peu ausud, les ruines du temple de Vénus Aphaca, dont lessoubassem*nts seuls sont restés à peu près intacts. Prèsde l’embouchure du Nahr el-Kelb, les rochers gardent, dans des inscriptions célèbres le souvenir des invasionsétrangères en Syrie et en Phénicie. Les Égyptiens, lesAssyriens, les Perses, les Grecs d’Alexandre, les légionsromaines, les croisés, les Français de l’expédition deSyrie, ont franchi cet étroit défilé.

IV. Bibliographie. — Col. Churchill, Mount Lebanon, 3 in-8°, Londres, 1853; E. Robinson, Biblical Researchesin Palestine, Londres, 1856, t. iii, p. 421, 530, 546-548, 624-625; Stanley, Sinai and Palestine, Londres, 1866, p. 411-414 f; W.M. Thomson, The Land and the Book, Londres, 1886, t. iii, p. 1-316; R. P. Burton et C. F. TyrI. Libations liturgiques. — 1° Des libations devaientaccompagner la plupart des sacrifices, chez les Hébreux.Ces libations se taisaient habituellement avecdu viii, «le sang du raisin,» Gen., xlix, 11; Deut., XXXII, 14, ce qui avait pour but de consacrer au Seigneurl’un des plus importants produits du pays de Chanaan.Pour justifier l’assimilation du vin avec le sang, on avaitordinairement soin qu’il lût rouge, et l’on écartait levin vieux qui^avait perdu sa couleur. Cf. Menachoth, vin, 6; Sufyka, iv, 9; Bâhr, Symbolik des nwsaischenCullus, Heidelberg, 1839, t. ii, p. 303, 316. - 2° Leslibations ne se faisaient jamais seules; elles accompagnaientles offrandes des holocaustes et des sacrificespacifiques ou d’actions de grâces, mais elles étaientexclues des sacrifices pour le délit et pour le péché.Elles sont souvent mentionnées à ce titre. Lev., vi, 14; xxiii, 18, 37; Num., vi, 17; xxviii, 31; I Par., xxix, 21; II Par., xxix, 35; I Esd., vii, 17; Ezech., xlv, 17. Unelibation suivait l’immolation de l’agneau du sacrificequotidien, matin et soir, Num., xxviii, 7, 8, et pendant

cette libation, les trompettes sonnaient neuf fois.Cf. Suhka, v, 5. D’autres libations analogues se taisaientaux néoménies, Num., xxviii, 14, 15, au jour del’offrande des prémices, Lev., xxiii, 13, après le sacrificedu nazir, Num., vi, 15, et en général après tousles sacrifices non expiatoires, sauf dans l’holocaustepour la purification du lépreux. Lev., xiv, 31. Il n’yavait pas non plus de libation après les sacrificesd’oiseaux, ni après ceux des premiers-nés, ou del’agneau pascal. Cf. Menakhoth, ix, 6; Siphra, 109, 2.

— 3° La quantité de vin à répandre dans les libationsétait ainsi réglée par la loi: un quart de hin de vinpour l’offrande des prémices, Lev., xxiii, 13; la mêmequantité avec l’holocauste d’un agneau, un tiers de hinavec le sacrifice d’un bélier, ^t un demi-hin avec lesacrifice d’un bœuf. Num., XV, 5-10; Xxvifi, 7, 14. Laquantité de vin nécessaire à la libation était donc de1 lit. 62, 2 lit. 16 ou 3 lit. 24, suivant la nature desvictimes. Voir Hin, t. iii, col. 714. Le lépreux ajoutaitun quart de hin à chacune de ses offrandes de farine.

— 4° Les libations se faisaient avec des vases d’or pur.Exod., xxv, 29; xxxvii, 16. D’après le Talmud, celui quiavait à offrir des libations en payait le prix à un préposé «au cachet» qui lui délivrait un jeton; celui-ci étaitremis à un préposé «aux libations» qui présentait levin à l’autel. Cf. Schekalim, v, 3-5. Le prêtre le versai; à l’angle sud-ouest de l’autel, et de là le vin s’écoutait parun conduit intérieur et se perdait dans le sol. Cf. Eduyoth, VI, 1; Suhka, iv, 7. Il n’était pas nécessaire que la libationsuivit immédiatement le sacrifice; elle pouvaitattendre jusqu’au dixième jour, pourvu que le vin nepassât pas la nuit dans les vases, ce qui l’eût rendu impur.Cf. Iken, Anliquitates hebraicse, Brème, 1741, p. 209. Leslibations ne pouvaient jamais se faire à l’autel desparfums, Exod., xxx, 9, mais seulement à celui des sacrifices.— 5° Après avoir fait construire dans le Temple unautel conforme au modèle qu’il avait vu à Damas, le roiAchaz y monta lui-même et y offrit son holocauste, sonoffrande et ses libations; les libations continuèrentensuite sur cet autel. II Reg., xvi, 13, 15. Osée, ix, 4, et Joël, i, 9, annoncent qu’Israël infidèle à Dieu nepourra plus offrir ses libations. Après le retour de lacaptivité, le grand-prêtre Onias offrait lui-même la libation, avec «le sang du raisin», et cette libation parfumaitle fondement de l’autel, c’est-à-dire descendait ducoin, où "on la versait, jusqu’à la base de l’autel, oùelle était absorbée. Eccli., ii, 16, 17. — 6° Saint Paulfait allusion à la libation qui accompagnait le sacrifice, quand il dit de lui-même: <jravSou.ai lut t^ 6u<rîa, immolor supra sacrificium, ma vie est «une libationversée avec le sacrifice de votre foi». Phil., ii, 17. Surle point de mourir, il dit encore: lyti yàp rfir^ cnrevSofj.ai, ego enim jam delibor, je suis moi-même comme unelibation qui va être répandue. II Tim., iv, 6. — Enplusieurs passages, Num., xxix, 11-29; Lev., vi, 14, etc., les versions mentionnent des libations là où le textehébreu ne parle que d’offrandes. Les deux en effetallaient ordinairement ensemble. Le mot nesdkim désignaitmême parfois les deux objets à la fois, et le préposé’al han-nesdkîm délivrait les jetons pour lesoffrandes et les libations. Cf. Schekalim, v, 4.

IL Libations d’eau. — 1° La libation d’eau estemployée par Samuel à Masphath, comme symbole depénitence; sur son ordre, les Israélites puisent l’eau, la répandent devant Jéhovah, jeûnent tout le jour etdisent: «Nous avons péché contre Jéhovah.» I Reg., vil, 6. Samuel alors prie pour eux. — 2° Quand troisvaillants hommes rapportèrent à David l’eau qu’ilsétaient allés chercher à la citerne de Belhléhem, à traversle camp de Philistins, le roi ne voulut pas la boire, mais il la répandit devant Jéhovah. II Reg., xxiii, 16; 1 Par., xi, 18. Il faisait ainsi hommage à Dieu d’uneeau qui aurait pu coûter la vie à trois de ses guerriers.

— 3° Il n’y avait pas de libations d’eau prescrites par laLoi pour le service liturgique du Temple. Néanmoins, Notre-Seigneur fait allusion à des libations de cettenature qui avaient lieu solennellement pendant l’octavede la fête des Tabernacles. Chaque jour un prêtredescendait à la fontaine de Siloé, y remplissait d’eau unvase d’or, de la contenance de trois logs, soit 1 litre 42, remontait au Temple, et pendant la libation qui accompagnaitle sacrifice du matin, versait l’eau dans leconduit qui se trouvait le plus à l’ouest, à l’angle sudouestde l’autel. Cet angle en effet était muni de deuxconduits d’argent pour recevoir l’un les libations devin, l’autre les libations, d’eau. Les docteurs n’étaientpas d’accord sur l’origine de cette institution des libationsd’eau pour la fête des Tabernacles. Les unscroyaient que Moïse lui-même les avait prescrites, sansdoute en souvenir de l’eau accordée au peuple dans ledésert. Cf. Gem. Jer. Sukka, 54, 2. S’il en était ainsi, le Pentateuque en ferait mention. D’autres rattachentcette institution à David, II Reg., xxiii, 16, cf. Midr.Ruth, 48, 3, ou aux prophètes, Is., xii, 3; Jo., iii, 18; Zach., xiii, 1; cf. Gem. Sukka, 50, 2; Midr. Ruth, 48,

64. — Her-Hor, pharaon de la xxr> dynastie, offrant une libation.Thèbes. D’après Lepsius, Denkmaler, Abth. III, Bl. 245.

2. Il est possible aussi que ce rite ait eu pour but dedemander à Dieu les pluies qui allaient être nécessairesaprès les semailles prochaines. Toujours est-il que lessadducéens désapprouvaient ces libations. Un jour, unprêtre de cette secte ayant versé l’eau de la libation surses pieds, au lieu de la répandre dans le conduit del’angle de l’autel, on lui fit un mauvais parti et la cornede l’autel fut brisée par les projectiles; on dut laremplacer par une corne de pierre. À partir de ce jour, le peuple criait au prêtre pendant la libation: «Lève lamain, pour que nous voyions si tu verses l’eau dans leconduit.» Cf. Sukka, iv, 9; Gem., Yoma, 26, 2; Iken, Antiquitates hebraicse, p. 321; Reland, Antiquitatessacrée, Brème, 1741, p. 242, . 243. — 4° L’acte du prophèteÉlie faisant verser par trois fois quatre cruches d’eausur son holocauste ne peut guère être considéra commeune libation: c’est plutôt une précaution que prend leprophète pour bien convaincre le peuple qu’il n’y aaucun feu naturel sur son autel, et que le feu du cieL

seul consumera son sacrifice. III Reg., xviii, 34, 35, 38.III. Libations idolatriqces. — Les libations devin ou d’eau, quelquefois avec mélange de sang, étaientfréquentes dans les religions païennes, en l’honneur desdivers dieux. Cf. Odys., xii, 363; xviii, 151; Iliad., xi, 775; Hésiode, Oper., 336; Sophocle, Elect., 270; Euripide, Elect., 512; Orest., 1322; Hérodote, i, 132; Salluste, Catil., 22; Silius Italicus, ii, 360, etc. Chez lesAssyriens, le roi, au retour de la chasse, ne manquaitpas d’oftrir un sacrifice d’actions de grâces à Assur ouà Istar. Il prenait la coupe pleine de viii, l’effleurait deses lèvres et en versait le contenu sur la tête desvictimes immolées. Ct. Place, Ninive et l’Assyrie, t. iii, pi. 57; Layard, The monuments of Nineveh, 1. 1, pi. 12.Voir t. i, col. 1160, fig. 321. Les monuments égyptiensreprésentent fréquemment des rois (lîg. 64) et des prêtres(voir Léopard, fig-. 50, col. 174) faisant des libations àleurs dieux. Les libations aux idoles sont prévues auDeutéronome, xxxii, 38, et reprochées aux Israélites parles prophètes. Isaïe, lvii, 6, parle de libations offertesaux pierres des torrents. Voir Bétyle, t. i, col. 1757.Jérémie, vii, 18; xix, 13, mentionne les libations faitespar ses contemporains aux faux dieux. Il rapporte leurspropos au sujet de la volonté qu’ils ont d’oifrir deslibations à la reine du ciel, à la lune, Jer., xliv, 17-19, 25, et leur annonce que les Chaldéeus ruineront cesmaisons sur le toit desquelles on faisait des libationsaux dieux..1er., xxxii, 29. Ezéchiel, xx, 28, parle aussides libations idolâtriques. En quoi ces libations peuvent-ellesservir aux idoles? Eccli., xxx, 19. En deuxendroits, Ps. xvi (xv), 4; Zach., ix, 7, il est fait allusionaux libations que les idolâtres avaient coutume de faireavec le sang. — Sur l’emploi du sang dans le culte

liturgique du Temple, voir Sang.

H. Lesêtre.

    1. LIBER##

LIBER (grec: Aidvuaoç), nom k tin de Bacchus dansII Mach., vi, 7; xiv, 33. Voir Bacchus, t. r, col. 1374.

LIBERTÉ. Ce mot a dans l’Écriture plusieurs sensdistincts. — 1° Il désigne l’état d’une personne libre, par, opposition à servitude et à captivité. Cette liberté s’appelleen hébreu hufsâk (Septante: éJ.sudepia; Vulgate: libertas), Lev., xix, 20; la mise en liberté se nommederôr (Septante: açsoiç; Vulgate: libertas, indulgentia), 1er., xxxiv, 8 (hébreu), 15, 17; Is., lxi, 1; l’année jubilaire, où l’on rendait la liberté aux esclaves, Sénat hadderôr, «l’année de la mise en liberté» (Septante: 6T0J tt)ç àcpéuewç; Vulgate: annus remissionis). Ezech., xlvi, 17; cf. Lev., xxv, 10. L’homme libre, par oppositionà l’esclave ou au captif, est dit, en hébreu, hofU, Job, iii, 19; Deut., xv, 12, 13, etc.; en grec, èXeûCepoc; en latin, liber. Joa., viii, 33; I Cor., vii, 22, etc. Ct. Esclavage, Esclave, t. ii, col. 1918, 1921. — 2° Dans leNouveau Testament les mots êXeutept’a, êXeûQepoç, ontpris un sens particulier; ils signifient dans plusieursendroits la liberté de ne pas pratiquer la loi mosaïque, l’affranchissem*nt du joug des pratiques rituelles desJuifs. Gal., ii, 4; v, i, 13; iv, 26; I Pet., ii, 16. Cf. I Cor., x, 29. Dans cette acception, la loi chrétienne est uneloi de liberté vifto; i% iXsuSept’aç, Jac, I, 25; ii, 12; etlà où est l’esprit de Dieu, là est la liberté. II Cor., iii, 17; cf. Rom., viii, 21. Voir aussi Joa., viii, 36. — 3° Laliberté morale, c’est-à-dire la faculté qu’a l’homme dechoisir entre le bien et le mal, ce qu’on appelle aussi lelibre arbitre, n’a pas de nom spécial dans le langagebiblique. L’Écriture suppose partout son existence, puisqu’elle attribue toujours à l’homme la responsabilitéde ses actes bons ou mauvais, Gen., IV, 7; Ps. xvii, 21; l, 5-6, Ezech., xviii, 4-32; Joël, ii, 12, etc., maiselle ne possède point de terme particulier pour l’exprimeret" elle se sert de périphrases, d’ailleurs parfaitementclaires et précises. «; Vois, dit Moïse à sonpeuple, Deut., xxx, 15-20, je mets aujourd’hui devant

toi la vie et la mort, le bien et le mal…, la bénédictionet la malédiction… Choisis la vie, afin que tu vives.» Cf. Lev., xviii, 5; Jos., xxtv, 15; Eccli., xv, 14-18; Matth., vii, 24, etc. — Voir J. C. Erler, Commentatioexegetica de libertatis christianse notione in Novi Testamentilibris obvia, in-4°, Sorau, 1830.

    1. LIBERTIN##

LIBERTIN (SYNAGOGUE DES) à Jérusalem.Act., vi, 9. Voir Affranchis, t. i, col. 255.

    1. LIBONOTUS##

LIBONOTUS, nom latin du vent du sud-ouest.Quelques-uns l’ont confondu à tort avec le x&ç>oi corus, vent du nord-ouest, mentionné dans les Actes, xxvli, 12. Voir Corus, t. ii, col.J030.

LIBRE ARBITRE. Voir Liberté, 3°.

    1. LIBYENS##

LIBYENS (Septante: At’êueç; Vulgate: Libyes). Sousce nom les Septante et la Vulgate désignent deuxpeuples qui portent en hébreu deux noms différentsLe premier s’appelle dans le texte original Lûbini (Le

65. — Carte de la Libye et du Pût.

bim, Dan., xi, 43), le second Phul ou Pût (fig. 65). Ladistinction entre les deux est clairement indiquée dansNahum, iii, 9, Ce prophète cite parmi les peuples au servicede Thèbes, Pût et les Lùbim (Vulgate: Africa etLibyes). Les Septante ont mal lu le verset et ont renduPût par <piJYT)ç, qu’ils ont joint au membre de phrase précédent: «Il n’y aura pas de terme à sa fuite (de l’Egypte).»

1. LIBYENS (hébreu: Lûbini), peuple d’Afrique. LesLibyens sont nommés parmi les peuples qui composentl’armée de Sésac, roi d’Egypte, dans sa campagne contreRoboam, IL Par., xii, 3; ils figurent également dansl’armée égyptienne que vainquit Asa, roi de Juda. VoirAsa, t. i, col. 1051; Roboam, Sésac. La Libye était pourles Égyptiens le désert qui s’étendait à l’ouest de leurpays, depuis la Méditerranée au nord, jusqu’à l’Ethiopieau sud et dont les limites étaient mal définies à l’ouest.Les habitants de cette région sont représentés sur lesmonuments égyptiens comme des hommes grands, bienbâtis, plus blancs que les Syriens et les Européens, avecdes yeux bleus, une chevelure et une barbe blonde.C’est tout à fait le type des Kabyles actuels qu’on asouvent regardés comme des descendants des Germains.

Les peintures égyptiennes tendraient à faire croirequ’ils sont au contraire les fils des Libyens. Leur chevelureest ornée de plumes d’autruche; elle est liée desdeux côtés en une queue, pendant par-dessus l’oreille, et, au contraire, coupée à moitié de la longueur derrièrela tête; la barbe est pointue Jig. 66). Des tatouages bleus, variant selon les tribus, sont marqués sur leur corps.Leur vêtement consiste en un pagne et un long manteaude laine ou de toile teinte et rayée. C’est un peuple deguerriers (fig.67) et surtout de pasteurs, errant à travers

— Libyen.

D’après RoseUini, Monumenti, pi. cltx, 4.

]e désert avec ses tentes de peaux et ses troupeaux. Fr.Lenormant, Histoire ancienne de l’Orienl, 9° édit., t. H, p. 282; G. Maspero, Histoire ancienne des peuples del’Orient, t. ii, 1897, p. 430-431. Cf. Champollion, Monumentsde l’Egypte et de la Nubie, in-f", Paris, 1833-1845, pi. ccl, 1-2; CCLXXIH, 1; RoseUini, Monumenti deWEgittoedellaNubia, Monumenti s(o» ict, in-f°, Florence, 1833-1838, pi. clvi, clviii, clix, clx, 4; clxi, 5; Lepsius, Denkmâler aus Aegypten, in-f°, Berlin, 1850-1858, t. iii, p, 126, 204. Les tribus libyennes porlaient desnoms différents, ta principale était celle des Labu, Lebu, ou Lubu qui figurent sur les textes de Ramsès II. PapyrusAnaslasi II, pi. iii, 1. 2. Cf. Chabas, Études surl’antiquité historique d’après les sources égyptienneset les monuments réputés préhistoriques, in-8°, Chalonsur-Saône, 1872, p. 184; Brugscli, Geographische lnschriftenaltâgyptischer Denkmâler, in-8°, Berlin, t. ii, p. 79-80. Ces peuples avaient facilement repoussé larace de Phût ou Pût qui était établie dans le pays ous’était incorporé la partie de ce peuple qui n’avait pasémigré. Fr. Lenormant, loc. cit.; G. Maspero, Hist. anc, p. 431. Séti I er avait fait des invasions heureuses dansle désert libyque et à Karnak, il est représenté envainqueur des Libyens en même temps que des Asiatiques.Fr. Lenormant, Hist. anc., ï. ii, p. 238; G. Maspero.Hist. anc, t. ii, p. 373. Les Libyens envahirent à leurtour l’Egypte sous Menephtah; Inscription triomphalede Menephtah, lig. 4, 13, 37; Champollion, Monumentsde l’Egypte, t. ii, p. 1A3; Lepsius, Denkmâler, t. iii,

p. 199 a; Brugsch, Geographische lnschriften, t, ii, pi. xxxv; E v de Rougé, Inscriptions hiéroglyphiquescopiées en Egypte, in-f», 1877-1879, pi. clxxxix-CXCViti.Ils furent vaincus près de Piriou; leur défaite fut unvéritable massacre que chantèrent les poètes égyptienset qui assura la tranquillité des Pharaons pour un tempsassez long. Stèle de l’Amenophium de Thèbes, FlindersPétrie, dans la Contemporary Review, 1896, n. 365, p. 362. Cf. Fr. Lenormant, Hist. anc, t. H, p. 285-290; G. Maspero, Hist. anc., t. ii, p. 431-437. Les prisonnierslibyens étaient employés comme matelots sur lesvaisseaux égyptiens. Dès le temps de la reine Hatespouet surtout à partir de Ramses III, les Pharaonsles enrôlèrent dans leurs armées. G. Maspero, Hist. anc., t. ii, p. 214, n. 4, p. 458. Les Libyens attaquèrent denouveau l’Egypte la cinquième année du règne de ceprince. Celui-ci les battit, mais leur empire resta commeun péril redoutable pour l’Egypte. Fr. Lenormant, Hist.anc, t. ii, p. 301-304; G. Maspero, Hist. anc. t. ii, p. 459-461. L’invasion recommença quelques annéesplus tard et de nouveau les Libyens furent exterminés.Les tribus confédérées cessèrent d’être unies; ellesfurent refoulées au delà de la chaîne des monts Libyques, des forteresses leur barrèrent la route et leur pays nefut plus qu’une réserve où les Pharaons levèrent chaqueannée des soldats. Fr. Lenormant, Hist. anc, t. ii, p. 316-318; G. Maspero, Hist. anc, t. ii, p. 470-474. Ladécadence de l’esprit mililaire chez les Égyptiens donnaune importance de plus en plus grande aux Libyens.31entôt ils furent les maîtres du pays. Ils avaient conservéleur armement et leur coiffure spéciale. Leurs chefsavaient une influence prépondérante à la cour, certainsd’entre eux en profitèrent pour monter sur le trône, d’autres faisaient ou défaisaient les rois à leur gré. Ladynastie Tanitequi avait cru se consolider ens’appuyantsur eux se trouva bientôt entièrement à leur merci. Leschefs libyens de Bubaste s’emparèrent du trône et fondèrentla vingt-deuxième dynastie. Sésac ou Scheschonqappartenait à cette famille libyenne. Fr. Lenormant, Hist. anc, t. ii, p. 356; G. Maspero, Hist. anc, t. ii, p. 765-769 j’Stern, Die xxil Manethonische Kôni-gsl4 „; >

67. — Guerrier libyen.

D’après les Monuments Piot; t. IX, fasc. 2.

dynastie, dans la Zeitschrift fur âgyptische Sprache, 1883, p. 15-26. Le chef de la vingt-quatrième dynastie saïte, Tafnakti, était probablement de sang libyen. Fr. Lenormant, Hist. anc, t. ii, p. 340. C’est donc à cette race qu’ap

partenaient les Pharaons de la période des prophètes.Sous l’influence des Grecs établis à Cyrène, desCarthaginois et plus encore des Romains, les Libyens secivilisèrent au moins superficiellement dans les cités, mais la partie de ce peuple qui continua à habiter ledésert garda ses habitudes pastorales et nomades, selivrant à l’élève des troupeaux et à la chasse (fig, 68). Ilsavaient adopté depuis longtemps le culte égyptiend’Ammon dont le principal temple était dans l’oasis dece nom, au nord-est de la Libye. Daniel, xi, 43, annonceque le roi du Septentrion, c’est-à-dire de la Syrie, s’emparera de l’Egypte et que la Libye et l’Ethiopie luiseront soumises. C’est la prophétie des victoires desrois de Syrie contre les Ptolémées, dans le royaumedesquels la Libye était comprise. J. G. Droysen, Histoirede l’Hellénisme, trad. franc., in-8°, Paris, 1883-1885, t. iii, p. 310, 315, 337. — Parmi les Juifs de la dispersionqui entendirent le discours de saint Pierre, le jourde la Pentecôte, les Actes, ii, 10, nomment les habitantsde la Libye voisine de Cyrène. Les Romains désignaient

Il cite un fleuve de ce nom en Mauritanie. Ce fleuve estégalement cité par Ptolémée, IV, i, 3, qui l’appellePhthuth, et par Pline, H. N., V, I, mais les Égyptiensne connaissaient pas la Mauritanie, il ne peut donc yavoir de rapport entre le fleuve et le peuple. C’est sansdoute à cause de la tradition juive rapportée par Josèphe, que dans les prophètes les Septante traduisent Pût parAïêveç et la Vulgate par Libyes. Jérémie, xlvi, 9(Septante, xxvi, 9), les nomme parmi les auxiliaires del’Egypte armés du bouclier. Nahum, iii, 9, les distinguedes Lûdim et la Vulgate traduit dans ce passage le motPût par Africa. Ézéchiel, xxvii, 10, les cite parmi lesmercenaires au service de Tyr. Cela semble étonnantau premier abord, car il est difficile de comprendre queles Tyriens aient été si loin chercher des soldats, maiscela n’est pas plus invraisemblable que la présence desPerses nommés dans le même verset; un peuplecommerçant devait recruter des soldats partout. LesTyriens étaient en relations permanentes avec les Égyptienset pouvaient avoir trouvé chez eux des esclaves ou

8. — Chasseurs libyens. D’après l’original. Musée du Louvre.

sous le nom de Libye la partie du désert libyque situéesur les côtes, entre l’Egypte et la grande Syrte. Cyrèneet les pays qui l’environnaient formaient la Libye grecque.Voir Ctoène, t. ii, col. 1177. Elle faisait partie de laprovince de Crète et Cyrénaïque. Le reste de la Libyeétait réparti entre la province d’Egypte et celle d’Aïuque.Les tribus y avaient conservé leur nom, leur culte et enpartie leur autonomie. Henzen, dans les Annali dell’Inslituto archeologico di Roma, 1860, p. 54; 80-82.

Bibliographie. — P. délia Cella, Viaggio da Tripolidi Barber, aile frontière occidentali dell’Egitto, in-8°, Gênes, 1819; J. R. Pacho, Voyage dans la Marmariqiteet la Cyrénaïque, in-8°, Paris, 1827; Vivien de Saint-Martin, Le nord de l’Afrique dans l’antiquité grecqueet romaine, in-8°, Paris, 1863; H. Kiepert, Manuel degéographie ancienne, trad. franc., in-8°, Paris, 1887, p. 126-127. E. Beurlier.

2. LIBYENS, nom, dans la Vulgate, Jer., xlvi, 9; Ezech., xxvii, 10; xxxviii, 5, des descendants de Phuth.Elle appelle aussi Libye le pays de Phuth dans Ézéchiel, xxx, 8. Elle n’a conservé le nom de Phuth que dansGen., x, 6; I Par., i, 8. Dans tous ces passages, l’hébreuporte Pût. — Pût ou Phuth, comme transcrit la Vulgate, est le nom du troisième fils de Cham. Gen., x, 6; I Par., i, 8. Il est placé entre Mesraïm et Chanaan.Tandis que les descendances de Mesraïm et de Chanaansont indiquées, celles de Phuth ne le sont pas. D’aprèsJosèphe, Antiq. jud., i, vi, 2, Phoutès peupla la Libye.

des matelots du pays de Pût. Enfin après le percementdu canal de Néchao qui reliait le Nil à la mer Rouge, leursvaisseaux avaient pu étendre leur commerce jusqu’aupays des aromates et de l’encens, c’est-à-dire jusqu’auPût. Néchao lui-même avait lancé les capitaines phéniciensde sa flotte dans cette direction. C’est alors qu’ilsfirent le tour de l’Afrique de la mer Rouge à la Méditerranéeen passant par le sud. Hérodote, iv, 42. Cf.G. Maspero, Hist. anc., t. iii, p. 532-533. Ézéchiel, xxxviii, 5, place Pût dans les peuples qui formèrent l’armée deGog. Cela paraît plus surprenant encore, puisqu’il s’agitde l’armée d’un roi scythe, mais il est aussi question dansce passage des Éthiopiens, autre peuple d’Afrique. Celas’explique par la campagne que les Scythes firent enEgypte. Psammétique les arrêta par des présents. C’estlà qu’ils durent recruter des soldats africains. Hérodote, i, 105; Justin, ii, 3. Cf. G. Maspero, Hist. anc., t. iii, p. 479. Dans la Version grecque de Judith, ii, 23, $oySest nommé près de Aoû8 parmi les peuples que battitHoloferne, c’est peut-être une interpolation due àl’habitude qu’avaient les copistes d’associer ces deuxmots. La campagne d’Holoferne se passe en Asie et ilne peut s’agir d’un peuple africain. On peut aussi supposer, sans que rien du reste prouve la vérité de cettehypothèse, qu’il y avait en Asie un peuple dont le nomse rapprochait de celui de $ov8. Isaïe, lxvi, 19, annonceque le Messie sera prêché à Pûl, il faut probablementlire Pût, c’est ainsi qu’ont lu les Septante qui traduisentpar IoOS et la Vulgate qui traduit par Africa.

243

LIBYENS — LICORNE

244

Les textes de la Bible ne donnent aucune indicationde quelque précision sur la situation géographique dupays de Pût, sinon qu’il est africain et dépend del’Egypte. Fr. Lenormant, Hist. anc, t. ii, p. 382 supposeque la nation de ce nom habitait originairement laLibye, d’où elle fut chassée par les Lûbim; si cette hypothèseest vraie, la race de Phuth se serait retirée dansle pays que les inscriptions égyptiennes appellent Punt, Puent ou Pouanit. D’après la plupart des égyptologuesc’est le pays des Somalis. Krall, Bas Land Punt, dansles Sitzungsberichte der Akademie der Wissenschaftenzu Wien, t. xxxi, 1898 p. 1-81; G. Maspero, Hist. anc, t. H, p. 247; Naville, The Temple of Deir et Bahari, in-8°, Londres, 1894, p. 21-22. Cf. Egypl ExplorationFund, Archxological Report, 1894-1895, p. 34. Les premièresexpéditions égyptiennes dans ce pays au tempsde la douzième dynastie n’avaient pas dépassé Souakînet Massouah. G. Maspero, Hist. anc, t. i, p. 495496; Id., De quelques navigations des Égyptiens surles côtes de la mer Erythrée, dans la Revue historique, t. ix, 1879. Le Pount proprement dit commençait audelà. Au temps de la reine Hatespou, la flotte égyptienney aborda. Le principal fleuve du pays s’appelait larivière de l’Éléphant. Les vaisseaux égyptiens le remontèrentet se trouvèrent dans un village dont les cabaneséparses au milieu des sycomores et des palmiers, étaientconstruites en tissus d’osier et posées sur des pilotis. Lesindigènes étaient de couleur brune, leur barbe se terminaiten pointe et leur chevelure était soit coupéecourt, soit étagée en petites mèches ou en nattes minces(fig. 69). Les hommes étaient vêtus d’un pagne, les

CD. — Indigène du pays de Put.

D’après Prisse d’Avesnes, Histoire de l’art égyptien, pi. 50.

femmes d’une robe jaune sans manches, serrée à lataille et tombant jusqu’à mi-jambes. Voir t. i, fig. 145, col. 571, la reine de Pount et sa suite. Les Égyptienséchangèrent les produits de leur pays surtout contre del’ivoire, de l’or, de l’ébène, de la myrrhe, des singesverts, et des arbres à encens. Les arbres turent plantésà Deir el-Bahari. G. Maspero, Hist. anc, t. ii, p. 247253. Les prophètes ne distinguent pas entre les diversestribus du pays de Pût, comme le font les Égyptiens, ils englobent probablement sous ce nom toute la coteest de l’Afrique située au sud de l’Egypte et de l’Ethiopie.

La grande inscription perse de Nakhsch-î-Roustem dansla liste des vingt-huit pays tributaires de Darius leMède, nomme Kutiya, Putiya et Masiya, en babylonienPûta, KûSu et Massù. Cf. F. H. Weissbach-Beng, DieAltpersischen Keilinschriften, in-4°, Leipzig, 1893, lig. 22-30, p. 36-37. Ce texte confirme l’identification dePût avec le Pount des Égyptiens. Ceux-ci prononçaientle t après’n par un son que les Grecs rendraient par5 et les Sémites par t. Punt fait donc régulièrementPût. Cf. G. Kbers, Aegypten und die Bûcher Mose’s, in-8°, Leipzig, 1868, t. i, p. 64. — Les Coptes appellent<J>xixt, Faiat, la Libye, spécialement la partie ouestdu Delta; on ne connaît pas l’hiéroglyphe correspondantà ce mot, mais il paraît probable que les Septante ontété influencés par le terme copte lorsqu’ils ont traduitPût par At’êueç. E. Beuruer.

    1. LICORNE##

LICORNE (Septante: u.ovo"xEptoç; Vulgate: unicornis), animal fabuleux, qui n’aurait eu qu’une corne aumilieu du front. Il est question de la licorne dans lesauteurs profanes, Aristote, Générât, animal., iii, 2; Hist. anim., ii, 1, 32; Plutarque, Pericl., 6; Élien,

70. — La licorne (Antilope).

D’après Coste et Flandin, Perse ancienne, pi. cx.xx.vj.

Nat. animal., xvi, 20; Pline, II. N., VIII, xxi, 30; Xt, xlvi, 106. Les Septante emploient le mot (iovinspwçdans huit passages, Num., xxiii, 22; xxiv, 8; Deut., xxxiii, 17; Job, xxxix, 9; Ps. xxi, 22; xxviii, 6; lxxvii, 69; xci, 11, et la Vulgatè le mot unicornis dans lesquatre passages des Psaumes et dans Isaïe, xxxiv, 7 (c/» inoceros, dans les autres endroits). Dans deux passages, Deut., xxxiii, 17; Ps. xxi, 22, ces versions parlent aupluriel des cornes de la licorne. Dans tons ces textes, excepté Ps. lxxvii, 69, les versions traduisent ainsil’hébreu re’êm, qui est le nom de l’aurochs. Voir Au

iîochs, t. j, col. 1260. Le licorne n’est donc ni l’antilopeoryx, voir Oryx, ni un animal à part, caractérisé parune seule corne. Les anciens auteurs qui mentionnentla licorne ne font que rapporter ce qu’ils ont entendudire et, en réalité, personne n’a jamais vu ni licorne, niantilope à une corne. Cf. Frz. Delitzsch, Die Psalinen, Leipzig, 1873, t. i, p. 259. Ce qui paraît beaucoup plusprobable, c’est que les traducteurs grecs de la Bible neconnaissaient le re’êm que par les représentations quiexistaient dans les monuments de Persépolis et de Babylone.Or, dans tous les monuments assyriens et chaldéens, le procédé de perspective adopté par les artistesfait que, quand deux objets symétriques sont placés l’underrière l’autre, celui qui est au second plan disparaît, complètement caché par celui qui est au premier plan.Si un animal est représenté de profil, on ne lui voitqu’une corne, quelquefois une seule oreille, etc. Cf.t. i, fig. 235, col. 908; fig. 320, col. 1160; fig. 367, 368, col. 1264; fig. 563, 564, col. 1837; t. ii, fig. 213, col. 602.Le même procédé était familier aux Perses (fig. 70).Cf. Flandin et Coste, Voyage en Perse, Atlas, 18431854, pi. cxxxvi; Dieulafoy, L’art antique de laPerse, Paris, 1884-1889, t. iii, pi. xviii; Perrot et Chipiez, Histoire de l’art dans l’antiquité, t. v, 1890, p. 835, 841, 842, etc. On le retrouve quelquefois dans lesreprésentations égyptiennes. Cf. t. ii, fig. 148, col. 446, Il y a donc tout lieu de croire que les anciens traducteursde la Bible n’ont pas connu d’autres animaux àune corne que ceux qui étaient ainsi figurés sur lesmonuments. — Voir Quatremère, dans le Journal desSavants, mai 1845, p. 273-280; W. Haughton, On theUnicom of the Ancients, dans Annals and Magazineof natural Ilislory, t. x, 1862, .p. 363-370, 416-417 (avecune bibliographie, p. 363-364); Schrader, Silzungsber.der kônigl. Preuss. Akadem. der Whsenschaft, 1892,

p. 573.

H. Lesêtre.

    1. LICTEUR##

LICTEUR (grec: p «6601-/oç; Vulgate -.lictor). —1° Dans l’Ancien Testament.

— La Vulgate emploie une

fois le mot lictor pour traduire le mot hébreu malé’âk

que les Septante traduisent

par aiftloi. I Reg. (Sam.),

xix, 20. Il s’agit des satellitesou envoyés du roi. Ailleurs

elle traduit le même mot par

nuntius, I Reg. (Sam.), xvi,

19; satelles, xix, 11; apparitor, xix, 14.

2° Dans le Nouveau Testament. — Le mot lictor, paë80û)( î> est employé dans son

sens technique, c’est-à-dire

pour désigner les appariteurs

des magistrats romains. Les

préteurs ou duumvirs de la

colonie romaine de Philippes

en Macédoine envoient leurs

licteurs pour dire au geôlier

de faire sortir de prison Paul

et Silas. Saint Paul répondit

aux licteurs que cela ne suffisait pas, qu’ils avaient affaireà des citoyens romains et que

les magistrats devaient venir

eux-mêmes pour les mettre

en liberté. Act., xvi, 35-38.

Nous savons en effet que les

magistrats des colonies romaines avaient à leur service des licteurs, comme ceuxde la capitale. Lex eoloniss Juliw Genetivai, c. lxii. Corpusinscriptionum latinarum, t. ii, suppl., n. 5439;

71. — Licteur romain.

D’après ViscoDtï, Musée

Pio-Clêmentino, t. v, pi. 32.

t. xii, n. 4428. C’étaient par eux que ces magistrats faisaientexécuter leurs ordres. Ils marchaient devant euxun à un dans les cérémonies publiques. Leur présenceétait le symbole du droit de commandement et de justice.Les licteurs étaient revêtus de la toge et portaient, commeemblèmes de leurs fonctions, des faisceaux. Les faisceauxdes licteurs accompagnant les magistrats romains à l’arméese composaient d’une hache mise à l’extérieur etde plusieurs verges ou bâtons réunis par une courroierouge. Les verges étaient de bouleau ou d’orme. Le licteurportait le faisceau de la main gauche sur l’épaulegauche par le manche (fig. 71). Dans les funérailles ilsportaient le faisceau renversé. Les licteurs des magistratsmunicipaux étaient au nombre de deux et ne portaientpas de hache, pour marquer que les magistratsn’avaient pas le pouvoir de vie et de mort sur les citoyens.Il en était du reste de même pour les, licteurs des magistratsromains à Rome. E. Beurlier.

LIE (hébreu: sémér; Septante: M; , rpuyiaç, «vinayant un dépôt de lie;» Vulgate: fœar), dépôt qui se formedans le vin reposé et qui se compose de particules solidesrenfermant des ferments de viii, des débris deraisin, des sels, de la crème de tartre, etc. Ces différentessubstances tombent d’elles-mêmes, après la fermentation, au fond du récipient qui contient le vin. Lesanciens laissaient volontiers le vin reposer sur sa lie, afin de lui conserver son goût et sa force. Jérémie, xlviii, 11, mentionne cet usage quand il dit de Moab: «Il reposaitsur sa lie, sans avoir été transvasé d’un récipientdans un autre, sans être allé en captivité. Ainsi son goûtfui est resté et son bouquet ne s’est pas modifié.» Moab’s’était maintenu fort et tranquille en restant toujourssur son même territoire. Sophonie, l, 12, parle deshommes de Juda «qui reposent sur leurs lies», c’est-à-direqui vivent dans l’insouciance et ne s’inquiètentnullement de l’intervention de la Providence. Pour leschâtier, Dieu va fouiller Jérusalem avec des lampes, comme quand on veut examiner un cellier pour voir enquel état se trouve le vin. Pour obtenir du vin clarifié, Is., xxv, 6, et complètement débarrassé de sa lie, on letransvasait, comme le suppose Jérémie, xlviii, 11, demanière que la lie restât au fond du premier récipient, ou bien on le filtrait au moyen d’un sac de linge à tissuserré que la Mischna appelle meSammëréf. Cf. Schàbbath, xx, 1; Pirke Aboth, 5. La lie qui reste au fond durécipient ou qui se dépose au fond de la coupe, quandle vin est trouble, a un goût amer et désagréable. Il estdit des méchants qu’ils boiront jusqu’à la lie la coupede la colère de Dieu, Ps. lxxv (lxxiv), 9, c’est-à-direqu’ils subiront les effets de cette colère dans leur plénitudeet leur amertume. Jérusalem boira aussi jusqu’àla lie la coupe de l’étourdissem*nt, Is., ii, 17, elle lasucera, de manière à n’en rien perdre; coupable enversle Seigneur, elle sera l’objet de sa colère, et cette colèreproduira en elle un étourdissem*nt pareil à celuide l’ivresse et qui l’empêchera de marcher. — AuPsaume xxxix, 3, la Vulgate parle de «lie» quand ilest questioi de «boue s dans le texte hébreu. DansIsaïe, xlix, 6, elle appelle «lies d’Israël», ce qui restedu peuple d’Israël, ceux que l’hébreu nomme tiesûrêIèrd’êl, «les préservés d’Israël,» ceux qui ont été délivrésde l’exil. Enfin, là où Ézéchiel, xxiii, 34, parlant de lacoupe de désolation qu’a vidée Samarie, dit à Jérusalem: «Tu la boiras, tu la suceras,» la Vulgate rend ce secondverbe par: «Tu la boiras jusqu’aux lies.» Voir Vin.

H. Lesêtre.

LIEN, corde, courroie ou autre objet souple et solidedont on se sert pour attacher. En hébreu, le lien a différentsnoms: — 1°’âgudddh, qui désigne les liens dujoug, oipa-ff» ’-'», fasciculus, Is., lviii, 6, etunlien, c’est-à-direun bouquet d’hysope, Exod., xii, 22; — 2° ’êsùr, xaXwSiov, vinculum, les cordes qui lient Samson,

Jud., xv, 14, et, au figuré, les liens de la passion, Eccte., vil, 27, en chaldéen, ’ësûr, Dan., iv, 12, 20; I Esd., vii, 26; — 3f> môaêr, 8eir(iôç, vinculum, le lien avec lequel onattache les esclaves et les prisonniers, Job, xxxiii, 16; xxxix, 5; Ps. ii, 3; cvn (cvi), 14; cxvi.(cxv), 16; Is., xxviii, 22; iii, 2; Jer., ii, 20; v, 5; xxvii, 2; xxx, 8; Nah., i, 13;

— 4° ma’âdannôt, 8î<t|ju5; , conjungere, les liens quiunissent les étoiles de la constellation des Pléiades. Job, xxxviii, 31. Le plus souvent, l’idée de «lien» est expriméepar les verbes qui signifient «lier»: ’âsar, lyâbas, qâSad, ’âsam, ’âqad, §âmad, l}âzaq, dont les quatrederniers ne sont employés qu’une seule fois; chaldéen, kefat; Septante: êsirfieijeiv, 8etv, Sr)<rai, êraSeïv, xaTaSeïv, àipanTEÏv; Vulgate: Ugare, alligare, vincire.

I. Au sens propre. — 1° Il y a des liens qui serventà attacher les animaux. Gen., xlix, 11; IV Reg., vii, 10; Matth., xxi, 22; Marc, xi, 2, 4; Luc, xix, 30. Mais certainsanimaux, comme le buffle et le crocodile, ne peuventêtre attachés. Job, xxxix, 10; XL, 24. Au bœuf quifoule le grain, on ne doit pas lier la bouche. Deut., xxv, 4; I Cor., ix, 9; I Tim., v, 18. Voir Bœuf, t. i, col 1830.

— 2° Quelquefois on liait les victimes avant de les immoler.Ps. cxviii (cxvii), 27 (hébreu). C’est ainsiqu’Abraham procéda à l’égard d’Isaac Gen., xxii, 9. —3° Il est question de liens pour faire des gerbes, Gen., xxxvii, 7; Judith, viii, 3; des bouquets d’hysope, Exod., XII, 22; des bottes de mauvaises herbes, Matth., xiii, 30; pour attacher différents objets, des coffres et desballots de marchandises, Ezech., xxvii, 24; le rational, Exod., xxxix, 19; Lev., viii, 13; Ezech., xxiv, 17; un ornementà la coiffure, Exod., xxviii, 37; une épée au côlé, II Reg., xx, 8; un objet à un autre, Judith, xiii, 8; Is., lviii, 6; Jér., li, 63; ou enfin pour servir de signeGen., xxxviii, 27; Jos., ii, 18. Voir Ceinture, t. ii, col. 389; Corde, t. ii, col. 964. — 4° On liait de cordes ou de chaînesceux dont on voulait s’emparer ou que l’on gardait prisonniers.La Sainte Écriture mentionne ainsi les liensde Joseph, Sap., x, 14; de Siméon, Gen., xlii, 16, 34, 36; de Samson, Jud., xvi, 5, 6, 12, 13; de saint Jean-Baptiste, Matth., xi, 2; xiv, 3; de Notre-Seigneur pendantsa passion, Joa., xviii, 12, 24; de saint Paul, Act., xx, 23; xxiii, 29; xxvi, 29, 31; Phil., i, 7, 13, 14, 17; Col., iv, 18; II Tim., ii, 9; Philem., 10, 13; des serviteurs deDieu, Heb., xi, 36; des premiers disciples du Sauveur, Act., IX, 14; de prisonniers, Ezech., iii, 25; iv, 8; de fousà châtier, Prov., vii, 22; de possédés furieux. Luc, viii, 29, etc. Parfois on liait les mains et les pieds de ceuxqu’on voulait maltraiter. Judith, VI, 9; Dan., iii, 21; Matth., xxii, 13; Act., xxi, ll, 13, 33; xxii, 29. Voir Chaîne, t. ii, col. 481. — 5° Les liens devenaient encore des bandeauxpour couvrir les yeux, Is., xxxiii, 15 (hébreu); des bandages pour panser les blessures, Job, v, 18(hébreu); Is., xxx, 26; Jer., xxx, 13; Ezech., xxx, 21; xxxiv, 4, 16; Ose., vi, 1 (hébreu); Luc, x, 3’t, et desbandelettes pour ensevelir les morts. Joa., xi, 44; xix, 40. Voir Bandelettes, t. i, col. 1427. — 6° On lit dansl’Épitre de Jérémie, Baruch, vi, 42-43, que les femmesbabyloniennes se tiennent assises sur les chemins «ceintes de liens», nep16é".Evai u^oivs’a, circumdatxfunibus, en signe de consécration au culte d’Istar. VoirHérodote, i, 199; Strabon, xvi, 1. Un bas-relief trouvé àCharcamis (fig. 72) représente peut-être une de cesfemmes.

II. An sens figuré — 1° Les liens désignent d’abordtoute contrainte physique, celle de la servitude, ls., xxviii, 22; lii, 2; Jer., ii, 20; v, 5; xxvii, 2; xxx, 8; Nah., i, 13; du châtiment, Ps. cxlix, 8; Is., xxviii, 22; de l’infirmitéqui empêche de parler, Marc, vii, 35, ou de semouvoir. Luc, xiii, 16.. II est dit qu’Abner n’avait pasles mains liées, pour signifier qu’il aurait pu se défendre.II Reg, , iii, 34. Les pires liens sont ceux des démonsdans leur enfer. Judæ 6. — 2° Ils désignent ensuite lacontrainte morale, de caractère odieux, celle qu’il faut

imposer aux puissances spirituelles adverses, Matih., xii, 29; Marc, iii, 27; celle qu’une langue perverse exercesur ses victimes, Eccli., xxviii, 23; celle qui résultait desminutieuses prescriptions des pharisiens, Matth., xxiii, 4; celle enfin à laquelle la sagesse soumet un sot. Eccli., xxi, 22. — 3° Les liens marquent encore les obligaftionsmorales imposées ou proposées à la volonté del’homme. Ainsi sont mentionnés le lien du mariage, Rom., vii, 2; I Cor., vii, 27, 39; le lien de l’alliance, Ezech., xx, 37; le lien de la sagesse, Eccli., vi, 26; lelien de la paix, Eph., iv, 3; le lien de la perfection, quiest la charité, Col., iii, 14; les liens d’amour qui attirentla créature au Créateur. Ose., xi, 4.-4° Enfin la SainteÉcriture marque sous cette forme l’attachement qu’ilfaut avoir pour la Loi. L’Israélite doit lier les commandementsà ses mains et à son cou, Deut., vi, 8; xi, 18;

^m

&&72. — Femme.’.! _? liens autour de la ceinture.D’après le Graphie, Il décembre 1880, p. 608.

Prov., iii, 3; vi, 21; vii, 3, c’est-à-dire qu’il doit les avoirsans cesse présents à la pensée afin de les pratiquerdans sa conduite. Les pharisiens prirent à la lettre cetteprescription, et se crurent fidèles à la loi en portant sureux des bandes d’étoffe ou de parchemin sur lesquellesétaient écrits des versets de la Loi. Voir Phylactères.III. Le pouvoir de «lier» et de «délier». — Notre-Seigneurdonne à Pierre les clefs du royaume des cieux, et ajoute: «Ce que tu lieras sur la terre sera lié dansles cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera déliédans les cieux.» Matth., xvi, 19. Il dit ensuite à tous lesApôtres: «Tout ce que vous lierez sur la terre sera liédans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terresera délié dans le ciel.» Matth., xviii, 18. Comme dansle premier passage l’idée de lier et de délier sembledépendre du don des clefs, plusieurs auteurs ont penséque la métaphore employée par Notre-Seigneur supposaitdes clefs servant à lier ou à délier des cordes oudes courroies. Chez les Grecs, il est question d’un verrouou clef, xXei’; , que deux courroies font manœuvrer parses extrémités, même du dehors, pour fermer ou ouvrirune porte. Iliad., xiv, 168; Odyss., i, 442; iv, 802, etc.D’autres fois, ce sont des courroies qui assujettissent unverrou, xXetépov, et qu’on délie pour ouvrir. Eschyle, Sept., 396. Il n’y a pas là, cependant, de clef ou de verrouliant et déliant; d’ailleurs, les serrures en usage chezles Hébreux étaient d’autre nature, et ne semblent pasavoir comporté de nœuds à faire ou à défaire. Voir Clef, t. ii, col. 800. Il n’y a donc pas de dépendance entre lesdeux métaphores. Pierre reçoit les clefe du royaume U

des cieux, ce qui signifie symboliquement qu’il est. constitué le grand dignitaire de l’Église. Comme tel, ilaura le pouvoir de lier ou de délier. Les Apôtres reçoiventce même pouvoir, sans cependant recevoir les clefs, ce qui confirme encore l’indépendance mutuelle desdeux symboles. Dans deux auteurs grecs, on lit les expressions: Iy<1) &t[<sv>, o-l» 6s.Iç SyvaTai ïvaxi, «je lierai, personnene pourra délier,» paroles inscrites sur le tombeaud’Isis, d’après Diodore de Sicile, i, 27, et ok lôéXoisv).’j£tv te xat Sstv, «nous voulons qu’ils aient pouvoir dedélier et de lier,» paroles par lesquelles la reine Alexandraconsacre l’influence politique des pharisiens. Josèphe, Bell, jud., i, v, 2. Mais le sens de ces expressionsne paraît nullement comporter une autorité souveraine.Dans une lettre des chrétiens de Gaule, citée par Eusèbe, II. E., v, 2, t. SX, col. 436, les deux mots Xusiv et 8e(T[Uijeivsont pris dans le sens restreint de rejeter ou d’admettrele bien fondé d’une accusation. La même expression estfréquente dans le Talmud pour signifier «interdire» et «permettre». Cf. Fillion, Évang. selon S. Matthieu, Paris, 1878, p. 326, 327. Il est certain qu’à l’époque deNotre-Seigneur les docteurs de la Loi jouissaient d’unetrès haute autorité en Israël. À eux appartenait de formulerthéoriquement le droit, de l’enseigner à leursdisciples et de l’appliquer pratiquement. Cf. Schûrer.Geschichte des jûdisehen Volkes, Leipzig, t. ii, 1898, p. 320-328. Ils liaient et déliaient, c’est-à-dire imposaientdes obligations morales ou en dégageaient, soit en droit, soit en fait. Notre-Seigneur fait allusion au pouvoirqu’ils exerçaient quand il dit d’eux: «Ils lient des fardeauxlourds et intolérables,» 5zauioiai çopxJa papéaxa SuffêâoraxTa, Matth., xxiii, 4, paroles qui_ visent leurenseignement. De plus, ces docteurs prétendaient à untel respect de leurs décisions qu’ils en étaient venus àdéclarer leurs paroles plus «aimables que celles de la Loi, plus importantes que celles des prophètes». Berachoth, ꝟ. 3, 2. La formule employée par le Sauveur s’expliquedans un sens analogue, et plus étendu encore. Les Apôtresreçoivent le droit de lier et de délier dans le nouveauroyaume. Ce droit n’est pas limité; c’est ce quedonnent à conclure les expressions: ô èàv Séduit, «ce quetu lieras,» ôaa. làv êr^Te, «ce que vous lierez,» danslesquelles les pronoms &, 8<rix sont indéterminés. Lepouvoir de lier et de délier s’étend donc à la croyance, à la morale, à tout ce qui peut être du domaine religieux.Enfin Notre-Seigneur ne compare pas le pouvoir qu’ildonne à ses Apôtres à l’autorité de Moïse ou des prophètes; il se contente de déclarer que l’exercice de cepouvoir sera ratifié dans les cieux, ce qui le consacrepar la plus haute autorité qui existe. Cette interprétationsemble bien la plus naturelle. Elle s’appuie, du reste, sur des usages connus des Juifs et des idées qui leurétaient familières. Cf. Knabenbauer, Evang. sec. Matth.,

Paris, 1893, t. ii, p. 66, 67.

H. Lesêtre.

    1. LIÉNARD Jacques-Antoine##

LIÉNARD Jacques-Antoine, théologien catholique, né à Douai en 1792, mort en cette ville dans la premièremoitié du xixe siècle. Il fut professeur à Douai et avaitlaissé des Elucidationes in Novum Testantentum quifurent publiés par Ledent, 4 in-8°, Douai, 1859. — VoirHurler, Nonienclator literarius, t. m (1895), col. 1034.

B. Heurtebize.

    1. LIERRE##

LIERRE (Septante: xt<r<j6ç; Vulgate: hedera, plante grimpante.

I. Description. — Le lierre, Hedera Hélix de Linné(fig. 73), famille des Araliacées, est un arbrisseau à tigerampante, appliquée contré le sol ou plus souvent lelong d’un support vertical, tel que les murs ou les troncsd’arbres, auquel elle se fixe par de nombreuses petitesracines latérales modifiées en forme de crampons, pouvantatteindre ainsi la hauteur d’une vingtaine de mètresou davantage. Quand les racines adventives plongentdans la terre, elles développent des ramifications nombreuses et servent alors à l’absorption. La tige appliquéeou rampante reste stérile, pourvue seulement de feuillespétiolées à limbe toujours vert, luisant, et échancré surle pourtour de 5 lobes plus ou moins profonds. Mais les

73. — Hedera Hélix.

rameaux qui s’en détachent, surtout dans la partie élevée, pour flotter librement dans l’air sont munis defeuilles plus étroites, presque indivisêes, puis se terminentpar des fleurs. L’inflorescence est une anthèled’ombelles hémisphériques dont la terminale seule, formée de fleurs hermaphrodites, devient fructifère, lesinférieures réduites à des fleurs mâles se détachant aprèsl’anthèse. Les sépales peu distincts alternent avec 5 pétalesjaunâtres et sont surmontés d’autant d’étamines. Undisque glanduleux entoure le style et couronne le fruiten baie globuleuse, ordinairement noire, mais parfoisjaune, qui renferme sous sa pulpe un nombre variablede noyaux, souvent deux, charnus eux-mêmes, et ausein desquels est inclus un très petit embryon entouréd’un albumen ruminé. F. Hy.

II. Exégèse. — Le lierre est rare en Palestine, exceptéle long des côtes et sur les montagnes. Il n’est mentionnénulle part dans la Bible hébraïque et seulement une foisdans la partie grecque. IIMach., vi, 7. Dans la persécutiond’Antiochus, lorsqu’on célébrait la fête de Bacchus, on contraignait les Juifs de suivre la procession solennelle, iro[ «ceiieiv, ayant du lierre, xuraoùç £-/ovieç, c’est-à-direportant des couronnes de lierre, et des thyrses outiges entourées de lierre. La Vulgate met seulement: «aller par les rues couronnés de lierre.» On sait quele lierre était une plante consacrée à Bacchus; HederagratissimaBaccho, dit Ovide, Fast., iii, 767. — D’après leIII» livre des Machabées, ii, 29, Ptolémée Philopator faisaitmarquer les Juifs d’Egypte au fer rouge d’une feuillede lierre, marque de la consécration à Bacchus. VoirBacchus, 1. 1, col. 1377. — Le mot hedera, «lierre, *> se litaussi dans la Vulgate comme traduction du mot hébreuqîqdyôn, Jonas, iv, 6, 7, 9, 10, mais cette traduction n’estpas plus exacte que celle des Septante qui ont mis xoXoxûv87], «courge.» Le qîqâyôn est le ricin. Voir COURGEet Ricin. E. Levesque.

    1. LIÈVRE##

LIÈVRE (hébreu: ’arnébét, désignant le même animalque l’assyrien annabu et l’arabe’arneb; Septante: SaoïjTtoui; ; Vulgate: lepus), quadrupède de l’ordre desrongeurs et derla^fàmille des léporidés, comme le lapin.Les lièvres ont le museau arrondi, les yeux latéraux etsaillants, la lèvre supérieure fendue et très mobile, lesoreilles longues et molles, le poil long, rude, et ordinairementd’un gris roux. Timides et inoffensifs, ilssont avertis du danger par la subtilité de leur ouïe, ets’y soustraient grâce à la rapidité de leurs musculeùseset longues jambes. Ils se nourrissent de végétaux; sonttrès féconds, ne terrent point comme le lapin, mais nesupportent pas la domesticité. Le lepus syriacus estcommun dans le nord de la Palestine et dans les partiesboisées ou cultivées du pays, notamment dans la plaine m

LIÈVRE — LIGHTFOOT

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d’Esdrelon..Lortet, La Syrie d’aujourd’hui, Paris, 1884, p. 185. Il est semblable à celui de nos pays, avec lesoreilles plus courtes et la tête plus large. Le lepus Judseœ{dg. 74). fréquente les régions méridionales de la Ju74. — Lepus syriacus.

<lée et la vailée du Jourdain; il abonde dans les lieuxles plus arides. Il a la taille plus petite que le précédent, de longues oreilles et le pelage fauve. On trouve des levrautsà toutes les époques de l’année, les deux espècesprécédentes ayant quatre petit* à chaque portée. D’autresespèces, peu différentes d’ailleurs, mais de moindretaille encore, se rencontrent accidentellement du côté dela frontière du sud-est, le lepus sinaiticus, qui est le lièvred’Arabie, le lepus segyptiacus, commun en Egypte, et lelepus isabellinus, ainsi nommé à cause de sa couleurchamois. Cf. Tristram, The natural History of the BibleLondres, 1889, p. 99. Lortet, Là Syrie d’aujourd’hui, p. 413, 455, a constaté dans les environs de Jéricho lafréquence en nombre du lepus sinaiticus. Les Hébreuxavaient connu dans la terre de Gessen le lièvre sinaïtiqueet le lièvre d’Egypte. Les monuments figurés les représentent(fig. 75), et Je nome central de la. Moyenne75. — Égyptien portant un lièvre et deux hérissons dans des

cages. Beni-Hassan. XII’dynastie.

D’après Lepsins, Denkmàler, Ahth. D, H. 120.

Egypte s’appelait le «nome du lièvre». Les Arabesestiment beaucoup la chair du lièvre. La loi mosaïquela défend aux Israélites, Lev., xi, 6; Deut., xiv, 7, sansdoute parce que cette nourriture est lourde et facilementindigeste, surtout dans les pays chauds. Les Syriensd’aujourd’hui ne mangent pas la chair du lièvre, qui pourtant abonde autour d’eux; ils prétendent quecet aliment peut donner la fièvre. Cf. Vigouroux, Les

Livres Saints et la critique rationaliste, 5e édit., Paris, 1992, t. lv, p. 434. Pour permettre de distinguer le lièvreet de le ranger parmi les animaux impurs, le texte sacrédit qu’il rumine. Or, on sait que le lièvre ne peut prendrerang à aucun titre parmi les ruminants. De là une ditflculté, soulevée déjà au sujet du daman, voir ChœrogryllE, t. ii, col. 714, et qu’on ne se lasse pas de mettreen avant. Cf. L’encyclique et les catholiques anglais etaméricains, Paris, 1894, p. 36-37, traduction d’un articlede la Conteniporary Review, avril 1894. L’expressionhébraïque que la Vulgate rend par le mot ruminareest hë’élâh gêrâh, que les Septante traduisent paràvayeïv (t7)(>uxi<r[iivv, «ramener en haut la rumination.» Buhl, Gesenius’Handwôrterbuch, Leipzig, 1899, p. 161, rattache gêrâh à la racine gârâh, dont le sens n’est déterminableque par celui des dérivés gârôn, «gosier,» et l’arabe gêrn, «gosier.» Le mot gêrâh a donc unsens analogue, très probablement le même que (l’jxx» )pifffidç; il marque l’acte de ruminer, ou ce qui remontedans le gosier. L’expression hébraïque signifierait donc «faire remonter ce qui est dans le gosier», ou, en unseul mot, c< ruminer.» On arrive au même sens en acceptantl’étymologie de Gesenius, Thésaurus, p. 305, quirattache gêrâh à la racine gârar, à laquelle il attribuele sens de «ruminer». Il est donc certain que l’auteursacré n’entend pas donner à hë’ëldh gêrâh le sens de «remuer les lèvres», mais celui de ruminer. Toutefois, on ne pourrait prétendre raisonnablement que par «ruminer» il veuille signifier «avoir plusieurs estomacset en faire remonter la nourriture pour la remâcher». Il caractérise la rumination par une marqueextérieure, facile à reconnaître, le mâchonnement perpétuel, sans affirmer qu’il y a rumination réelle. Il parled’après les apparences, comme le font si souvent, et àsi bon droit, les écrivains inspirés. C’est ici un de cescas où, suivant l’enseignement de l’Encyclique Providentissimus, cꝟ. 1. 1, p. xxtx, l’auteur sacré décrit un phénomènenaturel «en se servant du langage communémentusité de son temps, langage dont les plus grands savantsse servent encore de nos jours dans la vie ordinaire».Il est curieux de rapprocher de cette observation del’Encyclique la manière dont Linné parle du lièvre dansson Systema naturee, Lyon, 1789, t. i, p. 160-161: Victitatruminans raniulis fruticum et cortice arborum, «il se nourrit, en ruminant, de rejetons d’arbrisseaux etd’écorce d’arbres.» Cf. Rosenmùller, In Levit-, Leipzig, 1798, p. 62. Le savant s’exprime ici comme le législateurantique; on ne l’accusera pas, cependant, d’avoir prisle lièvre pour un ruminant. Moïse exige deux conditionspour que les animaux puissent servir de nourriture: qu’ils soient ruminants, et qu’ils aient aux pieds unecorne fendue. Lev., xi, 2. Le daman et le lièvre, quisemblent ruminer, sont exclus parce qu’ils n’ont pasaux pieds des cornes fendues. Les quatre doigts que lelièvre porte à chaque patte ne forment point de corne, etsont enfermés dans une peau qui ne laisse distinguer

que les quatre ongles.

H. Lesêtre.

1. LIGHTFOOT John, théologien protestant anglais, né le 29 mars 1602, à Stocke, dans le comté de Stafford, mort à Ely, le 6 décembre 1675. Après avoir suiviles leçons du docteur Whitehead, à Congletori, dans lecomté de Chester, il entra en juin 1617 à Ghrist’s collège, à Cambridge. Après avoir achevé ses études, ilpassa deux ans à Repton, dans le comté de Derby, enqualité d’assistant de son vieux maître Whitehead, quitenait une école dans cette ville. Puis il entra dans l’étatecclésiastique et fut nommé pasteur à Norton-in-Hales, dans le comté de Shrop, où il lit la connaissance deRowland Cotton, dont il devint le chapelain, et "qui luifacilita l’étude des langues orientales, en particulier del’hébreu. Il ne tarda pas à accompagner son protecteurà Londres, puis il fut, bientôt après, nommé ministre à

Stone, dans le comté de Stafford, où il resta deux ans.En 1628, il alla habiter Hornsey, dans le Middlesex, oùil espérait trouïer des ressources précieuses pour sestravaux; c’est en effet dans ce lieu qu’il commença àécrire. En septembre 1630, il fut nommé recteur àAshley, dans le comté de Stafford, où il continua sesétudes avec ardeur. En 1643, il devint recteur de l’égliseSaint-Barthélémy de Londres; en 1644, recteur deGreatMunden, dans le comté de Hertford; en 1650, recteurdu collège de Sainte-Catherine de Cambridge, et, en 1654, vice-chancelier de cette université. Créé chanoineà Ely le 22 janvier 1667, il mourut dans cette ville.

— Lightfoot prit souvent part aux discussions religieusesde son temps, soit dans l’assemblée de Westminster, soitailleurs: ses principes sont ceux de l’Église anglicane; du reste on reconnaît généralement qu’il a beaucoupplus les qualités d’un érudit que celles d’un théologien.Ses principaux ouvrages sont: Horee hebraicm et talmudicx, impensx in chorographiam aliquam terresisræliticse, in quatuor Evangelistas, in Acta Apostolorum, in quwdam capita Epistolm ad Romanos, inEpistolam primant ad Corinthios, 3 in-4°, Cambridge, 1658 et 1679. C’est la traduction latine d’un livre quiavait paru d’abord en anglais (2 in-4°, Londres, 1644et 1650). L’auteur, qui, selon Gibbon, «était devenupresque un rabbin lui-même à force de lire les rabbins,» a une grande tendance à expliquer le Nouveau Testamentpar les écrits rabbiniques et talmudiques. — Hartnonyof the four Evangelists among themselves andwith the Old Testament, with an Explanation of thechiefest difflculties both in language and sensé, in-4°, Londres, 1644-1650. — Harmony, Chronicle and Orderof the Old Testament, Londres, 1647. — Harmony, Chronicle and Order of the New Testament, Londres, 1655. — À feiv and neu> Observations upon the Book ofGenesis, the most of them certain, the rest probable, ail harmless, strange and rarely heard of before, Londres, 1642. — À Handfull of Gleanings out of the Bookof Exodus, in-4 «, Londres, 1643; traduit plus tard enlatin. — À Commentary upon the Acts of the Apostles, c. i-xii, in-4°, Londres, 1645. — Description of theTemple service as it stood in the days of our Saviour, in-4°, Londres, 1649. — On the canon of Scripture, 1652. — Collatio Pentateuchi hebraici cum samaratico, Londres, 1660. — Rules for a Student of the Holy Scripture, 1700. — On a imprimé plusieurs fois ses œuvrescomplètes, sous le titre de Lightfootii Opéra omnia; sesouvrages anglais y sont traduits en latin, 2 in-f°, Rotterdam, 1686; meilleure édition due à Jean Leusden, 3 in-f», Utrecht, 1699. Une édition anglaise a été donnée parGeorge Bright, The Works of J. Lightfoot, 2 in-f», Londres, 1684; elle est précédée d’une vie de l’auteur parJ. Strype. Une nouvelle édition, supérieure à toutes lesprécédentes et plus complète, a été éditée par J. R. Pitman, avec une vie de l’auteur, 13 in-8°, Londres, 18221825. Voir aussi D. M. Welton, John Lightfoot, TheEnglish Hebraist, in-8°, Londres, 1878.

A. Régnier.

2. LIGHTFOOT Joseph Barber, exégète anglican, néà Liverpool le 13 avril 1828, mort à Bournemouth le21 décembre 1889. Il fit ses études à Cambridge, devintprofesseur de théologie en 1861, dans cette université, puis, en 1871, chanoine de la cathédrale de Saint-Paul; de nouveau professeur de théologie à Cambridge, en1875 et enfin évêque de Durham en 1879. On lui doitdes travaux importants sur les Pères apostoliques et lescommentaires suivants: St. Paul’s Epistle tlie to Galatians, in-8°, Londres, 1865; 7e édit., 1881; St. Paul’sEpistle to the Philippians, in-8°, Londres, 1868; 4e édit., 1878; St. Paul’s Epistles to the Colossians and to Philemon, in-8°, Londres, 1875; 6e édit., 1882. Ces commentairessont suivis de dissertations savantes surdivers sujets scripturaires. — Voir F. J. A. Hort, dans le

Dictionary of National Biography, t. XXXI", 1893, p. 232-240.

    1. LIGURE##

LIGURE (hébreu: lésera; Septante: Xiyûpiov; Vulgate: ligurius, Exod., xxviii, 19; xxxix, 12), pierre précieusedu rational.

I. Description. — Les minéralogistes ne sont pasd’accord pour identifier le ligure des anciens, XrpJpiovou Xiyxûptov. Pour les uns ce serait la tourmaline moderne; pour d’autres, en plus grand nombre et avec plusde raison, ce serait la pierre hyacinthe. Ce qui faisaithésiter à admettre ce dernier sentiment, c’est que Thécphraste, rcepi).18wv, parlant des propriétés du ligure, ditqu’il attire à lui les parcelles de bois et de fer: or, semblait-il, l’hyacinthe n’avait pas cette propriété. Mais ona reconnu qu’elle l’acquérait, une fois frottée. Théophrasteet Pline décrivent le ligure comme une pierresemblable à l’escarboucle et d’un éclat luisant commedu feu: il y a des hyacinthes qui ont cette couleur etcet éclat, en particulier celle qu’on appelle l’hyacinthela belle. Voir Hyacinthe, t. ri, col. 787.

II. Exégèse.— La pierre lésém n’apparaît que deux foisdans la Bible hébraïque, Exod., xxviii, 19 et xxxix, 12: c’est dans l’énumération des pierres du rational, la premièrepierre du troisième rang. Les Septante et Josèphe, Bell, jud, V, v, 7, traduisent ce mot parXepipiov, ce quela Vulgate transcrit par ligurius. Or saint Épiphane, De duodecim gemmis, vii, t. xlui, col. 300, identifiecette pierre ligure avec la pierre hyacinthe. La comparaisonavec les 12 pierres de l’Apocalypse, xxi, 19-20, confirme cette vue. On admet communément que lesdouze pierres de la Jérusalem céleste rappellent les douzepierres du rational: or, en comparant les deux listes, lapierre qui répond au l£sém, ligure, c’est l’hyacinthe. VoirBraun, Vestitus sacerdotum Hebrseorum, in-8°, Leyde, 1680, 1. II, p. 694-703. Dans l’énumération d’Ezéchiel, xxviii, 13, manifestement empruntée à la descriptiondu rational dans l’Exode, le texte hébreu nedonne que neuf pierres: mais les Septante en ajoutenttrois, conformément à l’Exode, et parmi elles le ligure.

E. Levesqde.

    1. LILIENTHAL Michel##

LILIENTHAL Michel, littérateur protestant, né àLiebstàdt le 8 septembre 16.86, mort à Kœnigsberg le23 janvier 1750. Il fit ses études à Kœnigsberg et à Iénaet fut professeur à Rostock et à Kœnigsberg. En 1714, ilfut nommé sous-bibliothécaire de cette dernière ville, où il exerça ensuite les fonctions de diacre. En 1711, ilavait été élu membre de l’Académie de Berlin et en 1733de celle de Saint-Pétersbourg. Parmi ses nombreux ouvrages, nous devons mentionner Biblisch-exegelischeBibliothek, 3 in-8°, Kœnigsberg, 1740-1744; BiblischerArchivafius der heiligen Schrift, 2 in-4°, Kœnigsberg, 1745-1746; les commentateurs de la Bible sont classésd’après les passages à interpréter. Il publia en outre unedissertation De vocatis ab Adamo animalibus, dans lesSelecta historica et litteraria, 2 in-8°, Kœnigsberg, 7111719. — Voir Lilienthal, Autobiographie, publiée dansle t. m des Acta Borussica, in-8°, Kœnigsberg, 1732; Walch, Bibliotheca theologica, t. i, p. 83, 121.

B. Heurtebize.

    1. LILITH##

LILITH (hébreu: lîlî(), mot qui ne se lit qu’uneseule fois dans la Bible hébraïque, pour désigner unoiseau nocturnç, très probablement le chat-huant. VoirChat-huànt, t. ii, col. 627. En le traduisant par Xâ[j.ia, Uxmia, Is., xxxiv, 14, les Septante et saint Jérôme semblentse conformer à une croyance populaire: le peuple, ignorant le sens primitif du mot lîlif, le prenait pourle nom d’une espèce de monstre nocturne. Les rabbinsfirent plus tard de Lilith une première épouse infidèled’Adam, devenue la première des quatre femmes dudiable et la persécutrice des nouveau-nés. Lilith en effetdétestait la descendance d’Eve, qui l’avait remplacée auprèsd’Adam. La croyance à son pouvoir néfaste devint si enracinée chez les Juifs superstitieux, que, quandune femme allait accoucher, le père de famille ou quelqueautre personnage connu pour sa piété attachait à laporte de la maison, aux murailles, au lit, des écriteauxavec ces mots: «Adam, Eve, dehors Lilith.» On ajoutaitparfois le nom de trois anges, Senoï, Sansenoï, Sanmanglof, qui, chargés de noyer Lilith dans la mer Rouge, l’avaient épargnée à condition qu’elle ne fit aucun malaux enfants, là où elle verrait leurs noms écrits. Lanuit qui précédait la circoncision de l’enfant, on écartaitLilith par des lectures pieuses. Cf. lien, Antiquitateshebraicse, Brème, 1741, p. 512; Drach, De l’harmonieentre l’Église et la synagogue, Paris, 1844, t. ii, p. 319-325. Voir Lamie, col- 53.

H. Lesêtre.

LIMAÇON, mollusque gastéropode de l’ordre despulmonés, pourvu d’une coquille qui se déroule régulièrementjusqu’à une assez large ouverture, par laquellel’animal sort la plus grande partie de son corps. Letype de la famille des limaçons ou hélicidées est Y hélixpomatia, escargot commun ou colimaçon qui se trouvedans tous les pays (fig. 76). Au même ordre des pulmo

76. — Hélix ïiomatia.

nés, mais à la famille des limacidées, appartient la limace, qui diffère du limaçon surtout par l’absence decoquille. Ces deux sortes de mollusques sont hibernants; ils passent la mauvaise saison engourdis l’un dans sacoquille, et l’autre dans la terre. Tous deux, en rampant, laissent sur leur passage une trace brillante formée parune humeur visqueuse que leur peau dégage abondamment.Au Psaume lviii (lvii), 9, il est dit des impies: «Qu’ils aillent en se fondant, comme le Sablûl.» Ce motne se lit que dans ce passage. Les Septante et la Vulgatel’ont traduit par κήρος, cera, «cire,» sens suggéré parle mot fe’més, «fusion, dissolution.» Mais la cire estdéjà connue sous le nom de dônag. Voir Cire, t. ii, col. 780. Pour les anciens Juifs, le sablûl est un mollusque.Le Targum traduit ce mot par zehïl tiblàlàh, «ver de limace,» et saint Jérôme par verniis tabefactus.Il est dit dans le Schabbath, Il b, que Dieu a créé lesablûl pour panser les tumeurs, ce qui convient auxlimaces et aux limaçons. Ce sont ces mollusques que l’oncroit généralement aujourd’hui désignés par le motsablûl. Tous deux, en effet, par la trace qu’ils laissentderrière eux, semblent bien se fondre et user leur substance.Il n’y aurait là, d’ailleurs, qu’une manière deparler populaire, car le mollusque ne perd rien de sasubstance en rampant; il ne fait que dégager unehumeur que sécrètent ses muqueuses, et qui faciliteson glissem*nt sur les objets plus ou moins rugueux.Frz. Delitzsch, Die Psalmen, Leipzig, 1873, t. i, p. 421, pense qu’il s’agit, dans le Psaume, de la limace, et nonde l’hélice ou escargot, actuellement appelé halezôn enPalestine. Tristram, The natural History of ihe Bible, Londres, 1889, p. 295, tout en admettant l’explicationpopulaire qui suppose une consomption du mollusqueà mesure qu’il rampe, en apporte une autre qui tientdavantage compte de la réalité. Les limaçons de Palestinen’hivernent pas comme les nôtres pendant la saison froide; c’est, au contraire, durant la saison sèchequ’ils dorment’retirés dans leur coquille. Beaucoupd’entre eux peuvent ainsi rester longtemps sans humiditéextérieure. Pour prévenir l’évaporation de cellequ’ils possèdent, ils s’abritent alors sous les pierres, sous les mousses, ou même dans la terre. Les fissuresdes rochers en sont remplies. Les limaçons du désert, qui souvent ne trouvent pas d’écrans contre les rayonsdu soleil, sont pourvus de coquilles très épaisses quiles protègent lorsqu’ils se collent aux branches des arbrisseaux.Il arrive cependant très fréquemment que lachaleur dessèche les limaçons, malgré tous les soinsqu’ils ont pris pour s’abriter. Quand la sécheresse a étélongue et continue, ou quand les rayons du soleil ontpénétré dans leurs abris, les myriades de coquilles quel’on trouve adhérentes aux rochers sont à peu près vides; le mollusque qu’elles contenaient a été desséché, consumé, «fondu,» comme s’exprime le Psalmiste qui, peut-être, fait allusion à ce fait si fréquent. On signaleen Palestine plus de cent quarante espèces de mollusquesaquatiques ou terrestres. Ils appartiennent aux genreshélix, bulimus, pupa, clausilia et cyclostoma. Par contre, les limaces, que ne protège aucune coquille, sont trèsrares, à cause de la sécheresse du climat. Il est donc toutà fait probable que le Psalmiste a eu en vue le limaçon.

H. Lesêtre.

LIMBES, séjour des âmes qui, n’ayant pas méritél’enfer proprement dit, ne pouvaient, avant la rédemption, entrer dans le ciel. — L’existence de ce séjour, ou de cet état particulier des âmes justes, se déduitlogiquement et théologiquement des trois vérités suivantes: 1° les âmes qui ont quitté ce monde dans la grâcede Dieu ne peuvent être envoyées en enfer, séjour desdamnés morts par leur faute dans l’inimitié de Dieu; 2° les expiations à subir par les âmes justes qui ont emportéavec elles des fautes légères ou les dettes résultantde fautes graves pardonnées, ne peuvent être que desexpiations temporaires; 3° les âmes qui n’étaient pasen enfer ou qui étaient sorties du purgatoire avant lamort de Notre-Seigneur se trouvaient dans une conditionspéciale comportant pour elles un état et un séjourparticuliers. — Ce séjour a reçu, dans la tradition catholique, le nom de «limbes», du latin Urubus, quisignifie «bordure, zone», parce que les limbes constituaientcomme une bordure de l’enfer, une zone entrel’enfer que ces âmes ne méritaient pas, et le ciel quidemeurait inaccessible pour elles avant l’entrée triomphalede Jésus-Christ, au jour de son ascension. Leslimbes sont mentionnées dans la Sainte Écriture sousdes noms divers: le sein d’Abraham, voir t. i, col. 83; les enfers, voir Enfer, t. ii, col. 1792; l’Hadès, voirt. iii, col. 394; le paradis, voir Paradis; le se’ôl, voirScheôl. C’est surtout dans le Nouveau Testament qu’ilest fait allusion à ce séjour. Là, les justes seront aufestin avec Abraham, Matth., viii, 11; Luc, xiii, 29; xiv, 15; xxii, 30; le pauvre Lazare y aura sa place, Luc, xvi, 22-26; les vierges sages y serontreçues, Matth., xxv, 10; le bon larron y entrera aussitôt après sa mort.Luc, xxiii, 43. Saint Paul dit que le Sauveur «est descendudans les régions inférieures de la terre», Eph. riv, 9, [ce que saint Irénée, Cont. hxr., iv, 27, 1, t. vii, col. 1058; Tertullien, De anim., 55, t. ii, col. 742, etc., entendent de la visite qu’il fit après sa mort aux âmesjustes qui étaient dans les limbes. Cf. Petau, De incarn.Verbi, XIII, xvi-xviii. Saint Pierre, dans sa premièreÉpitre, iii, 18-20, est encore plus explicite. Il dit que leChrist, après avoir été mis à mort dans sa chair, allaprêcher, ἐκήρυξεν, aux esprits qui étaient en prison etqui autrefois, aux jours de Noé, s’étaient montrés incrédules.Ces esprits en prison ne sont pas ceux de l’enfer, auxquels toute prédication serait inutile, mais ceux deslimbes, parmi lesquels se trouvaient des âmes dans lesquellesle châtiment du déluge avait produit un repen-

tir salutaire. L’Évangile apocryphe de Pierre, 41-42’, fait allusion à cette prédication du Christ aux limbes: «Ils entendirent des cieux une vois qui disait: As-tuprêché à ceux qui dorment? èxvîpuÇa; tosî xot[ «t>fiivoiç; et une réponse fut entendue de la croix: Oui.» Cf.L’Évangile de Pierre, dans la Revue biblique, 1894, p. 529, 557. Saint Augustin, Ep. clxiii, ad Êvod., 21, t. xxxiii, col. 717, pense que la prédication aux esprits enprison, dont parle saint Pierre, est celle qui s’a’dresse auxinfidèles. Cette explication n’est conforme ni au textemême ni à l’avis des autres Pères. Enfin, saint Jérôme, In Matth., xi, 3, t. xxvi, col. 70, et saint Grégoire leGrand, Hom. in Ezech., i, 5, et Hotn. in Evang., VI, 1, t. lxxvi, col. 788, 1096, émettent l’idée que quand saintJean-Baptiste envoie demander à Jésus s’il est le Christ, Matth., xi, 3; Luc, vii, 19, c’est pour savoir s’il doit annoncersa venue aux âmes qu’il va bientôt rejoindre dansles limbes. Cette idée ne sort pas naturellement du texte.Saint Cyrille de Jérusalem, Catech., iv, 11, t. xxxiii, col. 470, dit plus justement que le Christ est allé aux enferspour annoncer la délivrance aux prophètes et particulièrementà celui qui avait dit: «Êtes-vous celui quidoit venir ou devons-nous en attendre un autre?» — Onassigne encore les limbes comme séjour aux âmes desenfants morts sans baptême. La Sainte Écriture ne fait aucuneallusion directe au sort de ces âmes ni à leur séjour.

H. Lesêtre.

    1. LIMBORCH##

LIMBORCH (Philippe van), théologien protestanthollandais, de la secte des arminiens ou remontrants, né à Amsterdam, le 19 juin 1633, mort dans cette ville le30 avril 1712. Après avoir fait ses études au collège desRemontrants, puis à Utrecht, où il suivit les leçons deVoët, l’adversaire de Descartes, il fut choisi, en 1657, pour être ministre de ses coreligionnaires à Goude, puis, en 1667, à Amsterdam. L’année suivante, il fut nommé àla chaire de théologie de cette ville, où il professa avecun très grand succès jusqu’à la fin de sa vie. Outrel’édition presque complète des œuvres de son grand-oncleEpiscopius, on lui doit plusieurs écrits théologiques, parmi lesquels: Commenlarius in Acta Apostolorumet in Epistolas ad Romanos et ad Hebrxos, in-f°, Rotterdam, 1711. — Il a paru de cet ouvrageune traduction hollandaise, imprimée à Rotterdam, en 1715, in-4°. — L’oraison funèbre de Ph. de Limborcha été faite par Jean Leclerc. A. Régnier.

LIME, outil de métal, dont les faces sont des stries oudes dents aiguës, pour user et polir le bois, la pierre oudes métaux moins durs. Il n’est pas fait mention de lalime en hébreu. Mais dans un texte d’Isaïe, xliv, 12, oùil est dit que le forgeron fait une hache, ma’âsâd, lesSeptante traduisent par <iî$uvs, «il a aiguisé,» et laVulgate par lima operatus est, «il a travaillé à la lime.» Il est possible qu’au lieu de tsyn, le traducteur ait lu

un mot comme ansa, mushâb, «poli, * il a rendu poli,

t:

Dans un autre passage où Ézéchiel, xxi, 9, 10, 11, 15, 28, représente l’épée sortant du fourreau, mit-ta’erâh, les Septante traduisent par (h>|i<&6r|xi, «menace,» irrite-toi, et la Vulgate par limatus, «limé,» poli, ce quisuppose, au lieu de (a’erdh, le mot (a’ar, s tranchant» de l’épée. — La lime, mentionnée souvent par les auteursclassiques, Phèdre, IV, 7; Plaute, Menech., i, 1, 6; Pline, H. N., xxviii, 9, 41; etc., ne devait pas être inconnuedes Hébreux. Ils polissaient et aiguisaient les outils aumarteau, I Reg., xiii, 20; Ps. vii, 13; Is., xli, 7, maisemployaient aussi d’autres procédés pour le polissagedes métaux, et parfois probablement se servaient de lalime. Cf. II Par., iv, 16; I Esd., viii, 27; Jer., xlvi, 4; Ezech., xxi, 14; Dan., x, 6 (hébreu).

H. Lesêtre.

1. LIN (Âîvo; ; Vulgate: Linus), chrétien de Romedont saint Paul envoie les salutations à Timothée.II Tim., iv, 21. Il est simplement nommé par l’apôtremais les anciens auteurs ecclésiastiques nous apprennentqu’il tut le successeur de saint Pierre sur le siègepontifical. On peut conclure de la mention que fait delui saint Paul que Lin était à Rome à l’époque de larédaction de cette Épltre, puisqu’elle fut écrite danscette ville. Eubule et Pudens étant nommés avant Lin, il en résulte que ce disciple n’occupait pas encore à cetteépoque une situation éminente dans l’Église. Saint Irénée, III, iii, 9, t. vii, col. 849, nous fait connaître dansle passage suivant à quelle haute destinée il était réservé: 0£U.s).i<à<ravT£; oùv xal oExo80|nfi<ravTeç oî [laxâpcoi’AttôstoXoi ttjv’Exxiniffiav Aivw xr]V ttjç èiri<rxo5T71sXsttoupYfav ève^et’pt<rav. Toutou xoô Aêvov IlaOXoç èv xaîcTtpoç Ti[i<S8eov éjtKrroXaîç (ié[ivY)Tai. AtaSé^exai Sï aùxôv’AvéyxXijxot, [texà toOtov SI xpîxw xô"7ra àrcô tûv’Aiuoitt<SXiv x» )v êiuKTxoTTTiv xX>ipoOxat KX^firiç. Saint Lin futdonc, d’après le témoignage de saint Irénée, le successeurimmédiat de saint Pierre. Eusèbe, H. E., , 6, t. xx, col. 445, a reproduit ce passage, et il répète, en plusieursautres endroits de son Histoire, que saint Lin futle successeur de saint Pierre, H. E., iii, 2, 4, col. 246, 220-221; au chapitre 13, col. 248, il ajoute que ce pontilegouverna l’Eglise de Rome pendant douze ans, jusqu’àla seconde année du règne de Titus (53^57). Linest aussi nommé comme le second évêque de Rome parsaint Jérôme, De vir. M., 15, t. xxiii, col. 631; saintAugustin, Epist. lit, ad Generos., 2, t. xxxiii, col. 196; saint Épiphane, Rser. xxvii, 6, t. xli, col. 372 (cf. lanote ibid.); Théodoret de Cyr, In II Tim., iv, 21, t. lxxxii, col. 856. D’après les Constitutions apostoliques, vu, 46, Patr. gr., t. i, col. 1052, Lin, «fils deClaudia,» aurait été ordonné par saint Paul premier(repâxoç) évêque de Rome, mais ce témoignage est sansvaleur. Voir la note ibid. Cf. ibid.’j Rufin, Prsef. in Recognit., col. 1207 et la note).

D’après le Bréviaire romain (lect. iv, 23 septembris), saint Lin était né à Volterra, en Étrurie. Il mourut martyraprès un pontificat de onze ans, deux mois etvingt-trois jours, et fut enterré au Vatican, près dutombeau de saint Pierre. D’après le Pseudo-Hippolyte, De lxx Apostolis, 39, t. x, col. 956, et le Pseudo-Dorothée, Chronic. Pasch., n° iv, t. xcxii, col. 521, Lin aurait été un des soixante-dix disciples du Seigneur.Mais son origine latine rend cette supposition peu croyable; son nom n’est probablement entré dans ces listesque parce qu’on le lisait dans une des Êpîtres de saintPaul. — Voir Acta sanctorum, 23 septembre, t. vi, 1757, p. 539-545; L. duch*esne, Liber Pontificalis, 2 in-f», Paris, 1886-1892, t. i, p. 52, 121.

2. LIN (hébreu: pêSéfetpi${âh; Septante: X(vov; Vulgate: linum), plante dont les filaments servent à fabriquerune toile fine, appelée également lin.

I. Description. — Herbe cultivée de temps immémorialpour les fibres textiles que fournit sa tige, le Linumusitatissimum de Linné (fig. 77), n’existe plus aujourd’huinulle part à l’état spontané. Il est probable mêmeque son origine doit être cherchée dans une des nombreusesespèces du genre, modifiée profondément dansses caractères par une culture prolongée. Cet ancêtredu lin serait% Linum angustifolium Hudson (fig. 78), qui possède comme lui une tige couverte de nombreusesfeuilles linéaires et terminée par un petit groupe defleurs à 5 pétales bleus auxquelles succèdent des capsulessepticides à 5 loges. Mais la plante sauvage diffère decelle de nos cultures par sa tige plus grêle, plus ramifiée, pouvant vivre plusieurs années et fleurir plusieursfois. Elle est aussi plus réduite dans toutes ses parties, fleurs, fruits et graines, ses pétales sont entiers, etc.Mais ces différences en apparence tranchées s’effacentsi l’on compare les formes de passage qui leur serventde trait d’union. La variété cultivée sous le nom de

259

LIN

260

Lin d’hiver a déjà sa tige bisannuelle; d’autre part, laforme distinguée par Jordan, sous le nom de Linumambiguum, qui croît en touffes sur les coteaux aridesdu midi, bien qu’annuelle comme la plante cultivée,

77. — Linum

usitatissimum.

78. — Linum

anRUslifolium.

ressemble au type sauvage ordinaire par ses faibles dimensions, ses fleurS’pâles à pétales non denticulés. Auxmêmes caractères correspond encore un lin subspontanédans les cultures de l’Egypte et de la Syrie que Milleravait jadis décrit sous le nom de Linum humile.

F. Hy.

II. Exégèse. — 1° Plante. — Il ne fait de doute pourpersonne que le nom du lin en hébreu ne soit pêiéf, pistâh. Les Septante rendent ce mot parXivovet la Vulgatepar linum. Saint Matthieu, xii, 20, citant un passaged’Isaïe, xlii, 3, où ce mot se rencontre, le traduit parXtvov, linum. Le nom hébreu a deux formes, une masculineplus employée, pêSét, et une forme féminine, pistâh. Ce mot se rencontre dans Exod, , IX, 31, pourdésigner la plante poussant dans les champs; dans Jos., Il, 6, pour exprimer les tiges coupées et réunies en bottes, ou gerbes, pisfê hâ’ês (Septante: XivoxâXa|jw]; Vulgate: stipula Uni); dans Prov., xxxi, 13; Is., xix, 9; Ose., ii, 5, 9 (hébreu, 7, 11), pour les filaments ou fibres détachéesde là tige; dans Jud., xv, 14, et Ezech., xl, 3, pour la corde en fil de lin; dans Is., xlii, 3, et Matth., xii, 26, pour la mèche faite de ces fils ou de la filasse.L’étoupe de lin se nomme ne’ôi-êp. Jud., xvi, 9; Is., 1, 31.

Le premier endroit où la Sainte Écriture mentionnele lin nous marque sa présence en Egypte. Exod., ix, 31.Dans la plaie de la grêle, le Un fut frappé par le fléauquand il était en fleur, ou selon d’autres en bouton.Dans sa prophétie contre l’Egypte, Isaïe, xix, 9, nous montre «ceux qui travaillent le lin peigné dans la consternation». Le lin était connu en Egypte depuis la plus hauteantiquité: c’était un des principaux produits de ce pays.On le cultivait et le travaillait un peu partout, mais surtoutdans la Basse Egypte. Pline, H. N., xix, 2, signalequatre espèces plus célèbres, le lin de Tanis, . celui dePéluse et celui de Bouto, tous les trois dans le Delta, .et celui de Tentyris dans la Haute Egypte. D’après Hérodote, ii, 37, 81, 86, 105, on en consommait d’énormes

quantités pour l’usage des vivants et pour les bandelettesdes morts. On a reconnu en étudiant au microscope cesbandelettes que la plupart étaient en liii, un petit nombreseulement en coton. Les capsules de lin trouvéesdans les tombeaux ont permis de reconnaître que l’espècecultivée par les anciens Égyptiens était surtout leLinum humile: c’est encore celle qu’on cultive dans lavallée du Nil. V. Loret, La flore pharaonique, 2e édit., Paris, 1892, p. 106. La mention du lin revient fréquemmentdans les inscriptions funéraires soit sous la forme

archaïque J^ " = ~ l II > hémâ, soit sous la forme plus

récente et plus fréquente, _ jj *""». | t)t mdhi, conservéeen copte, - «£., £1. Dès la fin de la troisième dynastie, nous voyons Amten préposé comme «directeurde tout le lin du roi» pour le nome Xoïte. Lepsius, Denkrn., ii, pi. 5; G. Maspero, Études égyptiennes, t. ii, fasc. 2, 1890, p. 160-161. Les peintures des tombeauxnous font souvent assister aux diverses opérationsde la récolte et de la préparation du lin. Ici des ouvriers, selon la façon actuelle, arrachent les tiges à poignéessans les couper comme les céréales, et les lient enbottes (fig. 79). Rosellini, Monumenti delV Egitto, t. i, p. 133 et t. ii, pi. 35, 36; Mariette, Les Mastabas, p. 337; Lepsius, Denkm., ii, pi. 106-107. À côté, d’autres ouvrierstenant une botte ou petite gerbe de lin de la maindroite, en frappent la main gauche pour faire tomberles graines. Lepsius, ibid.; G. Maspero, Etudes égyptiennes, t. ii, fasc. 1, 1888, p. 85, 86. Les peintures deBeni-Hassan nous mettent sous les yeux les opérationsdu rouissage du lin qu’on fait ensuite sécher, du teillageet du peignage, Is., xix, 19; du filage et dutissage (fig. 80). Lepsius, Denkm., t. ii, pi. 126; Rosellini, t. ii, pi. 35, 41, 42; Wilkinson, t. iii, p. 138, 140; A. Erman, Life in ancient Egypt, traduct.Tirard, in-8°, Londres, 1894, p. 448; Fr. Wœnig, DiePflanzen im alten Aegypten, in-8°, Leipzig, 1886, p. 184-186.

La Palestine connaissait le lin avant la conquête desHébreux. Jos., ii, 6. Il est probable du reste que ce paysle cultiva avant l’Egypte: car selon Alph. de Candolle, Origine des plantes cultivées, in-8°, Paris, 1886, p. 102, les Égyptiens auraient reçu leur lin d’Asie. On sait queson usage en Chaldée se perd dans la nuit des temps: le lin a été retrouvé dans un tombeau de l’ancienneChaldée, remontant à une époque très reculée. De Candolle, ibid. Quoi qu’il en soit de son antiquité, c’était undes plus importants produits de la Palestine. Ose., ii, 5, 9(hébreu, 7, 11). D’après le Talmud, Kethouboth, v, 9, c’esten Galilée que le lin était le plus abondant. On trouveactuellement en Palestine diverses espèces de lin: à côté du Linum usitatissimum et de l’angustifoliimi, les espèces ou variétés, Linum humile, Linum orientale(fig. 81), Linnni spicatum (fig. 82), etc. Les Hébreux, qui avaient vu la culture et la préparation du lin chezles Égyptiens, leur ont sans doute emprunté leurs procédés, connus peut-être déjà du reste par les Chananéens.Cependant, l’eau étantplus rare en Palestine, ils pouvaientne pas employer le rouissage et se contenter de fairesécher les chénevottes au soleil. Il y est fait allusiondans Jos., ii, 6; Rahab cache les espions juifs sous destiges de lin étendues sur le toit plat de son habitation: elle était alors occupée, explique Josèphe, Ant. jud., V, I, 2, à sécher des bottes de lin sur le toit de sa maison.On fait mention du filage du lin dans Prov., xxxi, 13, 19; il y est dit de la femme laborieuse:

Elle se procure la laine et le linEt travaille de sa main joyeuse…Elle met la main à la quenouille

Et ses doigts prennent le fuseau.

Le Talmud parle fréquemment de l’ensem*ncement,

.de la récolte et de la préparation du lin: Tr. Chilaim, ix, i; Peah, i, 5; Baba bathra ii, 40; Baba kama, X, 9, Therumoth, IX, 1, etc.

Avec le fil de lin on fabriquait des cordes pour attacher, Jud., xv, 4, ou des cordeaux pour mesurer les

général de ce tissu, Lev., xiii, 47, 48, 52, 59: il s’agit ences passages de vêtements de liii, et du fil de lin destinéà la chaîne ou à la trame. Tandis que les Orientaux sontordinairement vêtus de laine, les prêtres dans le servicedu temple doivent porter des habits de lin; tunique, cale79. — Egyptiens récoltant le lin. Sauiet el-Meitin. XII" dynastie.D’après Lepsius, Denkmâler, Abth. ii, Bl. 106-107.

grandes longueurs, Ezech., XL, 3; de la partie la plusgrossière de la filasse on faisait des mèches: les ennemisd’Israël devant Jéhovah sont comparés à unemèche de lin qui s’éteint, Is., xliii, 17; la douceurdu Messie est représentée par ce trait qu’il n’éteindra

çons, mitre; Ezech., xliv, 17, 18; ceinture. Jer., xiii, 1.Il est défendu de faire des tissus de deux espèces defils, de laine et de lin mélangés. Lev., xix, 19; Deut., xxii, 11. Outre cette appellation générale, les étoffes delin portaient, suivant leur couleur ou leur qualité, diffé’K&Wttiiï

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80. — Égyptiennes filant et tissant du lin. Beni-Hassan. XII’dynastie.D’après Lepsius, Denkmâler, Abth. ii, Bl, 126.

pas la mèche qui fume encore. Is., xiii, 3; Matth., xii, 20. Le principal usage de lin c’est de servir à la fabricationde la toile et d’étoffes diverses. Celsius, Hierobotanicon, in-8°, Amsterdam, 1748, t. ii, p. 283-312; I. Lôw, Aramàische Pflanzennamen, in-8°, Leipzig, 1881, p. 232-233.

III. Tissu de lin. — 1° Le nom de la plante de liii, pêiep ou au "pluriel pislim, comme dans beaucoup deJangues, a passé à la toile elle-même: c’est le nom plus

rents noms dont il faut traiter en particulier: bad, Ses, bùs.

2° Le tissu appelé bad. — Le tissu bad, au plurielbaddim, était certainement un tissu, une toile de lin.Car les habits des prêtres: tuniques, caleçons, ceinture, mitre, qui, d’après Exod., xxviii, 42; Lev., xvi, 4, sontdits être de bad, sont désignés dans Ezech., xliv, 17, 18, façonnés avec le pUfim, c’est-à-dire le lin. En étoffe bad, étaient l’éphod de Samuel, I Reg., ii, 18; l’éphod de

David, II Reg., vi, 14; I Par., xv, 27; des simples prêtres, I Reg., XXII, 18 (car celui du grand-prêtre, Exod., XXvm, 7, est dit fait de SêS). Les vêtements des prêtres étaientde bad, Exod., xxviii, 42; Lev., mi, 3 (Yulgate, 10): ainsi

81. — Linum orientale.

D’après l’original recueilli dans la vallée du Gédroû

par le Fr. Jouannet Marie en août 1890.

avait-il été prescrit à Aaron et à ses fils. Lev., xvi, 4, 23, 32. L’homme de la vision d’Ezéchiel qui porte uneécritoire à la ceinture est, comme les prêtres, vêtu debad. Ezech., ix, 2, 3, 11; x, 2, 6, 7. L’homme à la ceintured’or qui est au-dessus des eaux dans la vision deDaniel sur les bords du Tigre, Dan., x, 5; xii, 6, 7, porteégalement des vêtements de bad.

3° Le SêS. — Le ses est mentionné pour la premièrefois dans l’histoire de Joseph. Gen., xil, 42. Pour paraîtredevant le Pharaon, il doit se revêtir de Ses. Cf. Hérodote, h, 37. Les tentures du Tabernacle et le voile de l’entréeétaient en SêS retors, c’est-à-dire formé de plusieurs filstordus ensemble. Exod., xxvi, 1, 36; xxvii, 9, 16, 18; xxxv, 25, 35; xxxvi, 8; xxxix, 9, 16, 23. En SêS étaientles habits d’Aaron et de ses fils, Exod., xxviii, 5, 6, 33, 39; l’éphod et la ceinture d’Aaron, Exod., xxxix, 2, 5; et les autres vêtements sacrés. Exod., xxxix, 27, 28. LeSes fait partie des offrandes du peuple. Exod., xxv, 4.Ézéchiel, xvi, 16, 13, représente Jérusalem revêtue deSes, avec un voile ou turban de Ses sur la tête. Lafemme laborieuse a des vêtements de sêS et de pourpre.Prov., xxxi, 22, Les voiles des vaisseaux de Tyr étaientfaites de SêS d’Egypte, brodé de couleurs variées. Ezech., xxvii, 7. Le ses paraît bien être substantiellement de lamême matière que le bad. Les mêmes vêtements desprêtres sont dits tantôt faits de ses, Exod., xxviii, 40, tantôt de bad. Levit., xvi, 4. L’un et l’autre mot sontégalement traduits par le chaldéen bûs, qui sert aussià rendre pistim, le lin. Il paraît donc que le ses est dulin comme le bad. «Partout dans le livre de la Loi, ditMaimonide, Halach. kelê ham-mikdasch, c. viii, 13(cité dans J. Braun, Vestitus sacerdotum Hebrteorum,

Leyde, 1680, p; 25), Ses ou bad signifie lin quHim) etc’est le byssus (bûs)..» Mais les auteurs ne s’entendentpas pour déterminer quelle différence existe entre cesdeux espèces de lin. D’après les uns, le bad serait le linordinaire et le ses le fin liii, de couleur très blanche.D’après d’autres à la suite de Maimonide et Abarbanel, la différence viendrait non de la matière, mais du tissage; le bad (cf. bad, «seul» ) serait tissé d’un fil simple; leSêS (cf. SêS, «six» ) de six fils tordus ensemble: ce seraitpour cela qu’on ajoute souvent moSzâr, de lin retors.La difficulté est que dans l’Exode, xxxix, 28, on dit queles caleçons des prêtres sont de bdd Ses moSzâr. D’ailleurssêS, «liii,» ne paraît pas se rattacher à la racinede Ses, «six,» mais faire allusion plutôt à la blancheurde l’étoffe (cf. ses, Esth., i, 6, «marbre blanc;» de mêmeen Egypte Ses désigne une pierre blanche). Pour d’autresle SêS est le lin d’Egypte, comme le nomme Ézéchiel, xxvii, 7; bad, le lin de Palestine et de Syrie, appeléaprès la captivité bûs, lin que le même prophète, xxvii, 16, fait venir de Syrie. Et comme l’un et l’autre étaientdu liii, les interprètes chaldéens les rendirent égalementpar 6ms, nom plus usité de leur temps pour désigner cetissu. "Voir J. Braun, Vestitus sacerd.Rebrxor., 1. 1, c. ii, p. 23-35 et c. vii, p. 138-142; et 1. II. c. ii, p. 460; dansUgolini, Thésaurus antiquitatum sacrarum, Venise, 1751, t. xii, col. 798, 830; t. xiii, col. 222; A. Dillmann, Exodus und Levilicus, in-8°, Leipzig, 1880 (sur Exod., xxv, 4), p. 274. Il est à remarquer qu’en égyptien leSes est un tissu d’une spéciale finesse; le suten Ses est

82. — Linum spicatum.

D’après l’original recueilli sur le mont da Mauvais-Conseil

par le Fr. Jouannet Marie en mars 1890.

du lin très blanc et très fin. On sait que le lin d’Egypteétait particulièrement estimé. Hérodote, ii, 105; SiliusItalicus, iii, 25, 375; Trebellius, Vila Gallica, 6.4° Le bûs. — Ce nom ne se rencontre que dans les

derniers livres de la Bible hébraïque. David et les lévitesqui portaient l’arche avaient un vêtement (me’îl) debûs. I Par., xv, 27. Les lévites chargés de chanter dansle temple avaient aussi des robes de bûs. II Par., v. 12.Le roi Hiram envoya à Salomon un ouvrier habile à tisserle bûs. II Par., H, 13. Le voile à l’entrée du Saint desSaints était de bûs. II Par., iii, 14. D’après Ézéchiel, xxvii, 16, parmi les produits que la Syrie apportait surles marchés de Tyr se trouvait le bûs. Des cordons debûs et de rouge pourpre soutenaient les tentures [decoton blanc et de pourpre violette dans le palais d’Assuérus.Esth., i, 6. Mardochée portait un manteau jie bûset de pourpre. Esth., viii, 15. Le mauvais riche, Luc, xvi, 19, avait une tunique de byssus. Les auteurs entendenttrès diversem*nt quelle étoffe est désignée par cemot, que le grec rend par p-j<jao; et le latin par byssus.Les uns y voient le coton, d’autres le liii, d’autres l’unet l’autre. Il faut remarquer que le mot bûs est d’usageplus récent que les noms précédents, et que le chaldéentraduit par ce mot pispim, Ose., ii, 9; XLrv, 17, 18, etc., bad, Le v., xvi, 4, etc., et 3êS, Gen., xii, 42; Exod., xxv, 4, etc.Les Septante rendent également par |315<x<to; ou pûooivoi; le mot bad, I Par., xv, 27, et le mot Ses, Gen., xii, 42. Ilparait donc que le bûs n’est qu’un nom araméen dubad, et aussi du Ses, c’est-à-dire du lin. D’après plusieursmême le mot byssus viendrait du mot égyptienses précédé de l’article, pe-seS on pi-SeS. Le piWoc d’Hérodote, il, 86, bandelettes dont on enveloppait les momiesd’Egypte, était bien du liii, comme l’a montrél’étude microscopique de ces bandelettes. Il en est demême des baudriers de byssus que portaient les Perses.Hérodote, vii, 181. Mais les anciens ne paraissent pasavoir toujours nettement distingué dans leurs appellationsles tissus de lin de ceux de coton. On signale, I Par., iv, 21, à Jérusalem ou aux environs une fabriquede byssus.

5° On trouve probablement des allusions au lin dansProv., vii, 16, où le mot’êtûn signifie ou un fll de lin trèsfin dont on se senait pour fabriquer de belles couverturesde lit, ou l’étoffe même faite de ce fil (cf. le grecôOdvïi; voir t. ii, col. 2243); également dans Is., iii, 23, et Prov., xxxi, 24, où le motsôrfm désigne une tuniquede dessous, faite de lin fin. Cf. le grec, <jiv81àv. Voir Vêteents, Tunique. Dans le livre de l’Ecclésiastique, XL, 4, on parle du pauvre vêtu de toile de lin grossière, (LudXtvov, traduit exactement par la Vulgate, linumcrudurn.Celsius, Hierobotanicon, t. ii, p. 94. Malheureusem*ntle texte hébreu découvert a une lacune à ce motlàmême. Dans l’Apocalypse, xv, 6, les anges sont vêtusde fin lin blanc. E. Levesque,

    1. LINCEUL##

LINCEUL (hébreu: sâdîn; Septante: <xiv8<iv; Vulgate: sindon), pièce d’étoffe servant à envelopper lecorps. — 1° Le mot hébreu sâdîn, qui se retrouve enassyrien sous les formes sudinnou et satinnu, désigneoriginairement un vêtement de dessous, une sorte dechemise de lin qui se mettait sur le corps même, pardessous les autres vêtements. Cf. Buhl, Gesenius’Mandwôrterbuch, Leipzig, 1899, p. 559. Le mot grec <nv8<ôv, reproduit par le latin sindon, indique un tissu de liii, primitivement fabriqué dans l’Inde, ’IvSô; . d’où lui estvenu son nom. Cf. Hérodote, i, 200; ii, 95; Thucydide, il, 49; Strabon, 693, 717, etc. Il est donc probableque la traduction de sâdîn par <7tvSwv n’estqu’approximative et repose surtout sur une similitudephonétique. Samson proposa une énigme aux Philistinset leur promit, s’ils la devinaient, trente sedînîtn, b&6vioi., «tuniques de linge, s sindones, et autant de tuniquesde rechange. Jud., XIV, 12, 13. Les sedînîm sont des. chemises de lin qui se portaient la nuit et se gardaientle jour comme vêtement de dessous. Cf. Rosenmûller, Jesaise Vaticin., Leipzig, 1810, t. i, p. 132. La femmelouée dans les Proverbes, xxxi, 24, faisait elle-même des

sedinîm, oivôôvaç, sindonem, et les vendait aux marchands.Isaïe, iii, 23, cite ces sortes de chemises fines, ta pû<xoivo, les étoffes de byssus, sindones, parmi lesobjets de toilette dont s’enorgueillissaient les femmes deJérusalem. — Dans le Nouveau Testament, le <riv8<5vn’apparaît qu’une seule fois avec le sens de vêtementde dessous. Au moment de l’arrestation du Sauveur, unjeune homme, réveillé sans doute par le bruit de l’escortequi passait près de sa maison, revêtit à la hâte sa chemisede liii, que les Juifs d’alors ne gardaient pas au lit, cf. lken, Antiquitates hebraicse, Brème, 1741, p. 544, et sortit pour voir ce qui se passait. La conleur blanchede son vêtement attira l’attention de l’escorte, désireuseavant tout d’éviter qu’on fût averti dans la ville de cequi se préparait. On mit la main sur le jeune homme; mais celui-ci s’enfuit en abandonnant ce qui le couvraitet échappa à la faveur de la nuit. Marc, xiv, 51, 52.Comme le mot nudus, «nu,» s’appliquait souvent, chez les anciens, à celui qui n’avait quitté que ses vêtementsde dessus, cf. Joa., xxi, 7, il se pourrait que lejeune homme en question eût jeté, par-dessus sa chemise, une sorte de drap qu’il abandonna ensuite pours’enfuir. Mais, en Orient, on ne se sert guère, pourdormir, que de couvertures de couleur en laine, voirLaine, col. 34, Lit, et ces couvertures ne peuvent êtredésignées par le mot sindon, qui ne convient qu’à uneétoffe de lin. La première explication est donc plusprobable.

2° Dans l’Évangile, il est surtout question du linceulà propos de l’ensevelissem*nt du Sauveur. Les écrivainssacrés distinguent très nettement entre le a-tvSeàv, sindon, linceul qui enveloppait tout le corps, Matth., xxvli, 59; Marc, xv, 46; Luc, xxiii, 53, et le <jov81piov, sudarium, pièce de lin beaucoup moins ample qui n’entouraitque la tête du mort. Joa., xi, 44; xx, 7. Le linceulde Notre-Seigneur était une pièce d’étoffe de liii, touteblanche, qu’acheta Joseph d’Arimathie et dans laquellefut enseveli le corps du Sauveur. Voir Ensevelissem*nt, t. ri, col. 1816, 1817. À partir du XIIIe siècle, on donna aumot sudarium, «suaire,» le sens qui appartenait proprementau mot sindon, linceul. C’est donc sous le nomde suaire qu’on parle le plus habituellement du linceulde Notre-Seigneur. Voir Suaire. — Les morts étaientordinairement enveloppés dans un linceul; mais on nerepliait sur eux cette pièce de lin qu’au sépulcre. C’estce qui fait que le jeune homme de Naïm peut se releverdans son cercueil ouvert sans être embarrassé par sonlinceul. Luc, vii, 15. Quand Lazare ressuscité parut àla porte de son tombeau, il avait les mains et les piedsiiés de bandes d’étoffe et la tête entourée d’un suairequi était attaché. Joa., xi, 44. Le linceul proprementdit enveloppait le tout; mais il avait dû rester sur labanquette de pierre du sépulcre, car l’Évangéliste ne lementionne pas, et d’ailleurs le linceul eût empêché devoir les bandelettes des extrémités et le suaire de là tête.Le cadavre avait évidemment une autre enveloppe queces bandelettes et ce suaire pour paraître aux yeux desassistants. Au moment des fiançailles, les deux futursépoux se donnaient mutuellement un vêtement de dessous, un sindon ou chemise, qu’ils mettaient pardessus leurs autres vêtements le jour de l’Expiationet aux jours ^de jeûne, et avec lequel il était de règlequ’on les ensevelit. Cf. Iken, Antiq. hebr., p. 544, 610.Cette coutume, que les Juifs prétendent ancienne, étaitprobablement déjà en vigueur à l’époque évangélique.En tout cas, Lazare ressuscité portait quelque chosed’équivalent. Il n’en est point question dans la sépulturede Notre-Seigneur, parce que son ensevelissem*nt étaitprovisoire et que les soldats avaient pris possession detous les vêtements qu’il portait avant sa crucifixion.

H. Lesêtre.

    1. LINDA##

LINDA (Guillaume Damase van), prélat catholiquehollandais, né à Dordrecht en 1525, mort à Gand le

Il novembre 1588. Après avoir étudié à Louvain et àParis, il fut ordonné prêtre et chargé d’enseigner l’ÉcritureSainte à Dillingen. Il était inquisiteur de la foidans les provinces de Hollande et de Frise, quand PhilippeII le désigna vers 1560, pour occuper le siège épiscopalde Ruremonde, dont il ne prit possession qu’en1567. En 1588, il fut transféré à Gand comme successeurde Cornélius Jansénius. Il mourut la même année. Voicises principaux ouvrages: De optimo génère interpretandiSmpturas, in-8°, Cologne, 1558; Panopliævangelica, sive de Verbo Dei evangelico, in-f°, Cologne, 1559; Paraphrasis in Ps. cxviii cum annotationibuspro vulgata Psalmorum versione contra judaizantesnoslrm œtatis interprètes, in-8°, Anvers, 1567; Psalteriumvêtus a menais dc repurgatum et de grseco atquehebraico fontibus illustratum, in-8°, Anvers, 1568; Paraphrasisin omnes Psalmos, in-8°, Cologne, 1576; M ysticus Aquilo, in-8°, Cologne, 1580, application d’uneprophétie de Jérémie au schisme de l’Église protestante; Glaphyra in Epistolas apocalypticas S. JoannisApostoli cum Ecclesise prosopopœia ad easdem, in-8°, Louvain, 1590; Paraphrasis in Psalmos pœnitentiales, in-8°, Cologne, 1609. — Voir A. Havensius, Vita G, Lindani, in-4°, Cologne, 1609; Valère André, BibliothecaBelgica, p. 323; Foppens, Biblioth. Belgica, t. i, p. 410; Dupin, Auteurs ecclésiastiques de 1550 à la fin du

xyi’siècle (1703), p. 473.

B. Heurtebize.

    1. LINDISFARNE##

LINDISFARNE (LES ÉVANGILES DE), célèbremanuscrit de la Vulgate, maintenant au Musée britannique, Cotton, Nero D. IV. C’est, au jugement de S. Berger(Hist. de la Vulg., p. 39), «le plus beau des manuscritsde la famille northumbrienne, le chef-d’œuvre dela calligraphie hiberno-saxonne.» En l’examinant, domMorin a découvert qu’une petite liste de fêtes, placéeen tête de chaque Évangile, est un calendrier d’originenapolitaine et voiciL^son explication. Adrien, abbé d’unmonastère des environs de Naples, qui accompagnait, en 668, Benoit Biscop, aurait apporté à Lindisfarne sonexemplaire des Évangiles, dont notre codex serait unecopie. Cf. Revue bénédictine, t. viii, 1891, p. 481. — Pourle texte, le manuscrit de Lindisfarne a des rapports assezétroits avec le Codex Amiatinus, copié lui aussi enAngleterre, mais sur un original de provenance italienne.Il est accompagné d’une traduction interlinéaire enanglo-saxon, datant du xe ou du XIe siècle. Une notefinale du prêtre Aldred nous apprend que le codex futécrit par Eadfrith, évêque de Lindisfarne (698-721), orné et illustré par Ethilwald, aussi évêque de Lindisfarne(724-740), et relié par Billfrith. Aldred lui-mêmese déclare l’auteur de la glose northumbrienne. — VoirS. Berger, Histoire de la Vulgate, Nancy, 1893, p. 3941, 385; Bond et Thompson, Palseogr. Soc, Londres, 1873-1883, t. i, pi. 3-6, 22; Westwood, Miniatures andOrnaments of Anglo-Saxon and Jrish Manuscripts, Londres, 1868, pi. xii et xm. — Stevenson et Waringont publié le texte latin et anglo-saxon, en 1854-1865(2e édit., 1887); Wordsworth, dans son Novum Testamentumsecundum editionem S. Hieronymi, Oxford, 1889-1898, a collationné le texte latin sous lesigle y. F. Prat.

LINGE. Voir Linceul, col. 265.

LION (hébreu: ’ârî, ’aryêh, lâbi’, au féminin: lebiyâ’; lebâ’îm, au féminin: lebdôf, employé seulementau pluriel; laiS, Sahal; chaldéen: ’aryêh; Septante: Xéwv, Xéacva; Vulgate: leo), carnassier du genrechat, felis leo, dont il forme la plus grande espèce{Gg. 83). Pour le petit du lion, voir Lionceau.

I. Histoire naturelle. — 1° La taille du lion est âpeu près celle du tigre; elle peut atteindre plus de deuxmètres, de l’extrémité du museau à l’origine de la

queue, mais varie suivant les races et les pays; la hauteurest d’un peu plus d’un mètre. Le lion a le poil ras, de couleur fauve; dans la plupart des espèces, une fortecrinière couvre les épaules et la poitrine, et la queue se

83.

Le lion d’Asie.

termine par une touffe de même nature. La femelle, d’un quart moins grande que le mâle, a la tête moinsforte et ne porte qu’un poil ras par tout le corps. Aprèsune gestation de cent huit jours, elle met bas trois ouquatre petit*, gros comme des chats de moyenne taille, les allaite pendant six mois, veille sur eux avec un granddévouement maternel et ensuite, avec leur père, leurapprend à chasser. Le lion tient la tête haute, ce quilui donne beaucoup de majesté. Il vit jusqu’à une quarantained’années. — 2° Terrible carnassier, le lion faitune consommation énorme de gibier et d’animauxdomestiques. On a évalué à 6 000 francs la valeur deschevaux, mulets, bœufs, chameaux et moutons qu’un seullion enlève par an aux Arabes d’Algérie. Il est vrai quele lion du nord de l’Afrique est particulièrement fort etvorace. En général, le fauve ne sort pas pendant lejour; il reste indolemment couché dans sa tanière, aumilieu des broussailles épaisses. Sur le soir, il va s’embusquer, autant que possible, à proximité d’une sourceou d’une mare, où viennent boire les antilopes, lesgazelles et d’autres animaux semblables, qu’il né pourraitatteindre à la course. D’un bond énorme, il fond sur saproie, lui brise l’épine dorsale par un formidable coupde patte ou l’entame à pleine gueule pour la mettre horsd’état de fuir. Dans l’une des scènes représentées surl’obélisque noir de Salmanasar, on voit un lion qui sejette ainsi sur un cerf (fig. 84). Sur un bas-relief dePersépolis, c’est un taureau qui est attaqué. Cf. Babelon, Manuel d’archéologie orientale, Varis, 1888, p. 174.Si le lion n’a pas été heureux dans sa recherche, lafaim le pousse dans les endroits où sont parqués lesanimaux domestiques. Il franchit en se jouant les plushautes clôtures, saisit sa victime, bœuf, cheval, ou, àleur défaut, chèvre, mouton, et l’emporte pour la dévorerà l’écart. Même en plein jour, s’il n’a pas mangédepuis longtemps, il n’hésite pas à fondre sur un troupeau, défendu par ses gardiens et ses chiens, pour yprendre ce dont il a besoin. Sa force musculaire luipermet non seulement d’emporter de pesants butins, mais encore de s’attaquer à toutes les autres bêtes. Letigre seul est capable de lui tenir tête; le buffle ne sedéfend avantageusem*nt avec ses cornes que si le lionl’attaque par devant. Le mâle et la femelle chassentquelquefois ensemble, surtout quand ils ont à éleverleurs lionceaux; mais, en général, on ne voit guère plusd’un lion fréquenter le même district; les exigences deson alimentation sont telles qu’il ne supporte pas decompagnon sur le sol qu’il exploite. — 3° Le lion a unecertaine crainte de l’homme. Il ne l’attaque que quandil a été blessé lui-même ou que sa faim est irrésistible.D’ordinaire, s’il est rassasié, il laisse passer l’homme

impunément et même s’éloigne à son approche. Laréputation de générosité qu’on lui a faite ne paraitguère méritée; cette générosité n’est autre chose que del’indifférence de la part d’un carnassier déjà repu. Le

s’effrayer ni de l’odeur ni de la vue du carnassier. Ils leforçaient, le perçaient de flèches et l’achevaient à coupsde lance (fig. 87). Voir diverses autres chasses au lion, égyptienne (fig. 88), assyriennes et perses, t. i, fig. 215,

^ÊUffiÈ^

84. — Le lion chassant le cerf. Obélisque de Salmanasar. Brîtish Muséum.

lion se laisse pourtant apprivoiser aisément (fig. 85).Les anciens monarques orientaux avaient des lions quiservaient ainsi à leur agrément. Ramsès II en possédaitun qui l’accompagnait docilement dans ses expéditionset donnait avec furie contre les ennemis (fig. 86), Cf. Rosellini, Monumenti storici, pi. lxxxvii, cvii; Maspero, Histoire ancienne des peuples de l’Orient classique, t. ii, Paris, 1897, p. 393. — 4° Le lion irrité ou affamése bat les flancs avec sa queue et secoue violemment sacrinière* À ces indices, l’homme n’a qu’à se tenir à distance.Les rugissem*nts que le lion fait alors entendreretentissent au loin, surtout pendant la nuit. Ce sontdes accents profonds, mêlés par intervalles, de notesaiguës, qui terrifient tous les autres animaux, mêmeceux qui sont à l’abri dans des enclos. Ceux qui se sententmenacés s’enfuient, encore avertis d’ailleurs par lesfortes émanations qui se dégagent du carnassier. VoirRugissem*nt. — 5° Pour prendre le lion, les ancienscreusaient une fosse profonde, entourée d’un mur depierres sèches, comme un parc à bestiaux; au sommetd’une poutre, plantée au milieu de la fosse, ils attachaientun agneau ou un chevreau dont les bêlementsattiraient le fauve. Celui-ci, pour s’emparer de la proie, sautait par-dessus le mur et tombait dans le trou dont ilne soupçonnait pas l’existence. Les Arabes et d’autrespeuples africains se servent encore du même procédépour mettre sans danger le lion à portée de leurs coups.On laissait l’animal dans la fosse jusqu’à ce que la faiml’eût exténué. On y descendait alors une cage, voir t. ii, fig. 12, col. 31, au fond de laquelle se trouvait un morceaude viande. Le lion une fois entré, on abaissait laporte, et la cage contenant le prisonnier était hissée àl’aide de cordes. Le lion passait alors dans les parcsroyaux, où les princes se donnaient le plaisir de lechasser. Cf. Maspero, Histoire ancienne, t. iii, p. 401402. Les monarques orientaux considéraient la chassedes grands fauves comme un service rendu à leurssujets; c’était un office de leur charge au mêmetitre que Ja guerre contre les ennemis. Ils poursuivaientle lion les armes à la main, à l’aide de chevauxet de chiens assez aguerris à cet exercice pour ne pas

col. 898; fig. 321, col. 1159; fig. 326, col. 1163; t. ii, fig. 477, col. 1300. Ils aiment à raconter dans leurs inscriptionsleurs exploits cynégétiques. C’est ainsi que, sur l’une des siennes, Théglathphalasar I er nous infoi’me

85. — Lion offert en tribut par un Libyen

au pharaon Toutankhamen. Thèbes. XVIII" dynastie.

D’après Lepsius, Denkmaler, Abth. iii, Bl. 116.

qu’en cinq années seulement il a tué à pied cent vingtlions à coups de flèches et huit cents du haut de sonchar. Annales de Théglathphalasar 1°, col. vi, 1. 58-81; Maspero, Histoire ancienne, t. ii, p. 662; cf. t. i, p. 62, 558; t. ii, p. 621, 622; t. iii, p. 699. Voir aussi CtésiasPersic., 40.

II. Les lions en Palestine. — 1° Le lion de Palestinen’appartenait pas à la même race que celui du nordde l’Afrique. Il avait la taille plus courte et plus trapueet la crinière moins développée. Il était de la variété deslions de Syrie. Aristote, Hùt. animal., vi, 31; ix, 44; Pline, H, N., viii, 17, 18. Les lions abondaient en Palestine, comme dans le reste de la Syrie. Le roid’Egypte Amenhotep III, qui venait chasser dans cescontrées, se vante d’y avoir tué cent douze lions dans lesdix premières années de son règne, et fit graver à prolusionsur de gros scarabées d’émail vert le dénombrementde ses victimes. Cf. Birch, Scarabxi ofvmenophis

supposer les fréquentes allusions de la Sainte Écriture.Il ne paraît pourtant pas qu’ils aient jamais été en mesurede leur taire sérieusem*nt la chasse. Toutefois plusieursd’entre eux eurent l’occasion de se mesurer aveclui. Près des vignes de Thamnatha, Samson vit venir àsa rencontre un jeune lion rugissant et le mit en piècescomme un simple chevreau. Quelque temps après, ilretrouva le corps du lion tout décharné, avec un essaimd’abeilles qui avaient fait leur miel à l’intérieur. Ce lutle sujet d’une énigme qu’il proposa aux Philistins. Jud., xrv, 5-15. Les Assyriens représentent souvent leur géantGilgamès étouffant un lionceau sous son bras. Cette

Ramsès ii, accompagné de son L’on. D’après Champollion, Monuments de l’Egypte et de la Nubie, t. ii, pi. xv.

111, dans les Records of the Past., 1™ sér., t. xii, p. 40.La Bible mentionne les lions plus d’une centaine defois, et plusieurs localités de Palestine paraissent avoiremprunté à ces animaux le nom qu’elles portent: Laïs, Jud., xviii, 29, voir Dan, t. ii, col. 1240; Laïsa, Is., x, 30, et Lebaoth ou Bethlebaoth, «demeure des lionnes,» Jos., xix, 6. Voir Bethlebaoth, t. i, col. 1688. Mais c’estsurtout dans les épais fourrés de la vallée du Jourdainque les lions avaient leurs repaires. Jer., xlix, 19; l, 44; Lam., iii, 10; Zach., xi, 3. Ils disparurent peu à peude Palestine, en même temps que les grandes forêts quiabritaient le gros gibier. Il en existait pourtant encoreau v» siècle, S. Jérôme, In Zach., III, ii, 5, t. xxv, col. 1500, et même au xiie. Jean Phocas, De lotis sanctis, xxin, t. cxxxiii, col. 952; Reland, Palœstina illustrata, Utrecht, 1714, t. i, p. 274; cf. p. 97. Il est douteux, malgré les dires des Bédouins, qu’il en resteaujourd’hui en Arabie. — 2° Les anciens Israélites setrouvèrent souvent en lace du lion, comme le laissent

image se retrouvait entre les taureaux ailés du palais deSargon à Khorsabad. Voir t. H, fig. 246, col. 667. — Davidraconte à Saül que, quand il était berger, si un lion ouun ours lui ravissait une brebis, il courait après lefauve et arrachait la brebis de sa gueule; parfois lelion se dressait contre lui, mais il le saisissait à lagorge et le tuait. I Reg., xvii, 34, 35; Eccli., xlvii, 3.Une tablette chaldéenne représente un berger qui, lahache à la main, dispute à un lion le taureau qu’ilvient de terrasser (fig. 90). — Un des chefs militairesde David, Banaïas, avait tué un lion dans une citerne.II Reg., xxiii, 20; I Par., xi, 22. Voir Banaïas, t. 1, col. 1424. — Un autre berger, le prophètç Amos, iii, 12, parle du gardien du troupeau qui arrache à la gueuledu lion deux jambes ou un bout d’oreille. Ces audacesréussissent ass_ez souvent avec le lion déjà rassasié, surtoutavec le lion de Syrie. Celui d’Afrique était plusféroce et se fût montré moins accommodant. C’est ensongeant à ce dernier que, pour détourner les Israélites o

I

d’aller chercher un appui en Egypte, Isaïe, xxx, 6, ditque de ce pays sortent le lion, la lionne et d’autres bêtesdangereuses. Cf. Sap., xi, 18. — 3° Le lion, de son côté, fit des victimes en Palestine. Le prophète de Bethel s’enretournait, après avoir reproché à Jéroboam son culteschismatique, puis revenait sur ses pas malgré l’ordredu Seigneur, quand un lion le tua en chemin, sans cependantfaire de mal à son âne. III Reg., xiii, 24-29.Pareil sort fut infligé à un fils de prophète qui ne sutpas obéir. III Reg., xx, 36. — Lorsque les colons envoyésde la Babylonie vinrent occuper le territoire deSamarie, ils eurent à compter avec les lions qui s’étaientenhardis et multipliés, grâce à la dépopulation du pays.Ils s’imaginèrent alors que les ravages faits par les lionsau milieu d’eux avaient pour cause la colère du dieulocal, qu’ils ne savaient pas honorer. C’est pourquoiSargon leur envoya des prêtres Israélites pour les instruire.IV Reg., xvii, 25-27. Les colons se constituèrentdes dieux divers. Les Cuthéens se mirent à honorerNergal, comme ils le faisaient déjà dans leur paysd’origine. Voir Cutha, t. ii, col. 1161; Nergal. Cf. Schraprésence des admirables bas-reliefs de chasses d’Assurbanipal, transportés à Londres, où nous voyons amenersur le terrain, dans des cages, les lions gardés pour lesplaisirs du roi.» Fr. Lenormant, La Divination chezles Chaldéens, Paris, 1875, p. 192. Voir t. ii, fig. 12, col. 31. On sait que déjà Sargon gardait des lions dansson palais de Dour-Sarroukin, près de Ninive. Maspero, Histoire ancienne, t. iii, p. 269. Ézéchiel, xix, 6-9, parle de l’endroit dans lequel on les enfermait. Il compareson peuple à un jeune lion qui, fier de sa force, se met à tout ravager, comme les autres lions, c’est-à-direcomme les autres peuples. Mais les nations d’alentourse rassemblent contre lui, tendent sur lui leursrets, le prennent dans leur fosse, le mettent en cage etle conduisent au roi de Babylone, qui l’enferme dans unlieu fortifié, mesodôf, içnjXaxTÎ, carcer. Cette prison fortifiéeest la même chose que la fosse où fut jeté Daniel.Voir t. ii, fig. 60, 61, col. 157.

IV. Comparaisons tirées des lions. — La force etla majesté du lion, ses fureurs, sa cruauté, ont fournimaintes comparaisons aux auteurs sacrés. Ils assimilent

88. — Chasse au lion en Egypte. XI’dynastie. Beni-Hassan. D’après Lepsius, Denkmàler, Abth. ii, BI. 13t.

der, Die Keilinschriften tund das A. T., Giessen, 1872, p. 167. — 4° On trouve dans la Sainte Écriture différentesremarques au sujet des lions. Dieu prend soin de lalionne et de ses petit*. Job, xxxviii, 39. «Le lion est surle chemin! y> dit le paresseux qui ne veut pas sortir. Prov., xxii, 13; xxvt, 13. Le lion chasse l’onagre, Eccli., xiii, 23; XXVII, 11; il rugit en saisissant sa proie. Am., iii, 4. Lesexcavations minières lui sont inconnues. Job, xxviii, 8.Il est le roi des animaux, Prov., xxx, 30, et pourtant unchien vivant vaut mieux qu’un lion mort. Eccle., IX, 4.III. Les lions en Chaldée. — Les lions ont toujourshabité en grand nombre dans les marais et le» buissonsde Ja Mésopotamie. Ammien Marcellin, XVIII, vii, 5.Ils sont de deux espèces, que distinguent surtout l’abondanceou l’absence de la crinière. Les anciens rois assyriens, chaldéens et perses étaient grands chasseurs delions. On donnait au carnassier le nom de lik makh, «grand chien.» Cf. Layard, Nineveh and Babylon, Londres, 1853, p. 487. Par deux fois, Daniel fut jeté àCabylone dans une fosse aux lions. La première fois, ilavait continué à adorer son Dieu, malgré les ordres duroi. La seconde, il avait refusé d’adorer Bel et s’étaitvu mettre dans une fosse qui contenait sept lions affamés.Le résultat fut le même dans les deux cas. Lesfauves respectèrent le prophète, mais ensuite dévorèrentsur-le-champ ses accusateurs jetés à sa place. Dan., vi, 16-24; xiv, 30-41; I Mach., ii, 60; Heb., xi, 33. La fosseaux lions est appelée gob ou gubbd’; elle a une ouvertureque l’on peut fermer solidement par une pierre etsur laquelle le roi appose son sceau. Voir Fosse, t. ii, col. 2329. «La fosse aux lions devient pour nous undétail d’une exactitude et d’une précision topiques, en

tour à tour au lion: 1° Dieu lui-même. Dieu est terriblecomme un lion dans l’exercice de sa justice vengeresse.Is., v, 29; xxxviii, 13; Jer., xxv, 38; xlix 19; l, 44; Lam., iii, 10; Ose., v, 14; xiii, 8; Am., iii, 8; Eccli., xxvii, 31; xxviii, 27. Il poursuit Job comme un lion.Job, x, 16. Mais aussi c’est avec l’intrépidité d’un lion, inaccessible aux menaces des bergers rassemblés contrelui, qu’il prendra la défense d’Israël contre les nations.Is., xxxi, 4. — 2° Plusieurs tribus Israélites. «Judaest un jeune lion.» Gen., xlix, 9. Voir Juda 6, t. m^col. 1770. Comme descendant de cette tribu, Jésus-Christest appelé «le lion de la tribu de Juda». Apoc, v, 5. «Gad repose comme une lionne, il déchire le bras et latête… Dan est un jeune lion qui s’élance de Basan.» Deut., xxxiii, 20, 22. Voir Dan, t. ii, col. 1240; Gad, t. iii, col. 31. — 3° Le peuple d’Israël. Balaam ditde lui: «C’est un peuple qui se lève comme une lionneet qui se dresse comme un lion.» Num., xxiii, 24; xxiv, 9. Israël infidèle fait dire à Dieu: «Mon héritageest pour moi comme un lion dans la iorêt; il poussecontre moi ses rugissem*nts.» Jer., xii, 8. Ézéchiel, xix, 1-6, compare les exploits et les malheurs de sonpeuple à ceux d’un jeune lion. Après la restaurationmessianique, le reste d’Israël sera au milieu des nationscomme le lion au milieu des bêtes de la forêt, foulantaux pieds et déchirant sans que rien puisse lui résister.Mich., v, 7. — 4° Les nations étrangères. Nahum, il, 12-13, compare Ninive à un repaire de lions: làgîtaient le lion, la lionne et les lionceaux; le lion chassaitpour ses petit* et apportait des proies dans sonantre. Le Chaldéen, comme un lion qui s’élance de sontaillis, marche contre Jérusalem. Jer., iv, 7; cf. ii, 15j

v, 6; l, 17. Israël coupable est en face des nationscomme celui qui fuit devant un lion. Am., v, 19. Mais, à leur tour, les grands de Babylone, poursuivis par leSeigneur, pousseront des rugissem*nts de lions. Jer.,

89. — Berger défendant son troupeau contre un lion.D’après Lottus, Travela and Researches in Chaldsea, p.258.

li, 38; cf. Ezech., xxxviii, 13; Zach., xi, 3. — 5° Lesrois. Leur colère est terrible comme le rugissem*nt dulion. Prov., xix, 12; xx, 2. Leur injustice n’est pas moinsredoutable. Prov., xxviii, 15. Ézéchiel, xxxii, 2, comparele roi d’Egypte à «vin lionceau parmi les nations».Esther, xiv, 13, se prépare à paraître devant Asbuéruscomme «en présence du lion». Les monarques orientauxaimaient à se comparer à des lions. Osortésen sefait appeler «un lion qui frappe de la griffe et nelâche jamais son arme»; Thothmés III est qualifié de «lion fascinateur» dans un hymne du temps, etSennachérib raconte qu’il partit à la guerre m en vrailion». Maspero, Histoire ancienne, t. i, p. 466; t. ii, p. 270; t. iii, p. 306. Saint Paul, épargné une premièrefois au tribunal de Néron, dit qu’il a échappé à la «gueule du lion». II Tim., iv, 17. — 6° Les guerriersvaleureux. Saül et Jonathas étaient forts comme deslions. II Reg., 7, 23. Les Gadites qui se joignirent àDavid étaient «semblables à des lions». I Par., xii, 8.Cf. Is., xv, 9. Même celui qui avait un cœur de liontremblait devant David et ses braves. II Reg., xvii, 10.Judas Machabée est comparé à un lion qui rugit sur saproie, I Mach., iii, 4, et ses guerriers sont comme deslions. II Mach., xi, 11. — 7° Les persécuteurs. DansJob, iv, 9-11, Éliphaz montre les méchants exterminéspar le souffle de Dieu:

Le rugissem*nt du lion Çaryêh), la voix du lion (Sâfyar),

Les dents des lionceaux (kefirîm) sont brisées,

Le lion (taîS) périt faute de proie,

Et les petit* du lion (lâbV) sont dispersés.

Presque tous les noms du lion sont réunis dans cetexte. Les ennemis du juste sont des lions qui se tiennentaux aguets, rugissent, écrasent, déchirent etdévorent. Ps. vii, 3; x, 9; xvii (xvi), 12; xxxv (xxxiv), 17; lvi (lv), 5; lviii (lvii), 7; xci (xc), 13; civ (cm), 21. Le glaive des chefs d’Israël dévore les prophètes, «comme un lion destructeur.» Jer., ii, 30. Les fauxprophètes sont à leur tour des lions qui déchirent leurproie. Ezech., XXII, 25. Les chefs impies de Jérusalemsont qualifiés de même. Soph., iii, 3. — Au Psaumexxii (xxi), 17, le texte massorétique actuel porte kâ’ârique beaucoup d’exégètes traduisent ainsi:

Voici que des chiens m’environnent,

Une-troupe de scélérats m’assiègent,

Comme un lion (fcd’drî), mes mains et mes pieds,

3a puis compter tous mes os.

Au lieu de >-ito, kâ’âri, «comme un lion,» lesanciennes versions ont toutes lu un verbe, probablementn» 3, kà-ârù, «ils ont percé;» la différence entrelesdeux mots n’est que d’un > à un i, si souvent écritsl’un pour l’autre. Septante: upul-av, «ils ont percé;» de même dans les versions syriaque, arabe, éthiopienneet copte. Aquila, d’abord îfaxtjvav, «ils ont souillé,» puis èiréôïio-av, «ils ont lié;» Symmaque: ciç ÇijToOvtes’Br^aat, «cherchant à lier;» Vulgate: foderunt, «ils.ont percé;» saint Jérôme: fixerunt, «ils ont fixé,» etdans quelques manuscrits: vinxerunt, «ils ont lié.» La paraphrase chaldaïque réunit les deux leçons: «ilsmordentcomme un lion mes mains et mes pieds.» Laleçon kâ’ârû est donc bien établie, d’autant plus que lesnotesmassorétiques elles-mêmes indiquent la leçonkâ’ârû parmi les variantes de ce passage. L’idée qu’elleexprime est d’ailleurs conforme à ce qui est dit du Messiedans d’autres passages. Is., lui, 5; Zach., xii, 10. Cf.Frz. Delitzsch, Die Psalmen, Leipzig, 1873, t. i, p. 225.Le parallélisme, que défigure totalement la traduction

90. — Trône égyptien, avec des accoudoirs en forme de lions.D’après Charopollion, Monuments de VÉgypte, t iii, pi. CCI. vin.

moderne, redevient parfait, quant à la forme et quant aulondj si l’on traduit:

Ils percent mes mains et mes pieds, Je puis compter tous mes os.

Enfin la leçon kâ’ârû se retrouve dans la polyglotte

de Complute et dans quelques manuscrits, et Buhl, Gesenius’Handwôrterbuch, Leipzig, 1899, p. 355, constate qu’elle s’harmonise mieux avec le contexteque celle des massorètes. Le mot vient d’une racinekâ’ar, ayant le même sens que kârâh, «creuser, percer.» Les lions ne sont donc pas en cause dans cetexte. Cf. Lesétre, Le Livre des Psaumes, Paris, 1883, p. 99-100. — À la restauration d’Israël, il n’y aura pasde lion sur le chemin de son retour, Is., xxxv, 9, et, autemps messianique, le lionceau et le veau vivront ensemble.Is., xi, 6-7; lxv, 25; — 8° Enfin la SainteÉcriture compare encore au lion différents êtres, soiten bien, soit en mal: le juste à qui sa bonne consciencedonne une pleine sécurité, Prov., xxviii, 1; la sentinellede Babylone, Is., xxi, 8, et un ange des derniersjours, Apoc, x, 3, dont la voix retentit comme le rugissem*ntdu lion; la méchante femme, plus à redouterque le lion, Eccli., xxv, 23; la sauterelle, dont la dentravage comme celle du lion, Joël, i, 6; le péché, dontles morsures sont comme celles du lion, Eccli., xxi, 3, et le démon, lion rugissant qui cherche à dévorer lesâmes. I Pet., v, 8.

V. Les lions symboliques. — 1° Dans les visionsd’Ezéchiel, i, 10; x, 14; xli, 19, il est question dechérubins ayant une face, c’est-à-dire une apparence delions et des formes rappelant celles de ces animaux.Plusieurs de ces êtres symboliques ont, en effet, uncorps de lion. Voir t. i, fig. 69, col. 313, et Chérubin, t. ii, col. 665, et fig. 247, col. 671. — 2° Dans sa visiondes quatre animaux, Daniel, vii, 4, signale d’abord unlion avec des ailes d’aigle. C’était le symbole de l’empireassyro-babylonien, représenté par un animal familieraux peuples de cet empire et caractéristique de laforce et de l’activité conquérante. Voir Daniel (Lelivre de), t. ii, col. 1274. Une inscription d’Assurbanipalmentionne les taureaux et les lions ailés, lamassi, qui ornaient son palais de Babylone. Cf. Talbot, dansles Transactions of the Society ofbiblic. Archœol., 1873, t. H, p. 363. — 3° Parmi les quatre animaux présentsdevant le trône de l’Agneau, saint Jean, s’inspirant dela description d’Ezéchiel, i, 5-14, en nomme d’abord unqui est semblable à un lion. Apoc, iv, 7. PlusieursPères voient dans ce lion la figure de saint Marc. S.Ambroise, Expos. Evang. S. Luc., Proœm., t. xv, col. 1532; S. Jérôme, In Ezech., i, 7; In Matth.Prol., t. xxv, col. 21; t. xxvi, col. 19; S. Grégoire leGrand, In Ezech., hom., i, IV, 1, t. lxxvi, col. 815, etc.Voir Marc (Saint). Cependant le symbole du lion estappliqué à saint Jean par saint Irénée, Cont. hseres., m, 11, t. vil, col. 887, et à saint Matthieu par saintAugustin, De consens, evang., i, 6; In Joan., xxvi, 5, t. xxxiv, col. 1046; t. xxxv, col. 1666. Saint Jean voitencore des sauterelles qui ont des dents comme cellesdes lions, Apoc, IX, 8, cf. Joël, i, 6, et des chevaux quiont des têtes de lions. Apoc, ix, 17. Enfin il décritune bête à sept têtes, dont les bouches ressemblent àcelles du lion. Apoc, xiii, 2. Ces divers animauxsymboliques empruntent au lion ses caractères terribleset malfaisants.

VI. Les lions sculptés. — 1° Salomon fit exécuterpour le service du Temple dix bassins d’airain, placéschacun sur un piédestal composé d’une partie carréeque surmontait uue partie cylindrique. Sur les champsde ces deux bases superposées étaient représentés enrelief des lions, des bœufs, des chérubins et des palmes.III Reg., vii, 29, 36. Sennachérib fit fondre aussidouze grands lions de bronze pour la résidence qu’il sebâtit àNinive. Maspero, Histoire ancienne, t. iii, p. 311.

— 2° Salomon se fit encore exécuter un trône d’ivoireavec des ornements d’or. Il y avait deux lions près desbras et douze lions sur les six degrés de part et d’autre.III Reg., x, 19; II Par., ix, 18. Les anciens monumentsreprésentent des sièges où des lions servent d’accoudoirs (fig. 90) Beaucoup d’autres sièges sont ornés detètes ou de pattes de lions. Cf. t. ii, fig. 72, col. 224; t. iii, fig. 100, col. 411. On trouve même des lits dontles côtés longs sont formés de deux lions qui s’étirent, la tête au chevet et la queue aux pieds du dormeur.Voir Lit, fig. 93, col. 286. Les lions des degrés du trônede Salomon formaient une sorte d’allée qui s’inspiraitsans doute des allées de sphinx ou de béliers quimenaient à certains temples égyptiens. Ces lionsétaient des symboles de puissance et de majesté. Ilest dit du trône de Salomon que rien de pareil n’avaitété fait pour aucun royaume, ILI Reg., x, 20. Voir

Trône.

H. Lesêtre.

    1. LIONCEAU##

LIONCEAU, jeune lion.La langue hébraïque distinguele lionceau du lion par des noms particuliers. Il estappelé gûr’aryêh, «un jeune lion,» Gen., xlix, 9(Vulgate: catulus leonis); bén lâbV, ce fils de lion,» Job, iv, 11; mais il porte le nom spécial de kefir dansPs. xvii (xvi), 12; civ (cm), 21 (Septante: cre0[ivo; ; Vulgate: catulus leonis); Is., xi, 6. et dans Ézéchiel, xix, 2, 3, 5 (Septante: «xxiijivo; ; Vuigate: leunculus). Dans lesJuges, xiv, 5, nous lisons: kefir’ârâyôt, «petit delionnes.» — Kefir se dit aussi métaphoriquement, soitd’un homme puissant ou d’un ennemi dangereux, Ps. xxxiv (xxxm), 11 (Vulgate: divites); xxxv (xxxiv), 17; lvih (lvii), 7; Jer., ii, 15; Ezech., xxxii, 2 (Vulgate: leo), soit d’un homme jeune et brave. Ezech., xxxviii, 13 (Vulgate: leo); Nab., H, 14 (Vulgate: leunculus). —Saint Jérôme a traduit par leunculi ou «lionceaux» lemot’àrîm qui signifie «lion» et qui désigne les lionssculptés, placés par Salomon sous les bras de son trôneet sur les degrés par lesquels on y montait. III Reg., xi, 20; II Par., ix, 19 (’ârdyôf; la. Vulgate a traduit ce mêmemot au verset précédent par leones). Dans I Par., xxviii, 17, notre version latine parle de «lionceaux d’or» là oùil est question de «vases à couvercle»; elle a lu on>S2, kefirim, au lieu de omss, kefôrim, qui est la vraie leçon, réclamée par le contexte.

    1. LIQUEURS ENIVRANTES##

LIQUEURS ENIVRANTES, boissons fermentéesqui, bues à l’excès, produisent l’ivresse. Les anciensn’ont pas connu les liqueurs proprement’dites, danslesquelles on utilise les produits de la distillation desfruits ou des grains; car la distillation ne remonte pasau delà du XIVe siècle. Mais ils savaient fabriquer desboissons fermentées, le viii, avec ses différentes espèces, voir Vin, et d’autres liqueurs enivrantes généralementdésignées sous le nom de ëêkdr, «n’xepa, sicera.

1° La sicera. — Saint Jérôme, In Is., xxviii, 5, t. xxiv, col. 317, définit la sicera ce toute boisson capabled’enivrer et de bouleverser l’esprit, ce qui fait qu’Aquilatraduit le mot par ce ivresse». On la fabrique avec lefroment, l’orge, le millet, le suc des fruits, le fruit dupalmier et d’autres substances analogues». Cf. S. Ambroise, De Elia et jejun., xv, 54, t. xiv, col. 717. LesÉgyptiens fabriquaient avec de l’orge une sorte de bière, le Çûdoc ou oîvoc xpc8(voç, ce vin d’orge.» Cf. Hérodote, il, 77; Théophraste, De caus. plant., xi, 2; Strabon, 799; Diodore de Sicile, I, 20, 34; iv, 2, etc. Les Septanteemploient le mot ?1180; dans la traduction d’Isaïe, xix, 10, et saint Jérôme, t. xxiv, col. 253, dit que le Çû60ç est uneboisson faite de fruits et d’eau, ce qui donne un liquidetrouble et comme mêlé de lie. En Dalmatie et en Pannonie, ajoute-t-il, on appelle cette boisson sabaium.Ammien Marcellin, xxvi, 8, nomme aussi sabaia le breuvageque les pauvres de l’IHyricuna fabriquaient avec del’orge ou du froment. La bière des Égyptiens fut bienconnue en Palestine. Cf. Pesachim, iii, 1. On ajoutait àl’orge certaines herbes, comme le lopin ou la berle, cf.Columelle, x, 114, de même que nous y-mêlons du houblon.Les Arabes mélangent à la bière des épices ouaromates qui en relèvent le goût. Cf. Burkhardt, Travels 281

LIQUEURS ENIVRANTES — LIS

m

in Aràbia, Londres, 1829, t. i, p. 213. Isaïe, v, 22, mauditceux qui sont forts pour boire du vin et vaillants pourmélanger le êekâr. Il s’agit là d’un mélange de la boissonavec des aromates de toutes espèces, destinées à larendre plus agréable et plus forte. Cf. Rosenmûller, 3esaieevaticin., Leipzig, 1810, t. i, p. 78. Les Arabes fontaussi une sorte de boisson composée avec de l’orge etde la réglisse. Cf. de la Roque, Voyage dans la Palestine, Amsterdam, 1718, p. 196. Saint Jérôme, Epist. lii, ad Nepotian., ii, t. xxii, col. 536, 537, énumère encore, sous le nom de sicera, la boisson faite avec le suc desfruits, le breuvage doux et barbare obtenu en faisantbouillir les rayons de miel, et le liquide épais que produisentles fruits des palmiers et les grains bouillis. Lesgrains bouillis donnent les différentes espèces de bière.Le suc des fruits fournit le cidre, dont il n’est questionque dans la Mischna, Therumoth, XI, 2. Les Arabes fontune boisson avec des abricots et des fruits secs, raisinsou autres, qu’on met infuser dans l’eau pendant un jour.Cf. de la Roque, Voyage dans la Palestine, p. 195.Peut-être les Hébreux avaient-ils quelque chose d’analogue.Le miel entrait, avec le vin et des épices, dans lacomposition d’un breuvage appelé par les Grecs otvôjieXi, Polybe, xii, 2, 7; Dioscoride, v, 16, et mentionné sousle même nom dans la Mischna, Schabbath, XX, 2; Therumoth, xi, 1. Saint Jérôme appelle «barbare» le procédéqui consiste à faire dissoudre le miel dans l’eau pourobtenir une boisson douce et sucrée. Les Romains etles Grecs préféraient en effet roiv<$(ie>i, dont le goût flattaitdavantage. Ils connaissaient cependant l’iSptfjveXi, Dioscoride, v, 17; Gallien, VI, 274, ou |j.e)itxpaTov, Hippocrate, Aphor., 1254; Aristote, Metaph., xiii, 6, 1, mélanged’eau et de miel ou hydromel, qui, après ébullitionet refroidissem*nt, entre en fermentation et devient unbreuvage agréable au bout de quelques semaines. Il yavait aussi le [iyjXo[ieXc, Dioscoride, v, 39, mélange dejus de pomme ou de coing avec le miel, devenant l’iSpil «iXov par addition d’eau. Cf. Dioscoride, v, 30; Artémidore, I, 66. Les Hébreux recueillaient le miel à profusion, voir Miel; ils ont dû l’utiliser dé plusieurs manièrespour se procurer des boissons. Le vin de dattesétait fabriqué en Egypte. Cf. Hérodote, ii, 86; iii, 20. Onmélangeait les fruits écrasés avec une certaine quantitéd’eau et la fermentation se produisait. Cf. Pline, H. N., xiv, 19, 3. Les Arabes modernes n’écrasent plus le fruitpour obtenir le vin de dattes. Cf. Burckhardt, Travelsin Arabia, t. ii, p. 264. Les dattes fermentées fournissentaujourd’hui une liqueur nommée nectar desdattes. Ce qu’on appelle le vin de palme provient de lafermentation de la sève des palmiers à fruit non comestible, comme le phœnix sylvestris. Los Hébreux n’ontcertainement connu que la boisson faite avec les dattesmacérées dans l’eau.

2° Les liqueurs fortes dans l’Écriture. — Le via et lesliqueurs enivrantes furent défendus à Aaron et à ses fils, Lev., x, 9, à celui qui faisait le vœu du nazirat, Num., vi, 3, à la mère de Samson, Jud., xiii, 4, 7, 14, et à saintJean-Baptiste. Luc, i, 15. Les Hébreux n’en burentpoint au désert. Deut., xxix, 6. Il leur était loisibled’en boire dans les festins, spécialement dans ceux quiaccompagnaient le paiement des dîmes. Deut., xiv, 26.Il était conseillé de donner des liqueurs fortes à celuiqui allait périr, afin d’atténuer sa sensibilité à la souffrance, Prov., xxxi, 6, et en général, d’après le parallélisme, à quiconque se trouvait dans une grande affliction, afin de le remonter. Cf. Marc, xv, 23. À une certaineépoque, on abusa beaucoup des liqueurs enivrantes, qui engendrent le tumulte. Prov., xx, 1. Isaïe, v, 11, maudit les buveurs de boissons fortes; il accuse lesprêtres, les prophètes et les chefs du peuple de selivrer à «et excès, ls., xxviii, 7; lvi, 12, et il leur préditque, quand le châtiment va arriver, ils trouveront cesliqueurs bien amères, Is., xxiv, 9, et qu’ils chancelleront

alors, même sans en avoir bu. Is., xxrx, 9. Miellée, il, 11, se moquant des prophètes de mensonge, dit.au peuple: «Qu’on vous parle de vin et de liqueurforte, et l’on est votre prophète!» Voir Ivresse, t. iii,

col. 1048.

H. Lesêtre.

LIS (hébreu: SûSan deux fois, et sôëân deux fois; aupluriel Sôsannîni neuf fois, et à la forme féminine Sô-Sanndh, quatre fois; Septante: xpîvov; Vulgate: lilium), fleur et motif d’architecture.

I. Description.— Entre toutes les Liliacées auxquellesil a donné son nom, le genre Lilium se distingue parson port majestueux qu’il doit à sa tige élancée etleuillée jusqu’au sommet, où elle se termine par unegrappe de larges fleurs. Le type du genre, Lilium candidumde Linné (fig. 91), est le seul de ses congénères91. — Lilium candidum.

dont les pétales soient d’un blanc pur avec une courburelégère à l’extrémité. Chez tous les autres, ces mêmesorganes sont fortement révolutés avec des nuances pourpresou dorées. De son bulbe écailleux et jaunâtremonte une tige entièrement glabre ainsi que les nombreusesfeui-les dont elle est revêtue et qui vont endiminuant de taille progressivement. Les fleurs, d’uneodeur suave, sont portées par des pédoncules dressés àsommet légèrement incliné. Les anthères oscillantessont gorgées d’un pollen jaune abondant. Cette belleplante, cultivée partout, semble parfaitement spontanéesur les pentes du Liban. F. Hy.

II. Exégèse. — 1° Fleur. — D’après les textes bibliques, le sôsân est une fleur qui croit dans les vallées, Cant., ii, 1; dans les prairies où les bergers font paîtreleurs troupeaux, Cant., ii, 16; vi, 3 (Vulgate, 2); dans leschamps où broutent les gazelles, Cant., iv, 5; dans lesjardins, Cant., vi 2 (Vulgate, 1); il vient en grande abondance, si bien qu’on lui compare Israël qui se multiplieet refleurit après l’exil, Ose., xiv, 6; il pousse même

au milieu des épines, Cant., ii, 2; le long des eauxcourantes, Eccli., i, 8; il est d’une couleur éclatante, probablement rouge, d’après Cant., vii, 2, 3 et v, 13; quoique quelques-uns voient dans ce dernier passageune allusion à son parfum comparé à la myrrhe; enfleurissant, il répand une odeur délicieuse, Eccli., xxxix, 15; le Nouveau Testament, Matth., vi, 38-39; Luc, xii, 27-28, fait allusion à la richesse de son coloris, prèsduquel pâlissent les vêtements royaux de Salomon. Quelleest la fleur de Palestine qui répond à toutes ces conditions?


Les Targums et beaucoup d’auteurs rabbiniques tiennentpour la rose, d’autres pour la violette. Mais lesexégètes sont maintenant d’accord à voir dans le sûSanune fleur de la famille des Liliacées, ou d’apparencesemblable. Si l’on cherche à préciser, la pensée se portenaturellement sur le lis blanc; la traduction de la Vul--gate, les applications mystiques du Cantique des Cantiquesy inclinent l’esprit. Mais la plupart des exégètesl’écartent, soit parce qu’il n’existe pas en Palestine, oueu moins y est rare, soit parce qu’en grec le lis blanc nese dit pas xpîvov, mais Xeîpiov.

Le lis blanc est connu en Orient depuis les temps lesplus anciens.: . on le trouve parfaitement sculpté sur desbas-reliefs assyriens (fig. 92), conservés au British Muséum(n. 76 et 72). G. Rawlinson, The ftve great monarchies, 2e édit., 4871, t. i, p. 354. De nos jours, ilabonde dans certaines parties du Liban, comme dansla région voisine de Ghazir en Kesroan, P. Julien, L’Egypte, in-8°, Lille, 1891, p. 280, et aussi près de Sidonet de Tyr; mais il paraît être rare maintenant dans laGalilée et plus encore dans le reste de la Palestine.Sans doute il ne serait pas impossible qu’il y fût autrefoisplus abondant: on ne saurait toutefois actuellement leprouver. Cette condition remplie, et quelques exégètescroient qu’elle l’est suffisamment, tous les traits del’Écriture, à leur avis, lui conviendraient parfaitement.L. Fonck, Streifzûge durch die Biblische Flora, in-8°, Fribourg-en-Brisgau, 1900, p. 53-77. D’ailleurs, les lisblancs Xeipia sont appelés <70û<ra (susan) par les Phéniciens, dit VEtymologium magnum, au mot atâaa.. EnEspagne le lis blanc se nomme Açuçena, mot d’importationarabe, alsusen. Il reste cependant des difficultés, par exemple: le lis blanc peut sans doutes’appeler le lis des champs par opposition au lis desjardins; mais il ne convient guère de nommer lisdes vallées une fleur qui croît surtout sur les hauteurs.Son habitat n’est pas non plus au bord des eaux. Enfinla comparaison que fait Notre-Seigneur du lis avec lesvêtements royaux de Salomon éveille l’idée d’une couleurcomme le rouge plutôt que le blanc. Ces raisons ontporté les exégètes à chercher une autre fleur qui remplisseles conditions. Les uns se sont arrêtés à l’anémone, Anémone coronaria, qui couvre les champs dela Galilée, H. B. Tristram, The nalural History of theBible, in-&», Londres, 1889, p. 464; voir Anémone, t. i, col. 574; d’autres au glaïeul, G. Post, Flora of Syria, Palestine and Sinai, in-8°, Beyrouth js. d.), p. 773; aulotus, J. Kitto, À Cyclopœdia of Biblical Lilerature, 3° édit., Londres, 1866, t. iii, p. 845; à la couronne impériale, P. Souciet, Recueil de dissertations critiquessur les endroits difficiles de VÉcriture Sainte et surdès matières qui ont rapport à l’Écriture, in-4°, Paris, 1715, p. 158, etc.

Pour résoudre cette difficulté de détermination, il estimportant de remarquer que chez les anciens, commedu reste chez nous encore parmi le peuple, les noms deplantes n’ont pas toujours une acception précise. Ainsichez les Grecs, si le mot Xeîptov a un sens assez déterminéet désigne le lis blanc (quelquefois cependant ils’applique au narcisse), le mot plus fréquemment employé, xpfvov, a un sens plus général et embrasse avec lelis orangé plusieurs autres espèces de plantes. Dioscoride, iii, 116, qui identifie le <ro13<nvov avec le Xec’pivovxpivov, range aussi parmi les xpt’vov la fritillaire impériale.Hérodote, ii, 92, donne le nom de lis, xpivov, au nénupharblanc ou lotus. Chez les Sémites non plus le mot

92. — Le lis sur les monuments assyriens.

D’après C. Rawlinson, The ftve great monarchies, 1871, X. I, p. 354.

susan n’a pas d’acception bien précise. Peut-être leurvenait-il de l’Egypte où le mot susin désigne le lotusblanc. En ce cas il aurait ordinairement changé cettesignification primitive. Du reste le nom peut avoir pourorigine en Egypte, comme chez les Sémites, le nombresix commun à ces peuples, sans doute à cause du nombredes pétales de la fleur. Le lis blanc, qui était certainementconnu en Egypte, V. Loret, Études de botaniqueégyptienne, dans Recueil de travaux relatifs à la philol.et archéol. égypt., t. xv, in^i°, 1895, p. 185, et servaità fabriquer des parfums célèbres, portait un nom différentde susin, «le lotus;» c’est peut-être houruru (cf.Xe/piov). Quoi qu’il en soit, le terme arabe susan comprendnon seulement le lis, mais, d’après Delille etSchweinfurth, le Pancratium Maritimum ou lis Mathiole, et d’après Ascherson, Die Herkunft des NamensLilium convallium, dans Naturwiss. Wochenschrifl, t. ix, 1894, p. 310, l’iris bleu, etc. Cf. Ibn El-Beïthar, Traité des simples, dans Notices et extraits des mss. dela Biblioth. nation., t. xxv, l re part., 1881, p. 307. Cemot a donc une assez grande élasticité. Il en était ainsiprobablement pour le sùSan hébreu, il devait embrasserplusieurs espèces de plantes de la famille des liliacées, des iridées, des amaryllidées, des fritillaires, etc., comme, dans le langage vulgaire, nous donnons le nom de lisà diverses fleurs, le lis des eaux ou des étangs ou Nénuphar, le lis des vallées ou Muguet, le lis de Saint-Jacquesou Amaryllis fortnosissima, le lis d’Espagneou Iris Xyphium, le lis mathiole ou Pancratium maritimum, etc. Ces fleurs, lis, iris, glaïeul répondent dansleur ensemble par leur coloris et leur parfum, aux caractèresbibliques du sûsan. Faut-il y faire rentrer uneplante d’une famille plus éloignée, l’Anémone coronaria?Par son riche coloris et par son abondance dansles champs de la Palestine, elle répond à la plus grandepartie des conditions bibliques. On objecte cependantque, contrairement aux autres plantes mentionnées ci-dessus, elle n’a pas le parfum que réclament les textes, Cant., v, 13, et Eccli., xxxix, 19, mais la comparaison

de Cant., v, 13, s’applique plus probablement à la couleurdes lèvres de l’épouse qu’au parfum de myrrhequ’elles distillent et celle de l’Ecclésiastique aux fleurs; «portez des fleurs comme le lis.» On ignore de plus, jusqu’à présent quel est, ians ce dernier passage, le mothébrsu qui est traduit par xpivov et lilium. — Voir Celsius, Hierobotanicon, t. i, p. 383-392; H. B. Tristram, The natural History of the Bible, p. 462-465; L. Fonck, Streifzûge durch die Biblische Flora, ïn-8°, Fribourg, 1900, p. 53-77, et dans les Stimmen aus Maria-Laach, t. liv (1898), p. 151-168.

Le nom de Susanne est un nom propre formé dunom du lis biblique, de même que nous voyons dans lavallée du Nil plusieurs Égyptiens hommes ou femmesporter le nom semblable de susin, lis d’eau ou lotus.J. Lieblein, Dictionnaire des noms hiéroglyphiques, in-8°, Christiania, 1871, n. 320, 1848, 1916, et supplément, 426.

2° Motif d’architecture. — Les chapiteaux des deuxcolonnes de bronze et la coupe de la mer d’airain étaienten façon de suSan ou sôSan, III Reg., vii, 19, 22, 26; desôsannak. II Par., iv, 5. Les Septante ont rendu là aussice mot par xpt’vov et la Vulgate par lilium. On sait queles Juifs dans leur architecture ont été tributaires desÉgyptiens et des Phéniciens. Or, parmi les motifs dedécoration des chapiteaux de l’art égyptien et phénicien, on n’a pas retrouvé la forme proprement dite du lisblanc, tandis qu’on voit fréquemment celle du lotus oulis des eaux. Voir Colonnes du Temple, dans la plancheen couleurs, la colonne de droite, t. ii, col. 856. On peutvoir dans M. de Vogué, Le temple de Jérusalem, in-f», Paris, 1864, p. 34 et planche xiv, un essai de restitutionde ces chapiteaux qui, il est vrai, ne présente que trèsimparfaitement la forme du lotus. Il faut remarquer quel’art égyptien est entré à Jérusalem par l’intermédiairedes Phéniciens; l’architecte du temple de Salomon étaitde ce peuple. Aussi l’art phénicien avait pu modifierl’idée égyptienne de ces chapiteaux. MM. Perrot et Chipiez, Histoire de l’art, t. iv, pi. vi et vii, en combinantl’art punique avec l’art égyptien, donnent un essaidifférent mais qui n’est pas à l’abri de tout critique.Voir t. ii, col. 850. Voir Lotus. — Dans Judith, x, 3, laVulgate place, après les bracelets, des lilia comme uneparure. C’était sans doute un bijou en forme de lis oude lotus. — Dans les titres des Psaumes, il est faitmention du sosan: Ps. xlv (xliv), 1,-et lxix (lxviii), 1, «sur les sôsannim, les lis;» lx (lix), 1, sur sûsan’êdûf, «le lis du témoignage;» et lxxx (lxxix), 1, surles iôiannim’êdùt, «les lis des témoignages.» Est-ceun Psaume à chanter sur les lis, premiers mots d’unchant populaire connu? ou bien, moins probablement, un instrument de musique en forme de lis? On nesait. Les Septante ont rattaché le mot à la racine sânâh, «changer,» et ont donné cette traduction difficile à expliquerl-ûrcèp tôv âXot<o&ria’0[jsvwv, ce que la Vulgate arendu littéralement par: pro Us qui commutabuntur, «pour ceux qui seront changés (par la venue du Messie, d’après l’explication des Pères).» E. Levesque.

LIT (hébreu: yâsûa’, massa’, miskâb, mittâh, ’érés; chaldéen: milkab; Septante: xXtv^, xoît>i, xXivc’Stov; Vulgate: cubile, lectus, lectulus, stratum, thorus), meubledisposé de telle manière qu’on puisse s’y étendre pours’y reposer et dormir.

I. Les lits destinés au sommeil. — 1° Les lits desanciens. — Ces lits étaient quelquefois montés sur quatrepieds, affectant la forme de pieds d’animaux (fig. 93).D’autres fois les lits de bois étaient eu menuiserie assezsimple, et très semblables à nos lits ordinaires d’aujourd’huimais toujours élevés au-dessus du sol. Il en étaitainsi à l’époque évangélique. Notre-Seigneur suppose^u’on peut mettre une lampe sous le lit. Marc, iv, 21; Luc, viii, 16. On montait donc au lit et on en descendait, ce qui s’appliquait plus particulièrement à un litroyal, comme celui d’Ochozias. IV Reg., i, 4, 6, 16. Voirt. ii, fig. 173, col. 517. Le roi de Basan, Og, qui était ungéant, avait, d’après l’interprétation commune, un lit enfer qui mesurait neuf coudées de long sur quatre de

93. — Lits égyptiens. — Au-dessus du lit inférieur est placé le chevetsur lequel reposait la tête. À côté, est l’escabeau qui servait àmonter sur le Ht. D’après Champollion, Monuments de l’Egypte, t. iv, pi. cccxxix.

large, soit 4 m 05 sur l m 80. Cf. Coudée, t. ii, col. 1064. Celit se voyait à Rabbath-Ammon. Deut., iii, 11. Plusieurscroient cependant que le’érés barzél, «lit de fer,» dontil est ici question, était plutôt un sarcophage de basalte, lemot barzél ayant aussi ce dernier sens. Voir Basalte, 1. 1, col. 1485. Mais comme’érés n’a pas ailleurs le sens desarcophage, et que les versions l’ont traduit par «lit», xXi’vri, lectus, les uns gardent au mot ce sens, von Hummelauer, Deuteronomium, Paris, 1901, p. 205, tandisque d’autres font de ce’érés un brancard ou une litière.Rosenmûller, In Deuteron., Leipzig, 1798, p. 383-384.Voir Og. — Pour signifier aux impies du royaume queleur domination ne se perpétuera pas, Isaïe, xxviii, 20, leur dit: «Le lit sera trop court pour s’y étendre et lacouverture trop élroite pour s’en envelopper.» Il fallaitun lit à la taille de celui qui s’y couchait. Les sanglesétaient disposées sur le cadre de bois, avec des couverturespour s’étendre et se couvrir. On déployait parfois-uncertain luxe dans ces parements du lit: «J’ai ornémon lit de couvertures, de tapis de fil d’Egypte; j’ai parfuméma couche de myrrhe, d’aloès et de cinnamome.» Prov., vii, ÎÇ^T?: Les parfums étaient exceptionnels, maisles riches couvertures constituaient un luxe assez commun.Chaque lit avait un chevet, «une tête,» r’oS, zoaxpov, caput, Gen., xlvii, 31 (voir les fig. 93 et 94-95).Holoferne dormait dans un lit à colonnes qui soutenaientdes draperies, et il attachait ses armes aux colonnesdu chevet. Judith, xiii, 8, 10.

2° Les lits dans l’Écriture. — 1. Les grenouilles dela seconde plaie montaient jusque dans les lits des Égyptiens.Exod., viii, 3. Voir Grenouille, t. iii, col. 317.Quand David était poursuivi par Saûl, Michol le fit échap

per pendant la nuit et mit à sa place, dans son lit, untheraphim, espèce d’idole sculptée, avec une peau dechèvre à son chevet et une couverture pour l’envelopper, comme s’il s’agissait de David lui-même. I Reg., XIX, 11-17. — David fit vœu de ne pas monter dans son lit, pour y sommeiller, avant d’avoir trouvé un emplaceDans l’insomnie, on y médite, Ps. iv, 5; lxiii (lxii), 7; on y change ses idées, la nuit portant conseil, Eccli., XL, 5; on y combine des desseins pervers, Ps. xxxvi(xxxv), 5; Mich., ii, 1; on y tressaille de joie, Ps. cxux, 5, ou l’on y verse les larmes de la douleur. Ps. vi, 7; III Reg., xxi, 4. — 4. Le paresseux se retourne dans son

94. — Lits assyriens. D’après Layard, Monuments of Nineveh, t. i, pi. 77.

ment ponr y bâtir le Temple. Ps. cxxxii (cxxxi), 3. —Pendant qu’il fuyait devant Absalom, des amis dévouéslui apportèrent les ustensiles et les provisions nécessaires, et en premier lieu des lits. II Reg., xvii, 28.

— Au lieu d’aller dans sa maison, Urie préféra dormirsur une simple couche, comme les serviteurs du roi.

lit comme une porte sur ses gonds, sans jamais ensortir. Prov., xxvi, 14. — Le débiteur était en dangerde voir son lit saisi par le créancier. Prov., xxii, 27. —Plusieurs personnages furent tués dans leur lit, Isboseth, II Reg., iv, 7; Joas, II Par., xxiv, 25; Holoterne.Judith, xiii, 10, etc. — 5. Dans les temps de deuil, on

95. — Lit romain en bronze, trouvé à Pompéi.D’après Nicolini, Casee Menumenli di Pompei, fasc. 3, pi. 35.

II Reg., xi, 13. — Dans le palais d’Ochozias, il y avaitune «chambre des lits». II Par., xxii, 11. Cf. Luc, xi, 7. — On couchait quelquefois deux dans le mêmelit. Luc., xvii, 34. — 2. On devait purifier les lits quiavaient servi aux personnes atteintes de certaines maladies.Lev., xv, 4-6, 24, 26. Les pharisiens exagéraientcette prescription. Marc, vii, 4. — 3. C’est sur son litque celui qui sommeille est visité par les songes. Job, vu, 13; xxxiii, 15; Dan., ii, 28, 29; iv, 2, 7, 10; vii, 1.

couchait sur le cilice et la cendre. Esth., iv, 3. Isaïe, lvii, 7, reproche à Israël de dresser sa couche dans lesmontagnes où sont adorées les idoles, pour marquerqu’il s’y établit à demeure et s’adonne sans relâche àl’idolâtrie. Enfin, pour indiquer le séjour définitif quilui est destiné, Job, xvii, 13, dit qu’il dressera son litdans les ténèbres du Se’âl.

3° Le lit nuptial. — Ruben est déshonoré pour avoirsouillé le lit de son père. Gen., xlix, 4; I Par., v, 1. Le>

Cantique i, 15 (hébreu, 16); iii, 1, fait allusion au lit, nuptial. Ct. I Mach., i, 28. Il est recommandé de le respecterEccli., xxiii, 25; xli, 27; Sap., iii, 13, 16, et dele conserver sans souillure. Heb., xiii, 4.

96 — Lit romain. Peinture de Pompéi.

D’après W. Smith, Dictionary of Greek and Roman Anttquities,

3’édit., 18M, t. ii, p. 18.

II. Le lit de la maladie et de la mort. — Jacob, surson lit de mort, s’assied les pieds pendants pour parlerà ses fils, puis retire ses pieds dans le lit et expire. Gen., xlviii, 2; xlix, 32. — Le blessé est obligé de garder lelit. Exod., xxi, 18. — Job, xxxiii, 19, parie de la douleurqui visite l’homme sur son lit pour le corriger. Amnonse met sur son lit pour faire le malade et attirer sa sœurThamar. II Reg., xiii, 5-8. — Élie signifie à Ochozias

xi, 2. — Amos, iii, 12, parle des Israélites de Samarie, assis au coin d’un lit sur des tapis de Damas. —Esther, vil, 8, se reposait sur un divan lorsque Amanse précipita vers elle.

IV. Le lit des festins. — Dans les repas opulents, les anciens mangeaient à demi couchés sur des litsdevant lesquels la table était servie. La coutume s’enintroduisit chez les Israélites. Amos, VI, 4M5, montre lesriches de Jérusalem et de Samarie reposant sur deslits d’ivoire, mollement étendus sur leur couche, pourmanger les mets délicats, boire le viii, causer et fairede la musique. — Ézéchiel, xxai, 41, reproche à Jérusalemde s’asseoir sur un lit magnifique devant lequelune table est dressée. — Dans le palais de Suse, il yavait des lits d’or et d’argent sur lesquels on prenaitplace pour les testins royaux. Esth, , 1, 6. Un lit d’Assurbanipal, prenant son repas avec la reine (fig. 97), peutdonner quelque idée de la richesse de ces meubles, —A l’époque évangélique, on suivit eh Palestine l’usagede prendre sur des lits les repas plus solennels. Sur laforme de ces lits, voir et t. i, fig. 248, col. 935; t. ii, fig. 393, col. 1083. Cf. Cène, t. ii, col. 415.

Voici comment ces lits étaient disposés. Ils avaient laforme de sofas, pouvant recevoir chacun trois personnes, d’où leur nom de lectm triclinarn. Cf. Varron, De ling.lat., VIII, xvi, 111. La place d’honneur sur les lits latérauxétait à gauche, et à droite sur le lit central, afin quele principal invité fût auprès du maître de la maison.On s’étendait de manière à n’être ni couché, ni assis, maisdans une position intermédiaire, le bras gauche s’appuyant, soit sur la petite balustrade qui bordait le lit,

97. — Assurbanipal, assis sur un lit, prend son repas avec la reine. D’après Place, Ninive et l’Assyrie, pi. 57.

qu’il ne descendra plus de son lit et y mourra. IV Reg.,

1, 4, 6, 16; Eccli., xlviii, 6. — La Sainte Écriture parledu lit de mort de David, III Reg., 1, 47; du fils de laveuve de Sarepta, III Reg., xvii, 19; du fils de la veuvede Sunam, IV Reg., iv, 10, 21; d’Alexandre le Grand, I Mach., j, 6; d’Antiochus, I Mach., vi, 8, etc. — Lafille de la Chananéenne est guérie sur son lit. Marc, VII, 30. — Le paralytique, qu’on descend par le toit dela maison, est sur un lit portatif, que saint Matthieu, ix,

2, appelle xX£v<i, saint Luc, v, 18-25, iù.wiBtov, et saintMarc, ii, 3-12, xpàëëaTov, un grabat. Voir Grabat; t. iii, col. 289. — Saint Jean annonce que Dieu mettra l’impudiqueJézabel sur le lit de mort. Apoc, ii, 22.

III. Le lit de repos. — C’est le divan oriental surlequel on s’assied ou l’on se couche pendant le jourpour se reposer. Voir t. ii, fig. 174, col. 518. Saül effrayése laissa tomber sur le divan de la magicienne d’Endor.I Reg., îxviii, 23. — David quittait un lit de ce genre, quand ses regards tombèrent sur Bethsabée. II Reg.,

mer. de la bible.

pour le convive de gauche, soit sur des coussins, pour lesautres convives. Le bras droit restait libre pour prendreles mets. La table était apportée à la tête du lit. Quandil y avait plus de trois convives, on disposait plusieurslits autour de la table, en laissant cependant un espacevide pour accéder à cette dernière et taire le service. Pourneuf convives, les lits étaient placés comme le montre lafigure 98. Les chiffres romains indiquent l’ordre des lits, et les autres^biffres les préséances sur chacun d’eux. Laplace 3 du/lit I était réservée au personnage le plus considérable, et la place 1 du lit III au maître de la maison.Quand il y avait plus de neuf convives, on ajoutait d’autreslits, ce qui obligeait à modifier quelque peu la dispositiongénérale. Vers la fin de la République, les Romainsadoptèrent les tables rondes ou ovales, autour desquelleson établit un seul lit en demi-cercle appelé sigma, parceque le S grec primitif avait la forme d’un C. Un coussin, faisant bourrelet et sur lequel les convives s’accoudaient, bordait le lit à ses deux extrémités et à sa partie concave

IV.

10

29t

LIT — LITIÈRE

292(fig. 99). Ces sortes de lits permettaient de fixer moins istrictement le nombre des convives. Les places d’honneur Iétaient aux deux extrémités, la première à droite, la jseconde à gauche. On ne sait quel genre de lits servirent!

3

S

?

93. — Disposition des lits de table pour neuf convives.

à la dernière Cène. Suivant la première disposition, Notre-Seigneuraurait dû occuper, sur le lit I, la place 3 etsaint Jean la place 2. Saint Pierre était sans doute à laplace 1 du lit III, comme faisant office de maître de lamaison. Le récit évangélique semble toutefois supposer

99. — Lit en sigma. Peinture de Pompéi.D’après Nicolini, Casee Monumenti di Pompei, fasc. 15, pi. m.

plutôt que Notre-Seigneur occupait la place 1 du lit I.On en est d’ailleurs réduit aux conjectures à cet égardet rien ne prouve que le divin Maître se soit astreintaux usages romains dans le placement de ses convives.Cf. Rich, Dicl. des antiquités grecques et romaines, trad.Chéruel, Paris, 1873, p. 6, 357, 583; P. Guiraud, La vieprivée et la vie publique des Romains, Paris, 1896, p. 229-231; Ma r Le Camus, La vie de N.-S. J.-C, Paris, 1901, t. iii, p. 188.

V. Le lit funèbre. — C’est celui qui sert à déposer età transporter le corps d’un défunt. II Par., xvi, 14; Is.,

100. — Lit funèbre d’après une pierre tombale funéraire.

D’après W. Smith, Dict. of Greek and Roman Antiquities,

3- édit., t. H, p. 19.

lvh, 2 (au figuré); Ezech., xxxii, 25. Voir iig. 100 et Cercueil, t. ii, col. 435, 436; Funérailles, t. ii, col. 2422.

H. Lesêtre.

    1. LITHOSTROTOS##

LITHOSTROTOS (grec: AiBôorpuToç), nom grecdu lieu où Pilate jugeait à Jérusalem. On l’appelait en

araméen Gabbatha. Joa., xix, 13. Il est impossible dedéterminer avec certitude ce qu’il était. Voir Prétoire.Le mot X166<rrpu>TO(; , composé de Xfdoc, «pierre,» et deorptoTOÇ, adjectif verbal de <rrpa>vvupu, «étendre,» sternere, signifie un pavé en mosaïque. Cf. Septante, II Par., vii, 3; Esther, i, 6; Wilke, Clavis N. T., 2e édit. de Grimm, 1888, p. 263. Les Romains en faisaientpartout. Les villas romaines que les touilles ont misesà découvert sur les flancs du mont Sion étaient pavéesen mosaïque. C’est donc de la nature du pavé quece lieu avait reçu son nom grec, tandis que son nomaraméen Gabbatha, rtrai, «lieu élevé,» t. iii, col. 22 rprovenait de sa forme, et le mot grec n’est pas la traductiondu mot araméen. Aussi saint Jean, xix, 13, ne dit-il pas, comme dans d’autres passages, cl. Joa., i, 38, 41; ix, 7, que la seconde expression est l’interprétationde la première, mais il s’exprime ainsi: «Dansle lieu qui est appelé ().£Y<i|*evov) Lithostrotos en grec, et en hébreu (araméen) Gabbatha.» — C’est là que Pilate, s’étant assis sur son tribunal (|3^p.ix), dit aux Juifs, en leur présentant Jésus: «Voilà votre roi,» et que, cédant à leurs clameurs homicides, il le leur livra pourêtre crucifié. Joa., xix, 13-16. — Il résulte des détailsdonnés par le texte sacré que Lithostrotos n’était pasdans l’intérieur du Prétoire, puisque les Juifs, qui nevoulaient pas contracter d’impureté légale, ce qui lesaurait empêchés de célébrer la Pâque qui était proche, s’abstinrent d’entrer dans ce lieu païen et profane, Joa., xviii, 19, et qu’il est dit expressément quatre fois, Joa., xviii, 20, 38; xix, 4, 13, que Pilate sortit du Prétoirepour parler avec les Juifs. Lithostrotos était doncen dehors du Prétoire ou dans une des cours qui le précédaient.— Divers commentateurs ont pensé que lithostrotossignifiait une sorte de pavé mobile et transportable, ou d’estrade, en mosaïque, sur lequel on dressaitles sièges d’où les chefs militaires romains rendaient la.justice. L’existence de cet usage est constatée par Suétone, qui raconte, Csesar, 46, que Jules César emportaitavec lui ce meuble dans ses expéditions. Cette explicationest ingénieuse, mais elle est inconciliable avec letextede saint Jean. Outre qu’on ne peut établir que lacoutume des chefs militaires ait été adoptée par lesgouverneursdes villes, qui devaient naturellement avoipun tribunal fixe, l’Evangéliste dit expressément que-Lithostrotos-Gabbathaétait «un lieu» ainsi appelé, sict<Stcov, in loco. Joa., xix, 13. — Voir Winer, BiblischesRealwôrterbuch, 3e édit., t. ii, p. 29; Cornélius a Lapide, .Comment, in quatuor Evangelia, édit. A. Padovani, Turin, t. iv, 1899, p. 442; Frz. Delitzsch, dans la Zeitschriftfur lutherische Théologie, 1826, p. 105; Keim, Geschichte Jesu von Nazara, 3 in-8°, Zurich, 1867-1872, t. iii, p. 365; Fillion, Évangile selon saint Jean, 1887, p. 347; B. von Haneberg, Evangelium nach Johannes» édit. P. Schegg, in-8°, Munich, t. ii, 1880, p. 441.

    1. LITIÈRE##

LITIÈRE, sorte de petit lit ordinairement couvert, etporté par des hommes ou des animaux. Les litièresétaient en usage en Egypte (fig. 101), en Assyrie (fig. 102)et elles le lurent aussi très tard chez les Romains(fig. 103). EtlSs sont plusieurs fois mentionnées dans, laSainte Ecriture sous des noms différents. — 1° Mot, àvaçopei; , «portoir suspendu,» vectis, «traverse.» Les divers ustensiles du sanctuaire devaient être enveloppésdans une couverture et transportés sur un mot.Num., iv, 10, 12. Comme le verbe mot signifie «vaciller, être balancé», il s’ensuit naturellement que le motétait une espèce de brancard dont la partie principale, suspendue aux traverses de bois, pouvait se balancerpendant la marche, et ainsi éviter certains mouvementstrop brusques aux objets fragiles qu’on portait, chandeliers, lampes, vases à huile, etc. — -2° Sâb, Xap.TiTivcxiSv, , tectum. C’est un char tonnant litière ou une litièremontéesur un char. Pour la dédicace du Tabernacle»

293

LITIÈRE — LITTÉRAL (SENS)

294

les princes d’Iraël offrirent six chars de cette espèce etdouze bœufs, chaque paire de ces derniers destinée sansdoute à tirer un char. Num., vii, 3. lsaïe, lxvi, 20, faitrevenir les captifs d’Israël dans toutes sortes de véhicules, parmi lesquels il mentionne les sabbîm, Xtxpvicrç101. — Litière égyptienne. Beni-Hassan. XII’dynastie.D’après Lepsius, Denkmàler, Abth. ii, Bl. 126.

v «i, lecticse. Quand Saùl poursuivait David dans le désertde Juda, il couchait dans un ma’égal, mot que les Septantetraduisent par Xa|xro]V]rj, «char couvert,» et la Vulgatepar tento.rium. I Reg., xxvi, 5. — 3° Kar, uif p. «Ta, stranienta, Gen., xxxi, 34, selle de chameau, surmontéed’un pavillon pour protéger du soleil, et destinée aux

102. — Litière assyrienne.

D’après G. Rawlinson, Five great monarchies, 1864, t. ii, p. 224.

femmes. Le kar était assez considérable pour que fiachelput y cacher les theraphiin de Laban. Voir Chameau, t. ii, col. 526. — 4° Mittâh, «lit,» nom donné à la litièrede Salomon, xXî’vyj, lectulus. Cant., iii, 7. Etle est entouréede soixante vaillants hommes qui restent armés del’épée, en vue des alarmes nocturnes. Le contexte autoriseà penser qu’il s’agit bien ici d’une litière, puisque le cortègeest en marche. Cette litière est large comme un lit, parce que l’épouse est appelée à y prendre place à côtéde Salomon. — 5° ’Apiryôn, çopeîov, ferculum, autrenom donné à la litière de Salomon. Cant., iii, 9. On avoulu faire du mot’apiryôn, un dérivé du grec çopeîov, qui veut dire «litière». Frz. Delitzsch, Biblischer Continent, ïiber dos Hohelied, Leipzig, 1875, p. 59, a justifié

son origine sémitique. Le texte sacré décrit ainsi cettelitière: «Le roi Salomon s’est fait une litière en boisdu Liban. Il en a fait les colonnes d’argent, le dossierd’or, le siège de pourpre; le milieu en a été brodé avecamour par les filles de Jérusalem.» Cant., iii, 9, 10. Gietmann, In Ecoles, et Cant. cant., Paris, 1900, p. 488, pense que cette description ne peut se rapporter qu’à

103. — Litière romaine incrustée d’argent.Nouveau Musée du Capitule. Rome.

un somptueux lit nuptial. On admet plus communémentqu’il s’agit d’une litière. Cf. Rosenmûller, Ecoles, etCantic, Leipzig, 1830, p. 348. Au verset suivant, le texteajoute en effet: «Sortez, filles de Sion, regardez le roiSalomon.» Le roi est donc dehors, par conséquent dansune litière, et non dans un lit. —6° KXivoc’piov, lectulus.Act., v, 15. Quand saint Pierre sortait, on lui apportaitdes malades sur des grabats et des xXtviptoc, de «petit*

lits», des civières.

H. Lesêtre.

    1. LITTÉRAL##

LITTÉRAL (SENS), sens que présentent naturellementles paroles des écrivains sacrés, d’après la valeurdes mots et les règles de la grammaire, de lasyntaxe et de la logique. Le sens littéral est le sens dela lettre du texte, par opposition au sens spirituel oumystique qui ne se tire pas des mots eux-mêmes, maisdes choses exprimées par les mots et servant de types.Voir Spirituel (Sens).

I. Les différentes espèces. — La pensée du Saint-Esprits’exprimant dans la Sainte Écriture en langagehumain, tel que le parlent et le comprennent leshommes, il faut s’attendre à trouver dans ce langageles formes que revêt habituellement la pensée même del’homme. Or, la lettre du langage humain doit être entendue, tantôt dans le sens propre, et tantôt dans lesens figuré.

1° Le sens propre est celui qu’énoncent directementles mots eux-mêmes, pris avec leur valeur ordinaire, comme dans les phrases suivantes: «Dieu créa le cielet la terre,» Gen., i, 1; «David dansait de toute saforce itevant Jéhovah,» II Reg., vi, 14; «Jésus, étendant/la main, le toucha en disant: Je le veux, soisguéri.» Matth., viii, 3, etc. Ce sens est assez souventappelé «historique», dans les Pères latins, par oppositionavec le sens «prophétique», qui se superpose encertains cas au sens littéral. Les Pères grecs l’appellentv.axk tô ypâu.p.ac, «selon la lettre,» xxrà tô pirriv, «selonle mot,» xa^à T7|V iirropi’av, «selon l’histoire,» pour ledistinguer du sens spirituel, xaià-cm voOv, «selon l’esprit,» xaTÔ tïiv àvaïtt>Yiv, «selon la spiritualité,» etc.Quelques Pères, comme Origène, De princip., iv, 12, t. xi, col- 365; saint Jérôme, Adv. Lucifer., 2C, t. xxiii,

col. 182; saint Augustin, De doctr. christ., iii, 5; DeGènes, ad Ut., xi, 1, t. xxxiv, col. 68, 430; saint Grégoirede Nysse, In Cant. prol., t. xliv, col. 736, etc., semblent bien réserver au sens propre le nom de senslittéral et donner au sens figuré le nom de sens spirituel.Cette confusion de termes ne doit pas étonner à uneépoque où la terminologie n’était pas fixée définitivement.Il suffit de tenir compte de ce que les Pères entendaientpar sens «littéral» et «spirituel» pour ne pas setromper sur leur véritable pensée.

2° Le sens figuré ou métaphorique est un sens conventionnel, qui ne résulte pas de la valeur ordinaire destermes, mais qui part de ces termes pour formuler uneidée ayant une certaine analogie avec le sens qu’ils exprimentlittéralement. Ainsi, c’est dans un sens figuréqu’il est dit: «Dieu se reposa le septième jour de toutce qu’il avait fait,» Gen., Il, 2; «Je vous sauverai lebras étendu,» Exod., vi, 6; «Efforcez-vous d’entrer parla porte étroite,» Luc, xiii, 24; «Dieu te frappera, murailleblanchie.» Act., xxiii, 3. Au sens figuré appartiennentl’allégorie, voir Allégorie, t. i, col. 368, et laparabole, voir Jésus-Christ, t. iii, col. 1494. Toutefois, c’est au sens propre qu’il faut rapporter les comparaisonsexpressément indiquées par le texte, comme dansles exemples suivants: «Comme le cerf soupire aprèsles sources d’eaux, ainsi mon âme soupire après vous, ô Dieu,» Ps. xlii (xli), 2; «La fille de mon peuple estdevenue cruelle comme les autruches du désert.» Lam., iv, 3; cf. Eccli., l, 6-11; Matth., xxiii, 37, etc.

3° Autres noms du sens littéral. — On donne parfoisau sens littéral, qu’il soit propre ou figuré, desnoms qui indiquent l’objet que l’auteur sacré a en vue.Le sens littéral est historique dans le récit des faitsdu passé, prophétique dans l’annonce des faits del’avenir, allégorique ou dogmatique dans l’expositiondes vérités à croire, tropologique dans les prescriptionsqui règlent les mœurs, anagogique dans ladescription des biens à espérer, etc. Ces dénominationsn’ont qu’une importance secondaire. On les a résuméesdans le distique suivant:

Littera gesta docet, quîd credas allegoria, Moralis quid agas, quo tendas anagogia,

qui ne fait que reproduire, sous une forme barbare, une division analogue à celle qu’a donnée saint Augustin, De Gen. ad lit., i, 1, t. xxxiv, col. 247: «Il fautconsidérer, dans tous les Livres Saints, ce qui est dit del’éternité, ce qui est raconté du passé, ce qui est annoncéde l’avenir, ce qui est prescrit ou conseillé pourla conduite.»

4 Il Sens conséquent. — Au sens littéral se rattache cequ’on appelle le sens conséquent, sens qui résulte silogiquement de la pensée formulée par l’auteur sacré, que celui-ci n’a pu manquer de l’avoir en vue. Ainsil’action exprimée par un même verbe a un tout autrecaractère, selon qu’elle est faite par un être sans raison, par un homme ou par Dieu. Les êtres sans raison, astres, forces naturelles, animaux, sont invités à louerDieu, Ps. cxlviii, 1-10, ce qu’ils ne peuvent faire quematériellement et inconsciemment; les hommes aussiont à louer Dieu, Ps. cxlviii, 11, 12, et enfin le Sauveurlui-même loue son Père. Matth., xi, 25; Joa., xi, 41.Il est clair, que, quand il s’agit des hommes, l’idée delouange a comme conséquence logique celle de louangeconsciente et raisonnable, et que, quand il s’agit deNotre-Seigneur, cette idée implique quelque chose detrès supérieur à ce que peut produire un homme ordinaire.De même encore, quand le Sauveur dit: «J’iraiet je le guérirai,» Matth., viii, 7, l’idée de guérison entraînecelle d’intervention surnaturelle et infailliblementefficace, qui ne se trouve pas dans cette autre phrase: «Médecin, guéris-toi toi-même,» Luc, iv, 23. — D’autresfois, une pensée que ne formule pas l’écrivain

sacré résulte cependant de ce qu’il dit, par voie de raisonnement, mais d’une manière logique et nécessaire, si bien que l’écrivain sacré, ou tout au moins l’Esprit-Saintqui l’inspire, n’ont pu manquer d’avoir cette pensée.Cf. S. Augustin, De doctr. christ., iii, 27, t. xxxiv, col. 80. Ainsi Jérémie, ix, 23-24, dit qu’il ne faut passe glorifier d’être sage, fort ou riche, mais seulementde connaître Dieu, et saint Paul en tire cette conclusion: «Comme il est écrit, que celui qui se glorifie, se glorifiedans le Seigneur.» I Cor., i, 31. Il cite la paroledu Deutëronome, xxv, 4: «Tu ne muselleras pas lebœuf qui foule le grain,» et, par voie de raisonnement, en conclut que l’Apôtre a le droit de vivre aux frais deceux qu’il évangélise. I Cor., ix, 9-12. Ailleurs, ilrappelle le même texte, et, sans faire de raisonnement, tire de suite la conclusion: «L’ouvrier mérite son salaire.» I Tim., v, 18. On voit que, dans ces deux dernierscas, il conclut a fortiori, du moins parfait au plusparfait. Ce que fait saint Pau] pour les textes de Jérémieet du Deutéronome, peut se répéter pour beaucoupd’autres. Quand le roi Joram, à la vue de la disette quiaffligeait Samarie, s’écrie tout d’un coup: «Que Dieume châtie, si la tête d’Elisée reste aujourd’hui sur lui!» IV Reg., vi, 31, il s’ensuit qu’il regardait le prophètecomme responsable des malheurs qui arrivaient. QuandMarie dit aux serviteurs de Cana: «Faites tout ce qu’ilvous dira,» Joa., ii, 5, il en faut conclure qu’elle s’attendà ce que Notre-Seigneur fasse quelque chose pourrépondre à la remarque qu’elle lui a adressée. LesJuifs tiraient des sens conséquents absolument illogiqueset illégitimes de différents textes: «Tu aimeraston prochain comme toi-même,» Lev., xix, 18; «Tuenseigneras ces choses à ton fils et au fils de ton fils,» Exod., x, 2, etc., quand ils s’appuyaient sur ces textespour prétendre qu’on devait haïr celui qui n’était pas leprochain, c’est-à-dire l’étranger, qu’il ne fallait pas apprendrela Loi aux filles, etc.

II. Tout texte sacré a. un sens littéral propre oufiguré. — 1° Ce point n’a pas été toujours admis. Origène, qui distinguait dans le texte sacré l’âme et le corps, c’est-à-dire le sens spirituel et le sens littéral ou obvie, irpo’xEtpoM, dit que «certains textes n’ont pas du tout desens littéral» et que, dans quantité de passages, «il n’ya qu’une histoire fictive, qui n’est pas arrivée littéralelement,» «des faits qui ne se sont pas produits selon lalettre, s II cite des exemples: la promenade de Dieudans le paradis, la fuite de Caïn de devant la face deDieu, les lois mosaïques sur la prohibition de mangercertains animaux, sur la défense de faire du chemin lejour du sabbat, etc., les recommandations de l’Évangile, qui défendent aux Apôtres de saluer en route, etc., certainessentences comme celle-ci: «Des épines naîtrontdans la main de l’ivrogne.» Prov., xxvi, 9; Origène, Deprincip., iv, 11, 12, 16-18, t. xi, col. 375, 376. Il estclair que, parmi les exemples apportés par cet auteurpour appuyer son affirmation, quelques-uns se réfèrentà des passages mal compris, mais la plupart visent d’autrespassages qui ont un vrai sens littéral, sinon propre, du moins figuré. — 2° Saint Jérôme paraît avoir uneidée analogue à celle d’Origène, quand à propos de laseconde circoncision.du peuple prescrite à Josué, Jos., v, 2j il observe qu’un homme ne peut être circoncis deuxfois et que par conséquent ce passage n’a pas de senslittéral. S. Jérôme, Gont. Jovin., i, 21, t. xxiii, col. 239.Il oublie ce qu’ajoute le texte sacré, que personne n’avaitété circoncis au désert et que tous ceux qui avaient reçula circoncision en Egypte étaient morts. Jos., v, 4, 5. Iltire une conclusion semblable du cas d’Abisag, la Sunamite, amenée à David. III Reg., i, 3, 4. S. Jérôme, Epist., lxx, Ad Nepotian., 2, 3, t. xxii, col. 527, 528.D’autres ont également conclu à l’absence de sens littéraldans les passages où ce sens leur paraissait inacceptable.Cf. S. Ambroise, Expos, evang. Luc, v, 94, 95,

t. xv, col. 1661: «Si la forme du sens simple répugne, cherchons la figure spirituelle;» Cassien, Collât, pair., vm, 3, t. xlix, col. 725: «Si certains passages ne sontpas atténués par une explication allégorique et fondusau creuset du feu spirituel, ils sont plus nuisiblesqu’utiles,» et il cite l’exemple de moines qui, prenantà la lettre la parole du Seigneur, Matth., x, 38, portaientsur leurs épaules des croix de bois et faisaientrire d’eux. Dans la pensée de ces Pères, ce n’est pas, ensomme, le sens littéral qu’il faut parfois exclure auprofit du sens spirituel, mais le sens propre au profit dusens figuré. La chose est manifeste chez Nicolas deLyre, Prol. 3 ad postill. Biblior., t. cxiii, col. 34, qui, après avoir écrit: «Parfois l’Écriture n’a pas, à proprementparler, de sens littéral,» apporte commeexemple l’apologue de Joatham, Jud., IX, 845, qui n’apas de sens propre, mais a certainement un sens figuré.

— 3° En réalité, les Pères sont expressément opposés àla conception d’Origène, visiblement influencé sur laquestion par l’allégorisme de Philon. D’après saint Jérôme, In Is., xiii, 19, t. xxiv, col. 158, «il faut avanttout chercher et établir l’intelligence des mots de laSainte Écriture, parce que l’interprétation spirituelledoit se conformer à l’ordre de l’histoire.» Saint Augustinréprouve ceux qui, dans les récits du déluge, pensentque rien de cela n’est arrivé, mais qu’il n’y a làque des figures de mots, De civ. Dei, xv, 27, t. xli, col. 474, et ailleurs, il dit: «Nous avertissons et, autantqu’il est en nous, nous prescrivons que, quandvous entendez un récit mystérieux de la Sainte Écriture, vous admettiez tout d’abord que la chose s’est passéecomme elle est racontée, car, faute de cette base historique, c’est en l’air que vous chercheriez à bâtir.» De tent. Abrah., Serm., ii, 7, t. xxxviii, 30. Saint Grégoirele Grand, Moral., i, 37, t. lxxv, col. 554, ne veutpas que, pour élever l’âme au sens spirituel, on s’écartedu respect dû à l’histoire. Saint Thomas, Quodlib., vii, q. vi, a. 16, formule ainsi la vraie règle: «Le sensspirituel repose toujours sur le sens littéral et en procède.» — 4° Cette règle est fondée sur la nature mêmedes choses. Bien qu’écrivant sous l’inspiration de l’Espritde Dieu, l’écrivain sacré se sert d’un langage humain, qui doit être intelligible à ceux qui l’entendentou le lisent. Sans doute, il n’est pas nécessaire que l’auteurou l’auditeur saisissent toute la portée de la penséedivine; mais la parole de Dieu se doit à elle-mêmed’avoir un sens humain, puisqu’elle s’adresse à deshommes, et, du moment que la personnalité de l’écrivainn’est pas absorbée par le divin Inspirateur, il fautque cette personnalité accuse sa coopération, non parla simple transcription de phrases inintelligibles, maispar la rédaction intelligente de pensées exprimées pourêtre comprises. C’est ainsi que procède Notre-Seigneur, quand il déclare qu’il parle en paraboles, pour qu’enentendant, on ne comprenne pas. Matth., xiii, 13. Lesens supérieur et profond de ses récits échappera à sesauditeurs; il n’en restera pas moins, à l’usage de cesderniers, un sens littéral merveilleusem*nt net. D’autrepart, si quelques passages n’avaient vraiment pas desens littéral, ou bien ils seraient inintelligibles, commecertains versets de la traduction latine des Psaumes, oubien le sens appelé spirituel serait lui-même le senslittéral, ou enfin il serait impossible de saisir l’analogieindispensable qui doit exister entre ce que dit un auteuret ce qu’il veut dire. Il faut noter aussi que, le senslittéral une fois sacrifié pour certains passages, ce seraitla ruine de tout argument tiré des Saintes Écritures; car c’est seulement du sens littéral propre que l’on peutfaire sortir une preuve théologique, à l’exclusion mêmedu sens spirituel. Cf. S. Augustin, Epist. xciii, Ad Vincent., viii, 24, t. xxxiii, col. 334; S. Thomas, Summ.theol., I a, q. i, a. 10, ad 1. Ce dernier ajoute: «. Rien denécessaire à la foi n’est contenu dans un sens spirituel,

sans que l’Écriture ne l’exprime clairement quelquepart sous forme de sens littéral.» Si donc on pouvaitnier l’existence du sens littéral dans tel ou tel passage, les hérétiques ne manqueraient pas d’exciper de cettepossibilité pour nier la force probante de tous les textesqui les gêneraient.

III. Il n’existe pas de double sens littéral dansles textes sacrés. — 1° Saint Augustin, en diversendroits de ses écrits, a admis la possibilité de plusieurssens littéraux pour les textes sacrés. -Il pense que lesdifférentes explications données de Gen., i, 1, peuventporter sur des sens également littéraux. Confess., xiii, 31, t. xxxii, col. 844. «Quand les mêmes paroles del’Écriture, dit-il, sont entendues non seulement d’uneseule manière, mais de deux ou davantage, même si l’onignore comment les entend celui qui les a écrites, il n’ya pas d’inconvénient si, d’après d’autres passages desSaintes Écritures, on peut montrer que chacun de cessens est conforme à la vérité.» De doctr. christ., iii, 27, t. xxxiv, col. 80. Il ajoute, au paragraphe suivant, qu’il est possible que, parmi ces sens multiples ne setrouve pas celui que l’auteur sacré a eu en vue, et il confesseque vouloir les déterminer sans le secours d’autrespassages de la Sainte Écriture constitue une. pratiquedangereuse. Il avait dit précédemment, De doctr.christ., iii, 4, col. 68: «Quand il s’agit des livres desdivines Écritures, il est très rare et très difficile quel’ambiguité se rencontre dans les termes propres, inpropriis verbis, sans qu’on puisse la lever à l’aide ducontexte.» Le saint docteur n’est donc pas très affirmatif.Il propose son système comme plus respectueux, religiosius, pour le texte sacré. Confess., xiii, 31, col. 844. Il ne lui reste même pas toujours fidèle. Expliquantle passage de l’Exode, iii, 1-6, dans lequel celuiqui apparaît à Moïse sur l’Horeb est appelé tantôt l’angede Jéhovah et tantôt Jéhovah lui-même, il laisse l’audieurlibre de choisir l’une ou l’autre des deux appellations, qui pourtant, à ses yeux, devraient être égalementlittérales et maintenues au même titre. Serm., vii, 5, t. xxxviii, col. 63. — 2° Saint Thomas, Summ. theol., I», q. I, a. 10, s’appuie sur saint Augustin pour établirqu’au point de vue littéral plusieurs sens peuvent setrouver dans la lettre de l’Écriture. Selon lui, «toutevérité appartient au sens de la divine Écriture, quandelle peut s’adapter à l’expression de la lettre.» De potent., q. iv, a. 1. Il n’est pas démontré cependant quesaint Thomas ait admis sans restriction la théorie desaint Augustin. Bon nombre de théologiens ont suivisaint Thomas et ont soutenu qu’au moins certainstextes ont un double ou un multiple sens littéral. Bonfrère, qui les cite, Prseloq. in S. S., dans le Ctirs. conipl.S. S. de Migne, Paris, 1839, col. 211-214, prétend que cettepluralité de sens littéraux est toute à l’honneur de lasagesse divine, qu’elle prouve la profondeur et la féconditédes Saintes Écritures et qu’enfin elle est supposéepar l’exégèse des auteurs sacrés du Nouveau Testament.Le Hir, Etudes bibliques, Paris, 1869, t. i, p. 81-83, admetun double sens littéral dans certaines prophéties.Parfois, dit-il, «le texte nous met sous les yeux deuxobjets faits sur le même modèle, et les dessine tousdeux en même temps. C’est une question débattue entreles orthodoxes, et qui n’intéresse point l’apologie chrétienne, mais seulement la rigueur du langage théologique, de savoir si, dans les prophéties à double objet, on peut dire que les mêmes paroles les embrassenttous les deux dans leur sens immédiat et littéral, oubien si l’un des deux objets n’est atteint que dans lesens spirituel. Les plus graves écrivains de notre tempsse prononcent assez fortement contre la prétention dedonner deux sens littéraux à la même phrase… Cependant, n’est-ce pas la lettre même d’une prophétie, qui, par la magnificence, l’emphase et l’exagération de sestermes, vous avertit de regarder plus loin que l’objet

immédiat et prochain? Et pourquoi ce sens ne sera-t-ilpas appelé littéral, s’il est iondé sur la lettre même?» Cette admission d’un double sens littéral a pour but’dedonner à certaines prophéties une valeur dogmatiqueplus indiscutable. Mais, dans les oracles à double objet, il est toujours possible de restreindre le sens littéraltantôt à l’objet prochain, en réservant le sens spirituelpour l’objet éloigné, tantôt à ce dernier, quand par leurampleur, les traits de la prophéties deviennent inapplicablesau premier, D’ailleurs ce n’est pas seulement lesens littéral qui «est fondé sur la lettre même», c’estaussi le sens spirituel, comme l’enseigne expressémentsaint Thomas dont nous avous reproduit plus haut laformule. — 3° On est d’accord aujourd’hui pour admettrequ’il n’y a pas de double sens littéral dans la Sainte Écriture.De même, en effet, qu’un homme qui parle ou quiécrit pour énoncer sa pensée ne donne qu’un sens littéralà sa parole, ainsi le Saint-Esprit, en se servant dulangage humain selon les règles propres à ce langage, ne peut-il vouloir exprimer littéralement qu’une seuleidée avec les mêmes mots. La pluralité des sens littérauxn’apparaît donc pas comme une conséquence dela sagesse divine, ni comme une prérogative des textessacrés. EJle ne ferait au contraire qu’engendrer contusionet ne servirait qu’à égarer celui qui, en possessiondu vrai et légitime sens littéral perdrait sa peine et sontemps à en chercher d’autres. L "autorité de saint Augustin, seul de son avis parmi les Pères, n’a déterminéaucun courant traditionnel en faveur de l’idée qu’il préconise, et celle de saint Thomas, assez peu afflrmatifsur la question, a contre elle le témoignage très catégoriquedes anciens scolastiques, Alexandre de Halès, saint Bonaventure, Albert le Grand, etc., sur l’unité dusens littéral. Cf. Patrizi, De interpret. Biblior., Rome, 1876, p. 35-38. Le double sens littéral constituant unedérogation importante aux règles ordinaires du langagehumain, il faudrait de graves et nombreuses autoritéspour en justifier l’existence; or, on le voit, ces autoritésfont défaut. — 4° On ne peut tirer de la pratique desauteurs sacrés eux-mêmes une preuve en faveur del’existence du double sens littéral. Ce qu’on présentequelquefois comme un second sens littéral, n’est qu’unsens conséquent compris dans le premier et en découlantnaturellement. Ainsi le texte d’Isaïe, Lin, 4: «Il aporté nos souffrances et s’est chargé de nos douleurs,» qui s’applique au mal de l’ordre moral, au péché, estcité par saint Matthieu, viii, 17, à propos des guérisonsopérées par Notre-Seigneur, parce que la maladie estune conséquence directe du péché. Le texte duPsaume ii, 7: «Tu es mon Fils, aujourd’hui je t’engendre,» est cité dans le sens littéral, Heb., i, 5, etailleurs dans le sens conséquent du souverain sacerdocereçu du Père, Heb., v, 5, ou de la résurrection. Act., xiH, 33. Les paroles de Daniel, ix, 27, sur l’abomination de]a désolation dans le lieu saint sont appliquées parNotre-Seigneur à la période qui précédera la ruine deJérusalem. Matth., xxiv, 15. C’est là leur sens littéral.En disant qu’Antiochus établit sur l’autel de Dieu uneidole, abomination de la désolation, l’auteur du premierlivre des Machabées, I, 57, se réfère simplement à d’autrespassages de Daniel, xi, 31; xii, 11, dans lesquels lamême expression est employée à propos des persécutionsdont le peuple d’Israël sera l’objet de la part desprinces idolâtres. Voir Abomination de la désolation, t. i, col. 70. Quand le Sauveur dit aux Juifs: «Détruisezce temple, >> Joa., ii, 19-21, ceux-ci croient qu’ils’agit du temple de Jérusalem, tandis que Jésus parlede son corps. Il n’y a pas là de double sens littéral, bien que la phrase soit à dessein énigmatique. «Cetemple» ne désigne pas nécessairement le temple deJérusalem, et, dans la pensée du Sauveur, alors obscurepour tous les auditeurs, «ce temple» est son corps etpas autre chose. Enta, les paroles de Caïphe: «Il est

avantageux qu’un homme menfe pour le peuple,» Joa., xi, 50, sont vraies et n’ont qu’un seul sens littéral, celui qu’énoncent les mots. Saint Jean remarque queCaïphe ne les proféra pas de lui-même, mais que, en saqualité de pontife, il prophétisa que Jésus mourraitpour son peuple. La mort rédemptrice du Sauveur estdonc le sens littéral inspiré par l’Esprit-Saint; maisCaïphe ne se rend pas compte de toute la portée de sasentence et, par ignorance et malice, ne voit dans lamort du Sauveur qu’un moyen de se concilier la faveurdes Romains, tandis qu’elle est destinée à concilierà l’humanité la faveur de Dieu. — 5° Parfois les Pèresont assigné à certains textes des sens assez divers.Ainsi dans les mots in principio qui commencent laGenèse, ils voient soit l’indication de temps assez différents, soit l’affirmation du rôle du Verbe dans la création.Les paroles d’Isaïe, lui, 8: «Qui racontera sagénération?» sont appliquées par eux soit à la générationéternelle, soit à la génération temporelle, soità l’une ou à l’autre ou même ni à l’une ni à l’autre.Ces divergences n’impliquent nullement la pluralitédes sens littéraux; elles montrent seulement que tousles Pères n’ont pas toujours fixé avec précision le vraisens littéral de certains passages. Souvent, du reste, les sens multiples qu’ils assignent ne sont que dessens conséquents ou implicitement et nécessairementcompris dans le sens littéral. Ainsi les parolesde Notre-Seigneur: «Sur cette pierre je bâtirai monÉglise,» Matth., xyi, 18, indiqueraient comme pierrefondamentale de l’Église soit le Christ, soit Pierre, soit la foi de Pierre, soit même la profession publique decette foi. Cf. Knabenbauer, Evang. sec. Malth., Paris, 1893, t. ii, p. 54-60. Il n’y a pas là quatre sens littérauxprésentés comme possibles, mais seulement quatre conditionsconstitutives du rôle de Pierre: l’Apôtre n’estla pierre fondamentale de l’Église qu’autant qu’il estuni à Jésus-Christ, fondement essentiel de l’édifice, etqu’il reconnaît, par une foi intime et explicite, qu’iln’agit que par la puissance du divin Maître. — Il n’y adonc pas de raison pour admettre que, dans les SaintesÉcritures, Dieu ait voulu contrevenir aux lois ordinairesdu langage, en exprimant par les mêmes mots plusieursidées à entendre au sens littéral. — Sur la recherche dusens littéral, voir Herméneutique, t. iii, col. 612-627.

— Cf. Reithmayr, Lehrbuch des biblisehen Hertneneutik, Kempten, 1874, p. 36; Ch. Beelen, Dissert, theolog.qua sententiam… multiplicem interdum litteralemnullo fundamento niti, Louvain, 1845; Vigouroux, Manuelbiblique, 11e édit., t. i, p. 274; Gilly, Précis d’introductionà l’Ecrit. Sainte, Nîmes, 1868, t. ii, p.11-33; Cornely, Introductio generalis, Paris, 1885, t. i, p. 513529; Trochon, / «frai. sréwé» ’ate, Paris, 1886, 1. 1, p. 506-513.

H. Lesêtre.

    1. LITURGIE##

LITURGIE (XsiToupyt’a; Vulgate: officium, ministerium).Ce mot désigne, chez les Grecs, une charge, unelonction publique. Dans le langage biblique, le seuldont nous ayons â nous occuper ici, XeiTOup-f’a correspondau mot hébreu rrnsr, ’âbôdâh, qui se dit du ministèredes prêtres remplissant leurs lonctions sacerdotales, Num., viii, 22; xvi, 9, etc., XsiToypY£ÏVTrjV XeeToup-pav, comme traduisent les Septante. Le ministère sacerdotalque remplit Zacharie dans le temple de Jérusalem estappelé par saint Luc, I, 23, XeiToupYia (Vulgate: offichcm).Saint Paul désigne sous le nom de t «<7xrJ7] ttiç Xsitoup-Yt’a «(Vulgate: vasa ministerii), Heb., îx, 21, tout cequi sert aux prêtres pour l’oblation des sacrifices et, Heb., viii, 6, il applique au ministère sacerdotal duChrist l’expression de Xeiroupyïa (Vulgate: ministerium).Jésus-Christ, en tant que prêtre, est rûv àymv XeiTovp-Y<5ç, sanctorum minister. Heb., 7111, 2. Saint Paul sequalifie lui-même, Rom., xv, 16, Xenoufiyàv’Ir ( CToO XptutoOei; Ta e’Ovt), minister Christi Jesu in gentibus, comprenantsous ce terme ses fonctions sacerdotales et

apostoliques. Cet emploi restreint de XEitoup-fôç et deXeiTovpYi’a n’exclut pas d’ailleurs, çà et là, le sens plusgénéral de ministre, Rom., xiii, 6; Heb., i, 7; Phil., ii, 25, et de ministère de bienfaisance et de charité.II Cor., ix, 17; Phil., ii, 30; cf. Rom., xv, 27. — Le verbeXetto’jpfÉw, minwtrare, a pris naturellement dans leNouveau Testament une signification analogue à cellede XsiTOvpyia et de Xerroup-yii; . Les Septante, dans leurversion, l’avaient déjà appliqué au ministère sacerdotaletlévitique. Exod., xxviii, 35, 43; xxix, 30; Num., xviH, 2; Ezech., xl, 46, etc.; cf. Heb., x, 11. Dans les Actes, xm, 2, XstTO’jpYO’JVTwv fie avTôv ™ Kupsw, ministrantibusautem Mis Domino, est dit des fonctions sacerdotalesdes prêtres de la loi nouvelle, c’est-à-dire de Poblationdu sacrifice eucharistique. «L’addition tû Kupt’wdétermine ici (le sens de XstToupyoïlvcwv) et lui donne lasignification précise de célébrer le service divin.» A.Legendre, L’Église naissante et l’Eucharistie, in-8°, Angers (1902), p. 10. Cf. Beelen, Comment, in ActaApostolorum, Louvain, 1864, p. 324. L’Écriture ne nousa pas conservé les prières qui accompagnaient la célébrationdes saints mystères, mais nous en trouvons lesformules les plus anciennes dans la Doctrina duodecimApostolorum. ix-x, édit. Harnack, in-8°, 1884, p. 28-36. —Plus tard le terme de «liturgie» a reçu des acceptionsparticulières et diverses qu’il n’y a pas lieu d’exposerici, parce qu’elles ne sont pas bibliques.

1. LIVRE, ouvrage d’esprit. Les questions relativesà la matière et à la forme extérieure des manuscritsanciens de la Bible, à leur disposition intérieure, à leurétendue, à leurs conditions diverses d’existence et dedurée, ne sont point une simple affaire de curiosité archéologique; elles intéressent aussi, quelquefois trèsgravement, la critique et l’exégèse et ont même leurcontre-coup sur l’histoire de la révélation. Nous réunironsdans ce travail, en nous tenant autant que possiblesur un terrain exclusivement biblique, les notions lesplus nécessaires à l’étude de l’Écriture.

I. Définitions. — 1° Le mot «livre» en hébreu. — Le.mot nso, sêfér, employé 182 fois dans l’Ancien Testament,

signifierait, selon l’étymologie reçue, «ce qui est poli, frotté, «c’est-à-dire «surface aplanie en vue de recevoirun écrit». Cette.dérivation est très incertaine. Le verbe-sd, sâfar, aux modes personnels, veut dire simplement

— T

t< compter» et le participe nsto, sôfér (48 fois), ou bien

n’est qu’un dénominatif de nso ou bien se rattache lui

aussi à la signification ordinaire de «compter». D’ailleursl’étymologie importe peu; il suffit de savoir qu’onappelle nsD la moindre feuille volante: une lettre,

II Sam., xi, 14, 15; II Reg., v, 5; x, 17; xx, 12; Is., xxxix, 1; Jer., xxix, 1, un contratde vente ou d’achat, Jer., xxxii, 10-12, un acte d’accusation, Job, xxxi, 35, le libellusvepudii qu’on devait remettre à la femme divorcée, Deut., xxiv, 1, 3, un document quelconque. Jos., xviii, 9; I Sam., x, 25; Esther, ii, 23. Ce mot a par exception lesens d’écriture dans Dan., i, 4; mais le sens habituel estcelui de rouleau écrit quelle qu’en soit la longueur.

2° Le mot «livre» en grec et en latin. — Liber, ainsi que fliëXoç ou fJu6Xo; , désignait primitivementl’écorce intérieure de certains arbres, comme le frêne, le hêtre et le tilleul, écorce dont on se servait pour écrire, faute de matériaux plus convenables. Ces noms furentensuite appliqués par extension à la moelle du papyrusqu’on se représentait comme une série de pelures superposées.Plus tard on appela liber, fJîëXoç, le rouleau depapyrus chargé d’écriture; le papyrus non écrit étaitappelé charta, xiptr]?- Le diminutif ftiëXi’ov se disaitd’abord des écrits de peu d’étendue (comme libellus)des lettres par exemple; mais dans la suite il devinttout à fait synonyme de pî6Xos. — Dans les Septante et

la Vulgate piëXsov ou pfëXoç et liber prennent naturellementle sens correspondant de l’hébreu isd. L’usage du

Nouveau Testament n’a de particulier que l’expressionlivre de vie, Apoc. (6 fois); Phil., iv, 3; et le diminutifpiëXapîSiov. Apoc, x, 2, 9, 10.

II. Substances anciennement employées pourécrire. — 1° Matériaux divers. — 1. De tout temps on acherché à éterniser la mémoire des grands événementsen les écrivant sur le plus durable des matériaux, lapierre. Cf. Job, xix, 24. Cet usage était fréquent enEgypte, en Chaldée et en Assyrie. Le décalogue étaitgravé sur des tables de pierre, Ex., xxiv, 12; xxxi, 18; xxxii, 15-19; Deut., iv, 13; ix, 10; x, 4; mais il est probableque le Deutéronome fut simplement tracé sur degrandes dalles de pierre enduites de chaux. Deut., xxvil, 2-8; Jos., viii, 32. — 2. Le métal a servi pour le mêmebut. On sait qu’à Rome les lois et les traités étaientgravés sur le bronze. Cf. I Mach., viii, 22-29; xiv, 26. Lesdiplômes militaires des vétérans, dont on possède encoreune centaine d’exemplaires, étaient écrits sur deuxtablettes d’airain reliées par des anneaux. On employaitsurtout le plomb pour des usages superstitieux: à Dodone, questions adressées à l’oracle; ailleurs, formulesmagiques, exécrations, etc. Pausanias, IX, xxxi, 4, racontequ’on montrait à Hélicon les œuvres d’Hésiodegravées sur plomb; mais cet usage littéraire n’a pu êtreque très exceptionnel. — 3. Les Chaldéens et les Assyriensnous onf laissé de véritables bibliothèques d’argile. Onécrivait au poinçon les tablettes récemment pétries, puison les cuisait au four, enfin on les empilait selon leurnuméro d’ordre comme les feuillets d’un livre. Pour leslettres et les contrats, on recouvrait la tablette une foiscuite d’une mince enveloppe d’argile, sur laquelle ongravait soit l’adresse du destinataire soit le résumé del’acte avec le nom des témoins et on soumettait le tout àune nouvelle cuisson. Il n’est guère douteux que les Juifsn’aient connu ce mode d’écrire, puisqu’il était universellementusité en Palestine et dans tout l’Orient versl’époque de l’Exode, comme le prouve la trouvaille deTell el-Amarna. Cependant on n’en voit dans la Bibled’autre vestige que la brique où Ézéchiel, IV, 1-2, trace leplan de l’investissem*nt de Jérusalem. — 4. Les tablettesde buis ou d’ivoire enduites de cire étaient très communesen Grèce et en Italie pour les notes, les compteset la correspondance. Parfois on en réunissait deux ouplusieurs ensemble de manière à former une espèce delivre. L’exemple de Zacharie nous montre qu’elles étaientusitées en Palestine au temps de J.-C. Luc, i, 63. — LaBible n’offre pas trace des divers matériaux employésencore de nos jours en certains pays: écorces d’arbres, feuilles de palmier, planchettes de bois, tissus. Les écriteinspirés nous ont été transmis exclusivement dans deslivres de cuir, de papyrus, de parchemin ou de papier.

2° Peau préparée, cuir. — En dehors de l’Egypte, oùle papyrus remonte aux origines, et de la Chaldée, quiconnut de tout temps ses livres d’argile, la plupart despeuples anciens se servaient pour écrire de peaux préparées.Diodore de Sicile rapporte, sur la foi de Ctésias, que les livres sacrés des Perses ne remplissaient pasmoins^de 1 200 peaux de bœuf. Diodore, ii, 32. HérodoteJv, 58, affirme que de son temps encore les barbarescontinuaient à écrire sur des dépouilles d’animaux et queles Ioniens appelaient les rouleaux de papyrus SiopOépai, «peaux,» parce qu’autrefois ils se servaient de peauxpour écrire. Strabon, xx, 1, mentionne, d’après Nicolasde Damas, une lettre écrite sur peau, adressée par lesIndiens à l’empereur Auguste. — Le peuple juif, dontl’Egypte était le berceau et qui entretint toujours avecl’empire des Pharaons des rapports de commerce et devoisinage, ne put ignorer l’usage du papyrus. Nul doutequ’il ne l’ait employé pour les écrits ordinaires. Le livredicté à Baruch par Jérémie et que le roi Joakim, après

en avoir entendu lire deux ou trois colonnes, déchira etjeta dans un réchaud allumé était certainement un rouleauet très probablement de papyrus. Jer., xxxvi, 21-23.Mais pour les écrits sacrés, regardés comme tels, ilsemble que l’usage le plus ancien ait exigé l’emploi depeaux travaillées. L’exemplaire de la Thora envoyé àPtolémée Philadelphe par le grand-prêtre Éléazar étaitécrit en lettres d’or sur des peaux (SiçOépat) dont lepharaon admira la finesse et l’agencement. Josèphe, Antiq. jud., xii, 2. Du reste, cette coutume s’est maintenuejusqu’à nos jours, comme il est aisé de le constaterpar l’examen des livres liturgiques hébreux déposésdans les principales bibliothèques. — À proprementparler, la matière employée par les Juifs pour les rouleauxdes synagogues n’était pas le parchemin, mais uncuir véritable que le Talmud appelle gevil (Sm) et laMischna simplement peau (i"iy). Le parchemin leur étaitconnu et ils en distinguent deux espèces, le qelaf (^b-)et le doxostos (dtddiddvj), mot évidemment dérivé dugrec, mais d’une étymologie incertaine. On se sert duparchemin pour les phylactères et on peut s’en servirpour les megilloth. Sur les passages du Talmud relatifsà ces matériaux et sur les règles à suivre pour le choixet l’assemblage des peaux destinées à former un rouleausacré, voir Blau, Studien zum althebr. Buchwesen, Strasbourg, 1902, p. 22-29.

3° Papyrus. — Bien que les papyrus les plus anciensparvenus jusqu’à nous ne remontent probablement pas

104. — Scribe accroupi Musée du Louvre

au delà de trois mille ans avant J.-C, nous pouvonsaffirmer avec certitude que le papyrus était connu bienauparavant. Le signe hiéroglyphique du rouleau de papyrus, ^h>, pour désigner le livre, la science et les idéesabstraites, paraît aussi ancien que l’écriture elle-mêmeet on le trouve représenté dans les peintures et les sculpturesdes époques les plus reculées. On voit au Muséedu Louvre un scribe accroupi de la cinquième dynastiedéroulant sur ses genoux un livre en tout pareil à ceuxque les tombeaux égyptiens nous ont livrés (fig. 104). Cen’est pas ici le lieu de décrire la fabrication du papyrus.Pendant de longs siècles l’Egypte en eut le monopole.Plus tard elle l’exporta dans le monde civilisé par l’intermédiairedes Phéniciens. La Grèce ne l’adopta qn’auvi siècle avant notre ère. Auparavant on écrivait peu en

pays grec. Les poésies se transmettaient oralement et ilsuffisait d’une copie d’Homère sur peau ou sur boispour chaque école d’aèdes. Hésiode, d’après Pausânias, IX, xxxi, 4, était gravé sur plomb, comme on l’a ditplus haut. Les compositions en prose des logographes, des historiens et des philosophes, ne pouvant pas aiséments’apprendre par cœur, firent la fortune du papyrus.Au Ve siècle, il se vendait à Athènes, très cherencore, sous le nom de z «pfr); (papyrus non écrit) qu’ilgardera. Après la fondation d’Alexandrie, l’exportationdu papyrus prit une nouvelle extension et il devintd’un usage général pour toutes les œuvres littéraires.C’est ce qui explique l’erreur de Varron et de Pline quien fixent la [découverte à cette époque. Une fois adoptépar les peuples civilisés comme matière à écrire, le papyrusrégna sans rival. Le parchemin, malgré ses incontestablesavantages, ne réussit que très lentement àle détrôner. Pratiquement, jusqu’au iv «siècle de notre ère, tous les ouvrages littéraires sont écrits sur papyrus.Quand la récolte de papyrus était mauvaise en Egypte, le commerce de la librairie était en souffrance dans lemonde entier. Pline, R. N., xiii, 13. Nous pouvons supposeravec grande probabilité que les originaux de tous, les livres du Nouveau Testament ont été écrits sur papyruset c’est ce qui explique leur disparition rapide.Saint Paul prie Timothée de lui rapporter de Troadeles livres et surtout les parchemins ((j.eu.ëpàvaç) qu’il ya laissés, II Tim., iv, 13; mais saint Jean, quand il parlede lettre à écrire, ne songe qu’au papyrus. II Joa., 12.Or, les rouleaux de papyrus s’usaient assez vite: on.regardait comme très anciens les rouleaux de deux outrois cents ans. L’usure était bien plus rapide pour lesvolumes souvent déroulés, tels que les livres canoniques.Aussi n’est-il resté des manuscrits bibliques des troispremiers siècles de notre ère que de rares et courtsfragments, échappés comme par miracle à la destruction du temps.

4° Parchemin. — Suivant la tradition, le parcheminest originaire d’Asie Mineure, comme le papyrusd’Egypte. Cette tradition, il est vrai, nous arrive escortéede détails controuvés. Au dire de Pline, qui s’appuie surVarron, lorsque Eumène II (197-158 avant J.- C.), roi dePergame, eut décidé la fondation d’une grande bibliothèquerivale de celle d’Alexandrie, Ptolémée, pris de

| jalousie, interdit l’exportation du papyrus sur les côtesasiatiques. Eumène fut donc obligé de se rejeter sur d’autresmatériaux et de là naquit l’invention du parchemin.Pline, H. N. t xiii, 68. Saint Jérôme fait allusion à cettehistoire, mais il substitue Attale à Eumène. Epist., vii, Ad Chromât., t. xxii, col. 339. Cependant le nom de parchemin, pergamena charta, évidemment emprunté aulieu d’origine, ne se rencontre pas, ce semble, avant unédit de Dioclétien de l’an 301. — Le perfectionnementou, si l’on veut, l’invention attribuée aux rois de Pergameconsistait en ceci: la peau au lieu d’être tannée, était d’abord débarrassée de ses poils, corrodée par lachaux, puis frottée et polie à la pierre ponce. — L’inventiondes Attales trouva d’abord peu de faveur auprèsdu public, des écrivains et des libraires. Le parchemin, fit concurrence aux tablettes de cire, mais non au papyrus, considéré toujours comme une matière noble, distinguée.Pas un des livres retrouvés à Herculanum, oùils étaient ensevelis depuis l’éruption de l’an 79 de notreère, n’est en parchemin. Ce nouveau produit ne servitguère d’abord que pour les comptes, les brouillons, les.lettres familières, enfin pour les exemplaires qu’on voulaitemporter en voyage. On l’employait aussi commeétui des rouleaux en papyrus (pœnuto, ?aivôlT|ç ou <paclo’vr ( ç)et comme étiquette extérieure (index, metnbranula, ffîlluëoî). Ce ne fut guère qu’au IVe siècle que l’usage endevint général. Pratiquement sa diffusion coïncide avecla victoire du christianisme et ce furent les chrétiensqui, les premiers, l’employèrent en grand pour les.

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    1. FRAGMENT ATTRIBUÉ À HYPERIDE##

FRAGMENT ATTRIBUÉ À HYPERIDE (Papynu CXXI

œuvres littéraires. Toute la bibliothèque de saint Maximede Césarée, contenant entre autres ouvrages les écritsd’Origène, était encore en papyrus. Comme cette matièrese détériore facilement, deux prêtres de Césarée, Acaciuset Euzbïus, la firent transcrire sur parchemin. Sur l’ordrede Constantin, Eusèbe fit préparer cinquante exemplairesdes Livres Saints écrits sur parchemin pour les églisesde Constantinople. À partir de ce moment, le papyrusne servit plus guère pour }a transcription de la Bible; et quand les Arabes, au vne siècle, envahirent l’Egypte, le papyrus ne fut plus employé que par la chancelleriepontificale. Les papes continuèrent à en faire usagepour leurs bulles jusqu’au xie siècle.

5° Papier. — Dès l’antiquité la plus reculée, les Chinoisont connu le papier de riz, et les Espagnols, lorsde la conquête de l’Amérique, trouvèrent les Mexicainsen possession d’un papier indigène, fait d’agave. Ons’accorde assez généralement à regarder les Arabescomme les inventeurs du papier dont nous nous servonsaujourd’hui, mais la question du temps et du lieu del’invention n’a jamais été tirée au clair. Ce que l’observationmicroscopique permet d’affirmer aujourd’hui, c’estque le premier papier était fait de lin ou de chiffons etnon de coton, comme on l’avait cru longtemps. Il nefaut donc pas se fier aux mentions de charta bombycina, gossypina, cuttunea, xylina, qu’on trouve fréquemmentdans les anciens catalogues et répertoiresbibliographiques. Wattenbach regarde comme très probableque toutes ces appellations dérivent par erreurde charta bambycina (fabriquée à Bambycé). Des Arabes, le papier passa en Espagne (Jativa, Valence, Tolède) et enItalie (Fabriano dans la marche à l’Ancône, Padoue, Trévise), puis en France et en Allemagne. Au Xe siècle ilétait commun, mais on ne s’en servait guère poui*^ la transcriptiondes Livres Saints; et, au milieu du xv «siècle, aumoment de l’intention de l’imprimerie, il était loin d’avoirsupplanté le parchemin. Son importance au point devue de la critique biblique est donc assez restreinte. Ilne peut servir à déterminer l’époque des manuscrits; ilne donne pas non plus d’indication précise sur leur origine.En eflet, il est difficile de distinguer la provenancedu papier, car dès cette époque il était exporté au loinet les marques célèbres étaient souvent contrefaites.

III. Forme des livres anciens. — La lorme qu’affectele livre chez les divers peuples dépend principalementde la matière employée pour écrire. Là où l’on se sertd’olles ou feuilles de palmier, d’écorces d’arbre, deplanchettes de bois, on taille ces sortes de pages surun même format et on les tient unies ensemble parune ficelle passée à chaque extrémité, de façon que lelivre ressemble à un éventail ou à une jalousie. EnChine, où on emploie de longues bandes de papier deriz écrit d’un seul côté, on replie cette bande sur elle-mêmeet on assujettit un des bords, l’autre bord restantlibre. — Mais, au point de vue biblique, nous n’avonsà nous occuper que du rouleau ou volume et du codexou livre carré. Bien qu’il y ait quelques exceptions, onpeut dire en général que le cuir et le papyrus prennentla forme de rouleau, tandis que le parchemin et le papierprennent la forme de codex.

I. rouleaux ou volumes (volumina). — 1° Rouleauxhébreux liturgiques. — Les anciens manuscritshébreux, liturgiques et autres, avaient certainement laforme de rouleaux, presque exclusivement visitée jusqu’aurve siècle de notre ère. Le livre des prophétiesde Jérémie que Joakim déchira à coups de canif etjeta dans un réchaud, après en avoir entendu liretrois ou quatre colonnes (delatôt), était un rouleau.Jer., xxxvi, 23. Rouleau aussi certainement étaitle livre présenté à Jésus dans la synagogue de Nazareth, livre qu’il déroula pour le lire (àvaimjfrxç ouàvoi’ïa?) et qu’il enroula ensuite, la lecture achevée.Luc, iv, 17-20. Du reste les allusions bibliques supposent toujours cette forme. Cf. Is., xxxiv, 4; Job, xxxi, 35-36; I Mach., iii, 48, etc. Noter que ibd, «livre, ïet

nso rftia, «rouleau de livre,» sont deux expressions

synonymes. Les livres présentés par les Juifs au roiPtolémée étaient des rouleaux, d’après le faux Aristée.Josèpho, Ant. jud., XII, ii, 10. Plus tard les manuscritsd’usage privé reçurent la forme de codex, mais lerouleau est resté jusqu’à nos jours la forme liturgiqueet c’est celle des livres destinés aux lectures publiquesdans les synagogues. — Ces rouleaux ne contiennentabsolument que le texte sacré, sans titres ni notes, sansvoyelles ni accents. La transcription de ces manuscritsest soumise à des règles minutieuses qui sont surtoutrigoureuses pour la Thora (Pentateuque), un peu moinspour les prophètes (nebi’îm) et beaucoup moins pour lescinq meghillôth (Esther, Lamentations, Cantique desCantiques, Ecclésiaste, Ruth). L’écriture est disposée encolonnes parallèles, de dimensions à peu près égales, dans le sens de la largeur du rouleau. La colonne s’appelledélét, «porte,» dans l’Écriture, pas, même sens, dans le Talmud, ’ammûd, «colonne,» ou daf, «planche,» chez les rabbins du moyen âge. Il doit yavoir une marge inférieure et une marge supérieured’une largeur déterminée, différente suivant les écoles; entre les colonnes règne un espace blanc à peu prèségal à la moitié d’une marge. Entre les divers livres del’Écriture, y compris les cinq livres de la Thora, onlaisse en blanc un espace de quatre ligues. Cet espaceblanc est seulement de trois lignes entre les douze petit*prophètes. Comme les peaux dont l’assemblage formele rouleau ne sont pas toujours pareilles, la largeur descolonnes varie un peu d’une peau à l’autre; il y en ad’ordinaire trois ou quatre par peau. — Les rouleauxliturgiques ne sont’jamais écrits que d’un seul côté, lecôté intérieur. Du reste les volumes opisthographes, ouécrits des deux côtés, même pour l’usage privé, paraissentavoir été aussi rares chez les Hébreux que chez lesGrecs et chez les Latins. Celui qu’aperçut Ezéchiel, ii, 10, et l’auteur de l’Apocalypse, v, 1 (j3[6Xtov Y£YP a t t l i ^ 0V&j(d9sv xai owicŒv), est une exception expressément signalée.Chaque extrémité s’enroulait autour d’une tige appeléecommunément «arbre de vie». — Quelques-uns doces livres liturgiques, conservés dans nos bibliothèques, sont énormes. Le rouleau coté cod. hebr. 1 à la Casanatensede Rome a 34 m 50 x 0° 69 et contient 207 colonnes; le rnan. hébreu 56 de la Bibliothèque nationale deParis mesure 48 m 90 x m 585 et compte 247 colonnes; lemanuscrit du Vatican hebr. 2 est formé de 73 peaux consuesensemble, a de 73 à 75 centimètres de largeur etle catalogue lui attribue 183 pieds 6 pouces de longueur.Il faut ces grandes dimensions pour que le rouleau renfermetout le Pentateuque et soit lisible à une certainedistance. Mais nous avons des raisons de croire que cesimmenses exemplaires n’existaient pas autrefois. L’écritureétait très menue et très serrée. Saint Jérôme seplaint qu’il ne peut plus la déchiffrer la nuit et qu’il abeaucoup de peine à la lire en plein jour. In Ezech., lib. VII, prolog., t. xxv, col. 199. Il mentionne expressémentla petitesse des caractères: litterarum parvitas.Tous les textes^ du Talmud supposent que les Livressacrés étaient maniables et portatifs et le Pentateuqueétant toujours écrit sur un seul rouleau, de même queles Prophètes, il fallait que l’écriture en fût assez fine.Cela explique les innombrables confusions de lettrespareilles qui ont été commises par les copistes, commeen témoignent les passages parallèles et les versions.

2° Rouleaux ou volumes grecs et latins. — La formenous en est bien connue par les descriptions des anciens, par les peintures et les sculptures contemporaines et parles exemplaires conservés. Aucun rouleau biblique, engrec ou en latin, n’est parvenu en entier jusqu’à nous; mais les tombeaux égyptiens nous ont conservé des livres

grecs du iii «siècle avant J.-C. et le Musée de Naplesgarde précieusem*nt les 3000 rouleaux, la plupart assezfragmentaires, ensevelis à Herculanum, l’an 79 de notreère, par l’éruption du Vésuve. — On écrivait sur labande de papyrus toute préparée, en colonnes parallèlesdont la hauteur était égale à ta largeur du rouleau. Lapremière colonne, à gauche, restait libre pour le titre, la dernière, à droite, portait diverses indications: nomÙ3 l’auteur et de l’ouvrage, stichométrie. Voir fig. 105, le fac-similé du papyrus d’Hypéride (n «siècle avant J.-C).On collait ordinairement l’extrémité de la bande surune tige cylindrique (ojmpaXo; , umbilicu» ) autour delaquelle s’enroulait le volume. À un des bouts renflés dela tige était suspendue une étiquette portant le titre<lu livre et son numéro d’ordre. — La bande de papyrusne s’écrirait que d’un seul côté, celui où les fibres de lamoelle étaient horizontales. L’écriture encore fraîchepouvait s’effacer à l’éponge, mais le grattage était peu

tablettes pour le même office et on lui donna la mêmeforme, la forme de cahiers juxtaposés et cousus ensemble.C’est l’origine de notre livre actuel. — Le codex nesupplanta le rouleau que lentement et pas avant laquatrième siècle de notre ère pour les ouvrages littéraires.On l’employa d’abord pour les traités classiques, grammaires, dictionnaires, etc., où le rouleau, avec sesdimensions uniformes et son maniement toujours unpeu long, était incommode. Puis vinrent les traités juridiques, d’où le nom de codex, «code,» pour désigner lesrecueils de lois. Nous verrons que les chrétiens furentles premiers à adopter le codex pour leurs livres sacrés.1° Codex hébreux. — Les Bibles hébraïques à l’usagedes particuliers sont en général des codex et non pasdes rouleaux. La page est presque toujours divisée enplusieurs colonnes, trois le plus souvent. Le nombre delignes dépend naturellement du format, mais commele format in-octavo domine il est en moyenne de vingt106. — Fac similé d’un manuscrit opistographe de la Politique d’Aristote. Papyrus du British Muséum.

praticable. On possède cependant quelques papyrus opis"thographes (Gg. 106) et même quelques palimpsestes. —Comme on pouvait toujours coller de nouvelles feuilles, la longueur de la bande était indéfinie. On a découvertdans les tombeaux égyptiens des bandes assez longuespour contenir tout le Livre des Morts: ainsi le papyrusd’Orbiney a 21 mètres, le papyrus magique Harris atteint43 m 50. Sur ce dernier on pourrait écrire Y Odyssée entière.Mais les rouleaux destinés à l’usage des vivantsétaient de proportions beaucoup plus modestes, car leslongs volumes sont fragiles et peu maniables. On donnaitdeux ou trois mètres à un livre de poésie; dequatre à six à un livre de prose. Dans les peinturesgréco-romaines, les rouleaux remplissent à peine lamain (fi g. 107) et ne paraissent pas avoir plus de 20ou 30 centimètres de largeur. Ceux d’Herculanum sontparticulièrement petit*.

II. codex ou livre carré. — On appelait autrefoistaudex ou codex l’assemblage de plusieurs tablettes decire qui prenaient le nom de diptyques, triptyques eten général polyptyques, suivant le nombre des planches.Sénéque, De brevit.vitæ, 13. On s’en servait surtout pourccrire les comptes, d’où l’expression: labulse ou codexaccepli et expensi, et on les conservait dans les archivesde famille (tabulina). Pline, H. N., xxxv, 7. Quand leparchemin devint d’un usage commun, il remplaça les

cinq ou trente. Les lignes, courtes, renferment rarementvingt lettres et quelquefois pas plus de dix. Le codexOriental 1474, du Musée Britannique, avec sa colonneunique de cinquante-trois lettres, est un cas tout àfait exceptionnel. — À rencontre des rouleaux liturgiques, les codex sont accentués et munis de leurspoints-voyelles. Les trois marges, supérieure, inférieureet extérieure, ainsi que les entrecolonnements sont garnisde notes diverses qui constituent la grande et la petitemassore. Voir Massore.

2° Codex grecs et latins. — À part quelques raresfragments de papyrus qui peuvent dater du me siècle, mais dont l’époque n’est pas facile à préciser, les livresbibliques en grec et en latin ne nous ont été conservésque sous la forme de codex. Il y en a de toutes les dimensions, depuis l’énorme in-folio de Stockholm, surnomméGigas librorum (voir t. iii, col. 238), jusqu’aux joliesbibles de poche du xiu 8 et du xrve siècle. Les plusanciens, le Vaticanus, le Sinaiticus et le Vercellensis(Évangiles selon l’ancienne version latine) datent duiv" siècle. C’est l’époque où la forme de codex devintgénérale pour tous les livres. Auparavant elle n’étaitqu’exceptionnelle, par exemple pour les livres destinésà être emportés en voyage ou pour les traités degrammaire, de lexicographie, de jurisprudence. Leschrétiens paraissent l’avoir adoptée de bonne heure et

relativement plus tôt que les auteurs païens. Elle sepropagea très vite et à la fin du iv» siècle saint Jérômenous parle plus souvent de codex que de rouleaux(volumina).

Les exemplaires existants sont généralement composésde cahiers de trois ou quatre feuillets doubles (temianes, quaterniones, douze et seize pages respectivement).Quelqueiuis les cahiers ont cinq feuillets doubles ouvingt pages. Il en est ainsi pour le Vaticanus, le Marchalianus, le Rossanensis, etc. — Il est assez rare queles pages soient à une seule colonne, excepté pour lesmanuscrits gréco-latins, comme le Codex Bezx, t. i, col. 1768, le Laudianus des Actes, col. 127, le Claromonlanus, t. ii, col. 795, et YAugiensis de saint Paul, où legrec et le latin se font pendant sur les deux pages juxta107. — Livres en forme de rouleaux.

D’après Mazois, Palais de Sctmrus, pi. 8, p. 232.

posées. Cependant le Codex rescriptus Ephrserni, manuscritunilingue, n’a qu’une seule colonne, t. ii, col. 1872.Le nombre des colonnes tant pour les manuscrits grecsque pour les latins est généralement de deux, quelquefoisde trois (Sinaiticits, Psautier d’Utrecht, Heptateuque deLyon). Le Vaticanus, avec ses quatre colonnes à la page, présente une disposition unique en son genre. On avoulu voir dans la pluralité des colonnes un souvenirdes rouleaux qui offraient toujours à l’œil du lecteur^plusieurs colonnes à la fois. Il est probable qu’il ne fauty chercher qu’une simple raison de commodité, lescopistes préférant les lignes courtes où le regard s’égaremoins facilement. Le Codex Ephrserni, avec son uniquecolonne, compte une quarantaine de lettres à la ligne; le Vaticanus en a seize, le Sinaiticus seulement douze, etYAlexandrinus, avec sa double colonne, environ vingt-deux.Il représente à peu près la moyenne des manuscrits.Bibles de luxe. — De bonne heure, artistes et calligraphesrivalisèrent d’efforts pour orner la Bible et luidonner une magnificence extérieure en rapport avec lavénération dont elle était l’objet. Les cinquante exemplairesqu’Eusèbe fit copier pour Constantin étaient d’unesplendeur vraiment impériale. Vila Const., iv, 37, t. xx, Col. 1185: èv TtoXviTeXwç ^(rxr.fiévoiç Te-j-/e<ri. Le Vaticanusle Sinaiticus, qui datent peut-être de cette époque et

sont en tout cas du iv s siècle, peuvent nous en donnerune idée. Le parchemin du Sinaiticus provient de trèsfines peaux d’antilopes et les feuillets sont si grands(environ 0, 34 X 0, 37) que chaque animal, au dire deTischendorf, n’a pas pu en fournir plus de deux, h’A lexandrinuset le Claromontanus leur sont à peine intérieursen beauté. Plus tard le parchemin nu parut trop vulgaire: on le teignit de pourpre. Anciennement le parchemincoloré ne servait guère que pour les gaines ouétuis dans lesquels on enfermait les rouleaux de prix, ou pour les étiquettes (index, o-O.Xvêoç) qu’on suspendaità l’extérieur pour indiquer le titre du livre et son nu-mérod’ordre. Mais nous apprenons de Jules Capitolinque Maxime le Jeune encore écolier reçut d’une de sesparentes un Homère, écrit sur pourpre en lettres d’or.Ce luxe paraît avoir été assez fréquent pour les Livressacrés, s’il faut en juger par les sorties de saint Jérôme, contre ces collectionneurs plus curieux du dehors quedu dedans. Prsef. in Job, t. xxviii, col. 1142; Epist., cvii, ad Lselam,% t. xxii, col. 876; Epist., xxii, adEustochium, 32, t. xxii, col. 418. Cf. S. Isidore, Etymol., vi, 11, t. lxxxii, col. 240. On sait avec quel esprit saintJean Chrysostome, In Joa. Boni, xxii, t. lis, col. 187, raille, chez ses contemporains, le même travers. Ilnous est resté d’assez nombreux spécimens de ces biblesluxueuses. On peut citer pour le grec: le Codex purpureusRossanensis (Evangiles à peintures de Rossano), leCodex purpureus Beratinus (Évangiles de Bérat d’Albanie), le Codex purpureus Petropolitanus (Évangiles dePatmos ou de Saint-Pétersbourg), le Codex Sinopensisrécemment entré à la Bibliothèque nationale de Paris; pour le latin: le Codex Ad» de Trêves, les Évangiles deSaint-Médard (Bibliothèque nat., lat. 8850); le manuscritHamilton 251, maintenant à Oswego (États-Unis), lesÉvangiles de Vienne, appelés «Évangiles du sacre», parce que c’est sur cet exemplaire que les empereursprêtent serment.

Au point de vue du luxe et de l’art, aucun ouvragen’a jamais été mieux traité que la Vulgate latine. Lesscribes irlandais, anglo-saxons, français, allemands, italiens et espagnols, l’embellirent à l’envi. Commetypes de Bibles anglaises, il suffit de mentionner le Bookof Kells, le Book of Lindisfarne, le Codex aureusHolmiensis conservé à Stockholm mais provenant deCantorbéry. L’Espagne offre de très beaux spécimensdans le Cavensis, le Toletanus, le Legionensis I, les troisBibles d’Alcala (maintenant à l’Université centrale deMadrid). La France ne resta pas au-dessous, surtout àpartir de Charlemagne. Deux célèbres écoles de calligraphiesse formèrent: l’une à Fleury, sous l’impulsionde Théodulfe qui en était abbé, l’autre à Saint-Martin deTours qui avait pour abbé Alcuin. Les deux Biblesjumelles de Théodulfe, la Bible de Mesmes (Bibliothèquenat., n° 9380) et la Bible du Puy sont des chefs-d’œuvrede calligraphie: «Rien ne dépasse, comme finesse etcomme élégance, cette gracieuse minuscule écrite, enplus de soixante feuillets de l’un comme de l’autremanuscrit, sur parchemin pourpré, en des traits déliésd’argent rehaussé d’or.» S. Berger, Histoire de laVulgate, p. 145. Les Bibles de Tours sont à peine inférieures.Nommons le Codex Vallicellianus (B 6 de laVallicellîaha, Rome), la première Bible de Charles leChauve (Biblioth. nat., lat. 1), la Bible de Bamberg, laBible de Berne, la Bible de Zurich, la Bible de Grandval(Musée britannique, add. 10546), sans oublier la deuxièmeBible de Charles le Chauve (Biblioth. nat., lat. 2) le CodexPaulinus (Saint-Paul-hors-les-Murs, Rome), les Évangilesde Saint-Emmeran (Biblioth. royale de Munich, lat. 14000) «le plus luxueusem*nt décoré peut-être desmanuscrits des Évangiles. Il est écrit en entier en lettresd’or». Berger, Histoire, p. 295. Il faudrait passer enrevue, pour être juste, toutes les autres écoles de calligraphie, Einsiedeln et Reichenau, Bobbio et Milan,

Luxeuil et Corbie, Saint-Gall, etc. — Ce luxe s’expliquenon seulement par la vénération envers les Livres Saints, mais aussi par le fait que plusieurs de ces exemplairesfastueux étaient destinés à de grands personnages. AinsiVA miatinus devait être offert au Saint-Siège. On conserveau Vatican une Bible hébraïque (Urbin. hebr. 1) quiserait d’un usage fort incommode, à cause de ses dimensionsgigantesques — 58 1/2 centimètres de haut, 40 delarge, 28 1/2 d’épaisseur, reliure comprise — mais quiest une merveille pour la richesse des matériaux et labeauté de l’exécution. Elle comprend 979 feuillets defort vëlin et renferme, outre le texte, le targum et lesmassores. C’est un présent des juifs au pape.

V. ÉCRINS ET ARMOIRES À SERRER LES LIVRES. — Les

livres sacrés des Juifs devaient être enfermés dans unegaine de cuir ou de parchemin, ou enveloppés dansune étoffe de soie, de lin ou de laine. Cette enveloppeappelée mitpahat (voile ou manteau, 1s., iii, 22; Ruth, m, 15) participait à la sainteté du livre et devait êtreenterrée, elle aussi, quand elle devenait hors d’usage.C’était une profanation que de toucher une Thora «nue», c’est-à-dire dépouillée de son enveloppe. Le Talmud estplein de prescriptions relatives à ce point. Voir Blau, Studien, p. 173-177. — L’armoire où la Loi était conservéedans les synagogues s’appelait’drôn, «arche,» ou plus souvent fêbâh, x caisse, boite.» Saint Jérômey fait souvent allusion. Chez les Grecs et les Romainsles rouleaux de luxe, spécialement les livres de poésies, étaient aussi enfermés dans un étui de parchemin, d’étoffe ou de cuir. Mais en général on se passait decette précaution; les rouleaux d’Herculanum et ceuxqu’on «trouvés dans les tombeaux d’Egypte n’avaientpas cette enveloppe; on se contenait de les lier avec uncordon pour les maintenir plies. Quand un ouvrage avaitplusieurs tomes, on les enveloppait ensemble dans unefeuille de parchemin ou simplement dans nno espècede papyrus d’emballage appelé par Pline charla emporetica.Si le nombre des tomes était considérable ou s’ils’agissait d’un ouvrage précieux, on se servait d’uneboite, capsa, scrînium, pandectes, bibliotheca, où chaquelivre avait son casier distinct. On sait qu’à partir desaint Jérôme, le mot bibliotheca, et à partir de Cassiodore, le mot pandectes, sont très fréquemment employés pourdésigner l’ensemble du Livre par excellence, la Bible.Le codex contenant tous les livres sacrés s’appelaitcorpus, en grec <j(â|ioc. Tous ces termes se trouventréunis dans la Bible de Charles le Chauve. On lit dansle Codex Vallicellianus à la fin de l’Apocalypse:

Nomine Pandectem proprio vocitare mémentoHoc Corpus sacrum, lector, in ore tuo,

Quod nunc a multis constat Bibliotheca dictaNomine non proprio, ut lingua pelasga docet.

VI. Bibliographie. — Th. Birt, Dos antike Buchwesen, Berlin, 1882 (reste malgré des lacunes et quelques idéessystématiques l’ouvrage fondamental sur la matière); Ém. Egger, Histoire du livre, Paris, 1880; H. Géraud, Essai sur les livres dans l’antiquité, partie, chez lesRomains, Paris, 1840; V. Schultze, Rolle und Codex, ein archaol. Beitrag zur Geschichte des N. T., Gùtersloh, 1895; W. Wattenbach, Bas Schriftwesen im Mittelalter, 3 8 édit., Leipzig, 1896; K. Dziatzko, Untersuchungenûber ausgewâhlte I’apitel des antïken Buchwesen, Leipzig, 1900; K. Dziatzko, dans Real-Encyclop. derclassischen Alterthumswissenschaft de Pauly-Wissowa, art. Buch, t. iii, col. 939-971; Buchhandel, ibid., col. 973, 985; Bibliotheken, ibid., col. 405-424; Steinschneider, Vorles. ûber die Kunde hebrâischer Randschriften, Leipzig, 1897; Steglich, Schrift und Bùcherwesen derHebràer, Leipzig, 1876; L. Blau, Studien zum althebr.Buchwesen, Strasbourg, 1902; G. Lafaye, dans le Dict.des antig. grecques et romaines de Daremberg et Saglio, art. Liber, t. iii, p. 1177-1288. F. Prat.

2. LIVRE (subdivision, partie d’ouvrage). — I. Deuxinnovations des Alexandrins. — 1° Division d’un ouvrageen livres. — Les anciens ne connaissaient pas ladivision d’un ouvrage en plusieurs livres, d’un poèmeen plusieurs chants d’étendue à peu près égalé. L’Iliadeet l’Odyssée comprenaient bien un certain nombre derhapsodies qu’on pouvait réciter séparément, mais cesrhapsodies ne répondaient pas du tout à nos chants actuelset nous apprenons d’un scholiaste qu’on les écrivaità la file sans autre marque de séparation que lesigne appelé coronis. Ni Hérodote ni Thucydide ne divisèrentleur histoire en livres. Le scholiaste de ce dernierle note expressément et, à défaut d’autre témoignage, l’examen de l’œuvre d’Hérodote le démontreassez. Nous pouvons dire la même chose de Xénophon, de Platon, de Théophraste, en un mot de tous les auteursqui ont précédé l’ère d’Alexandre. Quand fut fondée, à Alexandrie, la grande bibliothèque du Bruchéion, avec ses écoles annexes de grammairiens et de critiques, on dut vite éprouver la vérité du mot de Callimaque: «Un gros livre est un gros embarras.» Qu’on se figurel’Iliade d’Homère ou les Muses d’Hérodote écrites surun même rouleau de papyrus. Que de peine et de tempsperdu pour retrouver un passage ou vérifier une citation! On divisa donc chacun des deux poèmes d’Homère envingt-quatre chants destinés à être écrits sur autant depetit* rouleaux et désignés par la série des lettres del’alphabet grec. Hérodote fut partagé en neuf livres quiprirent le nom des neuf Muses. Le même principe futensuite appliqué aux autres ouvrages. Nous ignoronsquel fut l’auteur de cette innovation; mais il doit avoirvécu sous les premiers Ptolémées, car, à partir de cemoment, tous les écrivains sectionnèrent eux-mêmesleurs ouvrages de longue haleine en livres de longueuruniforme. — Les rouleaux vendus dans le commerce nevariaient qu’entre certaines limites, ce qui imposait auxauteurs l’obligation de ne pas dépasser une certaineétendue. Pour les ouvrages purement littéraires, cetteobligation devenait quelquefois gênante, mais elle l’étaitsurtout pour les écrits où toute division logique paraissaitarbitraire: traités de lexicographie, recueils de lois, commentaires etc. Saint Jérôme se plaint maintes foisd’être obligé de couper ses livres contrairement au sens, pour ne pas dépasser le modus voluminis, la grandeurnormale des rouleaux de commerce. In Ezech., lib. IV, 1; lib. VII, 1; lib. IX, 1; lib. X, 1, t. xxv, col. 107, 199, 265, 295, etc. — Ce morcellement d’un ouvrage en ungrand nombre de livres avait deux autres inconvénients: 1° quand l’étiquette portant le titre venait à tomberon ne savait plus à quel livre on avait affaire; 2° unou plusieurs rouleaux s’égaraient facilement et alors onavait un ouvrage dépareillé. La plupart des ouvrages del’antiquité nous sont ainsi parvenus incomplets et leslivres qni restent ne se suivent pas. Pour obvier au premierinconvénient, plusieurs auteurs, entre autres Diodorede Sicile et saint Jérôme, avaient pris l’habitudede placer au début de chacun de leurs livres une petitepréface indiquant son numéro d’ordre: Ne librorumnumerus confundatur et per longa temporum spatiadivisorum inter se voluminum ordo vitietur, prsefatiunculassingulis libris prmposui, ut ex fronte titulistatim lector agnoscat quotus sibi liber legendus. S. Jérôme, In Ezech., lib. V, 1, t. xxv, col. 139. On remédiaitau second inconvénient en serrant les livres dans unmême écrin, où ils étaient disposés comme des flaconsdans une boite de pharmacie. Mais l’expérience n’a quetrop prouvé que le remède était inefficace.

2° Unité de mesure. Stichométrie. — Dans les ouvragesde poésie, la longueur de la ligne était naturellementcelle duvers et l’étendue d’un poème était proportionnelleau nombre des lignes. Vlliàde ayant 15693 verset l’Odyssée 12118, les chants ont en moyenne 654 et504 vers respectivement. Le chant le plus long a, dans

Y Iliade, 909 vers, dans YOdyssée 847. C’est la mesure àlaquelle les poètes, tant grecs que latins, se conformèrent.A part Apollonius de Rhodes et Lucrèce, ils sonttrès rares les poètes épiques, lyriques oudidactiques, dont les chants dépassent un millier de vers. Voir lesstatistiques dans Birt, p. 289-307. — Les livres de proseétaient plus considérables. Voici comment on les évaluait.On convint de prendre pour unité de mesurel’hexamètre grec renfermant en moyenne quinze ouseize syllabes et trente-cinq ou trente-sis lettres. Cetteunité s’appela stique, ou «rrtjcoç, «rangée, ligne,» ouencore ênoç, «vers épique, hexamètre,» en latin versus.On obtenait le nombre de stiques d’un ouvrage soit enécrivant un exemplaire type en lignes normales, soitpar une évaluation approximative. On en consignait lerésultat à la fin du volume. Les grammairiens ancienset les manuscrits nous ont conservé un grand nombred’évaluations stichométriques qui concordent suffisammentavec les faits. Voir Birt, p. 162-209. — Les Musesd’Hérodote avaient de 2000 à 3000 stiques. C’est la mesurequ’observèrent plus tard les prosateurs: historiens, philosophes, géographes, auteurs de traités didactiques.Quelques auteurs ne donnent exceptionnellement à leurslivres que 1500 ou même 1200 stiques, d’autres atteignentou dépassent le nombre tout à fait anormal de4000 ou même de 5000 stiques, mais la très grande majoritéoscille entre 1 800 et 3000 stiques. — La stichométrieainsi entendue — plus tard on désigna quelquefoispar ce mot l’habitude de terminer la ligne avec lesens, la colométrie — offrait un triple avantage. D’abordelle permettait les références. On renvoyait au stiquecomme on renvoie maintenant au chapitre et au verset.De plus elle fermait la porte aux suppressions et aux interpolationsau moins trop considérables. Enfin elleservait à déterminer une fois pour toutes le prix de l’ouvrageet la rétribution due au copiste. C’est même cettetroisième raison d’ordre pratique qui contribua le plussans doute à la généraliser.

3° Stichométrie des livres de la Bible. — Beaucoupde manuscrits grecs et latins offrent, à la fin de chaquelivre, des indications stichométriques et on possède enoutre plusieurs listes donnant la stichométrie des diverslivres. Ces listes se trouvent: 1. dans le CodexClaromontanus (D de Paul, Paris, Biblioth. nat. Grec107) entre l’Épître à Philémon et l’Épître aux Hébreuxet en latin seulement; 2. dans le manuscrit de Freisingen(Munich, lat. 6243), publié par Turner en 0000; 3. dans le manuscrit de F. Arevalo (Vatican, Reg. 199, fol. 84); 4. dans un manuscrit de la Bibliothèque Barberini, m, 36, maintenant au Vatican; 5. dans un manuscritdu mont Athos (n. 507 du monastère de Vatopedi); 6. enfin dans Nicéphore. Ces listes sont publiéesen colonnes parallèles dans un article de M. D. Serruysparu dans les Mélanges d’archéologie et d’histoire(École française de Rome), 1902, fasc, 2-3 p. 196-207. Lesrésultats sensiblement pareils, sauf les erreurs de scribe, confirment les recherches de Ritschl, Opusculaphilolog., Leipzig, 1866, et de Graux, Nouvelles recherches sur lastichométrie, dans la Revue de philologie, 1878, p. 97-143..Le stique renferme en moyenne de 34 à 36 lettres et leetichisme devait être établi une fois pour toutes. —S. Berger, qui a spécialement étudié la stichométrie desBibles latines arrive à cette conclusion que, si les manuscritslatins copient quelquefois les résultats trouvésdans les manuscrits grecs, c’est l’exception: «Jusqu’àplus ample informé nous devons croire que le texte ordinairedes manuscrits latins est en général indépendantde la stichométrie des Grecs. On peut établir quece système a été, en grande partie, créé directement, surles manuscrits latins, par les libraires.» Cf. S. Berger, Histoire de la Vulgate, 1893, p. 322; pour les listes, p. 323.

II. Division actuelle des livres bibliques..— Lestraducteurs grecs de la Bible se trouvèrent en présence

de plusieurs ouvrages qui dépassaient de beaucoupl’étendue d’un volume normal. La Thora renfermait lamatière de quatre ou cinq rouleaux de longueur moyenne.Quand on eut séparé la Genèse et le Deutéronome, quise détachent naturellement, le reste fut divisé en troisrouleaux et on donna à chacun un titre, résumant assezbien le contenu, pour l’inscrire, suivant l’usage alexandrin, sur l’étiquette (<x! XXyëa; ), appendue à l’extérieur.Ces cinq volumes furent enveloppés ensemble dans unefeuille commune ou disposés dans une même boite àcompartiments: on eut ainsi le Pentateuque (71 îtsvrâreuxoC) sous-entendu auyyptxpri, <n l’écrit aux cinq casiers, aux cinq compartiments» ). La division du Pentateuqueest aussi logique qu’il est possible de le désirer.

— Samuel, les Rois, les Paralipomènes, qui en hébreune formaient respectivement qu’un livre, furent aussicoupés en deux à cause de leur longueur. Le point dedivision de Samuel, à la mort de Saûl, et celui des Paralipomènes, à la mort de David, fut bien choisi; maiscelui des Rois, en plein règne d’Ochozias, ne fut pasheureux. Esdras et Néhémie, qui ensemble ne formentpas un volume de longueurnormale, ne furent pointdivisés par les Septante. Ils comptaient Esdras-Néhémiecomme second livre d’Esdras; celui que nous nommonstroisième d’Esdras étant le premier dans les Bibles grecques.Esdras ne fut séparé de Néhémie que dans les copiesde la Vulgate, et cela malgré l’autorité de saint Jérômeet de saint Isidore. Quant aux cinq divisions desPsaumes, appelées quelquefois livres, elles n’ont paspour origine le sectionnement des Alexandrins: il estprobable qu’elles représentent cinq collections diverses, entrées successivement dans le canon. — Les Juifs n’acceptèrentpas en général les divisions nouvelles, introduitespar les traducteurs de la Bible. Samuel, les Rois, les Paralipomènes continuèrent à être regardés par euxcomme un seul livre respectivement. La division desSeptante n’était encore indiquée que par un astérisqueet une note dans la Bible hébraïque de Daniel Bomberg, Venise, 1516-1517. En revanche, les cinq livres de laThora furent très anciennement connus des Juifs palestiniens; ils s’appelaient les «cinquièmes», J}ômesim, dela Loi et étaient désignés par les premiers mots hébreux: Berêsîp, la Genèse, etc. — C’est une question de savoirsi le Livre de Ruth fut ajouté par les Septante aux Jugeset les Lamentations à Jérémie afin d’avoir des rouleauxcomplets, ou si, au contraire, Ruth fut détaché des Jugeset les Lamentations de Jérémie à l’époque où les Juifsrangèrent ces deux écrits parmi les Megillôth. Le Talmudfavorise expressément la première alternative, celle de l’autonomie primitive de Ruth et des Lamentations, qui est admise par la plupart des érudits contemporains.La seconde nous paraît plus probable. En effet, l’ancien canon palestinien, au témoignage de Josèphe, d’Origène et de saint Jérôme, ne comprenait que vingt-deuxlivres et il semble que les Lamentations ne devinrentun écrit indépendant que lorsqu’on commença àles lire publiquement, le jour anniversaire de la ruinedu Temple. Nous croyons que le chiffre de vingt-quatrereprésente plutôt la tradition de l’école de Jamnia quifut le berceau du rabbinisme; et voilà pourquoi leTalmudl’a adopté. — Nous pensons du reste que les nombresfatidiques exercèrent un certain rôle sur l’admissionet la classification des livres du canon. On ne voulait avoirque quatre rouleaux de prophètes, et Daniel, qui auraitfait le cinquième, fut relégué parmi les hagiographes. Demême, le nombre de douze petit* prophètes était sacramentel.— Les volumes se rouvraient quelquefois pourrecevoir des additions admises dans le canon. Sansparler des Psaumes, formés de cinq collections distinctes, et, semble-t-il, successives, le Livre des Proyerbescomprend des parties assez hétérogènes: 1. un petittraité sur la sagesse, i-ix; 2. les Proverbes de Salomon, ix-xxrv; 3. les Proverbes recueillis du temps du roi Ezéchias, xxv-xxix; 4. les paroles d’Agur, xxx; 5. les paroles de Lamuel, xxxi, et le fragment xxv, 23-34.

III. Ordre des livres de la Bible. — Les éditions imprimées de la Bible, en hébreu, en grec et en latin, rangent les livres sacrés dans un ordre différent pour chaque langue, mais à peu près le même pour la même langue. Les manuscrits sont loin de présenter cette uniformité.La place des livres bibliques y varie à l’infini.La raison de ce phénomène s’explique facilement. Longtemps les livres eurent une existence pour ainsi dire autonome et occupèrent chacun un rouleau à part. Quand on les réunit dans un même codex, il fallut leur assigner une place fixe et l’on partit pour cela de points de vue très différents, lors même que le hasard ne présida pas à la disposition.

Ordre des livres dans les Bibles hébraïques. — En hébreu, les livres sont généralement rangés par séries, selon l’ordre d’admission dans le canon: 1. la Loi; 2. les Prophètes; 3. les Hagiographies. La Loi vient toujours en tête et les Hagiographes ferment la marche. On rencontre des manuscrits où les cinq Megillôth (Cantique, Ruth, Lamentations, Ecclésiaste, Esther) suivent immédiatement le Pentateuque. Les premiers Prophètes (Josué, Juges, Samuel, Rois) sont disposés par ordre chronologique. Mais au sein des derniers Prophètes et des Hagiographes la variation est grande. Les cinq premières éditions de la Bible entière (Soncino, 1488; Naples, 1491-1493; Brescia, 1494; Venise, Bible rabbinique, 1517; Venise, Bible avec massore. 1524-1552) offrent l’ordre suivant, qui est l’ordre ordinaire de nosBibles hébraïques actuelles: Pentateuque, premiersProphètes, Isaîe, Jérémie, Ezéchiel, 12 petit* Prophètes; Psaumes, Proverbes, Job, Cantique, Ruth, Lamentations, Ecclésiaste, Daniel, Esther, Esdras-Néhémie, Paralipomènes.C’est, pour les Prophètes, l’ordre du fameuxcodex de Saint-Pétersbourg écrit en l’an 916. Mais le Talmud de Babylone préférait l’ordre de longueur: Jérémie, Ézéchiel, Isaïe, 12 petit* Prophètes; et on trouve des manuscrits où ces derniers ouvrent la série; d’autres, où Jérémie vient en troisième lieu. Quant aux orne Hagiographes, Ginsburg, Introd. to the massor. edit. of the Hebrew Bible, Londres, 1897, p. 7, donne la listede leur huit dispositions principales. Pour l’ordre relatif des Megillôth, quand elles sont à part, voir ibid., p. 4.

Ordre des livres dans les Bibles grecques. — Les manuscrits des Septante débutent régulièrement par l’Octateuque (Pentateuque, Josué, Juges et Ruth) suivi des quatre Livres des Rois et des Paralipomènes. À partir de là, l’ordre varie d’un exemplaire à l’autre. Voici celui qu’adopte Swete, The Old Test. in Greek, Cambridge, 2e édit., 1896: I Esdras (notre troisième livred’Esdras non canonique), II Esdras (Esdras et Néhémie réunis en un seul livre), Psaumes, Proverbes, Ecclésiaste, Cantique, Job, Sagesse, Ecclésiastique, Esther, Judith, Tobie, 12 petit* prophètes (Osée, Amos, Michée, Joël, Abdias, Jonas, Nahum, Habacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachie), Isaïej Jérémie et Lamentations, Ezéchiel, Daniel, Machabées. Inutile de dire que cet ordre n’est ni le seul ni peut-être le plus commun.Ainsi, dans l’Alexandrinus, les Prophètes, y compris Daniel, viennent après les Paralipomènes; ils sont suivis eux-mêmes par les autres livres historiques, et les livres sapientiaux terminent la liste. Il est impossible et assez superflu de classer les différentes dispositions des livresde l’Ancien Testament grec. — Pour le Nouveau, l’ordre le plus commun, en ne tenant compte que des séries, est le suivant: Évangiles, Actes, Épîtres catholiques, Paul, Apocalypse. C’est l’ordre adopté par Westcott et Mort. Il est presque sans exemple que les Évangiles ne soient pas en tête: on cite quatre ou cinq exceptions et, une fois au moins, c’est la faute du relieur. Mais, assez souvent, Paul précède les Actes; fréquemment il les suit, comme dans la Vulgate actuelle. L’ordre des diverslivres, dans les séries, est loin d’être fixe. On a par exemple Matthieu-Jean-Luc-Marc, dans le codex de Bèze, Jean-Luc-Matthieu-Marc, dans le codex de Fabri, etc. L’Épître aux Hébreux est généralement la quatorzième de Paul, mais les quatre grands codex (Vaticanus, Sinaiticus, Alexandrinus, Ephræmi) l’intercalent entre les neuf Épîtres aux Églises et les quatre lettres aux particuliers.

Ordre des livres dans les Bibles latines. — 1. Ancien Testament- — S. Berger, qui a étudié ce sujet avec le plus grand soin, - Histoire de la Vulgate, Nancy, 1893, p. 331-342, ne compte pas, pour l’Ancien Testament seulement, moins de 212 ordres différents, distribués en sept séries principales, et il déclare expressément que cenombre pourrait être augmenté: — 1re série (16 subdivisions): Ordo Legis, Ordo Prophetarum, Ordo Hagiographorum. C’est l’ordre hébreu indiqué par saint Jérôme dans son Prologus galeatus et qui fut adopté par Théodulfe, mais en intercalant les deutérocanoniques.— 2e série (32 subd.). Cet ordre, qui semble être celui de Cassiodore et d’Alcuin, a le même point de départ que le précédent, mais il rapproche les livres similaires, Daniel des Prophètes, la Sagesse de l’Ecclésiaste, etc. — 3e série (43 subd.): Ordo Veter. Test., Ordo Prophetarum, Ordo Historiarum (Job, Tobie, Esdras, Judith, Machabées). C’est l’ordre suivi dans l’Amiatinus et peut-être dans les manuscrits italiens en général. — 4e série (63 subd.): Livres historiques, doctrinaux, prophétiques, enfin Machabées comme trait d’union entre les deux Testaments. C’est l’ordre inauguré, au xiiie siècle, par le Textus Parisiensis et qui est devenu l’ordre actuel. — 5e série (13 subd.). Sous ce chef sont rangées les anomalies soit voulues soient accidentelles.— 6e série (25 subd.): Job après Octateuque, C’est l’ordre signalé par saint Jérôme, Epist., lui, 8, t. xxii, col. 545, et suivi par Alcuin dans ses deux poèmes. — 7e série (20 subd.). Ordre des heures canoniales: Isaïe, Paul, Jérémie, etc. Les livres qu’on ne lit pas dans l’office divin s’intercalent parmi les autres un peu au hasard. — 2° Nouveau Testament. — Pour le Nouveau Testament, S. Berger distingue 38 ordres, sans tenir compte des divers arrangements des Épîtres catholiques, de celles de Paul, des Évangiles. Or les Épîtres de saint Paul n’ont pas moins de 11 ordres particuliers. Les dispositions les plus communes sont les quatre suivantes. — 1. Évang., Act., Paul, Cath., Apoc. — Canon de Muratori, Concile de Carthage, Amiatinus, Vulgate actuelle. — 2. Évang., Act., Cath., Paul, Apoc. — Saint Jérôme, Epist., lui, 8, t. xxii, col. 548; Cassiodore.— 3. Évang., Paul, Act., Cath., Apoc. — Fuldensis, Textus Parisiensis. — 4. Évang., Paul, Cath., Act., Apoc.— Bibles espagnoles, Théodulfe.

En résumé, «toutes les combinaisons possibles semblent épuisées. Le Pentateuque, en tête de l’Ancien Testament, l’Évangile, au seuil du Nouveau, ont presque seuls une place fixe; encore cette place n’est-elle pas tout à fait invariable. La cause principale de ce désordre est certainement l’autonomie primitive des Livres sacrés, écrits sur autant de volumes distincts. Le vaste codexen encadrant chaque livre à une place déterminée, contribua beaucoup à l’exclusion des classem*nts fantaisistes. Il aida puissamment aussi à la conservation des écrits inspirés… Les deux petit* billets de saint Jean seraient-ils parvenus jusqu’à nous si, de bonne heure, on ne s’était accoutumé à écrire les sept Épîtres catholiques dans un même rouleau et aies considérer comme un tout inséparable?» Cf. F. Prat, Histoire du Livre dans l’antiquité, étude d’archéologie et de critique bibliques, dans les Études religieuses, t. lxxvii, 1898, p. 194-214.

F. Prat.

3. LIVRES APOCRYPHES. Voir APOCRYPHES (LIVRES), l. i. l, col. 767. 4. LIVRES PERDUS. — Un certain nombre de livres mentionnés dans l’Ancien Testament sont aujourd’hui perdus. Ce sont les suivants:

Le livre des guerres du Seigneur, Sêfér milḥamôṭ Yehôvâh; Βιβλίον Πόλεμος τοῦ Κυριου; Liber Bellorum Domini. Num., xxi, 14.

Le livre du Juste, Sêfér hay-Yâšâr; Βιβλίον τοῦ Εὐθοῦς; Liber Justorum. Jos., ix, 13; II Reg., i, 18. VoirJuste (Livre du), t. iii, col.

Trois mille Paraboles de Salomon (mâšâl; παραβολαί, parabolæ). III Reg., iv, 32 (hébreu, I Reg., v, 12).

Mille cinq Cantiques (Septante: πεντακισχίλίαι, du même roi (šîr; ᾠδαί; carmina). III Reg., iv, 32(hébreu, I Reg., v, 12).

Une histoire naturelle de Salomon: «Il parla des arbres, depuis le cèdre du Liban jusqu’à l’hysope qui sort de la muraille; il parla aussi des animaux, des oiseaux, des reptiles et des poissons» III Reg., iv, 33 (hébreu, I Reg., v, 13). Pour ces diverses compositions de Salomon, le texte ne dit pas que le roi les écrivit, mais qu’il les «parla», va-yedabbêr.

Les Annales des rois de Juda et d’Israël, Sêfér debarim, Dibrê hay-yâmîm, Sêfer ham-melakîm; Βιβλίον ρημάτών, etc; Verba dierum ou sermonum, etc. III Reg., xi, 41, etc. Voir Historiographe, t. iii, col. 723.

Les livres de Samuel, de Nathan, de Gad, de Séméia, d’Addo, d’Ahias, d’Isaïe (histoire d’Ozias et d’Ézéchias), de Jéhu, d’Hozaï. Voir Historiographe, t. iii, col. 723.

La lettre du prophète Élie à Joram, roi de Juda, mikṭàb; γραφή; litteræ. II Par., xxi, 12.

Le livre des jours du sacerdoce de Jean Hyrcan; Βιβλίον ἡμερῶν ἀρχιερωσύνης [Ἰωαννου]; Liber dierum sacerdotii [Joannis]. I Mach., xvi, 24.

10° Les descriptions de Jérémie; Ἀπογραφαί; Descriptiones. II Mach., ii, 1.

11° Histoire de Jason de Cyrène, dont le second livre des Machabées est l’abrégé. Voir Jason, t. iii, col. 1139.

Sur le livre de l’Alliance, que certains commentateurs regardent à tort comme un livre perdu, voir Alliance 3, t. i, col. 388.

Certains commentateurs pensent que ces livres perdus étaient inspirés; d’autres le nient. C’est là une question qu’il est impossible de résoudre.

Quelques autres écrits profanes, aujourd’hui perdus, sont aussi mentionnés dans l’Ancien Testament: — 1° Lettre de Jéhu, roi d’Israël, aux habitants de Samarie, IV Reg., x;

— 2° Lettres de Sennachérib, roi de Ninive, à Ézéchias, roi de Juda. IV Reg., xix, 14; II Par., xxxii, 17; Is., xxxvii, 14; — 3° Lettre de Mérodach-Baladan, à Ézéchias. IV Reg., xx, 12; Is., xxix, 1; — 4° Lettres du roi de Syrie, au roi d’Israël. IV Reg., v, 4; — 5° Lettredu faux prophète Séméia. Jer., xxxix, 25; — 6° Annales des rois des Perses et des Mèdes. Esther, x, 2; I Esd., iv, 5; — 7° Lettre de Béselam et autres, àArtaxerxès contre les Israélites. I Esd., iv, 7. — Voir J.-B. Glaire, Introduction aux livres de l’Ancien et du Nouveau Testament, 3e édit., 5 in-8°, Paris, 1862, t. i, p. 95-97.

5. LIVRES SAINTS, nom donné à la collection des Saintes Écritures. Nous le lisons dans I Machabées, xii, 9, sancti libri; en grec: βιβλία τὰ ἅγια. On voit que le mot Bible n’est que le mot grec correspondant à liberet que «Sainte Bible» est exactement synonyme de «Livres Saints». Voir aussi Josèphe, Ant. jud., i, vi, 2; Cont. Apion., i. Voir Bible, t. î, col. 1775.

LO-AMMI (hébreu: Lôʾʿammî; Septante: οὐ λαός μου (voy. Vulgate: non populus meus), nom symbolique donné par le prophète Osée au second fils qu’il eut de Gomer, fille de Débelaïm, et qui signifie «; non mon peuple», comme ont traduit les versions. Osée, i, 9-10, explique la signification figurée de ce nom. Dieu lui dit: «Appelle-le Lôʾʿammî (non mon peuple), parce quevous n’êtes pas mon peuple (Lôʾʿammî) et que je ne serai pas votre Dieu.» Le Seigneur annonce ainsi qu’il rejettera son peuple, à cause de son infidélité, et qu’il l’abandonnera à ses ennemis. Mais il aura pitié de lui et le ramènera de la captivité, et alors il ne sera plu» Là’'ammî, «non mon peuple,» mais ʿammî, «monpeuple.» Ose., ii, 1, 24 (hébreu, 25). Saint Paul, Rom., ix, 24-26, et saint Pierre, I Pet., ii, 10, ont appliqué laprophétie d’Osée à la conversion des Gentils, qui n’étaient pas auparavant le peuple de Dieu et qui par leur conversion sont devenus son peuple. — Avant Lô’'Ammi, Osée avait eu déjà de Gomer un autre fils et une fille, portant aussi l’un et l’autre un nom symbolique, Jezrahel et Lo-Ruchama.Voir Jezrahel 2, t. iii, col. 1544, et Lo-Ruchama.

LOBNA (hébreu: Libnâh; Septante: Codex Vaticanus, Λεμνά, Jos., xxi, 13; Λομνά, IV Reg., xix, 8; II Par., xxi, 10; Λημνά ci, IV Reg., xxiii, 31; Λοβνά, I Par., vi, 57 [hébreu, 42]; Λοβνάν, Is., xxxvii, 8; Σεννά, IV Reg., viii, 22; Codex Alexandrinus, Λεβνά, Jos., xxi, 13; Λομνά, IV Reg., viii, 22; xxiv, 18; Λoβνά, IV Reg., xix, 8; I Par., vi, 57; II Par., xxi, 10; Is., xxxvii, 8; Λoβενά, IV Reg., xxiii, 31), ville du sud-ouest de la Palestine, Jos., xxi, 13; IV Reg., viii, 22; xix, 8; xxiii, 31; xxiv, 18; I Par., vi, 57; II Par., xxi, 10; Is., xxxvii, 8, appelée aussi Labana, Jos., xv, 42, et Lebna. Jos., x, 29-32; xii, 15. Antique cité royale chananéenne, elle fut prise par Josué, Jos., x, 29-32; xii, 15, assignée à la tribu de Juda, Jos., xv, 42, et donnée aux enfants d’Aaron. Jos., xxi, 13; I Par., vi, 57 (hébreu, 42). Sous le règne de Joram, elle se révoltaet parvint à se soustraire à la domination de Juda.IV Reg., viii, 22; II Par., xxi, 10. Elle semble avoir été une place forte, puisque le roi d’Assyrie, Sennachérib, l’assiégea après avoir quitté Lachis, pendant sa campagne contre Ézéchias. IV Reg., xix, 8; Is., xxxvii, 8. La mère de Joachaz et de Sédécias, rois de Juda, était Amital, fille de Jérémie de Lobna. IV Reg., xxiii, 31; xxiv, 18. — L’emplacement de Lobna est jusqu’iciresté inconnu. Tout ce que nous savons, c’est qu’ildevait se trouver dans les environs de Beit-Djibrîn, l’ancienne Éleuthéropolis. Les données de l’Écriture et de la tradition nous conduisent, en effet, dans cette contrée. La conquête de Josué nous montre cette ville entre Macéda et Lachis (Tell el-Hésy). Jos., x, 29-32. Voir la carte de la tribu de Juda, t. iii, col. 1755. Dans l’énumération des villes de la tribu, elle fait partie du troisième groupe de «la plaine» ou Séfêlâh, dont la plupart des localités sont bien ou suffisamment identifiées: Ether (Khirbet el-’Atr), Esna (Idhna), Nésib (Beit-Nusib), Céila (Khirbet Qîla ou Kîla), Alarésa (Khirbet Mer’asch). Jos., xv, 42-44. Tous ces noms rayonnent autour de Beit-Djibrîn. La même conclusion s’appuie sur le témoignage d’Eusèbe et de saint Jérôme. Onomastica sacra, Gœttingue, 1870, p. 135, 274, qui signalent dans la région d’Éleuthéropolis un village, κώμη), appelé Lobna, Λοβανά. Quelques auteurs, se tondant sur l’étymologie de Libnâh, «blancheur,» ontcherché 4-identifier la ville avec Tell es-Sàfiyéh, l’ancienne Blanche-Garde des croisés, au nord-ouest de Beit-Djibrîn. Cl. Stanley, Sinai and Palestine, Londres, 1866, p. 258, note 1. D’autres réservent cette position stratégique remarquable pour Geth ou Masépha.Van de Velde, Memoir to accompany the Map of the Holy Land, Gotha, 1858, p. 330, a pensé à’Araq el-Menschiyéh, directement à l’ouest de Beit-Djibrîn. Enfin, Conder a proposé Khirbet el-Benaây, à 16 kilomètres au sud-est de Tell el-Hésy. Cf. Palestine Exploration Fund, Quarterly Statement, 1897, p. 69. Aucune de ces conjectures n’a d’appui solide; la dernière paraît

difficile à justifier, malgré le rapprochement onomastique

qu’on voudrait faire.

A. Legendre.

    1. LOBNI##

LOBNI (hébreu: Libnî, «blanc;» Septante: Ao6evi), nom de deux descendants de Lévi.

1. LOBNI, orthographe, dans la Vulgate, Exod., vi, 17; Num., xxvi, 58; I Par., vi, 17, 20, du nom du filsde Gerson qu’elle écrit Lelmi dans Num., iii, 18. VoirLebni, col. 143.

2. LOBNI, lévite, fils de Moholi, fils de Mérari.1 Par., VI, 29. Quelques critiques croient que ce léviteest le fils de Gerson, et qu’il y a ici dans le texte quelquelacune, mais le lait n’est pas établi.

    1. LOCATION##

LOCATION, mise à la disposition d’un autre, moyennant salaire, d’un objet qu’on possède ou de sonpropre travail. L’action de louer est exprimée par lesverbes sâkar, èxSiSo’vou, locare, (iiaOïitrairtai, conducere.

I. Louage des personnes. — Il se pratiquait chezles Hébreux. Jacob sert chez Laban pendant quatorzeans en vertu d’un véritable contrat de louage, dont leprix est la main de Lia, puis de Rachel. Gen., xxix, 20, 27; xxxi, 41. Les Hébreux qui s’engageaient commeesclaves ne faisaient ea somme que se louer à leursfrères pour un temps restreint, puisqu’ils avaient ledroit de se racheter eux-mêmes, Lev., xxv, 47-49, etqu’en tout cas ils redevenaient libres l’année sabbatiqueou l’année jubilaire. Un salaire était assuré à celui quise vendait ainsi par indigence, Lev., xxv, 39-47, ou quivendait sa fille pour le même motif. Exod., xxi, 7-11.L’esclave hébreu recevait de plus des troupeaux, descéréales et du vin quand arrivait son affranchissem*nt.Deut., xv, 13, 14. Voir Esclave, t. ii, col. 1921-1923.L’esclavage de l’Hébreu n’était donc guère qu’un louagequ’il faisait de_sa personne pour un certain nombred’années, et qui lui rapportait pour le moins la nourriture, le vêtement et le logement. Dans son cantique, Anne, mère de Samuel, parle de ceux qui, ayant eujadis tout à satiété, en venaient à se louer pour du pain.I Reg., ii, 5. — Michas avait loué un lévite pour luiservir de prêtre. Jud., xviii, 4. — On louait des ouvrierspour différents travaux. II Par., xxiv, 12. Voir Mercenaire.Au temps de Notre-Seigneur, les ouvriers disponiblesse rendaient sur la place de la ville, £v T7j âyopà, inforo, aux diverses heures de la journée et attendaientlà qu’on vint les louer et les envoyer au travail. Matth., xx, 1-6. On convenait avec eux du prix qui leur seraitaccordé et on les payait le soir même.

II. Louage des objets. — On louait aussi difiérentsobjets pour un usage temporaire. Chez les Hébreux, lesventes de terres et de maisons n’étaient que des locations, puisque terres et maisons devaient revenir aupremier propriétaire à l’année jubilaire. Aussi le prixde la vente était-il calculé d’après le temps qui restaità courir jusqu’à ce terme. Lev., xxv, 15-17. Seules, lesmaisons bâties dans les villes entourées de murspouvaient être vendues définitivement, si au bout. d’unan le premier propriétaire ne les avait pas rachetées, changeant ainsi en simple location la possession de lapremière année. Voir Jdbilaire (Année), t. iii, col. 1752, 1753. — La loi règle que si un animal emprunté subitun accident en présence de son maître, il n’y a pas lieuà restitution; c’était au maître à veiller sur son bien.Le texte ajoute: ’im sâkîr hû’bâ’biskdrô, «s’il étaitloué, cela vient en salaire,» c’est-à-dire le prix de lalocation suffit à indemniser le propriétaire, dans le casd’accident fortuit. La Vulgate ajoute maxime, «surtout,» qui n’est ni dans l’hébreu ni dans les Septante. Exod., xxii, 15. Le mot èdkîr ne désigne pas uniquement unmercenaire, de telle sorte qu’on doive interpréter letexte dans le sens d’une simple indulgence, quand l’accident arrive pendant que l’animal est aux mains d’unmercenaire. Cf. Fr. de Hummelauer, In Exod. et Levit., Paris, 1897, p. 232. Il s’applique également à un animalou à un objet, comme l’entend la Vulgate: conductumqumentwn), animal loué. Cf. Buhl, Gesenius’Bandivôrlerbuch, Leipzig, 1899, p. 801. Il suit de ce texteque, chez les Hébreux, les animaux pouvaient se louer.Le cas est d’ailleurs prévu dans le code babylonien. Siun bœuf pris en location mourait naturellement ou périssaitpar accident, et si celui qui l’avait loué jurait qu’iln’y était pour rien, il n’avait rien à rendre. Dans le cascontraire, il devait une indemnité, bœuf pour bœuf, sil’animal périssait faute de soins ou par mauvais traitements, si on lui brisait le pied ou si on lui coupait lanuque; moitié de sa valeur pour un œil crevé: le quartde la valeur pour une corne brisée, la queue coupée oule dessus du museau tranché; un tiers de mine d’argentpour surmenage excessif de l’animal. On louait égalementdes ânes. Cf. Scheil, Textes élamites-sérnitiques, Paris, 1902, p. 106-108. — Isaïe, vii, 20, parlant de l’invasionde Juda par les Assyriens, dit que ce jour-là leSeigneur rasera «avec un rasoir de location», beta’arttas-èekirâh, èv tw iivipw tw iiEiutr6(dii£v<d, in novaculaconducta. Ce rasoir de location, c’est le roi de Babylone, qui n’est pas ordinairement au service du Seigneur, mais que celui-ci louera pour dépouiller Juda, et auquelil donnera un salaire. Ezech., xxx, 18, 19. Cette comparaisonmontre qu’on pouvait louer différents ustensiles.

— Si parfois on louait des ouvriers pour travailler àune vigne, il arrivait aussi qu’on louât une vigne à descultivateurs. On pouvait louer soit à prix d’argent, soità condition de partager les fruits, locare nummo oupartibus. Cf. Pline le Jeune, Epist., ix, 37. Les copartageantss’appelaient alors partiarii. Cf. Gaii Dig., xix, 2, 25. C’est ce dernier mode d’exploitation quesuppose la parabole de l’Évangile. Matth., xxi, 33-41; Marc, xii, 1; Luc, xx, 9. Au moment de la vendange, le maître envoie prendre les fruits qui lui reviennent; les vignerons s’imaginent que, s’ils tuent le fils dumaître, la vigne sera pour eux; mais le maître leschâtiera et louera sa vigne à d’autres. — Arrivé à Rome, saint Paul se loua un logement et y demeura deuxans, iv iSi’ft) (inr&MjiaTt, in suo conducto. Act., xxviii, 30. Il y avait alors à Rome un grand nombre de maisonsà loyer. On y trouvait des logements plus ou moinsvastes, aux différents étages, à des prix assez élevés.De grands écriteaux indiquaient les logements à louer.Les lettres, atteignant parfois une coudée de hauteur, pour mieux attirer les regards, étaient peintes eh noir, sauf à la dernière ligne qui contenait le nom du propriétaire.En voici un spécimen: «Dans l’héritage deJulia, fille de Spurius Félix, soient loués un bain… etquatre-vingt-dix tavernes, des treilles, des cœnacula, àpartir des prochaines kalendes d’auguste, au six des idesd’auguste, pour cinq années consécutives. Que celui quine connaîtrait pas la maltresse de ce lieu aille trouverSuettius Vérus, édile.» Écriteau de location trouvé àPompéi. Dans Ch. Dezobry, Rome au siècle d’Auguste, lettre xvi, 5e édit., 4 in-8°, Paris, 1886, t, i, p. 188.L’Apôtre ne fut donc pas embarrassé pour trouver à seloger. Il aima mieux sans doute avoir un logement à lui, plutôt que de recevoir l’hospitalité d’un chrétien, parcequ’il avait un soldat avec lui et qu’il tenait à recevoir, sans gêner personne, les nombreuses visites qui lui

étaient laites. Act., xx, 16-31.

H. Lesêtre.

    1. LOCH ValentiD##

LOCH ValentiD, théologien catholique allemand, néà Bamberg le 24 septembre 1813, mort dans cette ville, le 14 juin 1893. Après avoir donné l’enseignement religieuxà Munich, il devint proijsseur d’exégèse à Amberg, de 1843 à 1863, et à Bamberg, del865àl884. Nomméprélatdomestique de Léon XIII, il termina ses jours dans saville natale. Outre plusieurs ouvrages historiques qu’il

publia, il s’occupa activement de la Bible, tant de sontexte que de sa traduction. Le premier travail de cegenre, qu’il livra au public fut intitulé: Biblia sacraVulgatse editionis, in-8°, Ratisbonne, 1849. L’édition romainede 1592 servit de base à cette édition. — Deux ansaprès, il commença avec son collègue Reischl à traduireen allemand toute la Bible, Reischl se réservant la traductiondu Nouveau Testament. Cette œuvre ne fut achevéeet publiée complètement, qu’en 1866 sous le titre: Dieheiligen Schriften des alten und neuen Testamentesnach der Vulgata, mit sleter Vergleichung des Grundtextes, ùbersetzt und erlaûtert von V. Loch und W.Reischl, 4 in-8°, Ratisbonne, 1851-1866; 2e édit., 1869-1870; 3e édit., illustrée, 1884-1885. — Les traducteurs suiventla Vulgate, tout en l’accommodant aux textes hébreuxet grecs. L’ouvrage contient un grand nombre de notesexplicatives solides et pratiques, peut-être même tropsavantes pour un ouvrage de ce genre. Cette traductionest actuellement répandue en Allemagne, conjointementavec celle d’Allioli, mais ne réussit guère à éclipsercette dernière, malgré son langage plus châtié. — Ondoit aussi à Loch: Novum Testamentum. Textumgrœcume codice Vaticano; latinum ex Vulgata editione, edidit Loch, in-12, Ratisbonne, 1862. En ce qui concernele texte grec, il suit le Codex Vaticanus, avec discernement, cum selectu, n’ayant pas l’intention de publierune édition purement critique, mais un manuel (voirNov. Test., p. ix-xix), utile aux étudiants en théologie.

— Le texte latin reproduit la Vulgate et est accompagnéseulement des variantes les plus remarquables. Quatreans plus tard, il donna une édition correcte du textegrec: ’H muXaià Aia6*îxT) xarà tqÙ; 0 Vêtus Test.grs.ce juxta LXX interprètes, in-8, Ratisbonne, 1866; 2e édit., 1886. C’est une édition critique des Septantebasée sur le Codex Vaticanus. Dans l’avant-propos setrouve une dissertation sur les principales variantes(p. v-vil). Le texte même n’en fournit point. — Voir: Katzenberger, dans Jakresbericht 4892-4893, des kbnigl.Bayer. Lyceurns in Bamberg, p. 18-22-24; DerKatholik, t. xliv, 1864, p. 755-756; t. xlvii, 1867, p. 114116; Cornely, Cursus S. Script., Introductio, Paris, 1885, 2= édit., t. i, p. 313; Hurter, Nomenclator literarius, 2e édit., Inspruck, 1895, t. iii, col. 1293; Hûlscamp, dans le Literarlscher Handweiser, 1873, col. 494.

E. Michels.

LOD (hébreu: Lôd; Septante: AoS), ville de Palestineainsi nommée dans I Par., viii, 12; I Esd., ii, 33; II Esd., vii, 37; xi, 34. Dans I Mach., si, 34, et dansle Nouveau Testament, Act., ix, 32, 35, 38, elle est appeléeLyda et Lydda. Voir Lydda.

    1. LODABAR##

LODABAR (hébreu: £<5’Debâr, «non pâturage;» Septante: Awôaëôp), ville du pays de Galaad. Son nomest écrit Lô Debâr, avec ib, «à lui,» dans II Sam., ix, 4, 5, au lieu de vii, lô’, «non,» qu’on lit II Sam., xvii, 27.Machir, fils d’Ammiel, qui habitait cette ville, y avaitreçu dans sa maison Méphiboseth, fils de Jonathas, petit-fils de Saùl. II Reg., ix, 4-5. Plus tard, pendant larévolte d’Absalom, Lodabar est nommée de nouveau, parce que le même Machir envoya des vivres et desmeubles à David fugitif. II Reg., xvii, 27. Voir Machir 2.

— On croit généralement que Lodabar est la mêmeville que la Dabir transjordanique, dont le vrai nom étaitLidbir. Jos., ziii, 26. Voir Dabir 3, t. ii, col. 1200.

LOG (hébreu: lôg; Septante: xotvXr); Vulgate: sextarius), mesure de capacité pour les liquides. Sonnom vient probablement de la racine £l, qui signifie à

la vme forme, en arabe, «être grand, être profond.» Le syriaque ] A, t «- a tout à la fois le sens de «c plat» et de «mesure s. Les documents démotiques etcoptes mentionnent une mesure au nom à peu près iden

tique, le lok. Cf. E. Revillout, dans la Revue égyptologique, 1882, p. 196. Le log n’est mentionné dans la Biblequ’au ch. xiir du Lévitique, 10, 12, 15, 21, 24. D’après lesprescriptions contenues dans ces passages, le lépreuxdoit offrir entre autres choses, au jour de sa purification, un «log d’huile». L’auteur sacré ne nous ditrien de sa valeur relativement aux autres mesureshébraïques; nous devons donc recourir pour l’évalueraux traductions des Septante, de la Vulgate et aux traditionsconservées et transmises par Josèphe et par lesrabbins. De cette valeur relative nous essayerons de déduireapproximativement la valeur absolue.

Les Septante ont rendu le mot log par xotûX7); laVulgate, par sextarius. Josèphe ne nomme pas le log, mais à propos de IV Reg., vi, 25, il traduit les mots «un quart de qab» du texte hébreu par ijéimiç.Ant. jud., ix, 4. Or, selon les rabbins, comme nousallons le voir, le quart du qab est le log, qui est lui-mêmela 72e partie de Yéphi. D’autre part, Josèphe, Ant. jud., VIII, ii, 9, assigne au bath-éphi la valeur de 72 xestes, et le xeste est la mesure grecque qui répond au sextariusromain de la Vulgate; le mot grec dérivemême du mot latin. Il nous est donc permis de voirle log dans le xeste de Josèphe. D’après les rabbins, voir Waser, De antiquis mensuris Hebreeorum, Heidelberg, 1610, p. 74, 98, le log est la plus petite desmesures hébraïques, le 1/4 du qab, le 1/12 du hin, le1/24 du se’âh, le 1/72 de Yéphi. Ils lui attribuent doncla même valeur relative que celle que nous pouvonsdéduire des textes de la Vulgate et de Josèphe. — Seuls, les Septante semblent avoir reconnu au log une toutautre valeur, car la cotyle n’est que la moitié du xestedans le système métrologique grec dit système nouveau.Voir Bailly, Dictionnaire grec-français, Paris, 1895, appendice sur les Mesures de capacité grecques(attiques). Le log ne serait donc que la 144° partie del’éphi. La divergence n’est peut-être qu’apparente.Waser, loc. cit., fait remarquer qu’à l’époque où futcomposée la traduction des Septante, au me siècle avantJésus-Christ, le xeste était encore inconnu aux Grecs.Ce n’est que plus tard qu’il s’est introduit dans lesystème métrologique nouveau, voir Bailly, Diction., comme une corruption du sextarius romain. Les Septanteauraient donc employé la mesure qui se rapprochaitle plus du log, non seulement par son contenu, mais par la signification du mot qui la désignait: xotûXti, comme log, signifie «creux».

Il n’est pas facile de fixer la valeur réelle du log. Lesdivergences d’opinions déjà signalées à propos desautres mesures hébraïques se reproduisent naturellementici. Voir Éphi, t. iii, col. 1864. Ainsi les rabbinsattribuent au log une contenance égale à celle de sixœufs de poule, soil lit. 278 environ, comme ils nereconnaissent à Véfâh qu’une capacité de 20 lit. 01.C’est aussi l’opinion de E. Revillout, dans la Revue êgyptologique, 1882, p. 191, qui prend la cotyle des Septantepour l’équivalent exact du log à l’époque où parut leurtraduction, ce qui donne pour cette mesure la contenancede lit. 270. Mais la plupart des métrologistes admettentpour l’éphi une contenance qui varie, selon les auteurs, de 36 lit. 44 à 39 lit. 392; pour le hin, une capacité de6 lit. 49° Voir Hin, t. iii, col. 715. Le log, qui est la 72° partiede^I’épfci, la 12° du hin, a donc, d’après eux, une capacitéde lit. 50 environ. Ce système a pour lui l’autoritéde la Vulgate et celle de Josèphe, car le sextariusromain, comme le xeste grec, contient à peu prèslit. 547, d’après Wex, Métrologie grecque et romaine, traduction Monet, Paris, 1886, p. 33. Voir Zuckermann, Dos jûdische Maassystem, Breslau, 1867; Hultsch, Griechische und rômische Métrologie, 2e édit., Berlin, 1882; Benzinger, Hebrâische Archâologie, Fribourg, 1894; Nowack, Lehrbuch der hebrâischen Archâologie, Fribourg, 1894. F. Martin.

IV. - 11

323

LOGENHAGEN

LOGOS

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    1. LOGENHAGEN Jacques##

LOGENHAGEN Jacques, théologien belge, prêtrede l’ordre du Saint-Sauveur, né à Anvers, mort en 1611, a publié: Annotaliones in Epistolam canonicam D.Jacobi, in-8°, Anvers, 1571; Commenlarius in Evange-Uumsecundum Lucatn ex operibus S. Augustini excerptus, in-8°, Anvers, 1574. — Voir Valère André, Biblioth.Belgica, p. 418; Dupin, Table des auteursecclésiast. du xrn* siècle, col. 1537.

B. Heurtebize.

    1. LOGOS##

LOGOS (grec: Aôyoç; Vulgate: Verbum). — I. Leproblème. — Le mot Xô-j-o; signifie parole et raison, mais tandis que le second sens est très commun chezles écrivains profanes, la première acception est seuleusitée dans la Bible. Il ne faut excepter que certainesphrases toutes faites comme Xôyov ScSdvat, rendre compte, Tivt)iôf(i), pour quelle cause, etc. Dans les Septante Xôyoçest la traduction ordinaire de l’hébreu dâbâr ou de sessynonymes poétiques’ônier et millâh. C’est toujours; < parole» ou «discours»; jamais «raison»: yoc toO ©soûdésignera donc un oracle particulier ou l’ensemble de larévélation. Il en est de même dans le Nouveau Testament.Seulement ici ô Xôyoç (sous-entendu to-j ©ee>0 outo-j Xpioroû) devient une sorte de terme technique poursignifier l’Évangile. — On sait que la terminologie desaint Jean est tout à fait spéciale. Six fois dans ses écritsé Xoyoç tout court désigne un être divin préexistant à lacréation du monde et qui s’identifie avec Jésus-Christ.Joa., i, 1 (ter); î, 14; I Joa., i, 1; Apoc, xrx, 13. Il estimpossible de douter que le Verbe de Dieu de l’Apocalypse, xix, 13, soit identique à celui de l’Évangile et sil’on tient compte du contexte et du parallélismeon affirmera sans hésitation la même chose du Verbede vie de la première Épître. Cependant, pour la doctrinedu Logos, nous ne sortirons pas de l’Évangile, les passagesde PÉpître et de l’Apocalypse ne nous offrantguère que le nom. — Nous avons à chercher quelle estla nature du Logos de saint Jean, comment il diffère duLogos de Philon, quelle est l’origine de cette conceptiondans l’évangéliste comme dans le philosophealexandrin, enfin quelle est la provenance du nom lui-même.

IL Le Logos dans saint Jean. — 1° Prologue. —L’idée du Logos domine tout le Prologue. Il est tour àtour envisagé dans sa triple relation avec Dieu, avec lemonde et avec l’humanité. —i.Le Logos et Dieu. — Troisaffirmations résument son rôle au sein de la divinité: «Au commencement le Logos existait;» il est doncsans commencement, éternel. «Et le Logos était enDieu,» résidait auprès de Dieu, Ttpbç tôv ©eov, par conséquentétait distinct de lui, é ®eô; avec l’article désignantle Père. Enfin «le Logos était Dieu»: xai ©eo; > à >.6yot. Il n’est pas dit que le Logos fût le Père, à ®e<5{, ce qui serait manifestement absurde; mais ilest dit qu’il était Dieu, 0e6{, qu’il avait la nature divine; et cela est exprimé avec emphase par un procédéd’union’et de transition particulier à Jean, procédé quiconsiste à renverser la place du sujet et de l’attributet â mettre ce dernier en tête de l’incise. Il est à noterque les mots ï-i àpfâ, «au commencement,» allusionmanifeste au début’de la Genèse, affectent les troispremières propositions et que le verbe -7, v, avec ses troisacceptions différentes «exister, subsister, être», indique un état contemporain de ce commencement, mais nécessairement antérieur. — 2. Le Logos et lemonde. — Ici la doctrine de l’apôtre est la clartémême: «Tout a été fait par lui (St’aûtoû) et rien n’aété fait sans lui.» Absolument rien (où6è £v) de cequi est soumis au devenir n’est arrivé à l’existence(ÈYévExb) indépendamment de lui (x< «>P^Ç aiitoO). Lamatière elle-même est comprise dans une.affirmation sigénérale et si catégorique. — 3. Le Logos et l’humanité.— «Et le Logos, s’est fait chair et il a fixé satente parmi nous et nous avons vu sa gloire.» i, 14. Il

est évident que le Logos est ici identifié avec le Christhistorique auquel Jean-Baptiste a rendu témoignage: c’est un même sujet d’attributions, un même agent, une même personne.

2° Rapports du Prologue avec l’Evangile. — D’aprèsune explication assez répandue, le Prologue ne seraitpas la porte de l’Évangile, mais un vestibule destiné ày introduire sans soubresauts, insensiblement, les espritsimbus de la culture hellénique. Ce serait une façadeappliquée après coup à l’édifice et qui ne lui conviendraitpas. La maison n’aurait pas de rapport avec ladevanture (Harnack); tout au plus accorde-t-on au Logosune place secondaire, subordonnée (Beyschlag). Lesdeux raisons qu’on donne pour séparer le Prologue ducorps de l’ouvrage et en diminuer l’importance théologiquesont: 1° Que le Jésus du quatrième Évangile neprétend point au titre et à la qualité de Logos. 2° Que cemot de Xô-j-o; ne reparait plus dans son sens technique, en dehors du Prologue. — Nous croyons au contraire

— et H. J. Holtzmann semble l’avoir établi à l’évidence

— que le Prologue n’est pas un morceau composé aprèscoup et séparable de l’Évangile, mais qu’il en est le programmeet qu’il en livre la clef. L’Évangile entier apour but de montrer que le Jésus historique possèdetoutes les propriétés du Logos fait chair du Prologue.En effet, le Logos est Lumière et Vie et il a pour fonctionde communiquer aux hommes la lumière et la vie, I, 4-9; mais Jésus lui aussi est la Vie, xiv, le pain devie, vi, 48, la Lumière, viii, 12; îx, 5; xii, 46, el il protesteen vingt endroits qu’il apporte aux hommes la lumière, m, 19-21; viii, 12; xii, 35-36 et la vie éternelle, iii, 15, 16, 36; v, 40, 47, 54, 68; x, 10, 28; xvii, 2, 3; xx, 31.Le Logos du Prologue est préexistant d’une préexistenceéternelle, tout-puissant, omniscient; mais ce sont làprécisément les attributs que nous voyons appliqués àJésus, avec le plus d’insistance, au cours de l’Évangile.Enfin le Logos est Dieu, i, 1, 18 (nous lisons avec lesmeilleures autorités: 6 [aovoysvïiç ©e<5; au lieu de vie; ); mais Jésus se donne pour l’égal de Dieu, v, 18, pourle Fils de Dieu, xix, 7, pour Dieu, x, 33; il acceptece nom de la bouche de saint Thomas, xx, 28; si saintJean ne lui fait pas revendiquer le titre même de Logos, c’est que ce nom est notoirement étranger à la terminologiedu Maître. On est donc obligé de reconnaîtreque le Prologue est soit un canevas tracé d’avance quel’Évangile remplit, soit un résumé qui condense en quelqueslignes la quintessence de l’Évangile. Dans un cascomme dans l’autre, son importance, au point de vue dela théologie johannique, est capitale. «Le Prologue etle livre sont à expliquer l’un par l’autre, ^ ils sont inintelligiblesl’un sans l’autre.» A. Loisy, Éludes évangéliques, 1902, p. 127.

3° Le Prologue et le reste du Nouveau Testavient. —Bien que le mot de Logos soit propre à saint Jean, car I Pet., i, 23, et II Pet., iii, 5, ne peuvent pas s’entendredu Logos personnel, non plus que Heb., IV, 12, la doctrine elle-même lui est commune avec d’autresécrivains sacrés. Les Épîtres de saint Paul, Col., 1, 13-20; il, 9; Phil., ii, 5-11, ainsi que Heb., i, 1-4, exprimenten substance toutes les idées essentielles du Prologue, relativement à la personne unique du Christ et à sadouble nature, mais elles les revêtent d’une terminologiedifférente. Elles s’accordent avec saint Jean sur les pointssuivants: 1. Identification, avec la personne historiquede Jésus, d’un être divin, préexistant d’une préexistenceéternelle. Notez comme ils passent, sans changement desujet, de la préhistoire du Christ à sa vie historique etensuite à son état glorifié. — 2. Filiation divine en unsens tout spécial qui ne convient ni ne peut convenirà aucun autre. Il est le Fils par excellence, Heb., i, 2, 5, 8; iii, 6, etc.; Col., i, 13; le Monogène. Joa., i, 18. —3. Rôle actif dans la création et la conservation de tousles êtres sans exception. JJeb., i, 2-3; Col., i, 16-17; 325

Joa., 1, 3. — 4. Enfin attributs divins et appellation divinedécernés à cette personne. Joa., 1, 1, 18; Heb., 1, 8 (6Θεός), 10-12; Col., 11, 9; Phil, rt, 5 (la forme de Dieu etl'égalité avec Dieu). La formule de Pau), Col., 1, 9: Ἔναὐτῶ κατοικεῖ πᾶν τὸ πλήρωμα θεότητος σωματικῶς; € enlui habite toute la plénitude de la divinité corporelle-ment,» équivaut, pour l’expression théologique de l’in-carnation, à la formule de Jean, 1, 14: Ὃ λόγος σὰρξἐγένετο, «le Logos s’est fait chair.»

III. PHILON ET SAINT JEAN. — 19 Le Logos de Philon.— ll est malaisé de ramener à l’unité la doctrine dePhilon au sujet du Logos, amalgame d'éléments irréduc-tiblement opposés. — 1. Il y a d’abord l'élément scrip-turaire et celui de la théologie judaique contemporaine.Philon se souvient des personnifications bibliques de laParole de Dieu, de l’Esprit de Dieu, de la Sagesse deDieu, personnifications flottant entre Yhypostase réelleet la prosopopée poétique. Il tire de l'Écriture, Gen.,

27, sa théorie favorite du Logos image (εἰκών) ou ombre(σκία) directe de Dieu, laquelle sert de modèle (zapá-δειγμα) au monde et à lhomme. Leg. Alleg., In, édit. Mangey, t. 1, p. 106. C’est aussi sur un texte desSeptante, Gen., xxxt, 12: Ἐγώ εἰμι 6 Θεὸς ó ὀφθείς cot ἐντόπῳ Θεοῦ, qu’il s’appuie pour désigner Dieu par ὁ Θεόςavec l’article et le Logos par Θεός sans article, De som-λὲς, t. 1, p. 653. Les épithétes du Logos ἀΐδιος χαρακτὴρΘεοῦ, De plantat., t. 1, p. 332, et ἀνθήλιος αὐγή, De som-"iis, t. 1, p. 655, paraissent empruntées au Livre de laSagesse. — La théologie judaique est représentée surtoutpar les titres qui font du Logos le médiateur universel: ἀρχάγγελος, μεθόριος, «intermédiaire,» Ἱκέτης, «interces-seur,» ἑρμηνεύς, «interpréte,» ὕπαρχος, «lieutenant,» etc.— 2. L'élément philosophique vient principalement dePlaton et d’Héracl*te, peut-être aussi des stoiciens. Pla-ton fournit sa théorie des idées, exploitée surtout dans leDe mundi opif., t. 1, p. 4-7: le Logos est l’archétypeχἀρχέτυπον παράδειγμα), l’idée intelligible (νοητὴ ἰδέα), d’idée des idées (ἰδέα τῶν ἰδεῶν), enfin le centre, le lieuet le monde des idées (ὁ ἐκ τῶν ἰδεῶν χόσμος). Par con-. séquent le λόγος de Philon correspond au νοῦς de Platon, appelé accidentellement λόγος dans le Timée: c’est l’en-tendement divin en acte ou, si l’on veut, l’acte de l’en-tendement divin, analogue au plan de l’architecte et àTidéal de l’artiste. — Philon se référe expressément àHéracl*te, dont il admire fort le génie, pour sa théoriedu λόγος τομεύς. Quis verum divin. hæres, t. τ, p. 508.Quant aux stoiciens, s’il s’inspire largementde leursidéesmorales, nous ne trouvons chez lui aucune trace certainede leur panthéisme cosmogonique. Cependant il em-prunte souvent leur langage, par exemple quand il faitdu Logos le lien ou la loi du monde, De fuga, t. 1, p. 562; De plantatione, t. 1, p. 330-331; Quis rerumdivin. hæres., t. 1, p. 499 (κόλλα καὶ δεσμός); De vitaMosis, 1, t. τι, p. 155 (τοῦ συνέχοντος καὶ συνοικοῦντος“τὰ πάντα, expressions techniques dans le système stoi-<ien du Logos), etc. Mais il corrige leur monisme pourmaintenir la transcendance du Dieu personnel, confor-mément à l’orthodoxie juive. — 3. Il y a enfin l’apport per-sonnel de Philon. Entrainé par sa fureur d’allégorisme, il reconnaît des figures du Logos dans l'épée flam-boyante des anges qui gardaient l'Éden, De Cherubim, t. 1, p. 144, dans le grand-prétre juif, De profugis, t. 1, p. 662, dans la manne, Leg. Alleg., wi, t. 1, p. 190-192, dans la tourterelle offerte en sacrifice, Quis rerum divin.hares, t. 1, p. 505-506, etc. Une fois en possession deson allégorie, il la poursuit jusque dans ses moindresdétails, par une suite de rapprochements aussi forcésque puérils; l’imagination l'égare et il serait oiseux dechercher une doctrine suivie dans ces divagations. Ilreconnait, par exemple, dans le Logos les qualités de lamanne, légére, brillante, pareille à la graine de corian-dre, Qu’on lise en particulier l’application au Logos dumot Τί, traduction du nom hébreu de la manne, Leg.

LOGOS

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Alleg., II, t. 1, p. 122, ou les rapprochements avec lesprescriptions relatives au grand-prêtre, qui est tenu‘d’épouser une vierge, qui ne déchire pas ses habits ensigne de deuil, etc. De profugis, t. 1, p. 669. — LeLogos de Philon est souvent qualifié de divin (θεῖος), ilest méme quelquefois appelé Dieu (Θεός). Leg. Alleg., t. 1, p. 128; De somniis, t. 1. p. 659. D’après Eusébe, Præpar. Evang., vit, 13, t. xx, col. 545, il serait aussidésigné par ὁ δεύτερος Θεός, mais on ne sait pas si Eu-sèbe cite textuellement ou s’il interprète. Toujours est-ilque cette expression ne paraît pas dans les Questioneset solutiones auxquelles Eusébe se référe et dont onpossède le texte arménien, traduit en latin par Aucher.Il est vrai qu’elles commencent à Gen., 11, 4, de sorte quele début, d’où la citation d’Eusébe a pu être tirée, sembleperdu. Nous avons exposé plus haut l’origine de cettethéorie du Logos Θεός.

% Le Logos de Philon et le Logos de saint Jean.— 1. Ressemblances. — Elles ressortent de ce qui pré-cède. Des deux côtés le Logos est appelé Fils de Dieu etDieu; un róle lui est attribué dans la formation dumonde; il est médiateur entre Dieu et les hommes, ilapporte aux hommes la révélation céleste. — 2° Diffé-rences. — A) Le Logos de Philon est une notion abstraite, vague et flottante, une idée constamment personnifiée, mais qui n’atteint pas la personnalité véritable. JamaisPhilon n’a identifié son Logos avec le Messie et il auraitrepoussé avec horreur la formule: ὃ Λόγος σὰρξ ἐγένετο.Le Logos de saint Jean est un être concret, le Fils deDieu incarné, Jésus-Christ, gardant sa personnalitéimmuable à travers sa double existence préhistorique ethistorique. — B) Le Logos de Philon est démiurge, leLogos de Jean ést créateur. Le dernier produit lamatiére elle-méme: tout a été fait par lui et rien n’aété fait sans lui. Le premier agit sur une matiére pré-existante, rebelle, mauvaise: instrument de Dieu, ill’assouplit et la faconne; par lui l’univers est formé, ἐδημκουργεῖτο, De monarch., t. iii, 925, ou préparé, χατεσχευάσθη. De Cherub., t. 1, p. 162. Dans ce derniertexte, Philon expose, les quatre causes du monde: lacause efficiente (ὑφ᾽ οὗ), Dieu; la cause matérielle (ἐξ ot), la matiére incréée; la cause instrumentale (δι᾽ οὗ), leLogos divin; la cause finale (δι᾽ ὅ), la bonté de Dieu. —C) Le Logos de Philon est fils de Dieu, mais au mémetitre que le monde. Il n’est pas fils unique, il est filsaîné, (ὁ πρεσδύτερος υἱός, Quod Deus immwut. t. 1, p. 277), le monde étant le fils cadet (ὁ νεώτερος vióc), si bien quele temps, lequel est lui-même fils du monde, se trouveêtre ainsi le petit-fils (viwvéc) de Dieu. Dans le mémesens, il est appelé souvent πρεσδύτατος vióc ou πρωτό-yovoc. De confus. linguar., t. 1, p. 414. En saint Jean aucontraire, le Verbe, identifié avec la personne de Jésus-Christ, est le Dieu monogéne (ὁ μονογενῆς Θεός) ou, d’après d’autres autorités, le Fils monogéne (ὁ μονογενὴςυἱός). Joa., 1, 18. Mais, dans tous les cas, sa filiationdiffére infiniment de la production du monde, qui n’estpas une filiation, et de la filiation participée et analo-gique des enfants de Dieu. — En résumé, les différencessont profondes et portent sur les points fondamentaux; les ressemblances sont superficielles et s’expliquent parl’usage commun de l’Ancien Testament, y compris lesLivres/deutérocanoniques. Nous croyons donc devoirconclure avec Cremer, Biblisch-theol. Wórterbuch dermeulest. Gräcität, 95 édit., Gotha, 1902, p. 646: «Ilfaut bien se garder d’interpréter le Logos de Jean par leLogos philonien; d’autant plus que le Prologue s’inspirede concepts empruntés à l’Ancien Testament et entendusdans un sens qui n’est pas celui de Philon.»

IV. ORIGINE DE LA NOTION ET DU NOM DE Locos. —1e Dans Philon. — On affirme souvent que Philon.emprunte sa théorie du Logos à la philosophie grecqucet que saint Jean, à son tour, tire sa doctrine du Logosdes spéculations de Philon. Cette explication peut se

recommander par sa simplicité, mais elle ne résiste pasà un examen approfondi. Sans la Bible, Philon n’auraitjamais pensé au Logos. En effet la raison divine, centreet lieu des idées, s’appelle dans Platon voijç et non pasXô-j-o?. Le >ôf o; toiasv; d’Heracl*te, cette loi qui présideà l'évolution de l’univers en tirant les contraires de.l’unité primordiale, n’exprime qu’un aspect très particulier et très exceptionnel du Logos philonien. D’autrepart, le Xd-yoç des stoïciens, c’est-à-dire l’intelligence etla force divines répandues dans la matière (Xd-j-o? cræpuatix(5; ), l'âme du monde qui remue et vivifie la masseinerte (mens agitât molem et magno se corpore miscet, Virgile, JEneid., vi, 727), est nettement panthéiste. C’estle principe actif de la matière, principe passif: Ta &ïirâtr/ov eïvat rïiv anoiov où<rfavT7)v CX^v, to S^tcoioOvtoviv aÛTfj Xêyov tôv ©eôv. Voir tout le passage de DiogèneLaërce, Vit. philosoph., VII, i, 68, édit. Didot, p. 188191. Jamais Philon ne se fût inspiré de ces spéculations blasphématoires. Il peut être dualiste, mais iln’est ni matérialiste, ni panthéiste, ni athée. — Philona pris sa première idée du Logos dans l'Écriture. Dansl’Ancien Testament le Verbe de Dieu (dâbâr) est assezsouvent personnifié. C’est par lui que les cieux ont étécréés. Ps. xxxiii (xxxii), 4, 6. Il fait surtout fonction demessager de Jéhovah. Is., îx, 7; Ps. cvn (cvi), 20; cxlvii(cxlvi), 15. — Isaïe, lv, 11, soutient plus longuementla prosopopée: «Le verbe qui sort de ma bouche nereviendra pas à moi sans effet: il exécutera ma volontéet accomplira mes desseins.» Au Livre de la Sagesse, xviii, 15-16, la personnification fait un pas de plus: «Ton verbe tout-puissant du haut des cieux, des trônesroyaux, s'élança guerrier impitoyable au milieu de laterre de perdition; portant, comme un glaive tranchant, ton ordre explicite, partout il semait la mort. Pendantqu’il touchait au ciel il marchait sur la terre.» — Cespassages et d’autres semblables préparaient les espritsaux spéculations du judaïsme sur le médiateur appeléMemra. Memra (quelquefois dibbura, même sens)veut dire «parole» et correspond exactement à lasignification biblique de Xi-j-o?- Le Memra joue un trèsgrand rôle dans la théologie judaïque et son emploidans les Targums est continuel: 1. Pour éviter lesanthropomorphismes. Quand Dieu regarde, entend, selève, se repent, se met en colère, jure par lui-même, etc., c’est le Memra de Jéhovah qui le fait à sa place. —2. Pour servir d’intermédiaire entre Dieu et les hommes.Il est vrai que la rédaction des Targums est postérieure àPhilon, mais on ne peut guère douter que l’esprit et latradition n’en remontent à cette époque, et Weber, Jûdische Théologie, 2e édit., 1896, p. 184, se prononcecatégoriquement dans ce sens. Du reste Philon luimême rapporte à la Bible, c’est-à-dire à sa manière del’entendre, sa théorie du Logos dans ce qu’elle a deplus grec et de moins biblique: De mundi opif., t. i, p. 5: Mutiaéwç Ècrri t<S& 8<5f|A «toûto, oùx 1(j16v, il s’agitdu Logos prototype des choses. Quis rer. divin, hssres, t.'ij p. 503. — Philon fut très heureux de rencontrer unterme également usité dans la philosophie grecque et lathéologie judaïque. Il s’en empara et, avec le syncrétismedont il était coutumier, il le chargea des acceptionsqu’il avait reçues de part et d’autre, en essayant de sepersuader et de faire croire qu’au fond ces notionsopposées étaient identiques. Sa théorie hybride duLogos n’a pas d’autre source.

2° Dans saint Jean. — Nous avons vu que le Logosde saint Jean est spécifiquement chrétien. Jean n’est nil’auteur, ni le premier promulgateur du système quiapplique au Christ ce que l’Ancien Testament dit de laSagesse de Dieu, du Verbe de Dieu, de l’Ange deJéhovah, etc., en accentuant encore les caractères divinset personnels de ces demi-hypostases. Il a été devancédans cette voie par saint Paul et par le rédacteur de.I'Épitre aux Hébreux. Il n’a de propre que le nom de

Logos. C’est un signe que la théorie du Logos — aunom près — remonte à la tradition apostolique et, plushaut encore, à la prédication de Jésus. Il est à noterque saint Jean rapporte à l’enseignement du Maîtretous les traits constitutifs de son Logos: la préexistenceau sein de Dieu, i, 30, viii, 38, 58, xvii, 5; l’originecéleste, iii, 13-21, vi, 62, vii, 28-29, viii, 14, 23, 42, xvi, 28; l’unité avec le Père, xii. 45-50, xiv, 7-11, xvi, 15, xvii, 21; la divinité, v, 19-30, x, 33-38, xx, 28-29; lalumière du monde, xil, 46, xviii, 37; la source de vie, vi, 57, xiv, 6, xvii, 2, xx, 31, etc. La question de savoird’où provient la doctrine du Logos se trouve ainsi résolue.Reste la question du nom lui-même. Ici nous sommesréduits à des conjectures plus ou moins probables. —1. On ne saurait admettre que l'évangéliste empruntedirectement le terme de Logos à Philon, car il nemontre aucune connaissance et ne semble pas avoir luune seule ligne du philosophe alexandrin; mais on peutsupposer qu’il lui en est redevable indirectement. Lesécrits de Philon doivent avoir été assez répandus parmiles Juifs hellénistes. Il est curieux de noter qu’Apollos, évidemment imbu de philonisme, prêcha à Éphèse avantet après son baptême et ne dut pas manquer d’yexercer une influence égale à celle qu’il avait conquiseà Corinthe. Ce mot de Logos peut avoir été vulgarisé parlui ou par un autre adepte de Philon et saint Jean seserait emparé de ce terme d’ailleurs très propre aexprimer sa conception du Christ. — 2. D’autres pensentque le Memra de Jéhovah jouait déjà dans les écolesjuives de langue hébraïque le rôle prépondérant quenous lui voyons prendre à l'époque du Targum et duTalmud. L'évangéliste l’aurait traduit en grec, luiaurait conservé ses attaches avec les textes de l’AncienTestament où il est question d’intermédiaire divin, l’aurait appliqué au grand Médiateur de la nouvelle allianceen lui surajoutant les acceptions de la christologie chrétienne. — 3. Enfin il n’est pas absurde de supposer queles premiers hérétiques, ces pères des gnostiques contrelesquels saint Jean, selon la tradition, dirigeait spécialement son Évangile, eussent déjà abusé de ce nom deLogos, comme les gnostiques postérieurs en abusèrentdans la suite sans cependant lui donner plus de reliefqu’aux autres éons. Saint Jean leur aurait arraché ceterme avec ceux de vie, de lumière, de vérité, etc., etles aurait retournés contre eux. Beaucoup d’exégètescroient remarquer dans les Épltres de la captivité desaint Paul une semblable tactique. — Il nous paraît plusvraisemblable que deux de ces causes ou même toutesles trois ont agi à la fois. Le mot Logos (Memra)était très fréquent dans la théologie judaïque contemporaine; Philon l’avait vulgarisé dans les milieux juifsde langue grecque; sans doute des esprits curieux etinquiets en faisaient déjà le thème de leurs spéculations.D’autre part ce terme, commun aux Juifs et aux Gentils, était merveilleusem*nt adapté à la personne de celuiqui est la sagesse substantielle de Dieu, l’image parlaquelle le Père s’exprime et se traduit, la révélationvivante et le médiateur de la révélation parfaite et définitive, enfin celui qui réunit en lui-même, en un senséminent, les propriétés du X(5yoç êvStaÔEtôç (immanent)et du Xo’yo? irpoçopixôç des philosophes. Il ne faut paschercher au nom du Logos une autre origine: nousavons déjà dit que la doctrine même du Logos danssaint Jean est originale, sauf les points d’attache avecl’Ancien Testament.

V. Le Logos dans les Pères de l'Église. — Il nenous appartient pas de suivre l’histoire du Logos audelà du siècle apostolique. Nous remarquerons seulement que la doctrine du Logos a peu de relief chez lesécrivains, du I er siècle et du n «à son début. Elle n’apas une importance marquée dans les premiers systèmes gnostiques: le Logos n’est qu’un éon commeles autres, formant avec Zoé, «la Vie,» le troisième

couple du système de Valentin. C’est à partir de saintJustin et des apologistes philosophes que l’importancedu Logos augmente. Tertullien l’a constamment sous laplume; il le traduit en latin par Sermo, par Ratio oupar Verbuni. Cl. Stier, Die tiottesund Logos-LehreTertullians, Gœttingue, 1899. Ou connaît le rôle que luifont jouer Clément d’Alexandrie et Origène. Aall, Geschichteder Logosidee in der christlichen Litteratur, Leipzig, 1899. Eusèbe ouvre son Histoire ecclésiastiquepar une longue dissertation sur le Logos préexistant.

VI. Bibliographie. — Les dissertations sur le Logossont innombrables. Tous les commentateurs de saintJean, Schanz, Knabenbauer, Meyer-Weiss, etc., traitentla question avec plus ou moins d’ampleur. Toutes lesthéologies bibliques du Nouveau Testament, Weiss, Beyschlag, Holtzmann, Bovon, Stevens, etc., consacrentun chapitre au Logos. — 1. Sur le Logos de Philon onpeut consulter, outre les historiens de la philosophie, comme Zeller: Grossmann, Quxstiones Philonex. Det.ô-(iù Philonis, Leipzig, 1829; Niedner, De subsUtentiatû ®e: <j> X15y£ apud Philonem tributa, Leipzig, 1848; Delaunay, Philon d’Alexandrie, Paris, 2e édit., 1870; Heinze, Die Lehre tiowi Logos in der griech. Philosophie, Oldenbourg, 1872; Siegfried, Philo von Alexandria als Ausleger des A. T., Iéna, 1875 (ouvrage capitalmalgré quelques idées systématiques); H. Soulier, Ladoctrine du Logos chez Philon d’Alex., Turin, 1876; Réville, Le Logos d’après Philon d’Alex., Genève, 1877; Aall, Geschichte der Logosidee in dm’griech. Philosophie, Leipzig, 1896; Herriot, Philon le Juif, Paris, 1898; J. Drummond, Philo Judssus, Londres, 1888, t. ii, chap. vi: The Logos, p. 156-273. — 2. Sur le Logos de «aint Jean et ses rapports avec le Logos philonien: Réville, La doctrine du Logos dans le 4e Evangile et dansles œuvres de Philon, Paris, 1881; Baldensperger, DerProlog des vierten Evangeliums, Fribourg-en-Brisgau, 1898; W. Lùtgert, Die Johanneische Christologie,

  • hap. vi: Die Logoslehre, Gûtersloh, 1899, p. 115-139;

K. Weiss, Der Prolog, des heiligen Johannes, Fribourgen-Brisgau, 1899; Calmes, Éludes sur le prologue du4e Evangile, dans la Revue biblique, 1900, p. 5-29, 378, 399; 1901, p. 512-521; Loisy, Le prologue du quatrièmeÉvangile, dans Études évangél., Paris, 1902.

F. Phat.

    1. LOI MOSAÏQUE##

LOI MOSAÏQUE, législation formulée dans le Pentateuque, et qui a Moïse pour auteur et pour promulgateur.Cette loi est appelée par excellence tôrâh, v6|xo<; , lex, «la Loi,» Deut., i, 5; iv, 8; Jos., i, 7; IV Reg., xvii, 13, etc., «la loi de Moïse,» IIIReg., ii, 3; IV Reg., xiv, 6; II Esd., viii, 1, pu «la loi de Dieu». II Par., xvii, 9; I Esd., vii, 10; II Esd., viii, 18, etc. — Lemot tôrâh dérive du verbe ydrâh, dont la forme hiphil, Jiôrdh, signifie «’montrer avec le doigt, enseigner».JExod., xxxv, 34; Job, vi, 24; Mich., iii, 11, etc. Il a doncle sens général d’enseignement, avec l’idée de doctrineimpérative, destinée à régler la conduite. La tôrâh estquelque chose de plus étendu et de plus compréhensifque le mispât, décision portée par celui qui a autorité, le misvâh, le précepte particulier, et le hoq, prescriptionlimitative du droit. La tôrâh comprend ordinairementl’ensemble des lois. Exod., xiii, 9; xvi, 4, 28, etc.Quelquefois cependant ce nom est donné à des lois particulières.Lev., vi, 9; xi, 46; Num., v, 29; vi, 13, etc. Lemot tôrâh peut s’appliquer également à la loi mosaïque «Ile-même et au livre qui la contient. Les Hébreux donnaientle nom de fôrâh à tout le Pentateuque. C’était lePentateuque tout entier qui était divisé en 154 parHyôtou sections, pour être lu dans les synagogues le jour dusabbat dans le cours de trois années. Cf. Megilla, 29 b.Les prophètes fournissaient matière à une autre lecture.Voir Lecteur, col. 146. C’étaient eux en effet qui avaientà expliquer et à continuer l’œuvre législative de Moïse.

I. Ses divisions. — La loi mosaïque ne se présente

pas dans le Pentateuque sous la forme d’un code logiquementordonné. Les articles divers y sont rattachésoccasionnellement aux faits historiques, ou bien viennentà la suite les uns des autres sans lien apparent.On peut les grouper ensemble sous quatre titres principaux, bien que quelques-uns d’entre eux puissent serattacher à des titres différents.

I. lois morales. — 1° Loi fondamentale: le Décalogue.Exod., xx, 2-17; Lev., xix, 3, 11-18; Deut., v, 1-33.

2° Lois positives /sur la pratique de la justice, Exod., xxm, 1-8; Lev., xix, 35, 36; Deut., xxiv, 14, 15; xxv, 13-16; — sur la restitution. Num., v, 5-10.

3° Lois prohibitives: contre l’idolâtrie, Exod., xxii, 20; xxiii, 13, 24, 25; xxxiv, 17; Lev., xix, 4; xx, 1-5; Deut., xvi, 21, 22; — contre la malédiction de Dieu, duroi, des parents, Exod., xxii, 28; Lev., xx, 9; xxiv, 16;

— cpntre les manquements envers les parents, Exod., xxi, 15-17; — contre l’homicide, Exod., xxi, 18-27; Lev., xxiv, 17; — contre les fautes opposées aux mœurs, Exod., xxii, 16-19; xxiii, 26; Lev., xix, 20-22; — contre laprostitution, Lev., xix, 29; Deut., xxiii, 17, 18; — contreles unions illicites et immorales, Lev., xviii, 1-30; xx, 10-21; Deut., xxii, 30; — contre les pratiques superstitieuses, Lev., xix, 26-28, 31; xx, 6-8, 27; Deut., xrr, 1, 2; xviii, 9-14; — contre les travestissem*nts, Deut., xxii, 5; —sur les impuretés légales, Lev., xv, 1-33; Num., v, 1-4; — sur la distinction des animaux purs etimpurs. Lev., xi, 1-47; xx, 25; Deut., xiv, 1-21.

4° Lois de bienveillance: sur la part à laisser auxindigents, aux étrangers, aux passants, dans les champset les vignes, Lev., xix, 9-10; Deut., xxiii, 24, 25; xxiv, 19-22; — sur la balustrade prescrite à la terrasse desmaisons, Deut., xxii, 5; — sur le devoir de ramener àleur maître les animaux égarés, Exod., xxiii, 4; Deut., xxii, 1-4; — sur la compassion envers les animaux.Exod., xxiii, 5, 19; Deut., xiv, 21; xxii, 6, 7.

II. lois cérémonielles. — 1° Les personnes: lesprêtres, Lev., xxi, 1-23; — leur consécration, Exod., xxix, 1-37; — leurs vêtements, Exod., xxviii, 1-43; —leurs droits dans les sacrifices, Lev., x, 12-15; xxii, 116; — revenus des lévites, Num., xviii, 8-32; — droitsdes prêtres et des lévites^ Deut., xviii, 1-18; — les premiers-nés, Exod., xiii, 11-16; xxxiv, 19, 20; Deut., xv, 19-23, les animaux compris; — le nazarét. Num., vi, 1-21.

2° Les lieux du culte: endroit assigné pour les sacrifices, Lev., xvii, 1-9; — le Tabernacle et son mobilier.Exod., xxv-xxvii, xxx, 1-10, 17-38.

3° Les temps sacrés; le sabbat, Exod., xvi, 23-26; xxm, 12; xxxi, 12-17; xxxiv, 21; Lev., xix, 3; — laPàque, Exod., xii, 1-11, 24-28; — les jours des azymes, Exod., xiii, 3-10; xxxiv, 18, 25; — les trois grandesfêtes, Exod., xxiii, 14-17; xxxiv, 22, 23; Lev., xxiii, 1-43; Deut., xvi, 1-17; — la fête de l’Expiation. Lev., xvi, 1-34.

4° Les rites sacrés: les sacrifices, Exod., xxiii, 18; Num., xv, 1-31; — leur époque, Num., xxviii, 1-39; —victimes à offrir, Lev., xxii, 18-30; — le sacrifice perpétuel, Exod., xxix, 38-42; — les holocaustes, Lev., i, 1-17; vi, 1-6; — les sacrifices d’action de grâces, Lev., m, l 7 17yvn, 11-21, 28-36; xix, 5-8; — les sacrifices pourdifférentes fautes, Lev., iv, 1-35; v, 1-19; vi, 1-7, 14-30; vil, 1-21; — les offrandes, Lev., ii, 1-16; vi, 14-23; — lapurification de la femme après ses couches, Lev., xii, 1-8; — la purification de la lèpre, Lev., xiv, 1-32; —les autres purifications, Lev., xv, 29, 30, etc.; — le ritede la vache rousse. Num., xix, 2-22.

5° Les choses saintes: les pains de proposition, Lev., xxrv, 1-9; — les vœux, Lev., xxvil, 1-29; Num., xxx, 1-17; Deut., xxiii, 21-23; — les prémices, Exod, , xxii, 29, 30; xxiii, 19; xxxiv, 26; Deut., xxvi, 1-5; — lesdimes, Lev., xxvii, 30-33; Deut., xiv, 22-29; xxvi, 12-15;

— le sang et la graisse soustraits aux usages profanes..Lev., vii, 22-27; xvii, 10-14; xix, 26.

/II. lois civiles. — 1° Institutions de gouvernement: les anciens, Exod., xviii, 25, 26; — les juges etles magistrats, Deut., xvi, 18-20; xvii, 8-14; — la royauté.Deut., xvii, 14-20.

2° Institutions sociales: la bigamie, Deut., xxi, 1517; — les atteintes à la légitimité du mariage, Deut., xxii, 13-21, 28, 29; - le lévirat, Deut., xxv, 5-10; — lemariage des héritières, Num., xxxvi, 5-9; — le divorce, Deut., xxiv, 1-4; — la veuve et l’orphelin, Exod., xxii, 22-24; — les esclaves, Exod., xxi, 1-11; Deut., xv, 12-18; xxi, 10-14; xxiii, 15, 16; — les étrangers, Exod., xxii, 21; xxiii, 9, 32, 33; xxxiv, 12-16; Lev., xix, 33, 34; —l’année sabbatique, Exod., xxiii, 10, 11; Lev., xxv, 2-7; Deut., XV, 1-11; — l’année jubilaire. Lev., xxv, 8-55.

3° Lois de police: les témoins, Deut., xix, 15-21; —le vengeur du sang, Num., xxxv, 16-34; — l’homicideinconnu, Deut., xxi, 1-9; — la femme soupçonnéed’adultère, Num., v, 11-31; — les prêts et les gages, Exod., xxii, 25-27; Deut., xxiii, 19, 20; xxiv, 6, 10-13, 17; — le respect des bornes, Deut., xix, 14; — les accidentsfortuits et les imprudences, Exod., xxi, 28-36; —les dommages volontaires ou involontaires, Exod., xxii, 1-15; Lev., xxiv, 18-22; — le siège des villes, Deut., xx, 10-20; — l’exemption du service militaire, Deut., xx, 5-9; xxiv, 5; — les villes lévitiques, Num., xxxv, 1-5;

— les villes de refuge, Num., xxxvi, 6-15; Deut., xix, 1-13.

¥ Lois d’hygiène: les impuretés légales, voir t. iii, col. 857; — la lèpre des hommes, des maisons et desvêtements, Lev., xiii, 1-59; xiv, 34-57; Deut., xxiv, 8-9;

— la propreté du camp. Deut., xxiii, 9-14.

5° Prescriptions symboliques: porter des frangesaux vêtements, Num., xv, 37-41; Deut., xxii, 12; — nepas mélanger ensemble des choses d’espèces différentes.Lev., xix, 19, Deut., xxii, 9, 10.

IV. lois pénales. — 1° La peine de mort: contrecelui qui pratique l’idolâtrie, Exod., xxii, 20; Deut., xiii, 6-18; xvii, 1-7; — le blasphémateur, Lev., xxiv, 16;

— les adorateurs de Moloch, Lev., xx, 1-5; — le profanateurdu sabbat, Exod., xxxi, 14; — la magicienne, Exod., xxii, 18; — le fils indocile, Deut., xxi, 18-21; —celui qui frappe ou maudit ses parents, Exod., xxi, 1517; Lev., xx, 9; — l’homicide, Exod., xxi, 12-14; Lev., xxiv, 17; — le meutrier d’une temme enceinte, Exod., xxi, 22-25; — l’Israélite qui réduit un de ses Irères enesclavage malgré lui, Exod., xxi, 16; Dent., xxiv, 7; —ceux qui se rendent coupables de fornication, Deut., xxii, 23-27; — d’adultère, Lev., xx, ^10; Deut., xxii, 22;

— d’inceste, Lev., xx, 11, 12, 14; — de sodomie, Lev., xx, 13; — de bestialité. Exod., xxii, 19; Lev., xx, 15, 16.

2° Le mode d’exécution: la lapidation, Lev., xx, 27;

— la mort par le feu, Lev., xx, 14; xxi, 9; — expositiondu Cadavre, Deut., xxi, 22, 23; — les pères ne sont paspunis pour les entants, ni les enlants pour les pères.Deut., xxiv, 15.

3° Les autres peines: la flagellation, Deut., xxv, 1-3;

— la mutilation, Deut., xxv, 11, 12; — le talion, Exod., xxi, 23-27; Lev., xxiv, 18-20; — le retranchement ouexclusion de la société israélite. Lev., xx, 17, 18; Deut., xxm, 1-8.

v. lois antérieures. — À ces lois postérieures àl’époque du séjour en Egypte, il convient d’ajouter cellesque Moïse a consignées dans la Genèse, comme instituéesà l’époque patriarcale, encore en vigueur de son temps etconsacrées par la mention qu’il en lait dans son récit: les lois du sabbat, Gen., ii, 2, 3; — du mariage, Gen., ii, 23, 24; — du travail, Gen., ii, 15; iii, 17; — les préceptesnoachides sur la multiplication du genre humain, l’alimentationanimale et l’abstention du sang, ’Gen., ix, 1-7;

— la distinction des animaux purs et impurs, Gen., vii, 2; viii, 20; — la loi de la circoncision, Gen., xvtt, 1014; — la tolérance de la polygamie, Gen., iv, 19; xxix, 31-35; xxx, 1-25; — la coutume de ne point manger lemuscle ischiatique des animaux, Gen., xxxii, 32; — laloi du lévirat, Gen., xxxviii, 8-10; — la sanction contrele meurtre, Gen., ix, 6, et contre la fornication. Gen. (xxxvin, 24. Voir dans le Dictionnaire l’article spécial àchacune des lois mosaïques.

vi. autres divisions. — Les lois mosaïques sont encoregroupées sous différents titres, se rapportant soità leur origine, soit à leur objet: 1. Le «Livre de l’alliance», Exod., xxiv, 7, qui comprend les lois édictéesau Sinaï. Exod., xx, 22-xxm, 33; Lev., xi-xxvii. Lapartie de ces lois consignée dans le Lévitique est formellementrapportée à l’époque où Dieu parla à Moïse surle Sinaï. Lev., xxvi, 46; xxvii, 34. — 2. La loi des sacrifices, se composant d’une première partie, Lev., i, 1-vi, 7, sur les différents sacrifices, et d’une seconde, Lev., vi, 8-vn, 38, qui règle certains détails concernant lemême objet. — 3. La loi de pureté. Lev., xi-xv. — 4. Laloi de sainteté, Lev., xviii-xxii, comprenant des prescriptionsdiverses pour interdire certains actes et encommander d’autres, dans le but d’assurer le respect dûà la sainteté divine. — 5. Enfin les lois qui sont répétéesdans le Deutéronome et celles qui y sont soit expliquéeset complétées, soit formulées pour la première fois. —Le groupement appelé aujourd’hui <c code sacerdotal» est un groupement lactice, dans lequel on fait entrertoutes les prescriptions du Pentateuque concernant lesprêtres, dans le but d’en faire descendre l’origine à uneépoque très postérieure à Moïse. On insère habituellementdans ce groupement une partie ancienne, Lev., xvii-xxvi, qu’un rédacteur postérieur aurait refondue, puis les parties qu’on prétend assigner à l’époqued’Esdras. Exod., xxv-xxxi, xxxv-xl; Lev., i-xvi, xxvii; Num., i-x, xv-xix, xxv-xxxvi. Sur la valeur des affirmationsconcernant le «code sacerdotal», voir Pentateuque.

II. Occasions historiques de sa promulgation. —La loi mosaïque n’a pas été présentée aux Hébreuxcomme un tout réglé et codifié à l’avance. C’est pendantle séjour de quarante ans au désert que Moïse, suivantles circonstances ou les nécessités, a promulgué lesmultiples articles de sa législation. -^ 1° La premièreloi qui apparaît dans le récit mosaïque est celle de laPâque. Elle est rattachée naturellement à l’histoire dela délivrance de la servitude d’Egypte. Exod., xii, 14-20.Il est possible qu’en prescrivant la première Pâque, Moïse ait déjà ordonné que le souvenir en fût célébréannuellement.Il est à croire toutefois qu’il n’entra dansle détail qu’au moment de la rédaction de son récit, plusou moins longtemps après l’événement. Une multitudede gens de toute espèce accompagna les Hébreux dans, leur exode. Exod., xii, 38. Il importait de déterminer laplace qu’ils occuperaient dans la société théocratiquequi allait se fonder. La participation à la Pâque devantêtre le signe extérieur de l’agrégation au peuple nouveau, Moïse règle que ceux-là seuls participeront à laPâque annuelle qui auront été circoncis, et, en vertude leur circoncision, admis dans la famille d’Abraham.Exod., xii, 42-49. La loi sur les premiers-nés vient immédiatementaprès. Exod., xiii, 1-16. Elle est commeune conséquence du droit que Dieu vient d’affirmer etd’exercer en immolant les premiers-nés des Égyptienset en épargnant ceux d’Israël. — 2° Dès les premierstemps du séjour au désert, Moïse est débordé par lerèglement des mille affaires sur lesquelles son peuplevenait lui demander avis, dans une situation aussi imprévueque celle où il se trouvait subitement placé audésert. Cette circonstance appelle tout naturellement, sur le conseil de Jéthro, l’institution des anciens. Exod., xviii, 13-26. — 3° La difficulté était grande pour Moïsede dominer, de discipliner et de conduire tout unpeuple dans des conditions si anormales. Voilà pour

quoi Dieu affirme son autorité souveraine, au Sinaï, enpromulgant solennellement le decalogue et en accréditantMoïse comme le représentant de sa souveraineté.Exod., xx, 1-21. Suivent immédiatement des lois pourrégler ce qui pressait le plus dans la circonstance, leculte de Dieu, Exod., xx, 22-26; xxiii, 13-19, et les rapportsdes Israélites entre eux, au point de vue del’esclavage, des violences et des querelles qui devaientse produire si naturellement dans une pareille foule, des accidents provenant des animaux emmenés d’Egypteen grand nombre, Exod., xii, 38, de la propriété et desmœurs. — 4° Les lois formulées ensuite instituent engrand détail ce qui concerne le culte et le sacerdoce. EnEgypte, les Hébreux avaient gravement succombé auxtentations de l’idolâtrie. Jos., xxiv, 14. Pourtant ilsavaient au milieu d’eux une sorte de sacerdoce patriarcaldont les traces apparaissent dans le récit mosaïque.D’après l’usage primitif, c’était l’alné de la famille quiremplissait les fonctions de prêtre. Voir Aînesse, 2°, t. i, col. 318. Moïse, sur l’ordre de Dieu, institua un sacerdocenouveau, auquel il donna des lois en rapport avecsa mission. De là, cette longue série de préceptes concernantle tabernacle, l’autel, les prêtres et les sacrifices, et se rattachant à l’apparition du Sinaï comme aufait qui commandait tout un ordre de choses nouveau.Exod., xxv-xl. — 5° Il faut au plus tôt réaliser le plandivin et constituer le nouveau sacerdoce. Comme il seraétabli au mojen de sacrifices, les lois concernant lesdifférents sacrifices sont énumérées en détail, Lev., i-vii, avant le récit de la consécration d’Aaron et de sesfils, Lev., viii-ix. — 6° L’attentat des deux fils d’Aaron, Nadab et Abiu, qui mettent sur l’autel un feu profane, Lev., x, 1-7, est l’occasion de la promulgation des loisde pureté et de distinction entre les choses pures etimpures. Lev., xi-xv. La loi concernant la fête del’Expiation est expressément rattachée à ce même attentat.Lev., xvi, 1. La loi sur le lieu des sacrifices et laprohibition de manger le sang est comme une annexenaturelle à ce qui a déjà été prescrit touchant les sacrifices.Lev., xvii, 1-16. Les lois qui suivent, sur les unionsillicites, sur la sainteté des mœurj, sur la justice et lacharité qui doivent présider aux rapports des hommesentre eux, Lev., xviii-xx, celles qui concernentla tenuephysique et morale des prêtres, le choix des victimes, les fêtes, Lev., xxi-xxiv, ou qui règlent bon nombre dedétails de la vie pratique, Lev., xxv, 1-55, avaient pourla plupart à être immédiatement observées. Le législateurne pouvait donc tarder à les formuler. Le chapitrexxvi du Lévitique, sur les bénédictions et les malédictions, forme la conclusion de cette première partiede la législation mosaïque, avec un épilogue sur lesvœux et les dîmes. Lev., xxvii, 1-34. Toutes ces lois serattachent donc d’une manière très naturelle aux événementsracontés par l’historien sacré, de telle sorte qu’onne pourrait contester sérieusem*nt que, dans leur généralité, elles occupent vraiment dans le récit la placequi convient à leur origine. — 7° On constate le mêmecaractère occasionnel dans les lois formulées au livredes Nombres, à travers les différents récits, loi sur lesfonctions des lévites, Num., iv, 1-49, à la suite du dénombrementdes hommes appartenant à chaque tribu; lois sur la restitution, sur la femme accusée d’adultère, sur le nazaréat, Num., v, 1-vi, 21, inspirées par desnécessités de chaque jour; lois sur les héritages, Num., xxvii, 1-11; xxxvi, 1-12, portées à l’occasion d’incidentssurvenus parmi le peuple; lois sur les sacrifices à offriraux différentes fêtes, pour indiquer aux nouveauxprêtres par le détail ce qu’ils avaient à faire en ces circonstances, Num., xxviii, 1-xxix, 39; loi sur les vœux, pour affirmer sur cette matière le pouvoir restrictif despères et des maris vis-à-vis de leurs filles et de leursfemmes, Num., xxx, 1-17; enfin lois sur les villes lévitiques, sur les villes de refuge, et comme conséquence

de ces dernières, loi sur le vengeur du sang, formuléesvers la lin du séjour au désert, alors que les Hébreuxallaient bientôt prendre possession de la terre de Cha-.naan. Num., xxxv, 1-34. — 8° Quant à la législation duDeutéronome, elle n’est que la récapitulation des principalesprescriptions antérieurement promulguées, avecles compléments dont une expérience prolongée avaitfait sentir la nécessité.

III. Sources de la législation mosaïque. — 1° Lavolonté divine. — 1. Il est incontestable que Dieu avoulu faire du peuple hébreu un peuple à lui, qu’ilest intervenu directement pour le tirer d’Egypte, qu’il adésigné Moïse pour en prendre la conduite et qu’il amanifesté son intervention par de très grands miracles.A ce peuple, il a fallu une loi religieuse et sociale; Dieului-même lui a donné cette loi par la main de Moïse, demanière à constituer au peuple choisi un caractère quile distinguât nettement des autres peuples, le renditapte à sa mission et en même temps le préservât, dansla mesure nécessaire, de tout contact compromettantavec des voisins idolâtres et immoraux. Le nœud detoute la législation mosaïque est dans la scène grandiosedu Sinaï. Dieu y apparaît comme le législateur suprême, dictant à Moïse le Decalogue, Exod., xx, 1-17, et lemettant à même de rédiger en son nom’d’autres loisd’une application immédiate. Exod., xx, 22-xxm, 33.Puis, Moïse est appelé à entendre, pendant quarantejours et quarante nuits, Exod., xxiv, 18, les prescriptionsdivines relatives au nouveau culte et au nouveausacerdoce. Exod., xxv-xxxi. Même transmise par leministère des anges, Act., vii, 53, cette législation procèdedirectement de la volonté divine et est présentéecomme telle par Moïse. Les principales divisions en sontprécédées de la formule significative: «Jéhovah parlaà Moïse et dit.» Exod., xxv, 1; xxx, 11, 17, 22, 34; xxxi, 1, 12. À sa seconde ascension sur le Sinaï, aprèsl’incident du veau d’or, Moïse reçoit encore dans lesmêmes termes les communications divines, Exod., xxxiv, 1, 27; il porte sur son visage les traces glorieusesde son commerce avec Dieu, et, quand ensuite il promulguequelque loi nouvelle, il ne le fait qu’aprèss’être transporté «devant Jéhovah», dans le Tabernacleoù Dieu lui révèle ses volontés. Exod., xxxiv, 29-35. —2. Les lois mosaïques sont fréquemment appuyées d’uneautre formule qui est comme la signature de Jéhovah.La loi de la Pâque porte la clause: «Moi, Jéhovah.» Exod., xii, 12. Le Decalogue commence par la formule: «Moi, Jéhovah, ton Dieu.» Exod., xx, 2. Des formulessemblables terminent ou précèdent les prescriptions surles animaux purs et impurs, Lev., xi, 44, 45; sur lesunions illicites, Lev., xviii, 2, 30; sur les devoirs morauxet sociaux, Lev., xix, 2, 3, 10, 12, 14, 16, etc.; sur lapénalité criminelle, Lev., xx, 7, 8, 24; sur les devoirsdes prêtres, Lev., xxi, 8, 12, 15, 23; sur la participationaux victimes, Lev., xxii, 2, 3, 8, 9, 16, 30, 33; sur lesfêtes, Lev., xxiii, 22, 43; sur les années sabbatiques etjubilaires, Lev., xxv, 17, 38, 55; elles accompagnent letexte des bénédictions et des malédictions, Lev., xxvi, 1, 2, 45, et se retrouvent dans le règlement relatif auxtrompettes d’argent. Num., x, 10.

2° Lois antérieures à Moïse. — 1. Rien absolumentn’oblige à admettre que Moïse ait créé de toutes piècesune législation a priori pour le peuple qu’il avait àconduire et à constituer à l’état de nation. Ce peuplen’était pas sans racines dans le passé; par ses ancêtres, il tenait à la Chaldée. Il ne s’était pas développé enEgypte, pendant plusieurs siècles, sans se plier à uneloi coutumière réglant les rapports des hommes entreeux. Dans la terre de Gessen, où ils étaient confinéssans presque aucun contact social et politique avec lesÉgyptiens, les Hébreux avaient très vraisemblablementdes chefs et des juges, Exod., ii, 14, par conséquentcertaines lois auxquelles ils obéissaient. Il taut donc

s’attendre à trouver, dans la législation mosaïque, uncertain nombre de prescriptions déjà en vigueur parmile peuple, consacrées par une expérience plus ou moinslongue et simplement renouvelées et codifiées parMoïse. — 2. La Genèse suppose, déjà observées par lespatriarches, des lois qui se retrouvent dans le codemosaïque. Le récit de la création a pour conclusion lasanctification du septième jour par Dieu lui-même, c’est-à-dire la mise à part de ce jour qui termine lasemaine. Gen., ii, 2, 3. On est d’autant plus fondé àpenser que le repos sabbatique a été observé par les patriarches, que la formule même du Décalogue: «Souviens-toidu jour du sabbat pour le sanctifier,» Exod., XX, 8, indique formellement le rappel d’une loi déjà envigueur. La distinction des animaux purs et impurs estconnue, avant le déluge. Gen., vii, 2; viii, 20. Moïsespécifie cette loi par rapport à l’alimentation, Lev., xi, 2-47; on en retrouve les détails dans le Deutéronome, xi, 4-21. La loi du lévirat, Deut., xxv, 5-10, apparaît dans lafamille de Jacob à l’état de coutume obligatoire et indiscutée.Gen., xxxviii, 8-9. Des lois naturelles, commecelle du mariage, Gen., ii, 23, 24, la pénalité contre lemeurtre, Gen., ix, 6, et la fornication, Gen., xxxviii, 24, et des lois positives, comme la prohibition du sang, Gen., ix, 4 -, la circoncision, Gen., xvii, 10-14, etc., ontégalement leur attache historique dans des temps bienantérieurs à Moïse. Il en faut dire autant de l’institutiondes sacrifices, qui remonte aux premiers âges dumonde. Gen., iv, 3-5; vii, 20. — 3. La législation égyptiennene paraît pas avoir eu d’influence appréciablesur le droit coutumier des Hébreux, vivant à part dansla terre de Gessen, ni sur la législation mosaïque, bienque Moïse eût été élevé dans la connaissance des sciencesde l’Egypte. Act., vii, 22, Moïse a seulement empruntéà la religion égyptienne quelques formes particulières deculte et l’idée d’un certain nombre d’objets qui devaientservir dans le sanctuaire de Jéhovah. Par contre, l’influencede la législation chaldéenne est devenue indéniable, depuis la découverte du code d’Hammourabi(fig. 108 et 109). Cf. Scheil, Textes élamites-sémitiques, 2e série, Paris, 1902. Le monarque babylonien, qui vivaitdu xxme au xx» siècle av. J.-C, n’a sans doute pas créé detoutes pièces, lui non plus, la législation dont son codenous a conservé une partie. Toujours est-il que ces lois, antérieures à Moïse d’au moins cinq siècles, et peut-êtrede huit, devaient être connues et observées par les ancêtresd’Abraham, originaires d’Ur en Chaldée. Gen., xi, 28-31. Elles ont servi de base au droit coutumier de lafamille d’Abraham, puis de ses descendants, enfin desHébreux établis en Egypte. Moïse n’a eu ensuite qu’àtranscrire ces lois, déjà connues et observées par sonpeuple, en y apportant les modifications exigées par lareligion de ce peuple et en vue de son futur séjour danslaterredeChanaan. Ces lois avaient déjà la consécrationdu temps, elles s’adaptaient aux besoins et au caractèrede la race sémitique, et beaucoup d’entre elles étaientremarquables par le bon sens et l’équité dont elles faisaientpreuve. La législation mosaïque a conservé certainsusages chaldéens. Voir Mariage, TalionNéanmoinsdes différences assez sensibles se manifestententre les deux législations dans les articles qui leursont communs. Le code babylonien est fait pour unesociété déjà avancée, dans laquelle la centralisationadminisfrative est très puissante, tandis que le code mosaïques’adresse à un peuple qui a gardé des coutumesplus primitives, se gouverne plus simplement etdoit rester plus voisin de la vie nomade des ancêtres.Sur certains points, le code babylonien paraît plus parfaitque celui des Hébreux: il favorise davantage lamonogamie, autorise la femme à demanderle divorce, assure l’indépendance de la veuve vis-à-vis de sesenfants, fixe à trois ans seulement le service de celuiqui s’est vendu comme esclave volontaire, alors que la

loi mosaïque ne le libère qu’à l’année sabbatique. Parcontre, il permet au mari de vendre sa femme pourpayer une dette, ce dont la pensée ne viendrait mêmepas à l’Israélite. Au point de vue civil, la législation deMoïse peut paraître en retard sur la législation beaucoupplus ancienne d’Hammourabi. Elle reprend sa supérioritéau point de vue religieux et ne connaît ni certaines infamiesmorales, ni les ordalies superstitieuses, ni lespratiques magiques que sanctionne le code babylonien.

108. — Bas-relief de la stèle d’Hammourabi, sur laquelle est gravéle code de ce roi. D’après l’original du Musée du Louvre,

Cf. Lagrange, La méthode historique, surtout à proposde l’A. T., Paris, 1903, p. 160-171.

3° Lois attribuables à Moïse. — Parmi les lois quiapparaissent pour la première fois à l’époque de Moïse, il en est dont il est l’auteur, en ce sens qu’il les a rédigéespar l’ordre exprès et l’inspiration immédiate deDieu, et qu’il a promulguées comme telles. De ce nombresont les lois sur la Pâque, Exod., xii, 14-20, 43-49; xin, 3-10; sur les premiers-nés, Exod., xiii, l, 11-16; lerespect de la liberté et de la vie humaine, Exod., xxi, 2-xxiii, 11; sur le culte nouveau et le sacerdoce d’Aaronet de ses descendants, Exod., xxiii, 14-19; xxv-xxxi; Lev., i-vii; xvi; xvii; xix; xxi-xxiv, 9; sur les annéessabbatiques et jubilaires, Lev., xxv, 1-55; sur les vœuxet les dîmes, Lev., xxvii, 1-34; sur les lévites, Num., iv, 1-33; sur la pureté du camp, la restitution, la femmesoupçonnée d’adultère et le nazaréat, Num., v-vi; sur leslampes du sanctuaire, Num., viii, 1-4; sur la consécrationdes lévites, Num., viii, 5-19; sur les trompettesd’argent, Num., x, 1-10; sur la verge d’Aaron, Num., xvii, 1-11; sur les revenus des prêtres et des lévites, Num., xviii; sur la vache rousse et l’eau de purification, Num., xix; sur les temps des sacrifices, Num., xxviiixxix; sur les villes lévi tiques, les villes de refuge et levengeur du sang, Num., xxxv; sur les héritières. Num., xxxvi, 5-9. Il est assez probable que Dieu n’a luit connaîtreà Moïse que le und même de ceslois, en luilaissant le soin de les rédiger et même d’en réglercertains détails. — 2. D’autres fois, Moïse ordonne sansse référer directement à Dieu. Ainsi, il institue les anTRADUCTION

DU FRAGMENT D’INSCRIPTION

DE LA

STÈLE D’HAMMOURARI

RELATIF AU MARIAGE CHEZ LES CHALDÈENS

ET REPRODUIT CI-CONTRE

§137. — Si un homme s’est disposé à répudier une concubine qui lui a procuré des enfantsou bien une épouse qui lui a procuré des enfants il rendra à cette femme son trousseau, et onlui donnera l’usufruit des champ, verger et autre bien, et elle élèvera ses enfants. Aprèsqu’elle aura élevé ses enfants, on lui donnera une part d’enfant de tout ce qui sera donné auxenfants, et elle épousera l’époux de son choix.

§ 138. — Si un homme veut répudier son épouse qui ne lui a pas donné d’enfants, il luidonnera tout l’argent de sa dot, et il lui restituera intégralement le trousseau qu’elle a apportéde chez son père, et il la répudiera.

§ 139. — S’il n’y a pas de dot, il lui donnera une mine d’argent pour la répudiation.

§ 140. — Si c’est un mouchktnou, il lui donnera un tiers de mine d’argent.

§ 141. — Si l’épouse d’un homme qui demeure chez cet homme, était disposée à sortir, aprovoqué la division, a dilapidé sa maison, négligé son mari, on la fera comparaître et si sonmari dit: Je la répudie, il la laissera aller son chemin, et ne lui donnera aucun prix de répudiation.Si son mari dit: Je ne la répudie pas, son mari peut épouser une autre femme, et cettepremière femme demeurera dans la maison de son mari comme esclave.

§ 142. — Si une femme a dédaigné son mari et lui a dit: Tu ne me posséderas pas, son secretsur le tort qu’elle subit sera examiné, et si elle est ménagère sans reproche, et si son mari sortet la néglige beaucoup, cette femme est sans faute; elle peut prendre son trousseau et s’enaller dans la maison de son père.

§ 143. — Si elle n’est pas ménagère, mais coureuse, si elle dilapide la maison, néglige sonmari, on jettera cette femme dans l’eau.

§ 144. — Si un homme a épousé une femme, et si cette femme a donné à son mari uneesclave qui a produit des enfants, si cet homme se dispose à prendre une concubine, on n’fy]autorisera pas cet homme, et il ne prendra pas une concubine.

§ 145. — Si un homme a pris une épouse et si elle ne lui a pas donné d’enfants, et s’il sedispose à prendre une concubine, il peut prendre une concubine, et l’introduire dans samaison. Il ne rendra pas cette concubine l’égale de l’épouse.

§ 146. — Si un homme a pris une épouse et si celle-ci a donné à son mari une esclave quilui procure des enfants; si ensuite cette esclave rivalise avec sa maîtresse parce qu’elle adonné des enfants, sa maîtresse ne peut la vendre: elle lui fera une marque et la compteraparmi les esclaves.

§ 147. — Si elle n’a pas enfanté d’enfant, sa maîtresse peut la vendre.

§ 148. — Si un homme a pris une épouse et si une maladie (?) l’a contractée (sic) et s’il sedispose à en prendre une autre, il peut la prendre, mais il ne répudiera pas son épouse que lamaladie (?) a contractée (sic); elle demeurera à domicile, et aussi longtemps qu’elle vivra il lasustentera.’Traduction du P. Scbeil.

Dict. de la Bible

Letouzey et Ane. Edit.

FRAGMENT D’INSCRIPTION DE LA STÈLE D’HAMMOURABI

RELATIF AU MARIAGE CHEZ LES CHALDÊENS

ciens sur le seul conseil de Jéthro. Exod., xviii, 13-24.D’une manière générale, toute la législation du Deutéronomeest présentée comme rappelée directement parMoïse lui-même. C’est donc à lui qu’il faudrait rapporterles lois nouvelles contenues dans cette répétition, surcertaines dettes à ne pas exiger, Deut., xv, 2-11; le tribunalsuprême, Deut., xvii, 8-13; la royauté, Deut., xvii, 14-20; la guerre, Deut., xx; le meurtrier inconnu, Deut., xxi, 1-9; la captive prise pour épouse, Deut., xxi, 10-14; le fils premier-né, Deut., xxi, 15-17; le filsrebelle, Deut., xxi, 18-21; et bon nombre d’autres détailslégislatifs. Deut., xxi, 22; xxii, 5, 6, 8, 13-21; xxm; 15, 17. 24; xxiv, 1-4, 5, 16; xxv, 1-12, 17-19. - 3. Même laclause qui accompagne si souvent les textes législatifs: «Moi, Jéhovah,» n’exclut pas la part personnelle deMoïse dans la rédaction de la plupart de ces textes. Enprincipe et en fait, Moïse parle au nom de Jéhovab.Parle-t-il ainsi comme un simple agent de transmission, qui a reçu de Dieu tous les détails d’une réglementationet se contente de les reproduire à la lettre? Ne légifèret-ilpas plutôt, dans la plupart des cas, en homme qui areçu de Dieu une délégation et une inspiration générales, et use de cette autorité et de cette assistance divine aumieux des intérêts qui lui sont confiés? La clause «Moi, Jéhovah» n’oblige pas à s’en tenir à la première interprétation.Déjà, avant le Sinaï, le peuple venait à Moïse «pour consulter Dieu», Exod., xviii, 15, manière deparler qui ne signifie pas que Moïse allait demander àDieu la solution de chaque cas proposé, mais qui indiqueseulement au nom de quelle autorité il rendait sesdécisions. Jéthro lui conseilla alors de se contenter personnellementdes affaires qui étaient du ressort divin, c’est-à-dire de celles que la sagesse humaine ne pouvaittrancher par elle-même et auxquelles Dieu seul pouvaitapporter une solution. Exod., xviii, 19, 20. Il dut en êtrede même pour la législation mosaïque, Dieu prescrivantdirectement à Moïse un certain nombre de pointsfondamentaux, et Moïse, de son côté, agissant à la loisavec l’assistance et l’approbation de Dieu, et aussi avecsa sagesse et son expérience personnelles. Il demeured’ailleurs impossible de déterminer la part qui doit revenirà chacun des deux éléments divin et humain.L’essentiel est que Dieu a couvert toute cette législationde son autorité et ainsi l’a faite sienne, sans qu’elle cessâtpar là même d’être mosaïque.

4° Lois postérieures à Moïse. — 1. La loi mosaïquea reçu des additions et des retouches, d’après plusieurscommentateurs modernes. Cela est sans doutepossible, mais on ne l’établit pas d’une manière certaine.On cite comme exemple de lois postérieures à Moïse les.règlements sur la fermeture des citernes, Exod., xxi, 33, sur les dégâts faits dans le champ et dans la vigne, Exod., xxii, 5, sur les prémices de la moisson et de lavendange, Exod., xxii, 29, sur l’année sabbatique; Exod., xxm, 10, 11, et sur les prémices des Ivuits de la terre.Exod., xxiii, 19. Rien n’empêche que ces lois n’aient étépromulguées par Moïse dans le désert. La terre de Chanaanlui était connue et les règles de l’agriculture luiétaient familières; rien ne lui était donc plus facile quede prévoir les règles qu’on devrait y appliquer aux récoltes, etc. La nécessité de boucher l’ouverture des citernesn’était pas moins pratique au désert du Sinaï qu’enPalestine. — Quant aux retouches et au manque d’ordrelogique dans la promulgation de certaines lois, faits surlesquels on s’appuie pour voir dans l’Exode et les livressuivants du Pentateuque des additions d’une époquepostérieure, elles s’expliquent par le récit lui-même etpar la manière dont a été édictée la loi: elle a été faitenon d’un seul jet, mais au jour le jour, selon les circonstances.De là des redites, des explications, des complémentsqui ont été ajoutés lorsque l’occasion s’en est présentéependant les quarante ans de séjour dans le désert.Il n’est pas toujours possible de déterminer d’une

manière certaine la date de tous les textes législatifs.Mais il ne faut pas se hâter de décider que tel ou telarticle n’est pas du premier législateur, en supposant àtort que celui-ci a créé sa législation tout d’une pièceet qu’en conséquence les additions et les retouches nepeuvent être de lui. On se demandait naguère commentMoïse avait pu suffire à la rédaction de sa législation, au milieu des occupations si multipliées que la conduitede son peuple dut lui imposer pendant les quarante ansdu désert. La découverte du code babylonien montreque la tâche s’est souvent bornée pour lui à rédiger ouà modifier une législation déjà en vigueur à l’état coutumier.Moïse a donc eu tout le loisir nécessaire nonseulement pour régler le présent, mais encore pourpourvoir, dans une assez large mesure, aux nécessitésde l’avenir. — 2. On a cru pouvoir signaler des contradictionsdans le code mosaïque et l’on prétend à tortétablir par là soit la différence des auteurs, soit la différencedes temps qui ont inspiré les articles que l’oncompare. Ainsi il est marqué que l’esclave hébreu doitêtre libéré l’année sabbatique. Exod., xxi, 3; Deut., xv, 12. Ailleurs, Lev., xxv, 40, sa libération est assignée àl’année jubilaire. Il y a là évidemment deux cycles différentsdont les eflets s’ajoutent, au lieu de s’exclure, ensorte que l’esclave peut être libéré, soit l’année sabbatique, soit l’année jubilaire. Le rachat des premiers-nésdes animaux impurs fait l’objet de trois articles, Exod., xiii, 13; xxxiv, 20; Num., xviii, 15, 16; Lev., xxvii, 27, qui diffèrent un peu entre eux, parce que les circonstancesne sont pas les mêmes et que les détails de laloi vont en se précisant. Le service des lévites commencetantôt à trente ans, Num., IV, 3, tantôt à vingt-cinq.Num., viii, 24. C’est parce que, dans le premier cas, ils’agit des lévites qui doivent porter les ustensiles dutemple dans les marches au désert, tandis que le secondse rapporte au service ordinaire et moins pénible duculte divin. Il en est de même des autres passages, enpetit nombre, dans lesquels on a cru reconnaître desdispositions législatives inconciliables entre elles. Cf.Vigouroux, -Les Livres Saints et la critique rationaliste, Paris, 5e édit., 1902, t. iv, p. 419-427; Munk, Palestine, Paris, 1881, p. 137-142. Il ne faudrait pas non plus voirune difficulté dans ce fait que certaines lois sont formuléesdans le Pentateuque, et qu’ensuite il n’en estplus fait mention dans la suite de l’histoire Israélite.Ce silence prouve simplement que l’application de cetteloi n’a donné lieu à aucun incident saillant. Ainsi la loidu lévirat, Deut., xxv, 5-10, mentionnée au livre deRuth, iv, 1-3, ne serait jamais rappelée dans la SainteÉcriture, sans un problème posé à Notre-Seigneur parles sadducéens. Matth., xxii, 23-27. Pourtant cette loin’a jamais cessé d’être en vigueur. Voir Lévirat, col. 213.

— 3. Voici donc ce qu’on peut conclure au sujet des originesde la loi mosaïque: Par l’ordre et avec l’inspirationde Dieu, Moïse a codifié un ensemble de lois religieuseset civiles, destinées à un peuple déjà ancien parla race, mais encore en formation au point de vue national.Le code mosaïque n’est pas sorti tout d’une pièce, ni des révélations du Sinaï, ni du génie de Moïse. Lelégislateur a tenu compte des coutumes ancestrales quiavaient déjà force Je loi chez les Hébreux et qui étaienten vigueur chez les peuples sémitiques, particulièrementchez les Chaldéens, auxquels les Hébreux se rattachaientdirectement par leur origine. Moïse ne modifia ces coutumesque dans les cas où l’exigeaient la mission providentielleassignée à Israël et la religion qui lui étaitimposée. Dieu intervint pour révéler à Moïse les grandeslignes de cette religion et l’assister dans le règlementdes détails. Lui-même couvrit le législateur de son autoritésuprême et lui enjoignit de parler et de commanderen son nom. Moïse rédigea ses différentes lois à mesureque se présentait l’occasion de les pratiquer; il les compléta, quand le besoin s’en fit sentir; il y inséra même

certains détails minutieux, Exod., xxi, 6; xxiii, 19; xxxiv, 26; Lev., xix, 9, 19, 23-25; Deut., xiv, 21, etc., qui luiétaient probablement inspirés par des coutumes antérieures; enfin, il ne fit pas une législation complète etcapable de suffire absolument à toutes les époques del’histoire d’Israël. Sa loi put recevoir, au cours des âges, quelques explications et quelques compléments nécessaires, comme nous le voyons, par exemple, par les règlementsnouveaux que fit David dans le service du sanctuaire.I Par., xxm-xxvi. Mais ce qu’affirment certainscommentateurs modernes sur l’origine post-mosaïqued’un nombre plus ou moins considérable de lois duPentateuque n’est nullement démontré. Pelt, Histoirede l’Ancien Testament, Paris, 1897, t. i, p. 274-307.

IV. Caractères de la législation mosaïque. —1° Institution de la théocratie. — La loi mosaïque estessentiellement une loi théocratique; elle place lepeuple hébreu sous le gouvernement direct de Dieu. Lelégislateur agit au nom de Dieu et demeure en rapportétroit avec Dieu pour l’accomplissem*nt de son œuvre.Dieu fonde une nation qu’il dirigera lui-même dans unsens déterminé. C’est sa volonté qui inspire toutes leslois, tant civiles que religieuses, qui les sanctionne et lesmaintient en vigueur. À proprement parler, le peuplen’a pas d’autre chef que Dieu ni d’autre règle que saloi. Les chefs qu’il aura à sa tête dans le pays de Chanaanne viendront guère que pour le défendre contreses ennemis et veiller à l’observation de la loi. Plustard, les rois n’auront pas d’autre rôle, et les prophètesse tiendront auprès d’eux pour leur rappeler que l’uniquemaître de la nation, c’est Dieu. C’est ce qui fait direà Josèphe, Cont. Apion., ii, 16: «Notre législateur adonné à notre république la forme de théocratie. Enattribuant ainsi à la divinité la souveraine autorité, ilest surtout parvenu à tourner vers elle tous les yeux ettous les esprits, comme vers la source et la cause detous les biens qui surviennent à tout le genre humain, ou qu’obtiennent les particuliers par leurs vœux et leursprières dans leurs crises difficiles. Il devint ainsi impossibled’écarterla pensée de celui auquel n’échappent niles actes ni les pensées mêmes des hommes… De plus, notre législateur voulut que les actes fussent en harmonieavec l’équité de ses lois, et, non content d’amener àsa manière de voir ses contemporains, il fixa inébranlablementdans l’esprit de ses enfants et de leurs descendantsla foi à la divinité.» Cf. Zschokke, Historiasacra antiq. Testant., Vienne, 1888, p. 97-103.

2° Séparation du peuple hébreu. — Tout en laissantaux Hébreux les usages qui étaient traditionnels parmiles peuples sémitiques, la loi mosaïque avait pour butde iaire d’eux une nation à part. Dieu se plaît à appelerles Hébreux «mon peuple». Exod., iii, 7; v, 1, etc. Illeur dit: «Si vous gardez mon alliance, vous m’appartiendrezentre tous les peuples, car toute la terre est àmoi. Vous serez pour moi un royaume de prêtres et unenation sainte.» Exod., xix, 5, 6. Pour que le peuplehébreu gardât ce caractère durant tout le cours de sonhistoire et restât fidèle dépositaire des vérités religieusesque Dieu voulait lui confier, il était nécessaire que salégislation le séparât nettement des nations idolâtres quil’entouraient. De là les préceptes si formels sur lasainteté, sur la fuite de l’idolâtrie, considérée comme lecrime capital contre Dieu, sur le culte si minutieusem*ntréglé, sur la pureté légale, devant conduire àl’idée de pureté morale et saisissant l’Israélite danspresque tous les actes de sa vie, etc. Pour que l’influencetuneste des nations idolâtres ne s’exerçât pas sur sonpeuple, Dieu défend toute alliance avec elles. Exod., xxm, 32; xxxiv, 12-16. Enfin, pour s’attacher les Hébreuxpar le lien qui leur était le plus sensible, il leur prometles bénédictions terrestres s’ils sont fidèles à sa loi etles menace des plus graves châtiments temporels s’ilsn’obéissent pas. Exod., xxvi, 3-46. La législation mosaïque

réussit si bien à feire des Israélites un peuple à partque, même dispersés à travers les autres nations dumonde, ils continuent à rester Juifs, bien que nominalementcitoyens de patries diverses. L’Église ne fait gueconstater ce fait lorsque, dans une de ses oraisons duvendredi-saint, elle qualifie de «peuple» l’ensembledes Israélites. Voir Impureté légale, t. iii, col. 861.

3° Douceur relative de la loi mosaïque. — Comparéeaux autres lois anciennes, la loi mosaïque est remarquablepar l’esprit qui l’anime. Elle est bienveillantepour tous, autant du moins que le comportait la rudessedes mœurs de l’époque. Dans la famille, la polygamieet la répudiation sont tolérées. Il eût été impossible deramener le mariage à ses lois primitives sans imposeraux Hébreux un joug qu’ils eussent été incapables deporter. Mais la polygamie n’est permise que dans lesformes légales et à l’exclusion de tout caprice. Deut., xxii, 28, 29. Le divorce est également soumis à desrègles qui sauvegardent la liberté de la femme. VoirDivorce, t. ii, col. 1449. L’esclavage continue à subsister.C’était une nécessité des temps. La loi mosaïque enatténue considérablement la rigueur. Voir Esclave, t. ii, col. 1921-1926. L’autorité paternelle, base de lasociété, est sévèrement protégée. La peine de mort frappel’enfant coupable du crime caractérisé d’outrages ou decoups vis-à-vis de ses parents. Exod., xxi, 15, 17. Larébellion opiniâtre de l’enfant est déférée au tribunaldes anciens, qui décident de l’application de la peinede mort, et présentent ainsi une garantie contre l’emportementdes parents. Deut., xxi, 18-21. On sait que, chezd’autres peuples et dans le vieux droit romain, le pouvoirde vie et de mort d’un père sur ses enfants étaitabsolu et sans contrôle. Le châtiment mérité par unmembre de la famille ne doit pas être étendu à un autremembre. Deut., xxiv, 16. Dieu s’était réservé ce droit.Exod., xxxiv, 7. La férocité des mœurs antiques englobaitd’ordinaire tous les membres d’une famille dans lapeine méritée par un seul. L’homicide était poursuiviet châtié par le «vengeur du sang» qui, chez les peuplesorientaux même contemporains, est chargé de mettre àmort le meurtrier soit volontaire, soit par imprudence.Moïse est obligé de consacrer cette coutume, qui a desrésultats avantageux et qui d’ailleurs s’imposait auxanciens Hébreux. Voir Goêl, t. iii, col. 261-264. Il enatténue du moins la rigueur en ménageant au meurtrierinvolontaire des villes de refuge dans lesquelles ildevient inviolable. Num., xxxv, 22, 23; Deut., xix, 4-6.Il réclame toujours deux témoins pour la condamnationd’un coupable. Deut., xvii, 6; xix, 15. Le voleur estcondamné à la restitution du double ou du quintuple; quand il procède par effraction, si on le tue pendantqu’il fait nuit, on n’est pas coupable, mais si on le tuede jour, on est considéré comme homicide. Exod., xxii, 1-4. La peine est ainsi toujours proportionnée au délit, sans qu’il soit permis à personne d’aller au delà. Leslois concernant l’année sabbatique et l’année jubilairesont dictées par une haute bienveillance. Voir Jubilaire(Année), t. iii, col. 1751, 1752; Sabbatique (Année).Enfin bon nombre de prescriptions, minimes en elles-mêmes, ont pour but d’adoucir la dureté naturelle dupeuple hébreu. Telles sont les lois qui permettent leglanage et le grappillage, voir t. iii, col. 248, 308, quiautorisent à manger des raisins ou des épis dans lavigne ou le champ du prochain, Deut., xxiii, 24, 25; quidéfendent de faire cuire le chevreau dans la graisse desa mère, Exod., xxiii, 19; xxxiv, 26; Deut., xiv, 21, deprendre en même temps la mère et les petit* oiseaux, Deut., xxii, 6, de faire labourer ensemble le bœuf etl’âne, Lev., xix, 19, de museler le bœuf qui foule legrain, Deut., xxv, 4, etc. D’autres lois prescrivent lacharité en faveur des pauvres, voir Aumône, t. i, col. 1245-1249, des étrangers, voir Étrangers, t. ii, col. 2040, etc. «Si nous séparons des coutumes antiques, a

grossières et cruelles, les éléments supérieurs, ceux quirapprochent ces lois de la civilisation chrétienne, nouspourrons en admirer la sagesse et la beauté. La justiceest alliée à la charité, la stabilité des familles et deshéritages est jointe à une certaine liberté de transactions; les droits et les intérêts des pauvres sontsoigneusem*nt ménagés. C’est, en un mot, la législationimposée à un peuple grossier par un législateur infiniment supérieur à ce peuple; c’est une œuvre digne duDieu des chrétiens, bien que très inférieure à la moraleet à la législation inspirée de l'Évangile.» De Broglie, L’idée de Dieu dans l’Ane, test., Paris, 1890, p. 253.V. La loi mosaïque dans l’histoire d’Israël. — «DeJosué à la captivité. — Dès le temps de Josué, le livrede la loi de Moïse est mentionné et ses prescriptionsobéies. Jos., viii, 31; xxii, 2. Josué lui-même écrit dansle livre de la loi de Dieu l’alliance renouvelée entre Dieuet le peuple, à Sichem, et les lois et ordonnances promulguées à cette occasion. Jos., xxiv, 25, 26. Samuelécrit le droit de la royauté dans un livre qu’il déposedevant Jéhovah. I Reg., x, 25. Mais le roi, tel qu’il estconçu dans le Deutéronome, xvii, 18, 19, doit être lepremier observaleur de là loi. Il a à en écrire lui-mêmeune copie pour son usage, à y faire une lecture tous lesjours et à se soumettre à toutes ses prescriptions. SousDavid et Salomon, la loi mosaïque, commande manifestement toute la vie des Israélites. David mourant avertitformellement son flls d’avoir à se conduire «selon cequi est écrit dans la loi de Moïse». 1Il Reg., ii, 3;

I Par., xxii, 13. Salomon, dans la construction du Temple et l’organisation du personnel qui doit le desservir, s’en tient exactement aux prescriptions de Moïse. Devenu lui-même infidèle à l’alliance et aux lois prescritespar Dieu, il reçoit l’annonce que, en punition de sespropres fautes, son royaume sera divisé en deux.

III Reg., xi, 11, Le pieux roi Josaphat envoie dans toutson royaume des chefs, des lévites et des prêtres, avec «le livre de la loi de Jéhovah», afin d’enseigner le peuple. II Par., xvii, 7-9. Sous Josias, on retrouve dans leTemple «le livre de la loi» et on en profite pour ramener le peuple à une pratique plus fidèle de cette loi.

IV Reg., xxii, 8-13. Pendant toute cette période, la loimosaïque est en pleine vigueur. Les rois pieux la suivent et la font observer. Elle est fréquemment et gravement transgressée sous les autres règnes; elle n’ensubsiste pas moins toujours avec toute son autorité.

2° La loi et les prophètes. — Cette expression revientplusieurs fois dans la sainte Écriture, mais seulement àpartir du second siècle avant Jésus-Christ. Eccli., prol.;

II Mach., xv, 9; Matth., vil, 12; xi, 13; xxii, 40; Luc., xvi, 16; Act., xiii, 15; xxiv, 14; xxviii, 23; Rom., iii, 21. Lesprophètes sont ainsi mentionnés au même titre que laloi, parce que leur fonction consistait précisément àveiller au maintien de la loi de Moïse et de l’allianceavec Dieu qui en était la conséquence. Dieu les rendaiten quelque sorte responsables de la manière dont lepeuple observait la loi. Ezech., iii, 17, 18. Même dans leroyaume schismatique d’Israël, ils rappelaient la loi deDieu. III Reg., xix, 10, 14; IV Reg., xvii, 13; Is., lvi, 2, 6, 7; Jer., xvii, 20-27; xxxiii, 18, 20-22; Ezech., xx, 11, 12; xxii, 8; etc. Ils continuaient la fonction rempliepar Moïse, expliquaient les passages de la loi qui enavaient besoin, I Reg., xv, 22; Is., lviii, 3-7; Ose., vi, 6; Am., v, 21-24; Mich., vi, 68, etc., et faisaient connaîtreau peuple et aux rois les volontés de Dieu, selon les circonstances. Is., li, 16; lix, 21; Jer., i, 9; v, 14, etc. Enréalité, leur ministère le plus ordinaire consistait à procurer l’obéissance à la loi. Voir Prophète. C’est pourpunir le peuple et ses princes de leur rébellion perpétuelle à la loi mosaïque que la captivité fut décrétée parDieu. II Par., xxxvi, 12, 14-16.

3° De la captivité à l'époque évangélique. — 1. Lacaptivité ramena les Israélites à une pratique sérieuse de

la loi mosaïque. Baruch, iii, 9-iv, 4, console les exilésde Babylone en leur faisant l'éloge de cette loi. Ce thèmssera repris par l’auteur du Ps. cxviii, à l’imitation del’un de ses devanciers. Ps. xix (xvin), 8-15. Au retour àJérusalem, Esdras idit la lecture solennelle de la loi et laremet en vigueur. II Esd., vui, 1-18. À plusieurs reprises, il en rappelle les prescriptions; des mesuresénergiques sont même prises ensuite pour assurerl’exécution fidèle de la loi. II Esd., x, 29-39; xii, 43-47; xiii, 1-31. L’auteur de l’Ecclésiastique, xxiv, 32, 33, après avoir lait l'éloge de la sagesse, résume tout endisant: «C’est là le livre de l’alliance du Très Haut, laloi que Moïse a donnée, l’héritage des synagogues deJacob» (d’après les Septante, que la Vulgate rend pluslonguement). Ci. Eccli., xlv, 6. Les Machabées se soulèvent et combattent vaillamment à ce cri de Mathathias: «Que tous ceux qui ont le zèle de la loi, pour maintenir l’alliance, viennent après moi!» I Mach., ii, 27.Beaucoup de Juifs tendaient alors à substituer les mœurset la religion des Grecs à celles des ancêtres. L’insurrection des Machabées fut une heureuse réaction contrecette tendance. En dehors de ceux qui prennent lesarmes pour la défense de la loi, le vieillard Éléazar, les.sept frères martyrs et leur mère donnent d’admirablesexemples de fidélité à cette loi. II Mach., vi, 18-vn, 1-41.

— 2. Notre-Seigneur fait profession d’obéir à la loi, etnon de la détruire. Matth., v, 17, 18; Luc, xvi, 17. Il lacite comme une autorité incontestable. Matth., XII, 5; Luc, x, 26; xxiv, 44; Joa., viii, 17. Il reconnaît auxscribes et aux docteurs pharisiens le droit d'être assisdans la chaire de Moïse, c’est-à-dire d’exercer son autorité. Il constate qu’ils imposent des obligations pesanteset insupportables, dont ils s’exemptent eux-mêmes, et ilconclut: «Faites et observez tout ce qu’ils vous disent, mais n’agissez pas comme ils le font.» Matth., xxiii,%-i.Or, ce que disaient les docteurs, c'était d’observer la loide Moïse, les prescriptions des prophètes et celles queles docteurs eux-mêmes avaient formulées en tant quesuccesseurs de Moïse et des prophètes. Us donnaient lenom de «haie à la loi» aux multiples et minutieusesordonnances au moyen desquelles ils prétendaient iaireobserver la loi elle-même. Cf. Pirke Aboth, i, 2. Pilatesait très bien que les Juifs ont une loi à eux, Joa., xviii, 31, et c’est au nom de cette loi que ceux-ci font condamner Notre-Seigneur, Joa., xix, 7, et ensuite persécutentses disciples. Act., vi, 13; xxi, 28. Saint Paul attestequ’il a été élevé dans la connaissance exacte de la loi etdans le zèle pour Dieu, comme les meilleurs Juifs.Act., xxi, 20; xxii, 3. Au moment où la loi nouvellecommence à remplacer l’ancienne, il se trouve parmiles chrétiens d’anciens pharisiens qui pensent encoreque les païens convertis doivent être assujettis à la loide Moïse. Act., xv, 5. Voir Judaïsants, t. iii, col. 1779.

— 3. Dans toute la Sainte Écriture, il est fait de continuelles allusions à la loi mosaïque. Elle est appelée «loideMoïse», IV Reg., xiv, 6; xxiii, 21, 25; I Par., xvi, 40; II Par., xxiii, 18; xxv, 4; xxx, 16; xxxi, 3; xxxv, 13; I Esd., iii, 2; II Esd., viii, 1; ix, 14; x, 34, 36; xiii, 1; Tob., i, 8; Eccli., xxiv, 33; Bar., ii, 2; Dan., rx, 13; xiii, 62; Mal., iv, 4; Luc, ii, 22; Joa., i, 17, 45; vii, 19, 23; viii, 5; I Cor., ix, 9; Heb., x, 28; «loi du Seigneur, «Is., i, 10; xxx, 9; li, 4; Jer., viii, 8; ix, 13; xltv, 10; Bar., iv, 12; Dan., vi, 5; Ose., iv, 6; Am., ii, 4;

I Mach., i, 55; ii, 15; iv, 42; II Mach., iv, 2; vi, 1, 23; vu, 2; Luc, ii, 23, 24, 39; «loi de nos pères,» IMach., ii, 19, 20; II Mach., vii, 24, 37; Act., xxii, 3; «t loi des Juifs,»

II Mach., xi, 31; xii, 40; ou enfin simplement «la loi».I Mach., ii, 26-68; Joa., vii, 49; xii, 34; Act., vi, 13; xviii, 13; xxiii, 3; Rom., ii, 12; I Cor., tx, 21, etc.

VI. Valeur religieuse de la loi mosaïque. — 1° Saperfection relative. — La supériorité de la loi mosaïquelui vient surfont de sa partie religieuse. — 1. Au milieude nations polythéistes, idolâtres et tirant de leurs dieux Page:Dictionnaire de la Bible - F. Vigouroux - Tome IV.djvu/188 Page:Dictionnaire de la Bible - F. Vigouroux - Tome IV.djvu/189 Page:Dictionnaire de la Bible - F. Vigouroux - Tome IV.djvu/190 Page:Dictionnaire de la Bible - F. Vigouroux - Tome IV.djvu/191 MediaWiki:Proofreadpage pagenum templatePage:Dictionnaire de la Bible - F. Vigouroux - Tome IV.djvu/192 MediaWiki:Proofreadpage pagenum templatePage:Dictionnaire de la Bible - F. Vigouroux - Tome IV.djvu/193 MediaWiki:Proofreadpage pagenum templatePage:Dictionnaire de la Bible - F. Vigouroux - Tome IV.djvu/194 MediaWiki:Proofreadpage pagenum templatePage:Dictionnaire de la Bible - F. Vigouroux - Tome IV.djvu/195 MediaWiki:Proofreadpage pagenum templatePage:Dictionnaire de la Bible - F. Vigouroux - Tome IV.djvu/196 MediaWiki:Proofreadpage pagenum templatePage:Dictionnaire de la Bible - F. Vigouroux - Tome IV.djvu/197 MediaWiki:Proofreadpage pagenum templatePage:Dictionnaire de la Bible - F. Vigouroux - Tome IV.djvu/198 MediaWiki:Proofreadpage pagenum templatePage:Dictionnaire de la Bible - F. Vigouroux - Tome IV.djvu/199 MediaWiki:Proofreadpage pagenum template#lst:Page:Dictionnaire de la Bible - F. Vigouroux - Tome IV.djvu/200

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